Londinium, Londres romain

Voici une balade pour découvrir Londinium, le Londres romain. Car Londres date de l’invasion romaine en -43 . Cet important carrefour sur la Tamise servit en effet de centre commercial jusqu’à son abandon au +Ve. Très rapidement construit, le petit camp établi au Nord du fleuve entre 2 collines contrôlait un pont à l’endroit où la Tamise se rétrécissait, « London Bridge ».

A Tower Bridge, la partie inférieure du mur est romaine

Un mur entourait Londinium, repris en partie par la muraille médiévale. Cette dernière reste d’ailleurs visible. A l’abri derrière ce mur épais, la petite ville se développa, comme ses sœurs continentales, autour de son forum. On y décèle encore la trace de cultes et de lieux de loisir. Des musées regroupent les artefacts récupérés au cours de fouilles. Par une ironie du sort, les bombardements de la seconde guerre mondiale ont souvent permis de découvrir les vestiges épargnés par les destructions médiévales.

1/ La muraille de Londinium

La Muraille romaine encerclait la cité de Londres. Construite entre 190 et 225 elle se développa jusqu’au IVes. Avec le mur d’Hadrien (au sud de l’Ecosse) elle constitua l’un de plus gros projets de construction mené par les Romains sur le sol britannique. Elle mesurait 6m de haut sur un peu plus de 3km. Elle a dessiné la structure de la city actuelle.

Après le départ des romains, les Anglo saxons continuèrent à utiliser le mur. Néanmoins, La période médiévale l’élargit et ajouta des créneaux, portes et bastions. Les Tours de Londres, de Montfichet et de Baynard renforçaient l’édifice. Au 18e s, le mur disparut en grande partie. Pourtant, de grandes sections subsistaient encore, incorporées dans d’autres constructions. Certaines réapparurent d’ailleurs lors des bombardements. https://www.english-heritage.org.uk/visit/places/london-wall/History/

Où voir le mur :

– A la sortie du métro Tower Hill. Au pied de cette importante section du mur, une statue de Trajan. Le mur continue dans la cour du Leonardo Royal hôtel sur Cooper’s Row.

– une autre section est visible près du musée de Londres. Au niveau du Barbican, on trouve quelques tours du 13e s ajoutées à la construction romaine.  On suit encore le mur dans le jardin Salter puis le long de Noble Street. Ici, on voit les traces du fort romain du 2es intégrée aux fortifications saxonnes et au bastion médiéval. Pratiquement carré (200m x 200m), il fut progressivement intégré au mur enserrant la ville. Mais, devenu inutile avec la sécurisation de la Britannia romaine, il fut alors démantelé.

– D’autres fragments existent. Néanmoins, Il faut souvent un permis pour y accéder. En revanche le parking le long de la rue London Wall recèle un pan de ce mur.

Enfin, la toponymie nous indique la présence des portes dans la muraille. Il suffit de suivre London Wall bien sûr, mais aussi Aldgate (Old gate), Bishopsgate, Moorgate, Cripple gate (Eglise St Giles, porte du Nord), Aldergate, Newgate, Ludgate (Eglise St Martin), pour retrouver son trajet. Par ailleurs les diverses églises St Botolph nous donnent une indication précieuse. Ce Saint saxon est en effet associé aux voyageurs et les églises se situaient à l’extérieur du mur, tout près de portes.

2/ Les monuments de Londinium

Londinium s’articulait autour de son forum à peu près au niveau de Leadenhall Market.  Des traces subsistent dans les sous-sols de certains commerces comme le coiffeur. Il reste malheureusement très peu de vestiges.

Des monuments publics redécouverts

  • Un Mithraeum, découvert sur un site bombardé pendant la Guerre, a été déplacé dans Cannon Street Ce type de sanctuaire souterrain au dieu Perse Mithrae, s’adressait aux hommes, principalement militaires. Vous pouvez réserver votre visite : https://www.londonmithraeum.com/
Mithrae

 Trois églises de la cité recèlent des vestiges romains :

l’église st Magnus the martyr présente une pile de pont romaine du 1er siècle dans le porche d’entrée sous le clocher.

All Hallows-by-the-Tower (musée de la Crypte) l’église, fondée en 675, a conservé un arc saxon du 7e s construit en tuiles romaines de réemploi. Dans la crypte on a retrouvé la mosaïque d’une maison du 2e siècle. L’église, reconstruite aux 11e et 15e s a été en grande partie détruite pendant la seconde Guerre mondiale.

St Bride’s Church. Dans cette église dessinée par Christopher Wren en 1672 sur un lieu de culte plus ancien, la crypte abrite une mosaïque romaine.

London stone, une pierre romaine dans Cannon street

D’autres vestiges apparaissent de manière parfois fortuite. Ainsi en est-il du cadavre de la jeune romaine découvert sous le bâtiment détruit dans l’explosion de 1992 (Bombe posée par l’IRA). Une dalle l’honore au pied du nouvel édifice, le Gherkin.

3/ Les musées

  • British Museum. La salle 49 montre combien l’occupation romaine a changé le cours de l’histoire anglaise. Argenterie et mosaïques côtoient des lampes et statues illustrant la vie dans cette cité provinciale et septentrionale de l’Empire. Le site du musée n’est malheureusement pas à la hauteur de la qualité des pièces. exposées.https://www.britishmuseum.org/collection/galleries/roman-britain
  • Musée de Londres : Organisé de manière très pédagogique le parcours nous invite dans un tablinum romain mais aussi à travers toutes sortes de trésors : sculptures, monnaies, tombes, céramiques, verres, amphores à garum etc… Une maquette du pont, une petite cuisine illustrent de manière vivante cette présentation de la Londres romaine. Outre les outils, instruments divers, on y voit également la première mention écrite de Londres.  https://www.museumoflondon.org.uk/museum-london/permanent-galleries/roman-london
  • Vestiges de Bains romains  Billingsgate : il s’agit de vestiges thermaux des 2 et 3e siècles, découverts en 1848 lors de la construction de la Bourse du Charbon. Lors du développement du site dans les années 1960, les archéologues ont pu davantage l’étudier. En effet, l’édifice, construit le long de la Tamise, comprenait plusieurs ailes, un hypocauste. Les bains apparurent au 3e s avec frigidarium (bain froid), tepidarium (bain chaud) et caldarium (sauna). En activité jusqu’au 5e s, les bains, comme le reste de la ville, abandonnés, se dégradèrent. Le site fût le premier monument historique classé, en 1882. https://www.cityoflondon.gov.uk/things-to-do/attractions-museums-entertainment/visit-billingsgate-bathhouse

Ces bains sont véritablement romains au contraire des Roman Bath de Strand Lane sur Surrey Street, qui datent en fait du 17e siècle !

Soho

Aujourd’hui, je vous propose une balade à Soho, dans un quartier synonyme de divertissements et de sorties.

On en oublie presque que ce lieu campagnard utilisé pour les chasses royales a accueilli après le 17e s des vagues de communautés immigrées avant de devenir la zone de toutes les licences et extravagances britanniques. Aujourd’hui un peu gentrifié, on s’y rend pour ses cafés, pubs et restaurants mais aussi ses boutiques.

 Pour autant les années sulfureuses ont délocalisé l’aristocratie vers l’ouest. A la zone boho, on ajoute maintenant le plus souvent les rues autour de Leicester Square qui constituent le Chinatown londonien.

L’idée n’est pas ici de vous faire découvrir les boutiques et adresses branchées mais de proposer une promenade autour de 3 zones bien distinctes du quartier :

  • Le quartier commerçant et tendance de Carnaby
  • Les fondations autour de Soho square,
  • Le quartier chinois 

Autour de Carnaby, le Soho commerçant et branché

Par Carnaby street on désigne en fait une zone composée de 2 artères parallèles principales et l’ensemble des petites ruelles perpendiculaires  (14 rues au total) qui les relient. Ce quartier a été nettoyé, rénové et constitue une des poches piétonnes le plus commerçantes de la capitale. Situé entre Regent Street et Oxford Street juste au nord de Picadilly, et au sud de Great Malborough Street, il draine une clientèle plus jeune et originale en quête de magasins indépendants et de petits cafés à l’atmosphère unique. Berwick Street a d’ailleurs accueilli un des plus anciens marchés de la capitale.

https://www.carnaby.co.uk/history/

Plus à l’est du côté de l’Eglise Saint Anne et de Brewer Street et Old Compton, s’alignent les petites boutiques, librairies, cafés de la communauté homosexuelle. Enfin, à mesure que l’on se rapproche de Leicester Square et de Charing Cross Road, les théâtres et salles de spectacles se multiplient.

Autour de Soho Square, le Soho caritatif

Trop souvent les visiteurs négligent ce ravissant jardin entouré d’églises et de maisons de bienfaisance. Le quartier accueillit les émigrés français huguenots On appelait d’ailleurs ces quelques rues le quartier français. La présence française est encore manifeste avec des restaurants et pâtissiers (maison Bertaux, Richous…). Elle nous rappelle qu’au 17e nombreux furent les Huguenots à fuir la révocation de l’Edit de Nantes. Leur église, très discrète borde d’ailleurs le nord de la place.

Rapidement cette communauté émigrée en appela d’autres. L’église grecque donna ainsi son nom à la rue dans laquelle Wedgwood (cousin de Darwin) établit sa manufacture. Aujourd’hui très gentrifiées, les trois rues parallèles principales (Greek Dean Firth) sont bordées de charmants petits restaurants.

Juste au Nord de Leicester, le quartier chinois

Entre Shaftesbury Avenue au Nord, Rupert Street, Charing Cross Road et Leicester Square, le quartier chinois est composé de 5 ou 6 rues facilement identifiables grâce aux lampions rouges et aux restaurants et boutiques asiatiques. Il s’articule autour de Gerrard Street.

Le Chinatown actuel remonte aux années 1950 avec l’ouverture de quelques restaurants dans une zone historiquement habitée par les Huguenots. L’église ND de France rappelle d’ailleurs cette présence. Le quartier chinois a beaucoup grandi depuis, remplaçant peu à peu le premier Chinatown. A la base en effet, les asiatiques se regroupaient à l’Est de Londres, à Limehouse. Les premiers chinois travaillaient sur les quais pour la Compagnie East India à la fin du 19e siècle. Mais le déclin des Docks et de la construction navale amenuisa la communauté après la seconde guerre mondiale.

Hampstead

Aujourd’hui, une superbe balade dans Hampstead, l’un des quartiers les plus chics et les plus pittoresques de Londres. Vous pourrez agrémenter ces plaisantes découvertes de haltes dans les sympathiques troquets. Entre ses allées commerçantes et joliment animées et ses rues tranquilles bordées de superbes demeures, Hampstead offre de bien belles promenades.

Fenton House, l’une des merveilles de Hampstead
vue sur Londres depuis les hauteurs de Hampstead

 On peut commencer au Métro Hampstead. Mais on peut aussi opter pour le métro Finchley road. A la sortie, il suffit de suivre l’indication maison de Freud. Elle prend un petit passage en montée quasi en face de la station de métro. A gauche en haut de l’escalier, la rue Maresfiled Gardens passe devant la maison où le célèbre psychanalyste a fini sa vie en compagnie de sa fille Anna. Puis on continue au bout de la rue à droite. On rejoint alors Fitzjohn’s Avenue et on parvient au cœur de Hampstead.

Autour du métro Hampstead

Au métro Hampstead, commence High street. D’ici prennent quelques allées délicieuses : Perrin, Oriel pour n’en citer que deux. Sur Flask Lane, vous trouverez une des Free Houses qui a lancé les eaux de Hampstead. Car au XIXeme on y « prenait les eaux ».

De l’autre côté de la station, Church Row a conservé son charme Géorgien. Les maisons du 18e ont peu changé et le charme reste intact jusqu’à l’église Saint Jean. On peut contourner l’église par l’étonnant Frogmal Lane, un large chemin bucolique, avant de regagner le charmant cimetière. Après avoir rendu hommage au peintre Constable, l’une des nombreuses personnalités locales, la colline permet de rendre visite à nombre de personnages historiques. Ainsi, Charles de Gaulle y a vécu pendant la guerre. Stevenson, lui, a composé l’Ile au Trésor un peu plus haut au-delà de la jolie église catholique Sainte Marie.

Au XIXe s, avec son air « pur » du au relief(!), ses eaux bénéfiques, Hampstead est vite devenu le quartier des hôpitaux et résidences pour tuberculeux. On note ce développement autour de l’hôpital de Mount Vernon aujourd’hui résidence de luxe. Quasiment en face, la magnifique Fenston House s’ouvre derrière des grilles ouvragées. Dans les rues adjacentes, ont habité des écrivains. Daphné du Maurier y a trouvé son inspiration. Mais aussi les auteurs de Mary Poppins et Peter Pan, inspirés par la maison de l’Amiral.

Maison de l’Amiral

Les Hauteurs de Hampstead

Au-delà de l’observatoire, près du bassin Whitepond, on arrive au point culminant de la ville mais aussi de Londres.  Une route très encombrée mène à Kenwood House. Il s’agit de l’une de plus somptueuses demeures privées londoniennes, redessinée par le grand architecte Robert Adam à la fin du XVIIIe s. Elle abrite une fantastique collection de peintures. L’immense parc de Hampstead Heath offre de magnifiques vues sur Londres.  De nombreux étangs rappellent que la rivière Fleet y trouve sa source. Cette rivière se jette dans la Tamise à Londres près de Blackfriar. Couverte, son souvenir n’apparait que dans le nom de la rue Fleet street. Pour autant elle alimentait autrefois la capitale en eau potable. https://www.english-heritage.org.uk/visit/places/kenwood

Toujours après le Pond, mais sur la route de gauche, juste avant la maison Hill, se trouve l’un des lieux les plus exotiques de Londres, la Pergola. Une étonnante allée à l’italienne dans un jardin aux essences méditerranéennes nous emmène alors bien loin de la capitale anglaise. https://www.cityoflondon.gov.uk/things-to-do/green-spaces/hampstead-heath/where-to-go-at-hampstead-heath/hill-garden-and-pergola

Hill House depuis la Pergola

Pour continuer la promenade

De là, en rejoignant le Pub Old Bull and Bush, et en retraversant Hampstead Heath, un joli chemin mène dans le quartier de Vale of Health. Les cottages au charme campagnard voisinent avec les demeures plus imposantes dont Cannon Hall. Après la sévère prison de Wells Walk, une jolie fontaine victorienne rappelle l’importance des eaux de Hampstead . Tout près, se trouve le petit musée de Burgh House. La maison remonte à 1703 et un joli jardin avec café l’agrémente. Le Wells Theatre, un joli théâtre de marionnettes, des bains, fontaines jalonnent ces quelques rues.

Cottages sur Vales of Heath

La promenade bucolique continue sur Willow Street pour rejoindre la charmante église saint Jean et la maison de Keats. Non loin, au 2 Willow Road l’architecte Ernö Goldfinger  a construit en 1937 l’une des maisons modernistes les plus importantes du pays. Elle a inspiré Ian Fleming, l’auteur de James Bond.

Eglise St Jean

De là on peut revenir au métro ou, pour les marcheurs les plus aguerris, prolonger la boucle à travers le parc de Hampstead, jusqu’à Highgate.

Bloomsbury

Bloomsbury entoure le British Museum. Ce quartier évoque l’intelligentsia de la fin du XIXe. De fait, les rues paisibles bordées de jolies maisons géorgiennes, les squares élégants nous mènent d’institutions universitaires en musées. On peut y consacrer quelques balades thématiques.

Bloomsbury, pour les amateurs de musées

Pour les amoureux d’égyptologie :  

  • le British Museum bien sûr, mais aussi deux collections moins connues.  La première présente le père de l’égyptologie anglaise : Flinders Petrie. Ce Musée Petrie se trouve dans UCL au bout de Malet Street :  https://www.ucl.ac.uk/culture/petrie-museum
  • La seconde est  l’extraordinaire Musée John Soane, maison de l’architecte de la Banque d’Angleterre. https://www.soane.org/. Ce capharnaüm exposé dans trois maisons accolées recèle entre autres merveilles le sarcophage de Sethi Ier, papa de Ramsès II et deux fantastiques séries de tableaux moralisateurs de William Hogarth : les élections et le débauché. Ces deux dernières ne sont accessibles que pendant les visites guidées.

Pour ceux qui ont déjà visité beaucoup de musées

  •  Le Foundling Museum présente l’histoire de la fondation pour les enfants abandonnés. Parmi les généreux bienfaiteurs, le musicien Haendel et le peintre Hogarth y ont laissé de beaux témoignages de leur générosité.  https://foundlingmuseum.org.uk/
  • Si la littérature misébariliste du XIXeme est votre tasse de thé, un détour dans la maison de Dickens s’impose. En fait l’écrivain a laissé sa trace à travers toute la ville mais ce petit musée est vraisemblablement l’endroit où il a passé le plus de temps et où il a beaucoup écrit. https://dickensmuseum.com/

Bloomsbury, lieux de verdure et de commémoration

De nombreux jardins

  • Comme de nombreux quartiers londonniens, Bloomsbury abonde en petits jardins. Mais ici les squares conservent cette élégance géorgienne des 18 et 19e lorsque ce quartier drainait la bonne bourgeoisie intellectuelle.
  • De nombreuses places offrent un banc accueillant, voire un petit café. Vous pouvez choisir entre l’élégant Bedford square, Russel square plus grand, Fitzroy un peu oublié. Bloomsbury proche du British Museum est souvent colonisé par les touristes, alors que l’ancien cimetière de Saint George isolé attire les gens du quartier. Coram’s Fields est fermé au public. Gordon et Tavistock square conservent la mémoire des sœurs Bell (Virginia Woolf, sa sœur Vanessa Bell et tous leurs proches dont le grand économiste Keynes). Des plaques bleues nous permettent de retracer leurs déménagements dans le quartier d’abord au 46 Gordon Square, puis 29 Fitzroy Square,  au 52 Tavistock Square et enfin juste à côté du Musée Foundling. Dans Tavistock square, un buste de l’auteur de « Promenade au phare » voisine avec une statue du Mahatma Gandhi.

Des lieux originaux

Outre les squares publics, le quartier de bloomsbury recèle des lieux moins connus. Ainsi, La Brunei Gallery  abrite l’un des jardins le plus secrets de la capitale : un jardin japonais, https://www.soas.ac.uk/soas-life/roofgarden/

  • Au chapitre des lieux originaux,  àl’angle de Southampton row et Theobald road, face à une fresque assez plaisante se trouve Kingsway entrance. Il s’agit de l’entrée (interdite)de voies souterraines qui traversent une bonne partie de la capitale.
  • Près de Fitzroy place sur Cherry street un curieux batiment art deco arrondi et plat marque le QG de Eisenhower pendant la seconde guerre mondiale.
  • Sur New oxford street, à l’angle de Bloomsbury et Shaftesbury streets le magasin James smith and sons est le plus ancien magasin de parapluies de londres. Il date de 1830.
  • Pratiquement en face, se trouve la magnifique église Saint Georges construite par Nicolas Hawksmoor . L’architecte, élève de Wren, n’a reculé devant aucun pastiche avec son clocher modelé sur le mausolée d’Halicarnasse, la façade reprenant le temple de Bacchus à Baalbeck. Qu’importe, l’intérieur est d’une majesté remarquable.
  • https://en.wikipedia.org/wiki/St_George%27s,_Bloomsbury
  •  sur Russel square, un curieux petit bâtiment vert permet aux chauffeurs de taxis de se requinquer entre deux courses. Il est l’un des 13 survivants de la capitale à offrir réconfort et boissons non alcoolisées aux titulaires du fameux knowledge. (examen considéré comme le plus dur du monde pour devenir taxi à Londres)

La Présence des Français à Londres

En ce 18 Juin, un petit article très cocorico sur les Français à Londres.

La présence des Français à Londres remonte à la conquête normande par Guillaume le Conquérant en 1066 . Des vagues migratoires se sont ensuite succédé au cours de l’histoire. A tel point que 3 Millions de Britanniques ont aujourd’hui des ancêtres français. L’idée ici n’est donc pas de donner des adresses de restaurants, boulangeries ou boutiques bien de chez nous, mais de rappeler la présence historique des Français à Londres.

Les Normands, les premiers Français à Londres

Une grande partie de l’aristocratie médiévale du Royaume-Uni descend des Franco-Normands venus de France avec les Plantagenêts comme les Grosvenor (Gros veneur) présents notamment dans le quartier de Belgravia.

Ainsi, les devises de la monarchie et de l’ordre de la Jarretière viennent directement de l’arrivée de ces Français à Londres : Dieu et mon droit,  et  Honi soit qui mal y pense. Les Plantagenêts ont en effet  régné sur l’Angleterre mais aussi sur les duchés de Normandie et d’Aquitaine, les comtés de Poitou et de Nantes de 1154 à 1485. De cette époque, quelques vestiges londoniens subsistent comme la Tour de Londres ou l’église Saint Bartholomew the Great ou Temple Church (très reconstruite). Néanmoins, la chapelle de l’ancien Palais de Savoie, fondé en 1245, rappelle l’architecture dite normande (romane tardive pour nous). https://royalchapelsavoy.org/

Arrivée des Huguenots et calvinistes : immigration religieuse

Aux XVe et XVIe siècles, les huguenots, protestants français, fuient les persécutions religieuses amorcées dans l’entourage de Catherine de Médicis dès 1560 et surtout après le massacre de la Saint-Barthélemy en 1572. https://fr.wikipedia.org/wiki/Huguenot.

L’Edit de Nantes apporte un certain apaisement jusqu’à sa révocation en 1685. Beaucoup de ces réfugiés religieux anglicisent leur nom (Blanc devient White, Langlois English). Ils fondent le quartier de Spitalfields. Cette communauté de Français à Londres s’organise autour de ses hôpitaux, écoles et temples, comme la Neuve église en 1743 à l’angle de Brick Lane et de Fournier Street. Fournier est d’ailleurs le nom d’un tisserand huguenot. Elle deviendra ensuite chapelle méthodiste en 1819, synagogue fin 19e, puis mosquée en 1976 suivant les changements sociologiques du quartier.

De nombreux soyeux de Lyon s’installent, obtiennent des privilèges de vente et de fabrication. Ils construisent leurs maisons ateliers. On les distingue encore dans le quartier. Aujourd’hui, Si la population a changé l’empreinte française affleure encore dans le nom de certaines rues : Fournier donc mais aussi fleur de lis.

Ces Huguenots s’installent également dans le quartier de Soho. Les petites rues Greek and Dean regorgent d’adresses françaises, pâtisseries, restaurants. http://www.maisonbertaux.com/. Sur Soho Square, L’église, fondée par charte royale en 1550 partage d’ailleurs un historique très bien fait de la présence huguenote en Angleterre : https://www.egliseprotestantelondres.org.uk/en/heritage/history-2/

J’en parle en fait dans https://visitesfabienne.org/soho

Révolution française, Restauration et Deuxième guerre mondiale : des réfugiés politiques

  • L’Emigration désigne le départ de plus de 100 000 nobles, hommes politiques hors du territoire français entre 1789 et 1800. Ils fuient alors les troubles révolutionnaires. Ainsi, Les frères de Louis XVI, élisent-ils résidence à Londres. Le futur Louis XVIII de 1807 à 1814 Charles X , lui, a habité Audley Street dans le quartier de Mayfair. Sur les bords de la Tamise, à Richmond, Orleans House a hébergé Louis-Philippe à l’issue du premier Empire, puis son fils le Duc d’Aumale au lendemain de la 2nde République.
  • A Leicester square, se trouve l’Eglise française catholique « Notre Dame de France » construite en 1860 par les Maristes. Une fresque de Jean Cocteau contribue à sa renommée
  • En 1940, le Général de Gaulle organise la France libre, mouvement de Résistance extérieure à la suite de son appel du 18 juin  lancé depuis  Carlton Terrace. Une statue du Général ainsi qu’une stèle rappellent les événements. De Gaulle logeait sur les hauteurs de Hampstead comme en atteste une petite plaque bleue. Dans son exil l’accompagnaient nombres de personnalités politiques tels Maurice Schumann, ou Simone Weil. Aidés des travaillistes britanniques, les Forces françaises libres ont rassemblé jusqu’à 50000 personnesdans la capitale britannique.

Dans les années 2000 une émigration économique et fiscale

 « Le » quartier français actuel se trouve autour du métro South Kensington, tout près de Albertopolis (le quartier des musées). Ce quartier, très rural, s’est développé après la grande exposition de 1851 dans Hyde Park. Les pavillons de l’exposition ont laissé la place aux musées et bâtiments universitaires actuels : musée des Sciences, V and A, Histoire Naturelle. Avec le métro et l’ouverture de nouvelles routes vers 1870, la zone a connu un développement foncier, scellé par l’absorption dans Londres.

Entre le consulat, la Résidence de France, le lycée Charles de Gaulle (4500 élèves), l’Institut, fondé en 1910, la maison du cinéma et les nombreuses pâtisseries, librairies et cafés on entend parler français partout. A tel point, que le quartier est surnommé « Vallée des grenouilles ». La croissance de la communauté depuis les années 1990 a conduit à l’ouverture d’annexes à l’école française. En effet, On a parlé jusqu’à 400 000 français entre 1991 et 2010. Aujourd’hui cette population est en pleine décrue. . https://www.lemonde.fr/europe/article/2010/10/25/dans-la-vallee-des-grenouilles_

Pour les amoureux de peinture française

Enfin l’évocation de la présence française à Londres ne serait pas complète sans la mention des œuvres de peintres français dans les collections britanniques. Je pense bien sûr à la National Gallery avec sa magnifique collection d’impressionnistes mais aussi la salle consacrée à Claude Lorrain, et les salles consacrées à Philippe de Champaigne, Poussin et Boucher entre autres. Ce sera l’objet d’un prochain article.

Néanmoins, Pour les amateurs d’impressionnisme, un tour à la collection Courtauld s’impose. https://courtauld.ac.uk/gallery/collection/impressionism-post-impressionism

 Les amoureux de Boucher ou Fragonard et de mobilier eux se régaleront à la collection Wallace.

Clerkenwell, monastères et marchés

Clerkenwell est un superbe quartier peu connu des touristes. Il regorge d’églises anciennes et de petits oasis cachés.  Ce quartier autrefois en bordure de ville a vu s’épanouir des fondations monastiques puis a accueilli les populations pauvres de la ville.

Clerkenwell, entre marchés et monastères

On accède aux trésors de Clerkenwell par le métro Barbican au sud ou Angel au Nord.

On y découvre de nombreuses constructions religieuses, monastères, hopitaux et églises, mais aussi des marchés d’origine médiévale.

Des Chartreux au marché à la viande

Ainsi, au sortir du Métro Barbican, se dresse le Couvent des Chartreux. Le Carthusian anglais provient du ordo cartusiensis fondé par Saint Bruno dans notre massif de la Chartreuse. Fondée en 1370, la maison est aujourd’hui occupée par des personnes âgées modestes. Derrière le portail majestueux, les pensionnaires sont heureux de faire visiter leur antique demeure et notamment la magnifique salle. https://thecharterhouse.org/

Tout près, s’étend l’immense marché à la viande « Smithfield Market ». La construction victorienne perpétue une tradition médiévale. Pour autant, le marché médiéval installé au 17e siècle sur un lieu de vente de bétail, de foires médiévales et de joutes, est aujourd’hui en partie désaffecté. Dans la belle construction victorienne, le musée de Londres compte se réinstaller.https://www.museumoflondon.org.uk/about-us/our-organisation/west-smithfield

Hôpital et Marché aux vêtements

Au Sud de ce marché, l’Hôpital Saint Barthélémy tient son nom de la petite église du même nom. Cet hôpital fondé au XIIe s est le plus ancien de Londres, il a remplacé le monastère des Augustins. On distingue l’église derrière la grande façade classique de l’institution. Celle-ci abrite également un musée riche en tableaux et connu pour son escalier peint par Hogarth. Plus connu (et plus amusant) dans ses scènes de genre, Hogarth a longtemps essayé de percer en tant que peintre d’histoire et ces toiles en sont un des meilleurs exemples.https://bartsheritage.org.uk/museum-and-history/visit-the-museum/hogarth-stair/.

Sur la même place, un passage sous une jolie maison à colombage mène à l’une des merveilles du quartier. L’église Saint Barthélémy le Grand, l’une de plus anciennes constructions de la capitale, a conservé sa superbe façade à damier. L’adjectif « grand » la distingue de la petite église de l’hôpital devenue paroissiale. Un cimetière aux allures de jardin secret l’entoure. Cloth fair, la rue qui le longe au Nord rappelle l’emplacement du marché aux textiles, lieu d’échange fondamental au Moyen-Age. Nous nous trouvons ici au cœur de la ville médiévale entre bâtiments monastiques et marché. Certaines des maisons sont, parait-il, le splus anciennes de la ville.

D’ailleurs, juste au Nord du marché, se trouvent les rares vestiges de la grande maison d’Ely, qui nous rappelle l’importance de cet évêché. Il s’agit de la petite église Saint Etheldra’s, de Ely Place et de la venelle vers la jolie taverne Ye olde Mitre.

Pub Ye olde Mitre

Vers le Prieuré de l’Ordre de Malte

En remontant encore vers le Nord de Clerkenwell Road, une curieuse porte médiévale nous rappelle la présence du Monastère Saint Jean de Jerusalem dont le cloitre et les bâtiments monastiques s’élèvent sur la place Saint Jean, toute proche. Devenu Ordre de Malte, lors de son repli de Terre Sainte, le Prieuré s’enrichit jusqu’à couvrir une bonne partie du quartier actuel. La ruelle Jerusalem au Nord de cette place mène ensuite à la place principale du quartier de Clerkenwell. https://museumstjohn.org.uk/

Du quartier pauvre à la gentrification

De manière amusante, l’ambiance change du tout au tout à ce niveau de la balade. On quitte le charme médiéval des vestiges monastiques pour aborder des lieux marqués par la naissance des mouvements ouvriers.

Un  petit crochet le long de Farringdon avenue nous permet d’apercevoir derrière une vitre sale le puit qui a donné son nom au quartier. C’est ce puit (well) que les officiants de l’église voisine (clerks) venaient honorer au moment du printemps.

Penseurs, philanthropes et syndicalistes

Sur la place en longueur, la bibliothèque à la porte rouge abrite les archives du syndicalisme. Karl Marx y a séjourné et fréquenté les bars alentour. https://www.marx-memorial-library.org.uk/

La Bibliothèque K Marx, Clerkenwell Green

 Lénine, lors de son exil britannique, fréquentait également les pubs de la place. C’est d’ailleurs ici qu’a débuté le premier défilé du 1er mai 1890. Elle reste donc un lieu de départ pour les manifestations et défilés. Ce qui était un quartier très pauvre est en voie de gentrification. Des bureaux et appartements de standing se multiplient, profitant des jardins et de l’espace de ce quartier.

Immeuble Art Déco sur Saffran Hill

En contournant l’église st Jacques et le jardin, on longe une cité ouvrière et encore une école, fondée par le philanthrope Hugh Myddleton. Puis on atteint un complexe de logements modernes à l’emplacement d’une prison détruite par des membres de l’IRA.

 On rejoint alors le jardin spa au milieu des immeubles disgracieux reconstruits après les bombardements de GM2 et on parvient sur Exmouth Street où les petits restaurants et cafés proposent de quoi se restaurer. C’est une halte très plaisante avant de terminer la promenade.

De l’adduction d’eau dans la capitale

On peut alors ou retourner vers Barbican ou rejoindre le métro Angel en passant par les jolies places géorgiennes Myddleton et Claremont au-delà des réservoirs. Ces 2 grands bassins entourés d’herbe alimentant la capitale et le nom de Myddleton évoqué devant l’école puis sur la place rappellent le rôle de l’eau dans la capitale. Ce riche marchand de laine construisit au 17e s un canal nommé « New river » pour alimenter Londres en eau potable. Je vous proposerai prochainement une balade le long de ce canal.

Celle-ci se termine donc à l’angle animé du métro Angel, ancienne porte de sortie de Londres mais aussi lieu de toutes les débauches. Assagi, embourgeoisé, le carrefour reste néanmoins un lieu animé et très plaisant.

Chiswick et le renouveau du palladianisme

Cet article sur Chiswick et le renouveau du palladianisme fait suite à celui sur Palladio à Londres https://visitesfabienne.org/Palladio à Londres

Banqueting House

Lorsque Inigo Jones meurt en 1652, la guerre civile fait passer l’architecture au second plan. La tourmente politique emporte avec elle les constructions et notamment les caprices architecturaux des Stuart. En outre le grand incendie de 1666 oblige à repenser Londres. La vision baroque de Wren, mathématicien et astronome promu architecte, devient bientôt synonyme de catholicisme continental. Le palladianisme reprendra à l’arrivée de la dynastie hanovrienne.

Le renouveau du Palladianisme

Avec la Glorieuse Révolution de 1689, et l’avènement de Guillaume et Marie d’Orange puis des Hanovre en 1714, l’architecture anglaise tourne le dos au baroque et à l’esthétique de Wren. Avec  Lord Burlington, le palladianisme connait un renouveau. Pourquoi ?

Petit pavillon
  • Une première raison, essentielle, au changement est politique. La donne a en effet changé dans l’Angleterre du 18e s avec l’avènement d’une dynastie protestante d’origine germanique, les rois Georges Hanovriens et le refus de tout ce qui peut rappeler la contre-Réforme, en l’occurrence le baroque.
  • A cette composante politique s’ajoute un phénomène d’ordre socio-économique : le Mouvement des enclosures. Le regroupement des champs conduit à l’agrandissement des propriétés rurales et leur concentration entre les mains des mêmes grands propriétaires. Ces riches « ruraux » reproduisent deux siècles après le même type de modèle socioéconomique qu’a connu la Vénétie au 16es. Pour se conformer au style de vie de cette nouvelle aristocratie terrienne, les architectes reprennent les principes de Palladio dans son traité. L’esthétique de l’antiquité classique adaptée à la campagne vénitienne se diffuse alors dans les campagnes anglaises
  • Culturellement les temps ont également t changé. le baroque de Wren ou d’Hawksmoor est dépassé. Les jeunes aristocrates, après le « grand tour » évoluent dans leurs gouts. De retour d’Italie, ils se prennent d’intérêt pour l’archéologie et l’antiquité. Influencés par la peinture de Lorrain, connu comme « Claude » au Royaume-Uni, ils se passionnent pour le naturel et le pittoresque et rejettent la grandiloquence.

Chiswick House et la renaissance du palladianisme britannique

Chiswick House marque la recherche d’une identité architecturale anglaise dans un contexte renouvelé. https://chiswickhouseandgardens.org.uk/

façade arrière Chiswick

Conçue comme une maison de campagne proche de Londres pour entretenir ses amis, la maison de Chiswick est le chef d’œuvre Richard Boyle 3e comte de Burlington. De retour d’Italie, ce dernier décide en 1725 de construire une villa palladienne à l’emplacement de la maison de campagne familiale dévastée par le feu. Fasciné par l’architecte vicentin Palladio, il entreprend en effet de diffuser ses idées dans l’Angleterre du 18eme siècle. Dans l’aventure, William Kent à construire ce chef d’œuvre d’un style italianisant et sobre en contraste total avec l’architecture locale.

  • Chiswick lance la vogue de ces façades de temples aux dimensions colossales visant à marquer la noblesse des propriétaires. Elle innove également avec le premier jardin paysager, chef d’œuvre de William Kent. Cette sacralisation correspond à l’enrichissement de l’aristocratie foncière. L’image de la villa romaine s’impose alors en Angleterre. De nombreuses maisons temples parsèment alors le paysage anglais quitte à détruire de vieux manoirs Tudor. Syon House https://www.syonpark.co.uk/, Moor Park, https://www.moorparkgc.co.uk/about/gallery,  StourHead, https://www.nationaltrust.org.uk/stourhead et tant d’autres à travers le Royaume-Uni.
façade avant Chiswick House

Dans la continuité, les façades à colonnes et tympans rappelant le vocabulaire architectural des temples romains adaptés à l’architecture civile et domestique se multiplient à Londres et dans les villes anglaises. Ces grandes demeures serviront de modèle au style géorgien qui gagne alors l’ensemble des villes anglaises.

Spencer House, Londres
Parc de chiswick House

Le palladianisme d’Angleterre aux Etats Unis

Avec la colonisation de l’Amérique et le développement d’une colonie de plantations, le même phénomène se reproduit cette fois de l’autre côté de l’Atlantique.  L’architecte, autoproclamé de la nouvelle nation Jefferson appelait d’ailleurs les Quatre livres de Palladio sa bible. On les trouve dans les bibliothèques de toutes les grandes villes coloniales.

Le père fondateur et 3e Président des USA fit de Palladio son modèle lors de la construction de sa maison Monticello.  A Monticello on retrouve le plan et l’esthétique de la villa Rotonda de Palladio près de Vicence. Cette dernière avait déjà servi de modèle à Lord Burlington pour la construction de Chiswick House. Elle servira également de base pour le Sénat américain et la maison blanche. https://www.monticello.org/

Lorsque les planteurs américains puis les capitaines d’industrie se font construire leurs immenses demeures ils réutilisent donc le langage palladien diffusé dans ses Quattro Libri. La façade de temple plaquée sur la façade, la colonnade permettent d’exprimer la grandeur et la noblesse du propriétaire. On retrouve donc ces éléments dans les plantations qui reprennent sociologiquement et culturellement les éléments de la villa romaine, adaptés par Palladio au XVIe s dans la région vénitienne, et repris au 18e par l’Angleterre lors de sa révolution agricole. Cette esthétique devient alors synonyme de l’enrichissement d’une aristocratie terrienne et consacre la réussite économique de cette classe sociale.

Jefferson passionné par la maison carrée de Nîmes, fit de cette architecture le symbole de la démocratie. Il appliqua ce type de façades à la construction de bâtiments publics.

Les Etats-Unis utilisent de ce fait les colonnades et frontons comme signe de noblesse pour les grandes maisons particulières ou les édifices publics : chambres des Représentants, Congrès, grandes institutions culturelles (Universités, Bibliothèques). Même la maison du Président nous rappelle l’importance du leg palladien.

La France elle ne recourt au vocabulaire palladien que dans la construction d’énormes églises (Madeleine). Le vocabulaire colossal et ostentatoire, le grandiose et le sacré sont en général bannis de l’architecture domestique postrévolutionnaire et catholique.

Pavillondans le parc de Chiswick

Moor Park

Les animaux londoniens, une balade au poil

Les animaux londoniens sont légion. On les rencontre bien sûr en laisse, ou non, accompagnés de leurs maitres. Mais ceux qui m’intéressent ici sont les animaux de pierre, de bois ou de bronze, disséminés au travers de la ville. Alors, avec ou sans enfants, ne boudez pas votre plaisir et partez à la recherche de ces animaux de Londres !

Un fantastique troupeau d’éléphants

Ces animaux londoniens, crées par les artistes Gillie et Marc, ont élu domicile sur les trottoirs non pas de Bombay mais de Spitalfield Market. 20 éléphanteaux orphelins de bronze et une maman sont apparus en janvier 2021. Ils se promenaient l’année dernière du côté de Marble Arch. Ce « troupeau de l’espoir » risque de repartir d’ici novembre, juste le temps d’éveiller les consciences au drame des éléphants. Ceux-ci s’inspirent de modèles réels pris en charge par le Sheldrick Wildlife Trust. Devant Chaque éléphanteau un petit panneau signalétique donne son nom et raconte brièvement sa vie. https://www.sheldrickwildlifetrust.org/herd-of-hope

Des animaux londoniens à grandes oreilles

Mélangé à ce troupeau, deux fantastiques créatures tirées de l’imagination fertile du couple Marc et Gillie : Rabbitgirl and Dogman ou le chien et la lapine. Tout près du Marché Spitalfield, on découvre la lapine et son fidèle compagnon assis par terre en maillot de bain une tasse de café à la main.(2017) Plus loin, le couple d’artistes anglo-australien a représenté leur duo d’amoureux improbables sur un sidecar (2020) https://us.gillieandmarc.com

Si, comme moi, vous aimez les lapins, ne manquez pas celui de Liverpool station : Leaping Hare on Crescent Bell, Barry Flanagan, 1988. Marque de fabrique de l’artiste gallois, ce lièvre aux grandes oreilles. Celui de Broadgate circle, un ensemble ultra moderne d’immeubles derrière Liverpool street Station, bondit au dessus d’un croissant de lune. https://www.broadgate.co.uk/art/collection/leaping-hare-on-crescent-bell. Pour en savoir plus d’une manière générale sur le génial concepteur de lapins : https://barryflanagan.com/biography

Ours et Singes, d’autres animaux londoniens

  • Mes préférés, dans la série des animaux londoniens, sont les singes de Brown Hart Gardens.Le jardin se situe en hauteur, au dessus d’une station électrique. Crée en 905, il a réouvert en 2013 après des travaux. En plein cœur de Mayfair, juste derrière Oxford Street, il rassemble la plus incroyable réunion de singes colorés. Ces  « Mothers », créées par Surbhi Modi, sont apparues en 2019. Il s’agit de quatre singes de couleur psychédélique (jaune, rose vif et bleu électrique) et de leurs bébés. http://www.gonemodern.com/artist-items.cfm?artist=122 

Vous y verrez des fourmis géantes, des paresseux endormis sur les murs et beaucoup d’autres 

Palladio à Londres

Palladio n’est pas forcément très connu en France. Pourtant, il est l’une des figures essentielles de l’architecture anglo-saxonne. A tel point que le Congrès américain l’a reconnu comme “père de l’architecture américaine” en 2010 dans la Résolution 259.

Banqueting House

Mais il n’aurait pas autant été apprécié et adopté aux Etats-Unis si la Grande Bretagne n’avait pas au préalable épousé ses principes.

Une petite promenade dans le quartier de Westminster va nous permettre de nous familiariser l’architecture palladienne et avec son adaptateur anglais : Inigo Jones.

Voyons d’abord qui est qui.

Palladio, palladianisme, kezaco

Palladio est un architecte italien de la Renaissance. Plus précisément il est L’architecte le plus renommé de la Vénétie du 16e siècle. Né en 1508 à Padoue, il meurt à Vicence en 1580 après avoir bâti une trentaine de villas dans la région. Il a également construit une bonne vingtaine de Palais et Bâtiments Publics comme la Basilique et le Théâtre Olympique dans Vicence même. Il a également construit trois églises à Venise. https://whc.unesco.org/fr/list/712/

Palladio a travaillé dans un contexte particulier : le repli de Venise sur la Terre Ferme. Ce repli s’explique pour plusieurs raisons. Venise s’est affirmée comme carrefour commercial stratégique pendant tout le Moyen-Age. Mais elle voit sa position s’affaiblir au cours des 15 et 16e siècles du fait de l’avancée Turque en Méditerranée. A cette menace, s’ajoute la découverte de nouvelles routes terrestres vers l’Inde.

Face à ces dangers, Venise compense en quelque sorte les pertes maritimes par la conquête de territoires terrestres. S’ensuit un redéploiement de l’activité sur l’agriculture et les ressources locales. Les Patriciens vénitiens en se tournant vers l’investissement foncier deviennent des Gentilhommes fermiers.

Dans ce contexte socio-économique inédit, Palladio offre à une clientèle en pleine réinvention un nouveau type d’habitat tiré de l’exemple romain. L’architecte applique des façades de temple sur des constructions privées pour donner de la noblesse aux propriétés de ces nouveaux fermiers. Il mélange ainsi architecture sacrée antique et civile avec des bâtiments agricoles. Se faisant, il tire le meilleur parti du paysage en recourant à des formes géométriques issues de l’antiquité.

Plus encore que par ses constructions, Andrea Palladio est passé à la postérité grâce à ses « Quatre Livres de l’Architecture ». Pour la première fois, un architecte décrit son métier et publie ses plans. Ce manuel pratique sera beaucoup plus facilement utilisable et utilisé que les traités théoriques du Romain Vitruve ou de son quasi contemporain Serlio.

Les premiers temps du palladianisme dans Londres

D’Inigo Jones architecte anglais 1573/1652 on ne sait pratiquement rien sinon qu’il est allé en Italie. Il y découvre l’architecture antique et sa relecture par Palladio. Séduit, il en rapporte le Traité d’architecture écrit par son illustre prédécesseur vicentin. La clarté des explications et des illustrations diffuseront l’esthétique du Maitre de Vicence.

De retour à Londres, Inigo Jones adapte les principes tirés des “Quattro Libri » à des commandes royales. Ces bâtiments remarquables dans une capitale médiévale tranchent alors par leur blancheur et leur classicisme. Aujourd’hui on les distingue moins en raison des nombreuses imitations postérieures. Mais il nous faut imaginer l’originalité des œuvres de Jones dans la Londres du 17e.

Pour admirer Inigo Jones, comme il se doit, commençons par sa première commande. Faisons donc un petit détour à Greenwich devant la Queen’s House. Commencée en 1616 pour Anne de Danemark, épouse de Jacques 1er . Elle ne sera terminée qu’en 1636 pour Henriette-Marie, femme de Charles 1er. Ce magnifique petit Palais innovait alors par son élégance classique bien différente des bâtiments de brique rouge de l’époque Tudor. https://www.rmg.co.uk/queens-house. Cette petite vidéo donne un aperçu du somptueux hall : https://www.rmg.co.uk/queens-house/history

Queen’s House, Greenwich

C’est pour cette même reine catholique qu’Inigo Jones s’attela en 1623 à la chapelle du Palais de Saint James. https://en.wikipedia.org/wiki/Queen%27s_Chapel

The Queen’s chapel, Saint James Palace

Non loin de cette jolie construction palladienne (la première dans Londres même), il est facile de rejoindre Banqueting House , seul bâtiment encore debout du somptueux palais de Henri VIII et de ses successeurs avant la guerre civile. Construit en 1622, décoré par Rubens en 1634, il réchappa de justesse à l’incendie de 1649 qui ravagea le reste du Palais royal. Les magnifiques plafonds sont encore visibles et les lignes du bâtiment ont conservé toute leur pureté.  https://www.hrp.org.uk/banqueting-house

Nous nous rendons alors vers la dernière construction de Jones dans la capitale, Saint Paul Covent Garden 1631. Aujourd’hui connue comme l’église des acteurs, cette construction presque rurale se caractérise par une extrême sobriété des formes. Il faut contourner le portique toscan sur la place du marché pour découvrir sa façade en brique dans le charmant petit jardin.  La place de Covent Garden provient également d’un projet du grand architecte. https://actorschurch.org/

Saint Paul sur Covent Garden

Jones meurt en 1652, alors que la guerre civile ravage l’Angleterre. En une petite trentaine d’années et avec très peu d’édifices, essentiellement dans la capitale, il aura révolutionné l’architecture anglaise. Mais il faudra un siècle pour que la révolution palladienne se produise réellement. Rendez-vous pour ce faire, dans un prochain article.