Temples Tamouls

Pourquoi un article général sur les temples Tamouls ?  C’est qu’à Chennai, on en trouve à tous les coins de rues et leur aspect est typique du Tamil Nadu. Alors quelles en sont les caractéristiques ?

Je commencerai par insister sur le fait que je vais parler ici d’édifices religieux. La deuxième remarque concerne le style dravidien original et originaire du sud de l’Inde. On peut par exemple l’opposer au style Nagara recnotré au nord du Deccan.

Parler des temples Tamouls oblige à s’intéresser à la religiosité exacerbée du sud de l’Inde et à l’identité revendiquée des Tamouls.

Caractéristiques architecturales des temples tamouls

Les temples du sud empruntent à la tradition dravidienne. Leur forme dérive globalement des époques Pallavas (VIIème au IXème siècles de notre ère) et Cholas (X/XIII-ème siècles). Ils connaissent alors une large expansion. Leur forme évolue un peu jusque vers le XVIe siècle. Elle se fige alors sous les Vijayanagar.

 Voici les éléments principaux que l’on retrouve dans les temples du sud :

-La Gopuram

La plus caractéristique est la Gopuram. C’est une grande pyramide qui sert de tour et de porche d’entrée. Au Tamil Nadu elle se compose d’une base de granit, d’étages de stuc abondamment sculptés et colorés, repeints très régulièrement. D’ailleurs les temples indiens sont refaits fréquemment. La préservation historique n’est pas vraiment la priorité ici. La partie sommitale affecte la forme du chariot utilisé pour promener les dieux lors des festivals. Les plus grands temples disposent de plusieurs Gopurams aux points cardinaux. Avec le temps, les Gopurams, bien que plus récentes sont devenues plus imposantes que la Vimana.

-La Vimana

Plus compacte, la Vimana est souvent monolithique. Elle recouvre et protège le saint des saints (garbha griha)) où se trouve la divinité du temple. Pyramidale, ou en forme de bulbe, elle est beaucoup plus petite que dans les temples du Nord (shikharas) et souvent dominée par les Gopurams.

-Les mandapams

Ce sont des portiques à piliers précédant le ou les sanctuaires, un peu comme les pronaos dans des temples antiques ou des narthex dans les églises. Les piliers dravidiens sont eux même particuliers, carrés et décorés de divinités. Les fidèles se réunissent dans ces salles hypostyles. Ils peuvent y faire causette, voire y manger le pongal servi dans des grandes bassines. Ils peuvent aussi y avaler les friandises vendues dans les boutiques à l’intérieur du temple.

-Les enceintes quadrangulaires

Des murs entourent le temple. Au sommet des murs, des sculptures animalières évoquent le dieu honoré dans le temple. Dans les temples tamouls il s’agit souvent de Ganesh ou de Nandi (pour Shiva). Des dwarapalakas –  ou gardiens doubles veillent devant l’entrée du sanctuaire. Des  goshtams – divinités sculptées dans des niches- entourent le sanctuaire. Parmi les sculptures, les temples tamouls abondent en lingam, représentant Shiva. Ceux ci affectent une forme phallique. Il s’agit le plus souvent de monolithes de pierre sombre, voire noire.

-Le Bassin

Un réservoir est consubstantiel au temple. Outre la présence de l’eau, on retrouve dans les temples tamouls les autres éléments feu, air, terre. Ceci concerne tous les temples hindous. Au Tamil Nadu néanmoins, le bassin du temple fait souvent office de réserve d’eau pour toute la communauté.

Des caractéristiques cultuelles

Au-delà des particularismes architecturaux, les rituels présentent quelques particularités au Tamil Nadu. Ce même s’ils s’inscrivent dans la logique de l’hindouisme.

 Les divinités gagnantes des temples tamouls

Ainsi le sud honore plus particulièrement certains dieux

  • Shiva est le champion du sud mais un Shiva père de famille, serein et aimable assez éloigné du jeune ermite fougueux et chevelu du nord. Autour de Shiva, la sainte famille constituée de Parvati et des enfants Ganesh et surtout Murugan est honorée.
  • Ganesh fait l’objet d’un culte tout particulier. Il est présent à chaque entrée de temple et dans une multitude de petits autels à chaque coin de rue pratiquement. Plus encore Murugan son frère est LE dieu du Sud.
  • Les dieux sont représentés par leurs attributs ou véhicules, nandi, lingam pour Shiva, souris de Ganesh. Ce qui explique aussi la présence des animaux au sein des temples. Je ne parle pas ici seulement des singes abondants en Inde mais des étables dans les temples à Shiva, des éléphants dans les temples consacrés à Ganesh.
  • Chaque temple est constitué d’une multitude de sanctuaires consacrés chacun a une forme ou une caractéristique du Dieu. Chacun de ces sanctuaires est gardé par un prêtre ou plusieurs qui y pratiquent les bénédictions et y recueille les offrandes. Darshan. Pooja et prières sont en effet les 3 rituels principaux pratiqués dans les temples. Encore faut-il préciser qu’il n’y a pas UNE pratique dans cette religion non révélée.

Abondance des temples tamouls

A Chennai, on trouve une multitude de temples. Peu sont connus comme celui de Kapelashewar.

 Ou celui de Triplicaine, le plus ancien. A Parry’s corner, le plus connu est un temple double à Vishnu et Shiva. Mais ces arbres cachent la forêt des très nombreux temples de Chennai.

Le plus grands rappellent le village dont ils marquaient le centre. D’autres très nombreux, modernes attestent de la croissance de la ville. A cette pluralité de temples s’ajoutent les petits sanctuaires de rues, les autels domestiques ou de quartiers.

Les temples tamouls sont toujours extrêmement colorés et bruissants. Leur fréquentation s’intègre totalement au quotidien des habitants. On va au temple le matin avant de partir travailler et pour tout évènements familial ou professionnel.

Tout autour des temples, une multitude de petites échoppes vendent des fleurs de jasmin ou des œillets, des noix de coco du ghee pour les offrandes. On peut également acheter des petits berceaux, pour les couples en désir d’enfants, ou des cordons rouges ou jaune pour les gens en mal de partenaire de vie.

Panthéon

Panthéon Road évoque aujourd’hui à Chennai le Musée d’Egmore et le marché aux tissus. Néanmoins le reste du quartier est résidentiel. Il n’en a pas toujours été ainsi.

photo ancienne du theatre du musée avec sa tour

 Egmore était l’un des plus vieux villages composants l’actuelle ville. Au XIes, c’était une zone agricole prospère. Les Vijayanagar transformèrent peu à peu les champs de riz en des champs de manœuvre. Au XVe siècle alors que leur empire s’étendait, ils firent de Egmore un cantonnement pour leur garnison. Peu de traces attestent de l’arrivée de la East India Company au XVIIème siècle. En revanche la soif de terres britannique est vite attestée.

Les bords de la rivière Coom

Le quartier passa entre les mains des Anglais et des Moghols. Ce, jusqu’ à ce que les colons officialisent en 1765 leur possession et définissent quoi faire de ces terres. Cette zone plane en bord de rivière se prêtait à la construction de grands bungalows aux allures palatiales.  Le nom anglicisé de Egmore pour les 7 villages regroupés s’imposa alors. Malgré les protestations des locaux accrochés à leurs terres, les colons gringotèrent peu à peu l’espace. Les fonctionnaires et juristes s’y installèrent au XVIIIe puis au XIXème siècle en construisant hôpitaux, institutions puis gare.

La Cooptex

Des belles constructions en bordure de la Coom river il ne reste rien. La longue étendue près du pont correspondant autrefois à une seule résidence n’est plus. Qui plus est, les bureaux art deco de la Cooptex viennent malheureusement de disparaitre. Seul subsiste le magasin, témoin d’une coopérative montée en 1933 pour aider les tisserands tamouls, exposer et vendre leurs cotons.

 Le magasin reste une référence locale pour le linge de lit. C’est ici qu’a été inventé le « bleeding Madras » si en vogue aux Etats-Unis dans les années 1970. Malheureusement la coopérative fit faillite à la fin des années 1990. La nouvelle génération, qui a pris la direction, a décidé de moderniser les boutiques et collections. Elle a pour but de faire revivre les savoirs faire ancestraux. Un centre commercial est prévu ici pour redynamiser le quartier et les cotons tamouls. Rare clin d’œil au passé textile, Cotton Street bordée d’échoppes éphémères reste la référence des tissus bon marché.

La rue du Panthéon

Les noms des rues portent traditionnellement le nom d’officiels britanniques voire tamouls. La rue du Panthéon fait exception. Elle rappelle le lieu public des assemblées. Elle s’appelle en fait Sampath Salai depuis l’Indépendence.  Mais les habitants continuent à parler de Panthéon, en référence à un édifice disparu, vaste palais officiel accueillant les cérémonies du Raj.

Celui-ci constituait le plus grand bâtiment de la rue, à l’emplacement actuel du musée. Il servait de salle de spectacle, accueillait les réunions de la haute société ou les cérémonies. Pour le construire, on avait pris possession d’un vaste domaine agricole. Celui-ci s’étendait de  Casamaijor’s Road à Police Commissioner’s Office Road. La propriété reprise en1789 fut transformée pour héberger des « Assembly rooms » et nommée Panthéon.

Ce Panthéon avait pour but d’organiser loisirs, bals et dîners, pour la haute société coloniale qui imitait la vie anglaise. A l’époque la mode était au monde Gréco-romain. Tout y faisait référence, l’architecture, le mobilier, les pièces de théatre . On ajouta donc un théâtre des salles de jeux. Quelques marches menaient à une longue salle ovale menant en enfilade à deux autres salles. Celles-ci servaient de salle de bal, de théâtre, puis de salle de jeux. Tout autour, courait une véranda.

le bâtiment subsistant du Panthéon

Le Panthéon

Le Panthéon atteint son apogée entre 1793 et 1803 lorsque Edward, 2nd Lord Clive était Governeur de Madras. Ce bon vivant organisa des diners et bals au Panthéon. Mais il travailla à la perte du lieu en construisant le Banqueting  Hall (maintenant Rajaji) . rare survivant de l’epoque du Raj on peut le découvrir caché derrière l’hôpital général.

 L’un des derniers grands évènements célébrés au Panthéon fut le diner d’adieu pour le Coonell Sir Arthur Wellesley, franc maçon et futur duc de Wellington et 2 fois PM d’Angleterre.

Dans les années 1820, le Panthéon avait perdu toute utilité. Il passa de mains en mains jusqu’à ce que la Madras Litterary Society se mette en quête de nouveaux espaces pour ses collections. Elle proposa au gouvernement d’échanger les terrains de College house et du Panthéon pour loger d’un côté les douanes de l’autre le musée. Celui-ci croissant il fallut construire de nouveaux bâtiments. Ceux-ci cachèrent bientôt le Panthéon l’entourant de portique et d’un étage supérieur et d’ailes.

Le Panthéon agrandi et transformé

L’enceinte du musée

Le Banqueting Hall

Derrière le théâtre du Musée, un portail relie la bibliothèque historique Connemara et le bâtiment du musée consacré à la statuaire de pierre. Une partie du bâtiment aux accents classiques correspond à l’ancien Panthéon. Il faut monter une volée d’escalier pour accéder à ce qui rassemblait la belle société de la Madras coloniale. Le bâtiment accueillit peu à peu les collections croissantes du musée.

Encourageant les donations, ce musée grossit sous l’impulsion d’un collectionneur passionné, Lord Balfour. Il fallut rapidement agrandir le musée. Le zoo attira une foule considérable et finit par bouger en 1863 vers le People’s Park puis à nouveau en 1972. Sur l’espace libéré on construisit alors la Connemara Library

La bibliothèque

Batie en 1890 cette bibliothèque présente un de plus beaux exemples d’architecture indo-sarracénique avec la National art Gallery voisine. Il s’agit d’un simple rectangle de brique rouge mais la décoration en est admirable. Elle est malheureusement aujourd’hui fermée au public mais on peut apercevoir la salle de lecture via le a nouvelle bibliothèque et son magnifique faux plafond.

le théâtre

Le théâtre fut construit en 1896. J’ai déjà accordé un article à cette petite merveille architecturale très londonienne. A l’époque 550 spectateurs pouvaient y prendre place pour peu qu’ils amènent leurs coussins. Aujourd’hui, après restauration, le théâtre n’accueille plus que 450 personnes. En revanche l’acoustique reste bonne. Les performances laissent néanmoins parfois à désirer (je recommande d’éviter les concerts de musique classique).

A l’origine le théâtre avait 2 tours qui ressemblaient à des tours de palais florentin. Mais ces tours jugées inélégantes disparurent rapidement.

La National Gallery

Considérée comme le chef d’œuvre de l’architecture coloniale elle fut édifiée pour le jubilée de la reine victoria (50 ans de règne) en 1906. Le Victoria Institute qui y logeait se trouve maintenant sur Mount road. Elle représente l’apogée du style indo-sarracénique et s’inspire de Fatehpur Sikri. Réouverte en 2004 elle présente une muséographie renouvelée.

Le women hospital

On avance sur Panthéon rd vers Women Hospital, l’Hôpital de gynécologie et obstétrique. Il s’agit du premier hôpital de ce genre, une maternité, dans la zone.  A l’origine, hôpital militaire, il n’acceptait que les Européens. John Underwood essaya d’y faire admettre les locaux. Il devint très populaire et fréquenté dans les années 1870. Dans la décennie suivante, apparurent les premières sages femmes. Déplacé des bords de la rivière à l’emplacement actuel, il jouait aussi le rôle d’établissement de formation, et de conférences. Il était si renommé que la reine de Birmanie y accoucha en 1886. 15000 bébés/ an y voyaient le jour. Un petit musée complète l’ensemble. Seule la façade demeure de cette vénérable institution. C’est le premier établissement en Asie combinant les soins pour les enfants et les mamans. On parle d’ailleurs du modèle de Egmore.

Hôtel Ashoka

Non loin de la maternité, en traversant la rue Panthéon, se trouve l’hôtel Ashoka. Construit dans les années 1970 il a profité d’ un élan gouvernemental pour accompagner le tourisme grâce à des aides d’état. Cet hôtel art déco tardif affecte une forme originale. Sa salle à manger ronde servait régulièrement de lieu rencontre entre Indiens de l’étranger en vue d’un mariage. L’hôtel moderniste se situe dans un jardin. C’est une bonne expérience que d’y prendre un petit déjeuner pour clôre votre approche de Panthéon Road.

Raj Bhavan

Les Raj Bhavan sont les palais des gouverneurs à l’époque du Raj. Récupérés par le pouvoir fédéral, ils sont aujourd’hui l’émanation du gouvernement indien dans les différents états de l’Union. De ce fait, il est compliqué de les visiter. Au hasard de rencontres, j’ai eu la chance néanmoins de visiter celui de Chennai.

Raj Bhavan en Inde

D’une manière générale, les palais (Bhavan) de l’Empire des Indes (Raj) ont été construits durant la période coloniale.  Ce sont donc des bâtiments coloniaux blancs à colonnade de style néo palladien, typiques de la domination britannique et de l’architecture idéologique déployée par le Royaume Uni à son apogée.   

Même si leur architecture varie un peu selon les régions et surtout les climats, ils adoptent traditionnellement la même esthétique. De magnifiques jardins les entourent.

Ils sont en général situés dans les lieux les plus beaux et centraux des capitales régionales du Raj. Ainsi à Ooty, le Raj Bhavan domine le jardin botanique. A Pondichéry, il se trouve sur la place centrale dans la ville blanche en face du jardin public. A Chennai en revanche, on ne le voit guère. Il se situe en effet au fond d’un énorme parc, le seul parc national indien au centre d’une ville.

Chaque capitale de province de l’Empire possédait son Raj Bhavan. Néanmoins, la Présidence de Madras comptait une résidence d’été. C’est pourquoi, le Tamil Nadu compte un Palais du Gouverneur à Madras et un à Ooty. C’est également la raison pour laquelle, le Bhavan de Calcutta, alors capitale du Raj, est considéré comme le plus grandiose.

Raj Bhavan de Chennai

Résidence officielle du Gouverneur nommé par Delhi, Le Raj Bhavan de Chennai occupe un lieu naturel d’exception. Il symbolise également le pouvoir fédéral dans un Etat qui lui est traditionnellement averse. Le gouverneur s’oppose en effet souvent au Chief Minister élu par la population locale. De ce fait, le Raj Bhavan correspond à un lieu inféodé au pouvoir central pour beaucoup de Chennaiotes.

Le bâtiment recouvert de plâtre blanc comme la majorité des constructions administratives anglaises, ne se voit pourtant guère de la rue. Il se situe à Guindy. La zone était un peu excentrée à l’époque du Raj car il s’agissait d’une résidence secondaire et extérieure proche des lieux de loisirs. L’hippodrome et le golf permettaient à la haute société britannique d’y couler des jours heureux.

Histoire du Raj Bhavan de Chennai

 Le premier Raj Bhavan se trouvait en effet dans Fort St George. Il fut bâti dans les années 1640 détruit en 1693. La reconstruction s’effectua un peu plus à l’est, L’édifice devint le cœur de ce qui allait devenir le secrétariat. Après le départ des Français en 1746, le gouverneur acquit une « garden house ». Elle allait devenir « Government estate ». Le Gouverneur Munro (1820-27) en fit une résidence officielle et transforma Guindy Lodge , alors sa  maison de campagne, en Raj Bhavan.

 Guindy Lodge remontait au mandat de William Langhorne au début des années 1670. A son départ, le gouverneur vendit la propriété au marchand Chinna Venkatadri. Celui-ci en fit lui-même cadeau à la Compagnie des Indes orientales.

Après le passage des Français au XVIIIe, la maison de campagne « Guindy Lodge » passa en des mains privées. Au début du XIXes, elle appartenait à M Ricketts. Quand celui-ci décéda en décembre 1817, la propriété gagée passa sous le contrôle de la banque. Cette dernière l’offrit au gouvernement Ce dernier acquit également le terrain adjacent d’un marchand arménien Joseph Nazar Shawmier. Puis en 1821, un 3e achat fut conclus.

Le lieu reste étonnant dans l’immense et chaotique métropole. Guindy fait aujourd’hui complètement partie de la ville tentaculaire. Si les jardins disparaissent peu à peu tout autour, le Raj Bhavan a réussi à conserver son énorme parc, classé Parc National. C’est d’ailleurs le seul du genre en pleine ville. Dans sa continuité, le zoo, les monuments funéraires aux diverses gloires locales et le campus de IT Madras, assurent un énorme poumon vert à la ville.

On circule d’ailleur en petit train autour de la Résidence du gouverneur, des nombreux bureaux et bâtiments. Il n’est pas rare de croiser des biches courant entre les différents édifices officiels.

Depuis le Covid il est quasi impossible de visiter pour les non indiens non scolaires mais vous pouvez essayer.

Les bâtiments du Raj Bhavan de Chennai

Lorsque Guindy Lodge devint la résidence de campagne officielle du Gouverneur de la Présidence de Madras elle ne comptait que 3 édifices d’un étage. Lord Elphinstone conduisit diverses campagnes de reconstruction et agrandissements entre 1837 et 1841.  Il ouvrit également Taluk office road pour relier la propriété à Mount rd (Anna salai). Le bâtiment finit par acquérir sa forme actuelle en 1863. Les derniers ajouts remontent à 1937.

Après l’Indépendence, les terres furent partagées à des fins publiques. On peut ainsi voir le campus de l’Institut indien de technologie, le parc aux serpents, le parc pour enfants. Le long de la rue, des mémoriaux à Gandhi, Kamaraj et Rajaji voisinent avec le centre de Cancérologie. En 1958 près de 625 acres furent transférés au département forestier du TN. En 1977, 88a furent ajoutés à ce parc national.

Aujourd’hui, l’ensemble résidentiel est clôturé et comprend la demeure du Gouverneur, le bloc présidentiel et le Bharathiar Mandapam ainsi qu’un jardin magnifique avec des espaces de gazon, des parterres de fleurs et des vergers. On trouve d’autres bâtiments historiques, tels que la White House, le Cottage, The Nook, le Secretariat du gouverneur, et le bureau.

Le Raj Bhavan est un assemblage de bâtiments d’époques diverses dans un parc où coexistent des espèces rares de faune et flore.

Autour de l’Inde

Autour de l’Inde, il y a beaucoup à voir et découvrir. Si vous n’en pouvez plus de la saleté, du bruit et que vous désirez changer d’air Chennai est bien relié à l’intérieur mais aussi à l’international. Sans aller jusqu’à Londres ou Francfort, il y a de quoi s’amuser et se dépayser à l’est et à l’Ouest autour de l’Inde.

Le trajet pour Colombo dure à peine 1h alors que 3h30 suffisent pour rejoindre Bangkok ou 4h la Malaisie. Il faut beaucoup plus de temps en revanche pour se rendre au Népal ou en Birmanie depuis Chennai, faute de vol direct. Oublions le Pakistan ou la Chine quasi inaccessibles. En revanche, Dubai ou Abu Dhabi ne sont qu’à 4h30 de vol et permettent de relier une grande partie du monde. Alors c’est décidé ce week-end, on voyage autour de l’Inde !

La péninsule malaisienne si proche

En changeant de pays pour la péninsule malaisienne, on se sent à la fois dépaysé et en territoire connu. Connu car Singapour comme la Malaisie reconnaissent le tamoul comme langue officielle au même titre que l’anglais ou le malais.

Batu Cave Malaisie, le Ramayana

Connu parce que l’hindouisme y est présent mais aussi les légendes et mythes fondateurs, fondés sur le Mahabarata. Si la Thaïlande ne reconnait comme langue officielle que le thaï, l’écriture s’appuie, elle, sur l’héritage pali. Elle utilise une logique similaire à celle de l’alphabet tamoul, a priori car je ne parle rien de tout cela. Le fait de le savoir ne rend ni bilingue ni alphabétisé. En revanche ces influences culturelles donnent un fond commun qui justifie pleinement toute excursion depuis l’Inde.

Ces 3 pays sont à la fois proches géographiquement et très différents matériellement. Tout y semble propre, moderne, organisé et facile. A Singapour on se sent projeté directement au 22ème siècle. Le choc est accentué par les prix et le niveau de vie. La Malaisie propose une alternative intermédiaire. La vie y reste bon marché, mais les infrastructures n’ont rien à envier au monde occidental. On peut loger dans des hôtels de luxe et se régaler dans de ravissants endroits pour 3 fois rien. Les locaux se montrent adorables. Les paysages sont magnifiques et pas encore trop abimés par le tourisme sauf dans certains endroits comme les Cameron Highlands.

La Thailande quoique innondée par le tourisme (et quel tourisme) reste une des meilleures destinations. Le pays est d’une beauté à couper le souffle. L’hospitalité y est d’un professionalisme haut de gamme. Les prix demeurent plus que corrects. Et il y en a pour tous les goûts, entre les plages magnifiques mais surexploitées, les villes superbes, le patrimoine historique et artistique unique. Car la Thailande reste le seul pays d’Asie à n’avoir jamais été envahi.

De Chennai, des vols permettent également de se rendre à Bali, Dakkha voire Hong Kong en 5h30, un peu long pour un simple week-end.

A l’Ouest, du nouveau

Pour un vrai bain de modernité, voire de luxe, nombre d’Indiens et d’expatriés partent du côté des Emirats. En moins de 5h de vol direct les voila propulsés à Dubai, Sharjah, Bahrain ou Doha. A vrai dire, ces vols servent surtout aux NRI. Ces Indiens travaillent en effet à l’étranger où ils payent leurs impots et jouissent d’un statut spécifique. La nationalité indienne n’étant pas cumulable, l’Etat a inventé toute une série de statuts pour les Indiens, nés vivant, étudiants ou résidant à l’étranger. Ces flux expliquent également la cadence des vols pour l’Arabie Saoudite. Pas sûre néanmoins que la destination attire véritablement les touristes pour le moment.

En revanche, Chennai jouit de liaisons directes avec Oman et l’ile Maurice. De quoi changer d’air sinon de température. Si les Emirats offrent des expériences urbaines et désertiques incroyables, Oman jouit de paysages fantastiques. Il y en a donc pour tous les goûts. Les amoureux d’art pourront se pâmer au Louvre d’Abu Dhabi ou au MIA de Doha. Les adeptes de sport pourront profiter de la politique qatarie et aller applaudir leurs idoles à l’open de tennis ou aux courses automobiles. Les amoureux de désert eux se régaleront dans les dunes de Dubai et du Qatar. Ceux qui préfèrent découvrir des paysages sublimes ou nager avec les tortues seront ravis dans la péninsule de Musandam ou le reste d’Oman.

« Les Indes »

Nos grand parents évoquaient avec un brin de nostalgie « les Indes ». Cet article vous propose un regard rapide sur la diversité indienne. Surtout, il vise à proposer quelques échappées à moins de 3h d’avion de Chennai. De quoi passer un joli week-end ou de petites vacances.

A 1 heure de Chennai, le nord du plateau du Deccan

Autour du Tamil Nadu, il y a d’abord, tout le plateau du Deccan avec des villes fascinantes. Ainsi, Hyderabad ou Mysore à 1 heure de vol nous projettent dans un cadre bien distinct. Car les Moghols ont conquis et gouverné cette zone. Ils y ont laissé des témoignages visibles, dans l’art mais aussi la culture populaire et la façon de vivre. L’architecture et la population y diffèrent totalement de celles du grand sud, en l’occurrence du Tamil Nadu ou du Kerala. A Hyderabad, les vestiges mogholes nous transportent dans le monde fantasmé des 1001 nuits. La nature diffère également avec des forêts denses que l’on découvre dès le Nord du Tamil Nadu.

Tombe Paigah à Hyderabad

L’Inde du Nord

Taj Mahal

On peut aussi pousser plus loin vers le Nord du pays et se donner l’impression de changer complètement de monde. Les langues, les peuples y diffèrent. L’histoire même du Nord n’a rien à voir avec celle du sud. Elle est marquée par de nombreuses invasions. Aryens, Moghols notamment qui ont épargné une grande partie de l’Inde dravidienne du Sud. La colonisation britannique y a souvent laissé une trace plus profonde. Souvent plus marqué par l’occident, le Nord correspond davantage à l’image d’Epinal que l’Occident se fait du pays. Une Inde multicolore, surpeuplée, miséreuse. Mais là encore il conviendrait de parler d’Indes plurielles.

temple de rue Varanasi

Cette Inde axée autour des grands fleuves ne ressemble que de loin à l’Inde du sud. Celle-ci est à la fois plus technologique et plus conservatrice. Ainsi c’est à Bengalore et Hyderabad que se concentrent la haute technologie et la créativité informatique du pays. En revanche, à Chennai, on trouve les industries innovantes. C’est aussi à Chennai que les familles restent le plus viscéralement attachées à leurs traditions. Et notamment à leur gastronomie basée sur le riz. On pourrait ainsi opposer une Inde du riz au sud à une Inde du blé au nord.

Ouest, Est, une autre Inde

Troisième option, les territoires autonomes comme Andaman, Chandigarh ou Pondichéry ou carrément les pays proches. L’Inde contemporaine se compose en effet de 28 Etats et 8 territoires. Je n’ai pas eu l’occasion de tout visiter. En revanche, je me suis ingéniée à systématiquement écrire sur les différents lieux où je me suis rendue.

On oppose généralement le Sud (du Dekkan) et le reste du pays. Certains voyagistes rangent même Mumbai dans le sud. Si cela ne parait pas aberrant sur une carte, c’est singulièrement méconnaitre l’histoire et la culture du pays. La scission s’effectue ici entre Inde dravidienne et le reste du pays de culture majoritairement hindi. Pourtant ce grand nord n’est pas non plus homogène. Entre le delta surpeuplé du Gange ou le Punjab, s’étend un continent de différences. Entre l’est et l’ouest mais surtout entre les côtes et les montagnes, le terme pluriel ancien des « Indes » se justifie pleinement.

Chandigarh, Capitole

Les états de montagne

A ne penser qu’à Varanasi, ou au Rajasthan, les voyageurs en Inde oublient souvent l’importance de la montagne. L’Etat fédéral qualifie pourtant de montagneux 13 des 28 Etats fédéraux. Outre les Himalayas, puisque l’Inde appréhende la chaine dans sa pluralité, on compte 6 autres chaines sur le sous continent. Les Western, Eastern Ghâts, et les massifs des Vinhya et Saptura au Nord séparent clairement le plateau du Dekkan et individualisent le sud de l’Inde. Les Aravalli surplombent la ville de Jaipur et s’étendent jusqu’ au Gujarat, et Le Karakoram au Kashmir isole le pays de ses voisins.

la montagne autour de Shimla

Dès lors, on ne s’étonne pas du nombre d’états dits de montagne. Et je ne parle pas des 7 soeurs, et de leur frère, le Sikkim, ces états de l’extrême est séparés de l’Inde « de l’intérieur » par le Bengladesh. Leur population, aux traits asiatiques, n’a rien à voir avec celle des Etats dits centraux. Leurs traditions, leur culture les rapproche du Bhoutan et de la Birmanie.

Comme on le voit sans avoir à se préoccuper de visas ou autre paperasserie administrative on peut rester en Inde et changer de monde du tout au tout.

Sarnath

  Sarnath se situe sur la route de l’aéroport à Varanasi, Même si le site a passablement été reconstruit il est fondamental dans l’histoire du bouddhisme.

Sarnath site archéologique

Importance historique du site (pourquoi s’arrêter à Sarnath)

Soyons honnête si vous ne connaissez rien au bouddhisme et que vous n’avez rien envie de connaitre, vous pouvez passer votre chemin. Les vestiges ont passablement été reconstruits et il faut pas mal d’imagination pour reconstituer le site. A défaut, un excellent guide extrêmement pointu sur le bouddhisme pourra vous éclairer. En l’occurrence vous devez maintenant avoir compris ma défiance à l’égard des guides locaux. Leur recrutement tient davantage à leurs performances linguistiques qu’historiques.

En revanche si vous vous intéressez vraiment au bouddhisme, ou que vous voulez en apprendre un peu, l’arrêt s’impose.

pagode

Car Sarnath est le lieu du premier discours du Bouddha. Je ne vous ferai pas l’injure de revenir sur la vie et l’œuvre de Siddhartha Gautama au Ve s iècle avant notre ère.

Sarnath est donc un peu au Bouddhisme ce que Jérusalem est aux chrétiens. Plus encore, le lieu fait partie des 4 grandes étapes obligatoires pour tout pèlerin. Né à Lumbini, le Bouddha parvint à l’éveil à Bodhgaya avant donc de faire son premier grand sermon à Sarnath. Il voyagea ainsi entre l’actuel Népal, le Bihar et l’Uttar Pradesh, dans une zone géographique relativement limitée. A Sarnath mais aussi Kushinagar où il délivra son dernier sermon avant d’atteindre l’’etat de Mahaparinirvana. C’est ici  qu’il forma ses Sangha (disciples) et les envoya au travers du monde.

Si le bouddhisme est aujourd’hui minoritaire en Inde, il y est pourtant né. Il s’est certes davantage diffusé vers le sud-est (Sri Lanka) et l’extrême Orient (Chine Japon). Mais il est revenu dans le nord de l’Inde vers le XIème siècle via les moines tibétains.

Sarnath est aussi l’endroit se trouve un des piliers d Ashoka avec 4 lions dans chaque direction. Car le grand empereur Maurya ressuscita ce site clé du bouddhisme au IIIème s. Il s’agit donc d’un double lieu essentiel au bouddhisme.

Que visiter/ comment

La petite ville de Sarnath contient plusieurs sites. Outre une quantité impressionnante de temples bouddhistes de toutes nations, les deux monuments essentiels correspondent au musée et à l’enclos archéologique.

stupa

Ce dernier a été très restauré et les monuments de briques ne sont pas toujours complètement lisibles. Seule la Dhamek Stupa érigée par Ashoka conserve quelques reliefs joliment sculptés. Reconstruite en grande partie elle marque le lieu du premier sermon du Bouddha, dit roue de la loi. Elle se situe dans le Parc aux cerfs. La légende raconte que le roi local, désireux de chasser y renonça après l’intercession d’un faon. Il transforma le lieu en monastère. C’est dans ce lieu que Bouddha vint parler de la voie du milieu entre excès et ascétisme, et commença ses enseignements. Il y exposa les quatre nobles vérités et les 8 chemins de la vérité pour atteindre le nirvana

De nombreuses petites stupas et vestiges de monastères attestent de l’activité passée du lieu, ressuscité donc sous Ashoka puis tombé dans l’oubli jusqu’à la découverte de Alexander Cunningham. Celui-ci s’appuyait alors sur les écrits de voyageurs chinois. Parmi lesquels, le moine Xuan Zang, parti à la recherche au VIIeme siècle des origines du Bouddhisme. En effet, la religion avait alors presque disparu d’Inde. L’archéologue anglais mit également à jour la base du dharma, la roue voulue par Ashoka le grand roi Maurya.

Le site remonte donc à trois étapes distinctes. A savoir, la présence de Bouddha attestée historiquement vers le Ve avt notre ère. Puis la reconstruction par Ashoka au IIIe, et enfin la redécouverte en 1837 par le britannique Cunningham.

bijoux dans le musée archéologique

Le très beau musée archéologique sur l’esplanade centrale de Sarnath regroupe l’ensemble des œuvres sculptées ainsi que des fouilles plus pointues. Il met joliment en scène le pilier d’Ashoka, une merveille de finesse, et emblème par excellence de l’unité indienne. On y voit également de belles sculptures bouddhistes, des peintures de l’école de Sarnath mais aussi l’impressionnante roue de marbre. Le tout très didactique permet de mieux comprendre le lieu. Les collections datant des IIIè au XIIe siècles de notre ère s’organisent en 5 galeries autour de la salle centrale des chefs d’œuvre, telles des cellules monastiques autour d’un sanctuaire.

pilier d'ashoka

Le site, toujours sur la liste tentative UNESCO est néanmoins protégé au niveau national. Malheureusement, le manque d’infrastructure touristique limite Sarnath pourtant fondamentale à l’histoire du bouddhisme à une escapade hors de Varanasi, C’est pourquoi la ville lutte pour se faire connaitre comme patrimoine de l’humanité.

Varanasi bis

Aujourd’hui, voici un Varanasi bis. La semaine passée je vous ai emmenés sur les ghâts à la découverte de « la ville des morts ». Je vous y montrai les berges du Gange et l’image habituelle et attendue de Varanasi. Incroyablement photogénique et extrêmement photographiée celle-ci parait emblématique d’une Inde miséreuse mais totalement pittoresque. Même si Varanasi représente effectivement la quintessence spirituelle de l’Inde, elle reste unique et atypique même dans ce pays coloré et à nul autre pareil.

ruelle de Varanasi

 Pourtant outre les crémations et rituels, Varanasi est aussi une étonnante ville de fête. En pleine transformation et modernisation, elle laisse les navires se parer de mille couleurs et émettre des musiques assourdissantes pour la joie des touristes ou des jeunes locaux. 

C’est aussi un lieu vibrant. Son centre engorgé, son université très réputée attestent de la jeunesse de cette cité millénaire. Alors quittons quelques instants les 6 kilomètres de ghâts, aussi belle soit la promenade, gravissons les escaliers pour nous rendre dans les rues animées de la ville ancienne et traversons le Gange pour en découvrir les splendeurs.

Centre-ville

La partie la plus touristique de Varanasi correspond aux bords du Gange. Plus précisément à la zone comprise entre Assi Ghât et Scindia Ghât sur la rive occidentale. En revanche, passé ces Ghâts ou dans le centre historique et commercial, l’on ne croise guère que des locaux ou habitués.

petits commercants

La grande avenue encombrée Luxa road qui mène aux ghâts et au centre de la ville n’est qu’embouteillage. S’y concentrent nombre de commerces jusqu’à une statue de Nandi presque invisible en haut d’une colonne qui lui sert de piédestal. Là, commence un réseau de rues quasi piétonnières Godowlia Chowk, un marché à ciel ouvert qui s’apparente à un souk.  Ici vous êtes bons pour un véritable bain de foule à quelque heure du jour ou de la nuit. Malgré l’étroitesse de certaines artères, des motos se frayent le passage à coup de klaxon surdimensionné. La foule converge vers le grand temple Shri Kashi Vishwanath et l’affreux corridor bétonné qui mène au Gange.

vache dans le vieux quartiers

Ruelles de Varanasi

Au hasard de ces ruelles, vous découvrirez les merveilleux Lassi, spécialité locale. Certes l’on consomme du lassi un peu partout en Inde du Nord. L’Inde du Sud lui préfère le buttermilk une version plus légère et salée. Néanmoins, nulle part le lassi n’est aussi onctueux et délicieux qu’à Varanasi. Attention néanmoins aux glaçons et à la solidité de votre estomac.

lassi

Les petites rues tortueuses du centre-ville recèlent de nombreux lieux de culte, moins courus certes que les ghâts ou le grand temple de Shri Kashi Vishwanath . Il est pourtant compliqué de se sentir ému dans une ville aussi bruyante et vivante. Car le centre de Varanasi n’est que tumulte. Celui des pèlerins, des badauds mais aussi des locaux. Les klaxons de véhicules en tous genres fendent la foule sans aucun respect du piéton. lls se mêlent aux hurlements et à la rumeur globale. Cependant une sorte de mysticisme émane de la ville. Une forme d’envoûtement issu de millénaires de croyances et de cultes partagés, assez difficile à analyser mais indéniable.

Plus calme

malades dans les rues de Varanasi

Si le bruit et l’agitation des rues du centre vous épuisent, vous pouvez vous refugier dans les ruelles du quartier musulman et le dédale des marchés. Un charmant quartier se niche derrière la mosquée Alamgir située au-dessus du Ghât Panch Ganga. Le grand empereur Moghol l’aurait construite à l’emplacement d’un temple hindou en 1669. On n’aperçoit que sa façade classique lorsque l’on y accède par les ruelles alentours. En revanche, depuis les ghâts, son dôme se détache nettement.  Une très jolie balade vous emmène le long de façades colorées qui s’enroulent comme dans une médina. Le contraste est frappant avec la fureur automobile et la frénésie piétonnière du reste de la ville. Tout n’est que hurlement, klaxons, et au mieux rumeur urbaine.

mosquée

Venant de Chennai où la température ne faiblit pas le soir venu et où l’humidité rend la chaleur moite et beaucoup plus intense, les soirs et les matins sont en général plutôt agréable à Varanasi. Se balader sur les ghâts au lever du soleil ou la nuit après les cérémonies se révèle agréable. En pleine journée, le calme s’empare des berges du Gange mais la chaleur peut atteindre des sommets.

En s’éloignant du centre, au-delà des avenues commerçantes et de l’agitation, des quartiers d’habitation offrent une vision apaisée, certes moins typique de Varanasi. On peut y visiter de petites filatures de soie. Car les soieries restent une grande spécialité locale.

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Une grande ville universitaire

L’une des jolies et agréables surprises de Varanasi repose sur son université. Située au sud de la ville historique non loin du Gange, il s’agit d’un immense parc parsemé de beaux bâtiments du début du XXème siècle. De grands nationalistes l’ont fondée en 1916 tels le Pandit Madan Mohan Malaviya, très lié au Dr Annie Besant. Cette Britannique oeuvra beaucoup pour le développement de l’Inde.

Université de Varanasi

Très importante au niveau académique, BHI ( Banaras Hindu University) se présenta d’emblée comme mêlant « la sagesse séculaire indienne à une éducation moderne ». Elle s’est rapidement affirmée comme un lieu majeur de formation des combattants de l’indépendance, les célèbres « freedom fighters ».

Conçue comme la grande université d’Inde, BHI compte aujourd’hui plus de 30 000 étudiants dont plus de la moitié logent sur le campus. Celui-ci compte 6 Instituts et 14 facultés organisés en demi-cercle dans un immense parc aux arbres centenaires. Les frondaisons cachent de beaux bâtiments indo-sarracéniques, indo-gothiques et art déco. Le calme et la beauté de la végétation offrent un contraste heureux avec l’effervescence de la ville.

L’université compte même un immense temple un peu neuf mais dans un joli cadre, Shri Vishwanath Mandir dédié à Shiva.

On peut se promener le long des avenues arborées, découvrir de magnifiques bâtiments comme la bibliothèque Sayaji Rao Gaekwad ou visiter le Musée.

Construit en 1920, Bharat Kala Bhavan est le musée de l’Université. Il se situe près de l’entrée du campus et expose peintures, timbres, costumes et tissus.

Ramnagar Fort & Museum

Fort de Varanasi

On emprunte un bateau ou le pont au sud de la ville pour se rendre sur la rive orientale du Gange. Les berges ne sont pas aménagées de ce côté, et elles tendent à s’ensabler. Au delà de la vaste plage ainsi crée par les limons fluviaux s’étendent les quartiers moins reluisants mais plus authentiques de Varanasi C’est au sud de cette zone que se trouve le  fort de Kashi Naresh (Roi de Varanasi)

Construit au XVIIIe siècle, il est en piteux état. Son architecture reste néanmoins intéressante, Malheureusement, on ne peut voir qu’une toute petite portion car le roi habite la majorité du palais.

Si l’on contourne le fort, on parvient à un pittoresque marché de poisson. Puis une sorte de sentier de halage assez nauséabond permet de suivre la muraille le long de la rive du Gange. Le lieu est sordide. Dommage car l’architecture puissante est ici bien belle. Elle y combine la pierre de taille et la brique en de puissantes tours arrondies. Des ajouts indo-sarracéniques animent les façades aux arcs outrepassés islamiques. Des terrasses surmontent l’édifice et permettent de jouir d’une vue extraordinaire sur le Gange et sur la ville plus au Nord, sur les ghâts.

La vue sur le vaste fleuve sacré (2500km) diffère ici totalement. On y voit les gens vaquer à leurs occupations quotidiennes. Plus seulement les baignades ou nettoyage des corps rituels, la lessive, le lavage comme sur les ghâts mais aussi la lessive et les besoins primaires. Car tout se fait dans le Gange, même boire l’eau.

Varanasi

Varanasi a changé de nom en 1956 bien avant le mouvement de re nomination des villes indiennes. Autrefois connue sous le nom de Bénarès on la voyait comme la cité des morts. L’image en était d’une ville mystique et mythique. Les Indiens y venaient et y viennent toujours mourir. En effet mourir et se faire immoler sur les bords du Gange permet d’échapper au cycle des renaissances et d’atteindre la libération. Pour un hindou cela constitue la mort la « plus prisée ». Cité de la mort, Varanasi représente ainsi dans l’imaginaire collectif la quintessence de l’Inde en termes de couleurs, de foi extrême mais aussi de misère. Située sur les rives sacrées du Gange, la ville, l’une des 7 villes saintes de l’Inde, reste la capitale spirituelle de l’Inde.

vue des Ghâts de Varanasi

Or comme le reste du pays, la ville a énormément changé. Varanasi se veut ainsi une vision modernisée de Bénarès.

Varnasi, Ghât

Varanasi ville des morts ?

Les Indiens considèrent Varanasi ou de son ancien nom Kashi comme l’une des plus vieilles villes du monde. Sur quoi repose cette affirmation ? La ville est ancienne sans aucun doute. La tradition d’y mourir aussi. De là à la considérer comme l’une des plus anciennes du monde, c’est faire peu de cas de Jéricho, Ur ou autres villes du croissant fertile ou de la vallée de l’Indus. Aucune datation ne précise l’antériorité de la cité des bords du Gange ni de ses rituels. Associés à des temps immémoriaux et des légendes, les traditions prennent donc statut de vérité comme souvent en Inde.

Manikamika , champ de crémation Varanasi

Dans les faits, deux champs de crémation dont le Manikamika se situent sur les bords du Gange et fonctionnent quasiment en permanence. Il y aurait environ plus de 200 crémations par jour. Le Gange aurait le pouvoir de libérer l’âme du cycle de la réincarnation, et l’incinération à Varanasi est considérée comme la voie royale vers la moksha, la libération spirituelle. Quelques rares mouroirs existent encore dans la ville. Mais, contrairement à l’idée que l’on peut s’en faire en Occident, Varanasi n’est ni triste, ni macabre. Certes on croise régulièrement des processions portant des cadavres sur des civières de fortune. Celles-ci, recouvertes de draps orangés et de fleurs sont portées au bord des deux Ghâts, immergées en vue de la purification puis brûlées.

Manikamika , bûchers funéraires

Pourtant tout ce rituel se déroule dans les chants et les fleurs. Finalement ce qui ressort est plus le côté mystique voire magique que le caractère macabre de l’opération. Il est vrai que les Indiens interprètent ce type de rituel comme une libération et non une fin en soi. La musique lancinante des chants, les fumées mais aussi la joie des vivants créent une ambiance assez surprenante. D’autant que des bateaux truffés de haut-parleurs traversent en permanence le Gange transformant le fleuve en une discothèque à ciel ouvert.

Varanasi, ville des pèlerins

Les nombreux temples rappellent en tous cas l’importance religieuse de la ville. Certains sont quasi inaccessibles en raison de la foule de pèlerins. C’est le cas du Kashi Vishwanath Temple un des 12 Jyoti lingas.  Ceux-ci sont des sanctuaires représentant Shiva sous la forme d’une borne phallique, le Linga,.

Temple au bord du Gange

Ce temple en particulier a été transformé en machine à sous. Son accès et ses bâtiments ont fait l’objet d’une modernisation radicale. Au point que le « corridor » qui mène du temple au Ghât est devenu emblématique de la polémique qui enfle entre riverains, pélerins et autorités soucieuses de « nettoyer » Varanasi.

Si la misère et les odeurs ne prennent pas à la gorge comme je le craignais, le bruit lui défie l’entendement. A côté, le tumulte circulatoire de Chennai parait presque gentillet. Il reste de drôles de de Sadhus, errants à demi nus, les cheveux longs. Mais les mendiants, les estropiés ont quasi disparu du paysage.

sadhus sur les bords du Gange

En revanche, c’est une des rares villes indiennes où l’on voit déambuler des troupeaux de caucasiens en quête de sensationnel. Il est vrai que le lieu s’y prête par sa photogénie et son ambiance. Ces touristes en groupe restent néanmoins cantonnés à une petite portion des Ghâts et ne s’aventurent ni dans les marchés, ni dans la vieille ville, ni sur les ghâts les plus excentrés. Sont-ils attirés par le spectacle de la mort, la promesse spirituelle ou la renommée de cette ville haute en couleurs ?

la cohue de sbateaux sur les bords du Gange à Varanasi

Car il est vrai que Varanasi ne manque pas de couleurs, ni de bruits et correspond aux images les plus fortes que les occidentaux se font de l’Inde. Malgré la campagne sanitaire de modernisation, Varanasi reste colorée, étonnante, unique. Plus encore que l’abondance de temple ou l’ancienneté de la ville, sa singularité repose sur les ghâts.

Les ghâts

Les ghâts sont une spécificité des villes fluviales indiennes. I s’agit de quais en gradins permettant à la marée ou aux fleuves gonflés par la crue de la mousson ou de la fonte des neiges de l’ Himalaya de monter sans atteindre la ville.

 En la matière une magnifique étude architecturale menée par Savitri Jalais a donné naissance a un remarquable ouvrage.

vue ge'nerale des Ghâts Varanasi

A Varanasi, on admire cette succession de 84 quais utilisés pour les cérémonies et les baignades rituelles. Deux d’entre eux, les Ghâts Manikarnika and Harishchandra correspondent à des zones de crémation. Ce sont elles qui assurent à Varanasi sa notoriété un peu macabre. Des cérémonies se succèdent et les bûchers fonctionnent quasi en continu brûlant d’importantes quantités de bois de santal ou de manguier. L’odeur âcre se mélange aux effluves de la ville.

bois pour les bûchers Varanasi

Pour autant, ces quais qui assurent la notoriété de la ville sont en restauration voire en refonte. Beaucoup déplorent la perte d’identité et la destruction d’un patrimoine inestimable. On peut apprécier la meilleure hygiène des grands escaliers monumentaux quasi mussoliniens. Car le gouvernement local, sur le modèle de l’Etat, a pris très au sérieux l’image de la ville. Il a entrepris de gommer la mendicité et la saleté en utilisant les grands moyens. Les ghâts sont devenus un véritable chantier. Des petites cabines flottantes permettent aux baigneurs et fidèles de se changer. Les escaliers anciens et les édifices historiques, un tantinet délabré, disparaissent livrés à la folie destructrice du XXIème siècle.

bain rituel du matin Varanasi

Mais les légendes ont la vie dure et on lit encore des blogs lyriques parlant des ossements récupérés à la surface des eaux. Dans les faits, les cadavres sont purifiés dans l’eau. Ils sont ensuite entièrement brûlés et seules les cendres sont immergés.  Des bouées délimitent des enclos et retiennent les cendres ou fleurs jetées à l’eau après crémation.

coucher du soleil Varanasi

Que voir à quelle heure ?

Les ghâts peuvent se parcourir en bateau au coucher du soleil si vous aimez la foule ou à l’aube pour une expérience plus intense. Vous pouvez acheter votre course en bateau via votre hébergement ou une agence. Mais vous pouvez aussi vous rendre directement le long du Gange et accoster un batelier pour discuter de son prix.

Aarthi Ghât

 Vous pouvez aussi marcher les 6 km le long du fleuve. Le spectacle change à chaque Ghât. L’architecture y varie mais aussi et surtout l’ambiance. Celle-ci évolue également en fonction de l’heure. Le soir, la foule compacte se presse pour assister au Ganga Aarthi une cérémonie fiévreuse et populeuse marquant l’union du fleuve et de la ville. Vous pouvez assister à ce spectacle religieux gratuit sur Assi Ghat, ou Dashashwamedh Ghat. .Si vous voulez vous assoir il vous faudra arriver 1h avant le coucher du soleil. Des agences ou les hôtels vous vendent des places assises « d’honneur » pour profiter de l’expérience.

Ganga Aarthi Varanasi

Car les cérémonies de Varanasi rappellent un peu celles de Venise où la sérénissime célèbre son union avec la mer. Née du fleuve, Varanasi ne l’honore que sur une rive. L’autre berge est laissée au désert. On aperçoit ainsi une vaste étendu ensablée parcourue par les chameaux et parsemée de tentes nomades.

Si votre hébergement ne se trouve pas au centre il vous faudra marcher. Les taxis ne peuvent s’approcher des ghâts sauf tôt le matin. La circulation et le bruit sont ahurissants et il vous faudra vous armer de patience pour parvenir où vous le désirez. En revanche si votre chambre donne sur les ghâts ou les rues du centre vous ne trouverez pas le sommeil sinon au cœur de la nuit. En revanche, vous serez à pied d’œuvre pour admirer le spectacle fascinant du Gange.

lever du soleil sur les bords du Gange Varanasi

Coonoor

Cette semaine je vous emmène à Coonoor. La semaine passée je vous avais présenté Ooty. Plus précisément je vous ai confié combien j’avais été déçue. Aujourd’hui, je continue mon exploration des Nilgiris.

Coonoor vue générale

Cette région montagneuse, connue aussi comme « ghât de l’ouest » flanque le Tamil Nadu dans sa partie occidentale. Elle sépare cet état du sud de l’Inde du Kerala et du Karnataka. Depuis Chennai, on y accède via Coimbatore depuis. Coimbatore est la 2e ville de l’état et compte 3 millions d’habitants. C’est une énorme ville industrielle sans beaucoup de charme. Seul monument connu l’immense Adiyogi (buste géant de Shiva père du Yoga).

De là, il faut compter pratiquement 3 heures de route pour parcourir 65 km jusqu’à Coonoor. Un week end de vacances ( mai par exemple) le même trajet peut prendre 6h.

fermières dans la région de Coonoor

Coonoor une station relativement préservée.

Cette station de montagne développée récemment avec la vogue du tourisme de masse échappe néanmoins quelque peu à la frénésie qui s’est emparée de Ooty. Plus select plus exclusive, elle conserve beaucoup de charme. Surtout elle offre aux randonneurs de quoi se régaler.

plantations de thé Coonoor

 L’héritage colonial est moindre à Coonoor. C’était un simple village quand Ooty s’affirmait comme la capitale d’été de la présidence de Madras. Ce qui n’empêche pas la présence de jolis bâtiments coloniaux. Au premier plan desquels la gare ferroviaire et la gare routière. Une belle église et un très beau jardin botanique complètent l’ensemble. De jolis maisons britanniques s’égrènent le long des pentes de cette ville double.

intérieur église Coonoor

Non loin de Coonoor, Wellington s’enorgueillit de très beaux bâtiments, d’un club ultra chic, d’un golf et d’une énorme base militaire.

vue de Coonoor

La ville de Coonoor se divise, comme souvent pour les stations de montagne indiennes, en une ville basse et une ville haute. La première se concentre autour des gares et du pittoresque marché. On y croise de nombreux temples très repeints et des mosquées.

marché Coonoor

Sur la colline en revanche, des églises le disputent aux belles maisons. Et aux établissements administratifs anglais. Parmi ceux-ci le très bel institut Pasteur d’Inde installé en montagne pour bénéficier d’un air plus frais.

Institut Pasteur d'inde

De très beaux hôtels à l’extérieur de la ville permettent de transformer le séjour en une étape haut de gamme. Peu d’hôtels dans le centre mais de jolis cafés rendent l’exploration agréable.

Des possibilités de promenades

A Coonoor nous avons pu suivre une balade Komoot absolument magnifique. Celle-ci passait dans les plantations de thé avant de partir à l’assaut d’un escalier apparemment sans fin. Mais merveille des merveilles au débouché de cette ascension, outre la vue sur les plantations, nous voici dans la campagne profonde loin des hordes de visiteurs. Ici le long d’un chemin charmant, des scènes pittoresques le disputent aux hameaux magnifiques. Les villageois ne sont visiblement pas habitués à voir des caucasiens et nous accueillent avec des sourires éclatants, ce malgré un travail visiblement harassant.

ramasseuses de thé

Une autre boucle nous emmène à Wellington vers la Vallée cachée. Celle-ci n’existe pas vraiment. Ce qui me permet de préciser qu’il ne faut pas suivre les indications générales données par internet. Celles-ci comme d’habitude tournent en boucle. Alimentées par des visiteurs locaux elles ne conviennent pas forcément à des marcheurs occidentaux. C’est ainsi que nous avons décidé d’abandonner les foules regroupées à Dolphin Nose, Catherine Waterfalls ou Lamb’s rock pour créer nos promenades.

village vallée de Coonoor

 Ceci nous a fait nous rendre compte qu’il n’y pas vraiment de vallée cachée mais une forêt de laquelle on débouche pour traverser les plantations. Si vous n’osez pas traverser les champs privés ou que votre amour relatif des sangsues vous en empêche, vous pouvez emprunter la route et rejoindre Cherrieberry.

Cet énorme hangar regroupe magasin et fabrique de thé, de chocolat, petit marché de produit locaux et restaurants ultra frais et organique. De là, un chemin ramène en moins d’une demi-heure au centre de la ville haute de Coonoor.

thé Coonoor

Une fois dans le centre, vous pourrez emprunter le petit train qui vous mènera à Ooty ou au contraire vous redescendra vers la vallée. Je vous raconterai dans un prochain article l’expérience toy train.

Ooty

Je n’avais pas beaucoup envie de me rendre à Ooty. Certes le petit train me faisait rêver. Mais des amis indiens se plaignaient de ce qu’était devenue la charmante hill station de leur enfance. La petite bourgade de montagne s’était muée en une ville embouteillée.

Ooty, vue panoramique

Il n’est pourtant pas si simple de s’y rendre depuis Chennai. Il faut compter 10h de route ou 1h d’avion jusqu’à Coimbatore puis 3 voire 6 h de taxi. Pour la route, il convient de prendre en compte la terrifiante circulation et la lenteur du toy train qui fait des pointes à 20km/h.

Sur une carte, on comprend mieux que la majorité des visiteurs viennent du Kerala ou du Karnataka. Et l’on se rend compte que Ooty s’est affirmée au cours du temps comme la station d’été non seulement de Chennai mais aussi de Bengalore et surtout Mysore. Car si Shimla était la capitale d’été du Raj, Darjeeling celle de Calcutta, Ooty elle représentait la capitale d’été de la Présidence de Madras.

Alors contrairement à mes articles habituels où j’explique ce qu’il y a à voir et de quelle manière profiter au mieux de la destination, je vous raconte ici ce que j’ai aimé et ce que je n’ai pas aimé à Ooty. Cela vous aidera à planifier ou non un week end dans la « reine des collines ».

A voir à Ooty

Ooty est une station de montagne.

paysage Ooty

Même si les Nilgiris ne sont pas l’Himalaya, la ville se situe néanmoins à plus de 2000m d’altitude. On n’y va donc pas pour la haute montagne mais pour bénéficier de vues depuis les crêtes et surtout pour profiter de températures agréables. Ce qui l’été (avril, mai, juin) est une quasi nécessité venant du Tamil Nadu. Alors ou si vous voulez éprouver cette légère sensation de relative fraicheur nocturne, vous pouvez vous précipiter à Ooty.

Raj Bhavan Ooty

Dans la rubrique fraicheur j’avoue avoir vécu un coup de cœur pour l’église du Sacré Cœur aux vitraux édifiants de naïveté et de fraicheur pastorale.

vitrail Eglise d'Ooty

l’héritage britannique

Si vous aimez les jolis bâtiments coloniaux il en reste à Ooty. Vous pouvez les découvrir au moyen d’une visite guidée ou par vous-même. Attention néanmoins ça monte et descend partout et ce à plus de 2000m. Vous pouvez vous essouffler assez rapidement. De plus, la ville s’étale de plus en plus. Les gens ne sachant visiblement pas marcher, un flot continu de voitures bloque les routes. Des magasins et restaurants moyen de gamme bordent les artères principales. Dès que vous vous éloignez du centre, vous trouverez des cafés et hôtels plus chics, mais isolés, et donc inaccessibles sans véhicule…

Bibliothèque Ooty

Vous pouvez facilement découvrir de jolis bâtiments en partant de l’église st Etienne (Stephen’s Church) puis St Thomas et son cimetière filmée entre autres dans « La route des Indes » de David Lean en 1984.

Musée Ooty

Puis vous pouvez vous rendre vers la bibliothèque, et enfin le musée dit « maison de pierre ».  Ce serait la plus ancienne construction de la ville. Malheureusement, la majorité de ces édifices ne sont pas accessibles au touriste lambda. Si vous ne connaissez personne vous ne pourrez pas entrer dans le select Club Ootacamund, ni au Fernhill, le palace du coin. Mais vous pouvez toujours déjeuner (en réservant néanmoins) au Earl’s secret.

salon hôtel Earl's Secret

Vous pourrez graisser la patte pour rentrer dans la bibliothèque des Nilgiris. Sur la colline juste en face se situe le joli tribunal.

Ooty bâtiment administratif

les plantations de thé

Plantation de thé

Toutes ne sont pas bondées. Et une fois dépassés les loueurs de haillons qui vous photographient grimés en ramasseuse/r de thé, vous pourrez peut-être marcher. L’odeur des feuilles peut sembler âcre mais le vert en est saisissant. C’est l’occasion de belles photos. Attention aux sangsues. Si comme moi vous avez tendance à vivre une histoire unilatérale avec ces horribles bestioles, un conseil. Une fois leur pénible besogne accomplie, les bestioles gorgées de votre sang ne sont pas trop difficiles à éradiquer. En revanche il vous faudra atténuer la douleur une fois que leur produit anesthésiant se sera dissous. Pas d’hésitation, inondez votre plaie de sel, c’est assez efficace et facile à trouver.

le Jardin botanique de Ooty

 Ce grand parc paysager typique de la présence anglaise mène jusqu’au Raj Bhavan. Si vous vous éloignez un peu des grandes allées surpeuplées, de jolis sentiers s’offrent à vous.

Ooty Jardin Botanique

-Les sites et brochures publicitaires conseillent des friandises sucrées et grasses. Mais la seule vraie joie alimentaire des Nilgiris ce sont les délicieux légumes cultivés localement. Il est d’ailleurs rigolo de voir les touristes revenir avec leurs bottes de carottes. Les carottes sont en effet ce que les tomates sont à Marmande ou le melon à Cavaillon. De fait les légumes sont authentiquement délicieux. Ne vous privez donc pas. C’est suffisamment rare en Inde.

Jardin Botanique Ooty

A éviter

Penser qu’Ooty est le paradis des marcheurs

Nous sommes partis dans ce « paradis pour marcheur »et sommes revenus dépités. Car la marche échappe totalement aux Indiens. La moyenne de ceux qui en ont les moyens ne bouge surtout pas d’un véhicule. Les rares randonneurs ne s’aventurent pas sans accompagnateur. Les véhicules envahissent le moindre recoin. Ce qui rend la découverte des sentiers et de la montagne sauvage impossible.

Dans la ville même, le nombre de voitures est démentiel et le croisement central de Ooty, Charring cross ne fait pas que copier la fontaine devant la gare londonienne.

Charing Cross Ooty

Les rumeurs urbaines (ou montagnardes)

En outre, des légendes infondées circulent. Si vous émettez l’envie saugrenue de marcher seul en montagne, on vous objectera que la montagne est dangereuse. Vous risqueriez de vous faire attaquer par les guépards et les cheetah, les jaguars et toutes sorte de bêtes charmantes mais en fait éteintes en Inde. Quant aux bisons qui, parait-il, attendent le chaland, je voudrais bien savoir quel animal serait assez fou pour paitre au milieu des véhicules. Même les lapins et les rats se sauvent en courant. Le seul vrai risque vient des chauffards et des gaz d’échappements.

embouteillage sur la montagne de Doddabetta

Doddabetta Peak

Ce sommet est soi-disant un must see. Or, on ne peut pas monter à pied au pic. Si vous vous faites déposer non loin vous aurez à emprunter un bus d’état ou une jeep privée et onéreuse, attendre le remplissage et vous insérer dans les bouchons. Les Indiens se rendent tous en procession au même endroit. Une fois parvenu péniblement au sommet, votre véhicule vous éjectera dans un marché. Loin de la bonne odeur des cimes vous humerez les odeurs de graillon et de pois chiches avant d’émerger transpirant au pied de l’observatoire pris d’assaut par des hordes de touristes. Voyons le bon côté, la classe moyenne explose et avec elle le besoin et l’envie de vacances et de voir la même chose que les copains. Du coup tout le monde part en procession vers les mêmes sites surexploités au niveau touristique.

le bus pour Doddabetta

 Je passe ici sous silence le fait que minorité visible, nous autres blancs sommes quand même plus exotiques en photos que le spectacle des sommets. Bref l’expérience peut vite virer au cauchemar pour occidental amoureux des montagnes.

Doddabetta

-Dans le même ordre d’idées, le lac correspond plus à notre vision d’une décharge qu’à un lieu de loisir idéal. Ce malgré l’interdiction officielle de plastiques dans les Nilgiris. En dehors de décorer les routes de panneaux on ne voit pas bien à quoi correspond cette interdiction malheureusement.

-Le chocolat,

Cela a beau être THE attraction ici, vous êtes français. Sur ce point en particulier comme sur le fromage ou le vin nous sommes en droit de nous montrer chauvins. Si vous aimez le sucre, le sucre et le sucre vous pouvez donc goûter au « chocolat » local…

Bref vous l’aurez compris je n’ai pas aimé Ooty au mois de mai.