Londres victorien

Le 19e s symbolise l’apogée de l’Empire britannique et du Londres Victorien. Il se confond en effet pratiquement avec Le long règne de la reine Victoria (1837-1901).  C’est une période de grands changements économiques et sociaux avec l’entrée dans un monde dominé par l’industrie et le capitalisme. Dans Londres, la période correspond à l’âge d’or du West End mais aussi à l’explosion de la misère à l’est de la Ville.

Je vous propose de nous intéresser cette semaine aux splendeurs du West end et de reporter à une semaine prochaine les misères de l’East end.

On l’oublie souvent, mais le Londres que nous connaissons aujourd’hui est en grande partie victorien d’abord pour la taille mais aussi l’image. Y naissent en effet aménagements de la Tamise, mobilier urbain, voies de circulations et surtout de nouveaux quartiers. Les grands propriétaires bâtissent peu à peu le West End. Mayfair, Kensington sortent de terre autour des grandes constructions royales.

Nouveaux lieux de pouvoir :

– La construction de l’immense palais de Buckingham au centre de Londres dure plus d’un siècle.  Plusieurs rois y ont contribué : George IV, William IV. Cependant, Victoria sera la première à l’habiter. La construction, initiée par William Chambers, amplifiée par John Nash sera remaniée par différents architectes. Aston Webb déjà rencontré au Victoria & Albert et à l’église protestante y œuvra.  Du fait de ces agrandissements successifs, la construction, massive, est un peu indigeste

-Le Palais Saint James, laissé de côté en tant qu’habitation reste un lieu officiel alors que de nouveaux palais accueillent la famille royale. Ainsi en est-il de Kensington construit par Guillaume et Marie à leur arrivée de Hollande.

– Barry et Pugin reconstruisent le vieux Palais du Parlement, incendié en 1834 dans le style néogothique alors en vogue. Ils y adjoignent une tour destinée à abriter l’horloge : Big Ben.

– Downing Street qu’avait inauguré le premier premier ministre Robert Walpole devient emblématique de la Monarchie Parlementaire. Cette maison de style géorgien est agrandie au cours des mandats suivants jusqu’à occuper l’entière rue.

Nouvelles formes architecturales

Autour de ces grands chantiers royaux, les riches familles aristocratiques se mettent à bâtir, profitant de l’explosion démographique. Une fièvre spéculatrice s’empare de zones restées campagnardes. C’est que contrairement à Paris par exemple, l’ouest londonien n’est pas limité. Aucune Muraille ne vient entraver l’expansion de la ville. Les grands propriétaires fonciers peuvent s’en donner à cœur joie et de grandes sections se lotissent de manière ordonnée voire répétitive.

Terrasses, croissants et cirques

Suivant le modèle que John Wood a lancé à Bath, des crescents (croissants) s’ajoutent bientôt aux terrasses typiquement anglaises.

Les terrasses sont des alignement de maisons aux façades identiques, les croissants eux suivent une courbe. L’idée est d’affecter la forme du croissant de lune. La place dénommée circus s’inspire, elle, de la forme circulaire du soleil. Ces deux inventions adoptent une façade continue comme pour offrir aux locataires l’impression de vivre dans un palais.

Alignements et verticalité

Tous ces quartiers sont constitués de maisons individuelles de 2 ou 3 étages avec cour ou jardinet.

Les alignements de façades s’articulent ainsi autour de parcs ou squares. Dans les rues moins huppées, les maisons conservent les 2, 3 voire 4 étages mais occupent beaucoup moins de surface au sol. D’où l’impression de maisons verticales dans lesquelles chaque étage correspond à 1 voire 2 petites pièces.

Pour accueillir la domesticité, ces maisons conquièrent le sous-sol plus ou moins aveugle. En effet alors que Paris loge les serviteurs dans les combles, Londres les héberge dans les caves.

Nouveaux quartiers

Ce modèle urbanistique est alors déployé au travers de nouveaux secteurs de la capitale.

Nouveaux secteurs

Bloomsbury puis bientôt tous les quartiers ouest se parent de cet urbanisme novateur. Entre Regent Street et Buckingham Palace apparait le West-End. Mayfair en constitue un fleuron. Mais bientôt les villages de Kensington, Belgravia se transforment en quartiers huppés. Plus au Nord, le quartier de Marylebone ou celui de Fitzrovia rivalisent avec Bloomsbury.

Les grosses maisons de pierre y côtoient les maisons de briques noires. Jardins, squares, allées se multiplient pour aérer la vie de cette élite. Les nombreuses mews (étables, aujourd’hui maisonnettes très prisées) attestent des carrosses utilisés pour le transport de ces familles. Elles témoignent des encombrements de la capitale à la fin du 19e s. Les grosses familles s’enrichissent considérablement et donnent aux rues nouvellement crées les noms de leurs nombreuses familles. Les rues de Bloomsbury évoquent ainsi le duc de Bedford, aussi Marquis de Tavistock et baron Russel. On retrouve ses différents titres au travers des artères du quartier.

Jardins et parcs

Si les maisons sont éloignées de la rue par un jardinet ou un retrait, elles comportent également un petit espace de verdure à l’arrière. C’est que La ville victorienne s’aère considérablement. Des jardins publics ou privés mais communs s’ouvrent. D’immenses parcs sont créés.

Ceux-ci s’ouvrent principalement à l’Ouest de la capitale, pour le bienfait des classes aisées : Hyde park, Holland, Green St James, Holland Kensington. On en trouve également de plus en plus à l’extérieur de la ville dans les nouvelles zones conquises sur la campagne : Richmond, Greenwich, Highgate.