Henry Irwin

Henry Irwin est un architecte anglais. Le peu de documents à disposition ne permet pas de retracer une réelle biographie. Né en 1841, soit un an après son compatriote Chisholm il lui a survécu pour mourir en 1922. On les connait tous deux davantage à Madras que dans leur Royaume-Uni natal. Néanmoins rien n’atteste que les deux architectes se soient fréquentés. Ils se sont en effet succédé à Madras. Chisholm y créant sa légende avant de partir vers d’autres cieux. Au contraire, Irwin y arriva au sommet de sa gloire.

palais de Mysore salle du durbar

Apôtre du style indo-sarracénique, il est l’un de ceux qui ont le mieux illustré ce style emblématique du Raj. Auréolé de ses réalisations à Shimla (loge vice royale et théâtre), au Palais de Mysore, Irwin arriva à Madras pour y triompher.

Palais Mysore

Effectivement, il se lança dans une activité frénétique et orna la capitale de la Présidence de certains de ses plus beaux fleurons. Il participa ainsi à la construction de la Gare centrale, du musée d’Egmore, des cours de justice, de la Bibliothèque Connemara mais aussi de la Banque d’Inde sur North Beach Road.

theatre Shimla

Voici donc aujourd’hui quelques-unes de ses plus grandes œuvres dans la capitale du Tamil Nadu.

La Banque d’Inde

Sur la rue Rajaji Sali autrefois North Beach road, on compte parmi les plus beaux bâtiments du Raj. C’était en effet l’avenue de parade pour les visiteurs qui abordaient Madras depuis la mer. Pas étonnant que les plus grands noms s’y soient illustrés. Parmi eux, Henry Irwin auteur notamment de la Banque de Baroda devenue Banque de Madras puis Banque d’Inde.

Banque d'inde

Construite en 1896, dans le plus pur style indo-sarracénique, elle mélange les genres. Ce grand vaisseau de brique rouge représente une véritable prouesse architecturale. Elle s’inspire à la fois de l’architecture moghole mais aussi de la dentelle des façades vénitiennes ou génoises. On sent ici combien John Ruskin, a pu influencer les architectes coloniaux. Car son livre « les pierres de Venise » a constitué une source essentielle pour les artistes voyageurs en leur procurant un catalogue d’idées.

escalier de la Banque d'Inde, clairement inspiré par de sfacades génoises ou vénitiennes

On ne sait pas grand-chose de l’architecte. Fils de Pasteur il n’a pas forcément eu les moyens de pratiquer le Grand Tour pour y puiser un répertoire de formes et d’idées. En revanche, la circulation de l’ouvrage de Ruskin peut expliquer les références italiennes manifestes ici. Les escaliers à double entrée, les rehauts de plâtre blanc sur la brique rouge rappellent en effet les constructions de la sérénissime république de Venise. Pour autant, ces influences européennes, se mêlent avec élégance à des éléments Moghols. Les dômes et balcons rappellent en effet la cité abandonnée de Fatehpur Sikri, non loin d’Agra.

détails de la facade de la Banque d'Inde sur north Beach Road

North Beach Road semble ici traitée comme le grand canal de Venise. Voie d’accès, de parade, elle montre aux visiteurs ce que la capitale de la Présidence peut proposer de plus abouti. Construite en 1896, la façade symétrique est scandée de tourelles surmontées de clochetons (des chhatris) particulièrement harmonieux. Si les Américains contemporains avaient coutume de bâtir des cathédrales du commerce, Irwin a ici réalisé un véritable palais de la finance.

Facade de la Banque d'Inde, North Beach Road

Les Cours de Justice

A dire vrai, cet énorme complexe qui se situe sur les terres de la old town détruite par le siège français n’est pas l’œuvre d’un seul homme. Sur des plans de Chisholm, les différents bâtiments des cours de justice et de l’université de droit projettent leurs tours de briques telles des beffrois, clochers ou minarets. Initiée en 1862, la construction correspond au travail de divers architectes. L’université de droit sur la partie occidentale (la plus loin de la mer) compléta le projet à partir de 1899. Elle vit certainement Irwin y travailler, sur des dessins de Chisholm. En effet, les deux grands architectes se succédèrent dans la ville.

bâtiment d'angle des cours de justice

Bâties sur le modèle des cours de justice à Londres, elles remplacent l’architecture gothique de leurs ainées anglaises par ce style indo-sarracénique adopté par les colons après 1857. C’est en effet après la défaite des cipayes et le passage de la colonie des mains de la Compagnie des Indes orientales à la couronne britannique que ce style architectural s’affirma comme typique du Raj.

coupole cours de justice

Il est malheureusement quasi impossible, à moins de devoir passer en jugement, de visiter l’énorme campus. Il faut donc se contenter d’admirer les hautes structures et les dômes de loin et d’en deviner la majesté abritée par de hauts murs et des portes bien gardées.

Le musée

pignons du musée d'Egmore

Dans le musée d’Egmore, Irwin est l’auteur de trois des bâtiments les plus réussis. La National Gallery directement inspirée de Fatehpur Sikri, le théâtre copie assez fidèle du Royal Albert Hall et surtout la bibliothèque Connemara. J’ai déjà consacré quelques lignes à ces magnifiques lieux qui s’inspirent en fait plus de l’éclectisme victorien que du pur style indo-sarracénique. En dehors de la National Gallery, largement influencée par les réalisations des Maharajas, la bibliothèque et le théâtre nous ramènent dans la Londres de la fin du XIXème s. Plus précisément dans le quartier de Kensington.

Museum Theatre

Les frontons quasi néerlandais de la galerie d’archéologie et la forme caractéristique du théâtre copie quasi conforme du Royal Albert Hall, ne peuvent en effet pas nous faire oublier la provenance d’Henry Irwin. Pour autant, bercé d’influences italianisantes, celui-ci n’hésita pas à doter le théâtre d’une tour qui le faisait ressembler au Palazzo Vecchio de Florence. Détruite par son successeur, la tour comme la référence, ont laissé place à un édifice plus victorien que néo italien. Qu’importe puisqu’il avait pour but d’honorer l’élite britannique de la colonie.

National gallery

Longtemps inaccessibles, ces trois édifices se visitent à nouveau. Pour le théâtre, le plus simple est d’assister à une représentation . La National Gallery se visite. C’est même avec la galerie des bronzes cholas la seule section à ne surtout pas manquer. Quant à la bibliothèque, il convient de rentrer dans le bâtiment des années 1970. Une fois au premier étage ,au fond de la salle des Périodiques, une toute petite pancarte indique le passage quasi caché pour se rendre à la bibliothèque homonyme. Parvenu au débouché d’un long dédale, quelle récompense néanmoins que ces vitraux éclairant des rayonnages de bois massifs.

plafond de l'ancienne bibliothèque Connemara

Mumbai

Je vous propose aujourd’hui de partir à la découverte de Mumbai. Cette énorme cité de plus de 20 Millions d’habitants ne se découvre pas en un seul jour. Aussi je consacrerai une petite série avec des choix tout personnels pour vous faciliter la visite.

Victoria Station Mumbai

Si vous n’avez qu’un seul jour à consacrer à Mumbai, autant ne pas manquer l’essentiel. Le centre historique abonde en lieux remarquables, pour la plupart inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Cette zone, au sud de l’immense mégalopole, s’explore à pied ce qui vous évitera de chercher un taxi et rester des heures coincées dans l’effroyable circulation.

 Gateway of India et Taj

Gateway of India

Le bâtiment victorien de l’hôtel Taj et l’arche symbolisent une occupation coloniale révolue. La grosse porte commémorait à l’origine l’arrivée, en 1911, du prince de Galles, futur George V. Elle correspond aujourd’hui pour les Indiens au départ définitif des colons, en 1948. La foule est compacte le soir dans l’enclos qui entoure le monument, joyeux pastiche de l’arc de triomphe, d’une maison mauresque et d’influences Gujarati. De la pointe, on aperçoit la façade néogothique de l’ancien Yacht club établi en 1846, construit 35 plus tard et aujourd’hui occupé par le centre de recherche atomique. Bien que gâchée par la tour disgracieuse qui sert d’annexe à l’hôtel Taj, la meilleure vue est celle du ferry que l’on peut emprunter pour se rendre à Elephanta Island.

L'Hotel Taj

Oval Maidan

bâtimentsnéogothiques sur l'oval Maidan

La promenade architecturale sur l’Oval Maidan est un vrai musée à ciel ouvert. Construit sur une partie du Champ de Mars ou Esplanade, il reliait la zone du fort à celle de Church Gate et de la mer.

On découvre sur le côté Est de cette immense terre-plein herbeux, assez similaire au circus maximus de Rome, une succession extraordinaire de bâtiments néo gothiques. La Cour de Justice et l’Université illustrent l’inventivité et la diversité victorienne. Il y a là un véritable précis à faire frémir de joie John Ruskin, grand amateur des pierres de Venise.  Des escaliers en colimaçon tirés tout droit du Bovolo voisinent avec des vitraux typiques des cours de justice londoniennes ou des grandes universités britanniques. Au centre le grand clocher, Rajabaj Tower n’est pas sans évoquer les campaniles italiens ou les clochers gothiques de nos contrées.. L’homogénéité de ces bâtiments publics victoriens explique leur classement au patrimoine mondial de l’Unesco.

bâtiment de l'université de Mumbai, parfaite réplique du Bovolo de Venise
beffroi de l'Université de mumbai

L’autre côté du Maidan est occupé par des immeubles art déco. J’en reparlerai prochainement. Non loin du Maidan, la fontaine de Flore marque l’emplacement des murailles britanniques.

Horniman Circle

Horniman Circle Mumbai décrit un crescent très britannique

Du Maidan, on rejoint facilement à pied le port avec son impressionnante façade. On passe alors devant l’Eglise st Andrew et l’Oriental Building. On atteint enfin le superbe Horniman Circle. Celui-ci nous ramène dans le Londres de la fin du XIXème siècle. Avec ses immeubles qui suivent la courbe de la place arrondie, elle rappelle les plus belles créations urbanistiques anglaises.

société asiatique, facade néoclassique. Mumbai

La référence anglaise est poussée au bout avec le jardin central fermé d’une grille. Cette jolie place donne d’un coté sur l’ancien hôtel de ville, aujourd’hui société asiatique de Mumbai conçue à la base comme société littéraire. Ce bâtiment néo-classique juché sur un socle d’une trentaine de marches, affecte le style d’un temple grec. De l’autre côté de la place, la Cathédrale Saint Thomas propose, elle, un bel exemple néogothique. Elle s’inspire assez nettement de Ste Margaret, dans le quartier de Westminster à Londres.

Victoria terminus

Gare de Mumbai intérieur

Dans la même veine victorienne, la gare Chhatrapati Shivaji Maharaj Terminus, ex Victoria Terminus est un véritable chef d’œuvre. Ce bâtiment à l’ossature métallique ressemble à une cathédrale gothique. Le contraste avec la cohue le long des quais de cette énorme bâtiment industriel est saisissant. Le pastiche extérieur est incroyable. L’architecte n’a pas hésité à mêler la façade de Sainte Marie des fleurs à Florence à celle de Saint Pancras à Londres. Un joyeux mélange des genres rendu splendide grâce aux illuminations vespérales.

victoria terminus, le soir, Mumbai