Temples cholas

De Tanjore à Pondichery, un certain nombre de temples cholas s’égrènent non loin de l’embouchure du fleuve Kaveri. Ils remontent au règne des Cholas entre les Xe et XIIIème siècles. ils représentent le sommet de l’architecture dravidienne. Ils sont d’ailleurs inscrits sur la liste de l’Unesco. Considérés comme les joyaux du Tamil Nadu, ils se visitent facilement. J’y étais passé rapidement il y a quelques années. Mais cette fois je vous propose un article uniquement consacré aux temples cholas du delta du Kaveri et surtout aux deux plus importants après celui de Tanjore.

On peut les aborder au cours d’une boucle menant de Pondichery à Tanjore ou vice versa et rajouter un petit crochet à Chindabaram. Les temples de cette ville poussiéreuse ne sont pas les plus fascinants. On peut se laisser tenter par un détour dans la mangrove. Mais, je vous propose plutôt ici d’admirer les plus beaux temples vivants cholas du delta du Kaveri.

Temples vivant du delta du Kaveri

La notion de temple vivant chola concerne des sanctuaires tamouls classé au titre de patrimoine de l’humanité mais qui restent des lieux de culte. La nomenclature en distingue 3 avec celui de Tanjore ajouté en 1987. Les deux qui m’intéressent dans cet article sont  Gangaikonda Cholapuram et Airavatesvara. ils ont été rajoutés à la liste de l’UNESCO en 2004.

Ces temples datent des XI et XIIe siècles. Ils représentent les exemples les plus aboutis de structure chola. Construits en pierre calcaire d’un magnifique ocre, leur statuaire est absolument remarquable.

 La dynastie Chola initia ce type architectural avec le temple Brihadisvara à Thanjavur (https://visitesfabienne.org/tanjore/). Les deux temples que je vous propose de visiter aujourd’hui montrent des exemples parfaitement aboutis de développement des éléments initiés dans la capitale des Cholas.

 A eux 3, ces temples illustrent  de la plus belle manière ce qu’est l’architecture dravidienne d’époque chola. Ils témoignent de l’apogée de ce grand empire et de la civilisation tamoule au sud de l Inde. Ils montrent également combien le temple représentait un centre humain, social et économique.

Airavatesvara Temple

J’avais déjà écrit un peu sur ce temple découvert lors d’un premier voyage dans le sud du Tamil Nadu. Situé dans la localité de Darasuram, dans la banlieue de Kumbakonam, il remonte à 1166. Cette structure appartient à un ensemble de 18 temples médiévaux dans la région. Dédié à Shiva, il respecte les traditions Vaishnavites ainsi que des légendes du mouvement shaivite Bhakti .

Il se trouve dans un grand parc protégé. On y accède en contournant la muraille extérieure. Il ne reste que quelques vestiges de la gopuram de l’enceinte extérieure. En revanche, un bassin et une nouvelle gopuram donnent accès à la cour dans laquelle se dresse le sanctuaire conçu comme un chariot.

Le nom du temple rappelle l’éléphant blanc d’Indra. C’est le dernier des grands temples cholas de Rajaraja 1er commanditaire du temple de Tanjavur. Construit dans la seconde moitié du XIIes il frappe par sa magnifique cour royale ou Rajagambhira Thirumandapam.

Les piliers sculptés, les marches de granit et surtout le magnifique chariot tiré par des chevaux de pierre en font un véritable chef d’œuvre artistique. On y voit les dieux védiques et puraniques  les plus importants comme Indra, Agni, ou encore Varuna. Les plus experts reconnaitront aussi Vayu, Brahma, Surya, Vishnu, Saptamtrikas. Mais encore Durga, Saraswati, Sri Devi (Lakshmi), Ganga, Yamuna, Subrahmanya, Ganesha, Kama, Rati .

Ce temple fantastique, certainement le plus abouti de la triade, se compose de 2 parties. A l’origine, il était en effet beaucoup plus grand. Des inscriptions évoquent jusqu’à 7 cours. Il n’en reste qu’une.

La première enceinte est consacrée à Shiva alors que la seconde, plus petite, est dédiée à Parvati. Je vous conseille’ d y arriver en fin de matinée pour assister aux rituels. Relativement intimistes ceux ci permettent de pénétrer au plus près les mystères de l’hindouisme.

Brihadisvara Temple à Gangaikonda Cholapuram

Ce temple se trouve à près de 70km de Tanjavur sur la route de Pondichery. Il remonte à 1035 . Son bâtisseur, le roi  Rajendra Chola I,  le conçut comme faisant partie de sa nouvelle capitale. D’ailleurs, il reprend le nom et la structure du temple de Tanjore. Pour l’en différencier on le nomme le plus souvent le temple de la ville du roi qui est allé chercher l eau du Gange, Gangaikondacholapuram.

Il adopte un plan carré. Il met en scène le Vaishnavisme, le Shaktisme ainsi que des éléments syncrétiques. On y reconnaitra des statues de Vishnu, Durga, Surya, Harihara, Ardhanishvara. Pourtant, l’énorme Nandi qui l’annonce et le lingam du sanctuaire ne peuvent nous faire oublier la consécration principale à Shiva. Une grande antichambre sombre et bordée de lingas mène au sanctuaire principal. Tout autour des sanctuaires plus petits aux magnifiques gravures et sculptures occupent le très beau parc. Un réservoir et un puit dont l’escalier d accès se niche dans un étonnant lion sculpté complètent l’ensemble.

Kanchipuram

Située à une bonne heure de route de Chennai, Kanchipuram offre une belle idée de visite pour la journée.

Kanchipuram, l’une des 7 villes sacrées d‘Inde

L’importance de Kanchipuram tient à son statut de Saptapuri. Parmi les 7 villes saintes d’Inde, Varanasi est la plus connue, Kanchipuram la seule au sud. Ces villes sacrées de l’Hindouisme apporteraient la Moksha (libération) à leurs pèlerins et surtout à ceux qui viennent y mourir.

Cette ancienne capitale des Pallavas a vécu son heure de gloire du VIe au VIIIe siècle. Pourtant certains temples sont plus tardifs et datent de l’Empire Chola ou de celui des Vijayanagar.

Aujourd’hui, cette ville poussiéreuse et bruyante a perdu de sa superbe et il faut fouiller dans le chaos pour y trouver du charme et y repérer les temples les plus importants. Elle en a conservé énormément, mais peut-être pas les 1000 vantés par les guides touristiques. D’ailleurs, tous ne valent pas la visite au point de vue artistique ou historique. Néanmoins la spiritualité reste saisissante.

Dans leur majorité, les prêtres locaux sont traditionnalistes, peu sympathiques et réfractaires à la présence d’étrangers. Il vaut donc mieux ne pas tenter d’enfreindre leurs ordres.

Pour des raisons pratiques, il vaut mieux partir à la journée en voiture ou recourir aux services d’un auto. Les distances peuvent être longues, la touffeur insupportable. Il est parfois difficile de s’orienter et un chauffeur voire un guide peuvent donner du sens à cette découverte.

Des agences proposent des matinées de folie à Kanchipuram en faisant visiter dix temples. Ce qui implique un lever aux aurores, car les édifices religieux ferment entre 12.30 et 16h. Comme le disent les locaux, les dieux font la sieste pendant ce temps.

Néanmoins, tous ne sont pas incontournables et pour éviter la saturation, voici une petite sélection maison. Aujourd’hui, je vous présenterai les trois temples les plus connus. La semaine prochaine nous visiterons les deux plus anciens (et, à mes yeux) plus beaux.

Le temple à Shakti, Kanakshi Amman Temple

Situé en plein centre-ville c’est l’un des hauts lieux de pèlerinage et de visite. Très fréquenté, on y accède à pied et par des portiques de sécurité. Son architecture imposante, son emplacement et son importance spirituelle expliquent la foule.

Tout ici tourne autour de la déesse Kamakshi, l’une des formes divines de Parvati, déesse de l’amour, de la fertilité et de la force. Ce temple est l’un des 51 Shakti Peethas ou sanctuaires sacrés construits autour des membres du corps sacré tombés du Ciel. C’est aussi le seul de la ville dédié à Shakti.  Ici en l’occurrence aurait atterri le nombril divin. Le temple est donc l’un des centres les plus importants du Shaktisme au Tamil Nadu. On y célèbre la puissance féminine.

ShaktiTemple reservoir, Kanchipuram

Ce temple date du VIIème siècle, et de la dynastie Pallava qui avait fait de Kanchipuram sa capitale. Les Naalayira Divya Prabandham ou hymnes composés par des poètes sacrés Tamouls un siècle plus tard en font mention. Les Cholas ont pu le reconstruire et l’agrandir vers le XIVe. Puis les Vijayanagar entre les XIVe et XVIème siècle.

Une autre légende ne fait remonter la construction du temple qu’en 1565 à la chute de l’empire Vijayanagar. L’idole Kamakshi Amman aurait alors été transportée au travers de l’Inde du sud en quête d’un foyer permanent. Le temple daterait dans ce cas d’une construction plus tardive.

L’absence de documentation précise et les nombreuses reconstructions laissent comme toujours en Inde le champ libre à l’imagination. Ce même si la structure respecte le schéma dravidien avec ses nombreux sanctuaires et mandapas et son immense Gopuram (portail) d’accès jusqu’au spectaculaire réservoir à l’arrière. S’y mêle une iconographie typique des Vijayanagars.

Malheureusement les étrangers ne peuvent pas accéder au Saint des saints. On ne peut pas voir l’idole assise  Kamakshi accompagnée de la sainte trinité Shiva, Vishnu, and Brahma.

L’incontournable temple Ekambaranathar

C’est l’un des temples les plus célèbres et l’un des plus grands du Tamil Nadu. Il est dédié à Shiva sous sa forme Ekambareswara, terrestre. On a un peu l’impression de rentrer dans un immense enclos en jachère, d’où surgissent des sanctuaires plus ou moins fréquentés.

Ainsi, en partant sur la gauche, un réservoir vide précède un mandapa aux magnifiques sculptures. L’ensemble vient d’être restauré de couleurs vives, à la limite du flashy. Des barrières ont surgi pour réglementer le flot de visiteur.

Nandi, Temple Ekambaranathar Kanchipuram

Si l’on part tout droit après la première gopuram, on rentre dans le saint des saints. Les marchands du temple vous attendent et se succèdent jusqu’au mandapa vibrant d’animation. Là, on peut vous accoster pour vous proposer de pénétrer dans le sanctuaire. A moins que l’on ne vous force à acquitter les 100 roupies pour un darshan express. Ce droit d’entrée vous permettra de sauter la queue, parfois imposante. Surtout il vous permettra de rentrer dans le saint des Saints.

Puis vous pourrez longer l’immense corridor bordé de lingams. De magnifiques piliers sculptés de yalis attestent de la réfection du temple à l’époque de la dynastie Vijayanagar. De petits autels et des chariots et statues processionnels rangés mènent jusqu’à une courette dans laquelle survit un manguier soi-disant tri centenaire. L’on contourne ainsi le sanctuaire. Une véritable plongée dans l’atmosphère sacrée et de l’immensité du lieu.

Bien qu’initialement érigé sous l’Empire des Pallavas, le temple fut entièrement détruit et reconstruit à la fin de l’ère des Cholas. Au fil des siècles, la structure du temple a été améliorée, notamment par les rois Vijayanagar au XVème s.

Varadharaja Perumal Temple,

À l’est de Kanchipuram et un peu en extérieur, cet immense temple dédié à Vishnou peut clore une matinée de visites à Kanchipuram. C’est un des 108 Divya Desams, ces temples à Vishnou qui auraient été visités par les 12 poètes sacrés ou Alvars. C’est donc un des lieux les plus sacrés pour les Vaishnavites. On le repère de loin en raison de sa taille et surtout de la hauteur de la Gopuram d’accès. Le nom Perumal se réfère d’ailleurs à Vishnou.

C’est le plus grand temple de la ville avec 3 immenses cours ou prakarams, ses énormes gopurams, ses nombreux sanctuaires, et ses magnifiques madapams ou halls à piliers.

Il est d’ailleurs particulièrement réputé pour le mandapam de la première cour aux somptueuses sculptures accessible à tous. Considéré comme un musée, on accède à ce hall aux 1000 colonnes moyennant un paiement. Les piliers Yalis attestant de l’intervention des Vijayanagars. Communs dans le Sud de l’Inde, ils représentent des créatures mythiques, aux têtes d’éléphants ou de cheval mais aux corps léonins. Leur puissance protégeait les temples. Des sculptures illustrent le Ramayana et le  Mahabharata dans cette salle magnifique, ouverte aux quatre vents.

Plus de 300 inscriptions rappellent que de nombreuses dynasties l’ont enrichi et embelli. Chola, Pandya, Kandavarayas, Cheras, Kakatiya, Sambuvaraya, Hoysala and Vijayanagara ont laissé leur empreinte. Elles attestent d’une fondation au XIe s et de travaux d’agrandissement notamment sous les Cholas au XIVe siècle.

Le clergé local, particulièrement radical, refuse farouchement l’accès des non hindous au sanctuaire. Les étrangers ne voient donc presque rien des différents bâtiments ou des richesses du lieu.

C’est dommage, le programme iconographique y est particulièrement riche, intéressant et varié. Il illustre les différentes et complexes légendes liées à Vishnou mais aussi des épisodes de l’histoire mouvementée de ce temple aux nombreux festivals.