Comme dans toutes les villes anglo saxonnes, une large avenue, Broadway, parcourait le centre de la Madras coloniale. Plus précisément, le nouveau quartier commerçant de Georgetown. Il ne reste aujourd’hui environ que 80% des bâtiments originels de la rue. Néanmoins, cet article m’a aidé à mettre en lumière les rares vestiges d’une époque révolue.

Broadway, la grande rue de Georgetown
A la base, la ville anglaise se partageait en deux. D’une part, le fort réservé à l’élite blanche et britannique. D’autre part, “Blacktown” habitée par les locaux, les tisserands et teinturiers principalement. Cette old town disparut après le siège francais de 1759. Elle fut reconstruite un peu plus au nord, au delà d’une Esplanade concue pour servir de défense. Ce terrain dévolu aux parades militaires fut bâti à la fin du XIXe. Les cours de justice s’y installlèrent. De l’Esplanade ou plutôt des 7 recensées, ne reste aujourd’hui qu’un petit obélisque devant Dare Building.
Deux villages de part et d’autre de Broadway
Black town fut donc déplacée et resconstruite à l’emplacement de deux villages. A l’est, côté mer, Muthialpet abritait une population pauvre. A l’ouest, des propriétaires et employés du Fort St George habitaient Peddanaickenpet. Ils furent bientôt rejoints par les Indiens d’autres régions mais aussi les autres nationalités.

Entre les deux villages, en 1780, un juriste du nom de Popham acheta des terrains entourant un canal. Il combla celui-ci avec le résidu de terre de Hog Hill. il eut l’idée d’ouvrir une rue sur laquelle il comptait louer et vendre des commerces. Cette rue prit son nom, Popham’s Boradway rd. Elle allait devenir l’artère principale de Georgetown.
Un mur protégeait la localité à l’extremité de Broadway. On en suit le tracé au niveau de Ebrahim Sahib Street, Old jail rd, Basin Bridge rd, puis Walltax road construite pour percevoir l’octroi.
Les habitants et édifices du quartier
Les Armeniens et Juifs se partageaient le commerce à l’Ouest de cette rue principale. A l’est, les Jains se specialisèrent dans la bijouterie. Les dubachis, ou interprètes occupaient une partie du quartier. Des missionaires construisirent leurs écoles et leurs églises sur la rue principale, Broadway donc. Les mosquées et temples se rencontraient au hasard des rues qui quadrillaient Georgetown. En effet, Blacktown devint Georgetown avec la venue en 1906 du Prince de Galles, futur George V. C’est en son honneur que fut construite l’arche sur South Beach Road. Ainsi que la Gateway of India à Bombay.

C’est sur Broadway a priori que se trouvaient les premières institutions de la jeune cité. Le bureau de poste jouxtait les théatres et premiers cinémas, la première Clinique privée. Il ne reste quasi rien de cette activité rapidement transferée sur Mount Road.

Dans cette rue principale, on trouvait aussi les sièges sociaux des compagnies d’assurance, des banques ainsi que les grandes agences maritimes. Des boutiques, écoles et églises complétaient l’ensemble.
Les églises de Broadway
Broadway, grande rue du quartier, coupait le plan orthogonal en deux. Sur cette avenue se pressaient les églises protestantes alors que le reste du quartier voyait fleurir temples hindous et mosquées. Bien que défigurée par le métro (station Manadi) Broadway conserve quelques unes de ces églises.
Les Méthodistes bien implantés sur Broadway

C’est d’abord la grande église Méthodiste aux allures de temple grec. Wesley Church s’adressait aux Anglais. On y trouvait au rdc une salle de réunion et des bureaux. La chapelle se situe toujours à l’étage. La mission Wesleysienne remonte à Chennai à 1817 et l’église, elle, date de 1822. Au contraire, la petite église qui lui fait pratiquement face, également méthodiste, visait la communauté tamoule. Cette mission remonte à 1861. Elle accueillait les locaux qu’il ne fallait pas mélanger avec les fidèles britanniques. Cette dernière a des accents campagnards. Moins imposante que sa soeur ainée, elle a pourtant plus de charme. Rare édifice de style Arts and Crafts avec l’école des Beaux-Arts, elle mérite de figurer dans les balades architecturales.

Les missionnaires ne se limitèrent pas au centre de la ville et construisirent bientot une vaste école dans le nouveau quartier de Mount Road.

Autres Missions
Un peu plus loin, nous abordons l’église luthérienne d’Arcot. On se croirait vraiment en Angleterre ici face à cette église de style néo gothique. A l’origine, en 1892, il s’agissait cependant de la Mission danoise. Son nom actuel date de 1949.

Presque en face, une grande demeure disparue construite en 1923 a servi d’hôtel pendant près d’un siècle. C’est à l’ Hôtel Adarsha, ou au Madras Club que serait apparue la première soupe Mulligatawny, icone de la cuisine anglo-indienne.
Non loin de là, juste derrière l’église luthérienne, rue Davidson le théâtre Minerve, bien que fermé depuis 2021, survit depuis un siècle. Il a ouvert en 1916. A la base, le cinéma occupait le 1er étage d’un entrepôt avec un toit ouvert. Il avait la reputation d’être le théâtre le plus frais et comfortable de la Présidence de Madras. Mais il ne dura guère. Il changea de noms plusieurs fois. Il est surtout resté attaché au nom de Minerva et à la climatisation dont il fut le premier à se doter en 1949. De ce joyau cinématographique ne survit qu’une façade recouverte et des entrepôts de riz.

A quelques pas de là, le Centennial Hall disparait, mangé par la végétation. Des racines poussent le long des murs rongés. Construit en 1901 comme en atteste la plaque sur le tympan, il appartenait à la Church Missionary Society (CMS). Il servait aux réunions publiques, à l’école du Dimanche et aux prières. On y cessa toute activité en 1980. Depuis, l’édifice oublié sombre mélancoliquement.

Juste en face se cache la charmante et classique Tucker Church. Construite par la East India Company, en 1820, cette simple chapelle de missionnaires prit le nom du révérend qui y officiait. Son orgue, venu de Londres, y est particulièrement célèbre.
















































































































