Je suis partie à Goa comme on part à la plage ou en soirée. Bêtement, je pensais qu’il s’agissait d’une ville avec un centre colonial. Il y aurait aussi des kilomètres de plages de sable blanc fréquentées par des touristes éméchés. Je m’étonnais que depuis Chennai l’arrivée à Goa s’effectue par un aéroport au nord et le départ par un autre aéroport, situé plus au sud. Ce devait être une grande ville pour disposer de 2 aéroports internationaux. Mais je savais aussi que nous allions aborder dans la zone la plus touristique de l’Inde. Il me fallait donc m’attendre à tout.
Goa, un état et non une ville
Je n’avais rien compris. Goa correspond à un état complet. Certes le plus petit de l’Union indienne qui en compte 28. Néanmoins un état à part entière, séparé en districts. Ceux ci se divisent en sous districts, les Talukas chacun avec une identité propre. Cet état dispose d’une langue le Konkani. Son originalité tient aussi à une culture teintée d’éléments lusitaniens, une aristocratie particulière et une scène culinaire bien à part.
Goa se trouve coincée contre le Golfe Arabo-persique à l’ouest. Les Ghats de l’ouest la séparent de l’aride plateau du Dekkan. Au sud, le Karnataka la borde alors que le nord voisine avec le Maharastra. La bande côtière est donc le débouché quasi naturel des habitants de deux des villes les plus populeuses du pays. A savoir, Mumbai et Bengalore. Autant éviter les périodes de vacances locales (mi-mai mi-juillet et les grandes fêtes type Diwali)
Aller à Goa, c’est en priorité sélectionner. Choisir entre les districts nord réputés pour leur sens de la fête et ceux du sud, plus calmes. Choisir entre la côte avec les plages les plus agréables du pays ou presque. Certes, il y a aussi celles de Andaman ou de Varkala. Ou préférer l’intérieur des terres moins connu et plus nature.
Goa ce sont aussi des villes à l’atmosphère quasi sud-américaine avec leurs églises au charme portugais. Ces missions baroques n’ont quasiment pas d’égal dans le reste du pays. Nichées dans une végétation tropicale magnifique elles ont un air mexicain inattendu en Inde.
Car colonisée au XVIeme par les Portugais, Goa est restée un comptoir européen. Ce jusqu’au rattachement à l’Union indienne en 1961 seulement. De son passé portugais elle a gardé des liens étroits avec les autres comptoirs lusitaniens notamment Macao. D’où des influences chinoises mêlées aux souvenirs quasi hispaniques.
La nouvelle mini- série du moment
Cela devient une habitude, mais je ne vais pas traiter de cet état surprenant en un seul pauvre article.
En revanche, je vous propose de me suivre pour une nouvelle mini-série à travers cet état bien plus extraordinaire qu’attendu. Car les récits de fêtes et de tourisme de masse ne m’avaient pas laisser espérer grand-chose. Quelle ne fut donc pas l’heureuse surprise que de découvrir une région restée très authentique. Mais aussi très distincte du reste du pays.
Alors suivez-moi dans les prochaines semaines. Nous partirons à la découverte de Panjim la petite capitale de ce micro-état au charme original.
De là, je vous emmènerai à Old Goa, la capitale abandonnée de ce petit bout de Portugal. Nous y cheminerons à travers les églises, souvenirs de la colonisation mais aussi de l’évangélisation. Nous y retrouverons notamment la trace de Saint François-Xavier.
Puis nous continuerons sur les plages du sud autour de Margao. C’est la ville économique à l’ambiance fantomatique. Le sud de Goa offre de magnifiques plages et une ambiance encore intacte à l’écart des grands flux touristiques.
Enfin le dernier chapitre de mon épopée vous fera découvrir les magnifiques demeures de planteurs dans le taluka de Salcete. Souvent en mauvais état, ces maisons offrent un charme que l’on s’attend à trouver davantage de l’autre côté de l’Atlantique.
Pas de fiestas dans ce blog, ni de nature donc. Mais de belles découvertes historiques et architecturales pour les quatre prochaines semaines de balades indiennes.
Aujourd’hui je vous emmène dans le Taluka de Salcete, à la découverte des maisons de planteurs du sud de Goa.
Deux maisons de planteurs à Chandor
Maison Menezes Braganza.
Commençons par la plus belle peut être de ces plantations, en tous cas la plus grande. Il s’agit d’une énorme demeure à l’aspect palatial. Très étroite, elle s’étend tout en longueur dans le petit village de Chandor. On monte un escalier pour accéder dans les appartements de deux cousins. Car la maison se dédouble au niveau de l’escalier central. On y retrouvera d’ailleurs une duplication de tous les éléments, salle de bal, bibliothèque et cuisine.
Nous sommes reçus par les descendants des premiers propriétaires. Cette maison est en effet comme beaucoup restée entre les mains de la même famille depuis le XVIIe s. Deuxième surprise, les propriétaires originaux, et donc leurs descendants, ne venaient pas du Portugal. Ces Indiens d’origine ont en revanche été anoblis par la couronne portugaise assez tôt dans l’histoire, souvent pour bons et loyaux services.
La maison a un peu souffert des ravages du temps. Mais ce n’est rien en comparaison de ce qui nous attend ailleurs à Goa. D’ailleurs, les deux cousins propriétaires s’acharnent du mieux qu’ils le peuvent à en conserver la splendeur. Ils n’hésitent pas à louer leurs salons pour des tournages, des mariages ou des séances photos pour financer la peinture ou retapisser les fauteuils. Le ticket d’entrée permet également d’améliorer un peu leur ordinaire.
Clairement le descendant Menezes Braganza est un homme d’affaire plus aguerri, doublé d’un gestionnaire et ses appartements révèlent plus d’opulence et un meilleur entretien. En témoigne la bibliothèque malgré son organisation quelque peu dérangeante. Le cousin Pereira-Braganza vous montrera tout fier la relique de Saint François-Xavier, gloire de la chapelle familiale. Son aile est en revanche plus poussiéreuse.
Dans chaque appartement la magnificence s’illustre dans la salle de bal, véritable pièce maitresse. Une enfilade de salons et une salle à manger de réception évoquent le train de vie fastueux de ces aristocrates locaux cultivateurs de canne à sucre ou de caoutchouc.
Maison Fernandez
Plus loin, dans le petit village miséreux de Chandor, se trouve la maison Fernandez. Elle parait fermée aux visiteurs. D’ailleurs rien n’indique qu’elle puisse se visiter. Son état calamiteux ne laisse rien présager de sa splendeur (très) passée pour ne pas dire trépassée.
Le propriétaire des lieux, lui aussi descendant des premiers planteurs connait l’histoire familiale sur le bout des doigts. Mais son éducation n’empêche pas sa demeure de partir complétement à vau l’eau. Outre l’odeur pestilentielle due à l’incontinence de son vieux chien, l’ensemble laisse plus qu’à désirer en matière de propreté.
Néanmoins, malgré la crasse, on devine la beauté disparue. Bien sûr nous sommes loin de la magnificence de la plantation Braganza. Pour autant, cette maison avec son souterrain secret, sa salle d’armes et sa salle de bal, son coin chapelle pourrait, un peu rénovée, avoir du potentiel. Pour l’heure, si tournage il y a, il ne peut s’agir que de films d’épouvante.
Deux autres Maisons de Planteurs à Loutoulim
Changeons maintenant de village, et dirigeons-nous vers Loutoulim beaucoup plus agréable et avec un quartier carrément résidentiel.
Maison Figueiredo
Commençons par la plus connue de toutes les maisons. Et pour cause elle est aménagée en hôtel, bien entretenue et gérée de main de maitre là encore toujours par les descendants de la famille d’origine.
Les inscriptions sur les murs rappellent la conversion (volontaire ?) des locaux à l’époque portugaise. Les missionnaires avaient pour but d’évangéliser au contraire des Anglais pour lesquels colonisation rimait presque uniquement avec enrichissement. Ainsi, avec la conversion, les Poddiars de Sancoale devinrent Figueiredo de Loutoulim au XVIe. Cela fut-il à l’origine de leur réussite sociale, politique et économique ? Toujours est il que la famille Figueiredo compte nombre de diplomates, juges et parlementaires. D’où la construction de cette superbe demeure en 1590. Deux siècles plus tard une seconda aile en doubla la superficie, en largeur cette fois.
Sa décoration est joliment mise en valeur. Ce, notamment dans la fastueuse salle à manger, la salle de bal. Un salon de musique, un bureau et une chambre complètent le musée. De nombreuses porcelaines chinoises évoquent les relations privilégiées des maitres de céans avec Macao, autre colonie portugaise. Le reste des 55 pièces se répartit entre un hôtel boutique (dans la partie ancienne) avec piscine et la demeure familiale. Le tout à fait l’objet d’une restauration en 2016 menée par les descendants ré impatriés pour s’occuper du patrimoine familial.
Le musée ne casse pas trois pattes à un canard. Il s’intéresse cependant à l’histoire, l’art de vivre et la culture de Goa. En revanche le billet d’entrée permet de visiter la demeure. Celle-ci diffère un peu des précédentes. Le mobilier très fin XIXe n’a pas la qualité de celui des autres maisons. Les salles elles-mêmes sont de moindre qualité. En revanche les objets exposés valent le détour. Et surtout les quartiers serviles sont quasi complets. On y découvre cuisine, arrière-cuisine, cellier et tout un tas de petites pièces rustiques.
Dans les chambres sont exposées des collections d’objets d’antan, jouets, vases de nuit. De quoi compléter agréablement la visite des autres Maisons de Planteurs.
Old Goa nous replonge au XVIème siècle lorsque les Portugais abordèrent en ces terres lointaines. Motivés par le Prince Henri le Navigateur, les marins lusitaniens cherchaient à établir des comptoirs sur la route très rentable des textiles et surtout des épices. Ceux-ci étaient si précieux que l’on a conservé longtemps en Français l’expression “payer en épices” devenue « payer en espèces ».
Les marins ne venaient pas seuls. Secondés par des missionnaires, ils prenaient très au sérieux leur mission évangélisatrice. Les églises rescapées de Old Goa nous rappellent cette volonté de convertir.
Car de la première capitale lusitanienne en terre indienne ne restent que des églises. Les 200 000 habitants évoqués par les chroniqueurs de Old Goa se sont évanouis après des épidémies. Ne subsistent que les vestiges de constructions religieuses. Leurs dimensions et leur nombre attestant néanmoins de la taille plus que respectable de la cité. On la surnommait alors la “Rome de l’Est”.
Basilique et cathédrale de Old Goa
La route qui vient de Panjim passe devant l’imposant carré sur lequel se dressent d’un côté le Bom Jesus et de l’autre la blanche Cathédrale. Ce double enclos concentre pratiquement l’ensemble des visiteurs de Old Goa. A juste titre, tant ces constructions religieuses sont significatives historiquement et spirituellement.
Le Bom jesus
Cet énorme vaisseau de grès rose et de brique doit sa notoriété au tombeau de Saint Francois-Xavier. Arrivé en Inde en 1542 pour diffuser le message chrétien il mourut 10 ans après. Il prêchait alors en Chine. Son corps fut rapatrié à Goa, où il fut canonisé en 1622.
Passée l’imposante façade baroque, un cheminement obligatoire vous mène devant la pièce maitresse. Il s’agit de l’extraordinaire tombeau en argent. Il domine un piédestal de marbre et jaspe décoré de plaques de bronze illustrant la vie du saint. C’est un Cadeau du Grand Duc de Toscane Cosme III. L’ensemble témoigne du travail d’artistes italiens et d’orfèvres locaux. Les pierres semi précieuses et ornementales ont aujourd’hui disparu. Mais le mausolée conserve une grandeur baroque.
Un petit musée au premier étage de l’édifice évoque la vie du saint homme. Sa visite n’ajoute pas grand chose à la beauté de l’immense édifice. Puis le chemin permet aux visiteurs de faire le tour de la basilique, d’arpenter le cloitre blanc avant de ressortir dans un Jardin à la végétation luxuriante. On se croirait davantage en Amérique du Sud qu’en Inde.
La Se
De là, on traverse l’immense place pour se rendre de l’autre côté de la route dans un enclos contenant plusieurs églises blanchies à la chaux. La plus spectaculaire est bien sûr la Se, ou cathédrale. Par sa taille, elle évoque à la fois l’importance de la ville mais aussi celle de la mission évangélisatrice. Il s’agirait de la plus grande église d’Asie. Vide, blanche et spacieuse elle accrédite l’idée.
La façade classique et blanchie à la chaux tranche par sa simplicité sur les temples de la région voire sur celle du Jésus. A l’intérieur, la Chapelle du st Sacrement est en revanche couverte d’or. C’est sur le porche de cette cathédrale qu’avaient lieu les autodafés menés par la tristement célèbre Inquisition.
D’autre églises de Old Goa
L’ancien couvent des Dominicains jouxte la cathédrale. Transformé en musée archéologique, il conserve quelques belle pièces . Il nous rappelle le rôle des ordres mendiants dans la mission évangélisatrice. Surtout c’est le meilleur lieu pour en apprendre plus sur la colonisation portugaise.
Juste à coté la charmante petite chapelle Ste Catherine remonte aux débuts du XVIème.
On peut alors sortir de l’enclos pour gagner San Gaetano. Cette église copie St Pierre de Rome d’une manière presque comique sinon grandiloquente . En effet, elle se trouve presque en pleine campagne. Au sortir, une arche permet d’accéder à la rivière Mandovi. Un embarcadère mène au ferry pour les îles. La nature y est magnifique si une journée au vert vous tente.
Sur les hauteurs de Old Goa
En revenant vers le marché pour touristes commence une montée. Cette route mène tout d’abord à l’église st François transformée en musée. En continuant le long de la courbe on atteint la très belle église du Rosaire.
Sur la même route en revanche se dressent les ruines romantiques du couvent des Augustins. Il n est pas sans rappeler celui de Canterbury avec son clocher écroulé. Construite en 1602, cette Église faisait partie des plus importantes constructions augustiniennes du monde ibérique. Abandonnée en 1835, elle s’est en grande partie effondrée.
Ces ruines confirment le départ des Portugais au XVIIe en raison d’épidémies de malaria, de choléra ou de peste. En 1843, Panjim plus proche de la côte devint d’ailleurs officiellement la nouvelle capitale, New Goa.
Sur les hauteurs et dominant de belle manière la rivière Mandovi, l‘église Notre Dame du Rosaire a des accents presque manuéliens. C’est l’une des plus anciennes églises de Old Goa et l’une des mieux conservées. Malheureusement, elle est plus compliquée à atteindre (il faut une voiture) et souvent fermée. Néanmoins, si la restauration en est terminée lors de votre visite, la vue vaut vraiment le coup. Elle permet d’embrasser la forêt dense qui a pris possession de la Capitale déchue en bord de Mandovi. Des arbres, s’échappent quelques coupoles, blanches pour la plupart, le clocher effondré de St Augustin ou les énormes vaisseaux du Bom Jesu et de la Se.
Une série de cours pour entrainer les aspirants guides à Dakshina Chitra m’a amenée à préparer une visite de Dakshina Chitra. Je vous en livre ici la subtentifique moëlle.
A l’occasion de la sortie de l’audio guide auquel j’ai contribué au printemps 2025, j’avais déjà publié un article. J’y expliquais que le musée vivant regroupait aujourd’hui 19 maisons reconstruites sur les 8 acres de terrain. Sur les 19 maisons, voici donc ma sélection.
Pour débuter votre visite de Dakshina Chitra, passez devant la boutique sur votre gauche. Puis traversez la cour autour de laquelle s’organisent salle de conférence, film et autel enfin sortez à l’air libre face à la carte des lieux, au marché artisanal et à l’amphithéâtre. Prenez à travers le marché artisanal et dirigez-vous vers la gauche. Vous parvenez alors devant la première grande maison. C’est bon, vous commencez par la section Tamil Nadu.
Le Tamil Nadu, star d’une visite de Dakshina Chitra
Maison du Chettinad
Cette première maison est celle d’un riche Chettiar. Le parti pris pour le Tamil Nadu est de montrer des maisons de différentes strates et corporations de cette société très hiérarchisée. On commence donc par celle d’un riche marchand. On y accède par un thinnai, une de ces vérandas typiques de la région. Les pièces de réception et les bureaux s’articulent habituellement autour d’une cour. Ici, ils font place à des salles d’exposition. L’une, sur les différents types d’écriture, se révèle bien intéressante pour les Européens novices que nous sommes en matière de culture indienne. Il manque la salle à manger, la cuisine et la cour de la cuisine, véritable section féminine pour donner une idée précise d’une maison du Chettinad.
Maisons de l’agriculteur et du Brahmin
Sur la gauche, la galerie vous emmène à la découverte de la richesse textile à l’origine de la fortune de la région. Puis, on ressort de cette maison pour voir, immédiatement sur la droite, la maison de l’agriculteur. Elle sert de lieu d’exposition et d’exploration pour les métiers liés à la terre. Plus simple, elle aussi s’articule autour d’une simple cour carrée. Les alcôves, occupées par des panneaux explicatifs, restaient ouvertes et ventilées sur un socle permettant d’éviter les crues.
Ces deux maisons se situent le long d’une rue reconstituée, comme dans un village. De plus petites maisons à façade blanche et grosses colonnes de bois colorées la bordent. Les rayures rouges et blanches annoncent la maison du Brahmin. On y présente sa formation intellectuelle et son rythme de vie. Les façades d’autres maisons ont été incorporées à cette maison, petite mais prestigieuse, pour exposer différents objets de culte.
Maisons de métiers
Lui succèdent la maison du tisserand avec son métier à tisser, actif ici. Une grande pièce à l’arrière expose des tissus. Le Tamil Nadu s’enorgueillit à juste titre de son extraordinaire diversité textile.
Presque en face, la maison du potier, beaucoup plus petite, évoque la vie et le travail de ces artisans nécessaires dans les campagnes. Ils fournissaient en effet la vaisselle et les réceptacles de base. Plus sommaires encore les petites cabanes à toit de chaume sont typiques des travailleurs du Tamil Nadu. On y cuisinait à l’extérieur car ces huttes sont minuscules. Aujourd’hui le ciment et le béton remplacent ces matériaux traditionnels plus esthétiques mais devenus couteux à maintenir et plus difficiles à trouver.
Juste derrière, sur la petite colline se trouve un joli temple à Ayyanar. Cette divinité villageoise accompagnée de ses 2 femmes a été déplacée au musée avec la bénédiction du prêtre de son lieu d’origine. Son installation a donné lieu à de grandes célébrations. La piété locale se lit également dans le petit temple à Mariama juste en dessous. Sorti à la fin d’une exposition, ce petit sanctuaire est rapidement devenu un lieu de dévotion pour les travailleurs et visiteurs qui passaient devant.
Au contraire, Si l’on prend sur la gauche, on accède aux maisons du Kerala
Les maisons du Kerala.
Ici nous découvrons deux merveilleuses maisons de bois. Il s’agit de la maison syrienne Chrétienne et de la maison hindoue. Elles nous permettent de comprendre l’originalité architecturale mais aussi la culture plurale de cette côte soumise à un régime de double Mousson. La visite de Dakshina Chitra insiste sur la mixité religieuse si spécifique au Kerala. Elle met également l’accent sur les différences régionales entre le nord de la région, qui faisait partie de la Présidence de Madras et le sud, domaine des Travancore.
La région, très humide elle, est aussi très arborée. Ce qui explique que le Kerala soit riche en maisons de bois et en travailleurs du bois. Ces maisons, construites sans clous sont des modèles de solidité. Parfois, comme ici dans la maison syrienne, une adjonction en dur date de la période coloniale. Chaque propriétaire disposait d’un petit verger et d’un potager qui lui assurait l’autosuffisance. Les greniers omniprésents, permettaient de stocker le contenu des récoltes pluriannuelles.
Une petite Croix, presque cachée au-dessus de la porte d’entrée, sous le débord de toiture, annonce la maison syrienne. Le terme est une référence à la langue de prière, le syriaque et non au pays. En effet le Kerala a été la porte d’entrée du christianisme en Inde. La région compte encore 20 % de Chrétiens. Chaque maison disposait de son puit et de son lopin de terre. Chaque propriétaire avait également un bateau pour se déplacer sur les canaux voire la mer. Un toit très pentu laissait ruisseler les pluies abondantes. De larges vérandas et des incisions dans le pignon ventilent l’air chaud.
La maison Koothatukulam agissait en Grenier de la maison syrienne.
Maison Moplah et Calicut
Plus loin, la maison Moplah, repère des instagrammeurs locaux, accueille des expositions. Son architecture de pierre rappelle que cette riche communauté musulmane de la côte Nord du Malabar vit dans de bonnes conditions matérielles.
Quant à la maison Memnon ou Calicut house, une maison sur la côte nord du Malabar au nord du Kerala, elle illustre le caractère matrilinéaire des héritages au Kerala. Cette maison décrit les cultes et rites propres à la région, avec notamment une section sur l’ayurveda.
En remontant le long de la belle maison de bois de Trivandrum, première maison de Dakshina Chitra, on atteint les Etats du Nord du Sud de l’Inde.
Le Karnataka
Ce magnifique état aux paysages et cultures si diverses est représenté par trois belles demeures. Dans celle de Chittusnagar, l’on revient notamment sur la culture du café, l’une des spécialités dont les locaux sont si fiers. En effet le café est ce qui distingue les populations du sud de buveurs de thé du nord.
Cette maison aux balcons de bois évoque également les relations commerciales entre l’Inde et le reste de l’océan Indien. Propriété de riches musulmans, elle illustre les lieux de culte et les spécificités de cette communauté. Au grenier, des photos parlent du soufisme.
Maison Illkal lambani
On y entre par une superbe porte de pierre et bois, véritable seuil entre la rue et la zone privée, considéré comme un sanctuaire. Ces maisons se trouvaient dans des espaces désertiques dans le nord du Dekkan. Elles sont donc construites en pierre avec des toits plats. La première maison évoque la tribu nomade des Lambani originaire du Rajasthan. Les femmes arboraient des vêtements colorés et bijoux d’argent. Ils se déplaçaient en convois menés par des bœufs pour transporter nourriture et objets. L’arrivée du train leur ôta toute utilité professionnelle,
La double maison dans la cour appartenait à deux frères tisserands du nord du Karnataka. Ils utilisaient la cour commune pour tendre les fils. On voit un sanctuaire à Durga sous le Neem sacré avec deux pierres de Naga ( serpents) vénéré dans ce pays désertique en lieu d’ancêtres. A l’intérieur, on voit un métier à tisser et des masques de divinités protectrices.
Maison de Coorg
Au contraire, la maison de Coorg, dernière ajoutée à ce musée en plein air, est unique. Tout à Coorg rappelle que cette communauté isolée dans ses montagnes et ses sauvages forêts est à part en effet. La cuisine, les croyances, les coutumes, les costumes, tout est différent ici. Le rez-de-chaussée rend hommage à la vie locale alors que l’étage expose les rites et nombreux festivals qui ponctuent la vie des habitants.
De l’autre côté de la “route” se dressent les maisons du Telangana. En chemin vous pouvez vous arrêter au restaurant bon et particulièrement bon marché. Car la visite de Dakshina Chitra passe aussi par ses spectacles et des expériences culinaires. Celles-ci suivent le cycle des saisons.
Andhra Pradesh et Telangana
La petite maison Chuttilu en Andhra Pradesh parait rudimentaire. Pourtant sa forme circulaire est emblématique des fermiers et pêcheurs de la côte. Elle peut supporter des vents énormes. Cette maison indigène, est un modèle environnemental. A l’époque elle était très simple et bon marché. Ironiquement, son entretien coûte maintenant cher en raison notamment du toit végétal, pentu pour laisser les pluies ruisseler. Ce type de maison se construisait en village pour résister aux tempêtes. Une seule petite fenêtre assurait la ventilation et un peu de lumière. L’espace entre l’intérieur et l’extérieur servait de stockage, de cuisine, voire d’étable en période de cyclones. Hors mousson tout se faisait autour de la maison. Le toit peut s’enlever et s’utiliser comme bateau dans le pire des cas. Malgré son aspect sommaire ,cette maison est donc assez spectaculaire.
Ikat House, Telangana
Nalgonda ou la maison Ikat devait montrer l’ikat, un procédé complexe de tissage et teinture dans cette région riche en fabrication textile. Cette maison très simple expose donc un métier à tisser. Elle rappelle un peu celle de l’agriculteur au Tamil Nadu avec sa toute petite cour.
On peut sortir de cette maison pour se rendre à la galerie ou revenir vers le craft bazar et le restaurant.
Aujourd’hui, je vous emmène au Fort Rouge, une construction fort méconnue au sein du Madras Medical College sur Poonamallee High Road, dans le quartier de Park Town.
Vous pouvez venir par métro. Dans ce cas descendez à Central station. Ou vous pouvez préférer venir en train, dans ce cas arrêtez vous à la station Park Town. C’est un moyen amusant de découvrir la ville. Le plus simple néanmoins est de prendre une voiture avec chauffeur ou de prendre un « auto », le terme local pour rickshaw.
Le Madras Medical College
Entrez par le portail d’accès du Madras Medical College sur General Hospital Rd. S’il est fermé ce qui semble être souvent le cas ces derniers temps, contournez le petit édicule sur la droite le long de l’escalier souterrain et regagnez l’allée au delà du portail. Prenez alors tout droit le long de MMC office Rd. C’est une voie privée donc calme.
Le Government General Hospital fut fondé le 16 novembre 1647 pour soigner les soldats de la Compagnie des Indes orientales. Néanmoins, l’Hôpital Général n’occupa ce lieu qu’en février 1835. Il s’agit de la plus vieille université de médecine d’Asie. Elle se compose de bâtiments dispersés le long d’une allée que vous empruntez en ce moment. Les premiers cours eurent lieu dans des salles jouxtant les appartements du chirurgien en chef et l’Hôpital Général. Cependant, l’université se dota de son propre bâtiment l’année suivante. Celui-ci comprenait 4 pièces- une bibliothèque, un musée, une salle de cours qui pouvait se transformer en salle d’opération et un laboratoire. Il fut énormément agrandi en 1867.
Un nouveau campus de 6 étages fut ajouté à l’université de médecine en 2010.
Les bâtiments anciens de l’université de médecine accueillent aujourd’hui l’université de pharmacie, l’école d’infirmières ainsi que des logements étudiants.
Le baobab, un véritable monument
Passez devant l’école d’infirmière et la bibliothèque sur votre gauche ainsi que le bloc administratif sur votre droite entouré par deux élégantes rotondes aux fines colonnes inspirées par l’église All Souls de Londres, chef d’œuvre de John Nash. Bien qu’en mauvais état, ces constructions présentent un bel exemple de l’éclectisme victorien teinté d’un zeste de classicisme. Vous atteindrez alors un impressionnant baobab vieux de 150 ans.
La pancarte écrite en tamoul peut être traduite de la manière suivante :
“Cet arbre est l’un des plus vieux du monde. Il est originaire d’Afrique. Ses feuilles sont riches en vitamine C. Les tribus africaines utilisaient toutes les parties de cet arbre pour se nourrir ou se soigner. Son tronc a une circonférence de plus de 11m et il est haut de plus de 20m. Cet arbre rare honore l’université de médecine de Madras depuis plus d’1 siècle et demi. Ce panneau a été dévoilé par Monsieur le Premier Ministre du Tamil Nadu, MK Stalin.“.
Le Fort Rouge
à l’angle sud-est du campus se trouve le bloc consacré à l’anatomie. Il comprend une salle d’opération, des salles de dissection, des salles de cours. C’est l’une des plus anciennes constructions ici. Les historiens se disputent sa date. Mais si on le compare à l’ancien Moore Market, on trouve des similitudes qui attesteraient d’une construction dans les années 1883 ou 1897.
En 1887-88, un musée l’agrandit puis des laboratoires de biologie et d’hygiène. En 2016, il fut annoncé que le bâtiment serait transformé en musée. Malheureusement à ce jour, rien n’a bougé. Les salles médicales ont été transférées dans un nouvel édifice de plusieurs étages, mais le musée se fait toujours attendre.
Le Fort Rouge de Chennai, un vrai inconnu
Bref qu’y a-t-il de spécial dans ce bâtiment ? En fait il s’agit de l’un des exemples les plus anciens et des plus aboutis d’architecture indo-sarracénique à Chennai, une sorte de trésor caché en quelque sorte. Ce style est fascinant, il s’est développé à la fin du XIXème siècle, C’est un mélange d’architecture indienne, islamique et anglaise. Pour les Anglais, c’était un moyen de dire « Regardez comme nous respectons le passé indien », notamment la période moghole qui a précédé la colonisation anglaise. Dans les faits, on retrouve le style indo-sarracénique essentiellement dans les édifices publics et les écoles de la période anglaise.
A Chennai, ces structures sont généralement construites en briques ou peintes en rouge pour y ressembler. Les façades peuvent se révéler amusantes avec une foultitude de détails du genre dômes, arcs, jalis (ces écrans dentelés tout droit inspirés du lointain Taj Mahal), chhatris, ces petits kiosques couverts couronnant les constructions. Le bloc d’anatomie exhibe un certain nombre de ces détails architecturaux, depuis les vérandas à arcatures, les soubassements de pierre jusqu’au parapet à bas-reliefs qui court le long du toit.
Il y a quand même un détail croustillant ici. En effet même si le style indo-sarracénique avait pour but de créer un sentiment de familiarité, il ne parlait pas aux populations locales, Car ici il n’y a pas de tradition moghole mais une forte appartenance dravidienne. Ce qui fait que ces constructions étaient quelque peu déplacées. Mais les Britanniques n’avaient pas l’air de s’en soucier.
Une référence prestigieuse
C’est particulièrement net ici où le bâtiment s’inspire de toute évidence du célèbre Fort Rouge de Delhi construit au XVIIème siècle par le grand Shah Jahan, l’empereur à l’origine du Taj Mahal. La réplique que vous êtes en train de regarder affecte la même forme cubique et l’aspect de forteresse. Et les étudiants enfermés dedans de longues heures pour étudier l’appelèrent donc affectueusement le « Fort Rouge de Madras ».
Le Ladys Garden est une sorte de bijou méconnu à Chennai. Il se cache en effet sur la grande rue Raja Muthiah juste après le stade Nehru. On l’atteint de l’autre côté à l’extrémité de la rue VP Hall Compound derrière un marché ancien et un parc disparus. Pour plus d’indications et une visite complète des lieux, je vous conseille mon magnifique audioguide.
Un marché disparu dans les flammes
Nous voici dans un quartier entièrement transformé au XIXe et au XXe siècles. A l’arrivée des Anglais, la forêt occupait les collines alentours. A l’époque, la grande avenue EVR Salai était un chemin de terre qui menait de Fort St Georges à l’est au village de Poonamallee. Un hameau se dressait tout près du mur qui doublait les fortifications. Il s’appelait Periamet, ce qui en Tamoul signifie « lieu où l’on perçoit la douane ». Il agissait donc en barrière d’octroi. Ces noms de villages existent encore dans les quartiers qui composent la zone devenue au XIXe siècle Park Town.
Car les colons britanniques transformèrent totalement le paysage et le jardin du marchand portugais João Pereira de Fari avec la construction de la gare centrale et du marché Moore. Ce dernier a lui-même disparu dans les années 1980 dans des conditions encore mystérieuses. C’est l’époque où la vacance du pouvoir municipal a laissé partir en fumée (ici en l’occurrence un incendie inexpliqué à ce jour) de nombreux bâtiments historiques, à la grande joie des spéculateurs immobiliers.
Il ne reste hélas rien de ce malheureux Moore Market, une belle construction indo-sarracénique sinon une malheureuse maquette perdue dans les immondices du parking entre la gare centrale et le Victoria Public hall. Son emplacement correspond au amas de voiture et à l’affreux bâtiment qui fait office de gare de banlieue. Le canal Buckingham transformé en égout à ciel ouvert sépare les deux gares d’un mur nauséabond. Derrière le Moore Market Bg dont seul le nom rappelle cette halle Baltard mauresque oubliée, sur la gauche, une jolie grille victorienne mène jusqu’à l’immense parking à deux-roues. Un vrai symbole du passage du temps.
Marché des livres d’occasion
Une sorte d’arche en métal indique l’entrée de ce marché en plein air entièrement dévolu aux livres anciens et d’occasion. Cet endroit est un paradis pour bibliophiles. Des rangées d’étals de fortune croulent sous les volumes de toute sorte. Une partie de l’histoire se déroule dans le remarquable roman d’Abraham Verghese “le pacte de l’eau”. On y trouve des livres universitaires déjà utilisés sur des sujets aussi variés que la médecine, le droit, la littérature ou les sciences humaines.
Un autre vestige du People’s Park disparu se trouve caché à la vue de tous. Il s’agit du centre commercial Lily Pond, la mare aux nénuphars. Le complexe manque de charme malgré son joli nom évoquant les fleurs d’eau épanouies sur les plans d’eau qui ponctuaient cette zone de marécages. Néanmoins, si vous êtes fou de brocante c’est l’un des rares lieux de Chennai pour chiner.
La rue VP Hall compound correspond au chemin qui bordait le parc du peuple, People’s Park ouvert dans les années 1850. Ce fut l’un des premiers parcs d’Inde et il constitua le cœur vert de Madras durant de nombreuses décennies. Il s’enorgueillissait d’étangs parcourus par des bateaux, de pelouses taillées au cordeau et de grands boulevards bordés de rangées d’arbres.
Une balade à travers le People’s Park constituait le sommet de l’élégance, le loisir favori de l’élite citadine. Le parc marquait également la frontière extérieure de la Madras coloniale, le seuil au-delà duquel la ville s’étendait hors des murs du fort St Georges. La rue s’ouvre bientôt sur une clairière malheureusement envahie d’ordures et malodorante. Une grille marque l’entrée du jardin de Notre Dame « Our Lady’s Garden ».
Lady’s Garden
Le Lady’s Garden est l’unique vestige de ce qui fut l’immense parc du peuple. Situé tout d’abord au centre géographique de la ville, des portions du grand Parc accueillaient des collections « zoologiques et ornithologiques, cinq lacs, une fanfare, des terrains de football, de tennis et autres jeux ». En 1878, un gymnase s’y ajouta. A l’époque, la fanfare jouait deux fois par semaine dans le kiosque.
L’apogée du parc se situe dans les années1920. De nombreux évènements y avaient lieu. Parmi ceux-ci la foire de Madras ou bien la populaire Foire de Park Town et le Carnaval. La foire de l’association athlétique d’Inde du Sud représentait un des moments clé du calendrier social, ce jusqu’à la fin des années 1970.
Des attractions avaient beaucoup de succès comme les cascadeurs sur deux-roues dans un enclos ressemblant à un tonneau, des combats et le rekla, une attraction très locale. Il s’agissait d’une course de chars à deux roues.
Néanmoins, vers 1979, une grand partie du parc fut acquise par la compagnie de chemins de fer du sud qui souhaitait ajouter des rails et s’étendre vers la banlieue. Les pelouses furent recouvertes de constructions.
Le jardin officiel du Maire
My Lady’s Garden se trouvait au milieu de People’s Park. Il était et continue d’être le Jardin officiel du maire. Il conserve un charme sans équivalent avec des arbres centenaires et des statues des années 1930. Entre 1933 et 1973 il devint le lieu pour les réceptions du maire. S’y déroulaient également les festivals, comme celui des fleurs qui dura plus d’un siècle quand la ville comptait plus de jardins que de constructions.
Vous pouvez vous balader dans cet espace vert depuis l’entrée ouest en passant devant une réplique du fameux pilier d’Ashoka. Cette colonne blanche surmontée de 4 lions dorés symbolise l’unité indienne réalisée par le grand Empereur au IIIème siècle avant notre ère. Elle apparait dans l’angle droit en bas des billets de banque indiens.
Les statues, peu inspirées, de plâtre coloré, réparties dans les herbes, représentent des divinités et des maires des temps passés. Puis dirigez-vous vers l’horloge d’aspect bien britannique à la sortie est du parc. La couronne britannique imposait sa vision du temps mais aussi ses horloges. C’est la raison pour laquelle l’Inde avance de 5 heures et demie sur le Royaume-Uni. Le brave Anglais n’avait besoin que de retourner sa montre pour lire l’heure de Londres ou celle de n’importe quel point de la lointaine colonie qu’il se trouve à Madras, Calcutta ou Bombay. Ainsi quand il est 13 heures à Londres, il est 18h30 en Inde. Elémentaire mon cher Watson !
Au-delà de l’horloge, la grille du parc s’ouvre sur une allée qui mène à la grande rue Raja Mutiah
Aujourd’hui je vous propose une balade insolite à Saidapet. Ce quartier populaire ne fait généralement pas partie des lieux touristiques. Loin des temples de Mylapore ou des bâtiments coloniaux de Egmore ou Park Town, des circuits restaurants et street food de Anna Nagar ou des parcs d’amusement de ECR, Saidapet a conservé quelques rares maisons traditionnelles et une ambiance de village.
Un peu excentré, mais desservi par le métro et le train, ce point d’entrée de la ville a accueilli des vagues de migrants. Il fait maintenant pleinement partie de Chennai. Y vivaient des tisserands et des générations de nouveaux arrivants dans la ville. Avec le temps, des cubes de béton tendent à remplacer les maisons coloniales et les constructions traditionnelles.
Longtemps considéré comme un bidonville pour les gens venus des campagnes, on y trouve néanmoins quelques bijoux comme un superbe temple à Shiva, une gare très art déco et un marché coloré.
Le marché de Saidapet
Les petites rues surpeuplées d’une foule d’acheteurs mènent à un des marchés les plus authentiques de Chennai. Le dimanche matin celui-ci bat son plein. Les étals se succèdent sur la rue principale. Des arches en fer érodé annoncent le dédale des petits marchands de poisson et de viande.
Une fois sorti du marché, on peut traverser la voie rapide par la passerelle et rejoindre la gare. On parvient alors à une esplanade animée par un petit temple très bruyant. Ici des vendeurs d’offrandes, de fleurs parfumées vous accompagnent jusqu’à l’énorme temple à Shiva qui fait la renommée du quartier.
Karaneeswarar Temple
On distingue sa Gopuram colorée avec ses 7 étages de fort loin.
Dédié à Karaneeswara – Shiva ( celui qui est à l’origine) il réplique un petit temple médiéval de Mylapore. Ici on l’associe à Swamambika (la déesse de prospérité- autre nom de Parvati). De ce fait, le temple symbolise bien être et prospérité. C’est aussi le lieu de culte privilégié des chauffeurs en détresse qui viennent y faire bénir leurs clés pour éviter les accidents. Avec le temple du « garde corps », dans le quartier de la gare, il est donc le lieu d’une exaltation religieuse toute particulière.
Le temple bruisse de la ferveur des fidèles. De plus petits sanctuaires à Ganapathi, Ganesh, Karthikeya, Murugan, patron du Sud de l’Inde se succèdent dans l’enceinte. Autrement dit, la famille divine de la région. Le petit sanctuaire Parivara honore d’ailleurs la famille. Le Devtas permet de prier devant les différents aspects du divin. Quant au Dwajasthamba c’est le mât qui symbolise la souveraineté et la présence divine. Il représente aussi la force de l’univers et lie le monde terrestre au royaume spirituel.
Malgré son apparence ancienne, ce temple ne remonte qu’à la fin du XIXème siècle. Il s’inspire néanmoins du style dravidien.
La rue qui y mène est bordée de petits vendeurs d’offrandes, et de kiosques à dosas. Le dimanche une grande table accueille les plus pauvres pour le repas.
Derrière le temple, un grand réservoir pourvoyait à l’approvisionnement en eau du quartier. Un bain dedans une nuit de pleine lune soignerait les maladies.
De la gare au quartier Populaire
On remonte une nouvelle fois le long de la très jolie gare Art deco de Saidapet. Un peu plus loin en face d’un autre petit temple coloré, une des rares maisons traditionnelles à pans de bois disparait peu à peu dans la marée alentour de cubes colorés et peu harmonieux. Juste à côté, une porte rouge s’ouvre sur la bibliothèque Mahatma Gandhi fondée en 1952. Bien que tous en Tamoul, les livres honorent la mémoire de la grande âme et des Freedom fighter qui ont combattu pour l’indépendance de l’Inde.
Dans la rue qui part à la perpendiculaire quelques maisons conservent un charme campagnard. Mais combien de temps vont elle encore lutter ? On passe le long d’autres temples multicolores pour atteindre le quartier musulman. Parmi les nombreuses mosquées, la plus connue ou Jama Masjid attire l’œil avec son minaret recouvert de petites faïences bleues. Construite au XVIIIe s par Saadatullah Khan, le premier des Nawabs de Nawayath Konkani à gouverner la zone, elle se trouve au fond d’une ruelle.
En revenant sur nos pas, on finit cette balade découverte de Saidapet à l’Hôtel Mari. Bien que miteux, l’établissement se targue d’avoir mis au point le vada curry, invention qui n’a pas franchement traversé les frontières du quartier et dont je vous laisse juge….
L’Inde compte trois « Toy Trains » considérés comme patrimoine mondial par l’Unesco. Ces Toy Trains historiques remontent au Raj britannique. Ils serpentent dans la montagne et offrent des paysages magnifiques. Outre la beauté environnementale ils représentent des chefs d’œuvre d’ingénierie de la fin du XIXe siècle.
Ces trains comprennent peu de wagons et il vaut mieux vous prémunir pour le pique-nique et les considérations sanitaires. Ils circulent en moyenne à 20km/h. Il ne faut donc pas s’étonner que la petite centaine de kilomètres séparant Kalka de Shimla prenne près de 5h.
Pour prendre des billets vous pouvez vous rendre sur le site IRCTC si vous êtes résident ou connaissez des Indiens. Sinon il vous faudra passer par un intermédiaire local et payer un peu plus cher.
L’un des « toy trains » à Darjeeling
Le superbe film de Wes Anderson m’avait donné envie d’emprunter le petit train de Darjeeling. Mais en revisionnant le film quelle ne fut pas ma surprise de constater que l’action se déroule en fait à… Jaipur. Le train emprunté par Adrian Brody et ses frères ne se trouve pas dans le nord du Bengale. La vision folklorique véhiculée ici correspond à une image occidentale fantasmée de l’Inde .
Dans les faits le toy train de Darjeeling part de New Jalpaiguri. De cette ville industrielle surpeuplée et très bengalie on rejoint Darjeeling en 5h. Depuis Chennai on rejoint New Jalpaiguri en 2h via l’aéroport de Bagdogra + 1h de taxi, à moins que vous ne trouviez un bus mais le coin est compliqué.
Le trajet vers Darjeeling
Si la lenteur du trajet fait peur on peut emprunter le petit train sur une portion seulement. Les agences proposent un AR vers Batavia depuis Darjeeling. Il ne s’agit pas ici d’une salade mais d’un village. C’est à ce niveau que pour rattraper la déclivité le train décrit un huit. Cet ouvrage d’ingénierie ferroviaire est considéré comme un chef d’œuvre.
Ce petit AR correspond à la section la plus spectaculaire. Il permet également de passer par les paysages les plus beaux. Mais on peut aussi rester dans le train pour descendre à Kurseong à 1500m d’altitude. Le trajet permet d’apprécier les collines parsemées de plantations de thé. On peut aussi s’amuser du parcours de ce train. Ses rails traversent parfois le milieu de la route ou longent celle-ci d’un côté puis de l’autre. Ce petit train passe dans des villages et donne à voir une Inde rurale extrêmement pittoresque.
Constitué de 2 ou 3 wagons il sert essentiellement à des fins touristiques. De ses grandes fenêtres on peut acheter de quoi grignoter sommairement le long du parcours. Il vaut mieux l’emprunter dans le sens de la montée pour profiter de l’arrivée fantastique sur Darjeeling. Un émerveillement.
Le petit train de Shimla
Le toy train de Shimla correspond à la volonté de relier la capitale du Raj à cette ville himalayenne. En 1864 en effet elle fut proclamée capitale d’été du Raj. A l’époque, la capitale du Raj se trouvait à Calcutta. Delhi la remplaça en 1931 seulement. Cette décision brutale poussa les Anglais à investir massivement pour permettre à la cour de se déplacer deux fois par an d’une ville à l’autre. Au passage ce déménagement fit du paisible village montagnard la capitale d’été du Raj puis celle de l’Himachal Pradesh après avoir été temporairement celle du Punjab au moment de la Partition.
On emprunte ce petit train dans une bourgade de l’Haryana à près d’une heure de distance de Chandigarh. Kalka se situe à quelques kilomètres des beaux jardins mogholes de Pinjore. Le trajet depuis cette gare dure 5 heures et traverse des paysages de montagne différents à mesure que l’on prend de l’altitude. A Kalka on est déjà à 650m et les paysages de l’Haryana restent arides. Plus haut, succède une végétation quasi méditerranéenne avec des pins parasols, des aloès Vera et autres plantes grasses.
Le train s’arrête un peu plus longuement à Barog après le plus grand tunnel du parcours. C’est le seul endroit où deux trains peuvent se croiser. C’est le moment d’un arrêt sanitaire. (il peut s’effectuer dans le train mais je ne le recommande pas). On peut aussi acheter des samossas ou sandwiches aux marchands qui se pressent aux fenêtres. Il ne faut en effet pas compter sur une restauration dans ce petit train qui compte quand même une dizaine de wagons joliment désuets. Les fenêtres grandes ouvertes pallient le manquent d’air conditionné. L’air se rafraîchit de toutes façons singulièrement à la montée.
De superbes paysages
La végétation change encore considérablement un peu avant Shimla à 2000m. Les montagnes deviennent plus impressionnantes et se couvrent de pins. L’on passe de ravissantes gares toutes conçues sur le même modèle et joliment peintes en bleu. L’arrivée au terminus est spectaculaire. La vue sur les montagnes est magnifique et la gare, relativement grande, de la capitale de l’Himachal Pradesh a été joliment refaite.
Le problème commence à la sortie puisque la petite route d’accès est complètement embouteillée. N’hésitez pas à prendre votre mal en patience, ou à attendre que les passagers soient tous sortis du train. Si vous n’êtes pas trop chargés remontez de la cuvette de la gare pour rejoindre la promenade aménagée à flanc de montagne. De là, vous pourrez prendre un taxi un peu plus loin ou l’ascenseur si vous voulez vraiment traverser la ville à pied.
A Ooty, le dernier de ces toy Trains
Le petit train des Nilgiris mène de Mettuyalam à Ooty . Il a été immortalisé dans le film Dil Se (pas vraiment un chef d’œuvre). Dans une scène bollywoodienne d’anthologie de près de 10mn. On y voit le cultissime Shah Rukh Khan se déhancher sur le toit et la plateforme de ce train scénique. Dieu merci la longue scène se trouve au début du film
Peut-être moins impressionnant techniquement que le train de Darjeeling ou celui de Shimla il a l’atout de traverser des plantations de thé. Il offre ainsi de magnifiques paysages. C’est aussi la gloire du Tamil Nadu alors que les 2 autres sont des trains himalayens.
Là encore on peut tronçonner le voyage. Car les 5h depuis Mettuyalam peuvent sembler longues. Même si Ooty ne m’a guère convaincue, Coonoor est magnifique et le tronçon d’1h entre les 2 hills stations est magnifique.
Un train à travers les plantations de thé
Le petit train bleu circule entre les plantations de thé. Moins de paysages spectaculaires que sur la portion Shimla ou de prouesses techniques que sur le train de Darjeeling. Mais un émerveillement constant à voir se succéder les collines à thé parsemées de forêts d’eucalyptus. Des bisons ou des singes traversent le paysage. Si les petites gares n’ont pas l’unité architecturale de la ligne de Shimla, en revanche les villages de maisons multicolores ajoutent beaucoup à la beauté du trajet.
Comparé aux deux autres Toy Trains qu’il vaut mieux emprunter dans le sens de la montée (vers Shimla ou vers Darjeeling) pour profiter du merveilleux paysage à l’arrivée, le sens importe peu entre Ooty et Coonoor. Ooty se situe à 300m plus haut. Cependant, La gare de Conoor est beaucoup plus belle. Je ne parle même pas ici de la ville charmante et de la campagne magnifique. En revanche Ooty embouteillée et congestionnée ne présente pas un intérêt majeur.
Voici un Kanchi bis pour compléter l’article de la semaine dernière. Je vous avais emmené dans la vieille ville visiter les temples les plus connus et les plus spectaculaires. Notamment l’immense Varadaraja Perumal, le célèbre Ekambaranatha dédié au Shiva terrestre et le Kamakshi Amman Temple, dédié à Shakti en plein centre-ville.
Cette semaine je vous propose une immersion dans la période Pallava (V- VIIIe siècles). Cette dynastie fit de Kanchipuram sa capitale et de Mahaballipuram son port. Les deux magnifiques temples dont je voudrais parler sont donc à mettre en parallèle avec l’art développé dans les temples du site Unesco.
Outre la beauté de ces deux temples aux fantastiques sculptures, vous apprécierez le calme de ce kanchi bis, par rapport au tumulte des grands temples déjà explorés la semaine passée.
Le temple Kailasanatha, essentiel de ce kanchi bis
On peut commencer par Kailasanatha, un temple du VIIe s dédié à Shiva. C’est l’un des plus anciens de Kanchipuram et l’un des premiers bâti avec une base en granit pour le sanctuaire et le Nandi blancs. Le reste a été construit en calcaire blond et adopte la forme et l’iconographie de la dynastie Pallava. On retrouve ainsi le lion emblématique d’échanges avec l’Extrême orient, déjà vu à Mahaballipuram.
Il apparait comme un modèle d’architecture dravidienne avec un mandapa d’entrée -mukha mandapa, un pour les réunions- maha mandapa et un saint des saints surmonté d’une vimana à 4 niveaux. Le sanctuaire central, lui, est entouré de 9 sanctuaires. Tout autour de la cour carrée s’articulent 28 cellules avec des reliefs de Shiva particulièrement anciens et magnifiques. On y trouve des traces de polychromie. Le temple est aussi connu pour ses nombreuses et très précoces inscriptions.
Quoique petit, ce temple est une pure merveille en terme de statuaire du VIIIe siècle. Les sculptures sont essentiellement Shivaïtes. Les fresques, parmi les plus anciennes du Tamil Nadu, à l’intérieur de certaines cellules assurent sa notoriété. On va retrouver le même type de sculptures dans le temple Vaikunthaperumal que nous irons visiter juste après.
Vaikunta Perumal Temple
Ce superbe temple Pallava du VIIIe s dédié à Vishnou se situe près du centre de la ville. On y accède via une grille. Elle s’ouvre sur un jardin bordé d’un réservoir vide. Une belle cour intérieure précède le magnifique sanctuaire dravidien entouré de reliefs de lions mais aussi d’un curieux fossé.
Ce temple est particulièrement important car c’est un des 108 Divya Desams dédié à Vishnou sur les 14 que compte Kanchipuram. En outre, c’est le second temple le plus ancien après Kailasanathar. Enfin, on en lit les louanges dans les hymnes tamouls des VI/ IXe siècle.
Bien qu’assez ramassé, il offre un programme iconographique étourdissant. Le clergé ici charmant, propose aux rares visiteurs de fermer les yeux sur les horaires, et de laisser rentrer dans le saint des saints en échange de quelques menues monnaies.
Par ailleurs, ce temple présente quelques spécificités comme la superposition de 3 sanctuaires les uns sur les autres avec 3 images de Vishnou dans 3 postures différentes. Cette superposition architecturale témoigne d’une maitrise développée depuis Mahaballipuram où les monuments sortaient de la pierre et commençaient seulement à être bâtis.
Ici, Vishnou apparait assis dans l’escalier, allongé au 1er étage. Au 2e étage, le Vishnou Murti debout a disparu mais l’escalier s’ouvre sur une terrasse. On peut circuler autour du bâtiment à chaque étage.
Comme au temple Kailasanatha, le motif emblématique Pallava du lion se répète. De nombreuses vignettes historiées évoquent la vie de Vishnou, et en parallèle celle du souverain bâtisseur de ce temple, ainsi que les différentes célébrations. Une restauration a eu lieu sous les Vijayanagar. Elle explique les différences de couleurs dans cet ensemble remarquable.
Néanmoins ne quittons pas ce Kanchi bis sans un dernier petit arrêt.
Au-delà des temples, la ville
le berceau, Kanchi Kudil, Kanchipuram
Pour les amateurs d’ethnologie, Kanchi Kudil, est une belle maison transformée en musée. On peut visiter moyennant une petite obole. Les pièces de vie d’une famille au sens large vivant sous le même toit sont bien préservées. De belles explications concernent justement la cohabitation dans le Tamil Nadu agricole. On y comprend mieux les stratégies de préservation des terres au sein d’une même famille. On y voit aussi les toits caractéristiques de la région à 7 épaisseurs de tuiles.
Le musée ethnographique de Kanchipuram
Kanchipuram est aussi connu pour sa soie de murier. Cinq mille familles travaillent a la fabrication de saree traditionnels. Malheureusement, les ateliers souvent petits ont migré hors de la ville et les invitations a voir le travail du tissage vous mènent immanquablement dans de grandes boutiques. L’expérience peut amuser ou lasser, à vous de voir…
Située à une bonne heure de route de Chennai, Kanchipuram offre une belle idée de visite pour la journée.
Kanchipuram, l’une des 7 villes sacrées d‘Inde
L’importance de Kanchipuram tient à son statut deSaptapuri. Parmi les 7 villes saintes d’Inde, Varanasi est la plus connue, Kanchipuram la seule au sud. Ces villes sacrées de l’Hindouisme apporteraient la Moksha (libération) à leurs pèlerins et surtout à ceux qui viennent y mourir.
Cette ancienne capitale des Pallavas a vécu son heure de gloire du VIe au VIIIe siècle. Pourtant certains temples sont plus tardifs et datent de l’Empire Chola ou de celui des Vijayanagar.
Aujourd’hui, cette ville poussiéreuse et bruyante a perdu de sa superbe et il faut fouiller dans le chaos pour y trouver du charme et y repérer les temples les plus importants. Elle en a conservé énormément, mais peut-être pas les 1000 vantés par les guides touristiques. D’ailleurs, tous ne valent pas la visite au point de vue artistique ou historique. Néanmoins la spiritualité reste saisissante.
Dans leur majorité, les prêtres locaux sont traditionnalistes, peu sympathiques et réfractaires à la présence d’étrangers. Il vaut donc mieux ne pas tenter d’enfreindre leurs ordres.
Pour des raisons pratiques, il vaut mieux partir à la journée en voiture ou recourir aux services d’un auto. Les distances peuvent être longues, la touffeur insupportable. Il est parfois difficile de s’orienter et un chauffeur voire un guide peuvent donner du sens à cette découverte.
Des agences proposent des matinées de folie à Kanchipuram en faisant visiter dix temples. Ce qui implique un lever aux aurores, car les édifices religieux ferment entre 12.30 et 16h. Comme le disent les locaux, les dieux font la sieste pendant ce temps.
Néanmoins, tous ne sont pas incontournables et pour éviter la saturation, voici une petite sélection maison. Aujourd’hui, je vous présenterai les trois temples les plus connus. La semaine prochaine nous visiterons les deux plus anciens (et, à mes yeux) plus beaux.
Le temple à Shakti, Kanakshi Amman Temple
Situé en plein centre-ville c’est l’un des hauts lieux de pèlerinage et de visite. Très fréquenté, on y accède à pied et par des portiques de sécurité. Son architecture imposante, son emplacement et son importance spirituelle expliquent la foule.
Tout ici tourne autour de la déesse Kamakshi, l’une des formes divines de Parvati, déesse de l’amour, de la fertilité et de la force. Ce temple est l’un des 51 Shakti Peethas ou sanctuaires sacrés construits autour des membres du corps sacré tombés du Ciel. C’est aussi le seul de la ville dédié à Shakti. Ici en l’occurrence aurait atterri le nombril divin. Le temple est donc l’un des centres les plus importants du Shaktisme au Tamil Nadu. On y célèbre la puissance féminine.
ShaktiTemple reservoir, Kanchipuram
Ce temple date du VIIème siècle, et de la dynastie Pallava qui avait fait de Kanchipuram sa capitale. Les Naalayira Divya Prabandham ou hymnes composés par des poètes sacrés Tamouls un siècle plus tard en font mention. Les Cholas ont pu le reconstruire et l’agrandir vers le XIVe. Puis les Vijayanagar entre les XIVe et XVIème siècle.
Une autre légende ne fait remonter la construction du temple qu’en 1565 à la chute de l’empire Vijayanagar. L’idole Kamakshi Amman aurait alors été transportée au travers de l’Inde du sud en quête d’un foyer permanent. Le temple daterait dans ce cas d’une construction plus tardive.
L’absence de documentation précise et les nombreuses reconstructions laissent comme toujours en Inde le champ libre à l’imagination. Ce même si la structure respecte le schéma dravidien avec ses nombreux sanctuaires et mandapas et son immense Gopuram (portail) d’accès jusqu’au spectaculaire réservoir à l’arrière. S’y mêle une iconographie typique des Vijayanagars.
Malheureusement les étrangers ne peuvent pas accéder au Saint des saints. On ne peut pas voir l’idole assise Kamakshi accompagnée de la sainte trinité Shiva, Vishnu, and Brahma.
C’est l’un des temples les plus célèbres et l’un des plus grands du Tamil Nadu. Il est dédié à Shiva sous sa forme Ekambareswara, terrestre. On a un peu l’impression de rentrer dans un immense enclos en jachère, d’où surgissent des sanctuaires plus ou moins fréquentés.
Ainsi, en partant sur la gauche, un réservoir vide précède un mandapa aux magnifiques sculptures. L’ensemble vient d’être restauré de couleurs vives, à la limite du flashy. Des barrières ont surgi pour réglementer le flot de visiteur.
Nandi, Temple Ekambaranathar Kanchipuram
Si l’on part tout droit après la première gopuram, on rentre dans le saint des saints. Les marchands du temple vous attendent et se succèdent jusqu’au mandapa vibrant d’animation. Là, on peut vous accoster pour vous proposer de pénétrer dans le sanctuaire. A moins que l’on ne vous force à acquitter les 100 roupies pour un darshan express. Ce droit d’entrée vous permettra de sauter la queue, parfois imposante. Surtout il vous permettra de rentrer dans le saint des Saints.
Puis vous pourrez longer l’immense corridor bordé de lingams. De magnifiques piliers sculptés de yalis attestent de la réfection du temple à l’époque de la dynastie Vijayanagar. De petits autels et des chariots et statues processionnels rangés mènent jusqu’à une courette dans laquelle survit un manguier soi-disant tri centenaire. L’on contourne ainsi le sanctuaire. Une véritable plongée dans l’atmosphère sacrée et de l’immensité du lieu.
Bien qu’initialement érigé sous l’Empire des Pallavas, le temple fut entièrement détruit et reconstruit à la fin de l’ère des Cholas. Au fil des siècles, la structure du temple a été améliorée, notamment par les rois Vijayanagar au XVème s.
Varadharaja Perumal Temple,
À l’est de Kanchipuram et un peu en extérieur, cet immense temple dédié à Vishnou peut clore une matinée de visites à Kanchipuram. C’est un des 108 Divya Desams, ces temples à Vishnou qui auraient été visités par les 12 poètes sacrés ou Alvars. C’est donc un des lieux les plus sacrés pour les Vaishnavites. On le repère de loin en raison de sa taille et surtout de la hauteur de la Gopuram d’accès. Le nom Perumal se réfère d’ailleurs à Vishnou.
C’est le plus grand temple de la ville avec 3 immenses cours ou prakarams, ses énormes gopurams, ses nombreux sanctuaires, et ses magnifiques madapams ou halls à piliers.
Il est d’ailleurs particulièrement réputé pour le mandapam de la première cour aux somptueuses sculptures accessible à tous. Considéré comme un musée, on accède à ce hall aux 1000 colonnes moyennant un paiement. Les piliers Yalis attestant de l’intervention des Vijayanagars. Communs dans le Sud de l’Inde, ils représentent des créatures mythiques, aux têtes d’éléphants ou de cheval mais aux corps léonins. Leur puissance protégeait les temples. Des sculptures illustrent le Ramayana et le Mahabharata dans cette salle magnifique, ouverte aux quatre vents.
Plus de 300 inscriptions rappellent que de nombreuses dynasties l’ont enrichi et embelli. Chola, Pandya, Kandavarayas, Cheras, Kakatiya, Sambuvaraya, Hoysala and Vijayanagara ont laissé leur empreinte. Elles attestent d’une fondation au XIe s et de travaux d’agrandissement notamment sous les Cholas au XIVe siècle.
Le clergé local, particulièrement radical, refuse farouchement l’accès des non hindous au sanctuaire. Les étrangers ne voient donc presque rien des différents bâtiments ou des richesses du lieu.
C’est dommage, le programme iconographique y est particulièrement riche, intéressant et varié. Il illustre les différentes et complexes légendes liées à Vishnou mais aussi des épisodes de l’histoire mouvementée de ce temple aux nombreux festivals.
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