Rani ki Vav

Aujourd’hui je vous propose une virée au Rani Ki Vav. il se trouve à 3 h au nord de Ahmedabad 125 km en direction de Patan. On va traverser ce qui fut autrefois une capitale et ne correspond plus qu’à un village avant de rejoindre un site UNESCO exceptionnel.

Sur la route, on croise de nombreux dromadaires. On sent que le nord du Gujarat est la proie du désert. Néanmoins le Premier Ministre d’Inde, ex Chief Minister du Gujarat a doté son Etat de routes impensables ailleurs en Inde. De fait, le Gujarat alterne le meilleur et le pire, la modernité absolue et la pauvreté crasse.

 Rani Ki Vav, le temple inversé

 Ce puits de la Reine vaut tous les superlatifs laudatifs. Situé au fin fond de la campagne, il vaut mieux y accéder de bon matin pour éviter les foules. Car ce réservoir aux allures de temple fait le plein de locaux éblouit par la beauté des sculptures.

éléphanst sculptés

Le Rani Vi Vav, parfois considéré comme un temple en raison de sa beauté, remonte au XIeme siècle. Construit pour servir de réservoir, il appartient à un type de construction typique des régions désertiques du nord ouest de l’Inde. Mais il dépasse ses équivalents par sa taille et sa splendeur.

nettoyer le Rani Ki Vav

Comme les autres puits, le Rani Ki Vav se remplit selon les saisons. Le but consiste à stocker les pluies de la saison humide pour survivre aux périodes de sécheresse. Les mois chauds il fallait descendre plus bas pour récupérer le précieux liquide d’où l’invention de ces puits à degrés. Celui ci atteint 7 étages en profondeur d’où le nom actuel de temple inversé. Ces vans ou baoris constituèrent une grande contribution architecturale de l’ouest de l’Inde.

Ce magnifique puit disparut néanmoins au cours des siècles. Submergé par une crue du fleuve Sharavathi, le site s’envasa. On ne le redécouvrit que dans les années 1940 pour ne commencer la restauration que dans les années 1980. Depuis 2014, il figure dans le classement de l’Unesco.

Le Rani Ki Vav, Une œuvre commémorative

Le Rani Ki Vav remonte à la mort du roi Bima qui avait établi sa capitale non loin dans la ville de Patan. Chassé par des armées musulmanes destructrices des temples de Somna et Modhera, Bima ne vit jamais ce chef d’œuvre voulu par sa veuve. En effet Rani signifie la reine.

Le programme décoratif, d’un raffinement extrême, reste pourtant typique de la dynastie Chaulukya ou Solanki. Ce style perdure dans l’architecture jain qui s’est cristallisée à cette époque autour de la construction des temples jains du Mont Abou. On retrouvera d’ailleurs le style dit Solanski au temple de Modhera et à Palitana.

Cette œuvre commémorative comporte 7 étages dont les 5 inférieurs sont quasi parfaitement conservés. Des 4 plateformes on visualise une partie des merveilleuses sculptures. On s’amuse ainsi à y chercher les 24 formes de Vishnou. Les avatars du dieu le représentent sous la forme d’un sanglier, d’un nain. Cette iconographie accompagnait les femmes dans leur quête d’eau.

On ne peut en revanche pas accéder au puit vertigineux de 29m  dont le réservoir récupérait le surplus. Il faut se contenter de plonger le regard dans ses profondeurs de derrière un grillage.

Il reste environ 500 des 800 sculptures. En bas ou haut relief, elles décorent les 226 piliers (sur les 292 originels) et les frises. Les colonnades avaient pour but de réduire les rayons du soleil et, de là, l’évaporation du soleil. Même si on peut regretter la bétonisation des 2 derniers étages, ce chef d’œuvre d intelligence écologique ne cesse d’émerveiller par sa splendeur. Car au XIe s la sécheresse du Sharavathi obligeait déjà les hommes à ruser pour survivre.

sculptures, Rani Ki Van

Non loin du Rani Ki Vav

 Un système de canaux, tranchées et réservoir existe non loin du Rani Ki Vav. Ces lieux magiques nous content l histoire de la recherche d’eau dans cette région désertifiée. On peut donc coupler la découverte de ce fantastique site avec le Shahstraling Talav pour mieux comprendre le système de récolte et de stockage d’eau médiéval.

Sidhpur, image de Philippe et véronique

Il est également possible de considérer une petite halte dans la jolie petite ville de Sidhpur. On y voit les ruines du temples Rudra Mahalaya et surtout les jolies maisons de bois colorées de teintes pastel. Une rue particulièrement jolie conserve ses maisons au style victorien Elles furent construites par la communauté des Bohra musulmans. L’on trouve ces maisons dans l’ensemble du quartier (Vohravaad), parfois en très piteux état. Cependant seule « Paris Galli » ou « rue de Paris  » apparait sur les sites touristiques presque à l infini. Car, dans les faits, sur le bon millier de ces maisons, à peine un tiers sont entretenues ou habitées. Hormis la jolie rue instagrammable et instagrammée, le reste de la ville donne plutôt une impression fantomatique, quoique assez envoûtante.

Sidhpur, facades, image de Philippe et Véronique
facade de Sidhpur image de Véronique et Philippe

Ahmedabad

entrée de Haveli Ahmedabad

A l’aéroport et sur la route de Ahmedabad on a presque l’impression de débarquer dans le premier monde. Pourtant, ce sont les contrastes qui rendent Ahmedabad si intéressante. l’aéroport ultra moderne, le quartier chic proche de l’université, les jolis parcs le long du fleuve font de cette énorme ville de plus de 10 Millions d’habitants l’une des plus modernes du pays. Mais les nombreux bidonvilles et le centre historique pauvre, sale mais fascinant donnent une image radicalement différente. Il est temps de plonger dans les différentes facettes de Ahmedabad

mosqée , Ahmedabad

Une vieille ville remarquable

Le patrimoine homogène du centre historique de Ahmedabad lui a valu de devenir la première ville d’Inde classée au patrimoine de l’Unesco.

Ce quartier musulman très vivant, pauvre et poussiéreux abonde en belles maisons à l’architecture fascinante. Des rues commerçantes offrent une plongée dans l’ambiance grouillante et chaleureuse de l’Inde populaire. Outre les belles façades, la vieille ville offre l’occasion d’admirer de magnifiques mosquées.

Voici un itinéraire de 3h environ facile à suivre pour découvrir la vieille ville.

Les Pols du centre historique

Pol, Ahmedabad

Première plongée dans la vieille ville, les Pols. Ces véritables mini labyrinthes urbains se composent de cours fermées sur l’extérieur. On y accède par une ou deux portes fermées le soir sur des ruelles étroites. Reconnus par l’Unesco comme patrimoine vivant et unique, ces Pols s’organisent autour de cours intérieures fermées au reste du quartier. Ils offrent une cohésion à la vieille ville fondée en 1411. Pourtant l’atmosphère et l’architecture de chacun y diffère. On y découvre de jolis havelis plus ou moins restaurés (plutôt moins que plus). Outre ces belles maisons traditionnelles, on voit des portes secrètes et des Chabutaras (pigeonniers). Ceux-ci témoignent de l’importance des animaux dans cette région marquée par la tradition jain, et de l’influence de Gandhi. Les jharokhas, véritables marqueurs sociaux, ornent les façades, mi oriels mi balcons sculptés.

pigeonnier, Ahmedabad

Dans ce labyrinthe, le pont Fernandes abrite des bouquinistes sous ses piles. Il représente le centre intellectuel de la vieille ville de Ahmedabad. De là on longe des rues animées bordées de pols et de jolis havelis mais aussi de temples jains et hindous.

temple jain Ahmedabad vieille ville

 On atteint alors le Rani no Hajiro. Ces tombes des reines remontent au règne du Sultan Ahmed Shah. Dans la cour de merveilleuses tombes délicatement sculptées gisent à ciel ouvert. Autour de l’enclos se pressent les orfèvres, bijoutiers et boutiquiers divers.

Grande Mosquée et marchés

3/ presque en face se dessinent les deux minarets tronqués de la magnifique Grande Mosquée. Construite en 1424, comme l’ensemble de la ville, Jama Masjid fut l’une des plus belles mosquées du pays. Ses 260 piliers de pierre jaune somptueusement sculptés, ses mihrabs la classent parmi les chefs d’œuvre de l’art pré moghol. Avec son vaste diwan et sa forêt de colonnes elle n’est pas sans rappeler la grande mosquée de Damas. Des influences sassanides agrémentent néanmoins le plan ommeyade.

Grande Mosquée Ahmedabad

En suivant la rue commerçante on débouche sur la triple porte fortifiée Teen Darwaza. Comme l’ensemble du complexe royale elle date de 1411. Elle domine la grande place centrale. Là se dresse l’hôtel de ville brutaliste. Derrière la masse disgracieuse, une mosquée et un temple s’adossent au fort Bhadra. Cette zone royale se réduit à peu de choses. La construction du sultan Ahmed Shah n’abrite plus que le temple Bhadra Kali, une mosquée et des bureaux. Il ne reste rien des palais, jardins et appartements du début du XVe.

Bhadra Kali, le fort

En limite de la vieille ville

On quitte cette zone très commerçante de petits vendeurs de rues pour s’engager dans le Manek Chowk. Ce grand marché aux légumes du matin se transforme en marché aux bijoux dans la journée avant de devenir un night market connu pour ses petits restaurants de rue.

le Manek chowk dans l'après midi

Dernière étape de cet itinéraire, la mosquée Sidi Saiyyed. Beaucoup plus petite que la grande mosquée, elle jouit de fantastiques fenêtres ouvragées. La dentelle de pierre forme des arbres de vie.

En face, le grand hôtel de la ville MG, offre une superbe expérience culinaire. Au dernier étage le restaurant (sur réservation) permet d’expérimenter un thali, création locale, hors du commun. Les saveurs, la fraicheur, la variété y sont remarquables.

Une grosse ville aux diverses facettes

Une fois hors du quartier historique populeux s’étendent bidonvilles, quartiers résidentiels et modernes. Des zones quasi occidentales s’articulent autour de l’université. De belles maisons longent des rues carrossables. Des cafés bordent les avenues ponctuées de centres commerciaux.

Le fleuve Sabamarti rend la ville facile à comprendre. Le rivage se transforme peu à peu en parcs arborés (et payants) mais repousse les plus pauvres vers la périphérie.

 Les nombreux bidonvilles tendent en effet à se déplacer au-delà des zones centrales gentrifiées de cette énorme ville en croissance rapide.

haveli de la vieille ville d'Ahmedabad

Quelques musées valent le détour. Sur la rive est, au nord de la vieille ville, dans le joli quartier résidentiel de Shahibaug, l’admirable musée du Calico représente l’une des plus belles galeries textiles du monde dans des bâtiments superbes et un jardin magnifique. Il convient de réserver bien en avance la visite de ce lieu extraordinaire.

Rive ouest

Corbusier à Ahmedabad, Mill's owners

A réserver également, Mill’s owners, la maison de l’association des fabricants de tissus. Cette œuvre de Corbusier, donne l’occasion d’un parcours architectural et historique passionnants. La maison musée est sujette à restauration et je vous conseille de vous renseigner pour préparer votre visite.

Mill's owners, maison du Corbusier

Plus au sud, le musée Sanskar Kendra de Corbusier est hideux et en totale réfection. A moins de vous rendre au théâtre voisin, vous pouvez vous abstenir de vous rendre si loin . En revanche vous pouvez longer le Sabamarti pour gagner l’Ashram de Gandhi. Ce lieu correspond en revanche à une belle surprise. Gandhi, héros régional y a réellement vécu 12 ans. Outre sa maison, un musée passionnant et très bien fait raconte de manière simple et didactique la vie et l’œuvre du héros de l’indépendance.

lunettes de Gandhi à l'Ashram
Ashram de Gandhi

Gujarat

Aujourd’hui je voudrais commencer une nouvelle série sur le Gujarat. En effet après avoir pas mal visité l’Inde nous commençons à nous demander où aller maintenant. La Bucket list est quasi remplie, que faire ? Loin de s’avérer secondaire, le Gujarat nous a ébloui. Mieux, j’ai hâte d’y retourner.

Pourquoi partir au Gujarat ?

Le Gujarat n’était certes pas mon premier choix mais des amis avaient mentionné la beauté de la vieille ville d’Ahmedabad. Alors pourquoi pas ? Quitte à passer 1 week-end dans le grand nord pourquoi ne pas coupler la découverte de la capitale régionale avec de jolis sites ?

La « terre des légendes », de quoi satisfaire tous types de tourisme

A première vue le désert de Kutsch s’imposait mais peu à peu un autre type de voyage plus patrimonial s’est dessiné. Nous sommes donc partis 4 jours pour un circuit quasi en étoile depuis Ahmedabad avec quelques découvertes qui à elles seules justifieraient un voyage au Gujarat depuis l’Europe. Comme le disait le guide Michelin, le Gujarat mérite plus que le détour quasi le voyage, Alors voici de quoi vous faire saliver d’avance.

Le super site du tourisme dans le Gujarat recense une série de points pour convenir à tous les intérêts. Il y en a pour tous les goûts : histoire, sport, faune et flore, religion, nourriture, festivals

Que vous soyez amateurs de plein air ou de musées, de villes ou de paysages, d’histoire ou d’expériences, le Gujarat est un Etat riche en belles surprises. Ici je ne me limite pas à répéter les slogans de l’Office du tourisme du Gujarat. A vrai dire j’avais peu d’attentes en abordant le voyage, mais les quelques jours passés dans le Gujarat m’ont vraiment fascinée. Alors voici quelques idées de balades dans cette terre aux multiples facettes.

Les paysages naturels du Gujarat

Les paysages forment en grande partie la renommée du Gujarat. Le gros du tourisme semble se rassembler autour du désert de Kutch connu sous le nom de Great Rann of Kutch. N’aimant pas trop les balades en groupe et les campements, j’avoue ne pas m’y être rendue. Mais un catalogue honnête des beautés à découvrir dans la région ne peut pas omettre cette zone située au Nord Ouest de l’Etat. Ce vaste désert blanc s’étend jusqu’au Pakistan et les images donnent très envie de s’y rendre.

Outre le désert, l’état s’enorgueillit de nombreuses merveilles naturelles. L’une des plus connues est le parc National de Gir. Sur le site, on peut choisir des balades et safaris repris par nombre d’agences de voyages.

La Civilisation harappéenne

Les amateurs d’archéologie sont à la fête au Gujarat. C’est le seul endroit d’Inde où l’on trouve des traces de la civilisation de la vallée de l’Indus. On peut ainsi s’intéresser à Lothal, Dholavira ou Gola Dhoro. Lothal est l’un des plus vieux ports du monde. Dholavira correspond au site mégalithique le plus important de Kutch. Quelques sites isolés se situent dans les états voisins de Haryana, Maharashtra et Rajasthan. Mais, les sites harrapéens majeurs se regroupent de l’autre côté de la frontière pakistanaise. Sans le Gujarat, la civilisation de l’Indus et donc le berceau de la civilisation indienne échapperait en grande partie à l’Inde. On comprend mieux l’importance de ces sites aux yeux de l’historiographie nationale.

 Les sites historiques et religieux

Au Gujarat, les villes historiques et monuments abondent. L’office du tourisme propose d’ailleurs nombre de circuits thématiques. Il promeut par exemple un circuit d’architecture islamique, ou un circuit sur les pas de Gandhi. On peut également se concentrer sur le riche patrimoine des villes d’Ahmedabad, ou de Baroda par exemple. Pour faciliter la découverte des nombreux sites historiques, temples, palais ou encore réservoirs, nous avons construit un circuit autour des sites UNESCO.

En effet c’est à travers la construction de temples et de mosquées que s’illustre le mieux la riche histoire régionale. Le Gujarat abonde en mosquées et héritage islamique. Dans les semaines à venir je vous proposerai ainsi de découvrir la capitale Ahmedabad bien sûr mais aussi Champaner et ses fabuleuses mosquées. Je vous emmènerai dans la belle cité universitaire de Baroda. Et je vous partagerai quelques émerveillements comme Palitana, la ville jain. Car la région abrite de nombreux jains.

Ou encore.

Bien sûr je vous laisse décider de votre itinéraire en toute liberté. Il y a tant à faire dans la région. Je ne parle par exemple pas du tout des plages. Or, le Gujarat, avec ses 1660km de côtes le long du golfe arabo-persique compte plus de plages que les autres 9 états côtiers de l’Inde.

Également libre à vous de vous rendre au grand temple de Somnath. Si vous ne vous sentez pas l’âme d’un pèlerin, vous aimerez peut-être Surat la capitale mondiale des diamants, Rajkot ville d’enfance de Gandhi ou encore Jamnagar riche en textiles et bijoux. Je vous laisse également programmer votre expérience au Gujarat en fonction des festivals et spécialités culinaires locales. Il ne faut pas oublier que les vaches du Gujarat assurent une bonne partie de la production du pays. La marque Amul est locale et propose des produits introuvables ailleurs. Le très bon site de l’office du tourisme du Gujarat, toujours lui, propose une foultitude d’options en la matière.

Comme vous l’aurez compris et comme presque toujours je me contenterai de vous présenter les lieux patrimoniaux que j’ai visité.

Trichy

Trichy est le nom simplifié de Tiruchirappalli. Le nom « provient au choix de Chiruta-palli (petite ville’) ou Tiru-ssila-palli,  ‘ville sainte du rocher ou »Thiru-Sriranga-Palli », lieu de repos du Ranganatha , le démon à 3 têtes  Trishira, ou encore « Trishirapuram »la ville de celui à 3 têtes.

Bref, avec près  d 1 Million d’ habitants, Trichy est LA capitale religieuse du Tamil Nadu. On pourrait même pousser jusqu’à dire que c’est LA ville des Tam Bram, les Brahmanes tamouls. De fait, les gros temples abondent dans cette ville au centre géographique du Tamil Nadu, sur les bords du fleuve Kaveri ou Cauveri. Celui-ci se sépare en deux créant une ile, Srirangam, sur laquelle se concentre une grande partie de l’activité religieuse.

Trichy se trouve dans une zone agricole perdue au cœur du Tamil Nadu et l’anglais y est moins courant qu’à Chennai où l’on survit parfaitement sans un mot de tamoul

Elle a connu son heure de gloire sous les Cholas dès le IIIes. Revisitée par toutes les grandes dynasties régionales Cholas Pallavas Pandyas, Vijayanagars puis par les Nayaks et enfin les Britanniques, on y visite notamment trois temples exceptionnels.

Temple du rocher Rockfort à Teppakulam

Au centre de la ville, dans le quartier de Teppakulam se dresse brutalement un énorme monolithe de 83m. Taillé dans la roche en partie basse et haute, il symbolise Trichy. Appelé Rock fort (Fort du rocher) il abrite une succession verticale de trois temples initiés sous les Pallavas (VI/VIIIes) puis reconstruits par les Nayaks de Madurai puis les Vijayanagar. Le fort lui-même date des Nayaks de Madurai qui firent prospérer la ville.

Le premier sanctuaire, consacré à Ganesh, est plongé dans la pénombre. Les Pallavas l’ont creusé à même la roche. Celui au Sommet de la colline, plus neuf et moins intéressant au niveau architectural, honore également le dieu éléphant et attire de nombreux pèlerins. Il domine la ville. Le point de vue y est impressionnant.

Le sanctuaire intermédiaire, plus grand et situé à mi-chemin de la montagne est dédié lui à Parvati. Il règne une atmosphère mystique le long de ces escaliers (344 marches) pentus menant d’un sanctuaire à l’autre.

Temple de Vishnu Ranganathaswamy

Thiruvaranga Tirupati,  sur l’ile de Srirangam est dédié à Vishnu. C’est le plus sacré des 108 sanctuaires vaishnavite. Il est considéré comme l’un des plus grands temples du monde. Il dépasserait en taille le Potala Palace de Lhassa, Angkor Wat, Borobodur, Machu Picchu et le Vatican.

 Sa construction remonte aux Cholas au IXes. Les travaux d’agrandissement ont duré jusqu’au XVIeme siècle. On dénombre pas moins de 21 Gopurams. La plus haute la Rajagopuram culmine à 72m. On peut l’admirer d’assez près en montant sur les toits du temple.

 Plus qu’un temple il s’agit d’une ville-temple constituée des symboliques 7 enceintes rectangulaires successives (sapta Prakaram). Seules trois de ces enceintes se trouvent dans le périmètre du temple actuel. Ce type de ville-temple est typique du Tamil Nadu. On en trouve d’autres exemples à Chindabaram ( Temple Nataraja) et Madurai ( temple Meenakshi). Mais Thiruvaranga Tirupati est exceptionnel par sa taille, sa rigueur. Il intègre la ville au temple alors que les 2 précédents centrent l’agglomération autour du lieu de culte. Ainsi, les 3 enceintes extérieures se trouvent- elles dans la ville. Ceci permet de comprendre à quel point les temples correspondaient à un lieu de regroupement à l’époque chola. IIs équivalaient au centre du pouvoir religieux certes mais aussi politique social et économique avec les greniers.

Le gigantisme du temple se lit à tous niveaux. Il contient en effet 21 Gopurams, 50 sous sanctuaires, un vimana doré sur le saint des saints, 2 grands réservoirs et de nombreuses inscriptions et fresques. Parmi les mandapams, celui des 1000 piliers date des Vijayanagars (1336–1565). Le Sesharayar Mandapam remonte lui aux Nayaks et est remarquable pour  ses 40 piliers monolithes sculptés de chevaux sauvages chevauchés par des cavaliers. Les sculptures du temple sont magnifiques.

Jambukeswarar temple

Thiruvanaikaval es l’un des 5 Pancha (cinq) Bhoota  (éléments) Stalams (place) dédié à Shiva. Il s’agit des plus grands temples à Shiva au monde représentant les 5 éléments. (espace, air, feu, eau, terre et air). Ces 5 temples se trouvent dans le sud dont 4 au tamil Nadu (https://visitesfabienne.org/kanchipuram/). Ici même, Shiva se serait manifesté sous forme d’eau (Appu Lingam). D’où la présence de 9 réservoirs dans ce temple construit sur une ile et soumis aux crues en période de mousson.  Il y a également un cour d’eau souterrain. Un fossé entoure le sanctuaire principal  ouvert sur 3 côtés avec une idole en bronze de Nandi.

Jambukeswarar qui représente l’eau est le nom sous lequel on honore Shiva ici en compagnie de sa partenaire Parvati vénérée sous le nom de Akilandeswari.  Jambukeswara apparait ici assis sous un arbre jambu (Syzygium jambos ou pommier rose). Cet arbre croit sur un ruisseau qui enserre la divinité à la saison des pluies. Une série de 5 enceintes de plus en plus petites encerclent le saint des saints. Le temple date de la période chola. Il fait en effet partie des 70 temples construits par cette dynastie comme en attestent des inscriptions des XI et XIIeme siècles.

Eglises et centre art deco de Trichy

Dans le quartier de Teppakulam au pied du temple du rocher, des marchés animés le disputent aux magasins locaux. La rue commerçante NSB Road mène à l’église ND de Lourdes, souvent signalée mais sans intérêt majeur. De style néogothique, elle n’a pas du connaitre de rénovation depuis sa construction. C’est néanmoins un des rares lieux où l’on note la présence britannique dans cette ville. En venant du temple on passe devant la maison de Clive cachée par les étals et mal entretenue.

Derrière le temple du rocher, s’étend un quartier aux petites maisons art déco. Les couleurs des façades en sont si criardes qu’on en oublie pratiquement le style. C’est dommage.

Plus au sud, le quartier de la gare (Tiruchirappalli Junction) permet de découvrir l’église st Jean, un beau bâtiment palladien de 1816. Le père charmant accueille le visiteur avec amabilité et beaucoup de détails. Autrefois perdue dans les champs, elle a conservé un cimetière très campagnard.

Contrairement à mes habitudes, je partage ici une adresse d’hôtel coup de cœur, sur l’ile de Sriringam , le bien nommé Tranquility Homestay, une petite guesthouse isolée et charmante.

Langues indiennes

L’Inde compte 28 états et 22 langues indiennes officielles ainsi que de nombreuses langues minoritaires et dialectes. Une très large majorité de locuteurs parlent une langue Indo-aryenne ou dravidienne. Ceci ne veut pas dire que les langues de chacune de ces familles sont proches. Cependant, elles peuvent avoir des liens.

librairie à Trivandrum, tamil Nadu

La majorité de ces langues s’écrivent dans des alphabets différents. La question linguistique est au cœur de la politique dans de nombreux états et notamment au Tamil Nadu.

De nombreuses langues indiennes

Il  y autant de langues indiennes que d’Etats, voire beaucoup plus…Et à chaque langue, son alphabet, sa structure grammaticale, ses règles dé prononciation. Voici un petit tour d’horizon pour tenter de clarifier une situation fort complexe.

panneau en anglais et tamul

Langues indienne, quel casse-tête

En nombre de locuteurs, certaines langues sont plus « importantes »que d’autres. Mais le sujet touchant à l’identité culturelle est extrêmement sensible dans cet immense pays. 35 langues sont parlées chacune par plus de 1 Million de locuteurs, 15 parlées par plus de 10 millions. 22 de ces langues « uniquement » sont reconnues par la constitution .

Parmi les langues le plus parlée, L’hindi comptera bientôt 500 Millions de locuteurs. C’est la langue officielle du gouvernement central . La suit le Bengali avec 300 millions de locuteurs. On le parle au Bengale occidental, autour de Calcutta et au Bengladesh. Le Punjabi (90 Millions) se parle au Nord ouest de l’Inde et dans une partie du Pakistan. Le Marathi (70 Millions) se pratique dans toute la région de Bombay. Deux langues du sud le concurrencent en nombre de locuteurs. Il s’agit du Telougou et du Tamoul. Ces langues diffèrent totalement, j’en parlerai dans le paragraphe suivant. Puis on aborde des langues plus régionales mais à forte émigration, le Gujarati (45 Millions), l’Odiya (30 Millions.). Ce qui veut dire que ces langues connaissent une forte diaspora et sont parlées hors de l’Inde par des communautés émigrées. L’Ourdou quant à lui, est présent dans les régions à forte présence musulmane en Inde (Maharashtra, Telangana, Andhra Pradesh et Karnataka).

un menu en Gujarati

Des langues plus minoritaires

En Inde, la langue donne un sens de communauté. Si la moitié des Indiens parlent l’Hindi, dans certaines régions comme dans le sud il vaut mieux parler anglais. Les langues sont divisives surtout depuis l’indépendance quand le gouvernement a établi les frontières d’états linguistiques. Il a ainsi donné aux groupes linguistiques une identité politique. L’opposition du sud, plus riche, plus alphabétisée, passe ainsi par un refus de la langue dominante, l’hindi, imposée par le gouvernement central.  

restaurants au Gujarat

Langues classiques

Parmi les langues parlées en Inde, 6 sont des langues dites classiques. Quatre d’entre elles proviennent du sud et appartiennent donc à la famille dravidienne. Le Tamoul, le Kannada, le Telougou, le Malayalam. L’Odia (langue indo-aryenne parlée dans l’Odisha/Orissa) est l’unique langue Classique vivante qui ne soit pas Dravidienne. Le Sanskrit est généralement considéré comme une langue morte avec à peine quelques dizaines de milliers d’indiens déclarant “parler” Sanskrit. Plus tardivement les prâkrits (langues vernaculaires issues du Sanskrit) se forment et deviennent des langues séparées. Le pali (langue du Tipitaka bouddique) en est un exemple majeur.

Les langues du nord dérivent du Sanskrit sous trois variétés: védique (textes religieux), épique (Mahabharata et Ramayana), et classique (littéraire). Ce processus est équivalent à la transformation du Latin classique vers le Latin vulgaire puis les langues romanes.

Les régions du sud s’opposent parfois très violemment avec le nord sur la question linguistique

 Les conflits les plus marquants ont eu lieu au Tamil Nadu dans les années 1930 et 1960 contre l’obligation de l’ hindi à l’école. Ils ont mené à la modification du Official Languages Act en 1967. Celui-ci  garantit l’utilisation de l’anglais au niveau fédéral au même titre que l’hindi. En effet, un tiers des Indiens ne parlent pas hindi.

panneau en Tamul

Langues dravidiennes

Le sud de l’Inde, de culture dravidienne, connait 4 langues majeures. Le Tamoul (au Tamil Nadu) et Telougou (Andra Pradesh et Telangana) comptent plus de 70 millions de locuteurs. Le Malayalam (Kerala) et le Kannada (au Karnataka) 35 millions chacune. Le terme « Dravidien » vient de drāviḍa mot Sanskrit qui désigne les langues du Sud de l’Inde.

carte ddes langues dravidiennes

Cette famille de Langues compte 220 millions de locuteurs. Elle est indigène au sous-continent indien et son ancêtre le proto-dravidien était parlée au 4e millénaire avant notre ère. Elle précède donc la famille indo-européenne à laquelle appartiennent les langues hindis et dérivées. Toutes sont agglutinantes et n’ont qu’un verbe conjugué par phrase. La prononciation avec des lettres rétroflexes (langues collées au palais ou aux dents) y est particulière. Tout comme le vocabulaire et les constructions grammaticales. Pour généraliser, les Indiens du Sud se comprennent globalement entre eux  mais pratiquent une langue totalement différente de celles du Nord.

Indépendantes, elles subissent néanmoins des influences. Le lexique telougou présente des affinités lexicales avec les langues  Indo-irannies et avec le Sanskrit. Le Tamoul incorpore beaucoup d’anglicismes.

La place de l’hindi

Langue principale de l’Inde avec 41% , l’hindi s’affirme comme « première » langue pour la majorité des Indiens. 20-25% des locuteurs la pratiquent néanmoins comme « seconde » langue. Cependant, et malgré la pression du Nord, il n’y a pas de langue nationale. Cependant, l’hindi est la langue officielle du gouvernement central et la variante de Dehli correspond à l’hindi standard.

L’hindi se sépare en deux dialectes mutuellement intelligibles. Il s’agit de l’hindi écrit en devanagari dont le vocabulaire savant vient du Sanskrit, et de l’Ourdou écrit avec l’alphabet arabe. Le vocabulaire savant provient du persan et de l’arabe. Il n’existe pas de consensus sur leur origine mais ils pourraient être liées à la civilisation de la vallée de l’Indus.

panneau en hindi

Ces langues sont reconnues pour leur longue tradition littéraire. Ainsi, les premiers textes datent d’au moins 1500 ans.

inscriptions en hindi

Reconnu dans la constitution Indienne, l’hindi s’utilise au niveau gouvernemental. C’est aussi la langue officielle de sept Etats et sept territoires de l’union. Surtout c’est globalement la langue de la justice, sauf exceptions occasionnelles ou régionales.

La place de l’anglais

30% des Indiens parlent anglais dans une certaine mesure, 13% le parlent couramment. En revanche, 0.02% (300,000 personnes) le parlent à la maison en tant que première langue. C’est notamment le cas au Tamil Nadu, qui a cristallisé son identité régionale autour du Tamoul. Faute d’hindi, l’anglais y occupe le rang de langue véhiculaire. En effet, la prospérité économique attire des indiens du reste du pays qui ne pratiquent pas forcément les langues dravidiennes mais maitrisent a minima l’anglais. Par ailleurs, les universités de Madras rayonnent au-delà du sud. L’anglais permet là encore de s’adresser à des Indiens de tout le sous continent. L’anglais est donc bien accepté, largement pratiqué au tamil Nadu, au sens où il permet de contrer la pression de l’hindi. Ainsi, à Chennai, pancartes, publicités et affichages publiques sont généralement bilingues. L’opposition à l’hindi y correspond d’ailleurs à un vrai positionnement politique.

panneau en anglais et Tamul

L’anglais se pratique donc au quotidien au tamil Nadu. Les parents ont à cœur d’y exposer leurs enfants dès leur plus jeune âge de manière à leur faciliter l’entrée dans des cursus britanniques. Les universités sont en effet principalement anglophones à Chennai. On assiste même à l’éclosion d’une nouvelle génération d’Indiens privilégiés complètement anglophones mais peu à l’aise dans les langues du sous-continent.

des mots anglais utilisés en Inde

Cette omniprésence de l’anglais dans une région de culture dravididenne a donné naissance à un vocabulaire spécifique. Voici quelques mots typiques de cette double culture : tiffin, hill station, gymkhana, cinema hall, do the needful, greenery, a table is engaged.

Temples cholas

De Tanjore à Pondichery, un certain nombre de temples cholas s’égrènent non loin de l’embouchure du fleuve Kaveri. Ils remontent au règne des Cholas entre les Xe et XIIIème siècles. ils représentent le sommet de l’architecture dravidienne. Ils sont d’ailleurs inscrits sur la liste de l’Unesco. Considérés comme les joyaux du Tamil Nadu, ils se visitent facilement. J’y étais passé rapidement il y a quelques années. Mais cette fois je vous propose un article uniquement consacré aux temples cholas du delta du Kaveri et surtout aux deux plus importants après celui de Tanjore.

On peut les aborder au cours d’une boucle menant de Pondichery à Tanjore ou vice versa et rajouter un petit crochet à Chindabaram. Les temples de cette ville poussiéreuse ne sont pas les plus fascinants. On peut se laisser tenter par un détour dans la mangrove. Mais, je vous propose plutôt ici d’admirer les plus beaux temples vivants cholas du delta du Kaveri.

Temples vivant du delta du Kaveri

La notion de temple vivant chola concerne des sanctuaires tamouls classé au titre de patrimoine de l’humanité mais qui restent des lieux de culte. La nomenclature en distingue 3 avec celui de Tanjore ajouté en 1987. Les deux qui m’intéressent dans cet article sont  Gangaikonda Cholapuram et Airavatesvara. ils ont été rajoutés à la liste de l’UNESCO en 2004.

Ces temples datent des XI et XIIe siècles. Ils représentent les exemples les plus aboutis de structure chola. Construits en pierre calcaire d’un magnifique ocre, leur statuaire est absolument remarquable.

 La dynastie Chola initia ce type architectural avec le temple Brihadisvara à Thanjavur (https://visitesfabienne.org/tanjore/). Les deux temples que je vous propose de visiter aujourd’hui montrent des exemples parfaitement aboutis de développement des éléments initiés dans la capitale des Cholas.

 A eux 3, ces temples illustrent  de la plus belle manière ce qu’est l’architecture dravidienne d’époque chola. Ils témoignent de l’apogée de ce grand empire et de la civilisation tamoule au sud de l Inde. Ils montrent également combien le temple représentait un centre humain, social et économique.

Airavatesvara Temple

J’avais déjà écrit un peu sur ce temple découvert lors d’un premier voyage dans le sud du Tamil Nadu. Situé dans la localité de Darasuram, dans la banlieue de Kumbakonam, il remonte à 1166. Cette structure appartient à un ensemble de 18 temples médiévaux dans la région. Dédié à Shiva, il respecte les traditions Vaishnavites ainsi que des légendes du mouvement shaivite Bhakti .

Il se trouve dans un grand parc protégé. On y accède en contournant la muraille extérieure. Il ne reste que quelques vestiges de la gopuram de l’enceinte extérieure. En revanche, un bassin et une nouvelle gopuram donnent accès à la cour dans laquelle se dresse le sanctuaire conçu comme un chariot.

Le nom du temple rappelle l’éléphant blanc d’Indra. C’est le dernier des grands temples cholas de Rajaraja 1er commanditaire du temple de Tanjavur. Construit dans la seconde moitié du XIIes il frappe par sa magnifique cour royale ou Rajagambhira Thirumandapam.

Les piliers sculptés, les marches de granit et surtout le magnifique chariot tiré par des chevaux de pierre en font un véritable chef d’œuvre artistique. On y voit les dieux védiques et puraniques  les plus importants comme Indra, Agni, ou encore Varuna. Les plus experts reconnaitront aussi Vayu, Brahma, Surya, Vishnu, Saptamtrikas. Mais encore Durga, Saraswati, Sri Devi (Lakshmi), Ganga, Yamuna, Subrahmanya, Ganesha, Kama, Rati .

Ce temple fantastique, certainement le plus abouti de la triade, se compose de 2 parties. A l’origine, il était en effet beaucoup plus grand. Des inscriptions évoquent jusqu’à 7 cours. Il n’en reste qu’une.

La première enceinte est consacrée à Shiva alors que la seconde, plus petite, est dédiée à Parvati. Je vous conseille’ d y arriver en fin de matinée pour assister aux rituels. Relativement intimistes ceux ci permettent de pénétrer au plus près les mystères de l’hindouisme.

Brihadisvara Temple à Gangaikonda Cholapuram

Ce temple se trouve à près de 70km de Tanjavur sur la route de Pondichery. Il remonte à 1035 . Son bâtisseur, le roi  Rajendra Chola I,  le conçut comme faisant partie de sa nouvelle capitale. D’ailleurs, il reprend le nom et la structure du temple de Tanjore. Pour l’en différencier on le nomme le plus souvent le temple de la ville du roi qui est allé chercher l eau du Gange, Gangaikondacholapuram.

Il adopte un plan carré. Il met en scène le Vaishnavisme, le Shaktisme ainsi que des éléments syncrétiques. On y reconnaitra des statues de Vishnu, Durga, Surya, Harihara, Ardhanishvara. Pourtant, l’énorme Nandi qui l’annonce et le lingam du sanctuaire ne peuvent nous faire oublier la consécration principale à Shiva. Une grande antichambre sombre et bordée de lingas mène au sanctuaire principal. Tout autour des sanctuaires plus petits aux magnifiques gravures et sculptures occupent le très beau parc. Un réservoir et un puit dont l’escalier d accès se niche dans un étonnant lion sculpté complètent l’ensemble.

Retour au Chettinad

Cette année, j’ai voulu tenter un retour au Chettinad. Car nous y étions allé il y a 3 ans. Nous y avions admiré l’architecture unique des 2 villes et de quelques uns des 73 villages du district de Siraganga. Nous nous étions arrêtés à Karaikudi, le centre économique de la région. Mais, nous n’avions quasi rien vu de cette ville assez poussiéreuse. Pourtant, les magnifiques palais des villages alentours, souvent en ruine, nous avaient laissé un goût de reviens y.

Alors, 3 ans après, je vous propose une nouvelle plongée dans cette région unique, avec ce retour au Chettinad.

En partant de Trichy, voici un petit itinéraire qui permet de jolies découvertes.

Fort et palais

On peut commencer par le fort de Trimayum perché sur une colline de granit rose. Il se confond d’ailleurs avec la couleur de la roche. Du haut du fort, un beau panorama s’ouvre sur la plaine agricole. Au pied des murailles, un temple en partie creusé utillise la même pierre. La couleur en est magnifique.

Le village suivant, Kadiapatti, abonde en palais. On n’en voit que les façades mais on peut rentrer dans le Lakshmi hôtel. En continuant dans le village, certains habitants sont prêts à ouvrir leur porte. Ce qui permet de constater que certains palais partent à la dérive. Des grandes familles enrichies par le commerce coloniale, ne survit souvent qu’un descendant, dont les enfants se sont la plupart du temps installés en occident. Le dernier propriétaire se trouve bien démuni pour affronter réparations et entretien de ces énormes vaisseaux. A l’origine y habitaient de larges familles de plus de 50 membres.

Kotalamangalam et Kanadukhatam

A Kotalamangalam et surtout dans les villages de Kanaduthakam et Pallathur, le tourisme a rapporté de quoi rénover davantage de palais. Des hôtels s’ouvrent tels le Saratha vilas, le lotus et attirent des visiteurs dans leurs salons joliment restaurés.

A Kanadukhatam, l’immense palais Raja abrite une administration. Il domine la place du village. Pour sa taille celui- ci abonde en grosses demeures. Elles se concurrencent le long des rues orthogonales. Certaines, repeintes de couleurs vives, attestent du retour ou du maintien des familles. Converties en hôtels, filatures ou autre elles peuvent se visiter au hasard de la promenade. D’autres au contraire souffrent tristement des outrages du temps.

Pallathur

A Pallathur, les rues 3, 6 et 9 recèlent de magnifiques palais éclectiques pour les plus anciens (fin XIXe début XXe) art deco pour les plus récents. La période de construction de ces palais s’étend en effet principalement entre 1890 et 1940. Loin de l’architecture indo-sarracénique de Chennai, ils empruntent ce qui se faisait de plus chic dans les grandes capitales européennes. Ce, avec un goût marqué pour la couleur et les jolis matériaux.

 Les Chettiars vivaient chichement dans les lieux où ils amassaient leurs fortunes. En revanche, ils dépensaient sans compter une fois revenus chez eux. Tek de Birmanie, marbres et miroir européens, rien ne les arrêtait. A vrai dire je n’avais jamais entendu parler des lustres belges mais qu’importe, Les locaux y tiennent et la splendeur des matériaux est indéniable. Une vraie compétition se jouait d’une famille à l’autre. Chacun rivalisait de créativité et d’étalage de richesses.

Des temples à Ayyanar

Ce que je n’avais pas du tout compris lors de mon premier voyage, c’est que cette région, comme une grande partie du Tamil Nadu, a conservé des sanctuaires rustiques uniques. Ce retour au Chettinad avait pour but de découvrir ces sanctuaires à Ayyanar.

 Il y en a notamment 2 dans le village de Kotalamangalam. Le premier se trouve à l’orée du village, le second carrément dans le bois. On part donc à l’aventure dans la forêt à la recherche du temple. Une cavalcade de statues de terre cuite l’entoure. Ces animaux statiques patrouillent les bois nuitamment pour assurer le repos des villageois. Les plus beaux chevaux anciens tendent à disparaître. Les remplacent des bestiaux et personnages en plâtre, criards et bedonnants. Mais l’esprit reste, même s’il se perd malheureusement avec l’exode rural.

Un sanctuaire particulièrement spectaculaire se trouve à Elangudipath. Là, une grande avenue de chevaux de terre cuite garde un petit temple campagnard interdit aux femmes. On y accède par un petit chemin de terre. Malheureusement jonché de détritus, celui ci reste caché de la grand route.

Bien qu’en voie de disparition, ces fantastiques sanctuaires témoignent d’une activité religieuse typique des communautés agraires du sud. Elle reste très marquée par l’animisme antérieur à l’hindouisme venu du Nord. Malgré leur raréfaction, ils gardent une authenticité poignante.

Karaikudi, la grande ville du Chettinad

L’atmosphère rustique ne se retrouve en revanche pas du tout dans la ville poussiéreuse de Karaikudi. Ce gros bourg vaut la visite pour sa rue d’antiquaires. Rares en Inde, les vendeurs d’objets et meubles anciens s’adressent beaucoup aux étrangers et pratiquent des tarifs prohibitifs. Pour autant, ils permettent de s’intéresser aux objets typiques de la société chettiare. On trouve par exemple de la vaisselle en aluminium, comme celle typique de Malaisie où les Chettiars faisaient leur commerce. Sur  kovil street, on peut aussi acheter du mobilier du début du XXes ou des statuettes avant de se rendre au Bazar Muneeswaran.

Chettinad

Les Palais du Chettinad  constituent un patrimoine d’exception dans une petite région étonnante. Aujourd’hui, je reprends un article publié il y a 3 ans et je l’étoffe de photos.

Située entre Tanjore et Madurai, cette zone agricole offre la particularité d’être couverte de palais civils. Ils datent tous de la fin du XIXe, début du XXe. De fait, ils remontent à l’occupation britannique. A l’époque coloniale en effet, de riches commerçants au service de la couronne anglaise s’enrichirent. Pour prendre le frais durant les saisons chaudes, ils s’éloignaient de la côte et faisaient construire dans l’arrière pays de somptueuses demeures. Tombés à l’abandon après le départ des Anglais, certains de ces palais commencent à être rénovés.

Diversité et modèle des Palais du Chettinad

La communauté tamoule des Chettiars était réputée dans le monde colonial du commerce, et de la banque. Ils firent fortune  sous l’Empire Britannique  dans le sud de l’Asie, ce, jusqu’à l’indépendance de l’Inde.

Chaque famille faisait construire son palais et rivalisait avec ses voisins à qui serait le plus richement orné. Depuis l’Indépendance, la plupart de ces palais ont été abandonnés. Les villages se succèdent donc avec leurs rues bordées de demeures magnifiques mais très souvent inhabitées et en ruine. Du coup, il n’est pas toujours aisé de visiter ces petits châteaux urbains. Sur les 96 villages initiaux, près de 20 ont d’ailleurs pratiquement disparu.

Quoique tous différents, les Palais du Chettinad obéissent à un plan à peu près identique. Rectangulaires, ils sont bâtis autour d’une voire plusieurs cours. Si les modèles de base se ressemblent, les détails architecturaux confèrent leur originalité à chacun d’entre eux. La structure emprunte plutôt au vocabulaire classique. En revanche, les décors juxtaposent sans vergogne ogives médiévales, cours méditerranéennes, meubles orientaux, objets européens.

Organisation des Palais du Chettinad

On accède dans presque chaque maison par une terrasse couverte ou tinai où les maîtres de maison pouvaient recevoir leurs invités. Elle joue en effet le rôle de salon officiel ouvert sur la rue. Celle-ci est en effet couverte pour l’ombre mais l’air y circule aisément.La porte très décorée assure le passage de la zone publlique à la sphère privée et familiale. Vient ensuite la cour. Selon l’opulence des propriétaires, elle va du simple au grandiose. Le long du mur d’entrée, on peut admirer photos de famille ou fresques, piliers peints, mosaïques orientales, ou miroirs et lustres italiens. Elle joue le rôle d’une pièce de réception.

Autour de la cour, d’énormes piliers en bois de teck (pour les plus riches) ou en pierres sculptées. Souvent, des grillages protègent le patio des singes. Tout autour, des portes cachent des coffre forts. Chaque couple y entreposait les richesses reçues lors des noces. Les chambres, quand il y en a, se situent, elles, au premier étage. En général, les hommes dormaient dans la première cour, les femmes dans la seconde.

Les autres pièces du fond, plus petites et sombres,  étaient réservées aux femmes et aux domestiques.

Que visiter, ou s’arrêter

La plupart des sites et guides évoquent la ville la plus importante, Karaikudi,  un peu active mais sans grand intérêt. Pour le reste, la région semble s’être arrêtée au XIXème siècle quand les riches marchands Chettiars construisaient ces étonnantes demeures, mi- indiennes mi- occidentales, symboles de leur réussite dans les affaires. On dénombre plus de 10 000 palais sur 1550 km2.

Trois villages connus voient s’arrêter les visiteurs: Pallathur, Athangudi et Kanadukathan. Il est malheureusement quasi impossible de visiter l’intérieur des demeures dans ces villages. Témoins d’une ancienne richesse, ils tombent en lambeaux.

Le mieux pour visiter un palais du Chettinad est de commencer par un hôtel,  tel  le lakhshmi House à Chidambaram.

Ce village accueille des tournages de film. Avec un peu de chance, l’équipe vous laissera rentrer dans les décors et parcourir de fond en comble une de ces merveilles architecturales. Faute de quoi, vos pouvez tenter d’amadouer un des charmants villageois en exprimant votre admiration architecturale.

Dormir ou manger dans un de ces palais peut aussi permettre de mieux comprendre les beautés de la région. A ce titre Saratha vilas, restauré avec  soin et raffinement par un couple de français passionnés offre une halte fantastique.

La réussite de cette restauration exemplaire semble faire des émules dans une région délaissée par ses habitants historiques. Ce, même si les familles reviennent souvent au pays pour fêter les mariages et autres grandes fêtes.

Outre les belles bâtisses, la région abonde en temples et en sanctuaires anciens dont certains rupestres dominant les rizières. Pour se donner l’impression de voir vraiment des palais du Chettinad, mieux vaut prendre un chauffeur et préparer a minima son circuit. Ce blog  recense les temples et monuments autour de Pudukkottai. Il évoque même la cuisine si particulière de la région.

Tanjore

Tanjore, aujourd’hui Tanjavur a été la capitale de la brillante dynastie des Cholas.

Cette dynastie s’est particulièrement illustrée dans l’architecture, la peinture de fresques et la statuaire de bronze. Les monuments de Tanjore témoignent de ce Moyen-Age  fastueux (XI et XIIe siècles). En effet, un remarquable temple, un palais maintes fois reconstruits, de rares vestiges de fresques et des bronzes exceptionnels attestent de la brillante dynastie Chola.

Plus éloignée des centres touristiques, Tanjore se révèle typiquement indienne. Peu d’hôtels dignes de ce nom, des restaurants très locaux, une population peu habituée aux occidentaux. Bienvenue au cœur du Tamil Nadu !

 Le temple de Brihadishvara

le temple de Brihadishvara  s’élève fièrement au centre de la ville.

Fierté des pèlerins au Temple de Tanjore

 Pour y parvenir, il convient de contourner la gare routière et un marché pour pèlerins. On parvient alors à l’enceinte du monument. Celui-ci est caractéristique de l’architecture Chola, au même titre que Mahabalipuram est la ville des Pallavas. Devant l’enclos du temple, se trouvent les lettres de la ville pour les fous de selfies. Une fois la première Gopuram dépassée, on peut déposer ses chaussures au stand dévolu à cet effet. On s’engage alors sous une nouvelle Gopuram magnifiquement sculptée. On accède ensuite à un immense espace vert avec en son centre un Nandi géant tourné vers le temple. Une Vimana, sorte de tour, domine le sanctuaire. il s’agit de la .plus haute d’Inde. Un monolithe de 80 tonnes la couronne. Sur les murs, de petites effigies de Nandi, le véhicule de Shiva appellent à la grandeur du Dieu Shiva mais aussi de la dynastie Chola.

Nandi

 Monumentalité et magnificence se conjuguent ici dans le sanctuaire mais aussi dans l’ensemble de l’enclos religieux parsemé de mandapams et entouré d’un couloir abrité entièrement peint de fresques. Une excellente visite  existe en ligne, avec un plan du temple.

En pratique, vous pouvez venir et revenir admirer le temple à différentes heures, vous le découvrirez chaque fois sous un jour différent. Au lever du jour, à l’heure d’affluence des fidèles, il peut s’avérer impossible de rentrer dans le sanctuaire. Néanmoins, la lumière naissante permet d’apprécier les peintures entourant le temple. A la nuit tombée, les peintures ne sont plus visibles mais la Vimana éclairée resplendit et la visite devient émouvante, presque mystique.

Lingam et fresques , temple de Tanjore

Le Palais de Tanjore

De l’autre côté de la vieille ville, l’enclos du Palais s’ouvre sur une première cour.

Ganesh, bronze Chola, Musée de Tanjore

Il date en fait de l’époque des Nayaks, dynastie régnante sur la région aux XVII et XIXe siècles. On débouche sur la bibliothèque avec sa célèbre collection de livres rares. Parmi ceux-ci, deux vitrines exposent de précieuses feuilles de palmes, plus ancien témoignages dravidiens écrits.

Au-delà de cette cour, les salles du Palais royal de Tanjore encadrent une  deuxième cour. Le musée ne vaut pas forcément le coup avec sa collection hétéroclite d’objets du début du siècle ou de tessons plus anciens. En revanche, la salle du trône  (Durbar Hall) en impose. Avec ses stucs colorés, Le labyrinthe de colonnes ne vaut pas celui de Madurai mais la décoration reste très belle.

Salle du trône, Durbar Hall, Tanjore

Néanmoins, il ne faut surtout pas manquer la seconde partie du palais, au-delà de la bibliothèque. Ici à l’ombre de la tour de l’horloge, se situe le musée de Tanjore célèbre pour sa collection de bronzes Cholas. Il s’agit de la deuxième plus belle collection au monde après celle du musée de Chennai. Si la muséographie et la conservation font pitié, les pièces à la cire perdue sont d’une finesse remarquable. Le panthéon hindou y est figuré dans cette technique antique qui permet une fantastique subtilité créative. Les plus anciennes remontent au IXe siècle, tout comme la statuaire de pierre exposée dans la cour du musée.

Shiva dansant, Bronze Chola, Musée de Tanjore

Sur la route de Tanjore

un des nombreux temples de Darasuram

« Les grands temples vivants » correspondent à trois grands temples. Ces temples sont dits « vivants » car  bien que classés patrimoine de l’Unesco ils restent en activité. Outre Tanjore, le temple Brihadisvara de Gangaikondacholisvaram reste à l’écart des chemins touristiques. Cependant les sculptures y sont exceptionnelles. Plus facilement accessible, car sur la route de Pondichery, le temple d’Airavatesvara de Darasuram propulse le visiteur dans le monde des Cholas. Sous l’œil bienveillant d’un clergé prêt à échanger accueil contre obole, ce superbe lieu dans une ville chargée d’histoire et de monuments religieux, permet de rentrer quasi dans le saint des saints. On y admire de merveilleuses sculptures au son des célébrations. J’en parlerai davantage dans les prochaines semaines.

Mandapam, Temple Darasuram

North Beach Road

North Beach Road a changé de nom. Cette avenue de parade du Raj s’appelle aujourd’hui Rajaji Salai. Le changement de nom correspond malheureusement aussi à une transformation de la promenade. Jadis située en bord de baie, elle correspondait à la grande époque coloniale au point d’arrivée des bateaux. De frêles esquifs déposaient sur le rivage les passagers. Ceux ci se voyaient transbordés des gros paquebots un peu plus au nord au niveau du port creusé seulement à la fin du XIXe siècle.

Gare de chennai beach

L’avenue de parade du Raj

Banque d'Inde

La première approche de Madras, la grande capitale de la Présidence et donc du sud de l’Inde se devait d’impressionner. Y circulait en grand appareil toute l’élite anglo saxonne de la colonie. Sur cette avenue de bord de mer, les Anglais firent donc appel aux plus grands architectes. Venus directement de la mère patrie, Robert Chisholm et Henry Irwin se livrèrent à une compétition sans relâche pour délivrer leurs plus grands chefs d oeuvres. A quelques centaines de mètres de distance, les bâtiments de la poste par Chisholm et de la banque d’Inde par Irwin offrent donc des variations virtuoses du style indo sarracénique.

Facade par irwin de la Banque

Les lettres comme les passagers débarquaient en priorité en ces lieux. La petite histoire raconte que hommes et produits terminaient leur long trajet les menant des Iles britanniques à la côte de Coromandel par une petite traversée de Royapuram à North Beach Road. Pour ce faire, ils empruntaient de petits bateaux locaux nommés en tamoul Katamaran. Le terme nous est connu et désigne aujourd’hui des embarcations à double coque. En revanche, il arrivait que ces goélettes ne parviennent pas à bon port. En tous cas les paquetages ou enveloppes. Si le destinataire refusait de s’aquitter d’une énième taxe, le chargement parvenu pratiquement à destination était déversé dans la mer.

boite à lettres

Outre la poste générale ou la Banque, la promenade voyait également se succéder les bâtiments les plus représentatifs du Raj. Le quartier général de la police avec sa façade de briques rouges surhaussée de pierres blanches emprunte au même style architectural.

En revanche la magistrature tamoule offre une façade principale beaucoup plus lisse. La brique rouge ne s’y anime que de mosaiques. Il semble que le bâtiment uniquement dévolu à un public tamoul ait été limité dans sa construction par des considérations budgétaires. Celles ci n’existaient pas ou moins dans des édifices destinés aux Britanniques.

facade de la magistrature

Transformations de North Beach Road.

Après l’apogée du Raj sous le règne de la Reine Victoria, North Beach Road changea. L’avenue bordait la mer et le quartier de George town parallèlement à l’avenue principale. Or le centre de Madras se déplacait. La ville s’étendait et le besoin de batiments à l’echelle de cette métropole en pleine croissance se faisait sentir. Le nouveau quartier de Park town allait répondre à ces nouveaux besoins.

le batiment de la poste
depuis la gare de chennai Beach

Une nouvelle promenade le long de la mer naquit alors, il s’agit de South Beach Road ou Marina. Celle ci répondait en outre au besoin de relier Madras aux zones annexées au sud comme Mylapore ou Triplicane.

Qu’allait devenir North Beach road? Dans un premier temps, de nouvelles constructions plus classiques d’aspect apparurent. Ainsi le siège de la banque de Hong Kong et de Shangai. La façade à bossage blanche néo renaissance ressemble à toutes les grandes banques HSBC du sud est asiatique. Surtout, le style Renaissance se rèfere directement aux établissements bancaires des Medicis et à un langage architectural international dans le domaine des banques.

HSBC facade blanche un peu incongrue sur North Beach Road

Cet édifice des années 1910 corespond à la nouvelle tendance architecturale en vogue à Madras. Les années 1910/1920 virent en effet apparaitre des façades plus sobres et surtout un retour du palladianisme. On le voit au Ripon Bg mais aussi au free mason lodge. Réapparaissent des édifices comme ceux construits dans les années 1830 avant l’annexion de l’Inde par la couronne britannique. A l’époque de la Compagnie des Indes orientales, le palladianisme prévalait en effet, comme au Raj Bhavan, au Madras Club ou encore dans les Eglises St Georges ou St Andrews.

Avec le déplacement du centre de Madras et surtout l’ouverture du chemin de fer, North Beach road  se trouva non seulement éloignée du nouveau centre mais aussi de la mer. Les rails rendaient le débarquement sur l’avenue impraticable et bouchaient la vue sur la mer.

North Beach Road, en mauvaise voie

North Beach Road perdait peu à peu de son attrait. Des marchands èmigrèrent du nord de l’Inde pour y installer leur échoppe. En raison de leurs traits asiatiques, ils donnèrent naissance au  nom de marché birman utilisé aujourd’hui pour désigner les petits étals de peluches colorées et de matériel électronique qui bordent la voie de chemin de fer.

chemin de fer dans Chennai