Lady’s Garden

Le Ladys Garden est une sorte de bijou méconnu à Chennai. Il se cache en effet sur la grande rue Raja Muthiah juste après le stade Nehru. On l’atteint de l’autre côté à l’extrémité de la rue VP Hall Compound derrière un marché ancien et un parc disparus. Pour plus d’indications et une visite complète des lieux, je vous conseille mon magnifique audioguide.

Un marché disparu dans les flammes

Nous voici dans un quartier entièrement transformé au XIXe et au XXe siècles. A l’arrivée des Anglais, la forêt occupait les collines alentours. A l’époque, la grande avenue EVR Salai était un chemin de terre qui menait de Fort St Georges à l’est au village de Poonamallee. Un hameau se dressait tout près du mur qui doublait les fortifications. Il s’appelait Periamet, ce qui en Tamoul signifie « lieu où l’on perçoit la douane ». Il agissait donc en barrière d’octroi. Ces noms de villages existent encore dans les quartiers qui composent la zone devenue au XIXe siècle Park Town.

Car les colons britanniques transformèrent totalement le paysage et le jardin du marchand portugais João Pereira de Fari avec la construction de la gare centrale et du marché Moore. Ce dernier a lui-même disparu dans les années 1980 dans des conditions encore mystérieuses. C’est l’époque où la vacance du pouvoir municipal a laissé partir en fumée (ici en l’occurrence un incendie inexpliqué à ce jour) de nombreux bâtiments historiques, à la grande joie des spéculateurs immobiliers.

Il ne reste hélas rien de ce malheureux Moore Market, une belle construction indo-sarracénique sinon une malheureuse maquette perdue dans les immondices du parking entre la gare centrale et le Victoria Public hall. Son emplacement correspond au amas de voiture et à l’affreux bâtiment qui fait office de gare de banlieue. Le canal Buckingham transformé en égout à ciel ouvert sépare les deux gares d’un mur nauséabond. Derrière le Moore Market Bg dont seul le nom rappelle cette halle Baltard mauresque oubliée, sur la gauche, une jolie grille victorienne mène jusqu’à l’immense parking à deux-roues. Un vrai symbole du passage du temps.



Marché des livres d’occasion

Une sorte d’arche en métal indique l’entrée de ce marché en plein air entièrement dévolu aux livres anciens et d’occasion. Cet endroit est un paradis pour bibliophiles. Des rangées d’étals de fortune croulent sous les volumes de toute sorte. Une partie de l’histoire se déroule dans le remarquable roman d’Abraham Verghese “le pacte de l’eau”. On y trouve des livres universitaires déjà utilisés sur des sujets aussi variés que la médecine, le droit, la littérature ou les sciences humaines.

 Un autre vestige du People’s Park disparu se trouve caché à la vue de tous. Il s’agit du centre commercial Lily Pond, la mare aux nénuphars. Le complexe manque de charme malgré son joli nom évoquant les fleurs d’eau épanouies sur les plans d’eau qui ponctuaient cette zone de marécages. Néanmoins, si vous êtes fou de brocante c’est l’un des rares lieux de Chennai pour chiner.

La rue VP Hall compound correspond au chemin qui bordait le parc du peuple, People’s Park ouvert dans les années 1850. Ce fut l’un des premiers parcs d’Inde et il constitua le cœur vert de Madras durant de nombreuses décennies. Il s’enorgueillissait d’étangs parcourus par des bateaux, de pelouses taillées au cordeau et de grands boulevards bordés de rangées d’arbres.

Une balade à travers le People’s Park constituait le sommet de l’élégance, le loisir favori de l’élite citadine. Le parc marquait également la frontière extérieure de la Madras coloniale, le seuil au-delà duquel la ville s’étendait hors des murs du fort St Georges. La rue s’ouvre bientôt sur une clairière malheureusement envahie d’ordures et malodorante. Une grille marque l’entrée du jardin de Notre Dame « Our Lady’s Garden ».


Lady’s Garden

Le Lady’s Garden est l’unique vestige de ce qui fut l’immense parc du peuple. Situé tout d’abord au centre géographique de la ville, des portions du grand Parc accueillaient des collections « zoologiques et ornithologiques, cinq lacs, une fanfare, des terrains de football, de tennis et autres jeux ». En 1878, un gymnase s’y ajouta. A l’époque, la fanfare jouait deux fois par semaine dans le kiosque.

L’apogée du parc se situe dans les années1920. De nombreux évènements y avaient lieu. Parmi ceux-ci la foire de Madras ou bien la populaire Foire de Park Town et le Carnaval. La foire de l’association athlétique d’Inde du Sud représentait un des moments clé du calendrier social, ce jusqu’à la fin des années 1970.

Des attractions avaient beaucoup de succès comme les cascadeurs sur deux-roues dans un enclos ressemblant à un tonneau, des combats et le rekla, une attraction très locale. Il s’agissait d’une course de chars à deux roues.

Néanmoins, vers 1979, une grand partie du parc fut acquise par la compagnie de chemins de fer du sud qui souhaitait ajouter des rails et s’étendre vers la banlieue. Les pelouses furent recouvertes de constructions.

Le jardin officiel du Maire

My Lady’s Garden se trouvait au milieu de People’s Park. Il était et continue d’être le Jardin officiel du maire. Il conserve un charme sans équivalent avec des arbres centenaires et des statues des années 1930. Entre 1933 et 1973 il devint le lieu pour les réceptions du maire. S’y déroulaient également les festivals, comme celui des fleurs qui dura plus d’un siècle quand la ville comptait plus de jardins que de constructions.

Vous pouvez vous balader dans cet espace vert depuis l’entrée ouest en passant devant une réplique du fameux pilier d’Ashoka. Cette colonne blanche surmontée de 4 lions dorés symbolise l’unité indienne réalisée par le grand Empereur au IIIème siècle avant notre ère.  Elle apparait dans l’angle droit en bas des billets de banque indiens.

Les statues, peu inspirées, de plâtre coloré, réparties dans les herbes, représentent des divinités et des maires des temps passés. Puis dirigez-vous vers l’horloge d’aspect bien britannique à la sortie est du parc. La couronne britannique imposait sa vision du temps mais aussi ses horloges. C’est la raison pour laquelle l’Inde avance de 5 heures et demie  sur le Royaume-Uni. Le brave Anglais n’avait besoin que de retourner sa montre pour lire l’heure de Londres ou celle de n’importe quel point de la lointaine colonie qu’il se trouve à Madras, Calcutta ou Bombay. Ainsi quand il est 13 heures à Londres, il est 18h30 en Inde. Elémentaire mon cher Watson !

Au-delà de l’horloge, la grille du parc s’ouvre sur une allée qui mène à la grande rue Raja Mutiah

Saidapet

Aujourd’hui je vous propose une balade insolite à Saidapet. Ce quartier populaire ne fait généralement pas partie des lieux touristiques. Loin des temples de Mylapore ou des bâtiments coloniaux de Egmore ou Park Town, des circuits restaurants et street food de Anna Nagar ou des parcs d’amusement de ECR, Saidapet a conservé quelques rares maisons traditionnelles et une ambiance de village.

rare maison coloniale survivante dans saidapet

Un peu excentré, mais desservi par le métro et le train, ce point d’entrée de la ville a accueilli des vagues de migrants. Il fait maintenant pleinement partie de Chennai. Y vivaient des tisserands et des générations de nouveaux arrivants dans la ville. Avec le temps, des cubes de béton tendent à remplacer les maisons coloniales et les constructions traditionnelles.

petit temple Saidapet

Longtemps considéré comme un bidonville pour les gens venus des campagnes, on y trouve néanmoins quelques bijoux comme un superbe temple à Shiva, une gare très art déco et un marché coloré.

maison coloniale dans Saidapet

Le marché de Saidapet

marché de Saidapet

Les petites rues surpeuplées d’une foule d’acheteurs mènent à un des marchés les plus authentiques de Chennai. Le dimanche matin celui-ci bat son plein. Les étals se succèdent sur la rue principale. Des arches en fer érodé annoncent le dédale des petits marchands de poisson et de viande.

marché aux poissons Saidapet
marchande de fleurs marché de Saidapet

Une fois sorti du marché, on peut traverser la voie rapide par la passerelle et rejoindre la gare. On parvient alors à une esplanade animée par un petit temple très bruyant. Ici des vendeurs d’offrandes, de fleurs parfumées vous accompagnent jusqu’à l’énorme temple à Shiva qui fait la renommée du quartier.

Karaneeswarar Temple

On distingue sa Gopuram colorée avec ses 7 étages de fort loin.

Gopuram du grand temple à Karaneeswara Shiva Saidapet

Dédié à Karaneeswara – Shiva  ( celui qui est à l’origine) il réplique un petit temple médiéval de Mylapore. Ici on l’associe à Swamambika (la déesse de prospérité- autre nom de Parvati). De ce fait, le temple symbolise bien être et prospérité. C’est aussi le lieu de culte privilégié des chauffeurs en détresse qui viennent y faire bénir leurs clés pour éviter les accidents. Avec le temple du « garde corps », dans le quartier de la gare, il est donc le lieu d’une exaltation religieuse toute particulière.

Le temple bruisse de la ferveur des fidèles. De plus petits sanctuaires à Ganapathi, Ganesh, Karthikeya, Murugan, patron du Sud de l’Inde se succèdent dans l’enceinte. Autrement dit, la famille divine de la région. Le petit sanctuaire Parivara honore d’ailleurs la famille. Le Devtas permet de prier devant les différents aspects du divin. Quant au Dwajasthamba c’est le mât qui symbolise la souveraineté et la présence divine. Il représente aussi la force de l’univers et lie le monde terrestre au royaume spirituel.

 Malgré son apparence ancienne, ce temple ne remonte qu’à la fin du XIXème siècle. Il s’inspire néanmoins du style dravidien.

La rue qui y mène est bordée de petits vendeurs d’offrandes, et de kiosques à dosas. Le dimanche une grande table accueille les plus pauvres pour le repas.

Derrière le temple, un grand réservoir pourvoyait à l’approvisionnement en eau du quartier. Un bain dedans une nuit de pleine lune soignerait les maladies.

De la gare au quartier Populaire

Gare art déco de Saidapet

On remonte une nouvelle fois le long de la très jolie gare Art deco de Saidapet. Un peu plus loin en face d’un autre petit temple coloré, une des rares maisons traditionnelles à pans de bois disparait peu à peu dans la marée alentour de cubes colorés et peu harmonieux. Juste à côté, une porte rouge s’ouvre sur la bibliothèque Mahatma Gandhi fondée en 1952. Bien que tous en Tamoul, les livres honorent la mémoire de la grande âme et des Freedom fighter qui ont combattu pour l’indépendance de l’Inde.

rare maison de bois rescapée dans Saidapet
porte rouge de la Bibliothèque Gandhi

 Dans la rue qui part à la perpendiculaire quelques maisons conservent un charme campagnard. Mais combien de temps vont elle encore lutter ? On passe le long d’autres temples multicolores pour atteindre le quartier musulman. Parmi les nombreuses mosquées, la plus connue ou Jama Masjid attire l’œil avec son minaret recouvert de petites faïences bleues. Construite au XVIIIe s par Saadatullah Khan, le premier des Nawabs de Nawayath Konkani à gouverner la zone, elle se trouve au fond d’une ruelle.

mosquée bleue de Saidapet

En revenant sur nos pas, on finit cette balade découverte de Saidapet à l’Hôtel Mari. Bien que miteux, l’établissement se targue d’avoir mis au point le vada curry, invention qui n’a pas franchement traversé les frontières du quartier et dont je vous laisse juge….

Hôtel Mari
le vada curry

Toy Trains

L’Inde compte trois « Toy Trains » considérés comme patrimoine mondial par l’Unesco. Ces Toy Trains historiques remontent au Raj britannique. Ils serpentent dans la montagne et offrent des paysages magnifiques. Outre la beauté environnementale ils représentent des chefs d’œuvre d’ingénierie de la fin du XIXe siècle.

Ces trains comprennent peu de wagons et il vaut mieux vous prémunir pour le pique-nique et les considérations sanitaires. Ils circulent en moyenne à 20km/h. Il ne faut donc pas s’étonner que la petite centaine de kilomètres séparant Kalka de Shimla prenne près de 5h.

toy train à Darjeeling

Pour prendre des billets vous pouvez vous rendre sur le site IRCTC si vous êtes résident ou connaissez des Indiens. Sinon il vous faudra passer par un intermédiaire local et payer un peu plus cher.

L’un des « toy trains » à Darjeeling

Le superbe film de Wes Anderson m’avait donné envie d’emprunter le petit train de Darjeeling. Mais en revisionnant le film quelle ne fut pas ma surprise de constater que l’action se déroule en fait à… Jaipur. Le train emprunté par Adrian Brody et ses frères ne se trouve pas dans le nord du Bengale. La vision folklorique véhiculée ici correspond à une image occidentale fantasmée de l’Inde .

Dans les faits le toy train de Darjeeling part de New Jalpaiguri. De cette ville industrielle surpeuplée et très bengalie on rejoint Darjeeling en 5h. Depuis Chennai on rejoint New Jalpaiguri en 2h via l’aéroport de Bagdogra + 1h de taxi, à moins que vous ne trouviez un bus mais le coin est compliqué.

Temple à Batavia

Le trajet vers Darjeeling

 Si la lenteur du trajet fait peur on peut emprunter le petit train sur une portion seulement. Les agences proposent un AR vers Batavia depuis Darjeeling. Il ne s’agit pas ici d’une salade mais d’un village. C’est à ce niveau que pour rattraper la déclivité le train décrit un huit. Cet ouvrage d’ingénierie ferroviaire est considéré comme un chef d’œuvre.

Darjeeling

Ce petit AR correspond à la section la plus spectaculaire. Il permet également de passer par les paysages les plus beaux. Mais on peut aussi rester dans le train pour descendre à Kurseong à 1500m d’altitude. Le trajet permet d’apprécier les collines parsemées de plantations de thé. On peut aussi s’amuser du parcours de ce train. Ses rails traversent parfois le milieu de la route ou longent celle-ci d’un côté puis de l’autre. Ce petit train passe dans des villages et donne à voir une Inde rurale extrêmement pittoresque.

gare sur la ligne Darjeeling

Constitué de 2 ou 3 wagons il sert essentiellement à des fins touristiques. De ses grandes fenêtres on peut acheter de quoi grignoter sommairement le long du parcours. Il vaut mieux l’emprunter dans le sens de la montée pour profiter de l’arrivée fantastique sur Darjeeling. Un émerveillement.

Gare de Kurseong

Le petit train de Shimla

Le toy train de Shimla correspond à la volonté de relier la capitale du Raj à cette ville himalayenne. En 1864 en effet elle fut proclamée capitale d’été du Raj. A l’époque, la capitale du Raj se trouvait à Calcutta. Delhi la remplaça en 1931 seulement. Cette décision brutale poussa les Anglais à investir massivement pour permettre à la cour de se déplacer deux fois par an d’une ville à l’autre. Au passage ce déménagement fit du paisible village montagnard la capitale d’été du Raj puis celle de l’Himachal Pradesh après avoir été temporairement celle du Punjab au moment de la Partition.

gare sur la ligne Kalka Shimla

On emprunte ce petit train dans une bourgade de l’Haryana à près d’une heure de distance de Chandigarh. Kalka se situe à quelques kilomètres des beaux jardins mogholes de Pinjore. Le trajet depuis cette gare dure 5 heures et traverse des paysages de montagne différents à mesure que l’on prend de l’altitude. A Kalka on est déjà à 650m et les paysages de l’Haryana restent arides. Plus haut, succède une végétation quasi méditerranéenne avec des pins parasols, des aloès Vera et autres plantes grasses.

arrêt technique du toy train de Shimla

Le train s’arrête un peu plus longuement à Barog après le plus grand tunnel du parcours. C’est le seul endroit où deux trains peuvent se croiser. C’est le moment d’un arrêt sanitaire. (il peut s’effectuer dans le train mais je ne le recommande pas). On peut aussi acheter des samossas ou sandwiches aux marchands qui se pressent aux fenêtres. Il ne faut en effet pas compter sur une restauration dans ce petit train qui compte quand même une dizaine de wagons joliment désuets. Les fenêtres grandes ouvertes pallient le manquent d’air conditionné. L’air se rafraîchit de toutes façons singulièrement à la montée.

train Kalka Shimla

De superbes paysages

La végétation change encore considérablement un peu avant Shimla à 2000m. Les montagnes deviennent plus impressionnantes et se couvrent de pins. L’on passe de ravissantes gares toutes conçues sur le même modèle et joliment peintes en bleu. L’arrivée au terminus est spectaculaire. La vue sur les montagnes est magnifique et la gare, relativement grande, de la capitale de l’Himachal Pradesh a été joliment refaite.

Shimla

Le problème commence à la sortie puisque la petite route d’accès est complètement embouteillée. N’hésitez pas à prendre votre mal en patience, ou à attendre que les passagers soient tous sortis du train. Si vous n’êtes pas trop chargés remontez de la cuvette de la gare pour rejoindre la promenade aménagée à flanc de montagne. De là, vous pourrez  prendre un taxi un peu plus loin ou l’ascenseur si vous voulez vraiment traverser la ville à pied.

paysage près de Shimla

A Ooty, le dernier de ces toy Trains

Le petit train des Nilgiris mène de Mettuyalam à Ooty . Il a été immortalisé dans le film Dil Se (pas vraiment un chef d’œuvre). Dans une scène bollywoodienne d’anthologie de près de 10mn. On y voit le cultissime Shah Rukh Khan se déhancher sur le toit et la plateforme de ce train scénique. Dieu merci la longue scène se trouve au début du film

 Peut-être moins impressionnant techniquement que le train de Darjeeling ou celui de Shimla il a l’atout de traverser des plantations de thé. Il offre ainsi de magnifiques paysages. C’est aussi la gloire du Tamil Nadu alors que les 2 autres sont des trains himalayens.

train de Ooty

Là encore on peut tronçonner le voyage. Car les 5h depuis Mettuyalam peuvent sembler longues. Même si Ooty ne m’a guère convaincue, Coonoor est magnifique et le tronçon d’1h entre les 2 hills stations est magnifique.

Un train à travers les plantations de thé

for6et près de Ooty

Le petit train bleu circule entre les plantations de thé. Moins de paysages spectaculaires que sur la portion Shimla ou de prouesses techniques que sur le train de Darjeeling. Mais un émerveillement constant à voir se succéder les collines à thé parsemées de forêts d’eucalyptus. Des bisons ou des singes traversent le paysage. Si les petites gares n’ont pas l’unité architecturale de la ligne de Shimla, en revanche les villages de maisons multicolores ajoutent beaucoup à la beauté du trajet.

plantations de thé près de Coonoor

Comparé aux deux autres Toy Trains qu’il vaut mieux emprunter dans le sens de la montée (vers Shimla ou vers Darjeeling) pour profiter du merveilleux paysage à l’arrivée, le sens importe peu entre Ooty et Coonoor. Ooty se situe à 300m plus haut. Cependant, La gare de Conoor est beaucoup plus belle. Je ne parle même pas ici de la ville charmante et de la campagne magnifique. En revanche Ooty embouteillée et congestionnée ne présente pas un intérêt majeur.

gare de Coonoor

Kanchipuram bis

Voici un Kanchi bis pour compléter l’article de la semaine dernière. Je vous avais emmené dans la vieille ville visiter les temples les plus connus et les plus spectaculaires. Notamment l’immense Varadaraja Perumal, le célèbre Ekambaranatha dédié au Shiva terrestre et le Kamakshi Amman Temple, dédié à Shakti en plein centre-ville.

Cette semaine je vous propose une immersion dans la période Pallava (V- VIIIe siècles). Cette dynastie fit de Kanchipuram sa capitale et de Mahaballipuram son port. Les deux magnifiques temples dont je voudrais parler sont donc à mettre en parallèle avec l’art développé dans les temples du site Unesco.

Outre la beauté de ces deux temples aux fantastiques sculptures, vous  apprécierez le calme de ce kanchi bis, par rapport au tumulte des grands temples déjà explorés la semaine passée.

Le temple Kailasanatha, essentiel de ce kanchi bis

On peut commencer par Kailasanatha, un temple du VIIe s dédié à Shiva. C’est l’un des plus anciens de Kanchipuram et l’un des premiers bâti avec une base en granit pour le sanctuaire et le Nandi blancs. Le reste a été construit en calcaire blond et adopte la forme et l’iconographie de la dynastie Pallava. On retrouve ainsi le lion emblématique d’échanges avec l’Extrême orient, déjà vu à Mahaballipuram.

 Il apparait comme un modèle d’architecture dravidienne avec un mandapa d’entrée -mukha mandapa, un pour les réunions- maha mandapa et un saint des saints surmonté d’une vimana à 4 niveaux. Le sanctuaire central, lui, est entouré de 9 sanctuaires. Tout autour de la cour carrée s’articulent 28 cellules avec des reliefs de Shiva particulièrement anciens et magnifiques. On y trouve des traces de polychromie.  Le temple est aussi connu pour ses nombreuses et très précoces inscriptions.

traces de poychromie au temple Kailasanatha de Kanchipuram

Quoique petit, ce temple est une pure merveille en terme de statuaire du VIIIe siècle. Les sculptures sont essentiellement Shivaïtes. Les fresques, parmi les plus anciennes du Tamil Nadu, à l’intérieur de certaines cellules assurent sa notoriété. On va retrouver le même type de sculptures dans le temple Vaikunthaperumal que nous irons visiter juste après.

Vaikunta Perumal Temple

Ce superbe temple Pallava du VIIIe s dédié à Vishnou se situe près du centre de la ville. On y accède via une grille. Elle s’ouvre sur un jardin bordé d’un réservoir vide. Une belle cour intérieure précède le magnifique sanctuaire dravidien entouré de reliefs de lions mais aussi d’un curieux fossé.

Ce temple est particulièrement important car c’est un des 108 Divya Desams dédié à Vishnou sur les 14 que compte Kanchipuram. En outre, c’est le second temple le plus ancien après Kailasanathar. Enfin, on en lit les louanges dans les hymnes tamouls des VI/ IXe siècle.

Bien qu’assez ramassé, il offre un programme iconographique étourdissant. Le clergé ici charmant, propose aux rares visiteurs de fermer les yeux sur les horaires, et de laisser rentrer dans le saint des saints en échange de quelques menues monnaies.

Par ailleurs, ce temple présente quelques spécificités comme la superposition de 3 sanctuaires les uns sur les autres avec 3 images de Vishnou dans 3 postures différentes. Cette superposition architecturale témoigne d’une maitrise développée depuis Mahaballipuram où les monuments sortaient de la pierre et commençaient seulement à être bâtis.

 Ici, Vishnou apparait assis dans l’escalier, allongé au 1er étage. Au 2e étage, le Vishnou Murti debout a disparu mais l’escalier s’ouvre sur une terrasse. On peut circuler autour du bâtiment à chaque étage.

Comme au temple Kailasanatha, le motif emblématique Pallava du lion se répète. De nombreuses vignettes historiées évoquent la vie de Vishnou, et en parallèle celle du souverain bâtisseur de ce temple, ainsi que les différentes célébrations. Une restauration a eu lieu sous les Vijayanagar. Elle explique les différences de couleurs dans cet ensemble remarquable.

Néanmoins ne quittons pas ce Kanchi bis sans un dernier petit arrêt.

Au-delà des temples, la ville

le berceau, Kanchi Kudil, Kanchipuram

Pour les amateurs d’ethnologie, Kanchi Kudil, est une belle maison transformée en musée. On peut visiter moyennant une petite obole. Les pièces de vie d’une famille au sens large vivant sous le même toit sont bien préservées. De belles explications concernent justement la cohabitation dans le Tamil Nadu agricole. On y comprend mieux les stratégies de préservation des terres au sein d’une même famille. On y voit aussi les toits caractéristiques de la région à 7 épaisseurs de tuiles.

Le musée ethnographique de Kanchipuram

Kanchipuram est aussi connu pour sa soie de murier. Cinq mille familles travaillent a la fabrication de saree traditionnels. Malheureusement, les ateliers souvent petits ont migré hors de la ville et les invitations a voir le travail du tissage vous mènent immanquablement dans de grandes boutiques. L’expérience peut amuser ou lasser, à vous de voir…

Kanchi Kudil, maison musée de Kanchipuram

Kanchipuram

Située à une bonne heure de route de Chennai, Kanchipuram offre une belle idée de visite pour la journée.

Kanchipuram, l’une des 7 villes sacrées d‘Inde

L’importance de Kanchipuram tient à son statut de Saptapuri. Parmi les 7 villes saintes d’Inde, Varanasi est la plus connue, Kanchipuram la seule au sud. Ces villes sacrées de l’Hindouisme apporteraient la Moksha (libération) à leurs pèlerins et surtout à ceux qui viennent y mourir.

Cette ancienne capitale des Pallavas a vécu son heure de gloire du VIe au VIIIe siècle. Pourtant certains temples sont plus tardifs et datent de l’Empire Chola ou de celui des Vijayanagar.

Aujourd’hui, cette ville poussiéreuse et bruyante a perdu de sa superbe et il faut fouiller dans le chaos pour y trouver du charme et y repérer les temples les plus importants. Elle en a conservé énormément, mais peut-être pas les 1000 vantés par les guides touristiques. D’ailleurs, tous ne valent pas la visite au point de vue artistique ou historique. Néanmoins la spiritualité reste saisissante.

Dans leur majorité, les prêtres locaux sont traditionnalistes, peu sympathiques et réfractaires à la présence d’étrangers. Il vaut donc mieux ne pas tenter d’enfreindre leurs ordres.

Pour des raisons pratiques, il vaut mieux partir à la journée en voiture ou recourir aux services d’un auto. Les distances peuvent être longues, la touffeur insupportable. Il est parfois difficile de s’orienter et un chauffeur voire un guide peuvent donner du sens à cette découverte.

Des agences proposent des matinées de folie à Kanchipuram en faisant visiter dix temples. Ce qui implique un lever aux aurores, car les édifices religieux ferment entre 12.30 et 16h. Comme le disent les locaux, les dieux font la sieste pendant ce temps.

Néanmoins, tous ne sont pas incontournables et pour éviter la saturation, voici une petite sélection maison. Aujourd’hui, je vous présenterai les trois temples les plus connus. La semaine prochaine nous visiterons les deux plus anciens (et, à mes yeux) plus beaux.

Le temple à Shakti, Kanakshi Amman Temple

Situé en plein centre-ville c’est l’un des hauts lieux de pèlerinage et de visite. Très fréquenté, on y accède à pied et par des portiques de sécurité. Son architecture imposante, son emplacement et son importance spirituelle expliquent la foule.

Tout ici tourne autour de la déesse Kamakshi, l’une des formes divines de Parvati, déesse de l’amour, de la fertilité et de la force. Ce temple est l’un des 51 Shakti Peethas ou sanctuaires sacrés construits autour des membres du corps sacré tombés du Ciel. C’est aussi le seul de la ville dédié à Shakti.  Ici en l’occurrence aurait atterri le nombril divin. Le temple est donc l’un des centres les plus importants du Shaktisme au Tamil Nadu. On y célèbre la puissance féminine.

ShaktiTemple reservoir, Kanchipuram

Ce temple date du VIIème siècle, et de la dynastie Pallava qui avait fait de Kanchipuram sa capitale. Les Naalayira Divya Prabandham ou hymnes composés par des poètes sacrés Tamouls un siècle plus tard en font mention. Les Cholas ont pu le reconstruire et l’agrandir vers le XIVe. Puis les Vijayanagar entre les XIVe et XVIème siècle.

Une autre légende ne fait remonter la construction du temple qu’en 1565 à la chute de l’empire Vijayanagar. L’idole Kamakshi Amman aurait alors été transportée au travers de l’Inde du sud en quête d’un foyer permanent. Le temple daterait dans ce cas d’une construction plus tardive.

L’absence de documentation précise et les nombreuses reconstructions laissent comme toujours en Inde le champ libre à l’imagination. Ce même si la structure respecte le schéma dravidien avec ses nombreux sanctuaires et mandapas et son immense Gopuram (portail) d’accès jusqu’au spectaculaire réservoir à l’arrière. S’y mêle une iconographie typique des Vijayanagars.

Malheureusement les étrangers ne peuvent pas accéder au Saint des saints. On ne peut pas voir l’idole assise  Kamakshi accompagnée de la sainte trinité Shiva, Vishnu, and Brahma.

L’incontournable temple Ekambaranathar

C’est l’un des temples les plus célèbres et l’un des plus grands du Tamil Nadu. Il est dédié à Shiva sous sa forme Ekambareswara, terrestre. On a un peu l’impression de rentrer dans un immense enclos en jachère, d’où surgissent des sanctuaires plus ou moins fréquentés.

Ainsi, en partant sur la gauche, un réservoir vide précède un mandapa aux magnifiques sculptures. L’ensemble vient d’être restauré de couleurs vives, à la limite du flashy. Des barrières ont surgi pour réglementer le flot de visiteur.

Nandi, Temple Ekambaranathar Kanchipuram

Si l’on part tout droit après la première gopuram, on rentre dans le saint des saints. Les marchands du temple vous attendent et se succèdent jusqu’au mandapa vibrant d’animation. Là, on peut vous accoster pour vous proposer de pénétrer dans le sanctuaire. A moins que l’on ne vous force à acquitter les 100 roupies pour un darshan express. Ce droit d’entrée vous permettra de sauter la queue, parfois imposante. Surtout il vous permettra de rentrer dans le saint des Saints.

Puis vous pourrez longer l’immense corridor bordé de lingams. De magnifiques piliers sculptés de yalis attestent de la réfection du temple à l’époque de la dynastie Vijayanagar. De petits autels et des chariots et statues processionnels rangés mènent jusqu’à une courette dans laquelle survit un manguier soi-disant tri centenaire. L’on contourne ainsi le sanctuaire. Une véritable plongée dans l’atmosphère sacrée et de l’immensité du lieu.

Bien qu’initialement érigé sous l’Empire des Pallavas, le temple fut entièrement détruit et reconstruit à la fin de l’ère des Cholas. Au fil des siècles, la structure du temple a été améliorée, notamment par les rois Vijayanagar au XVème s.

Varadharaja Perumal Temple,

À l’est de Kanchipuram et un peu en extérieur, cet immense temple dédié à Vishnou peut clore une matinée de visites à Kanchipuram. C’est un des 108 Divya Desams, ces temples à Vishnou qui auraient été visités par les 12 poètes sacrés ou Alvars. C’est donc un des lieux les plus sacrés pour les Vaishnavites. On le repère de loin en raison de sa taille et surtout de la hauteur de la Gopuram d’accès. Le nom Perumal se réfère d’ailleurs à Vishnou.

C’est le plus grand temple de la ville avec 3 immenses cours ou prakarams, ses énormes gopurams, ses nombreux sanctuaires, et ses magnifiques madapams ou halls à piliers.

Il est d’ailleurs particulièrement réputé pour le mandapam de la première cour aux somptueuses sculptures accessible à tous. Considéré comme un musée, on accède à ce hall aux 1000 colonnes moyennant un paiement. Les piliers Yalis attestant de l’intervention des Vijayanagars. Communs dans le Sud de l’Inde, ils représentent des créatures mythiques, aux têtes d’éléphants ou de cheval mais aux corps léonins. Leur puissance protégeait les temples. Des sculptures illustrent le Ramayana et le  Mahabharata dans cette salle magnifique, ouverte aux quatre vents.

Plus de 300 inscriptions rappellent que de nombreuses dynasties l’ont enrichi et embelli. Chola, Pandya, Kandavarayas, Cheras, Kakatiya, Sambuvaraya, Hoysala and Vijayanagara ont laissé leur empreinte. Elles attestent d’une fondation au XIe s et de travaux d’agrandissement notamment sous les Cholas au XIVe siècle.

Le clergé local, particulièrement radical, refuse farouchement l’accès des non hindous au sanctuaire. Les étrangers ne voient donc presque rien des différents bâtiments ou des richesses du lieu.

C’est dommage, le programme iconographique y est particulièrement riche, intéressant et varié. Il illustre les différentes et complexes légendes liées à Vishnou mais aussi des épisodes de l’histoire mouvementée de ce temple aux nombreux festivals.

Ripon Building

Cet article insiste sur le Ripon building, déjà évoqué brièvement lors de ma promenade dans Parktown.

 Il fait suite à une visite organisée par un des très bons historiens de la ville. V Sriram est l’auteur d’une somme sur Chennai. On peut suivre ses présentations passionnantes et pleines de verve sen ligne.

Histoire du Ripon Building

Le Ripon Building a été inauguré en 1913. Il loge la Corporation de Madras. Une charte royale spéciale, accordée à la compagnie des Indes orientales, se trouve à l’origine de cette corporation. Elle remonte à 1688. C’est la plus ancienne concédée hors du Royaume Uni.

clock tower, Ripon Bg

Cette Corporation correspond au gouvernement de Madras. Aujourd’hui appelée Greater Chennai Corporation (GCC), elle s’occupe de l’administration de la ville et comprend le maire et les conseillers municipaux .

entrée de la salle du conseil (on ne peut pas photographier à l'intérieur)

Les premiers bureaux se situaient dans Fort Saint Georges. La ville déborda rapidement des murs vers Georgetown.

Au XIXeme, le centre commercial s’était déplacé vers l’actuelle Anna Salai. Le centre administratif ne tarda pas à migrer vers Parktown, point de convergence des routes. Cette zone arborée présentait un intérêt stratégique.

Un nouvel emplacement

 La gare centrale venait d’y ouvrir en 1875 reliant Madras à toutes les grandes villes de l’Empire des Indes. Le Victoria Public Hall ne tarda pas à la rejoindre. Sa structure de briques de style néo roman servait de salle de concert et de spectacles. Peu à peu, le People’s Park se mitait. Bientôt des auberges destinées aux voyageurs hindous et musulmans complétèrent le quartier. Dans ce contexte, naquit l’idée de construire un hôtel de ville à la mesure de Madras.

vue depuis le Ripon bg, on voit VP Hall et la gare au loin

En effet, dans les années 1910, le bâtiment de la corporation était trop petit pour une ville en pleine croissance.  D’ailleurs le bâtiment final est plus gros que celui qui avait été initialement prévu sur les plans.

facade du Ripon bg

Le reste du parc disparut avec la construction du stade Nehru en 1950 et le déménagement du zoo. Le coup de grâce fut l’incendie mystérieux mais opportun pour les spéculateurs du Moore Market en 1985.

Le feu libéra l’espace pour la construction complexe de bureaux et un terminal de trains de banlieues Aujourd’hui, Il ne reste du parc que le jardin privé du maire. Le souvenir des petits étangs ne perdure que dans le nom du Lily Pond Complex.

Architecture du Ripon Building

Le bâtiment repose sur des centaines de puits creusés dans le sol marécageux pour atteindre la roche et stabiliser l’édifice. Remplis de béton au moment du creusement du métro, ils en assurent la stabilité. En effet le Ripon Building se fissurait complètement sous l’effet des travaux. C’est une méthode utilisée pour tous les édifices de la ville. Le 1er bâtiment construit sur puits est l’église st Andrew que l’on voit depuis la terrasse. D’ailleurs la tour de l’horloge ici répondait au clocher de l’église des Ecossais.

Le discours de Sriram est celui d’un historien indien. Il donne les dimensions du Ripon Building.  Il évoque aussi les commissionnaires aux noms imprononçables. En bonne française, j’avoue que je me livrerais plutôt à un couplet sur le style du bâtiment. Et il y a de quoi dire pour un esprit européen habitué au classicisme.

Car ces colonnades blanches tranchent avec l’architecture locale mais aussi avec les constructions civiles de l’époque britannique en brique rouge et de style indo-sarracénique.

Le Ripon Building constitue en effet le meilleur exemple de ce que les Britanniques appellent le néo-palladianisme. Il s’agit d’édifices classiques recouverts de plâtre blanc dont la façade s’orne de colonnes.

Le Jardin

Dans ce quartier en pleine effervescence, le jardin autour du Ripon Building offre un oasis de paix.  Entouré de belles constructions coloniales, tels les caravanserails, le Victoria Public Hall, il se trouve au centre de ce qui pourrait devenir la promenade heritage de Chennai.

Ce jardin s’enorgueillit de statues. La plus importantes se trouve sur la gauche lorsque l’on fait face au Ripon Building. Il s’agit de celle de Lord Ripon.

 Etrangement c’est une souscription indienne qui a financé le monument à ce gouverneur anglais. Seul gouverneur à avoir vu le jour au 10 Downing Street, il était catholique et convaincu de l’importance de l’autonomie indienne. Ses positions politiques et religieuses lui ont attiré la sympathie des locaux mais pas des colons. Sa loi pour que des juges locaux puissant juger des crimes commis par des Britanniques ne fut ainsi pas du goût de la couronne. Il finit d’ailleurs sa vie comme simple maire de son petit village anglais Ripon.

statue de Ripon

En revanche, la population tamoule offrit en 1909 cette effigie au père du gouvernement local. Il marque aussi le début des statues réalisées en Inde et non plus dans la mère patrie.

Dans le jardin se trouvent 3 autres statues de commissionnaires. L’un d’entre eux, avec son turban Chettiar, porte l’habit de maire et une chaine avec leRripon Building en pendentif.

statue d'édile

Visite intérieure du Ripon Building

A l’intérieur, on peut admirer l’architecture, avec des colonnes d’ordre ionique et corinthien. On peut observer le plafond à la Madras, en fait un plafond que nous appellerions à la française (de poutres) mais reposant sur des traverses métalliques. Les poutres sont également en métal, ôde à la modernité victorienne. D’autant que l’acier venait d’Angleterre et assurait donc des débouchés aux industries britanniques.  Sriram ironise sur la générosité des « good Britishs ».

interieur du Ripon Bg , cour

Toutes les pièces s’ouvrent sur des vérandas pour garantir une ventilation naturelle. Les courants d’air assuraient une relative fraicheur. Celle-ci est si efficace qu’il a fallu calfeutrer les fenêtres dans les pièces équipées d’air conditionné.

On dépasse la pierre inaugurale pour pénétrer dans le hall qui débouche sur le 1er des grands escaliers d’honneur. Dans ce hall, un canon fait face à Conran Smith, commissionnaire investi dans l’éducation. Ce monsieur insista sur la création d’écoles y compris dans les quartiers pauvres et la formation de groupes de boy scouts.

statue de Conran Smith

Cette partie de l’édifice n’a pas subi d’altérations. Le maire y entre toujours précédé d’un page porteur de sceptre, suivant la pompe britannique. D’emblée tout était prévu, des uniformes des hauts fonctionnaires à ceux des femmes de ménage. Le tissu, la forme la couleur, tout correspondait à une étiquette. Le sceptre établissait l’autorité. En 1688, aux débuts de la Corporation, le maire était aussi en charge de la justice. Puis la fonction de sheriff apparut. Le sheriff s’occupait de produire les criminels à la cour. Cette fonction a aujourd’hui disparue.

L’escalier

La rambarde se termine par une boule d’escalier en bois en forme de sceptre. Sur le premier palier, se détache le logo de 1950. Il n’a pas changé depuis. On y voit le tigre chola mais aussi les emblèmes cheras et pandyas. On rend ici hommage aux anciennes dynasties locales.

blason de chennai

Avant 1950 l’emblème était différent. Lié à la fondation britannique de la cité, c’était un classique st Georges terrassant le dragon. On en voit un exemple dans la salle du conseil dans laquelle les photos sont malheureusement interdites.

grand escalier

Les étages

Le bureau du commisssionnaire

On passe dans le bureau en réfection du commissionnaire. Il est sans intérêt architectural. Mai, c’est l’occasion de rappeler les fonctions du maire de la Corporation. Celui-ci a en charge la sécurité de la ville, des parcs, l’éducation, la voirie. L’approvisionnement en eau. L’entretien des bidonvilles et les ordures ont été transférées à la région. Comme le souligne Sriram en riant jaune il est vrai que les deux sujets ont malheureusement tendance à se superposer en Inde. La population continue à confondre cours d’eau et dépotoirs. Dans les responsabilités du maire il y avait même les lieux de défécation libre, gros problème ici.

plaque du Commissionaire

Les rares indiens siégeant dans les premiers conseils disparurent dès le XVIIe pour ne revenir qu’a la fin du XIXe uniquement en tant que conseillers. L’exécutif restait aux mains des Anglais. D’ ailleurs il y avait une séparation des pouvoirs entre ville blanche et ville noire.

La chambre du Conseil

La chambre du conseil reprend les motifs de la Bibliothèque Connemara, du théâtre du musée construits par Irwin, architecte connu pour le palais du vice Roy et le Town hall de Shimla. Malheureusement, son successeur Harris n’eut de cesse que de détruire l’œuvre de son prédécesseur. Ainsi, au musée, il abattit les tours sous prétexte que le sol instable ne les soutenait pas.

Ici le maire est moins important que le commissionnaire. Le premier occupe une fonction cérémonielle, alors que le second est en charge du pouvoir exécutif. Le siège du maire est une réplique de celui du maire de Londres. Sa chaise de bois monobloc date de 1931. De grands débats ont été livrés dans cette pièce. Sriram évoque la visite de Gandhi qui aurait prétendu que Chennai était la ville la plus sale de sa connaissance. Les maires alternent de manière cyclique en fonction des castes

devant le bureau du maire

Entre 1973 et 2006, la ville connut une vacance de conseil qui aboutit à une croissance anarchique et chaotique dont elle peine à se remettre.

Temples Tamouls

Pourquoi un article général sur les temples Tamouls ?  C’est qu’à Chennai, on en trouve à tous les coins de rues et leur aspect est typique du Tamil Nadu. Alors quelles en sont les caractéristiques ?

Je commencerai par insister sur le fait que je vais parler ici d’édifices religieux. La deuxième remarque concerne le style dravidien original et originaire du sud de l’Inde. On peut par exemple l’opposer au style Nagara recnotré au nord du Deccan.

Parler des temples Tamouls oblige à s’intéresser à la religiosité exacerbée du sud de l’Inde et à l’identité revendiquée des Tamouls.

Caractéristiques architecturales des temples tamouls

Les temples du sud empruntent à la tradition dravidienne. Leur forme dérive globalement des époques Pallavas (VIIème au IXème siècles de notre ère) et Cholas (X/XIII-ème siècles). Ils connaissent alors une large expansion. Leur forme évolue un peu jusque vers le XVIe siècle. Elle se fige alors sous les Vijayanagar.

 Voici les éléments principaux que l’on retrouve dans les temples du sud :

-La Gopuram

La plus caractéristique est la Gopuram. C’est une grande pyramide qui sert de tour et de porche d’entrée. Au Tamil Nadu elle se compose d’une base de granit, d’étages de stuc abondamment sculptés et colorés, repeints très régulièrement. D’ailleurs les temples indiens sont refaits fréquemment. La préservation historique n’est pas vraiment la priorité ici. La partie sommitale affecte la forme du chariot utilisé pour promener les dieux lors des festivals. Les plus grands temples disposent de plusieurs Gopurams aux points cardinaux. Avec le temps, les Gopurams, bien que plus récentes sont devenues plus imposantes que la Vimana.

-La Vimana

Plus compacte, la Vimana est souvent monolithique. Elle recouvre et protège le saint des saints (garbha griha)) où se trouve la divinité du temple. Pyramidale, ou en forme de bulbe, elle est beaucoup plus petite que dans les temples du Nord (shikharas) et souvent dominée par les Gopurams.

-Les mandapams

Ce sont des portiques à piliers précédant le ou les sanctuaires, un peu comme les pronaos dans des temples antiques ou des narthex dans les églises. Les piliers dravidiens sont eux même particuliers, carrés et décorés de divinités. Les fidèles se réunissent dans ces salles hypostyles. Ils peuvent y faire causette, voire y manger le pongal servi dans des grandes bassines. Ils peuvent aussi y avaler les friandises vendues dans les boutiques à l’intérieur du temple.

-Les enceintes quadrangulaires

Des murs entourent le temple. Au sommet des murs, des sculptures animalières évoquent le dieu honoré dans le temple. Dans les temples tamouls il s’agit souvent de Ganesh ou de Nandi (pour Shiva). Des dwarapalakas –  ou gardiens doubles veillent devant l’entrée du sanctuaire. Des  goshtams – divinités sculptées dans des niches- entourent le sanctuaire. Parmi les sculptures, les temples tamouls abondent en lingam, représentant Shiva. Ceux ci affectent une forme phallique. Il s’agit le plus souvent de monolithes de pierre sombre, voire noire.

-Le Bassin

Un réservoir est consubstantiel au temple. Outre la présence de l’eau, on retrouve dans les temples tamouls les autres éléments feu, air, terre. Ceci concerne tous les temples hindous. Au Tamil Nadu néanmoins, le bassin du temple fait souvent office de réserve d’eau pour toute la communauté.

Des caractéristiques cultuelles

Au-delà des particularismes architecturaux, les rituels présentent quelques particularités au Tamil Nadu. Ce même s’ils s’inscrivent dans la logique de l’hindouisme.

 Les divinités gagnantes des temples tamouls

Ainsi le sud honore plus particulièrement certains dieux

  • Shiva est le champion du sud mais un Shiva père de famille, serein et aimable assez éloigné du jeune ermite fougueux et chevelu du nord. Autour de Shiva, la sainte famille constituée de Parvati et des enfants Ganesh et surtout Murugan est honorée.
  • Ganesh fait l’objet d’un culte tout particulier. Il est présent à chaque entrée de temple et dans une multitude de petits autels à chaque coin de rue pratiquement. Plus encore Murugan son frère est LE dieu du Sud.
  • Les dieux sont représentés par leurs attributs ou véhicules, nandi, lingam pour Shiva, souris de Ganesh. Ce qui explique aussi la présence des animaux au sein des temples. Je ne parle pas ici seulement des singes abondants en Inde mais des étables dans les temples à Shiva, des éléphants dans les temples consacrés à Ganesh.
  • Chaque temple est constitué d’une multitude de sanctuaires consacrés chacun a une forme ou une caractéristique du Dieu. Chacun de ces sanctuaires est gardé par un prêtre ou plusieurs qui y pratiquent les bénédictions et y recueille les offrandes. Darshan. Pooja et prières sont en effet les 3 rituels principaux pratiqués dans les temples. Encore faut-il préciser qu’il n’y a pas UNE pratique dans cette religion non révélée.

Abondance des temples tamouls

A Chennai, on trouve une multitude de temples. Peu sont connus comme celui de Kapelashewar.

 Ou celui de Triplicaine, le plus ancien. A Parry’s corner, le plus connu est un temple double à Vishnu et Shiva. Mais ces arbres cachent la forêt des très nombreux temples de Chennai.

Le plus grands rappellent le village dont ils marquaient le centre. D’autres très nombreux, modernes attestent de la croissance de la ville. A cette pluralité de temples s’ajoutent les petits sanctuaires de rues, les autels domestiques ou de quartiers.

Les temples tamouls sont toujours extrêmement colorés et bruissants. Leur fréquentation s’intègre totalement au quotidien des habitants. On va au temple le matin avant de partir travailler et pour tout évènements familial ou professionnel.

Tout autour des temples, une multitude de petites échoppes vendent des fleurs de jasmin ou des œillets, des noix de coco du ghee pour les offrandes. On peut également acheter des petits berceaux, pour les couples en désir d’enfants, ou des cordons rouges ou jaune pour les gens en mal de partenaire de vie.

Panthéon

Panthéon Road évoque aujourd’hui à Chennai le Musée d’Egmore et le marché aux tissus. Néanmoins le reste du quartier est résidentiel. Il n’en a pas toujours été ainsi.

photo ancienne du theatre du musée avec sa tour

 Egmore était l’un des plus vieux villages composants l’actuelle ville. Au XIes, c’était une zone agricole prospère. Les Vijayanagar transformèrent peu à peu les champs de riz en des champs de manœuvre. Au XVe siècle alors que leur empire s’étendait, ils firent de Egmore un cantonnement pour leur garnison. Peu de traces attestent de l’arrivée de la East India Company au XVIIème siècle. En revanche la soif de terres britannique est vite attestée.

Les bords de la rivière Coom

Le quartier passa entre les mains des Anglais et des Moghols. Ce, jusqu’ à ce que les colons officialisent en 1765 leur possession et définissent quoi faire de ces terres. Cette zone plane en bord de rivière se prêtait à la construction de grands bungalows aux allures palatiales.  Le nom anglicisé de Egmore pour les 7 villages regroupés s’imposa alors. Malgré les protestations des locaux accrochés à leurs terres, les colons gringotèrent peu à peu l’espace. Les fonctionnaires et juristes s’y installèrent au XVIIIe puis au XIXème siècle en construisant hôpitaux, institutions puis gare.

La Cooptex

Des belles constructions en bordure de la Coom river il ne reste rien. La longue étendue près du pont correspondant autrefois à une seule résidence n’est plus. Qui plus est, les bureaux art deco de la Cooptex viennent malheureusement de disparaitre. Seul subsiste le magasin, témoin d’une coopérative montée en 1933 pour aider les tisserands tamouls, exposer et vendre leurs cotons.

 Le magasin reste une référence locale pour le linge de lit. C’est ici qu’a été inventé le « bleeding Madras » si en vogue aux Etats-Unis dans les années 1970. Malheureusement la coopérative fit faillite à la fin des années 1990. La nouvelle génération, qui a pris la direction, a décidé de moderniser les boutiques et collections. Elle a pour but de faire revivre les savoirs faire ancestraux. Un centre commercial est prévu ici pour redynamiser le quartier et les cotons tamouls. Rare clin d’œil au passé textile, Cotton Street bordée d’échoppes éphémères reste la référence des tissus bon marché.

La rue du Panthéon

Les noms des rues portent traditionnellement le nom d’officiels britanniques voire tamouls. La rue du Panthéon fait exception. Elle rappelle le lieu public des assemblées. Elle s’appelle en fait Sampath Salai depuis l’Indépendence.  Mais les habitants continuent à parler de Panthéon, en référence à un édifice disparu, vaste palais officiel accueillant les cérémonies du Raj.

Celui-ci constituait le plus grand bâtiment de la rue, à l’emplacement actuel du musée. Il servait de salle de spectacle, accueillait les réunions de la haute société ou les cérémonies. Pour le construire, on avait pris possession d’un vaste domaine agricole. Celui-ci s’étendait de  Casamaijor’s Road à Police Commissioner’s Office Road. La propriété reprise en1789 fut transformée pour héberger des « Assembly rooms » et nommée Panthéon.

Ce Panthéon avait pour but d’organiser loisirs, bals et dîners, pour la haute société coloniale qui imitait la vie anglaise. A l’époque la mode était au monde Gréco-romain. Tout y faisait référence, l’architecture, le mobilier, les pièces de théatre . On ajouta donc un théâtre des salles de jeux. Quelques marches menaient à une longue salle ovale menant en enfilade à deux autres salles. Celles-ci servaient de salle de bal, de théâtre, puis de salle de jeux. Tout autour, courait une véranda.

le bâtiment subsistant du Panthéon

Le Panthéon

Le Panthéon atteint son apogée entre 1793 et 1803 lorsque Edward, 2nd Lord Clive était Governeur de Madras. Ce bon vivant organisa des diners et bals au Panthéon. Mais il travailla à la perte du lieu en construisant le Banqueting  Hall (maintenant Rajaji) . rare survivant de l’epoque du Raj on peut le découvrir caché derrière l’hôpital général.

 L’un des derniers grands évènements célébrés au Panthéon fut le diner d’adieu pour le Coonell Sir Arthur Wellesley, franc maçon et futur duc de Wellington et 2 fois PM d’Angleterre.

Dans les années 1820, le Panthéon avait perdu toute utilité. Il passa de mains en mains jusqu’à ce que la Madras Litterary Society se mette en quête de nouveaux espaces pour ses collections. Elle proposa au gouvernement d’échanger les terrains de College house et du Panthéon pour loger d’un côté les douanes de l’autre le musée. Celui-ci croissant il fallut construire de nouveaux bâtiments. Ceux-ci cachèrent bientôt le Panthéon l’entourant de portique et d’un étage supérieur et d’ailes.

Le Panthéon agrandi et transformé

L’enceinte du musée

Le Banqueting Hall

Derrière le théâtre du Musée, un portail relie la bibliothèque historique Connemara et le bâtiment du musée consacré à la statuaire de pierre. Une partie du bâtiment aux accents classiques correspond à l’ancien Panthéon. Il faut monter une volée d’escalier pour accéder à ce qui rassemblait la belle société de la Madras coloniale. Le bâtiment accueillit peu à peu les collections croissantes du musée.

Encourageant les donations, ce musée grossit sous l’impulsion d’un collectionneur passionné, Lord Balfour. Il fallut rapidement agrandir le musée. Le zoo attira une foule considérable et finit par bouger en 1863 vers le People’s Park puis à nouveau en 1972. Sur l’espace libéré on construisit alors la Connemara Library

La bibliothèque

Batie en 1890 cette bibliothèque présente un de plus beaux exemples d’architecture indo-sarracénique avec la National art Gallery voisine. Il s’agit d’un simple rectangle de brique rouge mais la décoration en est admirable. Elle est malheureusement aujourd’hui fermée au public mais on peut apercevoir la salle de lecture via le a nouvelle bibliothèque et son magnifique faux plafond.

le théâtre

Le théâtre fut construit en 1896. J’ai déjà accordé un article à cette petite merveille architecturale très londonienne. A l’époque 550 spectateurs pouvaient y prendre place pour peu qu’ils amènent leurs coussins. Aujourd’hui, après restauration, le théâtre n’accueille plus que 450 personnes. En revanche l’acoustique reste bonne. Les performances laissent néanmoins parfois à désirer (je recommande d’éviter les concerts de musique classique).

A l’origine le théâtre avait 2 tours qui ressemblaient à des tours de palais florentin. Mais ces tours jugées inélégantes disparurent rapidement.

La National Gallery

Considérée comme le chef d’œuvre de l’architecture coloniale elle fut édifiée pour le jubilée de la reine victoria (50 ans de règne) en 1906. Le Victoria Institute qui y logeait se trouve maintenant sur Mount road. Elle représente l’apogée du style indo-sarracénique et s’inspire de Fatehpur Sikri. Réouverte en 2004 elle présente une muséographie renouvelée.

Le women hospital

On avance sur Panthéon rd vers Women Hospital, l’Hôpital de gynécologie et obstétrique. Il s’agit du premier hôpital de ce genre, une maternité, dans la zone.  A l’origine, hôpital militaire, il n’acceptait que les Européens. John Underwood essaya d’y faire admettre les locaux. Il devint très populaire et fréquenté dans les années 1870. Dans la décennie suivante, apparurent les premières sages femmes. Déplacé des bords de la rivière à l’emplacement actuel, il jouait aussi le rôle d’établissement de formation, et de conférences. Il était si renommé que la reine de Birmanie y accoucha en 1886. 15000 bébés/ an y voyaient le jour. Un petit musée complète l’ensemble. Seule la façade demeure de cette vénérable institution. C’est le premier établissement en Asie combinant les soins pour les enfants et les mamans. On parle d’ailleurs du modèle de Egmore.

Hôtel Ashoka

Non loin de la maternité, en traversant la rue Panthéon, se trouve l’hôtel Ashoka. Construit dans les années 1970 il a profité d’ un élan gouvernemental pour accompagner le tourisme grâce à des aides d’état. Cet hôtel art déco tardif affecte une forme originale. Sa salle à manger ronde servait régulièrement de lieu rencontre entre Indiens de l’étranger en vue d’un mariage. L’hôtel moderniste se situe dans un jardin. C’est une bonne expérience que d’y prendre un petit déjeuner pour clôre votre approche de Panthéon Road.

Raj Bhavan

Les Raj Bhavan sont les palais des gouverneurs à l’époque du Raj. Récupérés par le pouvoir fédéral, ils sont aujourd’hui l’émanation du gouvernement indien dans les différents états de l’Union. De ce fait, il est compliqué de les visiter. Au hasard de rencontres, j’ai eu la chance néanmoins de visiter celui de Chennai.

Raj Bhavan en Inde

D’une manière générale, les palais (Bhavan) de l’Empire des Indes (Raj) ont été construits durant la période coloniale.  Ce sont donc des bâtiments coloniaux blancs à colonnade de style néo palladien, typiques de la domination britannique et de l’architecture idéologique déployée par le Royaume Uni à son apogée.   

Même si leur architecture varie un peu selon les régions et surtout les climats, ils adoptent traditionnellement la même esthétique. De magnifiques jardins les entourent.

Ils sont en général situés dans les lieux les plus beaux et centraux des capitales régionales du Raj. Ainsi à Ooty, le Raj Bhavan domine le jardin botanique. A Pondichéry, il se trouve sur la place centrale dans la ville blanche en face du jardin public. A Chennai en revanche, on ne le voit guère. Il se situe en effet au fond d’un énorme parc, le seul parc national indien au centre d’une ville.

Chaque capitale de province de l’Empire possédait son Raj Bhavan. Néanmoins, la Présidence de Madras comptait une résidence d’été. C’est pourquoi, le Tamil Nadu compte un Palais du Gouverneur à Madras et un à Ooty. C’est également la raison pour laquelle, le Bhavan de Calcutta, alors capitale du Raj, est considéré comme le plus grandiose.

Raj Bhavan de Chennai

Résidence officielle du Gouverneur nommé par Delhi, Le Raj Bhavan de Chennai occupe un lieu naturel d’exception. Il symbolise également le pouvoir fédéral dans un Etat qui lui est traditionnellement averse. Le gouverneur s’oppose en effet souvent au Chief Minister élu par la population locale. De ce fait, le Raj Bhavan correspond à un lieu inféodé au pouvoir central pour beaucoup de Chennaiotes.

Le bâtiment recouvert de plâtre blanc comme la majorité des constructions administratives anglaises, ne se voit pourtant guère de la rue. Il se situe à Guindy. La zone était un peu excentrée à l’époque du Raj car il s’agissait d’une résidence secondaire et extérieure proche des lieux de loisirs. L’hippodrome et le golf permettaient à la haute société britannique d’y couler des jours heureux.

Histoire du Raj Bhavan de Chennai

 Le premier Raj Bhavan se trouvait en effet dans Fort St George. Il fut bâti dans les années 1640 détruit en 1693. La reconstruction s’effectua un peu plus à l’est, L’édifice devint le cœur de ce qui allait devenir le secrétariat. Après le départ des Français en 1746, le gouverneur acquit une « garden house ». Elle allait devenir « Government estate ». Le Gouverneur Munro (1820-27) en fit une résidence officielle et transforma Guindy Lodge , alors sa  maison de campagne, en Raj Bhavan.

 Guindy Lodge remontait au mandat de William Langhorne au début des années 1670. A son départ, le gouverneur vendit la propriété au marchand Chinna Venkatadri. Celui-ci en fit lui-même cadeau à la Compagnie des Indes orientales.

Après le passage des Français au XVIIIe, la maison de campagne « Guindy Lodge » passa en des mains privées. Au début du XIXes, elle appartenait à M Ricketts. Quand celui-ci décéda en décembre 1817, la propriété gagée passa sous le contrôle de la banque. Cette dernière l’offrit au gouvernement Ce dernier acquit également le terrain adjacent d’un marchand arménien Joseph Nazar Shawmier. Puis en 1821, un 3e achat fut conclus.

Le lieu reste étonnant dans l’immense et chaotique métropole. Guindy fait aujourd’hui complètement partie de la ville tentaculaire. Si les jardins disparaissent peu à peu tout autour, le Raj Bhavan a réussi à conserver son énorme parc, classé Parc National. C’est d’ailleurs le seul du genre en pleine ville. Dans sa continuité, le zoo, les monuments funéraires aux diverses gloires locales et le campus de IT Madras, assurent un énorme poumon vert à la ville.

On circule d’ailleur en petit train autour de la Résidence du gouverneur, des nombreux bureaux et bâtiments. Il n’est pas rare de croiser des biches courant entre les différents édifices officiels.

Depuis le Covid il est quasi impossible de visiter pour les non indiens non scolaires mais vous pouvez essayer.

Les bâtiments du Raj Bhavan de Chennai

Lorsque Guindy Lodge devint la résidence de campagne officielle du Gouverneur de la Présidence de Madras elle ne comptait que 3 édifices d’un étage. Lord Elphinstone conduisit diverses campagnes de reconstruction et agrandissements entre 1837 et 1841.  Il ouvrit également Taluk office road pour relier la propriété à Mount rd (Anna salai). Le bâtiment finit par acquérir sa forme actuelle en 1863. Les derniers ajouts remontent à 1937.

Après l’Indépendence, les terres furent partagées à des fins publiques. On peut ainsi voir le campus de l’Institut indien de technologie, le parc aux serpents, le parc pour enfants. Le long de la rue, des mémoriaux à Gandhi, Kamaraj et Rajaji voisinent avec le centre de Cancérologie. En 1958 près de 625 acres furent transférés au département forestier du TN. En 1977, 88a furent ajoutés à ce parc national.

Aujourd’hui, l’ensemble résidentiel est clôturé et comprend la demeure du Gouverneur, le bloc présidentiel et le Bharathiar Mandapam ainsi qu’un jardin magnifique avec des espaces de gazon, des parterres de fleurs et des vergers. On trouve d’autres bâtiments historiques, tels que la White House, le Cottage, The Nook, le Secretariat du gouverneur, et le bureau.

Le Raj Bhavan est un assemblage de bâtiments d’époques diverses dans un parc où coexistent des espèces rares de faune et flore.

Autour de l’Inde

Autour de l’Inde, il y a beaucoup à voir et découvrir. Si vous n’en pouvez plus de la saleté, du bruit et que vous désirez changer d’air Chennai est bien relié à l’intérieur mais aussi à l’international. Sans aller jusqu’à Londres ou Francfort, il y a de quoi s’amuser et se dépayser à l’est et à l’Ouest autour de l’Inde.

Le trajet pour Colombo dure à peine 1h alors que 3h30 suffisent pour rejoindre Bangkok ou 4h la Malaisie. Il faut beaucoup plus de temps en revanche pour se rendre au Népal ou en Birmanie depuis Chennai, faute de vol direct. Oublions le Pakistan ou la Chine quasi inaccessibles. En revanche, Dubai ou Abu Dhabi ne sont qu’à 4h30 de vol et permettent de relier une grande partie du monde. Alors c’est décidé ce week-end, on voyage autour de l’Inde !

La péninsule malaisienne si proche

En changeant de pays pour la péninsule malaisienne, on se sent à la fois dépaysé et en territoire connu. Connu car Singapour comme la Malaisie reconnaissent le tamoul comme langue officielle au même titre que l’anglais ou le malais.

Batu Cave Malaisie, le Ramayana

Connu parce que l’hindouisme y est présent mais aussi les légendes et mythes fondateurs, fondés sur le Mahabarata. Si la Thaïlande ne reconnait comme langue officielle que le thaï, l’écriture s’appuie, elle, sur l’héritage pali. Elle utilise une logique similaire à celle de l’alphabet tamoul, a priori car je ne parle rien de tout cela. Le fait de le savoir ne rend ni bilingue ni alphabétisé. En revanche ces influences culturelles donnent un fond commun qui justifie pleinement toute excursion depuis l’Inde.

Ces 3 pays sont à la fois proches géographiquement et très différents matériellement. Tout y semble propre, moderne, organisé et facile. A Singapour on se sent projeté directement au 22ème siècle. Le choc est accentué par les prix et le niveau de vie. La Malaisie propose une alternative intermédiaire. La vie y reste bon marché, mais les infrastructures n’ont rien à envier au monde occidental. On peut loger dans des hôtels de luxe et se régaler dans de ravissants endroits pour 3 fois rien. Les locaux se montrent adorables. Les paysages sont magnifiques et pas encore trop abimés par le tourisme sauf dans certains endroits comme les Cameron Highlands.

La Thailande quoique innondée par le tourisme (et quel tourisme) reste une des meilleures destinations. Le pays est d’une beauté à couper le souffle. L’hospitalité y est d’un professionalisme haut de gamme. Les prix demeurent plus que corrects. Et il y en a pour tous les goûts, entre les plages magnifiques mais surexploitées, les villes superbes, le patrimoine historique et artistique unique. Car la Thailande reste le seul pays d’Asie à n’avoir jamais été envahi.

De Chennai, des vols permettent également de se rendre à Bali, Dakkha voire Hong Kong en 5h30, un peu long pour un simple week-end.

A l’Ouest, du nouveau

Pour un vrai bain de modernité, voire de luxe, nombre d’Indiens et d’expatriés partent du côté des Emirats. En moins de 5h de vol direct les voila propulsés à Dubai, Sharjah, Bahrain ou Doha. A vrai dire, ces vols servent surtout aux NRI. Ces Indiens travaillent en effet à l’étranger où ils payent leurs impots et jouissent d’un statut spécifique. La nationalité indienne n’étant pas cumulable, l’Etat a inventé toute une série de statuts pour les Indiens, nés vivant, étudiants ou résidant à l’étranger. Ces flux expliquent également la cadence des vols pour l’Arabie Saoudite. Pas sûre néanmoins que la destination attire véritablement les touristes pour le moment.

En revanche, Chennai jouit de liaisons directes avec Oman et l’ile Maurice. De quoi changer d’air sinon de température. Si les Emirats offrent des expériences urbaines et désertiques incroyables, Oman jouit de paysages fantastiques. Il y en a donc pour tous les goûts. Les amoureux d’art pourront se pâmer au Louvre d’Abu Dhabi ou au MIA de Doha. Les adeptes de sport pourront profiter de la politique qatarie et aller applaudir leurs idoles à l’open de tennis ou aux courses automobiles. Les amoureux de désert eux se régaleront dans les dunes de Dubai et du Qatar. Ceux qui préfèrent découvrir des paysages sublimes ou nager avec les tortues seront ravis dans la péninsule de Musandam ou le reste d’Oman.