Ipoh

Sur la route entre Georgetown et Cameron Highlands, Ipoh, la capitale de la province de Perak de et 3e ville du pays s’annonce comme une merveille sino-coloniale. Le petit village en bordure de rivière Kinta explosa littéralement du fait de l’exploitation de l’étain dans les années 1870. Le déclin de la production mena à la désertion de la ville à la fin du XXème siècle. Néanmoins, grâce au tourisme, Ipoh connait un regain récent.

On découvre d’abord une ville nouvelle au plan orthogonal. Les larges avenues vides de piétons et bordées d’immeubles donnent une impression assez triste et désertée. Il faut traverser la rivière pour se rendre dans le quartier ancien. On y est pris par une jolie ambiance.

Le joli centre colonial de Ipoh

De l’autre côté de la rivière Kinta, le Padang fait penser à la place centrale de Kuala Lumpur. Un grand espace vert correspond au stade de cricket. Le bordent les établissements les plus éminents de la ville à l’époque coloniale. Le grand hôtel a connu des jours meilleurs. La mosquée en revanche est repeinte à neuf. La belle école qui jouxte l’église st Michel nous emmène directement au Royaume Uni. Les petits enfants en uniforme attendent sagement la voiture qui vient les chercher à la sortie. Le club de Ipoh domine l’ensemble.

gare de Ipoh

 En s’en rapprochant on découvre les bâtiments administratifs typiques des villes anglaises. La cour de justice se trouve de l’autre côté du trottoir et fait face au bel hôtel de ville. Ces bâtiments blancs de style palladien sont emblématiques de la main mise britannique. Ils nous replongent dans la période de splendeur de Ipoh.

clocktower

 Capitale de l’étain, la ville était fondamentale aux yeux des colons. On le voit à la taille de la gare, presque surdimensionnée par rapport à la ville d’aujourd’hui. Bien entretenue, comme le reste du patrimoine colonial, elle marque le point de départ d’une promenade historique très bien faite .

Hotel de ville de Ipoh, de style palladien

En suivant l’itinéraire on va rejoindre les petites rues derrière le Padang. On découvre alors un autre visage de l’Ipoh colonial. Celui d’une ville commerçante dont la richesse repose sur l’exploitation de l’aluminium. En attestent les beaux bâtiments classiques des banques , la Birch Memorial Clock tower et la bourse de commerce. S’ouvre alors un damier plus resserré, occupé cette fois par les petits commerces aux mains non plus des Anglais mais des chinois Hokkiens ou cantonnais.

Ipoh, Une ville à majorité cantonaise

Ce damier correspond à des ruelles plus étroites. La plus connue, car refaite à des fins touristiques, s’appelle rue des concubines. La légende locale raconte que les riches commerçants cantonnais y menaient leur double vie.

b6atiments coloniaux à la lisière du quartier chinois ded Ipoh

 Bordée de petites boutiques pour touristes, elle débouche sur deux avenues intéressantes. On y trouve nombre de restaurants et café de tous styles. Il faut y goûter la grande spécialité locale le « white coffee », sucré lacté mais délicieux. Les grains torréfiés à la margarine donne un arôme doux.

Des troquets plus locaux proposent des plats du sud de la Chine. Il est compliqué d’y commander si vous ne lisez pas du tout les caractères. Les serveurs les plus anciens ne parlent que le cantonnais voire leurs dialectes. Les jeunes comprennent le mandarin, parfois l’anglais. Des images permettent néanmoins de ne pas mourir de faim.

mise en scène au club des mineurs Hakka

Le club des mineurs Hakka propose des visites (sur réservation) de qualité. Elles donnent une bonne idée de la richesse de Ipoh au XIXème siècle et de son développement. Le musée offre également une jolie perspective sur les communautés chinoises et leur mode de vie.

maison des mineurs Hakka, la table dressée

Parallèle à la rue des prostituées, la rue des marchands est en réfection et donne à imaginer à quoi ressemblait le centre historique avant restauration.

rue des marchands Ipoh

De belles boutiques coloniales bordent les rues plus larges de ce quartier. Il s’agit des hophouses dans le style de celles de Singapour mais moins refaites et plus authentiques. Car le centre historique reste malgré le tourisme très plaisant. Il est vrai que les groupes ne font que passer dans la ville et dans quelques rues très limitées.

club des mineurs Hakka Museum

Autour du Pont

fresque dans les rues de Ipoh

Dans un souci louable de rajeunir la ville, la mairie (ou la région) a fait appel à des artistes de rue. Le phénomène a commencé à Georgetown dont les murs peints attirent des amateurs du monde entier venus admirer les œuvres de l’artiste lithuanien Ernest Zacharevic.  Outre l’itinéraire historique, la mairie met donc à disposition un superbe itinéraire Street art. On y découvre notamment un artiste local, Erik Lai, que l’on suit ans le centre historique mais aussi de l’autre côté du pont dans des rues plus décrépies.

fresque de Erik Lai dans le centre de Ipoh

Cet itinéraire attire des visiteurs et justifie l’implantation de nouveaux cafés. C’est donc un cercle vertueux autour du white coffee et des artistes locaux qui se met en place.

En remontant la grande avenue, on atteint bientôt une halle, Gerbang Malam. Elle s’anime le soir avec un marché de vêtements et de bibeloteries. Dans La rue qui continue le passage, des biscuiteries locales alternent avec de restaurants hauts en couleur. On se croirait dans le sud de la Chine.

avenue du centre de Ipoh

On atteint alors les grandes avenues de la Ipoh moderne qui s’articule autour de la grande place centrale . Autour de l’esplanade gazonnée, se trouvent le bâtiment sans grâce du Conseil de la ville et le centre commercial Ipoh Parade.

Varanasi bis

Aujourd’hui, voici un Varanasi bis. La semaine passée je vous ai emmenés sur les ghâts à la découverte de « la ville des morts ». Je vous y montrai les berges du Gange et l’image habituelle et attendue de Varanasi. Incroyablement photogénique et extrêmement photographiée celle-ci parait emblématique d’une Inde miséreuse mais totalement pittoresque. Même si Varanasi représente effectivement la quintessence spirituelle de l’Inde, elle reste unique et atypique même dans ce pays coloré et à nul autre pareil.

ruelle de Varanasi

 Pourtant outre les crémations et rituels, Varanasi est aussi une étonnante ville de fête. En pleine transformation et modernisation, elle laisse les navires se parer de mille couleurs et émettre des musiques assourdissantes pour la joie des touristes ou des jeunes locaux. 

C’est aussi un lieu vibrant. Son centre engorgé, son université très réputée attestent de la jeunesse de cette cité millénaire. Alors quittons quelques instants les 6 kilomètres de ghâts, aussi belle soit la promenade, gravissons les escaliers pour nous rendre dans les rues animées de la ville ancienne et traversons le Gange pour en découvrir les splendeurs.

Centre-ville

La partie la plus touristique de Varanasi correspond aux bords du Gange. Plus précisément à la zone comprise entre Assi Ghât et Scindia Ghât sur la rive occidentale. En revanche, passé ces Ghâts ou dans le centre historique et commercial, l’on ne croise guère que des locaux ou habitués.

petits commercants

La grande avenue encombrée Luxa road qui mène aux ghâts et au centre de la ville n’est qu’embouteillage. S’y concentrent nombre de commerces jusqu’à une statue de Nandi presque invisible en haut d’une colonne qui lui sert de piédestal. Là, commence un réseau de rues quasi piétonnières Godowlia Chowk, un marché à ciel ouvert qui s’apparente à un souk.  Ici vous êtes bons pour un véritable bain de foule à quelque heure du jour ou de la nuit. Malgré l’étroitesse de certaines artères, des motos se frayent le passage à coup de klaxon surdimensionné. La foule converge vers le grand temple Shri Kashi Vishwanath et l’affreux corridor bétonné qui mène au Gange.

vache dans le vieux quartiers

Ruelles de Varanasi

Au hasard de ces ruelles, vous découvrirez les merveilleux Lassi, spécialité locale. Certes l’on consomme du lassi un peu partout en Inde du Nord. L’Inde du Sud lui préfère le buttermilk une version plus légère et salée. Néanmoins, nulle part le lassi n’est aussi onctueux et délicieux qu’à Varanasi. Attention néanmoins aux glaçons et à la solidité de votre estomac.

lassi

Les petites rues tortueuses du centre-ville recèlent de nombreux lieux de culte, moins courus certes que les ghâts ou le grand temple de Shri Kashi Vishwanath . Il est pourtant compliqué de se sentir ému dans une ville aussi bruyante et vivante. Car le centre de Varanasi n’est que tumulte. Celui des pèlerins, des badauds mais aussi des locaux. Les klaxons de véhicules en tous genres fendent la foule sans aucun respect du piéton. lls se mêlent aux hurlements et à la rumeur globale. Cependant une sorte de mysticisme émane de la ville. Une forme d’envoûtement issu de millénaires de croyances et de cultes partagés, assez difficile à analyser mais indéniable.

Plus calme

malades dans les rues de Varanasi

Si le bruit et l’agitation des rues du centre vous épuisent, vous pouvez vous refugier dans les ruelles du quartier musulman et le dédale des marchés. Un charmant quartier se niche derrière la mosquée Alamgir située au-dessus du Ghât Panch Ganga. Le grand empereur Moghol l’aurait construite à l’emplacement d’un temple hindou en 1669. On n’aperçoit que sa façade classique lorsque l’on y accède par les ruelles alentours. En revanche, depuis les ghâts, son dôme se détache nettement.  Une très jolie balade vous emmène le long de façades colorées qui s’enroulent comme dans une médina. Le contraste est frappant avec la fureur automobile et la frénésie piétonnière du reste de la ville. Tout n’est que hurlement, klaxons, et au mieux rumeur urbaine.

mosquée

Venant de Chennai où la température ne faiblit pas le soir venu et où l’humidité rend la chaleur moite et beaucoup plus intense, les soirs et les matins sont en général plutôt agréable à Varanasi. Se balader sur les ghâts au lever du soleil ou la nuit après les cérémonies se révèle agréable. En pleine journée, le calme s’empare des berges du Gange mais la chaleur peut atteindre des sommets.

En s’éloignant du centre, au-delà des avenues commerçantes et de l’agitation, des quartiers d’habitation offrent une vision apaisée, certes moins typique de Varanasi. On peut y visiter de petites filatures de soie. Car les soieries restent une grande spécialité locale.

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Une grande ville universitaire

L’une des jolies et agréables surprises de Varanasi repose sur son université. Située au sud de la ville historique non loin du Gange, il s’agit d’un immense parc parsemé de beaux bâtiments du début du XXème siècle. De grands nationalistes l’ont fondée en 1916 tels le Pandit Madan Mohan Malaviya, très lié au Dr Annie Besant. Cette Britannique oeuvra beaucoup pour le développement de l’Inde.

Université de Varanasi

Très importante au niveau académique, BHI ( Banaras Hindu University) se présenta d’emblée comme mêlant « la sagesse séculaire indienne à une éducation moderne ». Elle s’est rapidement affirmée comme un lieu majeur de formation des combattants de l’indépendance, les célèbres « freedom fighters ».

Conçue comme la grande université d’Inde, BHI compte aujourd’hui plus de 30 000 étudiants dont plus de la moitié logent sur le campus. Celui-ci compte 6 Instituts et 14 facultés organisés en demi-cercle dans un immense parc aux arbres centenaires. Les frondaisons cachent de beaux bâtiments indo-sarracéniques, indo-gothiques et art déco. Le calme et la beauté de la végétation offrent un contraste heureux avec l’effervescence de la ville.

L’université compte même un immense temple un peu neuf mais dans un joli cadre, Shri Vishwanath Mandir dédié à Shiva.

On peut se promener le long des avenues arborées, découvrir de magnifiques bâtiments comme la bibliothèque Sayaji Rao Gaekwad ou visiter le Musée.

Construit en 1920, Bharat Kala Bhavan est le musée de l’Université. Il se situe près de l’entrée du campus et expose peintures, timbres, costumes et tissus.

Ramnagar Fort & Museum

Fort de Varanasi

On emprunte un bateau ou le pont au sud de la ville pour se rendre sur la rive orientale du Gange. Les berges ne sont pas aménagées de ce côté, et elles tendent à s’ensabler. Au delà de la vaste plage ainsi crée par les limons fluviaux s’étendent les quartiers moins reluisants mais plus authentiques de Varanasi C’est au sud de cette zone que se trouve le  fort de Kashi Naresh (Roi de Varanasi)

Construit au XVIIIe siècle, il est en piteux état. Son architecture reste néanmoins intéressante, Malheureusement, on ne peut voir qu’une toute petite portion car le roi habite la majorité du palais.

Si l’on contourne le fort, on parvient à un pittoresque marché de poisson. Puis une sorte de sentier de halage assez nauséabond permet de suivre la muraille le long de la rive du Gange. Le lieu est sordide. Dommage car l’architecture puissante est ici bien belle. Elle y combine la pierre de taille et la brique en de puissantes tours arrondies. Des ajouts indo-sarracéniques animent les façades aux arcs outrepassés islamiques. Des terrasses surmontent l’édifice et permettent de jouir d’une vue extraordinaire sur le Gange et sur la ville plus au Nord, sur les ghâts.

La vue sur le vaste fleuve sacré (2500km) diffère ici totalement. On y voit les gens vaquer à leurs occupations quotidiennes. Plus seulement les baignades ou nettoyage des corps rituels, la lessive, le lavage comme sur les ghâts mais aussi la lessive et les besoins primaires. Car tout se fait dans le Gange, même boire l’eau.

Varanasi

Varanasi a changé de nom en 1956 bien avant le mouvement de re nomination des villes indiennes. Autrefois connue sous le nom de Bénarès on la voyait comme la cité des morts. L’image en était d’une ville mystique et mythique. Les Indiens y venaient et y viennent toujours mourir. En effet mourir et se faire immoler sur les bords du Gange permet d’échapper au cycle des renaissances et d’atteindre la libération. Pour un hindou cela constitue la mort la « plus prisée ». Cité de la mort, Varanasi représente ainsi dans l’imaginaire collectif la quintessence de l’Inde en termes de couleurs, de foi extrême mais aussi de misère. Située sur les rives sacrées du Gange, la ville, l’une des 7 villes saintes de l’Inde, reste la capitale spirituelle de l’Inde.

vue des Ghâts de Varanasi

Or comme le reste du pays, la ville a énormément changé. Varanasi se veut ainsi une vision modernisée de Bénarès.

Varnasi, Ghât

Varanasi ville des morts ?

Les Indiens considèrent Varanasi ou de son ancien nom Kashi comme l’une des plus vieilles villes du monde. Sur quoi repose cette affirmation ? La ville est ancienne sans aucun doute. La tradition d’y mourir aussi. De là à la considérer comme l’une des plus anciennes du monde, c’est faire peu de cas de Jéricho, Ur ou autres villes du croissant fertile ou de la vallée de l’Indus. Aucune datation ne précise l’antériorité de la cité des bords du Gange ni de ses rituels. Associés à des temps immémoriaux et des légendes, les traditions prennent donc statut de vérité comme souvent en Inde.

Manikamika , champ de crémation Varanasi

Dans les faits, deux champs de crémation dont le Manikamika se situent sur les bords du Gange et fonctionnent quasiment en permanence. Il y aurait environ plus de 200 crémations par jour. Le Gange aurait le pouvoir de libérer l’âme du cycle de la réincarnation, et l’incinération à Varanasi est considérée comme la voie royale vers la moksha, la libération spirituelle. Quelques rares mouroirs existent encore dans la ville. Mais, contrairement à l’idée que l’on peut s’en faire en Occident, Varanasi n’est ni triste, ni macabre. Certes on croise régulièrement des processions portant des cadavres sur des civières de fortune. Celles-ci, recouvertes de draps orangés et de fleurs sont portées au bord des deux Ghâts, immergées en vue de la purification puis brûlées.

Manikamika , bûchers funéraires

Pourtant tout ce rituel se déroule dans les chants et les fleurs. Finalement ce qui ressort est plus le côté mystique voire magique que le caractère macabre de l’opération. Il est vrai que les Indiens interprètent ce type de rituel comme une libération et non une fin en soi. La musique lancinante des chants, les fumées mais aussi la joie des vivants créent une ambiance assez surprenante. D’autant que des bateaux truffés de haut-parleurs traversent en permanence le Gange transformant le fleuve en une discothèque à ciel ouvert.

Varanasi, ville des pèlerins

Les nombreux temples rappellent en tous cas l’importance religieuse de la ville. Certains sont quasi inaccessibles en raison de la foule de pèlerins. C’est le cas du Kashi Vishwanath Temple un des 12 Jyoti lingas.  Ceux-ci sont des sanctuaires représentant Shiva sous la forme d’une borne phallique, le Linga,.

Temple au bord du Gange

Ce temple en particulier a été transformé en machine à sous. Son accès et ses bâtiments ont fait l’objet d’une modernisation radicale. Au point que le « corridor » qui mène du temple au Ghât est devenu emblématique de la polémique qui enfle entre riverains, pélerins et autorités soucieuses de « nettoyer » Varanasi.

Si la misère et les odeurs ne prennent pas à la gorge comme je le craignais, le bruit lui défie l’entendement. A côté, le tumulte circulatoire de Chennai parait presque gentillet. Il reste de drôles de de Sadhus, errants à demi nus, les cheveux longs. Mais les mendiants, les estropiés ont quasi disparu du paysage.

sadhus sur les bords du Gange

En revanche, c’est une des rares villes indiennes où l’on voit déambuler des troupeaux de caucasiens en quête de sensationnel. Il est vrai que le lieu s’y prête par sa photogénie et son ambiance. Ces touristes en groupe restent néanmoins cantonnés à une petite portion des Ghâts et ne s’aventurent ni dans les marchés, ni dans la vieille ville, ni sur les ghâts les plus excentrés. Sont-ils attirés par le spectacle de la mort, la promesse spirituelle ou la renommée de cette ville haute en couleurs ?

la cohue de sbateaux sur les bords du Gange à Varanasi

Car il est vrai que Varanasi ne manque pas de couleurs, ni de bruits et correspond aux images les plus fortes que les occidentaux se font de l’Inde. Malgré la campagne sanitaire de modernisation, Varanasi reste colorée, étonnante, unique. Plus encore que l’abondance de temple ou l’ancienneté de la ville, sa singularité repose sur les ghâts.

Les ghâts

Les ghâts sont une spécificité des villes fluviales indiennes. I s’agit de quais en gradins permettant à la marée ou aux fleuves gonflés par la crue de la mousson ou de la fonte des neiges de l’ Himalaya de monter sans atteindre la ville.

 En la matière une magnifique étude architecturale menée par Savitri Jalais a donné naissance a un remarquable ouvrage.

vue ge'nerale des Ghâts Varanasi

A Varanasi, on admire cette succession de 84 quais utilisés pour les cérémonies et les baignades rituelles. Deux d’entre eux, les Ghâts Manikarnika and Harishchandra correspondent à des zones de crémation. Ce sont elles qui assurent à Varanasi sa notoriété un peu macabre. Des cérémonies se succèdent et les bûchers fonctionnent quasi en continu brûlant d’importantes quantités de bois de santal ou de manguier. L’odeur âcre se mélange aux effluves de la ville.

bois pour les bûchers Varanasi

Pour autant, ces quais qui assurent la notoriété de la ville sont en restauration voire en refonte. Beaucoup déplorent la perte d’identité et la destruction d’un patrimoine inestimable. On peut apprécier la meilleure hygiène des grands escaliers monumentaux quasi mussoliniens. Car le gouvernement local, sur le modèle de l’Etat, a pris très au sérieux l’image de la ville. Il a entrepris de gommer la mendicité et la saleté en utilisant les grands moyens. Les ghâts sont devenus un véritable chantier. Des petites cabines flottantes permettent aux baigneurs et fidèles de se changer. Les escaliers anciens et les édifices historiques, un tantinet délabré, disparaissent livrés à la folie destructrice du XXIème siècle.

bain rituel du matin Varanasi

Mais les légendes ont la vie dure et on lit encore des blogs lyriques parlant des ossements récupérés à la surface des eaux. Dans les faits, les cadavres sont purifiés dans l’eau. Ils sont ensuite entièrement brûlés et seules les cendres sont immergés.  Des bouées délimitent des enclos et retiennent les cendres ou fleurs jetées à l’eau après crémation.

coucher du soleil Varanasi

Que voir à quelle heure ?

Les ghâts peuvent se parcourir en bateau au coucher du soleil si vous aimez la foule ou à l’aube pour une expérience plus intense. Vous pouvez acheter votre course en bateau via votre hébergement ou une agence. Mais vous pouvez aussi vous rendre directement le long du Gange et accoster un batelier pour discuter de son prix.

Aarthi Ghât

 Vous pouvez aussi marcher les 6 km le long du fleuve. Le spectacle change à chaque Ghât. L’architecture y varie mais aussi et surtout l’ambiance. Celle-ci évolue également en fonction de l’heure. Le soir, la foule compacte se presse pour assister au Ganga Aarthi une cérémonie fiévreuse et populeuse marquant l’union du fleuve et de la ville. Vous pouvez assister à ce spectacle religieux gratuit sur Assi Ghat, ou Dashashwamedh Ghat. .Si vous voulez vous assoir il vous faudra arriver 1h avant le coucher du soleil. Des agences ou les hôtels vous vendent des places assises « d’honneur » pour profiter de l’expérience.

Ganga Aarthi Varanasi

Car les cérémonies de Varanasi rappellent un peu celles de Venise où la sérénissime célèbre son union avec la mer. Née du fleuve, Varanasi ne l’honore que sur une rive. L’autre berge est laissée au désert. On aperçoit ainsi une vaste étendu ensablée parcourue par les chameaux et parsemée de tentes nomades.

Si votre hébergement ne se trouve pas au centre il vous faudra marcher. Les taxis ne peuvent s’approcher des ghâts sauf tôt le matin. La circulation et le bruit sont ahurissants et il vous faudra vous armer de patience pour parvenir où vous le désirez. En revanche si votre chambre donne sur les ghâts ou les rues du centre vous ne trouverez pas le sommeil sinon au cœur de la nuit. En revanche, vous serez à pied d’œuvre pour admirer le spectacle fascinant du Gange.

lever du soleil sur les bords du Gange Varanasi

Ooty

Je n’avais pas beaucoup envie de me rendre à Ooty. Certes le petit train me faisait rêver. Mais des amis indiens se plaignaient de ce qu’était devenue la charmante hill station de leur enfance. La petite bourgade de montagne s’était muée en une ville embouteillée.

Ooty, vue panoramique

Il n’est pourtant pas si simple de s’y rendre depuis Chennai. Il faut compter 10h de route ou 1h d’avion jusqu’à Coimbatore puis 3 voire 6 h de taxi. Pour la route, il convient de prendre en compte la terrifiante circulation et la lenteur du toy train qui fait des pointes à 20km/h.

Sur une carte, on comprend mieux que la majorité des visiteurs viennent du Kerala ou du Karnataka. Et l’on se rend compte que Ooty s’est affirmée au cours du temps comme la station d’été non seulement de Chennai mais aussi de Bengalore et surtout Mysore. Car si Shimla était la capitale d’été du Raj, Darjeeling celle de Calcutta, Ooty elle représentait la capitale d’été de la Présidence de Madras.

Alors contrairement à mes articles habituels où j’explique ce qu’il y a à voir et de quelle manière profiter au mieux de la destination, je vous raconte ici ce que j’ai aimé et ce que je n’ai pas aimé à Ooty. Cela vous aidera à planifier ou non un week end dans la « reine des collines ».

A voir à Ooty

Ooty est une station de montagne.

paysage Ooty

Même si les Nilgiris ne sont pas l’Himalaya, la ville se situe néanmoins à plus de 2000m d’altitude. On n’y va donc pas pour la haute montagne mais pour bénéficier de vues depuis les crêtes et surtout pour profiter de températures agréables. Ce qui l’été (avril, mai, juin) est une quasi nécessité venant du Tamil Nadu. Alors ou si vous voulez éprouver cette légère sensation de relative fraicheur nocturne, vous pouvez vous précipiter à Ooty.

Raj Bhavan Ooty

Dans la rubrique fraicheur j’avoue avoir vécu un coup de cœur pour l’église du Sacré Cœur aux vitraux édifiants de naïveté et de fraicheur pastorale.

vitrail Eglise d'Ooty

l’héritage britannique

Si vous aimez les jolis bâtiments coloniaux il en reste à Ooty. Vous pouvez les découvrir au moyen d’une visite guidée ou par vous-même. Attention néanmoins ça monte et descend partout et ce à plus de 2000m. Vous pouvez vous essouffler assez rapidement. De plus, la ville s’étale de plus en plus. Les gens ne sachant visiblement pas marcher, un flot continu de voitures bloque les routes. Des magasins et restaurants moyen de gamme bordent les artères principales. Dès que vous vous éloignez du centre, vous trouverez des cafés et hôtels plus chics, mais isolés, et donc inaccessibles sans véhicule…

Bibliothèque Ooty

Vous pouvez facilement découvrir de jolis bâtiments en partant de l’église st Etienne (Stephen’s Church) puis St Thomas et son cimetière filmée entre autres dans « La route des Indes » de David Lean en 1984.

Musée Ooty

Puis vous pouvez vous rendre vers la bibliothèque, et enfin le musée dit « maison de pierre ».  Ce serait la plus ancienne construction de la ville. Malheureusement, la majorité de ces édifices ne sont pas accessibles au touriste lambda. Si vous ne connaissez personne vous ne pourrez pas entrer dans le select Club Ootacamund, ni au Fernhill, le palace du coin. Mais vous pouvez toujours déjeuner (en réservant néanmoins) au Earl’s secret.

salon hôtel Earl's Secret

Vous pourrez graisser la patte pour rentrer dans la bibliothèque des Nilgiris. Sur la colline juste en face se situe le joli tribunal.

Ooty bâtiment administratif

les plantations de thé

Plantation de thé

Toutes ne sont pas bondées. Et une fois dépassés les loueurs de haillons qui vous photographient grimés en ramasseuse/r de thé, vous pourrez peut-être marcher. L’odeur des feuilles peut sembler âcre mais le vert en est saisissant. C’est l’occasion de belles photos. Attention aux sangsues. Si comme moi vous avez tendance à vivre une histoire unilatérale avec ces horribles bestioles, un conseil. Une fois leur pénible besogne accomplie, les bestioles gorgées de votre sang ne sont pas trop difficiles à éradiquer. En revanche il vous faudra atténuer la douleur une fois que leur produit anesthésiant se sera dissous. Pas d’hésitation, inondez votre plaie de sel, c’est assez efficace et facile à trouver.

le Jardin botanique de Ooty

 Ce grand parc paysager typique de la présence anglaise mène jusqu’au Raj Bhavan. Si vous vous éloignez un peu des grandes allées surpeuplées, de jolis sentiers s’offrent à vous.

Ooty Jardin Botanique

-Les sites et brochures publicitaires conseillent des friandises sucrées et grasses. Mais la seule vraie joie alimentaire des Nilgiris ce sont les délicieux légumes cultivés localement. Il est d’ailleurs rigolo de voir les touristes revenir avec leurs bottes de carottes. Les carottes sont en effet ce que les tomates sont à Marmande ou le melon à Cavaillon. De fait les légumes sont authentiquement délicieux. Ne vous privez donc pas. C’est suffisamment rare en Inde.

Jardin Botanique Ooty

A éviter

Penser qu’Ooty est le paradis des marcheurs

Nous sommes partis dans ce « paradis pour marcheur »et sommes revenus dépités. Car la marche échappe totalement aux Indiens. La moyenne de ceux qui en ont les moyens ne bouge surtout pas d’un véhicule. Les rares randonneurs ne s’aventurent pas sans accompagnateur. Les véhicules envahissent le moindre recoin. Ce qui rend la découverte des sentiers et de la montagne sauvage impossible.

Dans la ville même, le nombre de voitures est démentiel et le croisement central de Ooty, Charring cross ne fait pas que copier la fontaine devant la gare londonienne.

Charing Cross Ooty

Les rumeurs urbaines (ou montagnardes)

En outre, des légendes infondées circulent. Si vous émettez l’envie saugrenue de marcher seul en montagne, on vous objectera que la montagne est dangereuse. Vous risqueriez de vous faire attaquer par les guépards et les cheetah, les jaguars et toutes sorte de bêtes charmantes mais en fait éteintes en Inde. Quant aux bisons qui, parait-il, attendent le chaland, je voudrais bien savoir quel animal serait assez fou pour paitre au milieu des véhicules. Même les lapins et les rats se sauvent en courant. Le seul vrai risque vient des chauffards et des gaz d’échappements.

embouteillage sur la montagne de Doddabetta

Doddabetta Peak

Ce sommet est soi-disant un must see. Or, on ne peut pas monter à pied au pic. Si vous vous faites déposer non loin vous aurez à emprunter un bus d’état ou une jeep privée et onéreuse, attendre le remplissage et vous insérer dans les bouchons. Les Indiens se rendent tous en procession au même endroit. Une fois parvenu péniblement au sommet, votre véhicule vous éjectera dans un marché. Loin de la bonne odeur des cimes vous humerez les odeurs de graillon et de pois chiches avant d’émerger transpirant au pied de l’observatoire pris d’assaut par des hordes de touristes. Voyons le bon côté, la classe moyenne explose et avec elle le besoin et l’envie de vacances et de voir la même chose que les copains. Du coup tout le monde part en procession vers les mêmes sites surexploités au niveau touristique.

le bus pour Doddabetta

 Je passe ici sous silence le fait que minorité visible, nous autres blancs sommes quand même plus exotiques en photos que le spectacle des sommets. Bref l’expérience peut vite virer au cauchemar pour occidental amoureux des montagnes.

Doddabetta

-Dans le même ordre d’idées, le lac correspond plus à notre vision d’une décharge qu’à un lieu de loisir idéal. Ce malgré l’interdiction officielle de plastiques dans les Nilgiris. En dehors de décorer les routes de panneaux on ne voit pas bien à quoi correspond cette interdiction malheureusement.

-Le chocolat,

Cela a beau être THE attraction ici, vous êtes français. Sur ce point en particulier comme sur le fromage ou le vin nous sommes en droit de nous montrer chauvins. Si vous aimez le sucre, le sucre et le sucre vous pouvez donc goûter au « chocolat » local…

Bref vous l’aurez compris je n’ai pas aimé Ooty au mois de mai.

Shimla

Petit village de montagne, Shimla devint capitale d’été du Raj en 1846. Soucieux d’éviter les étés torrides de Calcutta, les Britanniques transformèrent le village d’altitude en une ville royale. Au passage, ils repoussèrent les autochtones sur les basses pentes. Ils installèrent leurs résidences et administrations sur la crête à 2200m d’altitude. Face à un panorama à couper le souffle, ils étendirent la ville sur les 7 collines avoisinantes. Un des habitants célèbres a d’ailleurs beaucoup écrit. Même si Rudyard Kipling reste coincé dans sa posture coloniale, il y décrit la société britannique et le cadre avec beaucoup de précision.

Shimla resta capitale d’été après 1931 quand le Raj transféra sa capitale à Delhi. Après l’indépendance, la ville devint capitale de l’Himachal Pradesh et temporairement du Punjab nouvellement crée après la partition de l’Inde et du Pakistan.

Cette capitale d’un des 13 états montagneux de l’Union regroupe un peu plus de 200 000hab aujourd’hui. Elle a conservé son charme montagnard ainsi qu’un magnifique patrimoine colonial. Les 2 villes sectorisées par les Anglais restent divisées. La ville haute concentre les jolis magasins et hôtels et jouit de vues magnifiques. En revanche, la ville basse représente le cœur commerçant et industrieux.

La bourgade construite en crête reste donc une ville double, étagée et hiérarchisée. La population autochtone a du se réinventer sur les pentes encombrées de la montagne. Dans la ville basse se pressent les locaux, alors que les touristes déambulent dans la ville haute.

La ville basse

Quand on arrive dans la jolie gare de Shimla, on est pris d’un côté par la vue spectaculaire sur les montagnes. De l’autre un gros embouteillage de taxis attend le dernier petit train en provenance de Kalka ou de Delhi.

C’est que Shimla, à plus de 2000m d’altitude, est un une capitale d’état un peu enclavée. Si vous n’avez pas déjà réservé votre carrosse mieux vaut prendre votre mal en patience. En fait, si vous n’êtes pas trop chargés vous pouvez remonter la cuvette dans laquelle se blottit la gare. Au débouché de ce cul de sac, la circulation se disperse un tantinet et il s’avère plus simple de prendre une voiture ou de marcher. Le long de la route très encombrée, une jolie promenade en balcon relie le centre-ville.

On y longe la ville basse à l’abri des voitures. La vue sur les montagnes avoisinantes est magnifique. On en oublie presque que la ville basse bruyante se développe de l’autre côté de la route très passagère. Parallèle à celle-ci, le marché bas accueille les locaux. Cette longue rue quasi piétonnière porte le nom de Lower Bazar.

Le Lower Bazar

Ce « marché du bas » court sur une rue en contre bas de la ville avec des boutiques regroupées par spécialités. Ce sont d’abord des chaussures, puis des fournitures scolaires, et, plus amusant, des diplômes. Leur succèdent les vêtements, des bijoux puis la nourriture.

La longue rue monte progressivement jusqu’ au Upper bazaar ou Mall rd. A l’époque du Raj, les locaux chassés de leurs habitations sur la crête se trouvèrent relégués au bas de la montagne. Pour se faire, les Anglais n’hésitèrent pas à incendier les vieilles maisons de bois. Une fois la population autochtone chassée sur les pentes, les colons dotèrent le Lower bazar d’un tunnel. Les porteurs purent alors transborder leurs lourds chargements de l’autre côté de la montagne sans déranger les gentlemen qui profitaient de l’air des cimes.

Entre le lower bazar et Mall Road se trouvent des escaliers très pentus. il s’agit de Middle Bazar, tout petit mais assez typique avec notamment ses coiffeurs, tailleurs. Il relie en fait les deux parties de la ville. Celles-ci ont gardé une ambiance et une fréquentation différente.

La ville haute de Shimla

La ville haute s’étend sur 9 km le long de 7 collines. Son centre s’articule autour de Mall Road et du Ridge. Ces deux avenues piétonnières accueillent les plus jolis magasins. Les touristes, y côtoient les étrangers et la bonne bourgeoisie locale. Au croisement des 2 avenues de parade, de belles constructions de pierre, dont le Town hall, l’église du Christ. Elles marquent le centre de cette petite ville promue capitale d’été de l’empire indien (le Raj). Christ Church revêt, comme souvent en Inde, l’aspect d’une église anglaise avec clocher carré comme celui de Ste Margareth à Westminster.

A l’époque du Raj, la bonne société y imitait la vie de la cour à Londres. C’est ce qui explique la profusion de grandes demeures de pierre, d’édifices coloniaux imposants. Les demeures des grands personnages de l’époque abritent aujourd’hui des musées et administrations. Mais dans l’ensemble ils ont été bien conservés ou bien restaurés.

Un cadre idyllique

Ces beaux bâtiments coloniaux confèrent un charme certain à cette ville située dans un cadre idyllique. Au point culminant de la ville,un temple à Hanuman s’atteint par une petite route. Rouge et rutilant, il offre un panorama sur les montagnes alentours saisissant. On peut y accéder à pied en partant de Christ Church. Il faut compter 30mn d’une montée facile sans charme mais avec une superbe récompense à l’arrivée. Les groupes s’y rendent à partir de 9h30, heure d’ouverture de la télécabine. Mais vous pouvez assister à des offices si vous êtes plus matinaux et prêts à monter à pied ou en voiture, Depuis Christ Church on peut également partir en direction du typique Lakkar Bazaar .

On peut marcher beaucoup si on le souhaite dans cette jolie ville pour relier le Ridge au Palais du vice-roi ou au musée. Les grands hôtels sont situés en périphérie et il semble que les tour opérateurs y parquent les touristes étrangers. C’est dommage car la vieille ville vaut le coup de s’y promener. Elle abonde en jolis cafés et petits restaurant mais aussi en hôtels. Le Clarks emblématique est à ce jour en restauration. il fut le point de départ de la fortune de M Oberoi, le papa de la chaine hôtelière. Il vaudra le coup une fois restauré de par son emplacement et la beauté du cadre architectural.

Une belle promenade coloniale dans Shimla

La partie haute n’est pas accessible pour les voitures. De grands parkings retiennent les véhicules et permettent aux deux grandes avenues le Mall et le Ridge de rester piétonniers. C’est un vrai bonheur de la parcourir tout en contemplant les paysages de montagnes. Vous n’êtes pas obligés de recourir aux services d’un guide local.

A Scandal point juste derrière le Town hall une pancarte indique le début de la promenade historique. Des panneaux la ponctuent.Celle-ci commence sur le Ridge avec la super vue, Christ Church puis l’hôtel de ville, Scandal point où le roi local aurait convolé avec la fille du vice-roi britannique au grand dam de la bonne société anglaise. Ce bon article vous permet également de découvrir la ville à votre rythme.

De là, on continue vers la poste, le palais Bantony aménagé en Musée. Dans une jolie maison coloniale typique de Shimla des photographies parlent de temps révolus. Peu après, on croise le grand bâtiment de la compagnie des chemins de fer, puis le musée régional et l’énorme Gorton Castle. Enfin, après le Raj et l’hôtel Oberoi, se dessine l’ancien palais du Vice-Roi transformé en Institut d’Etudes supérieures. Cette construction éclectique rappelant un chateau écossais se situe dans un superbe parc. 

 A pied, il faut compter 2h pour cette belle promenade. Tout est écrit et signalé. Et l’on se régale de vues magnifiques sur les Monts shivalik avec des sommets enneigés à 6000m.

Pour les marcheurs On peut tenter les balades plus lointaines Elyseum Hill, Paba et Kamiana.

Auroville

Depuis mon arrivée à Chennai il y a trois ans, j’ai toujours remis la visite de Auroville. Pourtant il y a un moment où il faut s’ouvrir un peu et à force de me rendre à Pondichéry, j’ai fini par passer voir la cité utopiste de la « Mère ». Quoi de mieux en cet automne en effet que de laisser libre court à notre envie de tout changer…Avant cela, il faut néanmoins se donner les moyens d’ arriver à Auroville. Ici, le taxi reste l’option la plus simple.

savitri hall Auroville

Auroville, qu’est-ce que c’est ?

Auroville est une ville modèle conçue dans un écosystème reposant sur des valeurs « morales ».  Comme le dit la brochure, la cité de l’aurore vise à réaliser « l’unité de l’humanité ». Elle a pour but de faire « coexister en toute harmonie hommes et femmes de tous pays, croyances et politiques ». Pour en savoir plus, vous pouvez vous plonger dans lesite d’Auroville, à équilibrer avec l’article wikipedia, et l’article de atmos

La cité « idéale »a été créé en 1968 autour de la personnalité de Mira Alfassa. Compagne de Sri Aurobindo, Freedom fighter vénéré, fondateur du yoga integral et installé à Pondichéry. Elle le rejoignit d’abord en son Ashram. Il la nomma « la Mère». Puis, à la mort du grand homme, naquit le projet d’une cité idéale de 50 000 habitants. Aujourd’hui le projet survit et accueille 2000 personnes de toutes nationalités.

Sur un grand terrain sec, les volontaires majoritairement européens, et la population locale continuent à s’escrimer à créer cette cité idéale un brin rétrofuturiste. le projet architectural reste étonnant, très marqué par la vision des années 1970 mais avec de vraies belles réalisations. Le modèle écologique est lui aussi une véritable réussite. Quant aux valeurs et aux idéaux, chacun peut en juger selon ses convictions.

Une énorme boule dorée à l’extérieur, blanche à l’intérieur, le Matrimandir marque le centre de la cité idéale. A côté, se situe un amphithéâtre en plein air en brique et un fantastique banyan tree aux racines aériennes. De là, partent 4 zones dessinées par la « Mère » : la zone résidentielle , l’industrielle, l’internationale ainsi que la zone d’éducation.

Venir à Auroville

 Plusieurs types de visites s’offrent à vous. Les plus extensives permettent d’y passer plusieurs semaines (le visa touristique pour l’Inde autorise à 6 mois sur le territoire comprenant une sortie obligatoire). Les fans absolus peuvent carrément venir s’y installer moyennant finance sérieuse et risquent de tout perdre s’ils décident de quitter la cité modèle. Vous pouvez aussi partir en bénévolat de 6 à 12 mois.

Pour des esprits plus frileux, vous pouvez passer quelques jours (avec 1 minimum de 2 nuits) qui vous permettront de participer à diverses activités, et surtout visiter le Matrimandir. Il s’agit de cette énorme boule dorée rétrofuturiste. Conçue comme un espace de médiation elle abrite également le tombeau de la Mère. Pour la visiter et y méditer, il convient de s’inscrire en ligne quelques jours à l’avance.

Vous pouvez aussi vous contenter de loger à proximité d’Auroville et vous rendre au Visitor Center. Ici une balade d’un km approximativement vous mènera jusqu’au point de vue sur le Matrimandir.

Au passage, vous pourrez admirer quelques magnifiques bâtiments. Roger Anger les a conçus selon le modèle de Corbusier. Si vous aimez l’architecture, la promenade dans la forêt est très agréable. A l’orée, se situe le Visitor center proprement dit. Il s’agit s’un musée où un petit film et des photos retracent le projet. Tout autour, des boutiques vendent les productions artisanales d’Auroville. Un food court et un shopping center des plus capitalistiques avant de pénétrer le monde sans argent d’Auroville…

Aux abords d’Auroville, des villages ont vu le jour. S’y pressent boutiques, restaurants et cafés. Des caucasiens circulent en vespa et donnent une coloration particulière à cette zone atypique en Inde.

Que voir que faire

Aujourd hui, Auroville représente une vaste entreprise avec hébergements, restauration, investissements divers, boutiques, productions. Une foule d’activités s’offre au visiteur quelle que soit la durée de son séjour.

Evidemment, si vous aimez la méditation et voulez tenter des approches de yoga ou de musique sur bol, Auroville est la destination la plus adaptée.  Outre les d’ateliers, ll’auto-reflexion ou le yoga, la cité offre pléthore de formations, travaux manuels, cours divers et variés voire découverte de la culture indienne et des arts. Cours de cuisine, bien être, soins, travail à la ferme, balade à vélo, tout existe.

Pour les plus réfractaires, la cité idéale est l’un des rares lieux du Tamil Nadu ou l’on puisse profiter de la nature pour faire du vélo ou marcher. Si vous appréciez l’écologie, c’est un modèle du genre. Si vous aimez manger ou recherchez de l’artisanat de qualité vous pouvez également y trouver beaucoup de plaisir.

Enfin, si vous êtes sensibles à l’architecture, vous pourrez admirer les créations de Roger Anger.  Cet architecte français, très marqué par l’esthétique des années 1970, a travaillé sur des immeubles en France avant de partir à point nommé pour l’œuvre de sa vie à Auroville. Vous pouvez aussi vous régaler des créations de Mona Pingel .

Capitole

Le Capitole de Chandigarh

A Chandigarh, Le complexe du capitole est classé patrimoine mondial de l’humanité. Plus précisément , « 17 bâtiments ou sites corbuséens sont inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, » dans le cadre de la série L’Œuvre architecturale de le Corbusier, une contribution exceptionnelle au Mouvement Moderne »

Qu’est-ce que le Capitole de Chandigarh

A Chandigarh, Corbusier envisagea un centre administratif grandiose. Il planifia 4 bâtiments, 6 monuments sur un même site et 3 places. Cette zone, qualifiée de secteur 1, se trouve au sommet (la tête) de la ville. Aujourd’hui vide, il la conçut pourtant comme le centre de la vie démocratique.

Seuls 3 des 4 bâtiments furent finalement réalisés. Il s’agit de la cour de justice, l’assemblée et le secrétariat. Suivant la volonté de l’architecte, les 3 piliers de la démocratie se font face. Corbusier les dessina pour représenter les fonctions majeures de cette fameuse démocratie. Cependant, le 4e édifice, le palais du gouverneur ne dépassa jamais le stade d’esquisse.

  Pour visiter l’immense complexe, il suffit de se rendre à l’office du tourisme au minimum un quart d’heure avant la visite. En effet, l’inscription en ligne ne fonctionne pas. Les visites guidées, gratuites, sont obligatoires à 10h 12h ou 15h. Il s’avère impossible de visiter autrement depuis l’attentat de 1995. Celui-ci couta la vie au Chief Minister de l’époque Beant Singh.

Il faut compter 1h30 de visite avec des groupes de taille et d’intérêt aléatoires.  On peut aussi tenter la visite architecturale.

La visite guidée nous emmène dans ce secteur sous haute surveillance. Elle commence avec la Cour de justice.

Les Bâtiments constitutifs du Capitole

La Haute cour de justice (1952)

 La cour de justice fonctionne depuis 1956. En béton brut, elle est animée par 3 piliers géants vert, jaune et rouge. Cette entrée polychrome et démesurée mène à une rampe d’accès. Elle souligne l’’accès à l’entrée vers ce gigantesque bloc de béton brutaliste. Seuls, le tempèrent les bassins qui le réverbèrent lorsque la mousson les remplit.

 Un double toit protège du soleil et de la chaleur. Des brise-soleils à la manière de persiennes de béton coupent également la luminosité intense. On ne peut visiter les bâtiments qu’en semaine pour y admirer les tapisseries

Le Parlement ou Assemblée Législative (1955)

 Le Parlement ressemble à une énorme boite de béton brut. Sa façade répétitive ne s’anime que grâce à deux formes géométriques sur le toit. Un silo couronne l’assemblée. Une pyramide surmonte le Sénat. La forme de silo s’inspire des tours de refroidissement de la centrale près de Ahmedabad. Ces deux formes ont changé de destination avec la séparation de L’Haryana et du Punjab. Depuis 1966, elles correspondent chacune à l’un des 2 états. La représentation du Punjab (le silo) reste un peu supérieure (60%) conformément aux données démographiques.

Le portique latéral est illuminé par une porte cyclopéenne. Elle pivote sur un axe. Des peintures vives l’illustrent. On y voit la signature de Corbusier, un corbeau, jeu de mot avec ce nom de scène choisi par le célèbre architecte. L’autre partie de la façade est scandée d’énormes piliers de béton.

Le « Secretariat »

A la place du gratte-ciel de ses rêves, Corbusier dut se contenter d’un très long bâtiment de 254m de longueur et quand même 42m de haut. C’est le plus grand complexe du capitole. Il sert de siège pour les Gouvernements du Punjab et de l’Haryana. Construit en 1953, entièrement en béton brut, il incarne la notion de brutalisme. Même les pare soleil, rampes d’accès, parapets, brise soleil, acrotères sont en béton non peint. Avec son air de cité radieuse, c’est un monstrueux bâtiment brut sans grâce que même une admiration sans borne pour Corbusier ne peut sauver. Les fans absolus se concentrent sur le traitement de la lumière, la ventilation et l’efficacité.

4 Monuments du Capitole

Le monument de la main ouverte

Emblème de la cité, il symbolise paix et réconciliation. La main est ouverte pour donner, ouverte pour recevoir. Cette main tourne au gré du vent comme une girouette et surplombe une sorte de bassin avec une tribune en son centre. Celle-ci accueille d’ailleurs les consultations lorsque le gouvernement local se voit interpellé par les citoyens.

Ce bassin porte des noms divers « fossé de la considération » ou « puits de la contemplation ». Bien que petit et difficilement accessible par les citoyens lambdas, il marque néanmoins un effort pour considérer l’importance de la population en démocratie. L’architecte suisse marque ici son attachement à la démocratie dans sa version athénienne.

La tour des ombres

Ce curieux bâtiment creux et orné uniquement de brises soleil illustre une quête de Corbusier. Face à l’impitoyable climat indien, l’architecte se préoccupait d’une construction sans aucune prise face au soleil.

La colline géométrique

Ce tertre recouvert d’herbe s’apparente à une colline artificielle. Les débris générés par la construction de l’ensemble du Capitole ont permis son érection. Même si la base est en béton, le coté naturel attenue l’immensité de la place aujourd’hui déserte et vide.

 A l’origine, le plan prévoyait des circulations. Celles-ci ont cessé complètement après l’assassinat du Chief Minister en 1995.

Le Mémorial aux martyrs

Ce mémorial aux martyrs du Punjab lors de la partition n’a a priori pas été conçu comme tel par Corbusier. Il correspond à un immense mur gravé des noms des victimes ainsi qu’un symbole de prospérité, géant, le long d’une rampe. De quoi faire tomber à la renverse tout européen qui a de près ou loin étudié la Seconde guerre mondiale.

Hors Bhubaneshwar

Hors de Bhubaneshwar et de son centre historique, beaucoup reste à voir. De l’édit d’Ashoka, au temple de Yogini, il y a de quoi occuper une journée avant de rejoindre Konark, seul site Unesco de l’Etat puis les villages tribaux.

La colline de la paix,

 C’est sur la colline de Dhauli, juste hors de Bhubaneshwar, que l’on trouve les vestiges de  l’ancienne cité de  Sisupalagada du -VII.es.  C’est là, que le grand roi Ashoka après une bataille particulièrement sanglante aurait fait vœu de pacifisme et aurait embrassé le bouddhisme. Une roche gravée porte mention de ce fait historique majeur. Elle se trouve au pied de la Pagode de la paix que les visiteurs viennent admirer en foule.

 Attention néanmoins, le temple de la paix est récent. Il couronne depuis 1972 seulement la colline Dhauri. Il a été construit par les Japonais traumatisés par Hiroshima. C’est pourquoi, il n’a rien à voir avec le monument historique sinon la référence à la paix et la commémoration de celle instaurée par Ashoka ainsi que sa conversion au Bouddhisme. La pagode toute blanche domine le paysage environnant.

L’édit d’Ashoka,

Le site archéologique se trouve en contrebas de la pagode juste en dessous d’une statue d’éléphant. Pour y avoir passé un moment, la très grande majorité des visiteurs s’arrête devant le panneau à l’entrée du site. Elle monte voir l’éléphant statufié, voire le parc joli alentour. Mais la plupart manque l’espèce de hangar grillagé juste en dessous destiné à protéger les écrits fondamentaux. Il est vrai que le site manque cruellement de signalétique.

Pour autant il s’agit d’un des édits les plus complets de l’empereur Maurya . Il date de -262. L’empereur fut celui qui envahit et annexa le royaume  Kalinga. C’est aussi la preuve de sa conversion et de ses convictions morales. Il s’agit d’un prakrit . Les prakrits sont des langues indo-aryennes parlées entre le -Ve et le +XIIe à l’origine de beaucoup de langues du nord de l’Inde. Les Bouddhistes et Jains utilisaient ces prakrits.

Après le déclin de l’empire Maurya, la zone fut gouvernée par la dynastie Mahameghavahana. Le roi Kharavela laissa des inscriptions non loin de là dans les grottes jains Udayagiri and Khandagiri.  

Les grottes Udayagiri and Khandagiri

 A 6 km hors de Bhubaneswar, ces grottes doubles s’élèvent abruptement de la plaine côtière. En partie naturelle, elles ont été excavées puis aménagées. Elles ont notamment servi de cellules à des moines jains. Alors  que Udayagiri comprend 18 grottes, Khandagiri n’en compte que 15. Celles-ci se révèlent moins intéressantes et plus fréquentées car menant à un temple en activité.

Dans le premier groupe en revanche, pour lequel il faut s’acquitter d’un droit d’entrée, un petit sentier passe devant des grottes sculptées et mène à un véritable monastère. Des inscriptions brahminiques remontent au 1er siecle avt JC. D’autres attestent de la présence de moines jains sous le règne du roi Kharavela. Leurs décorations magnifiques ont une importance historique. Plus haut encore un grand décret, l’inscription Hathigumpha,  sur la paroi supérieure d’une large grotte remonte au règne du même roi.

Cuttack la capitale britannique

Au XIVe s,, le royaume Kalinga avait pour capitale Cuttack entre les bras de la rivière. C’était encore la capitale de la région alors nommée Orissa sous les Moghols (après le XVIes) et les Britanniques après 1803. Elle était alors rattachée à la Présidence du Bengale et au Bihar.

Cette petite ville a conservé des vestiges de fort et des constructions coloniales. Néanmoins, après l’indépendance, le pouvoir nouveau jugea plus sage de déménager la capitale. Elle était trop soumise aux inondations de ses capricieux cours d’eau. On choisit alors de la transférer un peu à l’écart vers la ville religieuse de Tribubaneshwara. Nehru, avec une vision très moderniste de l’Inde, voulut transformer ce gros village en une cité planifiée et fit appel à un urbaniste européen.

Puri, Konark, le triangle d’or

Puri reste la ville des adorateurs de Vishnou. Le temple est de ce fait interdit aux non hindous. Pour des européens la visite de la cité sainte vous laissera sur votre faim à moins que vous n’adoriez les plages indiennes. Pour clore le triangle d’or, rendez-vous à Konark, classé site mondial de l’Unesco.

Ici on peut se demander à juste titre pourquoi Konark est classé et non Bhubaneshwar. La réponse en est simple et compliquée. Pour répondre aux critères onusiens il faut que le propriétaire (unique) du lieu s’engage à respecter un cahier des charges assez complet. Or les temples et lieux saints de Bhubaneswar sont entre les mains d’une multitude de propriétaires, Etat, région, ville, clergé. Certains temples dans et hors de Bhubaneshwar, sont privés d’autres pas. C’est pourquoi certains sont accessibles, d’autres payants, d’autres interdits aux non hindous. En outre la zone à protéger n’a pas de limites réelles. Pire, elle a tendance à fluctuer avec l’explosion de la ville. Enfin, la préservation des édifices, datant en grande majorité des VIIIe au XIIe siècles effraye un peu.

Temple de Yogini

Ce curieux temple est dédié aux servantes de la grande déesse. Il est l’un des 4 seuls à exister en Inde. Sa rareté le rend donc particulièrement important. Ses divinités ont des pouvoirs magiques. D’ailleurs, le temple n’a pas de toit pour que celles-ci puissent s’envoler. Le sanctuaire adopte la forme d’un Yoni (rond avec une petite anse) et comporte des représentations de 64 Yoginis ainsi que l’image de Mahamaya, la divinité majeure. Au centre du temple se trouve un carré avec le Lingam de Shiva. Comme toujours, les divinités mâles et femelles se complètent pour équilibrer les forces. Ici elles s’interpénètrent carrément.

Ce temple a été redécouvert seulement en 1953 en raison de son isolement, bien en dehors de Bhubaneshwar. Dans un lieu calme, au fin fond d’une banlieue en voie d’urbanisation, il offre un cadre magnifique. Il date du Xes. Les têtes d’animaux qui le décorent attestent de la brouille profane sacré. En forme de mandala, il reprend la tradition des mantras. La répétition touche les textes mais aussi les représentations. Ceci même si chaque yogini adopte une expression individualisée, un animal spécifique.

Parmi les 64 yoginis en chlorite (pierre noire), 8 yoginis portent les signes du zodiaque. Ce qui permet à des guides autoproclamés professeurs d’astrologie de se lancer dans des explications embrouillées à défaut d’être savantes. Le lieu était central il est vrai à une pratique restée ésotérique et à des pratiques de yogas. On voit en effet les divinités faisant des asanas (poses de yoga), des mudras (signes des doigts). Apparaissent également des symboles géométriques.

Il n’est pas facile d’aller dans cette zone à l’exterieur de Bhubaneshwar. C’est encore plus difficile d’en partir, et impossible sans voiture particulière ou taxi.

Ekamra

Ekamra Kshetra désigne l’ancienne ville temple de Bubaneshwar que je vous ai presenté la semaine dernière. Petite, Ekamra offre une ambiance quasi villageoise à l’abri de sa multitude de temples. Sur les 700 vous ne parviendrez à en admirer que quelques-uns, alors voici un petit tour d’ensemble…

Marcher à Ekamra, pour mieux découvrir

En général, les agences survolent malheureusement Ekamra Kshetra. Elles insistent effectivement sur le plus grand temple, le Lingaraj puis  le Mutekswara, le plus beau et le Rajarani. Pour ce dernier, en dehors de la beauté du parc alentour et des sculptures coquines je ne vois pas pourquoi il est préféré à d’autres.

Dommage, d’abord parce que ce circuit fait fi de l’histoire de la ville mais aussi de l’histoire architecturale de la région. C’est vraiment dommage car sans prétendre visiter les 700 temples, d’autres méritent vraiment de s’y arrêter.

Dommage également de ne rester qu’une journée dans un bus climatisé alors que le vieux centre de Ekamra se prête à la découverte pédestre. Bref voici un petit itinéraire maison pour mieux profiter de cette superbe cité ancienne.

A noter que les horaires et modalités d’entrée varient selon les lieux. En général et contrairement à Chennai les temples sont ouverts toute la journée et ne ferment pas le midi. Le Rajarani est le seul vraiment payant mais le Mutekswara est sensé l’être.

Votre promenade vous mènera autour du lac Bindu Sagar, juste derrière le temple Lingaraj. Il est sensé contenir une goutte de toutes les rivières sacrées d’Inde ce qui le rend hautement sacré lui-même.  De nombreux temples l’entourent et contourner l’une de ses rives donne une jolie idée de la ville.

Les temples anciens VII-VIIIe de Ekamra

A l’origine de la cité bimillénaire se trouve vraisemblablement le lac Bindu entouré de 7 temples. Bien qu’un peu odorant à certains endroits, c’est un joli lieu. Les mariés s’y donnent RV pour se faire prendre en photo juste au débouché du majestueux Lingaraja. Toutes sortes de légendes rattachent le lac au couple de Siva et Parvati. Des autochtones y barbotent enserrés dans des bidons vides. Ceux-ci servent-ils de bouée ou de réceptacle pour ramasser les déchets ? je ne saurai le dire. En face, quelques Dharamshalas (ou caravansérails) sont devenus l’un hôpital, l’autre cantine typique. On trouve peu d’endroits ou se restaurer ouverts avant 11h du matin outre les petits vendeurs de rue.

Je suggère de commencer par Le temple Parasurameswara. Juste à côté du Mutekswara, il compte parmi les plus anciens du pays (7e s). Typique du style Nagara ce temple à Shiva témoigne de la maitrise des sculpteurs locaux. Les sculptures extérieures en sont magnifiques. L’intérieur, en revanche, noir et dépouillé, cherche à recréer la grotte primordiale. La jagamahona (ou hall menant à la Sikhara) est emblématique de la première période de l’école de l’Odisha avec son toit plat. On ne trouve pas encore la multiplication des halls pour les offrandes et festivités. Ceux-ci apparaitront plus tardivement. On peut rentrer dans le temple contre une offrande.

Par commodité on peut enchainer avec le magnifique temple Mutekswara. Ou préférer la logique chronologique. Dans ce cas, mieux vaut se diriger vers le temple Vaital du 8e s un peu excentré. Il évoque également Shakti parèdre de Shiva. Ils vont toujours tous les deux. La déesse Shakti, tueuse de démons est associée au culte tantrique.

L’âge d’or

-Mukatswar

Ce magnifique temple est un incontournable. Il célèbre le culte de Shiva. Il apparait comme la perle des temples de l’Odisha.

Construit vers 950-70 ce temple comporte une Shikara avec 4 natarajas sur 4 côtés. Compact et assez petit, il affirme le style typique Odisha. En effet, il en rassemble tous les éléments fondamentaux. Le jagamohana (hall offrandes) pyramidal y apparait pour la première fois. Il est relié à la vimana. Derrière celle-ci, se trouve la piscine. les femmes s’y baignent lors d’un festival pour améliorer leur fécondité.  Comme les 2 précédents il se trouve dans une cuvette et il convient de descendre quelques marches pour le visiter.

Ses délicates sculptures, ses reliefs ouvragés et ses portés ornées décrivent les divinités hindoues. Sa torana (porte) est unique. 

– Lingaraj Temple,

Le Roi du linga ne se visite pas c’est le plus important temple de la ville par sa taille, c est LE temple par excellence de la region. Malheureusement, les non hindous ne peuvent pas y accéder. Ils doivent se contenter de le regarder depuis la plateforme ou depuis la grande place après le réservoir qui en annonce l’entrée.

Il est typique de l art kalinga. Il remonte au 11es. C’est la période considérée comme intermédiaire de l’art kalinga. On y retrouve les 4 composantes apparues au temple précédent. On accède au vimana via la jagamahona. Il s’agit d’une sorte de mandapam à toit plat dans les premières structures devenu pyramidal vers le 10e s.  S’y ajoutent un hall de festivités, le natamandir et un hall d’offrandes, dit magamandapa.

Une cinquantaine de plus petits sanctuaires magnifiquement décorés insistent sur le culte à Shiva. Cependant, quelques images de Vishnou rappellent l’influence de Puri.

-Le temple Rajarani Temple,

Le temple RajaRani remonte au 11e siècle. Son originalité tient au manque de dieu tutélaire connu. Les nombreux reliefs érotiques, l’ont fait connaitre comme « temple de l’amour ». Ses murs extérieurs en calcaire rouge et jaune (raja rani) s’ornent de sculptures de danseuses, musiciens et personnages mythologiques. Ces sculptures ainsi que le joli jardin l’entourant expliquent peut être son succès touristique. Néanmoins c’est l’un des rares temples dont l’accès soit payant. C’est également l’un des trois courus des touristes en groupes.

Construit sur un socle, il comprend un deul (pyramide) de 18m de haut rappelant l’architecture de Khajuraho et un sanctuaire carré vide et sombre à l’intérieur. La forme de la tour ou deul contraste avec celles traditionnelles de Bhubaneshwar.

-Le temple Ananta Vasudeva

Sur la rive est du lac Bindu Sarovar ce temple du 13e s est le seul de Ekamra à vénérer Krishna, Balarama et Subhadra. Originellement il s’agissait d’un temple à Vishnou unique dans cette ville consacrée à Shiva. Rénové au 17eme siècle il s’inspire du temple Lingaraj mais avec des éléments Vaishnavite. Malgré son état de délabrement il reste un lieu de pèlerinage important.

Le temple Brahmeswara

Un peu excentré,  ce temple remonte au 9eme siècle et honore Shiva. Il illustre parfaitement l’architecture kalinga. Quatre sanctuaires identiques  entourent en effet son sanctuaire principal. Les portes s’ornent de figures sculptées et des neuf planètes de l’astrologie indienne.

Varkala

Le paradis existe sur terre, et en Inde, il s’appelle Varkala. Si vous aimez l’option mer turquoise, cocotiers et longues plages de sable doré, Varkala s’impose. Une fois n’est pas coutume, je vous emmène dans un lieu où il n’y a rien à visiter mais juste de quoi se faire bronzer. Mois de juillet oblige !!!

Une station balnéaire sur une falaise classée

Alors bien sûr le petit village de pêcheur, fréquenté par les surfeurs est devenu depuis le covid, « the » destination pour la jeunesse dorée indienne. Du coup, les constructions se multiplient et la falaise menace de s’écrouler sous la pression immobilière. Cet aplomb rocheux a beau avoir été classé trésor national pour son caractère unique, son futur est en question.

Mais soyons honnête, pouvons-nous reprocher aux jeunes Indiens de découvrir les joies de la plage alors que nous, occidentaux, avons massacré les trois-quarts des côtes de la planète pour notre seul plaisir? Certes, avec la jeunesse indienne arrive la consommation effrénée, les problématiques liées à la non-gestion des ordures, de la circulation et tant d’autres. Mais pour une fois ne boudons pas notre plaisir…

Varkala, la plage des indiens branchés ?

Je m’attendais à la lecture des blogs à une station un peu désuète, fréquentée par des surfeurs ou des hippies qui n’en pouvaient plus du monde de Kovalam. En fait, nous sommes aux antipodes de cette dernière. Car la plage de Trivandrum s’apparente un peu tristement un peu à un club du 3e âge pour caucasiens en recherche de « sens ».

A Varkala en revanche, on trouve évidemment des centres de yoga et d’ayurvéda mais pas uniquement. Surtout la clientèle est indienne et plutôt jeune. De ce fait, même si d’aucuns reprochent le caractère artificiel voire superficiel de la station, on y découvre un autre aspect de l’Inde, cette jeunesse en quête d’occidentalisme, si exotique ici. On mange de la cuisine internationale, on boit des cafés dans de jolis endroits.  On se croirait dans une station de n’importe quel coin du monde ou presque. Alors, oui c’est en décalage complet par rapport au reste de l’Inde. Oui, le risque est grand de voir la beauté des lieux gâchée par le surtourisme. Mais, pour l’instant, les dégâts ne sont pas comparables à ceux que j’ai pu observer à Kovalam ou aux iles Andaman où la gestion des ordures est une catastrophe.

Bref si vous aimez la plage, nager dans une mer limpide, c’est quand même un super plan que de vous rendre à Varkala. On y trouve donc des bars de tous les styles mais aussi des homestays sympas et des hôtels. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. Après la plage principale, c’est une succession de longues plages plus sauvages.  La mer, magnifique et turquoise, n’est pas encore totalement envahie.

La ville, lieu de pélerinage

La ville est plutôt agréable. Il y a un temple réputé, le Janardana Swami Temple, mais fermé de 12 à 17h.  Il a donné le surnom de Benares du sud à la petite localité. Celui-ci aurait été construit par un roi Pandyan pour le laver de ses péchés.  L’Ashram Sivagiri Mutt attire, lui, de nombreux fidèles. De fait, avant de devenir une station balnéaire à la mode, Varkala fut d’abord port actif durant l’antiquité. Puis elle s’affirma dans la région comme un lieu religieux de prime importance. La région abonde en temples voire mosquées. Plus loin sur la côte se dresse un fort, construit par les portugais,(Aniengo) ensuite annexé par la Compagnie anglaise des Indes orientales. Encore plus loin, on peut voir le lac Kappil.

 Les deux types de populations, pèlerins et amateurs de plage, se croisent aujourd’hui sans se cotoyer.

On peut accéder à Varkala en train. Il faut compter environ 1h30 de Trivandrum, 30mn de Kolam a peu près ou 50mn pour Munroe. Le train longe la côte et remonte vers Kochi (Ernakulam junction).