Kanchipuram bis

Voici un Kanchi bis pour compléter l’article de la semaine dernière. Je vous avais emmené dans la vieille ville visiter les temples les plus connus et les plus spectaculaires. Notamment l’immense Varadaraja Perumal, le célèbre Ekambaranatha dédié au Shiva terrestre et le Kamakshi Amman Temple, dédié à Shakti en plein centre-ville.

Cette semaine je vous propose une immersion dans la période Pallava (V- VIIIe siècles). Cette dynastie fit de Kanchipuram sa capitale et de Mahaballipuram son port. Les deux magnifiques temples dont je voudrais parler sont donc à mettre en parallèle avec l’art développé dans les temples du site Unesco.

Outre la beauté de ces deux temples aux fantastiques sculptures, vous  apprécierez le calme de ce kanchi bis, par rapport au tumulte des grands temples déjà explorés la semaine passée.

Le temple Kailasanatha, essentiel de ce kanchi bis

On peut commencer par Kailasanatha, un temple du VIIe s dédié à Shiva. C’est l’un des plus anciens de Kanchipuram et l’un des premiers bâti avec une base en granit pour le sanctuaire et le Nandi blancs. Le reste a été construit en calcaire blond et adopte la forme et l’iconographie de la dynastie Pallava. On retrouve ainsi le lion emblématique d’échanges avec l’Extrême orient, déjà vu à Mahaballipuram.

 Il apparait comme un modèle d’architecture dravidienne avec un mandapa d’entrée -mukha mandapa, un pour les réunions- maha mandapa et un saint des saints surmonté d’une vimana à 4 niveaux. Le sanctuaire central, lui, est entouré de 9 sanctuaires. Tout autour de la cour carrée s’articulent 28 cellules avec des reliefs de Shiva particulièrement anciens et magnifiques. On y trouve des traces de polychromie.  Le temple est aussi connu pour ses nombreuses et très précoces inscriptions.

traces de poychromie au temple Kailasanatha de Kanchipuram

Quoique petit, ce temple est une pure merveille en terme de statuaire du VIIIe siècle. Les sculptures sont essentiellement Shivaïtes. Les fresques, parmi les plus anciennes du Tamil Nadu, à l’intérieur de certaines cellules assurent sa notoriété. On va retrouver le même type de sculptures dans le temple Vaikunthaperumal que nous irons visiter juste après.

Vaikunta Perumal Temple

Ce superbe temple Pallava du VIIIe s dédié à Vishnou se situe près du centre de la ville. On y accède via une grille. Elle s’ouvre sur un jardin bordé d’un réservoir vide. Une belle cour intérieure précède le magnifique sanctuaire dravidien entouré de reliefs de lions mais aussi d’un curieux fossé.

Ce temple est particulièrement important car c’est un des 108 Divya Desams dédié à Vishnou sur les 14 que compte Kanchipuram. En outre, c’est le second temple le plus ancien après Kailasanathar. Enfin, on en lit les louanges dans les hymnes tamouls des VI/ IXe siècle.

Bien qu’assez ramassé, il offre un programme iconographique étourdissant. Le clergé ici charmant, propose aux rares visiteurs de fermer les yeux sur les horaires, et de laisser rentrer dans le saint des saints en échange de quelques menues monnaies.

Par ailleurs, ce temple présente quelques spécificités comme la superposition de 3 sanctuaires les uns sur les autres avec 3 images de Vishnou dans 3 postures différentes. Cette superposition architecturale témoigne d’une maitrise développée depuis Mahaballipuram où les monuments sortaient de la pierre et commençaient seulement à être bâtis.

 Ici, Vishnou apparait assis dans l’escalier, allongé au 1er étage. Au 2e étage, le Vishnou Murti debout a disparu mais l’escalier s’ouvre sur une terrasse. On peut circuler autour du bâtiment à chaque étage.

Comme au temple Kailasanatha, le motif emblématique Pallava du lion se répète. De nombreuses vignettes historiées évoquent la vie de Vishnou, et en parallèle celle du souverain bâtisseur de ce temple, ainsi que les différentes célébrations. Une restauration a eu lieu sous les Vijayanagar. Elle explique les différences de couleurs dans cet ensemble remarquable.

Néanmoins ne quittons pas ce Kanchi bis sans un dernier petit arrêt.

Au-delà des temples, la ville

le berceau, Kanchi Kudil, Kanchipuram

Pour les amateurs d’ethnologie, Kanchi Kudil, est une belle maison transformée en musée. On peut visiter moyennant une petite obole. Les pièces de vie d’une famille au sens large vivant sous le même toit sont bien préservées. De belles explications concernent justement la cohabitation dans le Tamil Nadu agricole. On y comprend mieux les stratégies de préservation des terres au sein d’une même famille. On y voit aussi les toits caractéristiques de la région à 7 épaisseurs de tuiles.

Le musée ethnographique de Kanchipuram

Kanchipuram est aussi connu pour sa soie de murier. Cinq mille familles travaillent a la fabrication de saree traditionnels. Malheureusement, les ateliers souvent petits ont migré hors de la ville et les invitations a voir le travail du tissage vous mènent immanquablement dans de grandes boutiques. L’expérience peut amuser ou lasser, à vous de voir…

Kanchi Kudil, maison musée de Kanchipuram

Kanchipuram

Située à une bonne heure de route de Chennai, Kanchipuram offre une belle idée de visite pour la journée.

Kanchipuram, l’une des 7 villes sacrées d‘Inde

L’importance de Kanchipuram tient à son statut de Saptapuri. Parmi les 7 villes saintes d’Inde, Varanasi est la plus connue, Kanchipuram la seule au sud. Ces villes sacrées de l’Hindouisme apporteraient la Moksha (libération) à leurs pèlerins et surtout à ceux qui viennent y mourir.

Cette ancienne capitale des Pallavas a vécu son heure de gloire du VIe au VIIIe siècle. Pourtant certains temples sont plus tardifs et datent de l’Empire Chola ou de celui des Vijayanagar.

Aujourd’hui, cette ville poussiéreuse et bruyante a perdu de sa superbe et il faut fouiller dans le chaos pour y trouver du charme et y repérer les temples les plus importants. Elle en a conservé énormément, mais peut-être pas les 1000 vantés par les guides touristiques. D’ailleurs, tous ne valent pas la visite au point de vue artistique ou historique. Néanmoins la spiritualité reste saisissante.

Dans leur majorité, les prêtres locaux sont traditionnalistes, peu sympathiques et réfractaires à la présence d’étrangers. Il vaut donc mieux ne pas tenter d’enfreindre leurs ordres.

Pour des raisons pratiques, il vaut mieux partir à la journée en voiture ou recourir aux services d’un auto. Les distances peuvent être longues, la touffeur insupportable. Il est parfois difficile de s’orienter et un chauffeur voire un guide peuvent donner du sens à cette découverte.

Des agences proposent des matinées de folie à Kanchipuram en faisant visiter dix temples. Ce qui implique un lever aux aurores, car les édifices religieux ferment entre 12.30 et 16h. Comme le disent les locaux, les dieux font la sieste pendant ce temps.

Néanmoins, tous ne sont pas incontournables et pour éviter la saturation, voici une petite sélection maison. Aujourd’hui, je vous présenterai les trois temples les plus connus. La semaine prochaine nous visiterons les deux plus anciens (et, à mes yeux) plus beaux.

Le temple à Shakti, Kanakshi Amman Temple

Situé en plein centre-ville c’est l’un des hauts lieux de pèlerinage et de visite. Très fréquenté, on y accède à pied et par des portiques de sécurité. Son architecture imposante, son emplacement et son importance spirituelle expliquent la foule.

Tout ici tourne autour de la déesse Kamakshi, l’une des formes divines de Parvati, déesse de l’amour, de la fertilité et de la force. Ce temple est l’un des 51 Shakti Peethas ou sanctuaires sacrés construits autour des membres du corps sacré tombés du Ciel. C’est aussi le seul de la ville dédié à Shakti.  Ici en l’occurrence aurait atterri le nombril divin. Le temple est donc l’un des centres les plus importants du Shaktisme au Tamil Nadu. On y célèbre la puissance féminine.

ShaktiTemple reservoir, Kanchipuram

Ce temple date du VIIème siècle, et de la dynastie Pallava qui avait fait de Kanchipuram sa capitale. Les Naalayira Divya Prabandham ou hymnes composés par des poètes sacrés Tamouls un siècle plus tard en font mention. Les Cholas ont pu le reconstruire et l’agrandir vers le XIVe. Puis les Vijayanagar entre les XIVe et XVIème siècle.

Une autre légende ne fait remonter la construction du temple qu’en 1565 à la chute de l’empire Vijayanagar. L’idole Kamakshi Amman aurait alors été transportée au travers de l’Inde du sud en quête d’un foyer permanent. Le temple daterait dans ce cas d’une construction plus tardive.

L’absence de documentation précise et les nombreuses reconstructions laissent comme toujours en Inde le champ libre à l’imagination. Ce même si la structure respecte le schéma dravidien avec ses nombreux sanctuaires et mandapas et son immense Gopuram (portail) d’accès jusqu’au spectaculaire réservoir à l’arrière. S’y mêle une iconographie typique des Vijayanagars.

Malheureusement les étrangers ne peuvent pas accéder au Saint des saints. On ne peut pas voir l’idole assise  Kamakshi accompagnée de la sainte trinité Shiva, Vishnu, and Brahma.

L’incontournable temple Ekambaranathar

C’est l’un des temples les plus célèbres et l’un des plus grands du Tamil Nadu. Il est dédié à Shiva sous sa forme Ekambareswara, terrestre. On a un peu l’impression de rentrer dans un immense enclos en jachère, d’où surgissent des sanctuaires plus ou moins fréquentés.

Ainsi, en partant sur la gauche, un réservoir vide précède un mandapa aux magnifiques sculptures. L’ensemble vient d’être restauré de couleurs vives, à la limite du flashy. Des barrières ont surgi pour réglementer le flot de visiteur.

Nandi, Temple Ekambaranathar Kanchipuram

Si l’on part tout droit après la première gopuram, on rentre dans le saint des saints. Les marchands du temple vous attendent et se succèdent jusqu’au mandapa vibrant d’animation. Là, on peut vous accoster pour vous proposer de pénétrer dans le sanctuaire. A moins que l’on ne vous force à acquitter les 100 roupies pour un darshan express. Ce droit d’entrée vous permettra de sauter la queue, parfois imposante. Surtout il vous permettra de rentrer dans le saint des Saints.

Puis vous pourrez longer l’immense corridor bordé de lingams. De magnifiques piliers sculptés de yalis attestent de la réfection du temple à l’époque de la dynastie Vijayanagar. De petits autels et des chariots et statues processionnels rangés mènent jusqu’à une courette dans laquelle survit un manguier soi-disant tri centenaire. L’on contourne ainsi le sanctuaire. Une véritable plongée dans l’atmosphère sacrée et de l’immensité du lieu.

Bien qu’initialement érigé sous l’Empire des Pallavas, le temple fut entièrement détruit et reconstruit à la fin de l’ère des Cholas. Au fil des siècles, la structure du temple a été améliorée, notamment par les rois Vijayanagar au XVème s.

Varadharaja Perumal Temple,

À l’est de Kanchipuram et un peu en extérieur, cet immense temple dédié à Vishnou peut clore une matinée de visites à Kanchipuram. C’est un des 108 Divya Desams, ces temples à Vishnou qui auraient été visités par les 12 poètes sacrés ou Alvars. C’est donc un des lieux les plus sacrés pour les Vaishnavites. On le repère de loin en raison de sa taille et surtout de la hauteur de la Gopuram d’accès. Le nom Perumal se réfère d’ailleurs à Vishnou.

C’est le plus grand temple de la ville avec 3 immenses cours ou prakarams, ses énormes gopurams, ses nombreux sanctuaires, et ses magnifiques madapams ou halls à piliers.

Il est d’ailleurs particulièrement réputé pour le mandapam de la première cour aux somptueuses sculptures accessible à tous. Considéré comme un musée, on accède à ce hall aux 1000 colonnes moyennant un paiement. Les piliers Yalis attestant de l’intervention des Vijayanagars. Communs dans le Sud de l’Inde, ils représentent des créatures mythiques, aux têtes d’éléphants ou de cheval mais aux corps léonins. Leur puissance protégeait les temples. Des sculptures illustrent le Ramayana et le  Mahabharata dans cette salle magnifique, ouverte aux quatre vents.

Plus de 300 inscriptions rappellent que de nombreuses dynasties l’ont enrichi et embelli. Chola, Pandya, Kandavarayas, Cheras, Kakatiya, Sambuvaraya, Hoysala and Vijayanagara ont laissé leur empreinte. Elles attestent d’une fondation au XIe s et de travaux d’agrandissement notamment sous les Cholas au XIVe siècle.

Le clergé local, particulièrement radical, refuse farouchement l’accès des non hindous au sanctuaire. Les étrangers ne voient donc presque rien des différents bâtiments ou des richesses du lieu.

C’est dommage, le programme iconographique y est particulièrement riche, intéressant et varié. Il illustre les différentes et complexes légendes liées à Vishnou mais aussi des épisodes de l’histoire mouvementée de ce temple aux nombreux festivals.

Ripon Building

Cet article insiste sur le Ripon building, déjà évoqué brièvement lors de ma promenade dans Parktown.

 Il fait suite à une visite organisée par un des très bons historiens de la ville. V Sriram est l’auteur d’une somme sur Chennai. On peut suivre ses présentations passionnantes et pleines de verve sen ligne.

Histoire du Ripon Building

Le Ripon Building a été inauguré en 1913. Il loge la Corporation de Madras. Une charte royale spéciale, accordée à la compagnie des Indes orientales, se trouve à l’origine de cette corporation. Elle remonte à 1688. C’est la plus ancienne concédée hors du Royaume Uni.

clock tower, Ripon Bg

Cette Corporation correspond au gouvernement de Madras. Aujourd’hui appelée Greater Chennai Corporation (GCC), elle s’occupe de l’administration de la ville et comprend le maire et les conseillers municipaux .

entrée de la salle du conseil (on ne peut pas photographier à l'intérieur)

Les premiers bureaux se situaient dans Fort Saint Georges. La ville déborda rapidement des murs vers Georgetown.

Au XIXeme, le centre commercial s’était déplacé vers l’actuelle Anna Salai. Le centre administratif ne tarda pas à migrer vers Parktown, point de convergence des routes. Cette zone arborée présentait un intérêt stratégique.

Un nouvel emplacement

 La gare centrale venait d’y ouvrir en 1875 reliant Madras à toutes les grandes villes de l’Empire des Indes. Le Victoria Public Hall ne tarda pas à la rejoindre. Sa structure de briques de style néo roman servait de salle de concert et de spectacles. Peu à peu, le People’s Park se mitait. Bientôt des auberges destinées aux voyageurs hindous et musulmans complétèrent le quartier. Dans ce contexte, naquit l’idée de construire un hôtel de ville à la mesure de Madras.

vue depuis le Ripon bg, on voit VP Hall et la gare au loin

En effet, dans les années 1910, le bâtiment de la corporation était trop petit pour une ville en pleine croissance.  D’ailleurs le bâtiment final est plus gros que celui qui avait été initialement prévu sur les plans.

facade du Ripon bg

Le reste du parc disparut avec la construction du stade Nehru en 1950 et le déménagement du zoo. Le coup de grâce fut l’incendie mystérieux mais opportun pour les spéculateurs du Moore Market en 1985.

Le feu libéra l’espace pour la construction complexe de bureaux et un terminal de trains de banlieues Aujourd’hui, Il ne reste du parc que le jardin privé du maire. Le souvenir des petits étangs ne perdure que dans le nom du Lily Pond Complex.

Architecture du Ripon Building

Le bâtiment repose sur des centaines de puits creusés dans le sol marécageux pour atteindre la roche et stabiliser l’édifice. Remplis de béton au moment du creusement du métro, ils en assurent la stabilité. En effet le Ripon Building se fissurait complètement sous l’effet des travaux. C’est une méthode utilisée pour tous les édifices de la ville. Le 1er bâtiment construit sur puits est l’église st Andrew que l’on voit depuis la terrasse. D’ailleurs la tour de l’horloge ici répondait au clocher de l’église des Ecossais.

Le discours de Sriram est celui d’un historien indien. Il donne les dimensions du Ripon Building.  Il évoque aussi les commissionnaires aux noms imprononçables. En bonne française, j’avoue que je me livrerais plutôt à un couplet sur le style du bâtiment. Et il y a de quoi dire pour un esprit européen habitué au classicisme.

Car ces colonnades blanches tranchent avec l’architecture locale mais aussi avec les constructions civiles de l’époque britannique en brique rouge et de style indo-sarracénique.

Le Ripon Building constitue en effet le meilleur exemple de ce que les Britanniques appellent le néo-palladianisme. Il s’agit d’édifices classiques recouverts de plâtre blanc dont la façade s’orne de colonnes.

Le Jardin

Dans ce quartier en pleine effervescence, le jardin autour du Ripon Building offre un oasis de paix.  Entouré de belles constructions coloniales, tels les caravanserails, le Victoria Public Hall, il se trouve au centre de ce qui pourrait devenir la promenade heritage de Chennai.

Ce jardin s’enorgueillit de statues. La plus importantes se trouve sur la gauche lorsque l’on fait face au Ripon Building. Il s’agit de celle de Lord Ripon.

 Etrangement c’est une souscription indienne qui a financé le monument à ce gouverneur anglais. Seul gouverneur à avoir vu le jour au 10 Downing Street, il était catholique et convaincu de l’importance de l’autonomie indienne. Ses positions politiques et religieuses lui ont attiré la sympathie des locaux mais pas des colons. Sa loi pour que des juges locaux puissant juger des crimes commis par des Britanniques ne fut ainsi pas du goût de la couronne. Il finit d’ailleurs sa vie comme simple maire de son petit village anglais Ripon.

statue de Ripon

En revanche, la population tamoule offrit en 1909 cette effigie au père du gouvernement local. Il marque aussi le début des statues réalisées en Inde et non plus dans la mère patrie.

Dans le jardin se trouvent 3 autres statues de commissionnaires. L’un d’entre eux, avec son turban Chettiar, porte l’habit de maire et une chaine avec leRripon Building en pendentif.

statue d'édile

Visite intérieure du Ripon Building

A l’intérieur, on peut admirer l’architecture, avec des colonnes d’ordre ionique et corinthien. On peut observer le plafond à la Madras, en fait un plafond que nous appellerions à la française (de poutres) mais reposant sur des traverses métalliques. Les poutres sont également en métal, ôde à la modernité victorienne. D’autant que l’acier venait d’Angleterre et assurait donc des débouchés aux industries britanniques.  Sriram ironise sur la générosité des « good Britishs ».

interieur du Ripon Bg , cour

Toutes les pièces s’ouvrent sur des vérandas pour garantir une ventilation naturelle. Les courants d’air assuraient une relative fraicheur. Celle-ci est si efficace qu’il a fallu calfeutrer les fenêtres dans les pièces équipées d’air conditionné.

On dépasse la pierre inaugurale pour pénétrer dans le hall qui débouche sur le 1er des grands escaliers d’honneur. Dans ce hall, un canon fait face à Conran Smith, commissionnaire investi dans l’éducation. Ce monsieur insista sur la création d’écoles y compris dans les quartiers pauvres et la formation de groupes de boy scouts.

statue de Conran Smith

Cette partie de l’édifice n’a pas subi d’altérations. Le maire y entre toujours précédé d’un page porteur de sceptre, suivant la pompe britannique. D’emblée tout était prévu, des uniformes des hauts fonctionnaires à ceux des femmes de ménage. Le tissu, la forme la couleur, tout correspondait à une étiquette. Le sceptre établissait l’autorité. En 1688, aux débuts de la Corporation, le maire était aussi en charge de la justice. Puis la fonction de sheriff apparut. Le sheriff s’occupait de produire les criminels à la cour. Cette fonction a aujourd’hui disparue.

L’escalier

La rambarde se termine par une boule d’escalier en bois en forme de sceptre. Sur le premier palier, se détache le logo de 1950. Il n’a pas changé depuis. On y voit le tigre chola mais aussi les emblèmes cheras et pandyas. On rend ici hommage aux anciennes dynasties locales.

blason de chennai

Avant 1950 l’emblème était différent. Lié à la fondation britannique de la cité, c’était un classique st Georges terrassant le dragon. On en voit un exemple dans la salle du conseil dans laquelle les photos sont malheureusement interdites.

grand escalier

Les étages

Le bureau du commisssionnaire

On passe dans le bureau en réfection du commissionnaire. Il est sans intérêt architectural. Mai, c’est l’occasion de rappeler les fonctions du maire de la Corporation. Celui-ci a en charge la sécurité de la ville, des parcs, l’éducation, la voirie. L’approvisionnement en eau. L’entretien des bidonvilles et les ordures ont été transférées à la région. Comme le souligne Sriram en riant jaune il est vrai que les deux sujets ont malheureusement tendance à se superposer en Inde. La population continue à confondre cours d’eau et dépotoirs. Dans les responsabilités du maire il y avait même les lieux de défécation libre, gros problème ici.

plaque du Commissionaire

Les rares indiens siégeant dans les premiers conseils disparurent dès le XVIIe pour ne revenir qu’a la fin du XIXe uniquement en tant que conseillers. L’exécutif restait aux mains des Anglais. D’ ailleurs il y avait une séparation des pouvoirs entre ville blanche et ville noire.

La chambre du Conseil

La chambre du conseil reprend les motifs de la Bibliothèque Connemara, du théâtre du musée construits par Irwin, architecte connu pour le palais du vice Roy et le Town hall de Shimla. Malheureusement, son successeur Harris n’eut de cesse que de détruire l’œuvre de son prédécesseur. Ainsi, au musée, il abattit les tours sous prétexte que le sol instable ne les soutenait pas.

Ici le maire est moins important que le commissionnaire. Le premier occupe une fonction cérémonielle, alors que le second est en charge du pouvoir exécutif. Le siège du maire est une réplique de celui du maire de Londres. Sa chaise de bois monobloc date de 1931. De grands débats ont été livrés dans cette pièce. Sriram évoque la visite de Gandhi qui aurait prétendu que Chennai était la ville la plus sale de sa connaissance. Les maires alternent de manière cyclique en fonction des castes

devant le bureau du maire

Entre 1973 et 2006, la ville connut une vacance de conseil qui aboutit à une croissance anarchique et chaotique dont elle peine à se remettre.

Panthéon

Panthéon Road évoque aujourd’hui à Chennai le Musée d’Egmore et le marché aux tissus. Néanmoins le reste du quartier est résidentiel. Il n’en a pas toujours été ainsi.

photo ancienne du theatre du musée avec sa tour

 Egmore était l’un des plus vieux villages composants l’actuelle ville. Au XIes, c’était une zone agricole prospère. Les Vijayanagar transformèrent peu à peu les champs de riz en des champs de manœuvre. Au XVe siècle alors que leur empire s’étendait, ils firent de Egmore un cantonnement pour leur garnison. Peu de traces attestent de l’arrivée de la East India Company au XVIIème siècle. En revanche la soif de terres britannique est vite attestée.

Les bords de la rivière Coom

Le quartier passa entre les mains des Anglais et des Moghols. Ce, jusqu’ à ce que les colons officialisent en 1765 leur possession et définissent quoi faire de ces terres. Cette zone plane en bord de rivière se prêtait à la construction de grands bungalows aux allures palatiales.  Le nom anglicisé de Egmore pour les 7 villages regroupés s’imposa alors. Malgré les protestations des locaux accrochés à leurs terres, les colons gringotèrent peu à peu l’espace. Les fonctionnaires et juristes s’y installèrent au XVIIIe puis au XIXème siècle en construisant hôpitaux, institutions puis gare.

La Cooptex

Des belles constructions en bordure de la Coom river il ne reste rien. La longue étendue près du pont correspondant autrefois à une seule résidence n’est plus. Qui plus est, les bureaux art deco de la Cooptex viennent malheureusement de disparaitre. Seul subsiste le magasin, témoin d’une coopérative montée en 1933 pour aider les tisserands tamouls, exposer et vendre leurs cotons.

 Le magasin reste une référence locale pour le linge de lit. C’est ici qu’a été inventé le « bleeding Madras » si en vogue aux Etats-Unis dans les années 1970. Malheureusement la coopérative fit faillite à la fin des années 1990. La nouvelle génération, qui a pris la direction, a décidé de moderniser les boutiques et collections. Elle a pour but de faire revivre les savoirs faire ancestraux. Un centre commercial est prévu ici pour redynamiser le quartier et les cotons tamouls. Rare clin d’œil au passé textile, Cotton Street bordée d’échoppes éphémères reste la référence des tissus bon marché.

La rue du Panthéon

Les noms des rues portent traditionnellement le nom d’officiels britanniques voire tamouls. La rue du Panthéon fait exception. Elle rappelle le lieu public des assemblées. Elle s’appelle en fait Sampath Salai depuis l’Indépendence.  Mais les habitants continuent à parler de Panthéon, en référence à un édifice disparu, vaste palais officiel accueillant les cérémonies du Raj.

Celui-ci constituait le plus grand bâtiment de la rue, à l’emplacement actuel du musée. Il servait de salle de spectacle, accueillait les réunions de la haute société ou les cérémonies. Pour le construire, on avait pris possession d’un vaste domaine agricole. Celui-ci s’étendait de  Casamaijor’s Road à Police Commissioner’s Office Road. La propriété reprise en1789 fut transformée pour héberger des « Assembly rooms » et nommée Panthéon.

Ce Panthéon avait pour but d’organiser loisirs, bals et dîners, pour la haute société coloniale qui imitait la vie anglaise. A l’époque la mode était au monde Gréco-romain. Tout y faisait référence, l’architecture, le mobilier, les pièces de théatre . On ajouta donc un théâtre des salles de jeux. Quelques marches menaient à une longue salle ovale menant en enfilade à deux autres salles. Celles-ci servaient de salle de bal, de théâtre, puis de salle de jeux. Tout autour, courait une véranda.

le bâtiment subsistant du Panthéon

Le Panthéon

Le Panthéon atteint son apogée entre 1793 et 1803 lorsque Edward, 2nd Lord Clive était Governeur de Madras. Ce bon vivant organisa des diners et bals au Panthéon. Mais il travailla à la perte du lieu en construisant le Banqueting  Hall (maintenant Rajaji) . rare survivant de l’epoque du Raj on peut le découvrir caché derrière l’hôpital général.

 L’un des derniers grands évènements célébrés au Panthéon fut le diner d’adieu pour le Coonell Sir Arthur Wellesley, franc maçon et futur duc de Wellington et 2 fois PM d’Angleterre.

Dans les années 1820, le Panthéon avait perdu toute utilité. Il passa de mains en mains jusqu’à ce que la Madras Litterary Society se mette en quête de nouveaux espaces pour ses collections. Elle proposa au gouvernement d’échanger les terrains de College house et du Panthéon pour loger d’un côté les douanes de l’autre le musée. Celui-ci croissant il fallut construire de nouveaux bâtiments. Ceux-ci cachèrent bientôt le Panthéon l’entourant de portique et d’un étage supérieur et d’ailes.

Le Panthéon agrandi et transformé

L’enceinte du musée

Le Banqueting Hall

Derrière le théâtre du Musée, un portail relie la bibliothèque historique Connemara et le bâtiment du musée consacré à la statuaire de pierre. Une partie du bâtiment aux accents classiques correspond à l’ancien Panthéon. Il faut monter une volée d’escalier pour accéder à ce qui rassemblait la belle société de la Madras coloniale. Le bâtiment accueillit peu à peu les collections croissantes du musée.

Encourageant les donations, ce musée grossit sous l’impulsion d’un collectionneur passionné, Lord Balfour. Il fallut rapidement agrandir le musée. Le zoo attira une foule considérable et finit par bouger en 1863 vers le People’s Park puis à nouveau en 1972. Sur l’espace libéré on construisit alors la Connemara Library

La bibliothèque

Batie en 1890 cette bibliothèque présente un de plus beaux exemples d’architecture indo-sarracénique avec la National art Gallery voisine. Il s’agit d’un simple rectangle de brique rouge mais la décoration en est admirable. Elle est malheureusement aujourd’hui fermée au public mais on peut apercevoir la salle de lecture via le a nouvelle bibliothèque et son magnifique faux plafond.

le théâtre

Le théâtre fut construit en 1896. J’ai déjà accordé un article à cette petite merveille architecturale très londonienne. A l’époque 550 spectateurs pouvaient y prendre place pour peu qu’ils amènent leurs coussins. Aujourd’hui, après restauration, le théâtre n’accueille plus que 450 personnes. En revanche l’acoustique reste bonne. Les performances laissent néanmoins parfois à désirer (je recommande d’éviter les concerts de musique classique).

A l’origine le théâtre avait 2 tours qui ressemblaient à des tours de palais florentin. Mais ces tours jugées inélégantes disparurent rapidement.

La National Gallery

Considérée comme le chef d’œuvre de l’architecture coloniale elle fut édifiée pour le jubilée de la reine victoria (50 ans de règne) en 1906. Le Victoria Institute qui y logeait se trouve maintenant sur Mount road. Elle représente l’apogée du style indo-sarracénique et s’inspire de Fatehpur Sikri. Réouverte en 2004 elle présente une muséographie renouvelée.

Le women hospital

On avance sur Panthéon rd vers Women Hospital, l’Hôpital de gynécologie et obstétrique. Il s’agit du premier hôpital de ce genre, une maternité, dans la zone.  A l’origine, hôpital militaire, il n’acceptait que les Européens. John Underwood essaya d’y faire admettre les locaux. Il devint très populaire et fréquenté dans les années 1870. Dans la décennie suivante, apparurent les premières sages femmes. Déplacé des bords de la rivière à l’emplacement actuel, il jouait aussi le rôle d’établissement de formation, et de conférences. Il était si renommé que la reine de Birmanie y accoucha en 1886. 15000 bébés/ an y voyaient le jour. Un petit musée complète l’ensemble. Seule la façade demeure de cette vénérable institution. C’est le premier établissement en Asie combinant les soins pour les enfants et les mamans. On parle d’ailleurs du modèle de Egmore.

Hôtel Ashoka

Non loin de la maternité, en traversant la rue Panthéon, se trouve l’hôtel Ashoka. Construit dans les années 1970 il a profité d’ un élan gouvernemental pour accompagner le tourisme grâce à des aides d’état. Cet hôtel art déco tardif affecte une forme originale. Sa salle à manger ronde servait régulièrement de lieu rencontre entre Indiens de l’étranger en vue d’un mariage. L’hôtel moderniste se situe dans un jardin. C’est une bonne expérience que d’y prendre un petit déjeuner pour clôre votre approche de Panthéon Road.

Raj Bhavan

Les Raj Bhavan sont les palais des gouverneurs à l’époque du Raj. Récupérés par le pouvoir fédéral, ils sont aujourd’hui l’émanation du gouvernement indien dans les différents états de l’Union. De ce fait, il est compliqué de les visiter. Au hasard de rencontres, j’ai eu la chance néanmoins de visiter celui de Chennai.

Raj Bhavan en Inde

D’une manière générale, les palais (Bhavan) de l’Empire des Indes (Raj) ont été construits durant la période coloniale.  Ce sont donc des bâtiments coloniaux blancs à colonnade de style néo palladien, typiques de la domination britannique et de l’architecture idéologique déployée par le Royaume Uni à son apogée.   

Même si leur architecture varie un peu selon les régions et surtout les climats, ils adoptent traditionnellement la même esthétique. De magnifiques jardins les entourent.

Ils sont en général situés dans les lieux les plus beaux et centraux des capitales régionales du Raj. Ainsi à Ooty, le Raj Bhavan domine le jardin botanique. A Pondichéry, il se trouve sur la place centrale dans la ville blanche en face du jardin public. A Chennai en revanche, on ne le voit guère. Il se situe en effet au fond d’un énorme parc, le seul parc national indien au centre d’une ville.

Chaque capitale de province de l’Empire possédait son Raj Bhavan. Néanmoins, la Présidence de Madras comptait une résidence d’été. C’est pourquoi, le Tamil Nadu compte un Palais du Gouverneur à Madras et un à Ooty. C’est également la raison pour laquelle, le Bhavan de Calcutta, alors capitale du Raj, est considéré comme le plus grandiose.

Raj Bhavan de Chennai

Résidence officielle du Gouverneur nommé par Delhi, Le Raj Bhavan de Chennai occupe un lieu naturel d’exception. Il symbolise également le pouvoir fédéral dans un Etat qui lui est traditionnellement averse. Le gouverneur s’oppose en effet souvent au Chief Minister élu par la population locale. De ce fait, le Raj Bhavan correspond à un lieu inféodé au pouvoir central pour beaucoup de Chennaiotes.

Le bâtiment recouvert de plâtre blanc comme la majorité des constructions administratives anglaises, ne se voit pourtant guère de la rue. Il se situe à Guindy. La zone était un peu excentrée à l’époque du Raj car il s’agissait d’une résidence secondaire et extérieure proche des lieux de loisirs. L’hippodrome et le golf permettaient à la haute société britannique d’y couler des jours heureux.

Histoire du Raj Bhavan de Chennai

 Le premier Raj Bhavan se trouvait en effet dans Fort St George. Il fut bâti dans les années 1640 détruit en 1693. La reconstruction s’effectua un peu plus à l’est, L’édifice devint le cœur de ce qui allait devenir le secrétariat. Après le départ des Français en 1746, le gouverneur acquit une « garden house ». Elle allait devenir « Government estate ». Le Gouverneur Munro (1820-27) en fit une résidence officielle et transforma Guindy Lodge , alors sa  maison de campagne, en Raj Bhavan.

 Guindy Lodge remontait au mandat de William Langhorne au début des années 1670. A son départ, le gouverneur vendit la propriété au marchand Chinna Venkatadri. Celui-ci en fit lui-même cadeau à la Compagnie des Indes orientales.

Après le passage des Français au XVIIIe, la maison de campagne « Guindy Lodge » passa en des mains privées. Au début du XIXes, elle appartenait à M Ricketts. Quand celui-ci décéda en décembre 1817, la propriété gagée passa sous le contrôle de la banque. Cette dernière l’offrit au gouvernement Ce dernier acquit également le terrain adjacent d’un marchand arménien Joseph Nazar Shawmier. Puis en 1821, un 3e achat fut conclus.

Le lieu reste étonnant dans l’immense et chaotique métropole. Guindy fait aujourd’hui complètement partie de la ville tentaculaire. Si les jardins disparaissent peu à peu tout autour, le Raj Bhavan a réussi à conserver son énorme parc, classé Parc National. C’est d’ailleurs le seul du genre en pleine ville. Dans sa continuité, le zoo, les monuments funéraires aux diverses gloires locales et le campus de IT Madras, assurent un énorme poumon vert à la ville.

On circule d’ailleur en petit train autour de la Résidence du gouverneur, des nombreux bureaux et bâtiments. Il n’est pas rare de croiser des biches courant entre les différents édifices officiels.

Depuis le Covid il est quasi impossible de visiter pour les non indiens non scolaires mais vous pouvez essayer.

Les bâtiments du Raj Bhavan de Chennai

Lorsque Guindy Lodge devint la résidence de campagne officielle du Gouverneur de la Présidence de Madras elle ne comptait que 3 édifices d’un étage. Lord Elphinstone conduisit diverses campagnes de reconstruction et agrandissements entre 1837 et 1841.  Il ouvrit également Taluk office road pour relier la propriété à Mount rd (Anna salai). Le bâtiment finit par acquérir sa forme actuelle en 1863. Les derniers ajouts remontent à 1937.

Après l’Indépendence, les terres furent partagées à des fins publiques. On peut ainsi voir le campus de l’Institut indien de technologie, le parc aux serpents, le parc pour enfants. Le long de la rue, des mémoriaux à Gandhi, Kamaraj et Rajaji voisinent avec le centre de Cancérologie. En 1958 près de 625 acres furent transférés au département forestier du TN. En 1977, 88a furent ajoutés à ce parc national.

Aujourd’hui, l’ensemble résidentiel est clôturé et comprend la demeure du Gouverneur, le bloc présidentiel et le Bharathiar Mandapam ainsi qu’un jardin magnifique avec des espaces de gazon, des parterres de fleurs et des vergers. On trouve d’autres bâtiments historiques, tels que la White House, le Cottage, The Nook, le Secretariat du gouverneur, et le bureau.

Le Raj Bhavan est un assemblage de bâtiments d’époques diverses dans un parc où coexistent des espèces rares de faune et flore.

Taiping

Située à 1 heure de train de Ipoh, 1h30 de Georgetown, 3h de Kuala Lumpur, Taiping constitue un arrêt facile. Ce peut aussi être une excursion à la journée. Et quelle jolie surprise que cette ville très calme surnommée la ville verte, mais aussi la ville des premières fois.  

Eglise de bois Taiping

Taiping, la ville Verte

Cette jolie ville de la province de Perak constitue un arrêt agréable. Surnommée ville verte en raison de ses nombreux parcs, elle jouit d’une situation idéale. Les montagnes alentours en font un écrin magnifique où l’on peut facilement et rapidement profiter de la nature et d’un cadre magnifique. Car on parle ici de belles falaises et de paysages de forêt tropicale.

Taiping

D’ailleurs on peut rejoindre la hill station de Maxwell Hill ou Bukit Larut à pied depuis le parc de la ville.

Un immense parc occupe une grande partie du centre. Admirablement entretenu, c’est le lieu de récréation des seniors qui profitent du calme de la cité. Des arbres magnifiques bordent les allées autour d’un lac parcouru de petits ponts japonais.

parc de Taiping

A une extrémité de ce parc, le zoo abrite quelques espèces amusantes comme l’ours soleil ou la grue couronnée. Tout un programme.  Tout ce joli monde barrit, glapit et jappe, créant un fond sonore intéressant pour le promeneur.

arbres majestueux parc de Taiping

 De l’autre côté du parc, au-delà d’une allée bordée de majestueux arbres, commence la vieille ville. On découvre ses maisons coloniales le long d’un itinéraire prétracé.

Un ravissant centre colonial

Le centre de Taiping s’apparente un peu aujourd’hui à une ville fantôme de la ruée vers l’ouest. Les bâtiments, quoique parfois joliment refaits, voisinent avec des maisons à l’abandon le long de rues désertiques.

Néanmoins, de belles constructions coloniales ont été transformées qui en boutiques qui en café. Ainsi, le musée du Télégraphe admirablement restauré et l’office du tourisme sortent d’une campagne de réhabilitation réussie. Il reste encore fort à faire sur la plac , mais l’on sent une vraie volonté de remise en état du patrimoine local.

Mairis de Taiping

Un peu excentré, le musée de Perak subit lui aussi une campagne de rajeunissement. Il offre une double belle visite. D’abord parce que le bâtiment qui mêle des éléments architecturaux typiquement malais à des éléments coloniaux est juste beau.

Musée de Taiping

 Ensuite parce qu’il permet de faire connaitre des populations pauvres qui constituent une part du pays. Le premier étage présente en effet les tribus autochtones, les Orang Asli.

masques Orangs Asli

La région de Perak est riche et fortement peuplée de populations du sud de la chine. Pour séduisante qu’elle soit, elle ne donne qu’un aspect de la Malaisie que ce musée équilibre de manière intelligente.

Eglise de tous les Saints Taiping

Non loin du musée, se dresse la belle église de tous les Saints. La construction gothique en bois peint est la plus ancienne de la confédération de Malaisie. Elle remonte à 1887. Un petit cimetière romantique l’entoure. De là, le long de Jalan Taming Sari, on rejoint le New Taiping Club qui jouxte le lac. Le palais du Gouverneur le domine mais reste inaccessible aux visiteurs.

New Taiping Club

La ville des premiers essais

Ce qui assure la renommée de Taiping est le nombre d’essais lancés ici. On y recense ici le premier parc public, la première gare de Malaisie.

Hôtel Peace, jolie facade coloniale Taiping

La vieille ville permet d’autres découvertes intéressantes. A commencer par le marché Larut Matang Hawker Centre. Il n’est pas question ici d’acheter ses carottes ou ses pommes de terre mais de manger. Or c’est bien là la grande aventure malaisienne,

Marché Taiping

De petits stands proposent pour des prix ridiculement bas des spécialités régionales voire nationales. Autour de la halle, des boutiques vendent une foultitude d’objets du quotidien. Quelques vestiges rescapés d’architecture coloniale évoquent la splendeur perdue de la ville, comme l’hôtel Pékin ou l’hôtel Peace. L’horloge, si vitale ax Britannique pour contrôler le temps de la colonie, a, elle, été repeinte à neuf.

Hôtel Pekin Taiping

Il convient également de s’éloigner jusqu’au club Hokkien qui reste bien chinois. Il voisine avec un temple tamoul.. Et enfin conserver un peu de temps pour la gare. On arrive ou en part en général de Taiping de celle-ci. La construction de la nouvelle gare de train a respecté la gare coloniale. Celle-ci s’est transformée en un food court de plus mais a conservé ses vieux panneaux.

ancienne gare de Taiping transformée en food court

Sans être indispensable, l’arrêt à Taiping est charmant et permet de se rafraichir dans la verdure d’une ville calme et vieillissante

Ipoh

Sur la route entre Georgetown et Cameron Highlands, Ipoh, la capitale de la province de Perak de et 3e ville du pays s’annonce comme une merveille sino-coloniale. Le petit village en bordure de rivière Kinta explosa littéralement du fait de l’exploitation de l’étain dans les années 1870. Le déclin de la production mena à la désertion de la ville à la fin du XXème siècle. Néanmoins, grâce au tourisme, Ipoh connait un regain récent.

On découvre d’abord une ville nouvelle au plan orthogonal. Les larges avenues vides de piétons et bordées d’immeubles donnent une impression assez triste et désertée. Il faut traverser la rivière pour se rendre dans le quartier ancien. On y est pris par une jolie ambiance.

Le joli centre colonial de Ipoh

De l’autre côté de la rivière Kinta, le Padang fait penser à la place centrale de Kuala Lumpur. Un grand espace vert correspond au stade de cricket. Le bordent les établissements les plus éminents de la ville à l’époque coloniale. Le grand hôtel a connu des jours meilleurs. La mosquée en revanche est repeinte à neuf. La belle école qui jouxte l’église st Michel nous emmène directement au Royaume Uni. Les petits enfants en uniforme attendent sagement la voiture qui vient les chercher à la sortie. Le club de Ipoh domine l’ensemble.

gare de Ipoh

 En s’en rapprochant on découvre les bâtiments administratifs typiques des villes anglaises. La cour de justice se trouve de l’autre côté du trottoir et fait face au bel hôtel de ville. Ces bâtiments blancs de style palladien sont emblématiques de la main mise britannique. Ils nous replongent dans la période de splendeur de Ipoh.

clocktower

 Capitale de l’étain, la ville était fondamentale aux yeux des colons. On le voit à la taille de la gare, presque surdimensionnée par rapport à la ville d’aujourd’hui. Bien entretenue, comme le reste du patrimoine colonial, elle marque le point de départ d’une promenade historique très bien faite .

Hotel de ville de Ipoh, de style palladien

En suivant l’itinéraire on va rejoindre les petites rues derrière le Padang. On découvre alors un autre visage de l’Ipoh colonial. Celui d’une ville commerçante dont la richesse repose sur l’exploitation de l’aluminium. En attestent les beaux bâtiments classiques des banques , la Birch Memorial Clock tower et la bourse de commerce. S’ouvre alors un damier plus resserré, occupé cette fois par les petits commerces aux mains non plus des Anglais mais des chinois Hokkiens ou cantonnais.

Ipoh, Une ville à majorité cantonaise

Ce damier correspond à des ruelles plus étroites. La plus connue, car refaite à des fins touristiques, s’appelle rue des concubines. La légende locale raconte que les riches commerçants cantonnais y menaient leur double vie.

b6atiments coloniaux à la lisière du quartier chinois ded Ipoh

 Bordée de petites boutiques pour touristes, elle débouche sur deux avenues intéressantes. On y trouve nombre de restaurants et café de tous styles. Il faut y goûter la grande spécialité locale le « white coffee », sucré lacté mais délicieux. Les grains torréfiés à la margarine donne un arôme doux.

Des troquets plus locaux proposent des plats du sud de la Chine. Il est compliqué d’y commander si vous ne lisez pas du tout les caractères. Les serveurs les plus anciens ne parlent que le cantonnais voire leurs dialectes. Les jeunes comprennent le mandarin, parfois l’anglais. Des images permettent néanmoins de ne pas mourir de faim.

mise en scène au club des mineurs Hakka

Le club des mineurs Hakka propose des visites (sur réservation) de qualité. Elles donnent une bonne idée de la richesse de Ipoh au XIXème siècle et de son développement. Le musée offre également une jolie perspective sur les communautés chinoises et leur mode de vie.

maison des mineurs Hakka, la table dressée

Parallèle à la rue des prostituées, la rue des marchands est en réfection et donne à imaginer à quoi ressemblait le centre historique avant restauration.

rue des marchands Ipoh

De belles boutiques coloniales bordent les rues plus larges de ce quartier. Il s’agit des hophouses dans le style de celles de Singapour mais moins refaites et plus authentiques. Car le centre historique reste malgré le tourisme très plaisant. Il est vrai que les groupes ne font que passer dans la ville et dans quelques rues très limitées.

club des mineurs Hakka Museum

Autour du Pont

fresque dans les rues de Ipoh

Dans un souci louable de rajeunir la ville, la mairie (ou la région) a fait appel à des artistes de rue. Le phénomène a commencé à Georgetown dont les murs peints attirent des amateurs du monde entier venus admirer les œuvres de l’artiste lithuanien Ernest Zacharevic.  Outre l’itinéraire historique, la mairie met donc à disposition un superbe itinéraire Street art. On y découvre notamment un artiste local, Erik Lai, que l’on suit ans le centre historique mais aussi de l’autre côté du pont dans des rues plus décrépies.

fresque de Erik Lai dans le centre de Ipoh

Cet itinéraire attire des visiteurs et justifie l’implantation de nouveaux cafés. C’est donc un cercle vertueux autour du white coffee et des artistes locaux qui se met en place.

En remontant la grande avenue, on atteint bientôt une halle, Gerbang Malam. Elle s’anime le soir avec un marché de vêtements et de bibeloteries. Dans La rue qui continue le passage, des biscuiteries locales alternent avec de restaurants hauts en couleur. On se croirait dans le sud de la Chine.

avenue du centre de Ipoh

On atteint alors les grandes avenues de la Ipoh moderne qui s’articule autour de la grande place centrale . Autour de l’esplanade gazonnée, se trouvent le bâtiment sans grâce du Conseil de la ville et le centre commercial Ipoh Parade.

Georgetown

Je vous propose de commencer l’année par un petit voyage à Georgetown. La deuxième ville du pays occupe le nord-est de l’ile de Penang au nord-ouest de la Malaisie. C’est une ville coloniale magnifique classée au patrimoine de l’Unesco. Comble de chance elle est reliée directement à Chennai. Le vol, bien que nocturne ne dure que 4h et coute très peu cher, alors ne boudons pas notre plaisir !

Les divers visages de Georgetown

Georgetown se constitue de différentes parties. Les quartiers continentaux sont en fait des villages agglomérés à l’extension de la ville. C’est de ce côté du détroit que se trouve notamment Butterworth.  Cette ville constituée d’immeubles élevés concentre également une partie des installations portuaires et industrielles.

une jetée de Georgetown

 Elle correspond surtout au nœud de communication avec le reste du pays. Une grande plateforme multimodale regroupe les gares ferroviaire et routière et le terminal de ferry. Celui-ci permet de relier l’ile de Penang.  Car la région de Penang comprend une partie continentale et une grosse île.

L’île de Penang

La ville ancienne se situe au nord-est d’une île montagneuse. Ce devait être un coin de paradis jusqu’au début du XXème siècle. Les spectaculaires paysages de montagne dominent la côte maritime à l’ouest. Des petits villages de pêcheurs peinent à subsister, peu à peu avalés par la croissance urbaine.

croissance urbaine

Des immeubles de plus en plus haut poussent en continu entre l’aéroport au sud de l’ile, et le centre-ville. Les villages traditionnels et les cantines typiques disparaissent peu à peu, en tous cas sur la côte orientale qui fait face à la terre. Deux grands ponts relient à la terre ferme au sud et au milieu de l’île. Le Nord en revanche ne dispose que du ferry.

belles facades de Georgetown

En revanche, la montagne reste relativement épargnée. Elle est même assez protégée en matière de constructions mais très fréquentée par les touristes. Penang représente en effet après Kuala Lumpur le lieu touristique par excellence de la Malaisie, suivi de près par Langkawi pour les plages.

Le temple Kek Lok Si

Temple Kek Lok si

Au titre des hauts lieux touristiques, Kek Lok Si ou « temple de la joie Suprême » s’affirme comme le plus grand temple bouddhiste du pays. Situé au centre de l’île, il est facile de s’y rendre depuis Georgetown. Un bus permet d’y accéder. Au pire, les Grab ne sont pas cher. Construits entre 1890 et 1930, il ne cesse de s’agrandir. Son immense pagode ainsi que la statue de Guanyin de 37m de haut attirent en effet de nombreux visiteurs. Il faut compter une demi-journée, le temps de déambuler dans les halls de prière, d’escalader la très belle montagne pour jouir de la vue sur la région.  Le village de Ayer Itam au sommet duquel il se situe se transforme peu à peu en une banlieue de Georgetown. Néanmoins le petit centre ne manque pas de charme. Il abonde en marchés et petits restaurants.

pagode temple kek Lok Si

De là on peut continuer la journée dans la très belle montagne ou se diriger vers l’ouest de l’Ile. Le parc national de Penang donne une vision plus sauvage et s’ouvre sur de très belles plages comme Pantai Pasir.

Georgetown

La ville ancienne séduit par son homogénéité.  On y admire notamment l’architecture coloniale et les jetées à l’atmosphère chinoise.

jetée

Les jetées.

Construite autour du port, la ville s’ouvre en sa partie nord et est sur la mer. S’y succèdent les jetées. Il s’agit de pontons de bois construits par des clans de Chine du sud. Tenus par des liens familiaux, professionnels ou simplement un nom de famille, ces Chinois arrivaient en Malaisie pour y travailler l’aluminium. Il s’agissait majoritairement de Hokkien.

Yeoh jetty

  Ils se construisaient de petits abris de bois le long d’une jetée. Aujourd’hui Tan Jetty, la plus proche du ferry s’est disneylandisée. En revanche les jetées suivantes, surtout les plus excentrées, conservent un caractère beaucoup plus typique.

batiment associatif

La vieille ville

batiment colonial Georgetown

Au sortir du ferry s’annonce la ville ancienne avec ses bâtiments coloniaux mais aussi ses quartiers ethniques. Ainsi quelques rues constituent Little India. Les magasins, les odeurs et l’ambiance un peu échevelée autour du temple Sri Mahamariamman rappellent vraiment le tamil Nadu. La communauté est si implantée en Malaisie que le tamoul est d’ailleurs enseigné dans certaines écoles et considéré comme langue « minoritaire » nationale. En réalité, les Tamouls ne représentent que 6,7% de la population. Mais ils occupent des emplois dans le commerce, les textiles et sont de ce fait assez visibles.

Temple indien georgetown

On passe sans encombre du chaos, ici très maitrisé, à l’indienne au quartier chinois. La quantité de temples liés aux clans y est réjouissante. On peut apprécier la beauté de l’architecture. Les enfilades de maisons soignées et joliment décorées ravissent l’œil. Les petits magasins et charmants restaurants vous plongent dans un monde extrême oriental. Les restaurations soignées font de la ville un paradis touristique.

Le quartier colonial

Les bâtiments administratifs blancs à colonnade autour de Beach street et Lebuh Light nous rappellent la présence anglaise autour du Fort Cornwallis. Si celui-ci ne présente pas d’intérêt majeur, on peut passer une magnifique journée à se promener dans cette ville coloniale.

Fort Cornwallis

 De l’hôtel de ville sur Esplanade Seawall faisant face au continent on rejoint rapidement la maison bleue, un superbe exemple d’architecture locale. On peut y loger, y manger ou la visiter. Le tout sur réservation. Elle sert aussi de cadre à des tournages de films.

la maison bleue georgetown

On peut également longer le bord de mer mais la vue sur le port de Butterworth n’est pas fondamentale au contraire des belles maisons plus à l’intérieur de la ville. Il est bien réjouissant de se promener dans cette très belle ville, et d’en goûter les différentes atmosphères. On peut ou pas regretter la disneysation mais apprécier l’effort de nettoyage et d’entretien de lGeorgetown.

maison bleue cour

A ce titre, le travail du Lithuanien Ernest Zacharevic s’inscrit dans la volonté de redonner vie aux murs parfois décrépis de la vieille ville. Il fait aujourd hui des émules. Georgetown en vient à concurrencer Bristol et son fils prodigue Banksy. Un itinéraire Street Art de magnifique qualité est d’ailleurs en train de se développer à travers la ville.

Sarnath

  Sarnath se situe sur la route de l’aéroport à Varanasi, Même si le site a passablement été reconstruit il est fondamental dans l’histoire du bouddhisme.

Sarnath site archéologique

Importance historique du site (pourquoi s’arrêter à Sarnath)

Soyons honnête si vous ne connaissez rien au bouddhisme et que vous n’avez rien envie de connaitre, vous pouvez passer votre chemin. Les vestiges ont passablement été reconstruits et il faut pas mal d’imagination pour reconstituer le site. A défaut, un excellent guide extrêmement pointu sur le bouddhisme pourra vous éclairer. En l’occurrence vous devez maintenant avoir compris ma défiance à l’égard des guides locaux. Leur recrutement tient davantage à leurs performances linguistiques qu’historiques.

En revanche si vous vous intéressez vraiment au bouddhisme, ou que vous voulez en apprendre un peu, l’arrêt s’impose.

pagode

Car Sarnath est le lieu du premier discours du Bouddha. Je ne vous ferai pas l’injure de revenir sur la vie et l’œuvre de Siddhartha Gautama au Ve s iècle avant notre ère.

Sarnath est donc un peu au Bouddhisme ce que Jérusalem est aux chrétiens. Plus encore, le lieu fait partie des 4 grandes étapes obligatoires pour tout pèlerin. Né à Lumbini, le Bouddha parvint à l’éveil à Bodhgaya avant donc de faire son premier grand sermon à Sarnath. Il voyagea ainsi entre l’actuel Népal, le Bihar et l’Uttar Pradesh, dans une zone géographique relativement limitée. A Sarnath mais aussi Kushinagar où il délivra son dernier sermon avant d’atteindre l’’etat de Mahaparinirvana. C’est ici  qu’il forma ses Sangha (disciples) et les envoya au travers du monde.

Si le bouddhisme est aujourd’hui minoritaire en Inde, il y est pourtant né. Il s’est certes davantage diffusé vers le sud-est (Sri Lanka) et l’extrême Orient (Chine Japon). Mais il est revenu dans le nord de l’Inde vers le XIème siècle via les moines tibétains.

Sarnath est aussi l’endroit se trouve un des piliers d Ashoka avec 4 lions dans chaque direction. Car le grand empereur Maurya ressuscita ce site clé du bouddhisme au IIIème s. Il s’agit donc d’un double lieu essentiel au bouddhisme.

Que visiter/ comment

La petite ville de Sarnath contient plusieurs sites. Outre une quantité impressionnante de temples bouddhistes de toutes nations, les deux monuments essentiels correspondent au musée et à l’enclos archéologique.

stupa

Ce dernier a été très restauré et les monuments de briques ne sont pas toujours complètement lisibles. Seule la Dhamek Stupa érigée par Ashoka conserve quelques reliefs joliment sculptés. Reconstruite en grande partie elle marque le lieu du premier sermon du Bouddha, dit roue de la loi. Elle se situe dans le Parc aux cerfs. La légende raconte que le roi local, désireux de chasser y renonça après l’intercession d’un faon. Il transforma le lieu en monastère. C’est dans ce lieu que Bouddha vint parler de la voie du milieu entre excès et ascétisme, et commença ses enseignements. Il y exposa les quatre nobles vérités et les 8 chemins de la vérité pour atteindre le nirvana

De nombreuses petites stupas et vestiges de monastères attestent de l’activité passée du lieu, ressuscité donc sous Ashoka puis tombé dans l’oubli jusqu’à la découverte de Alexander Cunningham. Celui-ci s’appuyait alors sur les écrits de voyageurs chinois. Parmi lesquels, le moine Xuan Zang, parti à la recherche au VIIeme siècle des origines du Bouddhisme. En effet, la religion avait alors presque disparu d’Inde. L’archéologue anglais mit également à jour la base du dharma, la roue voulue par Ashoka le grand roi Maurya.

Le site remonte donc à trois étapes distinctes. A savoir, la présence de Bouddha attestée historiquement vers le Ve avt notre ère. Puis la reconstruction par Ashoka au IIIe, et enfin la redécouverte en 1837 par le britannique Cunningham.

bijoux dans le musée archéologique

Le très beau musée archéologique sur l’esplanade centrale de Sarnath regroupe l’ensemble des œuvres sculptées ainsi que des fouilles plus pointues. Il met joliment en scène le pilier d’Ashoka, une merveille de finesse, et emblème par excellence de l’unité indienne. On y voit également de belles sculptures bouddhistes, des peintures de l’école de Sarnath mais aussi l’impressionnante roue de marbre. Le tout très didactique permet de mieux comprendre le lieu. Les collections datant des IIIè au XIIe siècles de notre ère s’organisent en 5 galeries autour de la salle centrale des chefs d’œuvre, telles des cellules monastiques autour d’un sanctuaire.

pilier d'ashoka

Le site, toujours sur la liste tentative UNESCO est néanmoins protégé au niveau national. Malheureusement, le manque d’infrastructure touristique limite Sarnath pourtant fondamentale à l’histoire du bouddhisme à une escapade hors de Varanasi, C’est pourquoi la ville lutte pour se faire connaitre comme patrimoine de l’humanité.

Varanasi bis

Aujourd’hui, voici un Varanasi bis. La semaine passée je vous ai emmenés sur les ghâts à la découverte de « la ville des morts ». Je vous y montrai les berges du Gange et l’image habituelle et attendue de Varanasi. Incroyablement photogénique et extrêmement photographiée celle-ci parait emblématique d’une Inde miséreuse mais totalement pittoresque. Même si Varanasi représente effectivement la quintessence spirituelle de l’Inde, elle reste unique et atypique même dans ce pays coloré et à nul autre pareil.

ruelle de Varanasi

 Pourtant outre les crémations et rituels, Varanasi est aussi une étonnante ville de fête. En pleine transformation et modernisation, elle laisse les navires se parer de mille couleurs et émettre des musiques assourdissantes pour la joie des touristes ou des jeunes locaux. 

C’est aussi un lieu vibrant. Son centre engorgé, son université très réputée attestent de la jeunesse de cette cité millénaire. Alors quittons quelques instants les 6 kilomètres de ghâts, aussi belle soit la promenade, gravissons les escaliers pour nous rendre dans les rues animées de la ville ancienne et traversons le Gange pour en découvrir les splendeurs.

Centre-ville

La partie la plus touristique de Varanasi correspond aux bords du Gange. Plus précisément à la zone comprise entre Assi Ghât et Scindia Ghât sur la rive occidentale. En revanche, passé ces Ghâts ou dans le centre historique et commercial, l’on ne croise guère que des locaux ou habitués.

petits commercants

La grande avenue encombrée Luxa road qui mène aux ghâts et au centre de la ville n’est qu’embouteillage. S’y concentrent nombre de commerces jusqu’à une statue de Nandi presque invisible en haut d’une colonne qui lui sert de piédestal. Là, commence un réseau de rues quasi piétonnières Godowlia Chowk, un marché à ciel ouvert qui s’apparente à un souk.  Ici vous êtes bons pour un véritable bain de foule à quelque heure du jour ou de la nuit. Malgré l’étroitesse de certaines artères, des motos se frayent le passage à coup de klaxon surdimensionné. La foule converge vers le grand temple Shri Kashi Vishwanath et l’affreux corridor bétonné qui mène au Gange.

vache dans le vieux quartiers

Ruelles de Varanasi

Au hasard de ces ruelles, vous découvrirez les merveilleux Lassi, spécialité locale. Certes l’on consomme du lassi un peu partout en Inde du Nord. L’Inde du Sud lui préfère le buttermilk une version plus légère et salée. Néanmoins, nulle part le lassi n’est aussi onctueux et délicieux qu’à Varanasi. Attention néanmoins aux glaçons et à la solidité de votre estomac.

lassi

Les petites rues tortueuses du centre-ville recèlent de nombreux lieux de culte, moins courus certes que les ghâts ou le grand temple de Shri Kashi Vishwanath . Il est pourtant compliqué de se sentir ému dans une ville aussi bruyante et vivante. Car le centre de Varanasi n’est que tumulte. Celui des pèlerins, des badauds mais aussi des locaux. Les klaxons de véhicules en tous genres fendent la foule sans aucun respect du piéton. lls se mêlent aux hurlements et à la rumeur globale. Cependant une sorte de mysticisme émane de la ville. Une forme d’envoûtement issu de millénaires de croyances et de cultes partagés, assez difficile à analyser mais indéniable.

Plus calme

malades dans les rues de Varanasi

Si le bruit et l’agitation des rues du centre vous épuisent, vous pouvez vous refugier dans les ruelles du quartier musulman et le dédale des marchés. Un charmant quartier se niche derrière la mosquée Alamgir située au-dessus du Ghât Panch Ganga. Le grand empereur Moghol l’aurait construite à l’emplacement d’un temple hindou en 1669. On n’aperçoit que sa façade classique lorsque l’on y accède par les ruelles alentours. En revanche, depuis les ghâts, son dôme se détache nettement.  Une très jolie balade vous emmène le long de façades colorées qui s’enroulent comme dans une médina. Le contraste est frappant avec la fureur automobile et la frénésie piétonnière du reste de la ville. Tout n’est que hurlement, klaxons, et au mieux rumeur urbaine.

mosquée

Venant de Chennai où la température ne faiblit pas le soir venu et où l’humidité rend la chaleur moite et beaucoup plus intense, les soirs et les matins sont en général plutôt agréable à Varanasi. Se balader sur les ghâts au lever du soleil ou la nuit après les cérémonies se révèle agréable. En pleine journée, le calme s’empare des berges du Gange mais la chaleur peut atteindre des sommets.

En s’éloignant du centre, au-delà des avenues commerçantes et de l’agitation, des quartiers d’habitation offrent une vision apaisée, certes moins typique de Varanasi. On peut y visiter de petites filatures de soie. Car les soieries restent une grande spécialité locale.

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Une grande ville universitaire

L’une des jolies et agréables surprises de Varanasi repose sur son université. Située au sud de la ville historique non loin du Gange, il s’agit d’un immense parc parsemé de beaux bâtiments du début du XXème siècle. De grands nationalistes l’ont fondée en 1916 tels le Pandit Madan Mohan Malaviya, très lié au Dr Annie Besant. Cette Britannique oeuvra beaucoup pour le développement de l’Inde.

Université de Varanasi

Très importante au niveau académique, BHI ( Banaras Hindu University) se présenta d’emblée comme mêlant « la sagesse séculaire indienne à une éducation moderne ». Elle s’est rapidement affirmée comme un lieu majeur de formation des combattants de l’indépendance, les célèbres « freedom fighters ».

Conçue comme la grande université d’Inde, BHI compte aujourd’hui plus de 30 000 étudiants dont plus de la moitié logent sur le campus. Celui-ci compte 6 Instituts et 14 facultés organisés en demi-cercle dans un immense parc aux arbres centenaires. Les frondaisons cachent de beaux bâtiments indo-sarracéniques, indo-gothiques et art déco. Le calme et la beauté de la végétation offrent un contraste heureux avec l’effervescence de la ville.

L’université compte même un immense temple un peu neuf mais dans un joli cadre, Shri Vishwanath Mandir dédié à Shiva.

On peut se promener le long des avenues arborées, découvrir de magnifiques bâtiments comme la bibliothèque Sayaji Rao Gaekwad ou visiter le Musée.

Construit en 1920, Bharat Kala Bhavan est le musée de l’Université. Il se situe près de l’entrée du campus et expose peintures, timbres, costumes et tissus.

Ramnagar Fort & Museum

Fort de Varanasi

On emprunte un bateau ou le pont au sud de la ville pour se rendre sur la rive orientale du Gange. Les berges ne sont pas aménagées de ce côté, et elles tendent à s’ensabler. Au delà de la vaste plage ainsi crée par les limons fluviaux s’étendent les quartiers moins reluisants mais plus authentiques de Varanasi C’est au sud de cette zone que se trouve le  fort de Kashi Naresh (Roi de Varanasi)

Construit au XVIIIe siècle, il est en piteux état. Son architecture reste néanmoins intéressante, Malheureusement, on ne peut voir qu’une toute petite portion car le roi habite la majorité du palais.

Si l’on contourne le fort, on parvient à un pittoresque marché de poisson. Puis une sorte de sentier de halage assez nauséabond permet de suivre la muraille le long de la rive du Gange. Le lieu est sordide. Dommage car l’architecture puissante est ici bien belle. Elle y combine la pierre de taille et la brique en de puissantes tours arrondies. Des ajouts indo-sarracéniques animent les façades aux arcs outrepassés islamiques. Des terrasses surmontent l’édifice et permettent de jouir d’une vue extraordinaire sur le Gange et sur la ville plus au Nord, sur les ghâts.

La vue sur le vaste fleuve sacré (2500km) diffère ici totalement. On y voit les gens vaquer à leurs occupations quotidiennes. Plus seulement les baignades ou nettoyage des corps rituels, la lessive, le lavage comme sur les ghâts mais aussi la lessive et les besoins primaires. Car tout se fait dans le Gange, même boire l’eau.