Lothal

 Le Gujarat s’enorgueillit de deux sites harrapéens dits majeurs : Lothal et Dholavira. Au nord, Dholavira montre un exemple de gestion de l’eau. Au sud du Gujarat, Lothal a longtemps passé pour un port essential de la vallée de l’Indus.

marais autour de Lothal

Le site du Nord, plus aménagé, a déjà été classé au patrimoine de l’Unesco. Le second fait tout pour. Vous allez finir par me prendre par une ambassadrice de l’organisation internationale. Pas du tout, en revanche le classement implique de satisfaire un certain nombre de critères synonymes de qualité. Par ailleurs, pour faire partie de la prestigieuse liste, les Etats doivent déployer des efforts de mise en valeur et d’entretien qui assurent la qualité de la visite. Par l’intérêt des lieux , leur état de conservation, de préservation, l’ensemble de ces critères donne des gages nécessaires et souvent suffisants de visite. Particulièrement en Inde où les sites pâtissent malheureusement souvent d’incurie.

panneaux signalétiques

 En l’occurrence, la civilisation harrapéenne correspond à la période néolithique et place ces sites dans la préhistoire et les premières grandes civilisations. Même s’ils restent très suggestifs comme le disent joliment nos amis italiens face à un lieu peu lisible, les rares vestiges de cette civilisation longtemps oubliée valent vraiment de s’y arrêter.

La civilisation harrapéenne au Gujarat

Le Gujarat s’enorgueillit de peu de vestiges très reconstruits mais “suggestifs” donc et bien documentés. Néanmoins, il a la fierté d’en compter plus que ses voisins Haryana, ou Madhya Pradesh. C’est presque le seul Etat d’Inde à se rattacher au glorieux passé de cette civilisation ancienne. En effet, même si le Pakistan concentre davantage de sites, il reste politiquement essentiel (et sensible) que la civilisation de l’Indus ait vu le jour en Inde et plus spécifiquement dans le nord de l’Inde. Pour ceux qui n’auraient pas compris mon propos, j’insiste ici sur le fait que l’antériorité de la région permettrait de justifier l’exemplarité du nord de l’Inde sur le sud par exemple.

Cette volonté politique explique en grande partie les énormes efforts consentis pour améliorer les sites et la volonté donc de les classer au patrimoine de  l’UNESCO.

sur le site de lothal

Car les archéologues considèrent la civilisation de l’Indus qui prend le nom de l’un des sites majeurs Harrapa comme une civilisation prééminente. Ils l’apparentent avec la Mésopotamie ou l’Egypte, dits berceaux de l’écriture et de la culture. Ainsi, la cité de Mohenjo-daro comporte des puits, véritables prédécesseurs des réservoirs à degré typiques de la région. On y a d’ailleurs retrouvé plus de 700 de ces puits. Ceci atteste d’une maîtrise complexe de l’urbanisme et de la récolte d’eau. Les spécialistes s’accordent à penser que les harrapéens ont inventé citernes, bains dès le troisième millénaire avant notre ère.

la regia

Côté indien, les sites se révèlent moins impressionnants qu’il s’agisse donc de Dholavira ou de Lothal. Pourtant, aujourd’hui je vous emmène à Lothal

vestige sreconstruits

Lothal, site harrapéen majeur en Inde

A 2h30 de route de Baroda et 2h30 de Bhavnagar, Lothal se situe dans un paysage de marais salants. La jolie campagne très peu habitée ne nous laisse pas espérer ce site hors du commun.

Il est petit en dimensions, très reconstruit, et admirablement entretenu. Il arbore de nouveaux panneaux explicatifs en plein air en guise de musée. La maintenance et les explications n’étant pas le fort des Indiens, je me permets de souligner la qualité de la visite. Pour mieux la préparer et comprendre davantage l’importance du lieu je vous conseille de regarder ici.

cabanon explicatif à l'extérieur du site

Lothal, port ou non?

Lothal a longtemps été considéré comme un port. Cette interprétation a soulevé de nombreux débats archéologiques. Ses structures de briques bien préservées continuent d’intriguer les chercheurs. Il s’agit notamment d’un bassin trapézoïdal longtemps interprété comme bassin portuaire. Les spécialistes s’interrogent en effet sur le rôle de Lothal durant l’âge du Bronze (-2600-1900).

Le bassin avec sa jetée a initié de nombreuses discussions. S’agissait il d’un port à 30 km à l’intérieur des terres? Les difficultés de navigation de la Sabamarti mettent à mal l’hypothèse du port au profit d’un réservoir. Néanmoins, l’existence d’une jetée sur ce bassin de 222m sur 37 de large et 4 m de profondeur confirmerait la théorie du port. D’autant plus qu’un canal et des entrepôts attesteraient de l’activité portuaire.

la digue

Des recherches récentes de Indian Institute of Technology-Gandhinagar (IITGn) entérinent la théorie portuaire. Étayant l’affirmation d’images satellites ou de modèles digitaux, les archéologues ont reconstruits le paléopaysage autour de Lothal. Et l’une des découvertes est un lien direct entre Lothal et le lit de la Sabarmati. Le fleuve, déjà rencontré à Ahmedabad https://visitesfabienne.org/ahmedabad/ se serait déplacé du site de la ville antique à 20km à l’est. Lothal aurait ainsi joué un rôle primordial de port sur une route fluviale aujourd’hui disparue menant du Golfe de Cambay au désert de Kutch. Lothal appartenait ainsi à un réseau fluvial reliant les sites harrapéens à la mer.

le réservoir ou port

Une ville au tracé régulier

Port ou non, il reste de Lothal une double ville au tracé régulier. Dans la ville haute, les archéologues ont distingué une sorte de regia sur l’acropole (un quartier royal). Datant de -3000 à – 2000, la ville basse concentrait l’activité artisanale. Les fouilles ont mis à jour une importante production de perles. La cité antique était donc un important centre industriel et commercial. Son emplacement stratégique la plaçait à proximité des ressources de cornaline, cuivre, coquillages. Elle représentait ainsi un fournisseur privilégié pour la vallée. Outre le commerce local, Lothal échangeait avec la Mésopotamie et le Golfe Persique . En atteste la présence de pots, sceaux et perles harrapéens en ces contrées. Ce qui suggère une sphère d’influence large pour la civilisation de l’Indus.

Champaner

Champaner est un site passionnant classé au patrimoine de l’UNESCO.

Connu aujourd’hui pour son pèlerinage hindou, sa splendeur repose pourtant essentiellement sur son architecture islamique prémoghole.

Une ville pré-moghole classée au patrimoine Unesco

La ville au pied du mont Pavagadh a connu son apogée sous le sultanat du Gujarat à la fin du XVᵉ siècle quand elle devint une capitale militaire, civile et religieuse. Des routes s’ajoutèrent aux fortifications, ponts, jardins et ouvrages hydrauliques.

Mais, au XVIᵉ s., les Moghols prirent le contrôle du nord de l’Inde et en 1534 Champaner tomba. Son âge d’or n’avait duré que 50 ans (1484-1534). Une période de déclin commença alors, tandis qu’Ahmedabad redevenait capitale. La ville sombra dans l’oubli jusqu’à la redécouverte au XXᵉ. et la campagne de fouilles en 1969.

On pourra s’attrister mais pas s’étonner que Champaner-Pavagadh préserve modérément son fantastique patrimoine islamique. En revanche, elle gère merveilleusement son site hindou. Car Champaner est la seule ville musulmane prémoghole d’Inde et surtout la plus complète. Si les plus belles mosquées sont heureusement entretenues et gardées dans de petits parcs, le reste des vestiges islamiques se trouve tristement abandonné. On est loin ici des efforts développés sur l’ensemble du site d’Hampi.

Champaner est un site un peu déroutant par manque d’explications et de cohérence mais également d’homogénéité. Pour vous y retrouver, je vous conseille de commencer par le puits hélicoïdal puis le temple Kalika Mala sur le mont Pavagadh. De là vous pourrez rejoindre à pied les différents enclos pour finir avec la magnifique grande mosquée.

De magnifiques ouvrages hydrauliques

Plusieurs talaos (lacs) se répartissent sur toute la zone de Champaner comme le Medi Talao, le Tailia Talao ou encore le Naulakhi Talao. La région compte par ailleurs 3 kund (bassins sacrés). Cependant le plus impressionnant est certainement le puits hélicoïdal du XVIᵉ s. En arrivant par la route depuis Ahmedabad (environ 3h en voiture), vous passez devant un petit chemin qui y mène. Impressionnant hors mousson, il l’est beaucoup moins en période de pluies. Néanmoins il donne une idée de la maitrise de l’irrigation dans cette région de sécheresse. Champaner porte d’ailleurs le nom de ville aux 1000 puits.

Puits hélicoidal

Non loin de ce puits, une mosquée rappelle à elle seule le destin de la ville saccagée puis oubliée. Il s’agit de la Ek Minar Ki construite en 1526-1535. Le haut minaret seul survivant lui a donné son nom. La route passe aussi devant des mausolées de la même époque.

Le plateau Mauliya

Je vous recommande ensuite de vous faire déposer au terminal de bus pour monter au sommet de la colline Pavagadh. De là un téléphérique mène au temple Kalika Mala. Le trajet en bus offre un beau panorama et permet de rencontrer des pèlerins tout excités de venir honorer le doigt de pied de la déesse Sati.

téléphérique

Outre le temple dédié à la Déesse, la structure la plus ancienne du complexe remonte au Xᵉ siècle. Le temple Lakulisa est lui consacré à Shiva. L’iconographie s’y révèle unique avec l’idole assise dans une posture yogasana. Sur la même colline, on a aussi accès à un temple jaïn du XIII/XIVᵉ s.

La ville haute musulmane

vue sur la ville basse

Une fois les temples visités et ou honorés, on traverse un immense marché réparti le long des escaliers qui redescendent vers la ville basse. Le chemin qui dégringole de la colline vous fera traverser de beaux monuments du XVᵉ siècle, époque d’apogée de la ville. Marcher vaut donc la peine, même si les vestiges musulmans ressemblent pour beaucoup à des ruines rongées par la végétation. Néanmoins avec de la patience, de l’imagination, on pourra distinguer cimetière, marchés, fortifications, résidences. Il convient de rester attentif aux pancartes et enclos.

Bastion

La forteresse supérieure montre un ensemble de structures offensives et défensives comme des catapultes près de la porte Atak. Plus bas, on devinera le bâtiment de la Monnaie, l’un des 4 du Gujarat. Des pièces y furent frappées entre 1485 et 1537.

bastion Saat Kanan

On parvient alors au bastion Saat Kaman (7 arches). Ce poste militaire, situé entre Sadan Shah Gate et Budhiya Darwaja jouissait d’un point de vue sur toute la vallée. L’architecture des arches est devenue une image emblématique de Champaner.

La ville basse

La ville basse correspond certainement à la zone la plus intéressante de Champaner pour des non-hindous. On y admire un patrimoine islamique pré-moghol absolument remarquable.

Non loin du terminal de bus, on longera les murailles pour entrer dans le fort. Cette citadelle royale s’ouvre notamment sur Shahar ki Masjid près de la porte nord de Bhadra. Elle servait de mosquée privée pour la famille royale. Les chemins ont remplacé les routes de la cité autrefois prospère. Ils desservent les cahutes d’un petit village indien d’où surgissent quelques merveilles.

greniers de la ville

Enfin, on parvient au terme d’une promenade bucolique à Amir Manzil, identifié comme résidence royale de Champaner. On distingue à peine, perdus dans la végétation, des citernes, étables, canaux. Le complexe a sûrement été habité plus d’un siècle vu le résultat des fouilles. On y a en effet exhumé monnaie, vaisselle de terre cuite, de pierre ou de cuivre, un anneau en argent et de la porcelaine chinoise.

Un peu plus loin, on retraverse les fortifications par la porte est. Les murailles prouvent le rôle double de capitale et de bastion militaire. En face se dresse une splendide mosquée. Les mosquées s’élevaient aux carrefours reliant les lieux d’habitation aux zones commerciales.

Jami Masjid

Le chef-d’œuvre de Champaner

fenêtre de la Grande Mosquée

 Jami Masjid, se dresse le long de la rue. On la considère, à juste titre, comme l’une des plus belles mosquées du Gujarat. C’est l’un des meilleurs exemples d’architecture pré-mongole. La délicatesse des sculptures, les fenêtres ouvragées en surplomb, les mihrabs ornementés ainsi que les deux impressionnants minarets fuselés en font un modèle du genre. Elle date de 1508, comme en attestait une inscription aujourd’hui disparue.

Grande Mosquée

Au-delà de cette magnifique mosquée, on peut emprunter les sentiers pour partir découvrir le puits octogonal ou la mosquée Kevada. Encore plus loin et difficilement accessible par la route, la Nagina Masjid aux minarets tronqués ou la mosquée Lila Gumbaj-ki-Masjid conservent de magnifiques murs sculptés. Toutes ces mosquées attestent de la brève période de magnificence de Champaner.

fenêtres à moucharabieh de la mosquée

Modhera

Un peu au nord d’Ahmedabad, le superbe Temple de Modhera (1h de route) vaut le détour. On y admirera un des grands chefs-d’œuvre de l’architecture Solanki avant de se rendre dans la banlieue de Gandhinagar au Adalaj vav.

Le temple du Soleil, Modhera

Le magnifique temple de Modhera affecte une forme ramassée. Il adopte le même style architectural que le Rani Ki Vav, un peu plus au nord. Classé au patrimoine de l’UNESCO, il jouit d’un aménagement qui le met à l’abri des déprédations et ordures malheureusement si courantes en Inde.

 Protégé et entretenu par le service archéologique d’Inde, il reste néanmoins vivant. Les touristes peuvent admirer la beauté harmonieuse de son architecture sans gêner les fidèles, accueillis dans un petit temple latéral.

On accède tout d’abord à un réservoir aux escaliers géométriques. De petits paliers répartissent de manière symétrique les volées de marches disposées en triangles. Une magnifique Torana ouvre sur le temple. Ce type de porte évidée et sculptée est typique de l’architecture médiévale Nagara que j’avais découverte dans l’Odisha. De petite taille, il offre une iconographie d’une richesse exceptionnelle avec ses motifs en accolade typiques du style.

Ce temple dédié à la divinité solaire (Surya) est construit dans le style Māru-Gurjara ou Chaulukya, ou Solanki, variante régionale du style Nagara. Il se compose de trois éléments alignés axialement. Le sanctuaire proprement dit, “garbhagriha”, donne dans une salle “Gudhamandapa” un peu plus grande. À l’extérieur, une salle d’assemblée “sabhamandapa” ou “rangamandapa” et un réservoir sacré “kund” complètent le complexe.

Une architecture remarquable

Ce temple date de 1026 après J.-C. et de la dynastie Chaulukya qui a donné son nom au style. Il est un peu antérieur au Rani ki Vav. Voir les deux permet d’apprécier pleinement la richesse architecturale et ornementale.

On trouve ce type d’architecture au nord-ouest de l’Inde. Le meilleur exemple de son évolution du XVIᵉ au XIXᵉ siècle se trouve à Palitana. Ce style orné s’ancre dans les innovations de l’Inde occidentale au Xᵉ siècle sous la dynastie bâtisseuse des Chalukya appelés aussi localement Solanki. Ces caractéristiques se sont cristallisées dès le XIVᵉ siècle dans les temples jains. À Modhera et au Rani Ki Vav, on parle plus précisément d’une variante Māru-Gurjara.

Ce style insiste sur l’ornement des murs extérieurs et intérieurs. Des bas-reliefs et formes géométriques les recouvrent entièrement. Trois salles hypostyles (à colonnes) ouvertes jouent sur les formes carrées et circulaires. Des toranas (portes décorées) et des andolas (arches en accolade) très ornés ajoutent à la complexité du décor. Au plafond, des coupoles aux cercles concentriques enveloppent l’espace et la lumière.

Pour admirer le raffinement presque maniériste de l’architecture locale, vous pouvez pousser vers Gandhinagar, dans un lieu touristique plus fréquenté quoique bien passionnant également.

Adalaj Stepwell

Le réservoir Adalaj est un peu plus tardif. Construit en 1498, ce baori (en hindi)  ou vav (en gujarati ou marwari) servait de réservoir pour boire, se laver ou se baigner. On trouve beaucoup de ces puits dans cette région aride, jusqu’au Pakistan. Construits entre le IIIᵉ et le XIXᵉ siècles, il y en a plus de 100 dans le seul Gujarat. Néanmoins, Adalaj est le plus connu de la région en raison de sa beauté mais aussi de sa proximité d’Ahmedabad.

Ces structures utilitaires ont parfois joui d’embellissements visant à célébrer l’importance de l’eau. Les plus anciens de ces puits étaient creusés dans la roche. Le vav Adalaj comporte cinq étages de profondeur, tous entièrement sculptés.

On y accède par un escalier qui s’ouvre au sud. Puis trois escaliers au sud, à l’ouest et à l’est mènent au palier situé au nord du puits. Aux quatre coins, quatre petites fenêtres en oriel décorées minutieusement l’éclairent.

Un réservoir de style Solanki

Construit en grès, il adopte le style Solanki abordé à Modhera. Dans la partie supérieure, son plan octogonal repose sur de nombreux piliers sculptés. Chaque étage est suffisamment large pour permettre à un grand nombre de personnes de venir chercher de l’eau. Creusé profondément, il visait à capter l’eau au niveau des nappes en tenant compte des fluctuations de niveau saisonnières. Les trous dans le plafond permettent d’aérer les étages.

Du premier étage, trois escaliers mènent au niveau inférieur du puits. Le sol aux marches carrées prend la forme d’un entonnoir autour du puits circulaire. Il s’ouvre sur l’extérieur. Une forêt de colonnes, poutres et arcs sculptés se succède. Les motifs floraux et graphiques se mêlent aux symboles de dieux hindous et jains sculptés. Dans la partie supérieure, on peut admirer des motifs d’éléphants de tailles et représentations différentes. Sur les murs, des sculptures de femmes dans des taches de la vie quotidienne, s’habillant, barattant le beurre, dansant sous le regard du roi.

Je suis pas fan de la pub, mais voici quelques explications.

La température dans le puits est inférieure de 5 degrés à l’extérieur. Ce qui encourageait les femmes qui venaient chercher de l’eau à passer plus de temps à discuter età y honorer les divinités.

Palitana

Palitana est la Mecque des Jains et pourtant rares sont ceux qui en ont entendu parler y compris en Inde. C’est pourtant réellement un lieu exceptionnel. Il faut compter plus de 4h de route (sans encombrement) depuis Ahmedabad en voiture, 1 bonne heure de Bhavnagar la grande ville peu passionnante du coin. L’accès est encore plus compliqué en transports en commun. Pour réserver bus ou train en effet il faut avoir un compte bancaire et un téléphone indiens. Sauf à passer par une agence ou des amis locaux, venir à Palitana n’est pas aisé. Mais le jeu en vaut la chandelle car Palitana se mérite !

La Mecque des Jains

Niché au Sommet du Mont Shatrunjaya, les temples surgissent comme par magie dans une belle campagne fertile.

C’est un des hauts lieux de pèlerinage jains. Les Jains les plus orthodoxes doivent réaliser 3 montées par jour (une bonne heure et demie pour escalader les 3800 marches sans manger ni boire). Les plus convaincus y montent 99 fois en 1 mois. En raison de la difficulté à trouver des informations, je conseille vivement la lecture de cet article.

Palitana, une merveille architecturale

Le site naturel est certes magnifique. Mais, ce qui émerveille avant tout, c’est l’architecture. Une fois en haut en effet, le spectacle est magique. 900 temples, tous plus beaux les uns que les autres, se répartissent sur 2 collines. Le grand temple Adinath couronne la première colline. Une multitude de cours et de petits sanctuaires surmontés de vimanas aux fantastiques sculptures en font une véritable petite ville de l’intérieur. On y débouche à travers un véritable labyrinthe de temples et sanctuaires plus petits mais admirablement sculptés. L’architecture se révèle remarquablement homogène. Comme pour presque tous les bâtiments jains, il s’agit d’un style qualifié de Solanki .

L’architecture Solanki doit son nom à Kumarpal Solanki, mécène et bienfaiteur jain, ministre du roi Chaulukya. Ce style se figea dans la communauté autour de ce grand personnage. On le retrouve donc dans tous les temples jains aujourd’hui encore. Mais, on en voit l’archétype au Rani ki Vav et surtout au temple du soleil avec ses arcs en accolade et ses sculptures raffinées.

C’est d’ailleurs de l’époque Solanki au XIᵉ siècle que datent les premiers des 900 temples construits au sommet de Shatrunjaya Hill. Beaucoup sont plus récents mais respectent les mêmes principes constructifs. Certains sont encore en construction. Les temples jains construits depuis cette époque fondatrice partout dans le monde affectent un style identique.

Un chemin de Croix pour monter sur Shatrunjaya Hill

Une fois arrivé dans la grosse bourgade moderne et sans charme, il faut atteindre la ville sainte. On y accède à pied au terme d une montée à pied d’une bonne heure trente. Les photos, la nourriture, les boissons y sont interdites. J’ai volé pour les besoins de l’article les quelques photos dont je vous gratifie. Surtout les plastiques sont interdits pour éviter de polluer le superbe site. En outre, le jeûne fait partie des obligations jains. Des dames sévères contrôlent d’ailleurs l’entrée du site pour vider vos sacs de tout aliment ou appareil photo. L’ensemble de la balade dure entre 4 et 5 heures selon le temps que vous passez à admirer les temples.

 L’idéal consiste à arriver le soir pour dormir à Palitana et marcher au lever du soleil. En partant à 5h, on parvient aux temples avec les premiers rayons solaires. La lumière qui baigne les temples est magique. Il vaut mieux prévoir cette marche en hiver pour éviter les grosses chaleurs. On peut facilement petit-déjeuner après 11h une fois  redescendu de Shatrunjaya Hill. Si l’effort physique ne fait pas du tout partie de votre ADN ou que votre condition physique vous empêche ce type d’expérience, vous pouvez utiliser les services de portage (doli). Des jeunes gens robustes vous chargeront à bord d’un palanquin brinquebalant et vous porteront à bout de bras et de souffle le long du chemin.

Il convient de s’habiller décemment pour se rendre en ce lieu saint. Les épaules et genoux couverts s’imposent. En revanche, une fois dans les temples, il faut se déchausser. Malgré toutes ces précautions préalables, l’expérience vaut la peine. Le panorama et les temples sont d’une beauté à couper le souffle. Enfin dernière précision matérielle, l’accès au site est gratuit. Néanmoins, les prêtres ne s’opposent pas à une petite donation. Charmants, ils sont prêts à expliquer les rituels voire à vous y faire participer.

 Visite de Palitana

Une fois parvenu dans la cité sainte, de grosses tours annoncent les temples. On prend presque naturellement sur la gauche du chemin pour avancer vers le temple principal Adinath au sommet de la première colline. On y accède en montant le long d’une enfilade de petits temples presque imbriqués les uns dans les autres. Car les temples de Palitana, majoritairement en marbre blanc, forment de véritables sous ensembles qualifiés de Tonk ou tuk. Ils parsèment l’ensemble de la cité sainte et fortifiée sur les deux principaux sommets de la chaine montagneuse. Enfin on parvient au saint des saints, un grand temple composé de cours et de petits sanctuaires.

L’autre colline, beaucoup moins fréquentée, consiste en une véritable citadelle. Elle enserre une multitude de sanctuaires toujours sur le même modèle. Ils débouchent les uns dans les autres. Le fait que la colline ne soit accessible qu’à pied rend la visite incroyable. On marche en effet de merveilles en merveilles sans aucun bruit ou circulation, fait rarissime en Inde. Ce calme presque irréel, ajouté à la beauté des lieux, rend la découverte de la ville sainte vraiment unique. J’allais répéter magique, mais je ne me remets pas de ce lieu fantastique. La vue de tous côtés a de quoi éblouir également. Seul bémol, les nombreuses réfections bétonnent malheureusement les sculptures érodées. Le charme s’en va mais au moins les édifices évitent-ils de disparaitre.

Le site remplirait visiblement toutes les conditions pour se ranger au patrimoine de l’Unesco. Car tout ici est remarquable à quelque niveau que ce soit, historique, spirituel, religieux, architectural. Mais, une farouche volonté de le conserver à l’écart des circuits touristiques et de la fréquentation de masse, terrifiante en Inde, empêche son classement. À vrai dire, lorsque l’on voit le comportement des rares touristes portés sur les palanquins et hurlant des ordres ou pendus à leurs téléphones portables sans se préoccuper des interdictions locales, on comprend cette décision. La cacophonie créée par ces touristes non religieux et les jeunes porteurs  s’inscrit en faux par rapport à la sérénité ambiante et voulue. Combien de temps encore ce lieu presque idéal échappera-t-il aux hordes sauvages?

Rani ki Vav

Aujourd’hui je vous propose une virée au Rani Ki Vav. il se trouve à 3 h au nord de Ahmedabad 125 km en direction de Patan. On va traverser ce qui fut autrefois une capitale et ne correspond plus qu’à un village avant de rejoindre un site UNESCO exceptionnel.

Sur la route, on croise de nombreux dromadaires. On sent que le nord du Gujarat est la proie du désert. Néanmoins le Premier Ministre d’Inde, ex Chief Minister du Gujarat a doté son Etat de routes impensables ailleurs en Inde. De fait, le Gujarat alterne le meilleur et le pire, la modernité absolue et la pauvreté crasse.

 Rani Ki Vav, le temple inversé

 Ce puits de la Reine vaut tous les superlatifs laudatifs. Situé au fin fond de la campagne, il vaut mieux y accéder de bon matin pour éviter les foules. Car ce réservoir aux allures de temple fait le plein de locaux éblouit par la beauté des sculptures.

éléphanst sculptés

Le Rani Vi Vav, parfois considéré comme un temple en raison de sa beauté, remonte au XIeme siècle. Construit pour servir de réservoir, il appartient à un type de construction typique des régions désertiques du nord ouest de l’Inde. Mais il dépasse ses équivalents par sa taille et sa splendeur.

nettoyer le Rani Ki Vav

Comme les autres puits, le Rani Ki Vav se remplit selon les saisons. Le but consiste à stocker les pluies de la saison humide pour survivre aux périodes de sécheresse. Les mois chauds il fallait descendre plus bas pour récupérer le précieux liquide d’où l’invention de ces puits à degrés. Celui ci atteint 7 étages en profondeur d’où le nom actuel de temple inversé. Ces vans ou baoris constituèrent une grande contribution architecturale de l’ouest de l’Inde.

Ce magnifique puit disparut néanmoins au cours des siècles. Submergé par une crue du fleuve Sharavathi, le site s’envasa. On ne le redécouvrit que dans les années 1940 pour ne commencer la restauration que dans les années 1980. Depuis 2014, il figure dans le classement de l’Unesco.

Le Rani Ki Vav, Une œuvre commémorative

Le Rani Ki Vav remonte à la mort du roi Bima qui avait établi sa capitale non loin dans la ville de Patan. Chassé par des armées musulmanes destructrices des temples de Somna et Modhera, Bima ne vit jamais ce chef d’œuvre voulu par sa veuve. En effet Rani signifie la reine.

Le programme décoratif, d’un raffinement extrême, reste pourtant typique de la dynastie Chaulukya ou Solanki. Ce style perdure dans l’architecture jain qui s’est cristallisée à cette époque autour de la construction des temples jains du Mont Abou. On retrouvera d’ailleurs le style dit Solanski au temple de Modhera et à Palitana.

Cette œuvre commémorative comporte 7 étages dont les 5 inférieurs sont quasi parfaitement conservés. Des 4 plateformes on visualise une partie des merveilleuses sculptures. On s’amuse ainsi à y chercher les 24 formes de Vishnou. Les avatars du dieu le représentent sous la forme d’un sanglier, d’un nain. Cette iconographie accompagnait les femmes dans leur quête d’eau.

On ne peut en revanche pas accéder au puit vertigineux de 29m  dont le réservoir récupérait le surplus. Il faut se contenter de plonger le regard dans ses profondeurs de derrière un grillage.

Il reste environ 500 des 800 sculptures. En bas ou haut relief, elles décorent les 226 piliers (sur les 292 originels) et les frises. Les colonnades avaient pour but de réduire les rayons du soleil et, de là, l’évaporation du soleil. Même si on peut regretter la bétonisation des 2 derniers étages, ce chef d’œuvre d intelligence écologique ne cesse d’émerveiller par sa splendeur. Car au XIe s la sécheresse du Sharavathi obligeait déjà les hommes à ruser pour survivre.

sculptures, Rani Ki Van

Non loin du Rani Ki Vav

 Un système de canaux, tranchées et réservoir existe non loin du Rani Ki Vav. Ces lieux magiques nous content l histoire de la recherche d’eau dans cette région désertifiée. On peut donc coupler la découverte de ce fantastique site avec le Shahstraling Talav pour mieux comprendre le système de récolte et de stockage d’eau médiéval.

Sidhpur, image de Philippe et véronique

Il est également possible de considérer une petite halte dans la jolie petite ville de Sidhpur. On y voit les ruines du temples Rudra Mahalaya et surtout les jolies maisons de bois colorées de teintes pastel. Une rue particulièrement jolie conserve ses maisons au style victorien Elles furent construites par la communauté des Bohra musulmans. L’on trouve ces maisons dans l’ensemble du quartier (Vohravaad), parfois en très piteux état. Cependant seule « Paris Galli » ou « rue de Paris  » apparait sur les sites touristiques presque à l infini. Car, dans les faits, sur le bon millier de ces maisons, à peine un tiers sont entretenues ou habitées. Hormis la jolie rue instagrammable et instagrammée, le reste de la ville donne plutôt une impression fantomatique, quoique assez envoûtante.

Sidhpur, facades, image de Philippe et Véronique
facade de Sidhpur image de Véronique et Philippe

Ahmedabad

entrée de Haveli Ahmedabad

A l’aéroport et sur la route de Ahmedabad on a presque l’impression de débarquer dans le premier monde. Pourtant, ce sont les contrastes qui rendent Ahmedabad si intéressante. l’aéroport ultra moderne, le quartier chic proche de l’université, les jolis parcs le long du fleuve font de cette énorme ville de plus de 10 Millions d’habitants l’une des plus modernes du pays. Mais les nombreux bidonvilles et le centre historique pauvre, sale mais fascinant donnent une image radicalement différente. Il est temps de plonger dans les différentes facettes de Ahmedabad

mosqée , Ahmedabad

Une vieille ville remarquable

Le patrimoine homogène du centre historique de Ahmedabad lui a valu de devenir la première ville d’Inde classée au patrimoine de l’Unesco.

Ce quartier musulman très vivant, pauvre et poussiéreux abonde en belles maisons à l’architecture fascinante. Des rues commerçantes offrent une plongée dans l’ambiance grouillante et chaleureuse de l’Inde populaire. Outre les belles façades, la vieille ville offre l’occasion d’admirer de magnifiques mosquées.

Voici un itinéraire de 3h environ facile à suivre pour découvrir la vieille ville.

Les Pols du centre historique

Pol, Ahmedabad

Première plongée dans la vieille ville, les Pols. Ces véritables mini labyrinthes urbains se composent de cours fermées sur l’extérieur. On y accède par une ou deux portes fermées le soir sur des ruelles étroites. Reconnus par l’Unesco comme patrimoine vivant et unique, ces Pols s’organisent autour de cours intérieures fermées au reste du quartier. Ils offrent une cohésion à la vieille ville fondée en 1411. Pourtant l’atmosphère et l’architecture de chacun y diffère. On y découvre de jolis havelis plus ou moins restaurés (plutôt moins que plus). Outre ces belles maisons traditionnelles, on voit des portes secrètes et des Chabutaras (pigeonniers). Ceux-ci témoignent de l’importance des animaux dans cette région marquée par la tradition jain, et de l’influence de Gandhi. Les jharokhas, véritables marqueurs sociaux, ornent les façades, mi oriels mi balcons sculptés.

pigeonnier, Ahmedabad

Dans ce labyrinthe, le pont Fernandes abrite des bouquinistes sous ses piles. Il représente le centre intellectuel de la vieille ville de Ahmedabad. De là on longe des rues animées bordées de pols et de jolis havelis mais aussi de temples jains et hindous.

temple jain Ahmedabad vieille ville

 On atteint alors le Rani no Hajiro. Ces tombes des reines remontent au règne du Sultan Ahmed Shah. Dans la cour de merveilleuses tombes délicatement sculptées gisent à ciel ouvert. Autour de l’enclos se pressent les orfèvres, bijoutiers et boutiquiers divers.

Grande Mosquée et marchés

3/ presque en face se dessinent les deux minarets tronqués de la magnifique Grande Mosquée. Construite en 1424, comme l’ensemble de la ville, Jama Masjid fut l’une des plus belles mosquées du pays. Ses 260 piliers de pierre jaune somptueusement sculptés, ses mihrabs la classent parmi les chefs d’œuvre de l’art pré moghol. Avec son vaste diwan et sa forêt de colonnes elle n’est pas sans rappeler la grande mosquée de Damas. Des influences sassanides agrémentent néanmoins le plan ommeyade.

Grande Mosquée Ahmedabad

En suivant la rue commerçante on débouche sur la triple porte fortifiée Teen Darwaza. Comme l’ensemble du complexe royale elle date de 1411. Elle domine la grande place centrale. Là se dresse l’hôtel de ville brutaliste. Derrière la masse disgracieuse, une mosquée et un temple s’adossent au fort Bhadra. Cette zone royale se réduit à peu de choses. La construction du sultan Ahmed Shah n’abrite plus que le temple Bhadra Kali, une mosquée et des bureaux. Il ne reste rien des palais, jardins et appartements du début du XVe.

Bhadra Kali, le fort

En limite de la vieille ville

On quitte cette zone très commerçante de petits vendeurs de rues pour s’engager dans le Manek Chowk. Ce grand marché aux légumes du matin se transforme en marché aux bijoux dans la journée avant de devenir un night market connu pour ses petits restaurants de rue.

le Manek chowk dans l'après midi

Dernière étape de cet itinéraire, la mosquée Sidi Saiyyed. Beaucoup plus petite que la grande mosquée, elle jouit de fantastiques fenêtres ouvragées. La dentelle de pierre forme des arbres de vie.

En face, le grand hôtel de la ville MG, offre une superbe expérience culinaire. Au dernier étage le restaurant (sur réservation) permet d’expérimenter un thali, création locale, hors du commun. Les saveurs, la fraicheur, la variété y sont remarquables.

Une grosse ville aux diverses facettes

Une fois hors du quartier historique populeux s’étendent bidonvilles, quartiers résidentiels et modernes. Des zones quasi occidentales s’articulent autour de l’université. De belles maisons longent des rues carrossables. Des cafés bordent les avenues ponctuées de centres commerciaux.

Le fleuve Sabamarti rend la ville facile à comprendre. Le rivage se transforme peu à peu en parcs arborés (et payants) mais repousse les plus pauvres vers la périphérie.

 Les nombreux bidonvilles tendent en effet à se déplacer au-delà des zones centrales gentrifiées de cette énorme ville en croissance rapide.

haveli de la vieille ville d'Ahmedabad

Quelques musées valent le détour. Sur la rive est, au nord de la vieille ville, dans le joli quartier résidentiel de Shahibaug, l’admirable musée du Calico représente l’une des plus belles galeries textiles du monde dans des bâtiments superbes et un jardin magnifique. Il convient de réserver bien en avance la visite de ce lieu extraordinaire.

Rive ouest

Corbusier à Ahmedabad, Mill's owners

A réserver également, Mill’s owners, la maison de l’association des fabricants de tissus. Cette œuvre de Corbusier, donne l’occasion d’un parcours architectural et historique passionnants. La maison musée est sujette à restauration et je vous conseille de vous renseigner pour préparer votre visite.

Mill's owners, maison du Corbusier

Plus au sud, le musée Sanskar Kendra de Corbusier est hideux et en totale réfection. A moins de vous rendre au théâtre voisin, vous pouvez vous abstenir de vous rendre si loin . En revanche vous pouvez longer le Sabamarti pour gagner l’Ashram de Gandhi. Ce lieu correspond en revanche à une belle surprise. Gandhi, héros régional y a réellement vécu 12 ans. Outre sa maison, un musée passionnant et très bien fait raconte de manière simple et didactique la vie et l’œuvre du héros de l’indépendance.

lunettes de Gandhi à l'Ashram
Ashram de Gandhi

Gujarat

Aujourd’hui je voudrais commencer une nouvelle série sur le Gujarat. En effet après avoir pas mal visité l’Inde nous commençons à nous demander où aller maintenant. La Bucket list est quasi remplie, que faire ? Loin de s’avérer secondaire, le Gujarat nous a ébloui. Mieux, j’ai hâte d’y retourner.

Pourquoi partir au Gujarat ?

Le Gujarat n’était certes pas mon premier choix mais des amis avaient mentionné la beauté de la vieille ville d’Ahmedabad. Alors pourquoi pas ? Quitte à passer 1 week-end dans le grand nord pourquoi ne pas coupler la découverte de la capitale régionale avec de jolis sites ?

La « terre des légendes », de quoi satisfaire tous types de tourisme

A première vue le désert de Kutsch s’imposait mais peu à peu un autre type de voyage plus patrimonial s’est dessiné. Nous sommes donc partis 4 jours pour un circuit quasi en étoile depuis Ahmedabad avec quelques découvertes qui à elles seules justifieraient un voyage au Gujarat depuis l’Europe. Comme le disait le guide Michelin, le Gujarat mérite plus que le détour quasi le voyage, Alors voici de quoi vous faire saliver d’avance.

Le super site du tourisme dans le Gujarat recense une série de points pour convenir à tous les intérêts. Il y en a pour tous les goûts : histoire, sport, faune et flore, religion, nourriture, festivals

Que vous soyez amateurs de plein air ou de musées, de villes ou de paysages, d’histoire ou d’expériences, le Gujarat est un Etat riche en belles surprises. Ici je ne me limite pas à répéter les slogans de l’Office du tourisme du Gujarat. A vrai dire j’avais peu d’attentes en abordant le voyage, mais les quelques jours passés dans le Gujarat m’ont vraiment fascinée. Alors voici quelques idées de balades dans cette terre aux multiples facettes.

Les paysages naturels du Gujarat

Les paysages forment en grande partie la renommée du Gujarat. Le gros du tourisme semble se rassembler autour du désert de Kutch connu sous le nom de Great Rann of Kutch. N’aimant pas trop les balades en groupe et les campements, j’avoue ne pas m’y être rendue. Mais un catalogue honnête des beautés à découvrir dans la région ne peut pas omettre cette zone située au Nord Ouest de l’Etat. Ce vaste désert blanc s’étend jusqu’au Pakistan et les images donnent très envie de s’y rendre.

Outre le désert, l’état s’enorgueillit de nombreuses merveilles naturelles. L’une des plus connues est le parc National de Gir. Sur le site, on peut choisir des balades et safaris repris par nombre d’agences de voyages.

La Civilisation harappéenne

Les amateurs d’archéologie sont à la fête au Gujarat. C’est le seul endroit d’Inde où l’on trouve des traces de la civilisation de la vallée de l’Indus. On peut ainsi s’intéresser à Lothal, Dholavira ou Gola Dhoro. Lothal est l’un des plus vieux ports du monde. Dholavira correspond au site mégalithique le plus important de Kutch. Quelques sites isolés se situent dans les états voisins de Haryana, Maharashtra et Rajasthan. Mais, les sites harrapéens majeurs se regroupent de l’autre côté de la frontière pakistanaise. Sans le Gujarat, la civilisation de l’Indus et donc le berceau de la civilisation indienne échapperait en grande partie à l’Inde. On comprend mieux l’importance de ces sites aux yeux de l’historiographie nationale.

 Les sites historiques et religieux

Au Gujarat, les villes historiques et monuments abondent. L’office du tourisme propose d’ailleurs nombre de circuits thématiques. Il promeut par exemple un circuit d’architecture islamique, ou un circuit sur les pas de Gandhi. On peut également se concentrer sur le riche patrimoine des villes d’Ahmedabad, ou de Baroda par exemple. Pour faciliter la découverte des nombreux sites historiques, temples, palais ou encore réservoirs, nous avons construit un circuit autour des sites UNESCO.

En effet c’est à travers la construction de temples et de mosquées que s’illustre le mieux la riche histoire régionale. Le Gujarat abonde en mosquées et héritage islamique. Dans les semaines à venir je vous proposerai ainsi de découvrir la capitale Ahmedabad bien sûr mais aussi Champaner et ses fabuleuses mosquées. Je vous emmènerai dans la belle cité universitaire de Baroda. Et je vous partagerai quelques émerveillements comme Palitana, la ville jain. Car la région abrite de nombreux jains.

Ou encore.

Bien sûr je vous laisse décider de votre itinéraire en toute liberté. Il y a tant à faire dans la région. Je ne parle par exemple pas du tout des plages. Or, le Gujarat, avec ses 1660km de côtes le long du golfe arabo-persique compte plus de plages que les autres 9 états côtiers de l’Inde.

Également libre à vous de vous rendre au grand temple de Somnath. Si vous ne vous sentez pas l’âme d’un pèlerin, vous aimerez peut-être Surat la capitale mondiale des diamants, Rajkot ville d’enfance de Gandhi ou encore Jamnagar riche en textiles et bijoux. Je vous laisse également programmer votre expérience au Gujarat en fonction des festivals et spécialités culinaires locales. Il ne faut pas oublier que les vaches du Gujarat assurent une bonne partie de la production du pays. La marque Amul est locale et propose des produits introuvables ailleurs. Le très bon site de l’office du tourisme du Gujarat, toujours lui, propose une foultitude d’options en la matière.

Comme vous l’aurez compris et comme presque toujours je me contenterai de vous présenter les lieux patrimoniaux que j’ai visité.

Trichy

Trichy est le nom simplifié de Tiruchirappalli. Le nom « provient au choix de Chiruta-palli (petite ville’) ou Tiru-ssila-palli,  ‘ville sainte du rocher ou »Thiru-Sriranga-Palli », lieu de repos du Ranganatha , le démon à 3 têtes  Trishira, ou encore « Trishirapuram »la ville de celui à 3 têtes.

Bref, avec près  d 1 Million d’ habitants, Trichy est LA capitale religieuse du Tamil Nadu. On pourrait même pousser jusqu’à dire que c’est LA ville des Tam Bram, les Brahmanes tamouls. De fait, les gros temples abondent dans cette ville au centre géographique du Tamil Nadu, sur les bords du fleuve Kaveri ou Cauveri. Celui-ci se sépare en deux créant une ile, Srirangam, sur laquelle se concentre une grande partie de l’activité religieuse.

Trichy se trouve dans une zone agricole perdue au cœur du Tamil Nadu et l’anglais y est moins courant qu’à Chennai où l’on survit parfaitement sans un mot de tamoul

Elle a connu son heure de gloire sous les Cholas dès le IIIes. Revisitée par toutes les grandes dynasties régionales Cholas Pallavas Pandyas, Vijayanagars puis par les Nayaks et enfin les Britanniques, on y visite notamment trois temples exceptionnels.

Temple du rocher Rockfort à Teppakulam

Au centre de la ville, dans le quartier de Teppakulam se dresse brutalement un énorme monolithe de 83m. Taillé dans la roche en partie basse et haute, il symbolise Trichy. Appelé Rock fort (Fort du rocher) il abrite une succession verticale de trois temples initiés sous les Pallavas (VI/VIIIes) puis reconstruits par les Nayaks de Madurai puis les Vijayanagar. Le fort lui-même date des Nayaks de Madurai qui firent prospérer la ville.

Le premier sanctuaire, consacré à Ganesh, est plongé dans la pénombre. Les Pallavas l’ont creusé à même la roche. Celui au Sommet de la colline, plus neuf et moins intéressant au niveau architectural, honore également le dieu éléphant et attire de nombreux pèlerins. Il domine la ville. Le point de vue y est impressionnant.

Le sanctuaire intermédiaire, plus grand et situé à mi-chemin de la montagne est dédié lui à Parvati. Il règne une atmosphère mystique le long de ces escaliers (344 marches) pentus menant d’un sanctuaire à l’autre.

Temple de Vishnu Ranganathaswamy

Thiruvaranga Tirupati,  sur l’ile de Srirangam est dédié à Vishnu. C’est le plus sacré des 108 sanctuaires vaishnavite. Il est considéré comme l’un des plus grands temples du monde. Il dépasserait en taille le Potala Palace de Lhassa, Angkor Wat, Borobodur, Machu Picchu et le Vatican.

 Sa construction remonte aux Cholas au IXes. Les travaux d’agrandissement ont duré jusqu’au XVIeme siècle. On dénombre pas moins de 21 Gopurams. La plus haute la Rajagopuram culmine à 72m. On peut l’admirer d’assez près en montant sur les toits du temple.

 Plus qu’un temple il s’agit d’une ville-temple constituée des symboliques 7 enceintes rectangulaires successives (sapta Prakaram). Seules trois de ces enceintes se trouvent dans le périmètre du temple actuel. Ce type de ville-temple est typique du Tamil Nadu. On en trouve d’autres exemples à Chindabaram ( Temple Nataraja) et Madurai ( temple Meenakshi). Mais Thiruvaranga Tirupati est exceptionnel par sa taille, sa rigueur. Il intègre la ville au temple alors que les 2 précédents centrent l’agglomération autour du lieu de culte. Ainsi, les 3 enceintes extérieures se trouvent- elles dans la ville. Ceci permet de comprendre à quel point les temples correspondaient à un lieu de regroupement à l’époque chola. IIs équivalaient au centre du pouvoir religieux certes mais aussi politique social et économique avec les greniers.

Le gigantisme du temple se lit à tous niveaux. Il contient en effet 21 Gopurams, 50 sous sanctuaires, un vimana doré sur le saint des saints, 2 grands réservoirs et de nombreuses inscriptions et fresques. Parmi les mandapams, celui des 1000 piliers date des Vijayanagars (1336–1565). Le Sesharayar Mandapam remonte lui aux Nayaks et est remarquable pour  ses 40 piliers monolithes sculptés de chevaux sauvages chevauchés par des cavaliers. Les sculptures du temple sont magnifiques.

Jambukeswarar temple

Thiruvanaikaval es l’un des 5 Pancha (cinq) Bhoota  (éléments) Stalams (place) dédié à Shiva. Il s’agit des plus grands temples à Shiva au monde représentant les 5 éléments. (espace, air, feu, eau, terre et air). Ces 5 temples se trouvent dans le sud dont 4 au tamil Nadu (https://visitesfabienne.org/kanchipuram/). Ici même, Shiva se serait manifesté sous forme d’eau (Appu Lingam). D’où la présence de 9 réservoirs dans ce temple construit sur une ile et soumis aux crues en période de mousson.  Il y a également un cour d’eau souterrain. Un fossé entoure le sanctuaire principal  ouvert sur 3 côtés avec une idole en bronze de Nandi.

Jambukeswarar qui représente l’eau est le nom sous lequel on honore Shiva ici en compagnie de sa partenaire Parvati vénérée sous le nom de Akilandeswari.  Jambukeswara apparait ici assis sous un arbre jambu (Syzygium jambos ou pommier rose). Cet arbre croit sur un ruisseau qui enserre la divinité à la saison des pluies. Une série de 5 enceintes de plus en plus petites encerclent le saint des saints. Le temple date de la période chola. Il fait en effet partie des 70 temples construits par cette dynastie comme en attestent des inscriptions des XI et XIIeme siècles.

Eglises et centre art deco de Trichy

Dans le quartier de Teppakulam au pied du temple du rocher, des marchés animés le disputent aux magasins locaux. La rue commerçante NSB Road mène à l’église ND de Lourdes, souvent signalée mais sans intérêt majeur. De style néogothique, elle n’a pas du connaitre de rénovation depuis sa construction. C’est néanmoins un des rares lieux où l’on note la présence britannique dans cette ville. En venant du temple on passe devant la maison de Clive cachée par les étals et mal entretenue.

Derrière le temple du rocher, s’étend un quartier aux petites maisons art déco. Les couleurs des façades en sont si criardes qu’on en oublie pratiquement le style. C’est dommage.

Plus au sud, le quartier de la gare (Tiruchirappalli Junction) permet de découvrir l’église st Jean, un beau bâtiment palladien de 1816. Le père charmant accueille le visiteur avec amabilité et beaucoup de détails. Autrefois perdue dans les champs, elle a conservé un cimetière très campagnard.

Contrairement à mes habitudes, je partage ici une adresse d’hôtel coup de cœur, sur l’ile de Sriringam , le bien nommé Tranquility Homestay, une petite guesthouse isolée et charmante.

Langues indiennes

L’Inde compte 28 états et 22 langues indiennes officielles ainsi que de nombreuses langues minoritaires et dialectes. Une très large majorité de locuteurs parlent une langue Indo-aryenne ou dravidienne. Ceci ne veut pas dire que les langues de chacune de ces familles sont proches. Cependant, elles peuvent avoir des liens.

librairie à Trivandrum, tamil Nadu

La majorité de ces langues s’écrivent dans des alphabets différents. La question linguistique est au cœur de la politique dans de nombreux états et notamment au Tamil Nadu.

De nombreuses langues indiennes

Il  y autant de langues indiennes que d’Etats, voire beaucoup plus…Et à chaque langue, son alphabet, sa structure grammaticale, ses règles dé prononciation. Voici un petit tour d’horizon pour tenter de clarifier une situation fort complexe.

panneau en anglais et tamul

Langues indienne, quel casse-tête

En nombre de locuteurs, certaines langues sont plus « importantes »que d’autres. Mais le sujet touchant à l’identité culturelle est extrêmement sensible dans cet immense pays. 35 langues sont parlées chacune par plus de 1 Million de locuteurs, 15 parlées par plus de 10 millions. 22 de ces langues « uniquement » sont reconnues par la constitution .

Parmi les langues le plus parlée, L’hindi comptera bientôt 500 Millions de locuteurs. C’est la langue officielle du gouvernement central . La suit le Bengali avec 300 millions de locuteurs. On le parle au Bengale occidental, autour de Calcutta et au Bengladesh. Le Punjabi (90 Millions) se parle au Nord ouest de l’Inde et dans une partie du Pakistan. Le Marathi (70 Millions) se pratique dans toute la région de Bombay. Deux langues du sud le concurrencent en nombre de locuteurs. Il s’agit du Telougou et du Tamoul. Ces langues diffèrent totalement, j’en parlerai dans le paragraphe suivant. Puis on aborde des langues plus régionales mais à forte émigration, le Gujarati (45 Millions), l’Odiya (30 Millions.). Ce qui veut dire que ces langues connaissent une forte diaspora et sont parlées hors de l’Inde par des communautés émigrées. L’Ourdou quant à lui, est présent dans les régions à forte présence musulmane en Inde (Maharashtra, Telangana, Andhra Pradesh et Karnataka).

un menu en Gujarati

Des langues plus minoritaires

En Inde, la langue donne un sens de communauté. Si la moitié des Indiens parlent l’Hindi, dans certaines régions comme dans le sud il vaut mieux parler anglais. Les langues sont divisives surtout depuis l’indépendance quand le gouvernement a établi les frontières d’états linguistiques. Il a ainsi donné aux groupes linguistiques une identité politique. L’opposition du sud, plus riche, plus alphabétisée, passe ainsi par un refus de la langue dominante, l’hindi, imposée par le gouvernement central.  

restaurants au Gujarat

Langues classiques

Parmi les langues parlées en Inde, 6 sont des langues dites classiques. Quatre d’entre elles proviennent du sud et appartiennent donc à la famille dravidienne. Le Tamoul, le Kannada, le Telougou, le Malayalam. L’Odia (langue indo-aryenne parlée dans l’Odisha/Orissa) est l’unique langue Classique vivante qui ne soit pas Dravidienne. Le Sanskrit est généralement considéré comme une langue morte avec à peine quelques dizaines de milliers d’indiens déclarant “parler” Sanskrit. Plus tardivement les prâkrits (langues vernaculaires issues du Sanskrit) se forment et deviennent des langues séparées. Le pali (langue du Tipitaka bouddique) en est un exemple majeur.

Les langues du nord dérivent du Sanskrit sous trois variétés: védique (textes religieux), épique (Mahabharata et Ramayana), et classique (littéraire). Ce processus est équivalent à la transformation du Latin classique vers le Latin vulgaire puis les langues romanes.

Les régions du sud s’opposent parfois très violemment avec le nord sur la question linguistique

 Les conflits les plus marquants ont eu lieu au Tamil Nadu dans les années 1930 et 1960 contre l’obligation de l’ hindi à l’école. Ils ont mené à la modification du Official Languages Act en 1967. Celui-ci  garantit l’utilisation de l’anglais au niveau fédéral au même titre que l’hindi. En effet, un tiers des Indiens ne parlent pas hindi.

panneau en Tamul

Langues dravidiennes

Le sud de l’Inde, de culture dravidienne, connait 4 langues majeures. Le Tamoul (au Tamil Nadu) et Telougou (Andra Pradesh et Telangana) comptent plus de 70 millions de locuteurs. Le Malayalam (Kerala) et le Kannada (au Karnataka) 35 millions chacune. Le terme « Dravidien » vient de drāviḍa mot Sanskrit qui désigne les langues du Sud de l’Inde.

carte ddes langues dravidiennes

Cette famille de Langues compte 220 millions de locuteurs. Elle est indigène au sous-continent indien et son ancêtre le proto-dravidien était parlée au 4e millénaire avant notre ère. Elle précède donc la famille indo-européenne à laquelle appartiennent les langues hindis et dérivées. Toutes sont agglutinantes et n’ont qu’un verbe conjugué par phrase. La prononciation avec des lettres rétroflexes (langues collées au palais ou aux dents) y est particulière. Tout comme le vocabulaire et les constructions grammaticales. Pour généraliser, les Indiens du Sud se comprennent globalement entre eux  mais pratiquent une langue totalement différente de celles du Nord.

Indépendantes, elles subissent néanmoins des influences. Le lexique telougou présente des affinités lexicales avec les langues  Indo-irannies et avec le Sanskrit. Le Tamoul incorpore beaucoup d’anglicismes.

La place de l’hindi

Langue principale de l’Inde avec 41% , l’hindi s’affirme comme « première » langue pour la majorité des Indiens. 20-25% des locuteurs la pratiquent néanmoins comme « seconde » langue. Cependant, et malgré la pression du Nord, il n’y a pas de langue nationale. Cependant, l’hindi est la langue officielle du gouvernement central et la variante de Dehli correspond à l’hindi standard.

L’hindi se sépare en deux dialectes mutuellement intelligibles. Il s’agit de l’hindi écrit en devanagari dont le vocabulaire savant vient du Sanskrit, et de l’Ourdou écrit avec l’alphabet arabe. Le vocabulaire savant provient du persan et de l’arabe. Il n’existe pas de consensus sur leur origine mais ils pourraient être liées à la civilisation de la vallée de l’Indus.

panneau en hindi

Ces langues sont reconnues pour leur longue tradition littéraire. Ainsi, les premiers textes datent d’au moins 1500 ans.

inscriptions en hindi

Reconnu dans la constitution Indienne, l’hindi s’utilise au niveau gouvernemental. C’est aussi la langue officielle de sept Etats et sept territoires de l’union. Surtout c’est globalement la langue de la justice, sauf exceptions occasionnelles ou régionales.

La place de l’anglais

30% des Indiens parlent anglais dans une certaine mesure, 13% le parlent couramment. En revanche, 0.02% (300,000 personnes) le parlent à la maison en tant que première langue. C’est notamment le cas au Tamil Nadu, qui a cristallisé son identité régionale autour du Tamoul. Faute d’hindi, l’anglais y occupe le rang de langue véhiculaire. En effet, la prospérité économique attire des indiens du reste du pays qui ne pratiquent pas forcément les langues dravidiennes mais maitrisent a minima l’anglais. Par ailleurs, les universités de Madras rayonnent au-delà du sud. L’anglais permet là encore de s’adresser à des Indiens de tout le sous continent. L’anglais est donc bien accepté, largement pratiqué au tamil Nadu, au sens où il permet de contrer la pression de l’hindi. Ainsi, à Chennai, pancartes, publicités et affichages publiques sont généralement bilingues. L’opposition à l’hindi y correspond d’ailleurs à un vrai positionnement politique.

panneau en anglais et Tamul

L’anglais se pratique donc au quotidien au tamil Nadu. Les parents ont à cœur d’y exposer leurs enfants dès leur plus jeune âge de manière à leur faciliter l’entrée dans des cursus britanniques. Les universités sont en effet principalement anglophones à Chennai. On assiste même à l’éclosion d’une nouvelle génération d’Indiens privilégiés complètement anglophones mais peu à l’aise dans les langues du sous-continent.

des mots anglais utilisés en Inde

Cette omniprésence de l’anglais dans une région de culture dravididenne a donné naissance à un vocabulaire spécifique. Voici quelques mots typiques de cette double culture : tiffin, hill station, gymkhana, cinema hall, do the needful, greenery, a table is engaged.

Temples cholas

De Tanjore à Pondichery, un certain nombre de temples cholas s’égrènent non loin de l’embouchure du fleuve Kaveri. Ils remontent au règne des Cholas entre les Xe et XIIIème siècles. ils représentent le sommet de l’architecture dravidienne. Ils sont d’ailleurs inscrits sur la liste de l’Unesco. Considérés comme les joyaux du Tamil Nadu, ils se visitent facilement. J’y étais passé rapidement il y a quelques années. Mais cette fois je vous propose un article uniquement consacré aux temples cholas du delta du Kaveri et surtout aux deux plus importants après celui de Tanjore.

On peut les aborder au cours d’une boucle menant de Pondichery à Tanjore ou vice versa et rajouter un petit crochet à Chindabaram. Les temples de cette ville poussiéreuse ne sont pas les plus fascinants. On peut se laisser tenter par un détour dans la mangrove. Mais, je vous propose plutôt ici d’admirer les plus beaux temples vivants cholas du delta du Kaveri.

Temples vivant du delta du Kaveri

La notion de temple vivant chola concerne des sanctuaires tamouls classé au titre de patrimoine de l’humanité mais qui restent des lieux de culte. La nomenclature en distingue 3 avec celui de Tanjore ajouté en 1987. Les deux qui m’intéressent dans cet article sont  Gangaikonda Cholapuram et Airavatesvara. ils ont été rajoutés à la liste de l’UNESCO en 2004.

Ces temples datent des XI et XIIe siècles. Ils représentent les exemples les plus aboutis de structure chola. Construits en pierre calcaire d’un magnifique ocre, leur statuaire est absolument remarquable.

 La dynastie Chola initia ce type architectural avec le temple Brihadisvara à Thanjavur (https://visitesfabienne.org/tanjore/). Les deux temples que je vous propose de visiter aujourd’hui montrent des exemples parfaitement aboutis de développement des éléments initiés dans la capitale des Cholas.

 A eux 3, ces temples illustrent  de la plus belle manière ce qu’est l’architecture dravidienne d’époque chola. Ils témoignent de l’apogée de ce grand empire et de la civilisation tamoule au sud de l Inde. Ils montrent également combien le temple représentait un centre humain, social et économique.

Airavatesvara Temple

J’avais déjà écrit un peu sur ce temple découvert lors d’un premier voyage dans le sud du Tamil Nadu. Situé dans la localité de Darasuram, dans la banlieue de Kumbakonam, il remonte à 1166. Cette structure appartient à un ensemble de 18 temples médiévaux dans la région. Dédié à Shiva, il respecte les traditions Vaishnavites ainsi que des légendes du mouvement shaivite Bhakti .

Il se trouve dans un grand parc protégé. On y accède en contournant la muraille extérieure. Il ne reste que quelques vestiges de la gopuram de l’enceinte extérieure. En revanche, un bassin et une nouvelle gopuram donnent accès à la cour dans laquelle se dresse le sanctuaire conçu comme un chariot.

Le nom du temple rappelle l’éléphant blanc d’Indra. C’est le dernier des grands temples cholas de Rajaraja 1er commanditaire du temple de Tanjavur. Construit dans la seconde moitié du XIIes il frappe par sa magnifique cour royale ou Rajagambhira Thirumandapam.

Les piliers sculptés, les marches de granit et surtout le magnifique chariot tiré par des chevaux de pierre en font un véritable chef d’œuvre artistique. On y voit les dieux védiques et puraniques  les plus importants comme Indra, Agni, ou encore Varuna. Les plus experts reconnaitront aussi Vayu, Brahma, Surya, Vishnu, Saptamtrikas. Mais encore Durga, Saraswati, Sri Devi (Lakshmi), Ganga, Yamuna, Subrahmanya, Ganesha, Kama, Rati .

Ce temple fantastique, certainement le plus abouti de la triade, se compose de 2 parties. A l’origine, il était en effet beaucoup plus grand. Des inscriptions évoquent jusqu’à 7 cours. Il n’en reste qu’une.

La première enceinte est consacrée à Shiva alors que la seconde, plus petite, est dédiée à Parvati. Je vous conseille’ d y arriver en fin de matinée pour assister aux rituels. Relativement intimistes ceux ci permettent de pénétrer au plus près les mystères de l’hindouisme.

Brihadisvara Temple à Gangaikonda Cholapuram

Ce temple se trouve à près de 70km de Tanjavur sur la route de Pondichery. Il remonte à 1035 . Son bâtisseur, le roi  Rajendra Chola I,  le conçut comme faisant partie de sa nouvelle capitale. D’ailleurs, il reprend le nom et la structure du temple de Tanjore. Pour l’en différencier on le nomme le plus souvent le temple de la ville du roi qui est allé chercher l eau du Gange, Gangaikondacholapuram.

Il adopte un plan carré. Il met en scène le Vaishnavisme, le Shaktisme ainsi que des éléments syncrétiques. On y reconnaitra des statues de Vishnu, Durga, Surya, Harihara, Ardhanishvara. Pourtant, l’énorme Nandi qui l’annonce et le lingam du sanctuaire ne peuvent nous faire oublier la consécration principale à Shiva. Une grande antichambre sombre et bordée de lingas mène au sanctuaire principal. Tout autour des sanctuaires plus petits aux magnifiques gravures et sculptures occupent le très beau parc. Un réservoir et un puit dont l’escalier d accès se niche dans un étonnant lion sculpté complètent l’ensemble.