Euston Station

Je continue mon exploration des gares londoniennes avec cette fois des idées pour ceux dont le train est retardé à Euston Station, Marylebone ou Baker Street. Si les chemins de fer et lignes téléphoniques ont révolutionné l’espace-temps au début du 19e siècle, le 21e lui apparait marqué par les retards…

Euston Station

Autour de Euston Station

Le nord de la gare est actuellement peu accessible en raison de travaux sur la ligne HS2 (train à grande de Londres à Birmingham puis Glasgow). Les rares terrains laissés libres par les chantiers abritent aujourd’hui des protestations contre la construction de cette ligne grande vitesse. Néanmoins via la grosse artère de Hampstead Road on peut rejoindre le métro Mornington Crescent. En revenant vers le square Harrington on parvient devant l’incroyable façade de l’usine de cigarettes Carreras dont je parle dans mon article sur l’égyptomanie. https://visitesfabienne.org/legyptomanie-londonienne/

Vers le Sud, L’on passe devant le chat Trim dont je parle dans mon article sur les chats https://visitesfabienne.org/trim-hodge-bastet-chats-de-londres/

Trim le chat de euston Station

  puis, on traverse la route pour rejoindre st Pancras New Church et juste derrière la charmante Woburn Walk. De là, si l’on dispose de plus de temps, on regagne Bloomsbury https://visitesfabienne.org/bloomsbury/

Woburn Walk

Autour de Baker Street

Quand vous devez attendre autour de Baker Street, plusieurs options en fonction du temps et des envies :

Si vous ne disposez que de 5mn sortez au moins regarder la statue de Sherlock Holmes et les curieux pigeons. On peut rejoindre Baker Street et se passionner pour l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle https://www.sherlock-holmes.co.uk/. Da là, on peut rejoindre Oxford Street et le quartier commerçant de Mayfair

Si vous avez le temps de faire la queue le Musée Tussauds, pour les amateurs de célébrités en cire https://www.madametussauds.com/london/

Vous préférez les jolies boutiques ? Marylebone HIgh Street en regorge.

Vous avez envie de vous promener dans la verdure ? Alors dirigez-vous vers Regent’s Park, l’un de plus grands parcs de la capitale. On peut y découvrir le jardin japonais et à Primrose Hill.

Autour de Marylebone

Si vous débarquez à Marylebone et préférez plonger dans un quartier londonien moins connu, dirigez-vous vers l’église St Mary. Pour rejoindre Paddington, on emprunte Crawfrod Street. Pour les fans de John Lennon, un petit détour sue Bryanston Square s’impose.

 Un peu plus loin, Cato Street a été le lieu d’une insurrection et témoin des remous politiques du début du XIXe siècle.https://www.nationalarchives.gov.uk/pathways/blackhistory/rights/cato.htm

Coade Stone et Cato Street

 Sur la  parallèle Brendon Street, les façades présentent des mascarons en pierre de Coade. Cette pierre artificielle, inventée par une femme remarquable, Eleanor Coade, à la fin du 18eme siècle, a permis de décorer de nombreuses façades londoniennes. https://www.nationaltrust.org.uk/features/what-is-coade-stone. De là, en passant devant une maison pour les pauvres, on peut rejoindre Edgware Road. On y retrouve une ambiance moyen orientale. Plus au Nord, on peut remonter voir les antiquaires de Church Street. https://churchstreetnw8.london/

Les Huguenots à Londres

 L’une des vagues migratoires importantes pour la capitale britannique remonte au 16/17e. Elle correspond effectivement à l’arrivée des Huguenots chassés du royaume de France. https://visitesfabienne.org/la-presence-francaise-a-londres/

Bible à la bibliothèque de l’église protestante

 Les Huguenots à Londres

 Persécutés dès 1534, les protestants français fuirent l’hexagone. Cet exode s’amplifia avec les guerres de religion au milieu du 16eme siècle.  Les réformés français, dits Huguenots, et les Hollandais se réfugièrent à Londres profitant de la liberté de culte offerte aux protestants étrangers par la charte de 1550. https://fr.wikipedia.org/wiki/Huguenot

Edouard VI leur accorda  en effet l’utilisation de la chapelle des Augustins dans la Cité, renommée Strangers Church. Avec la croissance de la communauté, les Huguenots fondèrent une nouvelle église, de référence, Saint Antoine à l’emplacement de l’actuelle Bourse. Bientôt, une autre ouvrit près du Strand. Elle se conformait à la liturgie de l’Eglise d’Angleterre en langue française.

Les réfugiés qui arrivaient en Angleterre devaient commencer par se faire reconnaître auprès d´une église et attester de l’authenticité de leur adhésion à la Réforme. Grande était en effet la peur de trahison d’espions catholiques.

 Avec la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, la répression et la discrimination contre les Protestants poussèrent les familles à fuir la France en nombre. L’église de la cité se révélant trop petite, ils en construisirent une nouvelle près de Spitalfields. Hormis sous Marie Stuart et pendant la Guerre civile, le flot de Huguenot ne tarit pas. L’Angleterre apparaissait alors comme le « grand refuge ». On compta plus de trente églises hors de Londres et plus d’une vingtaine dans la capitale. 1/3 des 25000 réfugiés se concentrait en effet à Londres. Ils se répartirent principalement dans deux quartiers : Spitalfields et Soho.

Les Huguenots de Spitalfields

Ces calvinistes industrieux croyaient en la valeur du travail et étaient qualifiés . Ils se fixèrent en tant que instituteurs, médecins, marchands, soyeux et même aristocrates. Ils furent globalement bien accueillis voire soutenus matériellement par leurs communautés. Les Huguenots installés autour de l’ancien hôpital de l’Est londonien étaient souvent des tisserands spécialisés et éduqués. Beaucoup se sont enrichis et ont construits de grandes maisons bourgeoises avec des verrières pour éclairer les métiers à tisser. De nombreuses rues rappellent d’ailleurs la présence française : Fournier, Fleur de Lis.

Les Huguenots urbanisèrent Spitalfields, Shoreditch et Bethnal. Des 9 églises autour de Spitalfields, 3 existent encore : celle de l’Artillerie devenue synagogue en 1840 sur Sandys. La Patente sur Hanbury Street, construite en 1719 est devenue centre d’art. Enfin, l’Eglise neuve à l’angle de Fournier Street et Brick Lane, est devenue chapelle Wesleyenne puis synagogue à la fin du XIXe et mosquée dans les années 1980.

Pour évoquer ces Huguenots et les vagues migratoires ultérieures, on peut visiter le petit musée de l’Immigration, ouvert uniquement pour les groupes au 19 Princelet street. Il se situe à l’emplacement d’une ancienne synagogue et d’une maison occupée par des protestants puis des familles juives pauvres. https://www.19princeletstreet.org.uk/

Hanbury Hall, ancienne église réformée

Un étonnant musée au 18 rue Foldsgate, évoque la vie matérielle d’une famille de Huguenots : la maison de Dennis Sever https://dennissevershouse.co.uk/

Maison Dennis Sever

Cette incroyable maison invente le destin d’une famille de soyeux huguenots, les Jervis. Sur quatre étages, on parcourt en silence, l’ascension et l’appauvrissement de cette famille au milieu des odeurs, des objets chinés par un excentrique artiste américain installé à Londres entre 1948 et 99.

à Soho, des Huguenots bien installés.

A Soho, les réfugiés protestants occupèrent les maisons vides d’un projet immobilier qui avait fait faillite. Ils y travaillèrent principalement en tant qu’ artisans d’art, orfèvres, horlogers, bijoutiers, ébénistes voire imprimeurs. En général hautement qualifiés, ils arrivaient avec un métier ou une profession qui facilita leur assimilation. Ils apportèrent beaucoup à la société anglaise. Les noms de John Houblon, premier gouverneur de la Banque d’Angleterre, de Romilly, avocat de la réforme de la Criminal Law, de Minet dans les assurance illustrent l’intégration de cette communauté au XVIIIeme siècle.

façade église protestante française

A la fin du 19e siècle, Soho concentrait la plus grande population française et s’imposa donc comme le lieu naturel de construction d’une nouvelle église.  Il y en eut 14 dans le quartier ! https://www.egliseprotestantelondres.org.uk/ L’indemnité offerte à St Martin le Grand détruite pour agrandir la Poste, permit l’achat du site et la construction du temple protestant inauguré en 1893. Cette magnifique église est l’œuvre de Aston Webb, grand architecte qui travailla notamment à Buckingham Palace et au Musée Victoria et Albert.

L’église fit également construire une école française à quelques pas de Soho Square, offrant un enseignement en anglais et en français aux enfants de l’église et du quartier (cette école ferma après la seconde guerre mondiale). Elle devint l’un des centres de la France Libre pendant la seconde guerre mondiale.

Portail église protestante française

Bien que vidé de sa population française le quartier en a conservé quelques souvenirs à travers les pâtisseries et restaurants : Maison Bertaux, Patisserie Richoux. https://visitesfabienne.org/soho/

L’église protestante française vaut vraiment la visite. Les Français de Londres la connaissent puisqu’elle accueille des conférences et réunions. https://www.londresaccueil.org.uk/v4/Conferences

Architectures londoniennes

On oppose souvent l’homogénéité urbanistique parisienne à la profusion des architectures londoniennes Constituée d’un agrégat de petites communes devenues grandes, la capitale britannique offre en effet une multitude de visages. Néanmoins, même s’i elle n’a pas connu de volonté planificatrice et centralisatrice, Londres a fait l’objet d’initiatives architecturales fascinantes. Quoique plus limitées, en général limitées à un quartier voire une rue, ces tentatives émanent en général d’architectes et non d’urbanistes. En voici 4 et non des moindres

Ferronnerie, rue Adam

1/ Inigo Jones, et la première des architectectures londoniennes

Au début du 16e siècle, Londres est une ville Tudor. Ce qui signifie que les bâtiments importants en briques, côtoient les maisons de torchis et constructions à colombage.

Banqueting House by night

Un décorateur de talent, Inigo Jones, de retour du nord de l’Italie chargé des manuels du génial Andrea Palladio, va révolutionner l’esthétique de la ville. Au travers de 4 constructions et de plans il apporte un vent de renaissance dans la capitale médiévale. https://visitesfabienne.org/palladio-a-londres/

Régularité de la façade de l’architecte Inigo Jones

 C’est d’abord la Queen’s House à Greenwich, puis la Banqueting House sur Whitehall. Suivent deux chapelles toutes simples aux formes classiques. Queens chapel et St Paul à Covent Garden achèvent en effet de donner le ton. Les façades simples, à colonnades et tympan, l’usage de la pierre et du stuc, donnent un ton nouveau à l’architecture anglaise. Jones les complète avec la plazza à l’italienne qu’est Covent garden et la grande place carrée de Lincoln Field où il ne réalisera qu’une construction (au n) Malheureusement, Inigo Jones est l’architecte préféré de Charles 1. Avec la Révolution et la mise à mort du Roi, son artiste officiel se trouve en mauvaise posture. Il faudra attendre la restauration et le grand incendie pour que le nouveau style apporté par Inigo Jones s’impose définitivement la cité médiévale.

Queen’s House Greenwich

2/ Christopher Wren et la scénographie baroque

Le grand désastre mais également la grande opportunité de reconstruction pour Londres intervient en 1666 avec le grand incendie. Le feu ravage la cité pendant 3 jours. Les braises à peine refroidies, trois architectes s’empressent de proposer des plans de reconstruction au roi Charles II. Malheureusement, à ces plans régulateurs s’oppose la volonté des marchands. Ceux-ci font pression sur le Monarque pour limiter les couts et accélérer le processus de reconstruction. Du coup, n’est acceptée qu’une reconstruction a minima. De nouvelles maisons « en dur » remplacent les masures de bois ou torchis. Mais elles suivent le tracé des rues préexistantes.

Saint Paul, chef d’oeuvre de Sir christopher Wren

Le feu ne sera donc pas à l’origine d’une restructuration en profondeur de la ville. Christopher Wren, mathématicien astronome de génie, ne verra pas son plan d’urbanisme appliqué. En revanche lui échoit la tâche de diriger les travaux au mieux. Il s’acquittera notamment de la reconstruction de= 52 églises, parmi lesquelles la prestigieuse Cathédrale Saint Paul. Inspiré par le classicisme italien et la scénographie baroque, Wren ne parviendra pas à faire de Londres la nouvelle Rome ou un Paris bis. En revanche, ses nombreuses églises et bâtiments transformeront durablement le paysage de la capitale. St Paul et le royal Hospital de Chelsea conçu sur le modèle des Invalides constituent aujourd’hui encore des bâtiments emblématiques de Londres. https://en.wikipedia.org/wiki/Royal_Hospital_Chelsea

Temple Bar, Christopher Wren, aujourd’hui derrière Saint-Paul

3/ les frères Adam, le triomphe du néoclassicisme

Adam à son apogée : la bibliothèque de Kenwood House

Avec le 18e s et la découverte de Pompéi (Winckelmann 1748) c’est un nouveau pan d’architecture qui s’ouvre. L’arrivée dans la capitale de la famille écossaise Adam correspond à l’avènement du néo-classicisme à l’anglaise.  Outre leur intervention à Kenwood House.

façade de Kenwood House

(https://visitesfabienne.org/hampstead/ et Syon House, les quatre frères Adam ont introduit le néoclassicisme à Londres. La fratrie apporta beaucoup d’unité à l’architecture britannique. L’idée reposait en effet sur des maisons conçues dans leur globalité, extérieur, intérieur et même meubles. Si les façades conservent des caractéristiques palladiennes, les salons eux proposent des variations sur l’antiquité.

façade d’un des survivants de l’Adelphi

A Londres, leur création la plus célèbre demeure l’Adelphi, (frères en grec). Cet ensemble construit entre le Strand et la Tamise est en grande partie détruit. Il se constituait d’entrepôts, magasins et appartements d’habitation. Des 24 bâtiments initiaux de 1768/72 restent quelques façades de brique noire et stucs blancs. En revanche, le nom reste accolé à celui d’un music-hall. Les rues Adam, John Adam et Robert derrière l’hôtel Savoye rappellent l’activité de deux des quatre frères. Robert a d’ailleurs laissé une empreinte plus importante en tant qu’architecte et théoricien. https://www.strandlines.london/2020/10/01/adelphi-robert-adam/

https://www.bl.uk/collection-items/the-works-in-architecture-of-robert-and-james-adam

Détails par les frères Adam

4/ John Nash et ses terrasses

Regent’s Park crescent

Au 19ème siècle, alors que le roi Georges IV sombre dans la folie de sa maladie (date), son fils, le Régent s’éprend d’architecture. Lui vient l’idée de relier le Palais royal aux fermes au Nord de la capitale. C’est ainsi que le Palais st James va être relié à la zone seigneuriale et boisée de Marylebone. https://en.wikipedia.org/wiki/Marylebone

 L’idée est alors de créer une allée d’honneur. Celle-ci vise à cumuler la fonction commerciale à des logements rentables le long d’un axe clôt par deux parcs. Une série de bâtiments unifiés par une même façade relie ainsi le Parc Saint-James au Parc du Régent. Ce type de façade continue a été inventé un siècle auparavant par John Wood à Bath et s’est peu à peu diffusé  à travers le pays. Derrière la colonnade homogène s’ouvrent une série de maisons individuelles ou de logements locatifs. Ces constructions qualifiées en anglais de « terrasses » affectent des formes particulières. John Wood le premier s’est inspiré de la galaxie pour concevoir ses terrasses en lune qu’il nomme « croissants » ou en cercles inspirés du soleil, les « circus ».  John Nash reprend pour le compte du Régent, le croissant au niveau du parc et crée une longe allée uniquement ponctuée par une église (All Souls) et un arrondi avant de s’ouvrir sur Picadilly circus et rejoindre Carlton Terraces. Du dessin initial ne subsiste que l’église, petit temple arrondi d’inspiration grecque surmonté d’une flèche néogothique. Les autres bâtiments ont été reconstruits au début du 20e mais en respectant le bâti initial.

Regent’s Street

On pourrait ajouter à ces architectes aux velléité urbanistiques des essais contemporains comme celui du Barbican, de la city moderne ou du quartier des Docks. J’y penserai dans de prochains posts.

Londres victorien

Le 19e s symbolise l’apogée de l’Empire britannique et du Londres Victorien. Il se confond en effet pratiquement avec Le long règne de la reine Victoria (1837-1901).  C’est une période de grands changements économiques et sociaux avec l’entrée dans un monde dominé par l’industrie et le capitalisme. Dans Londres, la période correspond à l’âge d’or du West End mais aussi à l’explosion de la misère à l’est de la Ville.

Je vous propose de nous intéresser cette semaine aux splendeurs du West end et de reporter à une semaine prochaine les misères de l’East end.

On l’oublie souvent, mais le Londres que nous connaissons aujourd’hui est en grande partie victorien d’abord pour la taille mais aussi l’image. Y naissent en effet aménagements de la Tamise, mobilier urbain, voies de circulations et surtout de nouveaux quartiers. Les grands propriétaires bâtissent peu à peu le West End. Mayfair, Kensington sortent de terre autour des grandes constructions royales.

Nouveaux lieux de pouvoir :

– La construction de l’immense palais de Buckingham au centre de Londres dure plus d’un siècle.  Plusieurs rois y ont contribué : George IV, William IV. Cependant, Victoria sera la première à l’habiter. La construction, initiée par William Chambers, amplifiée par John Nash sera remaniée par différents architectes. Aston Webb déjà rencontré au Victoria & Albert et à l’église protestante y œuvra.  Du fait de ces agrandissements successifs, la construction, massive, est un peu indigeste

-Le Palais Saint James, laissé de côté en tant qu’habitation reste un lieu officiel alors que de nouveaux palais accueillent la famille royale. Ainsi en est-il de Kensington construit par Guillaume et Marie à leur arrivée de Hollande.

– Barry et Pugin reconstruisent le vieux Palais du Parlement, incendié en 1834 dans le style néogothique alors en vogue. Ils y adjoignent une tour destinée à abriter l’horloge : Big Ben.

– Downing Street qu’avait inauguré le premier premier ministre Robert Walpole devient emblématique de la Monarchie Parlementaire. Cette maison de style géorgien est agrandie au cours des mandats suivants jusqu’à occuper l’entière rue.

Nouvelles formes architecturales

Autour de ces grands chantiers royaux, les riches familles aristocratiques se mettent à bâtir, profitant de l’explosion démographique. Une fièvre spéculatrice s’empare de zones restées campagnardes. C’est que contrairement à Paris par exemple, l’ouest londonien n’est pas limité. Aucune Muraille ne vient entraver l’expansion de la ville. Les grands propriétaires fonciers peuvent s’en donner à cœur joie et de grandes sections se lotissent de manière ordonnée voire répétitive.

Terrasses, croissants et cirques

Suivant le modèle que John Wood a lancé à Bath, des crescents (croissants) s’ajoutent bientôt aux terrasses typiquement anglaises.

Les terrasses sont des alignement de maisons aux façades identiques, les croissants eux suivent une courbe. L’idée est d’affecter la forme du croissant de lune. La place dénommée circus s’inspire, elle, de la forme circulaire du soleil. Ces deux inventions adoptent une façade continue comme pour offrir aux locataires l’impression de vivre dans un palais.

Alignements et verticalité

Tous ces quartiers sont constitués de maisons individuelles de 2 ou 3 étages avec cour ou jardinet.

Les alignements de façades s’articulent ainsi autour de parcs ou squares. Dans les rues moins huppées, les maisons conservent les 2, 3 voire 4 étages mais occupent beaucoup moins de surface au sol. D’où l’impression de maisons verticales dans lesquelles chaque étage correspond à 1 voire 2 petites pièces.

Pour accueillir la domesticité, ces maisons conquièrent le sous-sol plus ou moins aveugle. En effet alors que Paris loge les serviteurs dans les combles, Londres les héberge dans les caves.

Nouveaux quartiers

Ce modèle urbanistique est alors déployé au travers de nouveaux secteurs de la capitale.

Nouveaux secteurs

Bloomsbury puis bientôt tous les quartiers ouest se parent de cet urbanisme novateur. Entre Regent Street et Buckingham Palace apparait le West-End. Mayfair en constitue un fleuron. Mais bientôt les villages de Kensington, Belgravia se transforment en quartiers huppés. Plus au Nord, le quartier de Marylebone ou celui de Fitzrovia rivalisent avec Bloomsbury.

Les grosses maisons de pierre y côtoient les maisons de briques noires. Jardins, squares, allées se multiplient pour aérer la vie de cette élite. Les nombreuses mews (étables, aujourd’hui maisonnettes très prisées) attestent des carrosses utilisés pour le transport de ces familles. Elles témoignent des encombrements de la capitale à la fin du 19e s. Les grosses familles s’enrichissent considérablement et donnent aux rues nouvellement crées les noms de leurs nombreuses familles. Les rues de Bloomsbury évoquent ainsi le duc de Bedford, aussi Marquis de Tavistock et baron Russel. On retrouve ses différents titres au travers des artères du quartier.

Jardins et parcs

Si les maisons sont éloignées de la rue par un jardinet ou un retrait, elles comportent également un petit espace de verdure à l’arrière. C’est que La ville victorienne s’aère considérablement. Des jardins publics ou privés mais communs s’ouvrent. D’immenses parcs sont créés.

Ceux-ci s’ouvrent principalement à l’Ouest de la capitale, pour le bienfait des classes aisées : Hyde park, Holland, Green St James, Holland Kensington. On en trouve également de plus en plus à l’extérieur de la ville dans les nouvelles zones conquises sur la campagne : Richmond, Greenwich, Highgate.

Islington

Ce joli quartier se développe autour d’une antique voie romaine. Les champs et fermes d’origine ont donné naissance à trois grands domaines : Barnbury, Canonbury et Highbury. Amplement lotis au XIXème siècle, ils ont conservé de grands espaces végétaux qui rappellent le passé champêtre de cette zone et son rôle pour approvisionner la capitale en laitages.

Islington, Autour de Canonbury

Le centre de Canonbury s’articule aujourd’hui autour de la plaisante place du même nom, Canonbury square. Son charme quasi provincial attira de nombreux auteurs au début du XXe siècle parmi lesquels Evelyn Waugh et George Orwell. Le côté sud a été construit sur une terrasse pour compenser le dénivelé de cette place construite à flanc de colline. Si l’on ne distingue plus vraiment aujourd’hui le relief dans Londres, il existait en effet encore aux 18 et 19e.

Du domaine de Canonbury, ne subsiste que la tour du manoir et une petite impasse. Au 13ème siècle, les terres dépendaient du Prieuré de St Bartholomé. A la dissolution des monastères au moment de la Réforme, au 16e siècle, les terres passèrent entre des mains privées. Seule la tour subsiste du manoir alors érigé. https://visitesfabienne.org/clerkenwell/

 S’y nichent aujourd’hui une école d’allure victorienne, une jolie demeure avec un jardin ahurissant au cœur d’une grande métropole, une grange. Le tout se situe au sommet d’une colline qui devait dominer les champs au-delà de la limite de la ville. De ces bâtiments témoins de l’ancien domaine, partent des rues en pentes qui rejoignent un étonnant et charmant cour d’eau.

Connu sous le nom de « New river », ce serpent d’eau correspond en fait à un canal ouvert en 1613 par Hugh  Myddleton pour approvisionner la capitale en eau. Bien qu’artificiel et aujourd’hui réaménagé uniquement en promenade, ce canal menait jusqu’aux réservoirs que l’on voit encore sur Petonville street.

En partant vers Newingston, les plaisantes maisons cèdent la place à des constructions plus modestes. Caché derrière la rue Northampton Park le jardin st Paul, nommé St Paul Shrubbery est tout ce qui reste des énormes vergers qui alimentaient la capitale.

Islington, Du côté de Highbury

La rue st Paul mène à Newington green. C’est le long de ce parc que se trouve l’une des rangée de maisons les plus anciennes de Londres du 17e,. Quoique remaniées (la maison du milieu a été rehaussée), assez maladroites, elles constituent la plus ancienne « terrace » de la capitale.

 Le jardin lui-même honore au moyen d’une curieuse sculpture Mary Wollstonecraft, la première féministe anglaise qui dès 1792 réclamait l’égalité des Sexes. Contemporaine d’Olympe de Gouges, elle fut aussi la mère de Mary Shelley auteur de Frankenstein.

Newington, où se trouve une fantastique mosquée turque aménagée dans un ancien cinéma à la façade aux carreaux ottomans, jouxte Highbury. https://aziziye.org.uk/

Highbury Field marque l’épicentre de ce qu’était autrefois ce grand domaine. L’immense parc engazonné et entouré de maisons géorgiennes est désormais un lieu de promenade. Les petits collectifs et maisonnettes alentours ne sont pas les plus prisées d’Islington. En revanche il vaut le coup de pousser jusqu’à la communauté quasi fermée de Aberdeen Park. Cette rue circulaire donne accès à une série de jolies maisons victoriennes et Arts and Crafts. Au centre, l’église st saviour donne un caractère champêtre. Le poète John Betjeman lui a consacré un poème. Il y évoque l’église dans laquelle se sont mariés ses parents et le calme de ce quartier à l’époque déshérité. Effectivement le quartier connut une véritable désaffection après 1860, époque où les premiers transports publics rendaient les campagnes proches de la capitale plus attractives. Néanmoins, depuis les années 1960, on assiste à une nette gentrification. https://www.poetrynook.com/poem/st-saviours-aberdeen-park-highbury-london-n

Plus au nord encore du parc, le grand stade d’Arsenal draine des foules de supporters vers le nord d’Islington

Vers Barnbury

Du sud du quartier émane une atmosphère en revanche bien différente. Le carrefour Angel marque le passage de la ville ancienne aux faubourgs. Les lieux de mauvaise vie se sont peu à peu transformés en théâtres, pubs et cafés soignés et animés. Pour autant, le marché sur Chapel Market a gardé son caractère populaire. On se trouve ici face à une première fourche qui mène vers Liverpool rd à l’ouest de laquelle le quartier s’embourgeoise complètement. C’est d’ailleurs entre Barnard Park et le ravissant jardin de Thornhill qu’habitent aujourd’hui quelques uns des membres les plus importants du gouvernement ou des précédents. C’est aussi au milieu de ces rues calmes arborées et ponctuées de nombreux espaces verts que se trouve l’une des rues les plus étonnantes de Londres, Richmond Street,. Loties par un amateur d’Egypte, chaque maison se voit annoncer par deux petits sphinxes. (https://visitesfabienne.org/legyptomanie-londonienne/

La grande artère se dédouble une nouvelle fois  en Upper street qui mène vers Highbury et Essex Rod le long de Canonbury. Un petit bâtiment à la jonction de Essex road et de la ravissante petite rue piétonnière rappelle que l’on changeait d’équipage avant d’entrer dans Londre. Transformé en supermarché, il tend à se fondre dans l’ensemble des petites échoppes colorées et bondées de High street Islington. Cette ravissante ruelle attire de nombreux français. De là, on peut regagner la new river déjà évoquée.

On peut également remonter vers le carrefour d’Islington, très animé, devant la statue de Hugh Myddleton et se diriger vers l’église Ste Mary. Tout autour un joli jardin mène à un charmant théâtre de marionnettes. Upper Street, bordée de jolis magasins, mène ensuite directement jusqu’à Highbury Fields.

Verdure londonienne

La verdure londonienne nous permet de célébrer le printemps en beauté. C’est en effet l’une des gloires de la capitale. Avec 17% de son territoire occupé par parcs et espaces verts, la capitale britannique s’enorgueillit en effet d’être une ville verte. A juste titre. Suivez-moi dans cette balade verdoyante et printanière.

Jardin italien de Hyde Park

A l’origine, chasses royales et jardins monastiques

Londres a grandi tout d’abord le long d’un axe reliant les deux pôles urbains historiques : la cité de fondation romaine et la cité de Westminster, normande.

Rencontre bucolique dans une ferme londonienne (Vauxhall)

 Autour du domaine de la couronne, les réserves de chasse se sont transformées en jardins royaux. Si la noblesse a peu à peu loti ses terres, elle a pour autant conservé arbres et jardins.

St James Square

Vers l’Est, la cité se développait dans l’enceinte alors que les monastères prospéraient tout autour. Le mur et les monastères se sont peu à peu dissous dans le paysage urbain. En revanche beaucoup des carrés d’herbes et autres potagers monastiques sont devenus jardins. Ainsi, la folle croissance de la ville a respecté en grande partie des espaces naturels. Cependant, la Révolution industrielle a considérablement réduit l’empreinte naturelle à l’est de la ville alors que les quartiers aisés préservaient leur oxygène.

Jardin de Little Britain

Il reste néanmoins à l’ouest de nombreux espaces verts privés. Ainsi Kensington ou Chelsea abondent en jardins fermés par des grilles et loquets.  Ces jardins privés restent une specificité des quartiers huppés londoniens. Autour de Buckingham, les propriétés royales ont conservé des jardins de taille conséquente.

Enfin le bâti de la capitale laisse la part belle aux maisons individuelles avec jardinet. On est loin ici de la densité de Paris. Les grands projets modernes incluent eux-mêmes la nature et chaque nouveau quartier se pare de projets : grands parcs comme le Parc Elisabeth II dans le quartier olympique, ou petits jardins communautaires tel le ravissant jardin Bonnington.

Bonnington garden

La naissance des parcs publics

La notion de parc public  nait au 19e en Angleterre. L’arboretum de Derby et le parc de Birkenhead  (près de Manchester) se disputent la primauté du premier parc public dans les années 1845. En fait, l’idée avait déjà germé de mettre à disposition du grand public des espaces verts existants, comme les réserves de chasse. S’inspirant des initiatives des villes industrielles du Nord du pays, Londres s’empara de l’idée d’offrir un peu d’oxygène aux classes laborieuses de l’époque victorienne. Se multiplièrent  alors les parcs. Hyde park devint le poumon vert de la capitale. Kensington Garden puis Holland Park l’agrandirent bien vite alors qu’une multitude de squares ponctuaient les rues nouvelles. Nés alors que la mode mettait à l’honneur les jardins paysagers, dits « à l’anglaise », ces parcs accordèrent d’emblée beaucoup d’importance à l’aspect naturel.

Waterloo Park

D’autres aménagements paysagers apparurent au cours du XIXe, tels Regent’s Park au nord de la ville ou Victoria Park à l’Est. A Vauxhall plus à l’ouest se trouvait le jardin des plaisirs. On allait y profiter de jeux, feux d’artifices, salons de thé.. Cet amour des jardins lié à une solide conviction en leurs bienfaits perdure.  Napoléon III, lors de son exil dans la capitale britannique s’enthousiasma pour l’idée de verdir sa capitale.

De retour en France et plein d’idées pour Paris, il fit appel à Haussmann et Alphand pour modeler des parcs sur le modèle anglais. Les Bois de Boulogne et Vincennes, les parcs Monceaux, Montsouris entre autres étaient nés.

Cimetières et couronne verte

Si le modèle anglais a été fondamental pour la création des parcs parisiens, l’influence a pu s’effectuer dans le sens inverse.

Hyde Park

 Ainsi, c’est l’exemple d’un des trois cimetières paysagers parisiens qui donna l’idée des Magnificent Seven. Un décret de 1804 fonda en effet à Paris les cimetières du Nord (Montmartre) du Sud (Montparnasse et de l’Est (Le Père Lachaise, sur les terres du monastère jésuite du Père de la Chaise). Y répondit l’acte de 1832 visant à désengorger les petits cimetières paroissiaux de la capitale britannique.

Cimetière de Highgate

Des spéculateurs prêts à vendre l’arpent d’éternité très cher s’emparèrent de l’idée. Les 7 cimetières paysagers entourant la capitale sont aujourd’hui des lieux de promenades privilégiés. Le plus connu, Highgate, reste un espace de promenade très apprécié. La végétation enchevêtrée au-dessus des tombes y abrite d’ailleurs une faune inattendue en plein Londres. On y croise ainsi renards et lapins.

Cette première couronne verte se doubla dans les années d’après-guerre d’une seconde ceinture. Les villes nouvelles satellites programmées dès 1946 pour désengorger la capitale britannique se trouvent en effet toutes situées au-delà d’un cordon paysager constitué d’immenses parcs arborés et de forêts.

de la verdure partour

Londres royale

Une promenade très classique pour terminer la trilogie des incontournables. Après Westminster et Whitehall  où nous découvrions les hauts lieux du pouvoir britannique, nous abordons cette fois la Londres royale.

Elizabeth 1 Andy Warhol

Autour de Saint James Palace

 On peut accoler cette promenade à celle consacrée à Mayfair et commencer sur Picadilly, à l’angle du prestigieux hôtel Ritz.

 Juste avant le Ritz nous empruntons la très élégante St James Street où se succèdent clubs privés et fournisseurs de sa Majesté. De petites cours rappellent l’atmosphère de la Londres médiévale. Ainsi Pickering court avec ses colombages se niche derrière une jolie boutique ancienne.

Pickering Place

 La place St James est dominée par le Palais du même nom. De la Résidence royale construite au XVIe s par Henri VIII ont résisté la structure et une grande partie des constructions de briques rouges. Les souverains y résidèrent le plus souvent après l’incendie de Whitehall et ce jusqu’au règne de Guillaume IV. La reine Victoria lui préféra Buckingham Palace, devenu depuis Résidence du monarque. Depuis, le Palais de Saint James accueille réceptions et protocoles.

St James Palace

Au cœur de la construction médiévale en briques, une construction renaissance tranche avec tours et créneaux. La chapelle de la Reine est un chef d’œuvre d’Inigo Jones et pierre angulaire de l’architecture britannique. https://visitesfabienne.org/palladio-a-londres/

Queen’s chapel

Face à cette façade classique, la cour des Frères avec son architecture de brique typique du règne de Henri VIII est un lieu important de la Royauté. C’est ici que se rassemble la garde de sa Majesté. C’est aussi du balcon que sont annoncées les morts et naissances des souverains.

Red Lion Tavern, derrière St James

Le bâtiment classique qui jouxte le Palais sur le Mall porte le nom de Clarence House et héberge le prince de Galles. Le Mall relie Trafalgar Square et le Palais de Buckingham. Elle est le lieu des grands défilés protocolaires.

Buckingham Palace

Au-delà du Parc Saint-James et de Green Park, on atteint la Résidence de la reine.

George III acheta la maison de Buckingham en 1761. George IV chargea l’architecte John Nash de transformer la maison de la Reine en un palais au début du XIXe s. Il ne devint résidence royale que sous Victoria en 1837.

Cet immense édifice peut se visiter l’été lorsque la famille royale se retire à Balmoral.

Vermeer à la Queen’s Gallery

En revanche, on peut visiter toute l’année les Ecuries Royales. On peut également se régaler de peintures à la Queen’s Gallery. Cette pinacothèque offre de très belles expositions. La collection permanente tient en 3 grandes salles. On y admire quelques œuvres magnifiques, des vedutistes mais surtout un remarquable regroupement d’œuvres de Rembrandt, parmi lesquels deux autoportraits, à 34 et 65 ans ainsi que le portrait de l’armateur et de son épouse. Parmi les chefs d’œuvre, un autoportrait de Rubens révèle une facture exceptionnelle. Sa qualité picturale le fait ressortir dans une galerie de grande qualité. Outre les magnifiques Rubens et Rembrandt, on admire la jeune femme au Virginal de Vermeer, Jan Steen et tant d’autres.

autoportrait de Rembrandt

 (ceci étant à choisir entre la fabuleuse collection de la NG gratuite et celle-ci il n’y a pas hésitation.)

autoportrait de Rubens

Pour parachever notre découverte de la Londres royale Windsor.

Hampton Court , Tower of London et Victoria en ses quartiers que j’aborderai bientôt

Hogarth

William Hogarth est regardé comme l’un des plus grands peintres anglais. Cet artiste du XVIIIe siècle (1697-1764) fait l’objet de nombreuses expositions, la dernière en date à la Tate Britain.. https://www.tate.org.uk/whats-on/tate-britain/exhibition/hogarth-and-europe . Après avoir été adoré, il est néanmoins aujourd’hui dénoncé pour ses contenus « pouvant choquer certaines sensibilités ». Qu’en est-il réellement ?

Mary Hogarth

Loin des grandes envolées picturales de Turner ou des portraits de la bonne société chers à Gainsborough, Reynolds ou Lawrence, Hogarth s’est davantage illustré dans la peinture dite de genre que dans la « grande peinture ».

Un peintre de genre, critique social de son époque

Ses quelques œuvres historiques (notamment à l’Hôpital Saint Bartholomée) https://spitalfieldslife.com/2010/10/20/hogarth-at-st-bartholomews-hospital/

 ne lui rapportant que peu de gloire, Hogarth s’est vite consacré aux portraits de ses proches ou de la bourgeoisie. Il ne connait pas le succès d’un Gainsborough en la matière. Du coup, il se fait un nom dans le portrait de groupe. En revanche, son mordant et son sens du détail font mouche.

Petit chien dans un mariage à la mode

Ainsi, graveur et peintre «de genre », il a connu du succès avec ses séries illustrées et moralisatrices. La plus connue est certainement « le mariage à la mode » de la National Gallery de Londres. https://www.nationalgallery.org.uk/

 Au travers de 6 scénettes, on voit l’évolution d’un mariage arrangé entre le dernier rejeton débauché d’une famille aristocratique et la fille d’un riche bourgeois. Derrière le ridicule, se lit la désapprobation du peintre. Les détails s’accumulent pour enrichir son propos : cicatrices de maladies vénériennes sur le visage du comte, petits chiens mimant la fidélité, accumulations archéologiques à peine dépoussiérées, enfants désœuvrés. Car Hogarth adore les petits, animaux et humains, et se plait à les mettre en scène.

Petit garçon détail dans un mariage à la mode

Une exposition consacrée à Hogarth et l’Europe, à la Tate Britain

La Tate Britain conserve nombre de ses tableaux de genre et portraits. L’exposition qui s’y tient jusqu’au 20 Mars 2022 restitue le peintre dans le contexte européen. https://www.tate.org.uk/visit/tate-britain

Affiche de l’Exposition de la Tate

Malheureusement, à trop insister sur le hiatus entre sa peinture et la pensée « woke » propre à notre siècle, cette exposition me semble manquer l’essentiel. Si l’idéologie de Hogarth n’est pas conforme à celle d’aujourd’hui, il n’en reste pas moins un extraordinaire chroniqueur de son époque. Son œuvre, outre l’intérêt pictural, se veut mordante et caustique. Elle dénonce avec humour les travers de son époque marquée par l’ascension décomplexée de la bourgeoisie d’affaire et la décomposition morale et financière de l’aristocratie.

« After » fait le pendant de « Before »….

L’exposition, en présentant Hogarth auprès de ses contemporains européens réduit encore l’impact du peintre. En effet, elle le place en parallèle de peintres tels le vénitien Longhi ou le français Chardin. C’est ne lui accorder qu’un intérêt documentaire, celui de chroniqueur de son époque.

Un peintre de conviction, comique mais engagé

Or, Hogarth a beaucoup consacré de sa vie et de sa fortune pour aider les autres. Sa petite maison de campagne, à Chiswick, nous le montre en famille. https://hogarthshouse.org/

Tout le petit monde de Hogarth

Malheureusement encerclée par les échangeurs routiers, cette charmante maisonnette expose des reproductions de ses séries les plus célèbres mais aussi des évocations de ses proches. Epris de sa femme, attentionné avec ses proches, il s’intéresse à toute sa famille, aux domestiques qu’il peint, aux chiens qu’il s’amuse à montrer dans ses tableaux. Sans descendance, il vient en aide aux enfants abandonnés et donne de son temps et de ses œuvres au Foundling Museum. Il offre ainsi au bienfaiteur Thomas Coram son portrait et à l’institution deux œuvres. https://visitesfabienne.org/les-enfants-abandonnes/

critique social de son siècle

Ami fidèle, Hogarth offrit également son portrait à Thomas Twinnings son portrait pour le remercier de lui offrir du thé. Conformément à la volonté du peintre, on peut encore admirer l’original accroché dans la boutique originelle sur le Strand. https://twinings.co.uk/pages/twinings-flagship-store-216-strand

Paddington

Paddington, est notre nouvelle étape de ma série sur les gares.

L’ourson Paddington

Vous n’avez pas beaucoup de temp, partez à la recherche de votre ourson préféré (statue sous l’horloge sous le quai 1). Tout ce qui le concerne s’achète à l’incroyable boutique de la gare. Un chemin parsemé de statues de l’ourson, inventé par Michael Bond, a accompagné la sortie du film de 2014. Les 2 opus sont d’ailleurs hilarants et offrent à de grands acteurs le loisir de s’illustrer de manière hilarante. Malheureusement les oursons ont disparu mais on en trouve la trace dans les articles suivants :

https://www.thisispaddington.com/article/the-pawprint-trail

https://londonist.com/london/film/where-to-find-paddington-bear-in-paddington-station-and-area

Au niveau du quai 8, vous pourrez saluer Isambard Kingdom Brunel, constructeur de cette gare en 1858 et de beaucoup d’autres gares et ouvrages d’art.

Isambart Kingdom Brunel

Vers le Bassin et le Canal

Si vous avez envie de vous dégourdir les jambes, vous pouvez remonter le long de l’hôpital st Mary (lieu de naissance de royaux). Vous longerez alors le bassin de Paddington. Puis vous rejoindrez le canal. Là vous croiserez un ourson Paddington tout bleu.

On croise ensuite les sculptures: Walking man & Standing man, par Sean Henry. Elles surveillent un réseau de voies d’eau construit pour le transport de minerai et de produits importés.

Standing man par Sean Henry

A la Jonction de Grand Union, construit en 1793, on se dirige vers Camden Town puis la Tamise via Regent’s Canal. En revanche, vers l’ouest, la branche Birmingham passe via Slough et Brentford par Warwick avenue. Le quartier, charmant, abrite des maisons victoriennes, une bouche de métro d’inspiration parisienne et un cabman shelter. De la cinquantaine de petites cabanes vertes, réservées aux chauffeurs de taxis, il n’en reste qu’une quinzaine.

De Little Venice à Camden Locks

 On rejoint alors le système de canaux. Ceux-ci ont décliné jusqu’à fermer au début des années 1970. Sur Warrington Crescent, un ancien pensionnat de filles devenu hôpital en 1886 a vu naitre le grand mathématicien Alan Turing. Une plaque bleue célèbre celui qui a su percer le mystère de la machine Enigma durant la seconde Guerre mondiale.

 Un réaménagement en 2017 a converti la zone en habitations, lieux de spectacle et jardins  https://canalcafetheatre.com/. Au croisement, un bassin avec de nombreuses péniches accueille des résidents connus (Lucian Freud, Richard Branson, Ruth Rendell entre autres). Ce lieu porte le nom de Little Venice. Un pavillon d’octroi ferme le bassin.

Commence ici Regent’s Canal, qui mène à Camden Town. Le chemin de halage (Bloomfield Rd) longeait le dernier canal actif du réseau britannique. Celui-ci a contribué à l’essor de la révolution industrielle. Il n’a été utilisé que quelques décennies avant l’arrivée du chemin de fer.

Amy Winehouse, une célèbre résidente de Camden croquée par Bambi

4km plus loin, commence l’ancien hameau de Camden Lock. Avec l’ouverture du canal puis le chemin de fer, les berges tranquilles se sont couvertes d’entrepôts et fabriques. Réhabilité en zone d’artisanat et en un immense marché, le quartier est aujourd’hui l’une de plus animés de la capitale.

Eltham Palace

Eltham Palace fut la résidence des Courtauld. Et quelle résidence ! On connait le couple de Stephen et Virginia pour leur fantastique collection de peinture aujourd’hui à Somerset House. Frère du célèbre industriel et fondateur de l’Institut d’art Samuel, Stephen et son épouse furent également de grands amateurs d’art.

Portrait du couple

Une vieille abbaye devenue temple art déco à l’extérieur de Londres

Il faut sortir de Londres, prendre le métro jusqu’à North Greenwich puis le bus 132, l’attendre longtemps et descendre dans le village de Eltham puis marcher. A l’extrémité d’une charmante allée, se dresse l’abbaye. Au sens anglais du terme, à savoir un bâtiment pas forcément religieux. En l’occurrence une énorme halle au plafond en carène de navire. Les volumes imposants ont abrité des banquets de Edouard IV.

https://www.english-heritage.org.uk/visit/places/eltham-palace-and-gardens

Les heures de gloire passées, les bâtiments ont perdu de leur superbe jusqu’à l’heure de leur rachat par le milliardaire britannique Stephen Courtauld et son épouse Virginia. Le couple glamour des années 1930 est passé à la postérité en raison de sa fabuleuse collection d’art. L’on admire celle-ci à Somerset House au centre de Londres au sein du prestigieux Institut d’art. https://courtauld.ac.uk/gallery/

Hôtes prodigues, le couple n’a jamais eu d’enfants mais considéra ses neveux comme tels. Ils  firent de leur maison de campagne un lieu d’hospitalité d’exception en le rénovant selon les modes des années 30 et 40. Celle-ci fut malheureusement très touchée par les bombardements de 1941. Ils l’abandonnèrent pour se réfugier en Ecosse puis en Rhodésie . Les intérieurs 1930 se détériorèrent alors.

L’ensemble est géré depuis 1995 par English Heritage et constitue aujourd’hui l’une des plus fantastiques galeries d’art déco de la capitale britannique.

Visiter Eltham Palace

Passant le petit pont, on accède à un magnifique parc où douves et terrasses sont aujourd’hui des jardins d’agrément.

La visite intérieure commence par la grande salle qui a accueilli les banquets royaux. La rénovation menée dans les années 1930 par les Courtauld a laissé quelques traces, comme un petit relief de mah jong le lémurien du couple, sur une clef de voute.

Au-delà de cette immense salle de l’abbaye, on accède aux appartements restaurés dans le style art déco. Le couple de millionnaires en a fait un véritable temple des arts décoratifs.  S’y succèdent le bureau de monsieur, celui de Madame. L’influence des paquebots et le goût pour les voyages s’y font particulièrement sentir. Ainsi c’est dans la petite pièce aux murs couverts de cartes du monde que se décidaient les expéditions.

Le couloir débouche alors sur le hall d’honneur aux murs somptueusement marquetés. Sous la coupole, le mobilier impose sa sobriété. Une porte mène à une petite pièce destinée à préparer les fleurs ornementales. Dans le couloir se trouvent quelques éléments de modernité comme la cabine téléphonique réservée aux visiteurs et un couloir menant aux espaces ancillaires.

On accède alors à la salle à manger aux panneaux géométriques et au salon plus hétéroclite et d’inspiration espagnole. Dans le hall, les chambres et la salle à manger, les lignes épurées des années 1930 et le modernisme attestent de la sûreté de goût des époux. Chauffage central, sanitaires, tout témoigne de l’adoption des nouvelles technologies par ce couple hors norme.

Un somptueux escalier mène à l’étage et aux chambres des époux. Chacune est dotée d’une salle de bain très moderne. Celle de Madame, entièrement dorée, s’oppose à la sobriété de celle de Monsieur. Même le lémurien avait ses quartiers personnels. La garde-robe de Virginia a été en partie reconstituée.

Pour finir en beauté la visite, un charmant café se niche dans l’orangerie.