Tanjore

Tanjore, aujourd’hui Tanjavur a été la capitale de la brillante dynastie des Cholas.

Cette dynastie s’est particulièrement illustrée dans l’architecture, la peinture de fresques et la statuaire de bronze. Les monuments de Tanjore témoignent de ce Moyen-Age  fastueux (XI et XIIe siècles). En effet, un remarquable temple, un palais maintes fois reconstruits, de rares vestiges de fresques et des bronzes exceptionnels attestent de la brillante dynastie Chola.

Plus éloignée des centres touristiques, Tanjore se révèle typiquement indienne. Peu d’hôtels dignes de ce nom, des restaurants très locaux, une population peu habituée aux occidentaux. Bienvenue au cœur du Tamil Nadu !

 Le temple de Brihadishvara

le temple de Brihadishvara  s’élève fièrement au centre de la ville.

Fierté des pèlerins au Temple de Tanjore

 Pour y parvenir, il convient de contourner la gare routière et un marché pour pèlerins. On parvient alors à l’enceinte du monument. Celui-ci est caractéristique de l’architecture Chola, au même titre que Mahabalipuram est la ville des Pallavas. Devant l’enclos du temple, se trouvent les lettres de la ville pour les fous de selfies. Une fois la première Gopuram dépassée, on peut déposer ses chaussures au stand dévolu à cet effet. On s’engage alors sous une nouvelle Gopuram magnifiquement sculptée. On accède ensuite à un immense espace vert avec en son centre un Nandi géant tourné vers le temple. Une Vimana, sorte de tour, domine le sanctuaire. il s’agit de la .plus haute d’Inde. Un monolithe de 80 tonnes la couronne. Sur les murs, de petites effigies de Nandi, le véhicule de Shiva appellent à la grandeur du Dieu Shiva mais aussi de la dynastie Chola.

Nandi

 Monumentalité et magnificence se conjuguent ici dans le sanctuaire mais aussi dans l’ensemble de l’enclos religieux parsemé de mandapams et entouré d’un couloir abrité entièrement peint de fresques. Une excellente visite  existe en ligne, avec un plan du temple.

En pratique, vous pouvez venir et revenir admirer le temple à différentes heures, vous le découvrirez chaque fois sous un jour différent. Au lever du jour, à l’heure d’affluence des fidèles, il peut s’avérer impossible de rentrer dans le sanctuaire. Néanmoins, la lumière naissante permet d’apprécier les peintures entourant le temple. A la nuit tombée, les peintures ne sont plus visibles mais la Vimana éclairée resplendit et la visite devient émouvante, presque mystique.

Lingam et fresques , temple de Tanjore

Le Palais de Tanjore

De l’autre côté de la vieille ville, l’enclos du Palais s’ouvre sur une première cour.

Ganesh, bronze Chola, Musée de Tanjore

Il date en fait de l’époque des Nayaks, dynastie régnante sur la région aux XVII et XIXe siècles. On débouche sur la bibliothèque avec sa célèbre collection de livres rares. Parmi ceux-ci, deux vitrines exposent de précieuses feuilles de palmes, plus ancien témoignages dravidiens écrits.

Au-delà de cette cour, les salles du Palais royal de Tanjore encadrent une  deuxième cour. Le musée ne vaut pas forcément le coup avec sa collection hétéroclite d’objets du début du siècle ou de tessons plus anciens. En revanche, la salle du trône  (Durbar Hall) en impose. Avec ses stucs colorés, Le labyrinthe de colonnes ne vaut pas celui de Madurai mais la décoration reste très belle.

Salle du trône, Durbar Hall, Tanjore

Néanmoins, il ne faut surtout pas manquer la seconde partie du palais, au-delà de la bibliothèque. Ici à l’ombre de la tour de l’horloge, se situe le musée de Tanjore célèbre pour sa collection de bronzes Cholas. Il s’agit de la deuxième plus belle collection au monde après celle du musée de Chennai. Si la muséographie et la conservation font pitié, les pièces à la cire perdue sont d’une finesse remarquable. Le panthéon hindou y est figuré dans cette technique antique qui permet une fantastique subtilité créative. Les plus anciennes remontent au IXe siècle, tout comme la statuaire de pierre exposée dans la cour du musée.

Shiva dansant, Bronze Chola, Musée de Tanjore

Sur la route de Tanjore

un des nombreux temples de Darasuram

« Les grands temples vivants » correspondent à trois grands temples. Ces temples sont dits « vivants » car  bien que classés patrimoine de l’Unesco ils restent en activité. Outre Tanjore, le temple Brihadisvara de Gangaikondacholisvaram reste à l’écart des chemins touristiques. Cependant les sculptures y sont exceptionnelles. Plus facilement accessible, car sur la route de Pondichery, le temple d’Airavatesvara de Darasuram propulse le visiteur dans le monde des Cholas. Sous l’œil bienveillant d’un clergé prêt à échanger accueil contre obole, ce superbe lieu dans une ville chargée d’histoire et de monuments religieux, permet de rentrer quasi dans le saint des saints. On y admire de merveilleuses sculptures au son des célébrations. J’en parlerai davantage dans les prochaines semaines.

Mandapam, Temple Darasuram

North Beach Road

North Beach Road a changé de nom. Cette avenue de parade du Raj s’appelle aujourd’hui Rajaji Salai. Le changement de nom correspond malheureusement aussi à une transformation de la promenade. Jadis située en bord de baie, elle correspondait à la grande époque coloniale au point d’arrivée des bateaux. De frêles esquifs déposaient sur le rivage les passagers. Ceux ci se voyaient transbordés des gros paquebots un peu plus au nord au niveau du port creusé seulement à la fin du XIXe siècle.

Gare de chennai beach

L’avenue de parade du Raj

Banque d'Inde

La première approche de Madras, la grande capitale de la Présidence et donc du sud de l’Inde se devait d’impressionner. Y circulait en grand appareil toute l’élite anglo saxonne de la colonie. Sur cette avenue de bord de mer, les Anglais firent donc appel aux plus grands architectes. Venus directement de la mère patrie, Robert Chisholm et Henry Irwin se livrèrent à une compétition sans relâche pour délivrer leurs plus grands chefs d oeuvres. A quelques centaines de mètres de distance, les bâtiments de la poste par Chisholm et de la banque d’Inde par Irwin offrent donc des variations virtuoses du style indo sarracénique.

Facade par irwin de la Banque

Les lettres comme les passagers débarquaient en priorité en ces lieux. La petite histoire raconte que hommes et produits terminaient leur long trajet les menant des Iles britanniques à la côte de Coromandel par une petite traversée de Royapuram à North Beach Road. Pour ce faire, ils empruntaient de petits bateaux locaux nommés en tamoul Katamaran. Le terme nous est connu et désigne aujourd’hui des embarcations à double coque. En revanche, il arrivait que ces goélettes ne parviennent pas à bon port. En tous cas les paquetages ou enveloppes. Si le destinataire refusait de s’aquitter d’une énième taxe, le chargement parvenu pratiquement à destination était déversé dans la mer.

boite à lettres

Outre la poste générale ou la Banque, la promenade voyait également se succéder les bâtiments les plus représentatifs du Raj. Le quartier général de la police avec sa façade de briques rouges surhaussée de pierres blanches emprunte au même style architectural.

En revanche la magistrature tamoule offre une façade principale beaucoup plus lisse. La brique rouge ne s’y anime que de mosaiques. Il semble que le bâtiment uniquement dévolu à un public tamoul ait été limité dans sa construction par des considérations budgétaires. Celles ci n’existaient pas ou moins dans des édifices destinés aux Britanniques.

facade de la magistrature

Transformations de North Beach Road.

Après l’apogée du Raj sous le règne de la Reine Victoria, North Beach Road changea. L’avenue bordait la mer et le quartier de George town parallèlement à l’avenue principale. Or le centre de Madras se déplacait. La ville s’étendait et le besoin de batiments à l’echelle de cette métropole en pleine croissance se faisait sentir. Le nouveau quartier de Park town allait répondre à ces nouveaux besoins.

le batiment de la poste
depuis la gare de chennai Beach

Une nouvelle promenade le long de la mer naquit alors, il s’agit de South Beach Road ou Marina. Celle ci répondait en outre au besoin de relier Madras aux zones annexées au sud comme Mylapore ou Triplicane.

Qu’allait devenir North Beach road? Dans un premier temps, de nouvelles constructions plus classiques d’aspect apparurent. Ainsi le siège de la banque de Hong Kong et de Shangai. La façade à bossage blanche néo renaissance ressemble à toutes les grandes banques HSBC du sud est asiatique. Surtout, le style Renaissance se rèfere directement aux établissements bancaires des Medicis et à un langage architectural international dans le domaine des banques.

HSBC facade blanche un peu incongrue sur North Beach Road

Cet édifice des années 1910 corespond à la nouvelle tendance architecturale en vogue à Madras. Les années 1910/1920 virent en effet apparaitre des façades plus sobres et surtout un retour du palladianisme. On le voit au Ripon Bg mais aussi au free mason lodge. Réapparaissent des édifices comme ceux construits dans les années 1830 avant l’annexion de l’Inde par la couronne britannique. A l’époque de la Compagnie des Indes orientales, le palladianisme prévalait en effet, comme au Raj Bhavan, au Madras Club ou encore dans les Eglises St Georges ou St Andrews.

Avec le déplacement du centre de Madras et surtout l’ouverture du chemin de fer, North Beach road  se trouva non seulement éloignée du nouveau centre mais aussi de la mer. Les rails rendaient le débarquement sur l’avenue impraticable et bouchaient la vue sur la mer.

North Beach Road, en mauvaise voie

North Beach Road perdait peu à peu de son attrait. Des marchands èmigrèrent du nord de l’Inde pour y installer leur échoppe. En raison de leurs traits asiatiques, ils donnèrent naissance au  nom de marché birman utilisé aujourd’hui pour désigner les petits étals de peluches colorées et de matériel électronique qui bordent la voie de chemin de fer.

chemin de fer dans Chennai

Broadway

Comme dans toutes les villes anglo saxonnes, une large avenue, Broadway, parcourait le centre de la Madras coloniale. Plus précisément, le nouveau quartier commerçant de Georgetown.  Il ne reste aujourd’hui environ que 80% des bâtiments originels de la rue. Néanmoins, cet article m’a aidé à mettre en lumière les rares vestiges d’une époque révolue.

à l'intérieur de l'église luthérienne

Broadway, la grande rue de Georgetown

A la base, la ville anglaise se partageait en deux. D’une part, le fort réservé à l’élite blanche et britannique. D’autre part, “Blacktown” habitée par les locaux, les tisserands et teinturiers principalement. Cette old town disparut après le siège Français de 1759. Elle fut reconstruite un peu plus au nord, au delà d’une Esplanade conçue pour servir de défense. Ce terrain dévolu aux parades militaires fut bâti à la fin du XIXe. Les cours de justice s’y installèrent. De l’Esplanade ou plutôt des 7 recensées, ne reste aujourd’hui qu’un petit obélisque devant Dare Building.

Deux villages de part et d’autre de Broadway

Black town fut donc déplacée et reconstruite à l’emplacement de deux villages. A l’est, côté mer,  Muthialpet abritait une population pauvre. A l’ouest, des propriétaires et employés du Fort St George habitaient Peddanaickenpet. Ils furent  bientôt rejoints par les Indiens d’autres régions mais aussi les autres nationalités.

facade edouardienne

Entre les deux villages, en 1780, un juriste du nom de Popham acheta des terrains entourant un canal. Il combla celui-ci avec le résidu de terre de Hog Hill. il eut l’idée d’ouvrir une rue sur laquelle il comptait louer et vendre des commerces. Cette rue prit son nom, Popham’s Boradway rd. Elle allait devenir l’artère principale de Georgetown.

Un mur protégeait la localité à l’extremité de Broadway. On en suit le tracé au niveau de  Ebrahim Sahib Street, Old jail rd, Basin Bridge rd, puis Walltax road construite pour percevoir l’octroi.

Les habitants et édifices du quartier

Les Arméniens et Juifs se partageaient le commerce à l’Ouest de cette rue principale. A l’est, les Jains se spécialisèrent dans la bijouterie. Les dubachis, ou interprètes occupaient une partie du quartier. Des missionnaires construisirent leurs écoles et leurs églises sur la rue principale, Broadway donc. Les mosquées et temples se rencontraient au hasard des rues qui quadrillaient Georgetown. En effet,  Blacktown devint  Georgetown avec la venue en 1906 du Prince de Galles, futur George V. C’est en son honneur que fut construite l’arche sur South Beach Road. Ainsi que la Gateway of India à Bombay.

petite mosquée derrière Broadway

C’est sur Broadway a priori que se trouvaient les premières institutions de la jeune cité. Le bureau de poste jouxtait les théâtres et premiers cinémas, la première Clinique privée. Il ne reste quasi rien de cette activité rapidement transférée sur Mount Road.

jolie maison derrière Broadway

Dans cette rue principale, on trouvait aussi les sièges sociaux des compagnies d’assurance, des banques ainsi que les grandes agences maritimes. Des boutiques, écoles et églises complétaient l’ensemble.

Les églises de Broadway

Broadway, grande rue du quartier, coupait le plan orthogonal en deux. Sur cette avenue se pressaient les églises protestantes alors que le reste du quartier voyait fleurir temples hindous et mosquées. Bien que défigurée par le métro (station Manadi) Broadway conserve quelques unes de ces églises.

Les Méthodistes bien implantés sur Broadway

l'eglise méthodiste tamoule

C’est d’abord la grande église Méthodiste aux allures de temple grec. Wesley Church s’adressait aux Anglais. On y trouvait au rdc une salle de réunion et des bureaux. La chapelle se situe toujours  à l’étage.  La mission Wesleysienne remonte à Chennai à 1817 et l’église, elle, date de 1822. Au contraire, la petite église qui lui fait pratiquement face, également méthodiste, visait la communauté tamoule. Cette mission remonte à 1861. Elle accueillait les locaux qu’il ne fallait pas mélanger avec les fidèles britanniques. Cette dernière a des accents campagnards. Moins imposante que sa sœur ainée, elle a pourtant plus de charme. Rare édifice de style Arts and Crafts avec l’école des Beaux-Arts, elle mérite de figurer dans les balades architecturales.

côté de l'église méthodsite tamoule

Les missionnaires ne se limitèrent pas au centre de la ville et construisirent bientôt une vaste école dans le nouveau quartier de Mount Road.

dans l'église méthodiste

Autres Missions

Un peu plus loin, nous abordons l’église luthérienne d’Arcot. On se croirait vraiment en Angleterre ici face à cette église de style néo gothique. A l’origine, en 1892, il s’agissait cependant de la Mission danoise. Son nom actuel date de 1949.

église luthérienne

Presque en face, une grande demeure disparue construite en 1923 a servi d’hôtel pendant près d’un siècle. C’est à l’ Hôtel Adarsha, ou au Madras Club que serait apparue la première soupe Mulligatawny, icone de la cuisine anglo-indienne.

Non loin de là, juste derrière l’église luthérienne, rue Davidson le théâtre Minerve, bien que fermé depuis 2021, survit depuis un siècle. Il a ouvert en 1916. A la base, le cinéma occupait le 1er étage d’un entrepôt avec un toit ouvert. Il avait la réputation d’être le théâtre le plus frais et confortable de la Présidence de Madras. Mais il ne dura guère. Il changea de noms plusieurs fois. Il est surtout resté attaché au nom de Minerva et à la climatisation dont il fut le premier à se doter en 1949. De ce joyau cinématographique ne survit qu’une façade recouverte et des entrepôts de riz.

centennial Hall sur Broadway

A quelques pas de là, le Centennial Hall disparait, mangé par la végétation. Des racines poussent le long des murs rongés. Construit en 1901 comme en atteste la plaque sur le tympan, il appartenait à la Church Missionary Society (CMS). Il servait aux réunions publiques, à l’école du Dimanche et aux prières. On y cessa toute activité en 1980. Depuis, l’édifice oublié sombre mélancoliquement.

ce qui reste de Centennial hall

Juste en face se cache la charmante et classique Tucker Church. Construite par la East India Company, en 1820, cette simple chapelle de missionnaires prit le nom du révérend qui y officiait. Son orgue, venu de Londres, y est particulièrement célèbre.

Tucker church

Chisholm

Robert Fellowes Chisholm est certainement l’architecte le plus connu de Chennai. Pourtant sa lointaine Angleterre natale l’a oublié et ne lui a guère rendu hommage de son vivant.

Né en 1840, Il arriva de Londres dès 1859. Il débarqua tout d’abord à Calcutta pour y faire sa vie. Marié et père de famille, il gagna le concours de la Senate House pour l’université de Madras en 1865. Apprécié du Gouverneur Napier, il fut nommé à la tête du college des arts industriels.

Senate House, arcs en fer à cheval, tourelles aux allures de minarets timurides, le tout en brique rouge, signature du Raj

Ses premières constructions empruntent à l’éclectisme à la mode en Europe à la fin du XIXeme siècle. Pourtant , il s’est rapidement affirmé comme le chantre du style indo-sarracénique. Il a su porter ce style emblématique du Raj à son apogée. Ce, grâce à une série de bâtiments qui ont transformé le paysage urbain de Madras. On compte de nombreux chefs d’œuvres à Madras. Je parle ici du Presidency College et de Senate House, de la Poste centrale et du VP Hall. Il s’est attaqué à de plus petites réalisations comme le magasin P Orr & Sons. L’architecte a également ajouté sa patte à des constructions plus collectives, comme la gare centrale, le Chepauk Palace ou les cours de Justice.

 Chisholm répondit néanmoins à des sollicitations extérieures. Il réalisa ainsi  quelques chefs d’œuvre hors de Madras. Ainsi, à Ooty, il dessina  la Nilgiri Library, la poste et la Lawrence Memorial School. A Baroda (Gujarat) l’on peut admirer l’extraordinaire musée mais aussi le Lakshmi Vila. Il est aussi l’auteur du fantastique musée de Trivandrum. Promu architecte conseil du Gouvernement de Madras il occupa ce poste de 1872 à 1886. Il revint en Grande Bretagne en 1901 pour y mourir quasi oublié en 1915.

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir ses plus belles créations à Chennai.

Senate House

Il s agit du premier chantier de Chisholm à Madras. Le tout jeune architecte britannique remporta haut la main le projet de construction du bâtiment principal de l’Université de Madras. Situé sur la nouvelle Marina, près du Chepauk Palace, Senate House représente l’une des plus belles réussites architecturales de Chennai. Peut être plus néo-byzantine ou timurides que purement indo-sarracénique, l’édifice fait la part belle aux références d’Asie centrale. Construit en brique rouge, ces hautes tours ne sont pas sans rappeler des minarets persans. Couronnées de coupoles à la manière des églises byzantines, elles impriment un caractère tout particulier le long de la plage. Leurs hautes silhouettes évoquent un peu la cathédrale Westminster de Londres construite pourtant une dizaine d’années plus tard.  

Ce fantastique édifice est malheureusement fermé. Si l’on peut le contourner à pied, on ne peut malheureusement pas y pénétrer. C’est aujourd’hui un bâtiment réservé aux archives. Rénové après un incendie, il attire malheureusement plus les pigeons et les chauves-souris que les humains. Et il tend à se détériorer à nouveau complètement.

Victoria Public Hall

Au XIXème siècle, alors que Madras s’épanouissait, un besoin de bâtiments administratif plus grand se fit sentir. Entretemps, le centre de la ville s’était déplacé de Georgetown au quartier de Park Town. Cet emplacement idéalement stratégique, tout près de l’ancien mur d’octroi, voyait converger les routes sud, nord et ouest.

Facade encore sous echaffaudages du VP Hall

L’implantation de la gare centrale transforma encore davantage cette zone contribuant à la croissance d’un quartier animé et vivant. Il manquait à Madras un hôtel de ville à la hauteur.

Le Victoria Public Hall ( VP Hall) allait répondre à ces besoin. On l’appelait alors Town Hall ou Hôtel de ville.

Bien que globalement néo roman, le hall s’enorgueillit d’une tour néogothique. Sa frise en terre cuite s’inspire de la calligraphie islamique. Construit en 1887 il servit d’espace public pour l’élite blanche britannique. L’administration, elle, avait déménagé de Fort St Georges au Ripon Building adjacent. Sa haute silhouette de brique rouge rappelle à Chennai ce qu’elle doit à Chisholm.

Victoria Public Hall

Le Victoria Public Hall vient de rouvrir après des années de restauration.

La General Post office

Ce bâtiment se situe sur North Beach Road. Cette avenue aujourd’hui appelée Rajaji salai représentait l’avenue de parade à l’ époque du Raj. C est là en effet qu’accostaient les embarcations rapprochant les visiteurs débarqués de leurs gros bateaux, du coté de Royapuram. Le port de Madras ne fut creusé qu’ à la fin du XIXe sur une côte lagunaire.

En sortant de leur esquif, les visiteurs découvraient les plus beaux bâtiments de la ville coloniale. Parmi lesquels le bureau de police, la banque et la poste Générale.

General Post Office Chennai

Ici, Chisholm, laisse libre cours à sa créativité et son génie de la synthèse. Il amalgame en effet des influences keralaises et des éléments Gujarati. Le nord de l’inde est en effet nettement présent dans les balcons et oriels de pierre, les tourelles. En revanche, la vaste véranda aux piliers imitant le bois vient bien de ses observations du sud de l’Inde.

veranda de la poste génerale par Chisholm

Le jeu des influences ne s’arrête pas là. Chisholm joue en effet dans ce bâtiment virtuose des couleurs. Le bleu de la loggia se mêle au rouge et blanc des étages comme pour mieux illustrer l’Union Jack. Outre les couleurs, il mélange également les matériaux. La traditionnelle loggia n’utilise pas le bois mais le fer forgé. Quant à la structure, des poutres métalliques la maintiennent et non une plus traditionnelle, mais fragile, ossature de bois . Les murs solides en brique et l’ossature métallique offrent une portée plus importante. Ce qui l’autorise à ouvrir au 1er étage une gigantesque salle de 30 mètres pour accueillir le public.

piliers de la veranda de la Poste Génerale

Chisholm n’a pas remodelé l’inexistant skyline de Chennai. Mais il a considérablement transformé l’image architecturale de la ville. Car il a aussi apporté sa touche également à la Gare Centrale et aux cours de justice. Il a aussi agrémenté le symbolique Chepauk Palace d’une tour rayée aux accents siennois. Car les rayures et la forme ne sont pas sans évoquer la toute première renaissance toscane, rehaussée de détails purement indo sarracéniques. Il y là une inventivité remarquable ainsi qu’un jeu sur les références.

Henry Irwin

Henry Irwin est un architecte anglais. Le peu de documents à disposition ne permet pas de retracer une réelle biographie. Né en 1841, soit un an après son compatriote Chisholm il lui a survécu pour mourir en 1922. On les connait tous deux davantage à Madras que dans leur Royaume-Uni natal. Néanmoins rien n’atteste que les deux architectes se soient fréquentés. Ils se sont en effet succédé à Madras. Chisholm y créant sa légende avant de partir vers d’autres cieux. Au contraire, Irwin y arriva au sommet de sa gloire.

palais de Mysore salle du durbar

Apôtre du style indo-sarracénique, il est l’un de ceux qui ont le mieux illustré ce style emblématique du Raj. Auréolé de ses réalisations à Shimla (loge vice royale et théâtre), au Palais de Mysore, Irwin arriva à Madras pour y triompher.

Palais Mysore

Effectivement, il se lança dans une activité frénétique et orna la capitale de la Présidence de certains de ses plus beaux fleurons. Il participa ainsi à la construction de la Gare centrale, du musée d’Egmore, des cours de justice, de la Bibliothèque Connemara mais aussi de la Banque d’Inde sur North Beach Road.

theatre Shimla

Voici donc aujourd’hui quelques-unes de ses plus grandes œuvres dans la capitale du Tamil Nadu.

La Banque d’Inde

Sur la rue Rajaji Sali autrefois North Beach road, on compte parmi les plus beaux bâtiments du Raj. C’était en effet l’avenue de parade pour les visiteurs qui abordaient Madras depuis la mer. Pas étonnant que les plus grands noms s’y soient illustrés. Parmi eux, Henry Irwin auteur notamment de la Banque de Baroda devenue Banque de Madras puis Banque d’Inde.

Banque d'inde

Construite en 1896, dans le plus pur style indo-sarracénique, elle mélange les genres. Ce grand vaisseau de brique rouge représente une véritable prouesse architecturale. Elle s’inspire à la fois de l’architecture moghole mais aussi de la dentelle des façades vénitiennes ou génoises. On sent ici combien John Ruskin, a pu influencer les architectes coloniaux. Car son livre « les pierres de Venise » a constitué une source essentielle pour les artistes voyageurs en leur procurant un catalogue d’idées.

escalier de la Banque d'Inde, clairement inspiré par de sfacades génoises ou vénitiennes

On ne sait pas grand-chose de l’architecte. Fils de Pasteur il n’a pas forcément eu les moyens de pratiquer le Grand Tour pour y puiser un répertoire de formes et d’idées. En revanche, la circulation de l’ouvrage de Ruskin peut expliquer les références italiennes manifestes ici. Les escaliers à double entrée, les rehauts de plâtre blanc sur la brique rouge rappellent en effet les constructions de la sérénissime république de Venise. Pour autant, ces influences européennes, se mêlent avec élégance à des éléments Moghols. Les dômes et balcons rappellent en effet la cité abandonnée de Fatehpur Sikri, non loin d’Agra.

détails de la facade de la Banque d'Inde sur north Beach Road

North Beach Road semble ici traitée comme le grand canal de Venise. Voie d’accès, de parade, elle montre aux visiteurs ce que la capitale de la Présidence peut proposer de plus abouti. Construite en 1896, la façade symétrique est scandée de tourelles surmontées de clochetons (des chhatris) particulièrement harmonieux. Si les Américains contemporains avaient coutume de bâtir des cathédrales du commerce, Irwin a ici réalisé un véritable palais de la finance.

Facade de la Banque d'Inde, North Beach Road

Les Cours de Justice

A dire vrai, cet énorme complexe qui se situe sur les terres de la old town détruite par le siège français n’est pas l’œuvre d’un seul homme. Sur des plans de Chisholm, les différents bâtiments des cours de justice et de l’université de droit projettent leurs tours de briques telles des beffrois, clochers ou minarets. Initiée en 1862, la construction correspond au travail de divers architectes. L’université de droit sur la partie occidentale (la plus loin de la mer) compléta le projet à partir de 1899. Elle vit certainement Irwin y travailler, sur des dessins de Chisholm. En effet, les deux grands architectes se succédèrent dans la ville.

bâtiment d'angle des cours de justice

Bâties sur le modèle des cours de justice à Londres, elles remplacent l’architecture gothique de leurs ainées anglaises par ce style indo-sarracénique adopté par les colons après 1857. C’est en effet après la défaite des cipayes et le passage de la colonie des mains de la Compagnie des Indes orientales à la couronne britannique que ce style architectural s’affirma comme typique du Raj.

coupole cours de justice

Il est malheureusement quasi impossible, à moins de devoir passer en jugement, de visiter l’énorme campus. Il faut donc se contenter d’admirer les hautes structures et les dômes de loin et d’en deviner la majesté abritée par de hauts murs et des portes bien gardées.

Le musée

pignons du musée d'Egmore

Dans le musée d’Egmore, Irwin est l’auteur de trois des bâtiments les plus réussis. La National Gallery directement inspirée de Fatehpur Sikri, le théâtre copie assez fidèle du Royal Albert Hall et surtout la bibliothèque Connemara. J’ai déjà consacré quelques lignes à ces magnifiques lieux qui s’inspirent en fait plus de l’éclectisme victorien que du pur style indo-sarracénique. En dehors de la National Gallery, largement influencée par les réalisations des Maharajas, la bibliothèque et le théâtre nous ramènent dans la Londres de la fin du XIXème s. Plus précisément dans le quartier de Kensington.

Museum Theatre

Les frontons quasi néerlandais de la galerie d’archéologie et la forme caractéristique du théâtre copie quasi conforme du Royal Albert Hall, ne peuvent en effet pas nous faire oublier la provenance d’Henry Irwin. Pour autant, bercé d’influences italianisantes, celui-ci n’hésita pas à doter le théâtre d’une tour qui le faisait ressembler au Palazzo Vecchio de Florence. Détruite par son successeur, la tour comme la référence, ont laissé place à un édifice plus victorien que néo italien. Qu’importe puisqu’il avait pour but d’honorer l’élite britannique de la colonie.

National gallery

Longtemps inaccessibles, ces trois édifices se visitent à nouveau. Pour le théâtre, le plus simple est d’assister à une représentation . La National Gallery se visite. C’est même avec la galerie des bronzes cholas la seule section à ne surtout pas manquer. Quant à la bibliothèque, il convient de rentrer dans le bâtiment des années 1970. Une fois au premier étage ,au fond de la salle des Périodiques, une toute petite pancarte indique le passage quasi caché pour se rendre à la bibliothèque homonyme. Parvenu au débouché d’un long dédale, quelle récompense néanmoins que ces vitraux éclairant des rayonnages de bois massifs.

plafond de l'ancienne bibliothèque Connemara

Salcete

Le taluka de Salcete se trouve dans le sud du petit état de Goa. Cette région doit sa renommée à ses longues plages de sable fin et son arrière pays aux paysages luxuriants.

facade Margao
riziere sud de Goa

Margao, seconde ville de Goa et capitale de la région de Salcete est un peu particulière. Elle offre une ambiance presque fantomatique. Pourtant, le cœur de la capitale du sud et  plus grosse ville économique de Goa correspond à un bel ensemble de maisons coloniales.  La région de Salcete jouit par ailleurs de magnifiques plages et une nature superbe.

raccomodage de filet de pêche

Margao

Margao, facade art deco

Avant l’arrivée des Portugais en 1579, il y avait déjà des temples.  Mais le village hindou en bord de rivière Sal se convertit rapidement sous l’influence des colons catholiques. Margao a beau croître rapidement, elle ne parvient pas encore à 100 000 habitants. C’est donc un gros bourg pour l’Inde plus qu’une réelle ville.

new market Margao

Le centre colonial se répartit autour de deux centres.

Tout d’abord La belle Église du St Esprit sur la place principale. De jolies maisons coloniales l’entourent. En revanche, les rues désertes confèrent une ambiance étrange. L’église remonte à 1675. Avec sa belle façade on ne s’attend pas aux extravagances baroques de l’intérieur. Tout autour de la place se succèdent les belles maisons coloniales de la riche élite catholique de l’époque portugaise. Dotées de balcons et de vérandas elles ne dépassent pas deux étages. La rue du vieux marché parallèle à la place concentre les magasins. Un peu tristounette, cette partie de la ville attire malheureusement davantage les chiens hurleurs, les voitures lancées à pleine vitesse que les visiteurs.

eglise de Margao

Plus haut sur la colline, on voit de beaux bâtiments administratifs, face au Jardin municipal. Les marchés Afonso de Albuquerque ou « Pimpalakatta », et le Mercado Velho soulignent combien la ville draine la richesse économique du taluka. L’hôtel de ville aux lignes  néoclassiques et le Jardin marquent le centre de la ville actuelle. On trouve quelques restaurants, voire des pâtisseries assez chouettes.

jolie maison coloniale Margao

La visite de Margao vous a laissé sur votre faim?  Pourquoi ne pas terminer votre journée sur une des magnifiques plages alentours?

facade bleue Margao

Des plages autour de Margao

Les plages connues autour de Margao portent des noms portugais. Colva, Benaulim, Majorda, Varca. Découvertes plus tardivement par les touristes, elles sont aussi plus loin de Bombay. Elles restent donc un peu à l’écart des grosses fêtes et grandes chaînes hôtelières. Pour une escapade calme, elles se révèlent idéales.

page Taluka Salcete

Etonnamment par rapport à l’idée que l’on se fait de Goa, elles ont donc conservé un vrai charme. On y voit par exemple des scènes émouvantes. Rares sont les baigneurs ou les partisans du bain de soleil.

retour de pêche

Il n’est pas forcément facile de s’y baigner en effet. Le drapeau ne quitte d’ailleurs guère la couleur rouge. Des fonds marins et des courants rendraient la zone dangereuse. N’oublions pas cependant que les Indiens ne sont pas des grands nageurs et qu’il vaut toujours mieux prévenir que guérir. Les plages indiennes sont donc le plus souvent déconseillées à la baignade. Pour autant, ces plages sont très ensablées et il faut à marée basse marcher sur des kilomètres avant d’espérer trouver une profondeur suffisante à la baignade.

pêcheurs

En revanche, le sable fin invite à la détente. De petits cafés ponctuent les longues balades. On y sert même de l’alcool. Ces guinguettes de bois ne sont pas toujours de hauts lieux culinaires. En revanche un cocktail en bord de mer à la nuit tombé n’est pas si courant en Inde pour être négligé.

sur la plage

Surtout ces plages, restées authentiques, offrent des spectacles incomparables. Vaches menées à la baignade. Pêcheurs raccommodant leurs filets. Départ ou retour de pêche et vente des petits poisons tombés du bateau. Toutes sortes de scènes s’y succèdent pour ceux qui fatigueraient de passer leur journée sous le parasol.

en revenant de la pêche, Goa

Non loin de la bordure maritime, la vie des locaux se révèle plus typique . Ici, on voit des combats de bœufs ou de chiens, des gens repiquer le riz les pieds dans l’eau, des cérémonies. De jolies fermes blanchies à la chaux se perdent dans un paysage tropical. Seul hic, la multiplication des chiens errants de plus en plus agressifs.

plage Goa sud

Panjim

escalier avec azulejos

Panjim ou Panaji  ( selon la dénomination actuelle) est certainement l’une des plus petites capitales d’état de la péninsule indienne. Néanmoins, son joli patrimoine colonial et son ambiance en rendent la visite fort recommandable.

petite rue dans le centre de Panjim

Curieusement, Panjim tourne le dos à la mer pour regarder l’estuaire de la Mandovi. En bordure du fleuve s’égrènent de jolis bâtiments coloniaux. La ville ancienne borde la rive sud. Mais, l’ambiance y diffère fortement de celle des colonies britanniques indiennes. En effet, la colonisation est le fait des Portugais au XVIème. De jolies maisons colorées et de belles églises baroques confèrent un charme assez unique, presque latin, à cette ville modeste mais passionnante. On peut y passer un ou deux jours très agréables.

Il faut 45mn pour venir de l’aéroport Nord de Goa Manohar International Airport (GOX). Car la ville se situe au nord du plus petit état indien quasi en bord de mer.  Capitale de l’Inde portugaise au XVIIème siècle sous le nom de New Goa, elle remplaça Old Goa, abandonnée. Son intégration à l’Union indienne ne date que de 1961. Elle s’accroche donc fièrement à son passé original.

vieille ville de Panjim

Le centre historique de Panjim

A première vue, Panjim peut faire peur avec son enfilade de bateaux casinos le long de la Mandovi. Autant s’en méfier et ne pas réserver d’hôtel proche de la rivière. Celle ci est bordée de bâtiments administratifs typiquement coloniaux.

facade bleue

Ainsi, le Secrétariat ou Adil Shah’s Palace, bien que construit en 1500 par le Sultan de Bijapur a un aspect colonial. Car assiégé par l’Amiral portugais Albuquerque vers 1510, il devint résidence du Vice Roi de Goa. Appelé aussi Idalcao’s Palace, il abrite le musée. A l’époque de mon passage il était fermé et en restauration.

Palais, musée

Pres du musée, un joli parc permet d’accéder au monument le plus important de Panjim. l’église Notre Dame de l’Immaculée Conception domine un spectaculaire escalier. Elle représente l’image  et le centre de Panjim. On ne peut ici s’empêcher d’évoquer le merveilleux sanctuaire du Bom Jesu au Mont à Braga et son fantastique escalier baroque.

cathédrale ND de l'Immaculée Conception

 La mise en scène d’une église au sommet d’une montée appartient bien au vocabulaire baroque.

Ce sanctuaire, construit  en 1541 domine fièrement le centre animé de Panjim.  Ses tours baroques jouaient le rôle de phare pour les marins. Ceci nous rappelle le double objectif des colons portugais. Il s’agissait pour eux de fonder des comptoirs commerciaux ET d’évangéliser. Au contraire, les premiers Anglais ne vinrent que pour des raisons économiques au XVIIe. Leur colonisation au XIXe s transforma la conquête en fait militaire et politique. Les Portugais, eux, se cantonnaient aux villes côtières pour s’approvisionner en épices et tissus.

ruelle du vieux Panjim
fresque

Avec la croissance de la ville, l’église s’agrandit en 1600 pour devenir paroisse. Ses vives couleurs bleu, blanc et or sont typiques du catholicisme local. A l’intérieur, de lourds chandeliers, des bois dorés, des statues de marbre (de Pierre et Paul) témoignent du style baroque.

Le quartier des Fontaines, ou le Panjim portugais ou Quartier latin

En revenant vers la rivière depuis la cathédrale, s’étend toute un ensemble de ruelles en  réhabilitation . On l’appelle quartier Latin ou quartier des Fontaines. Panjim n’est pas à proprement parler une ville UNESCO mais le quartier latin est reconnu par l’UNESCO comme une zone patrimoniale

jolies facades

On peut y marcher agréablement le long de petites maisons aux couleurs vives. Quasi piétonnier, ce quartier nous replonge aux XVI et XVIIème siècles et dans une atmosphère quasi sud-américaine. On est loin des bruyantes villes indiennes aux constructions hétéroclites. Ici l’homogénéité architecturale séduit, ce même si les constructions sont pour la plupart de taille modeste.

casa di san Antonio

On chemine dans ces jolies rues colorées dans lesquelles les cafés se multiplient. En passant, on peut s’arrêter dans les jolies confeitria ou les taverna pour un verre de vin ou un délicieux pastel de nata. Confeitaria 31 de Janeiro, reste une adresse quasi incontournable.

Elle se situe  dans une ruelle adorable qui mène à l église Saint Sébastien. Ce ravissant quartier colonial mène jusqu’au centre culturel portugais dans un charmant Jardin. Car le quartier tient aussi son charme des petits jardins. Il continue parallèlement à la petite rivière Ourem juste avant qu’elle ne se jette dans la Mandovi.

eglise san Sebastien
eglise portugaise

La route chemine au delà du périmètre en restauration vers une zone moins rénovée mais plus authentique au delà du temple Maruti. Ce grand temple badigeonné en orange criard domine la colline Altinho. Dédié à Hanuman, le dieu singe, il offre des vues agréables sur la ville.

rue ancienne de Panjim

Plus loin, commencent les plages dont la célèbre Bambolin. Sur la plage Dona Paula les deux fleuves  Mandovi et Zuari se rencontrent pour se jeter dans le Golfe arabo-persique. C’est ici que se situe la résidence du Gouverneur de Goa, Cabo Raj Bhavan.

maison bleue du quartier des fontaines

Presentation Goa

Je suis partie à Goa comme on part à la plage ou en soirée. Bêtement, je pensais qu’il s’agissait d’une ville avec un centre colonial. Il y aurait aussi des kilomètres de plages de sable blanc fréquentées par des touristes éméchés. Je m’étonnais que depuis Chennai l’arrivée à Goa s’effectue par un aéroport au nord et le départ par un autre aéroport, situé plus au sud. Ce devait être une grande ville pour disposer de 2 aéroports internationaux. Mais je savais aussi que nous allions aborder dans la zone la plus touristique de l’Inde. Il me fallait donc m’attendre à tout.

Goa, un état et non une ville

Je n’avais rien compris. Goa correspond à un état complet. Certes le plus petit de l’Union indienne qui en compte 28. Néanmoins un état à part entière, séparé en districts. Ceux ci se divisent en sous districts, les Talukas chacun avec une identité propre. Cet état dispose d’une langue le Konkani. Son originalité tient aussi à une culture teintée d’éléments lusitaniens, une aristocratie particulière et une scène culinaire bien à part.

azulejo

Goa se trouve coincée contre le Golfe Arabo-persique à l’ouest. Les Ghats de l’ouest la séparent de l’aride plateau du Dekkan. Au sud, le Karnataka la borde alors que le nord voisine avec le Maharastra. La bande côtière est donc le débouché quasi naturel des habitants de deux des villes les plus populeuses du pays. A savoir, Mumbai et Bengalore. Autant éviter les périodes de vacances locales (mi-mai mi-juillet et les grandes fêtes type Diwali)

Goa Institute of management

Aller à Goa, c’est en priorité sélectionner. Choisir entre les districts nord réputés pour leur sens de la fête et ceux du sud, plus calmes. Choisir entre la côte avec les plages les plus agréables du pays ou presque. Certes, il y a aussi celles de Andaman ou de Varkala. Ou préférer l’intérieur des terres moins connu et plus nature.

forêt Goa

Goa ce sont aussi des villes à l’atmosphère quasi sud-américaine avec leurs églises au charme portugais. Ces missions baroques n’ont quasiment pas d’égal dans le reste du pays. Nichées dans une végétation tropicale magnifique elles ont un air mexicain inattendu en Inde.

le fleuve

Car colonisée au XVIeme par les Portugais, Goa est restée un comptoir européen. Ce jusqu’au rattachement à l’Union indienne en 1961 seulement. De son passé portugais elle a gardé des liens étroits avec les autres comptoirs lusitaniens notamment Macao. D’où des influences chinoises mêlées aux souvenirs quasi hispaniques.

La nouvelle mini- série du moment

Cela devient une habitude, mais je ne vais pas traiter de cet état surprenant en un seul pauvre article.

En revanche, je vous propose de me suivre pour une nouvelle mini-série à travers cet état bien plus extraordinaire qu’attendu. Car les récits de fêtes et de tourisme de masse ne m’avaient pas laisser espérer grand-chose. Quelle ne fut donc pas l’heureuse surprise que de découvrir une région restée très authentique. Mais aussi très distincte du reste du pays.

curieuse baignade

 Alors suivez-moi dans les prochaines semaines. Nous partirons à la découverte de Panjim la petite capitale de ce micro-état au charme original.

maison de planteur

De là, je vous emmènerai à Old Goa, la capitale abandonnée de ce petit bout de Portugal. Nous y cheminerons à travers les églises, souvenirs de la colonisation mais aussi de l’évangélisation. Nous y retrouverons notamment la trace de Saint François-Xavier.

Puis nous continuerons sur les plages du sud autour de Margao. C’est la ville économique à l’ambiance fantomatique.  Le sud de Goa offre de magnifiques plages et une ambiance encore intacte à l’écart des grands flux touristiques.

la plage

Enfin le dernier chapitre de mon épopée vous fera découvrir les magnifiques demeures de planteurs dans le taluka de Salcete. Souvent en mauvais état, ces maisons offrent un charme que l’on s’attend à trouver davantage de l’autre côté de l’Atlantique.

Pêcheurs, Goa

Pas de fiestas dans ce blog, ni de nature donc. Mais de belles découvertes historiques et architecturales pour les quatre prochaines semaines de balades indiennes.

Goa

Je suis partie à Goa comme on part à la plage ou en soirée. Bêtement, je pensais qu’il s’agissait d’une ville avec un centre colonial. Il y aurait aussi des kilomètres de plages de sable blanc fréquentées par des touristes éméchés. Je m’étonnais que depuis Chennai l’arrivée à Goa s’effectue par un aéroport au nord et le départ par un autre aéroport, situé plus au sud. Ce devait être une grande ville pour disposer de 2 aéroports internationaux. Mais je savais aussi que nous allions aborder dans la zone la plus touristique de l’Inde. Il me fallait donc m’attendre à tout.

Goa, un état et non une ville

Je n’avais rien compris. Goa correspond à un état complet. Certes le plus petit de l’Union indienne qui en compte 28. Néanmoins un état à part entière, séparé en districts. Ceux ci se divisent en sous districts, les Talukas chacun avec une identité propre. Cet état dispose d’une langue le Konkani. Son originalité tient aussi à une culture teintée d’éléments lusitaniens, une aristocratie particulière et une scène culinaire bien à part.

azulejo

Goa se trouve coincée contre le Golfe Arabo-persique à l’ouest. Les Ghats de l’ouest la séparent de l’aride plateau du Dekkan. Au sud, le Karnataka la borde alors que le nord voisine avec le Maharastra. La bande côtière est donc le débouché quasi naturel des habitants de deux des villes les plus populeuses du pays. A savoir, Mumbai et Bengalore. Autant éviter les périodes de vacances locales (mi-mai mi-juillet et les grandes fêtes type Diwali)

Goa Institute of management

Aller à Goa, c’est en priorité sélectionner. Choisir entre les districts nord réputés pour leur sens de la fête et ceux du sud, plus calmes. Choisir entre la côte avec les plages les plus agréables du pays ou presque. Certes, il y a aussi celles de Andaman ou de Varkala. Ou préférer l’intérieur des terres moins connu et plus nature.

forêt Goa

Goa ce sont aussi des villes à l’atmosphère quasi sud-américaine avec leurs églises au charme portugais. Ces missions baroques n’ont quasiment pas d’égal dans le reste du pays. Nichées dans une végétation tropicale magnifique elles ont un air mexicain inattendu en Inde.

le fleuve

Car colonisée au XVIeme par les Portugais, Goa est restée un comptoir européen. Ce jusqu’au rattachement à l’Union indienne en 1961 seulement. De son passé portugais elle a gardé des liens étroits avec les autres comptoirs lusitaniens notamment Macao. D’où des influences chinoises mêlées aux souvenirs quasi hispaniques.

La nouvelle mini- série du moment

Cela devient une habitude, mais je ne vais pas traiter de cet état surprenant en un seul pauvre article.

En revanche, je vous propose de me suivre pour une nouvelle mini-série à travers cet état bien plus extraordinaire qu’attendu. Car les récits de fêtes et de tourisme de masse ne m’avaient pas laisser espérer grand-chose. Quelle ne fut donc pas l’heureuse surprise que de découvrir une région restée très authentique. Mais aussi très distincte du reste du pays.

curieuse baignade

 Alors suivez-moi dans les prochaines semaines. Nous partirons à la découverte de Panjim la petite capitale de ce micro-état au charme original.

maison de planteur

De là, je vous emmènerai à Old Goa, la capitale abandonnée de ce petit bout de Portugal. Nous y cheminerons à travers les églises, souvenirs de la colonisation mais aussi de l’évangélisation. Nous y retrouverons notamment la trace de Saint François-Xavier.

Puis nous continuerons sur les plages du sud autour de Margao. C’est la capitale économique à l’ambiance fantomatique.  Le sud de Goa offre de magnifiques plages et une ambiance encore intacte à l’écart des grands flux touristiques.

la plage

Enfin le dernier chapitre de mon épopée vous fera découvrir les magnifiques demeures de planteurs dans le taluka de Salcete. Souvent en mauvais état, ces maisons offrent un charme que l’on s’attend à trouver davantage de l’autre côté de l’Atlantique.

Pêcheurs, Goa

Pas de fiestas dans ce blog, ni de nature donc. Mais de belles découvertes historiques et architecturales pour les quatre prochaines semaines de balades indiennes.

Maisons de planteurs

Aujourd’hui je vous emmène dans le Taluka de Salcete, à la découverte des maisons de planteurs du sud de Goa.

Maison Braganza

Deux maisons de planteurs à Chandor

Maison Menezes Braganza.

salle à manger maison Braganza

Commençons par la plus belle peut être de ces plantations, en tous cas la plus grande. Il s’agit d’une énorme demeure à l’aspect palatial. Très étroite, elle s’étend tout en longueur dans le petit village de Chandor. On monte un escalier pour accéder dans les appartements de deux cousins. Car la maison se dédouble au niveau de l’escalier central. On y retrouvera d’ailleurs une duplication de tous les éléments, salle de bal, bibliothèque et cuisine.

1er salon maison Braganza

Nous sommes reçus par les descendants des premiers propriétaires. Cette maison est en effet comme beaucoup restée entre les mains de la même famille depuis le XVIIe s. Deuxième surprise, les propriétaires originaux, et donc leurs descendants, ne venaient pas du Portugal. Ces Indiens d’origine ont en revanche été anoblis par la couronne portugaise assez tôt dans l’histoire, souvent pour bons et loyaux services.

salle de bal maison Braganza

La maison a un peu souffert des ravages du temps. Mais ce n’est rien en comparaison de ce qui nous attend ailleurs à Goa. D’ailleurs, les deux cousins propriétaires s’acharnent du mieux qu’ils le peuvent à en conserver la splendeur. Ils n’hésitent pas à louer leurs salons pour des tournages, des mariages ou des séances photos pour financer la peinture ou retapisser les fauteuils. Le ticket d’entrée permet également d’améliorer un peu leur ordinaire.

Clairement le descendant Menezes Braganza est un homme d’affaire plus aguerri, doublé d’un gestionnaire et ses appartements révèlent plus d’opulence et un meilleur entretien. En témoigne la bibliothèque malgré son organisation quelque peu dérangeante. Le cousin Pereira-Braganza vous montrera tout fier la relique de Saint François-Xavier, gloire de la chapelle familiale. Son aile est en revanche plus poussiéreuse.

maison Menezes

Dans chaque appartement la magnificence s’illustre dans la salle de bal, véritable pièce maitresse. Une enfilade de salons et une salle à manger de réception évoquent le train de vie fastueux de ces aristocrates locaux cultivateurs de canne à sucre ou de caoutchouc.

  Maison Fernandez

Plus loin, dans le petit village miséreux de Chandor, se trouve la maison Fernandez. Elle parait fermée aux visiteurs. D’ailleurs rien n’indique qu’elle puisse se visiter. Son état calamiteux ne laisse rien présager de sa splendeur (très) passée pour ne pas dire trépassée.

facade maison Fernandez

 Le propriétaire des lieux, lui aussi descendant des premiers planteurs connait l’histoire familiale sur le bout des doigts. Mais son éducation n’empêche pas sa demeure de partir complétement à vau l’eau. Outre l’odeur pestilentielle due à l’incontinence de son vieux chien, l’ensemble laisse plus qu’à désirer en matière de propreté.

salon maison Fernandez

Néanmoins, malgré la crasse, on devine la beauté disparue. Bien sûr nous sommes loin de la magnificence de la plantation Braganza. Pour autant, cette maison avec son souterrain secret, sa salle d’armes et sa salle de bal, son coin chapelle pourrait, un peu rénovée, avoir du potentiel. Pour l’heure, si tournage il y a, il ne peut s’agir que de films d’épouvante.

salon Fernandez

Deux autres Maisons de Planteurs à Loutoulim

Changeons maintenant de village, et dirigeons-nous vers Loutoulim beaucoup plus agréable et avec un quartier carrément résidentiel.

Loutoulim

Maison Figueiredo

Commençons par la plus connue de toutes les maisons. Et pour cause elle est aménagée en hôtel, bien entretenue et gérée de main de maitre là encore toujours par les descendants de la famille d’origine.

entrée maison Figueiredo

Les inscriptions sur les murs rappellent la conversion (volontaire ?) des locaux à l’époque portugaise. Les missionnaires avaient pour but d’évangéliser au contraire des Anglais pour lesquels colonisation rimait presque uniquement avec enrichissement. Ainsi, avec la conversion, les Poddiars de Sancoale devinrent Figueiredo de Loutoulim au XVIe. Cela fut-il à l’origine de leur réussite sociale, politique et économique ? Toujours est il que la famille Figueiredo compte nombre de diplomates, juges et parlementaires. D’où la construction de cette superbe demeure en 1590. Deux siècles plus tard une seconda aile en doubla la superficie, en largeur cette fois.

maison Figueiredo

Sa décoration est joliment mise en valeur. Ce, notamment dans la fastueuse salle à manger, la salle de bal. Un salon de musique, un bureau et une chambre complètent le musée. De nombreuses porcelaines chinoises évoquent les relations privilégiées des maitres de céans avec Macao, autre colonie portugaise. Le reste des 55 pièces se répartit entre un hôtel boutique (dans la partie ancienne) avec piscine et la demeure familiale. Le tout à fait l’objet d’une restauration en 2016 menée par les descendants ré impatriés pour s’occuper du patrimoine familial.

salon maison Figueiredo

Maison Alvarez

La Maison Alvarez fait partie du musée local du grand pied.

maison Alvarez

 Le musée ne casse pas trois pattes à un canard. Il s’intéresse cependant à l’histoire, l’art de vivre et la culture de Goa.  En revanche le billet d’entrée permet de visiter la demeure. Celle-ci diffère un peu des précédentes. Le mobilier très fin XIXe n’a pas la qualité de celui des autres maisons. Les salles elles-mêmes sont de moindre qualité. En revanche les objets exposés valent le détour. Et surtout les quartiers serviles sont quasi complets. On y découvre cuisine, arrière-cuisine, cellier et tout un tas de petites pièces rustiques.

outils maison Alvarez, Loutoulim, Goa

Dans les chambres sont exposées des collections d’objets d’antan, jouets, vases de nuit. De quoi compléter agréablement la visite des autres Maisons de Planteurs.

cuisine maison Alvarez Loutoulim Goa