Le Gujarat s’enorgueillit de deux sites harrapéens dits majeurs : Lothal et Dholavira. Au nord, Dholavira montre un exemple de gestion de l’eau. Au sud du Gujarat, Lothal a longtemps passé pour un port essential de la vallée de l’Indus.

Le site du Nord, plus aménagé, a déjà été classé au patrimoine de l’Unesco. Le second fait tout pour. Vous allez finir par me prendre par une ambassadrice de l’organisation internationale. Pas du tout, en revanche le classement implique de satisfaire un certain nombre de critères synonymes de qualité. Par ailleurs, pour faire partie de la prestigieuse liste, les Etats doivent déployer des efforts de mise en valeur et d’entretien qui assurent la qualité de la visite. Par l’intérêt des lieux , leur état de conservation, de préservation, l’ensemble de ces critères donne des gages nécessaires et souvent suffisants de visite. Particulièrement en Inde où les sites pâtissent malheureusement souvent d’incurie.

En l’occurrence, la civilisation harrapéenne correspond à la période néolithique et place ces sites dans la préhistoire et les premières grandes civilisations. Même s’ils restent très suggestifs comme le disent joliment nos amis italiens face à un lieu peu lisible, les rares vestiges de cette civilisation longtemps oubliée valent vraiment de s’y arrêter.
La civilisation harrapéenne au Gujarat
Le Gujarat s’enorgueillit de peu de vestiges très reconstruits mais “suggestifs” donc et bien documentés. Néanmoins, il a la fierté d’en compter plus que ses voisins Haryana, ou Madhya Pradesh. C’est presque le seul Etat d’Inde à se rattacher au glorieux passé de cette civilisation ancienne. En effet, même si le Pakistan concentre davantage de sites, il reste politiquement essentiel (et sensible) que la civilisation de l’Indus ait vu le jour en Inde et plus spécifiquement dans le nord de l’Inde. Pour ceux qui n’auraient pas compris mon propos, j’insiste ici sur le fait que l’antériorité de la région permettrait de justifier l’exemplarité du nord de l’Inde sur le sud par exemple.
Cette volonté politique explique en grande partie les énormes efforts consentis pour améliorer les sites et la volonté donc de les classer au patrimoine de l’UNESCO.

Car les archéologues considèrent la civilisation de l’Indus qui prend le nom de l’un des sites majeurs Harrapa comme une civilisation prééminente. Ils l’apparentent avec la Mésopotamie ou l’Egypte, dits berceaux de l’écriture et de la culture. Ainsi, la cité de Mohenjo-daro comporte des puits, véritables prédécesseurs des réservoirs à degré typiques de la région. On y a d’ailleurs retrouvé plus de 700 de ces puits. Ceci atteste d’une maîtrise complexe de l’urbanisme et de la récolte d’eau. Les spécialistes s’accordent à penser que les harrapéens ont inventé citernes, bains dès le troisième millénaire avant notre ère.

Côté indien, les sites se révèlent moins impressionnants qu’il s’agisse donc de Dholavira ou de Lothal. Pourtant, aujourd’hui je vous emmène à Lothal

Lothal, site harrapéen majeur en Inde
A 2h30 de route de Baroda et 2h30 de Bhavnagar, Lothal se situe dans un paysage de marais salants. La jolie campagne très peu habitée ne nous laisse pas espérer ce site hors du commun.
Il est petit en dimensions, très reconstruit, et admirablement entretenu. Il arbore de nouveaux panneaux explicatifs en plein air en guise de musée. La maintenance et les explications n’étant pas le fort des Indiens, je me permets de souligner la qualité de la visite. Pour mieux la préparer et comprendre davantage l’importance du lieu je vous conseille de regarder ici.

Lothal, port ou non?
Lothal a longtemps été considéré comme un port. Cette interprétation a soulevé de nombreux débats archéologiques. Ses structures de briques bien préservées continuent d’intriguer les chercheurs. Il s’agit notamment d’un bassin trapézoïdal longtemps interprété comme bassin portuaire. Les spécialistes s’interrogent en effet sur le rôle de Lothal durant l’âge du Bronze (-2600-1900).

Le bassin avec sa jetée a initié de nombreuses discussions. S’agissait il d’un port à 30 km à l’intérieur des terres? Les difficultés de navigation de la Sabamarti mettent à mal l’hypothèse du port au profit d’un réservoir. Néanmoins, l’existence d’une jetée sur ce bassin de 222m sur 37 de large et 4 m de profondeur confirmerait la théorie du port. D’autant plus qu’un canal et des entrepôts attesteraient de l’activité portuaire.

Des recherches récentes de Indian Institute of Technology-Gandhinagar (IITGn) entérinent la théorie portuaire. Étayant l’affirmation d’images satellites ou de modèles digitaux, les archéologues ont reconstruits le paléopaysage autour de Lothal. Et l’une des découvertes est un lien direct entre Lothal et le lit de la Sabarmati. Le fleuve, déjà rencontré à Ahmedabad https://visitesfabienne.org/ahmedabad/ se serait déplacé du site de la ville antique à 20km à l’est. Lothal aurait ainsi joué un rôle primordial de port sur une route fluviale aujourd’hui disparue menant du Golfe de Cambay au désert de Kutch. Lothal appartenait ainsi à un réseau fluvial reliant les sites harrapéens à la mer.

Une ville au tracé régulier
Port ou non, il reste de Lothal une double ville au tracé régulier. Dans la ville haute, les archéologues ont distingué une sorte de regia sur l’acropole (un quartier royal). Datant de -3000 à – 2000, la ville basse concentrait l’activité artisanale. Les fouilles ont mis à jour une importante production de perles. La cité antique était donc un important centre industriel et commercial. Son emplacement stratégique la plaçait à proximité des ressources de cornaline, cuivre, coquillages. Elle représentait ainsi un fournisseur privilégié pour la vallée. Outre le commerce local, Lothal échangeait avec la Mésopotamie et le Golfe Persique . En atteste la présence de pots, sceaux et perles harrapéens en ces contrées. Ce qui suggère une sphère d’influence large pour la civilisation de l’Indus.







































































































































