Egyptomanie victorienne

Je me suis déjà fendue d’un article sur les lieux où admirer des vestiges égyptiens à Londres (https://visitesfabienne.org/legyptomanie-londonienne/). je voudrais maintenant pour accompagner la conférence du 18 Janvier 2022 m’arrêter davantage sur l’Egyptomanie victorienne. Celle-ci a entrainé en effet de nombreuses contrefaçons mais aussi des situations rocambolesques souvent animées par des personnages hauts en couleur.

Bastet à l’usine de cigarettes

L’Egypte, Une source d’inspiration artistique et de mise en scène

En effet, l’Europe s’est passionnée pour l’Egypte dès l’expédition napoléonienne de 1798.

Une passion européenne

Embarquant dans son équipée de nombreux scientifiques et artistes, les Français sont revenus politiquement bredouille mais riches de connaissances. Les écrits de Vivant Denon entre autres, les gravures et observations ont créé une vogue de longue durée.  Les Français l’ont développée dans les arts, l’ébénisterie notamment, et dans une moindre mesure l’architecture. Les Anglais, eux, se sont emparés de motifs égyptiens à tout va. Bijouterie, peinture, littérature, peinture, rares sont les domaines artistiques à en avoir réchappé.

Ainsi le V&A offre une somptueuse collection de colliers, boucle d’oreille. Dans cette galerie exceptionnelle, ressortent quelques pièces du XIXème qui font la part belle aux sources égyptiennes. Ces somptueuses parures se composaient d’amulettes ou, à défaut, les copiaient.

Collier, V&A

Fascination et ésotérisme

Se pavaner couvertes de bijoux égyptiens n’a bientôt plus suffit et la fascination pour l’Egypte s’est alors tournée vers des domaines plus ésotériques. Les Anglais se sont emparés bien vite des rites mortuaires nilotiques, si visibles et fascinants. Il faut dire que les victoriens vouaient à la mort une fascination toute particulière. Ils ont ainsi construit un énorme cimetière dans l’ouest londonien dans lequel on ne pouvait accéder que par une gare spécialisée aujourd’hui désaffectée. Bientôt les nécropoles se sont mises à ressembler à des sites antiques, c’est le cas à Highgate.

Cette véritable Egyptomanie victorienne a d’ailleurs poussé à des mises en scène d’un gout douteux telles les cérémonies de désenroulage de momies.

Comme si cela ne suffisait pas, des marchands peu scrupuleux se sont mis à vendre outre les amulettes et trésors pillés dans les tombes, des bandelettes et objets pour les revendre ou les réduire en poudre. Ils obtenaient ainsi un brun dont les peintres préraphaélites se sont montrés très friands. C’est de cette époque passionnée d’ésotérisme que sont nées les malédictions des pyramides.

Egyptologie et petites histoires de découvertes

1/ L’Egyptologie, une science en formation

Outre les débordements de cette Egyptomanie victorienne , les Anglais du 19e siècle ont commencé à s’intéresser au sujet de manière plus sérieuse. Bien que venus plus tardivement dans la course au savoir, ils se considèrent en effet derrière Flinders Petrie, comme les inventeurs de l’égyptologie. On découvre cet extraordinaire personnage au musée de l’Université UCL. La collection foisonnante offre des trésors rares mais disposés pour les étudiants et spécialistes et donc peu lisibles pour le grand public. https://www.ucl.ac.uk/culture/petrie-museum

Pétrie Museum

D’autres personnalités ont collectionné avec passion des pièces rares, tel John Soane, propriétaire du sarcophage de Sethi 1er.https://www.soane.org/features/discovering-setis-sarcophagus-200-years L’arrivée de cette pièce unique à Londres fit d’ailleurs l’objet d’une célébration inégalée. Il en fut de même lors du transfert de l’obélisque dit de Cléopâtre sur les quais.

obélisque de Cléopatre

2/ Concurrence commerciale et culturelle

Le célèbre Hall égyptien du non moins célèbre grand magasin Harrods est une création récente. Dans ce temple de la consommation ouvert en 1834, il a fallu en effet attendre 1990 pour que le propriétaire égyptien, Mohammed Al Fayed, fasse redécorer l’escalier en hommage à son pays de naissance.

Hall égyptien Harrods

Quant à la pierre de Rosette, découverte par les Français lors de l’équipée napoléonienne, elle fait partie des trésors de guerre remportés par les Britanniques lors de leur victoire sur les troupes françaises. Son étude et sa traduction ont fait l’objet d’une impressionnante course au savoir opposant les grandes nations européennes dans une lutte culturelle. S’il revient au Français Champollion, le déchiffrement des hiéroglyphes est en effet pour nos amis britanniques en grande partie l’œuvre de Thomas Young.

Pierre de Rosette au British Museum

3/ Quand la Petite histoire forge la grande

L’une des plus extraordinaires histoires sur l’Egyptologie est liée au château de Highclere, lieu culte de la série Downton Abbey. Au début du XXe l’héritier des terres, le 5e lord Carnavon, passionné de voiture faillit périr dans un accident. Pour se remettre il dû prendre du soleil et chercha à occuper son temps en Egypte en faisant faire des fouilles par un obscur archéologue Howard Carter. Les deux hommes passèrent à la postérité un beau jour de 1922 lorsque l’archéologue désencombra les quelques marches menant à la tombe d’un obscur roitelet de la 18e dynastie : Toutankhamon.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.