Auroville

Depuis mon arrivée à Chennai il y a trois ans, j’ai toujours remis la visite de Auroville. Pourtant il y a un moment où il faut s’ouvrir un peu et à force de me rendre à Pondichéry, j’ai fini par passer voir la cité utopiste de la « Mère ». Quoi de mieux en cet automne en effet que de laisser libre court à notre envie de tout changer…Avant cela, il faut néanmoins se donner les moyens d’ arriver à Auroville. Ici, le taxi reste l’option la plus simple.

savitri hall Auroville

Auroville, qu’est-ce que c’est ?

Auroville est une ville modèle conçue dans un écosystème reposant sur des valeurs « morales ».  Comme le dit la brochure, la cité de l’aurore vise à réaliser « l’unité de l’humanité ». Elle a pour but de faire « coexister en toute harmonie hommes et femmes de tous pays, croyances et politiques ». Pour en savoir plus, vous pouvez vous plonger dans lesite d’Auroville, à équilibrer avec l’article wikipedia, et l’article de atmos

La cité « idéale »a été créé en 1968 autour de la personnalité de Mira Alfassa. Compagne de Sri Aurobindo, Freedom fighter vénéré, fondateur du yoga integral et installé à Pondichéry. Elle le rejoignit d’abord en son Ashram. Il la nomma « la Mère». Puis, à la mort du grand homme, naquit le projet d’une cité idéale de 50 000 habitants. Aujourd’hui le projet survit et accueille 2000 personnes de toutes nationalités.

Sur un grand terrain sec, les volontaires majoritairement européens, et la population locale continuent à s’escrimer à créer cette cité idéale un brin rétrofuturiste. le projet architectural reste étonnant, très marqué par la vision des années 1970 mais avec de vraies belles réalisations. Le modèle écologique est lui aussi une véritable réussite. Quant aux valeurs et aux idéaux, chacun peut en juger selon ses convictions.

Une énorme boule dorée à l’extérieur, blanche à l’intérieur, le Matrimandir marque le centre de la cité idéale. A côté, se situe un amphithéâtre en plein air en brique et un fantastique banyan tree aux racines aériennes. De là, partent 4 zones dessinées par la « Mère » : la zone résidentielle , l’industrielle, l’internationale ainsi que la zone d’éducation.

Venir à Auroville

 Plusieurs types de visites s’offrent à vous. Les plus extensives permettent d’y passer plusieurs semaines (le visa touristique pour l’Inde autorise à 6 mois sur le territoire comprenant une sortie obligatoire). Les fans absolus peuvent carrément venir s’y installer moyennant finance sérieuse et risquent de tout perdre s’ils décident de quitter la cité modèle. Vous pouvez aussi partir en bénévolat de 6 à 12 mois.

Pour des esprits plus frileux, vous pouvez passer quelques jours (avec 1 minimum de 2 nuits) qui vous permettront de participer à diverses activités, et surtout visiter le Matrimandir. Il s’agit de cette énorme boule dorée rétrofuturiste. Conçue comme un espace de médiation elle abrite également le tombeau de la Mère. Pour la visiter et y méditer, il convient de s’inscrire en ligne quelques jours à l’avance.

Vous pouvez aussi vous contenter de loger à proximité d’Auroville et vous rendre au Visitor Center. Ici une balade d’un km approximativement vous mènera jusqu’au point de vue sur le Matrimandir.

Au passage, vous pourrez admirer quelques magnifiques bâtiments. Roger Anger les a conçus selon le modèle de Corbusier. Si vous aimez l’architecture, la promenade dans la forêt est très agréable. A l’orée, se situe le Visitor center proprement dit. Il s’agit s’un musée où un petit film et des photos retracent le projet. Tout autour, des boutiques vendent les productions artisanales d’Auroville. Un food court et un shopping center des plus capitalistiques avant de pénétrer le monde sans argent d’Auroville…

Aux abords d’Auroville, des villages ont vu le jour. S’y pressent boutiques, restaurants et cafés. Des caucasiens circulent en vespa et donnent une coloration particulière à cette zone atypique en Inde.

Que voir que faire

Aujourd hui, Auroville représente une vaste entreprise avec hébergements, restauration, investissements divers, boutiques, productions. Une foule d’activités s’offre au visiteur quelle que soit la durée de son séjour.

Evidemment, si vous aimez la méditation et voulez tenter des approches de yoga ou de musique sur bol, Auroville est la destination la plus adaptée.  Outre les d’ateliers, ll’auto-reflexion ou le yoga, la cité offre pléthore de formations, travaux manuels, cours divers et variés voire découverte de la culture indienne et des arts. Cours de cuisine, bien être, soins, travail à la ferme, balade à vélo, tout existe.

Pour les plus réfractaires, la cité idéale est l’un des rares lieux du Tamil Nadu ou l’on puisse profiter de la nature pour faire du vélo ou marcher. Si vous appréciez l’écologie, c’est un modèle du genre. Si vous aimez manger ou recherchez de l’artisanat de qualité vous pouvez également y trouver beaucoup de plaisir.

Enfin, si vous êtes sensibles à l’architecture, vous pourrez admirer les créations de Roger Anger.  Cet architecte français, très marqué par l’esthétique des années 1970, a travaillé sur des immeubles en France avant de partir à point nommé pour l’œuvre de sa vie à Auroville. Vous pouvez aussi vous régaler des créations de Mona Pingel .

Capitole

Le Capitole de Chandigarh

A Chandigarh, Le complexe du capitole est classé patrimoine mondial de l’humanité. Plus précisément , « 17 bâtiments ou sites corbuséens sont inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, » dans le cadre de la série L’Œuvre architecturale de le Corbusier, une contribution exceptionnelle au Mouvement Moderne »

Qu’est-ce que le Capitole de Chandigarh

A Chandigarh, Corbusier envisagea un centre administratif grandiose. Il planifia 4 bâtiments, 6 monuments sur un même site et 3 places. Cette zone, qualifiée de secteur 1, se trouve au sommet (la tête) de la ville. Aujourd’hui vide, il la conçut pourtant comme le centre de la vie démocratique.

Seuls 3 des 4 bâtiments furent finalement réalisés. Il s’agit de la cour de justice, l’assemblée et le secrétariat. Suivant la volonté de l’architecte, les 3 piliers de la démocratie se font face. Corbusier les dessina pour représenter les fonctions majeures de cette fameuse démocratie. Cependant, le 4e édifice, le palais du gouverneur ne dépassa jamais le stade d’esquisse.

  Pour visiter l’immense complexe, il suffit de se rendre à l’office du tourisme au minimum un quart d’heure avant la visite. En effet, l’inscription en ligne ne fonctionne pas. Les visites guidées, gratuites, sont obligatoires à 10h 12h ou 15h. Il s’avère impossible de visiter autrement depuis l’attentat de 1995. Celui-ci couta la vie au Chief Minister de l’époque Beant Singh.

Il faut compter 1h30 de visite avec des groupes de taille et d’intérêt aléatoires.  On peut aussi tenter la visite architecturale.

La visite guidée nous emmène dans ce secteur sous haute surveillance. Elle commence avec la Cour de justice.

Les Bâtiments constitutifs du Capitole

La Haute cour de justice (1952)

 La cour de justice fonctionne depuis 1956. En béton brut, elle est animée par 3 piliers géants vert, jaune et rouge. Cette entrée polychrome et démesurée mène à une rampe d’accès. Elle souligne l’’accès à l’entrée vers ce gigantesque bloc de béton brutaliste. Seuls, le tempèrent les bassins qui le réverbèrent lorsque la mousson les remplit.

 Un double toit protège du soleil et de la chaleur. Des brise-soleils à la manière de persiennes de béton coupent également la luminosité intense. On ne peut visiter les bâtiments qu’en semaine pour y admirer les tapisseries

Le Parlement ou Assemblée Législative (1955)

 Le Parlement ressemble à une énorme boite de béton brut. Sa façade répétitive ne s’anime que grâce à deux formes géométriques sur le toit. Un silo couronne l’assemblée. Une pyramide surmonte le Sénat. La forme de silo s’inspire des tours de refroidissement de la centrale près de Ahmedabad. Ces deux formes ont changé de destination avec la séparation de L’Haryana et du Punjab. Depuis 1966, elles correspondent chacune à l’un des 2 états. La représentation du Punjab (le silo) reste un peu supérieure (60%) conformément aux données démographiques.

Le portique latéral est illuminé par une porte cyclopéenne. Elle pivote sur un axe. Des peintures vives l’illustrent. On y voit la signature de Corbusier, un corbeau, jeu de mot avec ce nom de scène choisi par le célèbre architecte. L’autre partie de la façade est scandée d’énormes piliers de béton.

Le « Secretariat »

A la place du gratte-ciel de ses rêves, Corbusier dut se contenter d’un très long bâtiment de 254m de longueur et quand même 42m de haut. C’est le plus grand complexe du capitole. Il sert de siège pour les Gouvernements du Punjab et de l’Haryana. Construit en 1953, entièrement en béton brut, il incarne la notion de brutalisme. Même les pare soleil, rampes d’accès, parapets, brise soleil, acrotères sont en béton non peint. Avec son air de cité radieuse, c’est un monstrueux bâtiment brut sans grâce que même une admiration sans borne pour Corbusier ne peut sauver. Les fans absolus se concentrent sur le traitement de la lumière, la ventilation et l’efficacité.

4 Monuments du Capitole

Le monument de la main ouverte

Emblème de la cité, il symbolise paix et réconciliation. La main est ouverte pour donner, ouverte pour recevoir. Cette main tourne au gré du vent comme une girouette et surplombe une sorte de bassin avec une tribune en son centre. Celle-ci accueille d’ailleurs les consultations lorsque le gouvernement local se voit interpellé par les citoyens.

Ce bassin porte des noms divers « fossé de la considération » ou « puits de la contemplation ». Bien que petit et difficilement accessible par les citoyens lambdas, il marque néanmoins un effort pour considérer l’importance de la population en démocratie. L’architecte suisse marque ici son attachement à la démocratie dans sa version athénienne.

La tour des ombres

Ce curieux bâtiment creux et orné uniquement de brises soleil illustre une quête de Corbusier. Face à l’impitoyable climat indien, l’architecte se préoccupait d’une construction sans aucune prise face au soleil.

La colline géométrique

Ce tertre recouvert d’herbe s’apparente à une colline artificielle. Les débris générés par la construction de l’ensemble du Capitole ont permis son érection. Même si la base est en béton, le coté naturel attenue l’immensité de la place aujourd’hui déserte et vide.

 A l’origine, le plan prévoyait des circulations. Celles-ci ont cessé complètement après l’assassinat du Chief Minister en 1995.

Le Mémorial aux martyrs

Ce mémorial aux martyrs du Punjab lors de la partition n’a a priori pas été conçu comme tel par Corbusier. Il correspond à un immense mur gravé des noms des victimes ainsi qu’un symbole de prospérité, géant, le long d’une rampe. De quoi faire tomber à la renverse tout européen qui a de près ou loin étudié la Seconde guerre mondiale.

Hors Bhubaneshwar

Hors de Bhubaneshwar et de son centre historique, beaucoup reste à voir. De l’édit d’Ashoka, au temple de Yogini, il y a de quoi occuper une journée avant de rejoindre Konark, seul site Unesco de l’Etat puis les villages tribaux.

La colline de la paix,

 C’est sur la colline de Dhauli, juste hors de Bhubaneshwar, que l’on trouve les vestiges de  l’ancienne cité de  Sisupalagada du -VII.es.  C’est là, que le grand roi Ashoka après une bataille particulièrement sanglante aurait fait vœu de pacifisme et aurait embrassé le bouddhisme. Une roche gravée porte mention de ce fait historique majeur. Elle se trouve au pied de la Pagode de la paix que les visiteurs viennent admirer en foule.

 Attention néanmoins, le temple de la paix est récent. Il couronne depuis 1972 seulement la colline Dhauri. Il a été construit par les Japonais traumatisés par Hiroshima. C’est pourquoi, il n’a rien à voir avec le monument historique sinon la référence à la paix et la commémoration de celle instaurée par Ashoka ainsi que sa conversion au Bouddhisme. La pagode toute blanche domine le paysage environnant.

L’édit d’Ashoka,

Le site archéologique se trouve en contrebas de la pagode juste en dessous d’une statue d’éléphant. Pour y avoir passé un moment, la très grande majorité des visiteurs s’arrête devant le panneau à l’entrée du site. Elle monte voir l’éléphant statufié, voire le parc joli alentour. Mais la plupart manque l’espèce de hangar grillagé juste en dessous destiné à protéger les écrits fondamentaux. Il est vrai que le site manque cruellement de signalétique.

Pour autant il s’agit d’un des édits les plus complets de l’empereur Maurya . Il date de -262. L’empereur fut celui qui envahit et annexa le royaume  Kalinga. C’est aussi la preuve de sa conversion et de ses convictions morales. Il s’agit d’un prakrit . Les prakrits sont des langues indo-aryennes parlées entre le -Ve et le +XIIe à l’origine de beaucoup de langues du nord de l’Inde. Les Bouddhistes et Jains utilisaient ces prakrits.

Après le déclin de l’empire Maurya, la zone fut gouvernée par la dynastie Mahameghavahana. Le roi Kharavela laissa des inscriptions non loin de là dans les grottes jains Udayagiri and Khandagiri.  

Les grottes Udayagiri and Khandagiri

 A 6 km hors de Bhubaneswar, ces grottes doubles s’élèvent abruptement de la plaine côtière. En partie naturelle, elles ont été excavées puis aménagées. Elles ont notamment servi de cellules à des moines jains. Alors  que Udayagiri comprend 18 grottes, Khandagiri n’en compte que 15. Celles-ci se révèlent moins intéressantes et plus fréquentées car menant à un temple en activité.

Dans le premier groupe en revanche, pour lequel il faut s’acquitter d’un droit d’entrée, un petit sentier passe devant des grottes sculptées et mène à un véritable monastère. Des inscriptions brahminiques remontent au 1er siecle avt JC. D’autres attestent de la présence de moines jains sous le règne du roi Kharavela. Leurs décorations magnifiques ont une importance historique. Plus haut encore un grand décret, l’inscription Hathigumpha,  sur la paroi supérieure d’une large grotte remonte au règne du même roi.

Cuttack la capitale britannique

Au XIVe s,, le royaume Kalinga avait pour capitale Cuttack entre les bras de la rivière. C’était encore la capitale de la région alors nommée Orissa sous les Moghols (après le XVIes) et les Britanniques après 1803. Elle était alors rattachée à la Présidence du Bengale et au Bihar.

Cette petite ville a conservé des vestiges de fort et des constructions coloniales. Néanmoins, après l’indépendance, le pouvoir nouveau jugea plus sage de déménager la capitale. Elle était trop soumise aux inondations de ses capricieux cours d’eau. On choisit alors de la transférer un peu à l’écart vers la ville religieuse de Tribubaneshwara. Nehru, avec une vision très moderniste de l’Inde, voulut transformer ce gros village en une cité planifiée et fit appel à un urbaniste européen.

Puri, Konark, le triangle d’or

Puri reste la ville des adorateurs de Vishnou. Le temple est de ce fait interdit aux non hindous. Pour des européens la visite de la cité sainte vous laissera sur votre faim à moins que vous n’adoriez les plages indiennes. Pour clore le triangle d’or, rendez-vous à Konark, classé site mondial de l’Unesco.

Ici on peut se demander à juste titre pourquoi Konark est classé et non Bhubaneshwar. La réponse en est simple et compliquée. Pour répondre aux critères onusiens il faut que le propriétaire (unique) du lieu s’engage à respecter un cahier des charges assez complet. Or les temples et lieux saints de Bhubaneswar sont entre les mains d’une multitude de propriétaires, Etat, région, ville, clergé. Certains temples dans et hors de Bhubaneshwar, sont privés d’autres pas. C’est pourquoi certains sont accessibles, d’autres payants, d’autres interdits aux non hindous. En outre la zone à protéger n’a pas de limites réelles. Pire, elle a tendance à fluctuer avec l’explosion de la ville. Enfin, la préservation des édifices, datant en grande majorité des VIIIe au XIIe siècles effraye un peu.

Temple de Yogini

Ce curieux temple est dédié aux servantes de la grande déesse. Il est l’un des 4 seuls à exister en Inde. Sa rareté le rend donc particulièrement important. Ses divinités ont des pouvoirs magiques. D’ailleurs, le temple n’a pas de toit pour que celles-ci puissent s’envoler. Le sanctuaire adopte la forme d’un Yoni (rond avec une petite anse) et comporte des représentations de 64 Yoginis ainsi que l’image de Mahamaya, la divinité majeure. Au centre du temple se trouve un carré avec le Lingam de Shiva. Comme toujours, les divinités mâles et femelles se complètent pour équilibrer les forces. Ici elles s’interpénètrent carrément.

Ce temple a été redécouvert seulement en 1953 en raison de son isolement, bien en dehors de Bhubaneshwar. Dans un lieu calme, au fin fond d’une banlieue en voie d’urbanisation, il offre un cadre magnifique. Il date du Xes. Les têtes d’animaux qui le décorent attestent de la brouille profane sacré. En forme de mandala, il reprend la tradition des mantras. La répétition touche les textes mais aussi les représentations. Ceci même si chaque yogini adopte une expression individualisée, un animal spécifique.

Parmi les 64 yoginis en chlorite (pierre noire), 8 yoginis portent les signes du zodiaque. Ce qui permet à des guides autoproclamés professeurs d’astrologie de se lancer dans des explications embrouillées à défaut d’être savantes. Le lieu était central il est vrai à une pratique restée ésotérique et à des pratiques de yogas. On voit en effet les divinités faisant des asanas (poses de yoga), des mudras (signes des doigts). Apparaissent également des symboles géométriques.

Il n’est pas facile d’aller dans cette zone à l’exterieur de Bhubaneshwar. C’est encore plus difficile d’en partir, et impossible sans voiture particulière ou taxi.

Ekamra

Ekamra Kshetra désigne l’ancienne ville temple de Bubaneshwar que je vous ai presenté la semaine dernière. Petite, Ekamra offre une ambiance quasi villageoise à l’abri de sa multitude de temples. Sur les 700 vous ne parviendrez à en admirer que quelques-uns, alors voici un petit tour d’ensemble…

Marcher à Ekamra, pour mieux découvrir

En général, les agences survolent malheureusement Ekamra Kshetra. Elles insistent effectivement sur le plus grand temple, le Lingaraj puis  le Mutekswara, le plus beau et le Rajarani. Pour ce dernier, en dehors de la beauté du parc alentour et des sculptures coquines je ne vois pas pourquoi il est préféré à d’autres.

Dommage, d’abord parce que ce circuit fait fi de l’histoire de la ville mais aussi de l’histoire architecturale de la région. C’est vraiment dommage car sans prétendre visiter les 700 temples, d’autres méritent vraiment de s’y arrêter.

Dommage également de ne rester qu’une journée dans un bus climatisé alors que le vieux centre de Ekamra se prête à la découverte pédestre. Bref voici un petit itinéraire maison pour mieux profiter de cette superbe cité ancienne.

A noter que les horaires et modalités d’entrée varient selon les lieux. En général et contrairement à Chennai les temples sont ouverts toute la journée et ne ferment pas le midi. Le Rajarani est le seul vraiment payant mais le Mutekswara est sensé l’être.

Votre promenade vous mènera autour du lac Bindu Sagar, juste derrière le temple Lingaraj. Il est sensé contenir une goutte de toutes les rivières sacrées d’Inde ce qui le rend hautement sacré lui-même.  De nombreux temples l’entourent et contourner l’une de ses rives donne une jolie idée de la ville.

Les temples anciens VII-VIIIe de Ekamra

A l’origine de la cité bimillénaire se trouve vraisemblablement le lac Bindu entouré de 7 temples. Bien qu’un peu odorant à certains endroits, c’est un joli lieu. Les mariés s’y donnent RV pour se faire prendre en photo juste au débouché du majestueux Lingaraja. Toutes sortes de légendes rattachent le lac au couple de Siva et Parvati. Des autochtones y barbotent enserrés dans des bidons vides. Ceux-ci servent-ils de bouée ou de réceptacle pour ramasser les déchets ? je ne saurai le dire. En face, quelques Dharamshalas (ou caravansérails) sont devenus l’un hôpital, l’autre cantine typique. On trouve peu d’endroits ou se restaurer ouverts avant 11h du matin outre les petits vendeurs de rue.

Je suggère de commencer par Le temple Parasurameswara. Juste à côté du Mutekswara, il compte parmi les plus anciens du pays (7e s). Typique du style Nagara ce temple à Shiva témoigne de la maitrise des sculpteurs locaux. Les sculptures extérieures en sont magnifiques. L’intérieur, en revanche, noir et dépouillé, cherche à recréer la grotte primordiale. La jagamahona (ou hall menant à la Sikhara) est emblématique de la première période de l’école de l’Odisha avec son toit plat. On ne trouve pas encore la multiplication des halls pour les offrandes et festivités. Ceux-ci apparaitront plus tardivement. On peut rentrer dans le temple contre une offrande.

Par commodité on peut enchainer avec le magnifique temple Mutekswara. Ou préférer la logique chronologique. Dans ce cas, mieux vaut se diriger vers le temple Vaital du 8e s un peu excentré. Il évoque également Shakti parèdre de Shiva. Ils vont toujours tous les deux. La déesse Shakti, tueuse de démons est associée au culte tantrique.

L’âge d’or

-Mukatswar

Ce magnifique temple est un incontournable. Il célèbre le culte de Shiva. Il apparait comme la perle des temples de l’Odisha.

Construit vers 950-70 ce temple comporte une Shikara avec 4 natarajas sur 4 côtés. Compact et assez petit, il affirme le style typique Odisha. En effet, il en rassemble tous les éléments fondamentaux. Le jagamohana (hall offrandes) pyramidal y apparait pour la première fois. Il est relié à la vimana. Derrière celle-ci, se trouve la piscine. les femmes s’y baignent lors d’un festival pour améliorer leur fécondité.  Comme les 2 précédents il se trouve dans une cuvette et il convient de descendre quelques marches pour le visiter.

Ses délicates sculptures, ses reliefs ouvragés et ses portés ornées décrivent les divinités hindoues. Sa torana (porte) est unique. 

– Lingaraj Temple,

Le Roi du linga ne se visite pas c’est le plus important temple de la ville par sa taille, c est LE temple par excellence de la region. Malheureusement, les non hindous ne peuvent pas y accéder. Ils doivent se contenter de le regarder depuis la plateforme ou depuis la grande place après le réservoir qui en annonce l’entrée.

Il est typique de l art kalinga. Il remonte au 11es. C’est la période considérée comme intermédiaire de l’art kalinga. On y retrouve les 4 composantes apparues au temple précédent. On accède au vimana via la jagamahona. Il s’agit d’une sorte de mandapam à toit plat dans les premières structures devenu pyramidal vers le 10e s.  S’y ajoutent un hall de festivités, le natamandir et un hall d’offrandes, dit magamandapa.

Une cinquantaine de plus petits sanctuaires magnifiquement décorés insistent sur le culte à Shiva. Cependant, quelques images de Vishnou rappellent l’influence de Puri.

-Le temple Rajarani Temple,

Le temple RajaRani remonte au 11e siècle. Son originalité tient au manque de dieu tutélaire connu. Les nombreux reliefs érotiques, l’ont fait connaitre comme « temple de l’amour ». Ses murs extérieurs en calcaire rouge et jaune (raja rani) s’ornent de sculptures de danseuses, musiciens et personnages mythologiques. Ces sculptures ainsi que le joli jardin l’entourant expliquent peut être son succès touristique. Néanmoins c’est l’un des rares temples dont l’accès soit payant. C’est également l’un des trois courus des touristes en groupes.

Construit sur un socle, il comprend un deul (pyramide) de 18m de haut rappelant l’architecture de Khajuraho et un sanctuaire carré vide et sombre à l’intérieur. La forme de la tour ou deul contraste avec celles traditionnelles de Bhubaneshwar.

-Le temple Ananta Vasudeva

Sur la rive est du lac Bindu Sarovar ce temple du 13e s est le seul de Ekamra à vénérer Krishna, Balarama et Subhadra. Originellement il s’agissait d’un temple à Vishnou unique dans cette ville consacrée à Shiva. Rénové au 17eme siècle il s’inspire du temple Lingaraj mais avec des éléments Vaishnavite. Malgré son état de délabrement il reste un lieu de pèlerinage important.

Le temple Brahmeswara

Un peu excentré,  ce temple remonte au 9eme siècle et honore Shiva. Il illustre parfaitement l’architecture kalinga. Quatre sanctuaires identiques  entourent en effet son sanctuaire principal. Les portes s’ornent de figures sculptées et des neuf planètes de l’astrologie indienne.

Varkala

Le paradis existe sur terre, et en Inde, il s’appelle Varkala. Si vous aimez l’option mer turquoise, cocotiers et longues plages de sable doré, Varkala s’impose. Une fois n’est pas coutume, je vous emmène dans un lieu où il n’y a rien à visiter mais juste de quoi se faire bronzer. Mois de juillet oblige !!!

Une station balnéaire sur une falaise classée

Alors bien sûr le petit village de pêcheur, fréquenté par les surfeurs est devenu depuis le covid, « the » destination pour la jeunesse dorée indienne. Du coup, les constructions se multiplient et la falaise menace de s’écrouler sous la pression immobilière. Cet aplomb rocheux a beau avoir été classé trésor national pour son caractère unique, son futur est en question.

Mais soyons honnête, pouvons-nous reprocher aux jeunes Indiens de découvrir les joies de la plage alors que nous, occidentaux, avons massacré les trois-quarts des côtes de la planète pour notre seul plaisir? Certes, avec la jeunesse indienne arrive la consommation effrénée, les problématiques liées à la non-gestion des ordures, de la circulation et tant d’autres. Mais pour une fois ne boudons pas notre plaisir…

Varkala, la plage des indiens branchés ?

Je m’attendais à la lecture des blogs à une station un peu désuète, fréquentée par des surfeurs ou des hippies qui n’en pouvaient plus du monde de Kovalam. En fait, nous sommes aux antipodes de cette dernière. Car la plage de Trivandrum s’apparente un peu tristement un peu à un club du 3e âge pour caucasiens en recherche de « sens ».

A Varkala en revanche, on trouve évidemment des centres de yoga et d’ayurvéda mais pas uniquement. Surtout la clientèle est indienne et plutôt jeune. De ce fait, même si d’aucuns reprochent le caractère artificiel voire superficiel de la station, on y découvre un autre aspect de l’Inde, cette jeunesse en quête d’occidentalisme, si exotique ici. On mange de la cuisine internationale, on boit des cafés dans de jolis endroits.  On se croirait dans une station de n’importe quel coin du monde ou presque. Alors, oui c’est en décalage complet par rapport au reste de l’Inde. Oui, le risque est grand de voir la beauté des lieux gâchée par le surtourisme. Mais, pour l’instant, les dégâts ne sont pas comparables à ceux que j’ai pu observer à Kovalam ou aux iles Andaman où la gestion des ordures est une catastrophe.

Bref si vous aimez la plage, nager dans une mer limpide, c’est quand même un super plan que de vous rendre à Varkala. On y trouve donc des bars de tous les styles mais aussi des homestays sympas et des hôtels. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. Après la plage principale, c’est une succession de longues plages plus sauvages.  La mer, magnifique et turquoise, n’est pas encore totalement envahie.

La ville, lieu de pélerinage

La ville est plutôt agréable. Il y a un temple réputé, le Janardana Swami Temple, mais fermé de 12 à 17h.  Il a donné le surnom de Benares du sud à la petite localité. Celui-ci aurait été construit par un roi Pandyan pour le laver de ses péchés.  L’Ashram Sivagiri Mutt attire, lui, de nombreux fidèles. De fait, avant de devenir une station balnéaire à la mode, Varkala fut d’abord port actif durant l’antiquité. Puis elle s’affirma dans la région comme un lieu religieux de prime importance. La région abonde en temples voire mosquées. Plus loin sur la côte se dresse un fort, construit par les portugais,(Aniengo) ensuite annexé par la Compagnie anglaise des Indes orientales. Encore plus loin, on peut voir le lac Kappil.

 Les deux types de populations, pèlerins et amateurs de plage, se croisent aujourd’hui sans se cotoyer.

On peut accéder à Varkala en train. Il faut compter environ 1h30 de Trivandrum, 30mn de Kolam a peu près ou 50mn pour Munroe. Le train longe la côte et remonte vers Kochi (Ernakulam junction).

Allepey

J’étais allé à Allepey sous la pluie et j’avais détesté les backwaters et la ville mais aussi la plage. Pourtant les amis partis au Kerala vantaient les canaux. J’y suis donc retourné un jour de beau temps. Je n’ai pas plus adoré les backwaters mais j’ai goûté le centre historique et les efforts de réhabilitation de la commune.

Les backwaters d’Allepey

Si Allepey ou Alappuzha, selon sa dénomination actuelle, est connue à travers l’Inde et la sphère touristique au-delà du pays, c’est en effet pour ses backwaters. Il s’agit d’un réseau de canaux et lacs qui ponctuent le paysage à l’intérieur des terres. Malheureusement, surexploités par l’homme ces canaux et étendues d’eau sont devenues saumâtres. S’y laisser glisser ne repose pas tant que cela si vous êtes tant soit peu sensible aux odeurs.

C’est dommage car les paysages y sont vraiment magnifiques. Ils se déroulent sous vos yeux au fil du glissement de l’embarcation. A ce sujet vous avez d’ailleurs l’embarras du choix. La solution « haut de gamme » vendue par les agences de voyage consiste à vous embarquer sur un houseboat. Amarrés dans le port d’Alleppey, ceux si sont assez polluants. En outre, leur taille ne leur permet pas de naviguer sur les plus petits canaux. Cerise sur le gâteau vous êtes captifs de votre bateau et de son équipage. N’espérez pas voguer pendant la nuit, celle-ci se passe à quai entourée des autres et nombreux bateaux.

Bref, vous n’apprécierez que si vous êtes fan des croisières sur le Nil. Personnellement, vous l’aurez compris, je n’aime guère et ne vends pas très bien l’expérience. Néanmoins, l’honnêteté intellectuelle m’oblige à vous avouer que tous les convives qui s’y sont adonné malgré mes sombres prédications (et prédictions) ont adoré…

Vous pouvez tenter l’expérience en sikhara, un long bateau effilé que vous pouvez retenir via une agence ou avec lequel vous pouvez négocier une fois sur place. Si le temps le permet et que vous n’avez pas peur, la pirogue peut se risquer aussi. Dans un cas comme dans l’autre, vous avez le nez dans les remugles des eaux noirâtres. Cependant, la balade lente le long des villages desservis uniquement par voie d’eau est belle et dépaysante.

Enfin le ferry permet une découverte beaucoup plus authentique. Il passe peu près toutes les 20mn et on le récupère le long du canal. Des marches permettent de parvenir aux embarcadères. Le seul problème est de comprendre où vous allez et pour combien de temps vous en avez. Le plus simple est de partir jusqu’au terminus Kumarakom, la réserve animalière. Celle-ci est un point de départ plus agréable pour aborder les backwaters. En revanche, si vous dépendez du train, la situation devient compliquée pour ce tour en ferry. Il vous faut prévoir une grosse demi-journée et ne pas craindre la promiscuité. Mais vous ferez le plein d’authenticité et de beaux paysages.

Balade dans Allepey

Les backwaters d’Allepey sont si connus qu’on en oublierait presque de se promener dans la ville. C’est dommage car il y a beaucoup à y voir.

On peut éviter la plage, sale et plutôt déprimante. Le port qui la longe ne fait pas trop envie non plus. Le déclin commercial de la ville a sonné son glas. Pourtant, à la fin du 19e siècle, Allepey était une ville prospère fréquentée par nombre de marchands et commerçants. C’était aussi un lieu de traitement de la fibre de coco. Le port actif a perdu de sa superbe. Il est pratiquement abandonné et les canaux ne sont plus utiles. Cependant, de jolies maisons, en voie de réhabilitation nous parlent d’un passé plus glorieux.

D’ailleurs, le centre historique est en pleine rénovation et promet de devenir assez mignonet. Par ailleurs, la municipalité s’est lancée dans un projet de promenade patrimoniale tout à fait intéressant.

Le “Alappuzha Heritage Project » a monté un itinéraire. Celui- ci commence non loin de la gare avec le phare. On peut le suivre à pied pour découvrir les trésors cachés de Allepey. Il suffit de remonter Palace road et tourner rapidement sur la gauche sur Thana E road pour gagner le canal sud. De petits ponts permettent de le traverser pour accéder au temple jain puis un peu plus loin au futur musée de la coco pour l’instant une usine dans de vieux et jolis bâtiments en cours de réhabilitation.

 Tour autour de cette manufacture s’enroule Jubilée road. Il s’agit d’un quartier résidentiel très calme bordé de jolies demeures cachées dans de beaux jardins tranquilles. Il n’est aucunement référencé et il a peu de risques d’y croiser des hordes de touristes. La grosse école Leon XIII aux allures art deco se trouve sur la rue qui mène à la cathédrale catholique. Son cimetière surprend avec ses tombes originales.

On peut retraverser le canal sud, pour admirer la Saukar Masjid, une délicieuse petite mosquée aux allures de ferme. En effet, Allepey regorge de mosquées toutes plus ravissantes les unes que les autres. Car le port actif jouait un rôle économique majeur au Moyen Age et attirait des communautés du Golfe persique voire de plus loin encore. Leur architecture mêle souvent des éléments de l’art islamique à des caractéristiques plus locales, comme les toits si particuliers du Kerala ou l’utilisation du bois. On peut à ce titre s’arrêter à la mosquée Maqam ou ici devant la charmante mosquée Saukar. Celle-ci est riche d’influences turques et est-européennes.

On retraverse alors le canal sud pour rejoindre le centre-ville marqué par la rue et le temple Mullakkal Rajarajeswari Temple sur la rue du même nom. On est dans le quartier central avec magasins et cinémas. L’animation de la petite ville s’y concentre. Et on voit bien l’effort fait par la municipalité et l’état pour réhabiliter cette ville industrielle.

De là, on peut alors rejoindre le canal nord. Celui-ci concentre toute l’activité de navigation. Les marches mènent aux embarcadères de ferry, alors que l’on peut aborder un sikhara à tour moment. C’est à l’extrémité de ce canal nord que l’on débouche sur le lac et, en traversant, sur le terminal des House boats.

Ernakulam

Cet article sur Ernakulam s’adresse à tous ceux qui restent plus d’une demi-journée dans la ville et qui veulent explorer ses environs. En effet, j’avais déjà évoqué dans un premier article les incontournables de la ville coloniale avec son Palais et le quartier juif. Dans un second article, je me suis intéressée à Fort Cochin et autour du Fort. Il est temps maintenant de déborder du quartier historique et de s’intéresser à tout ce qui fait le charme de cette énorme métropole.

Il est temps maintenant de déborder du quartier historique et de s’intéresser à tout ce qui fait le charme de cette énorme métropole.

Ernakulam correspond à la bande de terre continentale agglomérée aux vieux quartiers de Fort Cochin, sis sur une presqu’ile lagunaire. Moins touristique, cette zone abrite les bâtiments administratifs, universités, centres commerciaux. C’est aussi un grand quartier marchand. On y trouve donc sans surprise de grands temples, comme celui de Shiva et des marchés bien fournis. Globalement, si l’on veut passer une journée à Ernakulam, voici des idées de balades :

Marchés supermarchés et temples

 Le temple de Shiva non loin de l’embarcadère impressionne pour la ferveur de ses fidèles. Il faut s’y rendre le matin ou le soir pour profiter des célébrations colorées. On peut y accéder par le Durbar, un bâtiment colonial dont le nom évoque la cour royale. Tout autour, se pressent de petits restaurants végétariens.

temple de Shiva Ernakulam

Entre le débarcadère et le métro, Market road la bien nommée regroupe une grande partie des petits commerces. Les ruelles adjacentes donnent des airs de souk à ce quartier extrêmement animé. Certainement plus populaire mais aussi plus authentique que Fort Cochin, Ernakulam abonde en marchés et magasins très bien achalandés.

Le marché aux légumes n’est plus que l’ombre de ce qu’il était. La végétation luxuriante du Kerala permet en effet de se régaler de fruits et légumes en avance par rapport au Tamil Nadu. En revanche, les ruelles commerçantes continuent à offrir toutes sortes de marchandises bon marché et organisées par spécialités. le quartier abrite une communauté musulmane et s’endort le vendredi lorsque les fidèles se rendent dans les différentes mosquées.

La Promenade

Le long de la lagune, elle s’étend entre le débarcadère de ferries pour Fort Cochin et le quartier commerçant de Market Road. Les jardins joliment dessinés donnent des allures européennes à ce long ruban vert très apprécié par les locaux en soirée et le week-end. De là, on peut se diriger vers le ferry qui dessert Fort Cochin. On peut également se rendre vers le métro et au-delà vers la ville moderne. Sans charme, cette partie de Ernakulam fait penser aux villes d’extrême orient par son animation, ses grands et petits commerces, et même, chose rare dans le sud, ses gigantesques grands magasins comme le Lulu mall, un must pour ceux qui arrivent de Chennai en manque d’hypermarché.

Par le métro, on atteint la gare (Ernakulam Junction) mais aussi le quartier plutôt huppé d’Aluva. De la station de métro, des autobus flambant neufs permettent de relier l’aéroport au-delà des embouteillages. Ce quartier résidentiel, s’étend le long de la rivière Periyar et offre de jolies vues sur les berges et les ponts.

Aluva, les bords de la rivière Periyar

fresque Kochi es a feeling

Musée du folklore

Il se situe au sud du quartier Thevara, à la pointe de la bande de terre que constitue Ernakulam. Bien que privé, ce musée du folklore offre une foultitude d’objets à découvrir, voire à acheter, on s’y perd un peu. C’est un peu chaotique mais tellement fourni, que l’on y trouve toujours son bonheur.

Musée du folklore

Le musée lui-même est une recréation architecturale à partir de maisons traditionnelles en bois. Sa structure avec ses toits quasi en pagode emblématiques du Kerala, et ses décorations, valent la visite. Des petits panneaux permettent de se repérer à minima.

marionettes au musée du folklore Ernakulam

Sortis de cet étonnant capharnaüm, on peut se faire conduire en tuk tuk un peu plus au nord vers la promenade ou carrément les plages ou les lagunes.

tablette de cuivre ancienne musée Folklore

Plus au nord d’Ernakulam

C’est aussi depuis Ernakulam que l’on accède à la zone des plages. Attention néanmoins à la foule des fins de semaine et à l’extrême chaleur. La longue bande de terre qui fait face à la mer accueille d’immenses plages dont certaines sont considérées comme parmi les plus belles du pays. Parmi celles-ci, Cherai Beach.

Sur la ligne de métro, Il existe encore une foultitude de musées et galeries selon les gouts de chacun. Parmi ceux-ci s’imposent le musée du Kerala et le Hill Palace.

Enfin, les quartiers nord desservis par la ligne de métro ouvrent sur les backwaters. Cette zone lagunaire est souvent plus à l’intérieur des terres que du côté d’Allepey et offre de merveilleux paysages.

poster de Jesus sur les murs de Cochin

Cochin

Cochin vit depuis des siècles dans le parfum des épices. Comptoir portugais dès le XVIe siècle, puis ville hollandaise avant d’être anglaise, la plus grande ville du Kerala avec son demi-million d’habitants, se compose de quartiers très différents. Monde ancien et moderne s’y côtoient.  Dès l’aéroport, alimenté à l’énergie solaire, la modernité de Cochin s’affiche.  La ville est en effet la capitale économique de cet Etat étonnamment riche pour l’Inde. Pour autant, les touristes se concentrent essentiellement dans le quartier ancien, dit Fort Cochin. Ceux-ci sont, contrairement au reste de l’Inde, en grande partie occidentaux. Ils arpentent les rues piétonnes bordées de maisons coloniales et de jolies boutiques.

Le quartier historique de Cochin s’articule autour du Fort, du Palais hollandais et de la synagogue Pardesi. Cette semaine, je vous emmène à la découverte de ces deux magnifiques monuments.

Le Palais de Mattancherry, ou Palais hollandais

Le Palais hollandais, construit pour la famille royale de Cochin, abrite le plus bel ensemble de fresques du Kerala. Bâti par les Portugais en 1557, le Palais Mattancherry fut rénové par les Hollandais en 1663. On peut maintenant y prendre des photos.

Le palais aux magnifiques boiseries se compose de deux étages. Dans les premières pièces, de fantastiques fresques mettent en scène des thèmes inspirés des épopées indiennes Ramayana et Mahabharata . Elles représentent aussi les images des dieux hindous et notamment de Krishna. Puis, une succession de salles évoque la vie des dynasties locales. Étonnement pour l’Inde, le Palais offre un bel exemple de muséographie.

A la fin du périple, d’autres peintures murales illustrent le poème épique Kumarasambhavam de Kalidasa. Un petit temple dédié à la divinité Palayannur Bhagwati se situe dans la cour centrale du palais.

Des vêtements de cérémonie utilisés par la royauté, des turbans, des armes de l’époque, des palanquins, des pièces de monnaie, des timbres et des dessins donnent un aperçu du mode de vie des familles royales dans le Sud de l’Inde. Ce palais est un must pour la qualité des fresques et des charpentes.

Tous les jours de la semaine de 10 h 00 à 17 h 00, excepté le vendredi. 

Jew Town

Si la tradition chrétienne est restée particulièrement forte au Kerala, Cochin s’enorgueillit, ou plutôt s’enorgueillissait, d’une petite communauté juive, réfugiée ici probablement lors de la destruction du temple en 70. La plus vieille synagogue d’Inde est une petite merveille Les six autres synagogues de la ville ne sont pas visitables et à peine reconnaissables dans les rues commerçantes de cette bruissante cité. Même s’il ne reste plus qu’une maigrelette famille juive, le temple bien entretenu, attire de nombreux visiteurs.

En fait, Le quartier juif de Cochin correspond essentiellement à une jolie rue commerçante, parallèle au Palais. Les magasins y sont aujourd’hui tenus par des musulmans. Les touristes fourmillent dans ce petit bout de rue extrêmement commerçant. On y vend de tout et les jolis cafés attirent les occidentaux. C’est aussi dans ce quartier que vous trouverez des magasin d’antiquités. Au fond de l’impasse, close par la tour de l’Horloge, se trouve la synagogue Pardesi, édifiée en 1568 et agrandie en 1760.  A droite du cul de sac, le temple hindou qui jouxte le Palais est pratiquement rénové. Sur la gauche s’ouvre la synagogue.

La synagogue Pardesi

Paradesi signifie « étranger » dans de nombreuses langues indiennes. Le terme fait allusion aux Juifs blancs, les premiers colons de Cochin, un mélange de Juifs de Cranganore (au Nord de Cochin, aujourd’hui Kodungallur), du Moyen-Orient et d’Europe. En 1524, ceux-ci trouvèrent un bienfaiteur en la personne du Raja de Cochin. Ce seigneur leur donna  en effet la terre sur laquelle ils bâtirent leur lieu de culte en 1568. Il leur fournit même le bois de construction. Cette synagogue contribua fortement à asseoir la présence juive au Kerala.

L’entrée de la synagogue s’effectue par un vestibule. Il donne sur un petit musée consacré à l’histoire de la communauté et de son temple. On accède alors à une courette sur laquelle s’ouvre la salle de prière. On y entre pieds nus, Inde oblige. Elle est remarquable pour ses énormes lustres belges du XXe siècle mais surtout pour son extraordinaire pavement. Les centaines de carreaux chinois de faïence bleue, rapportés de Canton au XVIIIe siècles sont tous uniques et peints à la main.

Au centre, se détache la chaire. Au fond de la salle, l’arche renfermant les rouleaux de la Torah, deux couronnes d’or présentées à la communauté juive et les plaques de cuivre du IVe siècle. Enfin, au mur, une charte gravée en mayalam décrit les privilèges octroyés à la communauté juive. Le texte est écrit en kannadiyezhuthu, écriture spéculaire ou en miroir.

tous les jours, de 10/12h, et de 15  à 17 heures, sauf les vendredis, samedis et jours de fêtes juives.10rp se déchausser, se couvrir les jambes et les épaules.

Le quartier musulman

Traditionnellement plus pauvre, et plus populaire ce quartier est lui aussi en voie de réhabilitation. Les ordures commencent à être ramassées (c’est un frémissement), les maisons en ruine à être rénovées, en tous cas pour le plus belles. Les échoppes traditionnelles sont peu à peu repeintes. Dans ce quartier, on peut manger de la nourriture typique de Cochin. On y teste les parathas au bœuf impensables dans le reste de l’Inde, les Milk shakes à l’avocat ou les puttu. Il s’agit de roulés de farine de riz et coco traditionnels au petit dejeuner.

Synagogue de Cochin

Trivandrum

A Trivandrum, hors du grand temple d’or et du Palais royal, évoqués la semaine dernière, s’étend une ville fort agréable quoiqu’injustement méconnue. Après avoir visité le Palais et admiré la Gopuram de loin, je vous propose cette semaine de découvrir les beautés cachées de la vraie capitale du Kerala. Je parle de vraie capitale car ce Trivandrum bis se propose d’explorer la capitale administrative et politique du Kerala. Cochin, plus grande et mieux reliée, joue, elle, le rôle de capitale économique.

le Napier Museum, belle construction indo sarracénique avec des relants Arts and Crafts

Le quartier du marché Cherai

Avec ses grands trottoirs ombragés, ses larges avenues, Trivandrum est une ville où il fait bon…marcher ! C’est suffisamment rare en Inde pour être souligné. Le côté provincial et la petite taille font que malgré les embouteillages on n’a pas l’impression d’être pris dans le vacarme habituel aux grosses cités indiennes.

Alors, on quitte le quartier du fort et du temple avec son flot de pèlerins, de marchands de tout et n’importe quoi pour se diriger vers la zone du marché Chelai. A priori le plus ancien du Kerala. Il s’agit d’un dédale de ruelles à l’abri de la circulation automobile. On y trouve toute sorte d’objets du quotidien, nappes criardes, bassines, plats, poubelles et chiens errants en prime. De petites cantines proposent les spécialités locales puttu (rouleau de farine de riz et coco), kadala (purée épaisse et noire de pois chiches) et hakka appam (beignets de bananes) idiyappam (sortes de nouilles très fines de farine de riz).

Balade Le long de MG Road

Comme toute ville indienne, Trivandrum est traversée par une grande artère MG (pour Mahatma Gandhi) Road bordée de tous les grands bâtiments ici administratifs davantage que commerciaux. En quittant le temple d’or, ou en venant du marché, on rejoint le terminus de nombreux bus en face du fort.

En remontant vers le nord, on atteint le temple Pazhavangaadi Sree Maha Ganapathy. On peut le visiter. Même s’il semble relativement récent, son activité y est fort authentique, colorée et réjouissante. Si l’on tourne le dos au temple vers la droite on gagne la gare victorienne.

Plus loin sur la MG road, commence le quartier administratif. On monte vers le Nord et le quartier de Palayam. On peut prendre un transport jusqu’au secrétariat général du Kerala, un bâtiment colonial entouré d’un jardin et d’une grille ouvragée. Un peu plus au nord, se dresse la cathédrale syrienne orthodoxe St Georges, jolie oasis de paix dans une rue à la circulation dense.

L’Université du Kerala à Trivandrum

En face de l’église, commencent les magnifiques constructions de l’Université du Kerala. On distingue d’abord Les façades donnant sur MG Road, un peu décaties au-fond d’un grand jardin. Il vaut la peine de les contourner pour admirer tout ce quartier universitaire en voie de restauration. Leur architecture éclectique en est variée et intéressante. On peut emprunter la rue dr NS Warrior ce qui permet de parvenir au siège du Parti communiste (AKG centre).

En effet, le Kerala est depuis l’indépendance un état resté fidèle au communisme. Avec celui-ci s’affirme l’importance de l’éducation et des droits de la femme. On atteint alors un quartier colonial avec de bien élégants édifices. Les bâtiments de l’université, la bibliothèque avec de jolis cafés comme le bookmark se succèdent le long de grandes allées arborées en cercle.

On revient alors sur la grande avenue Mahathma Gandhi pour déboucher au marché Connemara. Le nom se réfère au gouverneur Lord Connemara qui a donné son nom à la bibliothèque du musée de Chennai.. Moins connu que le marché  Cherai dans le centre-ville, il regroupe sous une halle britannique une série d’étals.

Bâtiments coloniaux

 Juste en face, une mosquée et un temple à Ganapathi illustrent une nouvelle fois le climat de tolérance affiché dans la région.  On traverse pour atteindre la Cathédrale St Joseph, une belle tarte à la crème néogothique sur un modèle britannique à clocher carré. Elle fait face au stade des Nairs cette caste de guerrier particulière au Kerala.

On dépasse l’Assemblée législative, édifice ancien et moderne puis le stade pour tourner à droite. C’est un quartier sympa avec grandes avenus aérées, de grands trottoirs ombragés. On atteint alors un immense et magnifique parc en face du musée d’Histoire. Dans ce grand parc, on peut se diriger vers le zoo ou vers la fantastique construction indo-saracénique du Musée Napier, une vraie réussite architecturale. Malgré la structure de brique, elle arbore des détails Queen Anne (les oriels) et des toits que William Morris et le mouvement anglais Arts and Crafts n’auraient pas rejetés.

Juste de l’autre côté du parc son aborde la colline surmontée par, Kanakakunnu Palace. Au Sommet d’un joli parc public ce palais offre une atmosphère royal, celle de la dynastie Travancore . Des spectacles ont lieu ans ce jardin.

Cette promenade n’est qu’un exemple pour passer une jolie journée dans la bien agréable capitale du Kerala. De nombreux temples et jolis lieux ponctuent la ville et offrent de belles découvertes alors n’hésitez pas et venez visiter cette ville si méconnue.

Thiruvananthapuram

Thiruvananthapuram fait peur en raison de son nom imprononçable quoique simplifié par les Anglais en Trivandrum. La ville (puram) du seigneur (Thiru) Ananda échappe souvent aux circuits touristiques. C’est dommage, car c’est une superbe découverte.

 Dommage également que la ville soit peu documentée sur les sites touristiques en français voire en anglais. De ce fait il n’est pas évident de construire un itinéraire ni de savoir que visiter. Encore une fois c’est dommage parce qu’il y a beaucoup plus à voir que le grand temple inaccessible aux non hindous et la plage voisine de Kovalam. Alors par où commencer ?

Le quartier du fort et du grand temple

Evidemment ce quartier ancien et grouillant est le must-see à Thiruvananthapuram. On descend du bus, du tuk tuk ou du taxi près de la porte du fort et de là on suit la foule jusqu’à la Gopuram de ce fantastique temple interdit aux étrangers.

Cette tour d’accès est monochrome contrairement à ses consœurs tamoules. On peut l’approcher, gravir les escaliers, en admirer la toiture et… rebrousser chemin. Car comme pratiquement tous les temples du sud consacrés à Vishnu, le Sree Padmanabhaswamy n’est pas accessible aux non-hindous. Et un clergé pas toujours charmant se précipite pour vous rappeler à l’ordre si vous tentez de vous glisser dans la foule ou de dégainer votre appareil photo. Même si les Indiens eux ne se privent pas de se faire tirer le portrait devant la divine Gopuram.

Je trouve d’ailleurs surprenant que tous les guides, blogs, sites touristiques sur Thiruvananthapuram parlent du temple alors que les étrangers ne peuvent y accéder. En revanche, silence sur le reste de la ville comme si elle ne comptait pas.

Joyau du sud

Il est vrai que le temple d’or est l’un des plus sacré du pays. Surtout de nombreuses légendes le créditent d’une richesse phénoménale. L’Etat fédéral est venu enquêter sur des dysfonctionnements dans sa gestion en 2011 et y a découvert un trésor estimé entre 14 et 15 Milliards d’euros dans 5 des 8 chambres des pièces souterraines du temple. Il se constitue d’or, argent diamants, bijoux, statues, monnaies et autres donations des fidèles accumulées au cours des siècles.  Les autres chambres n’ont pas été ouvertes, la sculpture de cobra qui monte la garde portant malheur selon les fidèles. Elles sont néanmoins sous haute garde. Une bataille féroce s’est engagée entre les différents propriétaires  potentiels des lieux.

Outre le côté trésor de conte de fée, l’architecture du temple est remarquable. On peut noter (de l’extérieur) une fusion d’éléments keralais et dravidiens. Les boiseries merveilleusement travaillées sont typiques de l’artisanat du Kerala. Au contraire, le travail stuqué de la Gopuram s’apparente à ce que l’on trouve dans les différents états voisins du sud de l’Inde.

Le Palais Royal de Thiruvananthapuram, un joyau dans le joyau

Le long du temple les bâtiments aux belles toitures de bois ouvragé mènent au Palais royal. Kuthira Maliga C’est l’occasion d’admirer l’habileté, très reconnue dans toute l’Inde, des charpentiers du Kerala. De manière unique dans le pays, la région jouit d’une double mousson et donc d’une abondance de bois comme le tek.

Construit en 1840 par le Maharaja Swathi Thirunal Rama Varma, le palais reflète l’architecture typique de la région avec ses toits débordants à forte pente, ses vérandas à colonnes et ses cours intérieures. Le travail d’ébénisterie y est remarquable. Les 122 sculptures et gravures équines lui ont donné le nom de demeure des 122 chevaux.  C’est aujourd’hui un Musée et il offre une idée de la dynastie royale Travancore qui habite non loin de là le palais Kowdiar construit pour la sœur du roi. Car dans cette famille matrilinéaire, c’est la sœur qui règne…

On peut passer du temps au palais pas forcément au musée qui exhibe des photographies passées de tableaux de qualité variées. Celles fanées de la ville à l’époque de l’indépendance ne sont pas inintéressantes en ce qu’elles montrent une bourgade perdue dans les forêts. Les photocopies colorisées de divinités ne me paraissent en revanche pas incontournables. Vous l’aurez compris, je conseille vivement la visite du palais, moins celle du musée dans le palais.

Le Palais est lui passionnant, on déambule dans une vingtaine de pièces des 80 constituant les habitations royales de la dynastie Travancore.

Entre l’extérieur du temple avec son réservoir et le Palais, il y a de quoi occuper une grosse demi-journée. Mais il vous reste beaucoup encore à explorer à Trivandrum. Alors retrouvons nous la semaine prochaine !