Langues indiennes

L’Inde compte 28 états et 22 langues indiennes officielles ainsi que de nombreuses langues minoritaires et dialectes. Une très large majorité de locuteurs parlent une langue Indo-aryenne ou dravidienne. Ceci ne veut pas dire que les langues de chacune de ces familles sont proches. Cependant, elles peuvent avoir des liens.

librairie à Trivandrum, tamil Nadu

La majorité de ces langues s’écrivent dans des alphabets différents. La question linguistique est au cœur de la politique dans de nombreux états et notamment au Tamil Nadu.

De nombreuses langues indiennes

Il  y autant de langues indiennes que d’Etats, voire beaucoup plus…Et à chaque langue, son alphabet, sa structure grammaticale, ses règles dé prononciation. Voici un petit tour d’horizon pour tenter de clarifier une situation fort complexe.

panneau en anglais et tamul

Langues indienne, quel casse-tête

En nombre de locuteurs, certaines langues sont plus « importantes »que d’autres. Mais le sujet touchant à l’identité culturelle est extrêmement sensible dans cet immense pays. 35 langues sont parlées chacune par plus de 1 Million de locuteurs, 15 parlées par plus de 10 millions. 22 de ces langues « uniquement » sont reconnues par la constitution .

Parmi les langues le plus parlée, L’hindi comptera bientôt 500 Millions de locuteurs. C’est la langue officielle du gouvernement central . La suit le Bengali avec 300 millions de locuteurs. On le parle au Bengale occidental, autour de Calcutta et au Bengladesh. Le Punjabi (90 Millions) se parle au Nord ouest de l’Inde et dans une partie du Pakistan. Le Marathi (70 Millions) se pratique dans toute la région de Bombay. Deux langues du sud le concurrencent en nombre de locuteurs. Il s’agit du Telougou et du Tamoul. Ces langues diffèrent totalement, j’en parlerai dans le paragraphe suivant. Puis on aborde des langues plus régionales mais à forte émigration, le Gujarati (45 Millions), l’Odiya (30 Millions.). Ce qui veut dire que ces langues connaissent une forte diaspora et sont parlées hors de l’Inde par des communautés émigrées. L’Ourdou quant à lui, est présent dans les régions à forte présence musulmane en Inde (Maharashtra, Telangana, Andhra Pradesh et Karnataka).

un menu en Gujarati

Des langues plus minoritaires

En Inde, la langue donne un sens de communauté. Si la moitié des Indiens parlent l’Hindi, dans certaines régions comme dans le sud il vaut mieux parler anglais. Les langues sont divisives surtout depuis l’indépendance quand le gouvernement a établi les frontières d’états linguistiques. Il a ainsi donné aux groupes linguistiques une identité politique. L’opposition du sud, plus riche, plus alphabétisée, passe ainsi par un refus de la langue dominante, l’hindi, imposée par le gouvernement central.  

restaurants au Gujarat

Langues classiques

Parmi les langues parlées en Inde, 6 sont des langues dites classiques. Quatre d’entre elles proviennent du sud et appartiennent donc à la famille dravidienne. Le Tamoul, le Kannada, le Telougou, le Malayalam. L’Odia (langue indo-aryenne parlée dans l’Odisha/Orissa) est l’unique langue Classique vivante qui ne soit pas Dravidienne. Le Sanskrit est généralement considéré comme une langue morte avec à peine quelques dizaines de milliers d’indiens déclarant “parler” Sanskrit. Plus tardivement les prâkrits (langues vernaculaires issues du Sanskrit) se forment et deviennent des langues séparées. Le pali (langue du Tipitaka bouddique) en est un exemple majeur.

Les langues du nord dérivent du Sanskrit sous trois variétés: védique (textes religieux), épique (Mahabharata et Ramayana), et classique (littéraire). Ce processus est équivalent à la transformation du Latin classique vers le Latin vulgaire puis les langues romanes.

Les régions du sud s’opposent parfois très violemment avec le nord sur la question linguistique

 Les conflits les plus marquants ont eu lieu au Tamil Nadu dans les années 1930 et 1960 contre l’obligation de l’ hindi à l’école. Ils ont mené à la modification du Official Languages Act en 1967. Celui-ci  garantit l’utilisation de l’anglais au niveau fédéral au même titre que l’hindi. En effet, un tiers des Indiens ne parlent pas hindi.

panneau en Tamul

Langues dravidiennes

Le sud de l’Inde, de culture dravidienne, connait 4 langues majeures. Le Tamoul (au Tamil Nadu) et Telougou (Andra Pradesh et Telangana) comptent plus de 70 millions de locuteurs. Le Malayalam (Kerala) et le Kannada (au Karnataka) 35 millions chacune. Le terme « Dravidien » vient de drāviḍa mot Sanskrit qui désigne les langues du Sud de l’Inde.

carte ddes langues dravidiennes

Cette famille de Langues compte 220 millions de locuteurs. Elle est indigène au sous-continent indien et son ancêtre le proto-dravidien était parlée au 4e millénaire avant notre ère. Elle précède donc la famille indo-européenne à laquelle appartiennent les langues hindis et dérivées. Toutes sont agglutinantes et n’ont qu’un verbe conjugué par phrase. La prononciation avec des lettres rétroflexes (langues collées au palais ou aux dents) y est particulière. Tout comme le vocabulaire et les constructions grammaticales. Pour généraliser, les Indiens du Sud se comprennent globalement entre eux  mais pratiquent une langue totalement différente de celles du Nord.

Indépendantes, elles subissent néanmoins des influences. Le lexique telougou présente des affinités lexicales avec les langues  Indo-irannies et avec le Sanskrit. Le Tamoul incorpore beaucoup d’anglicismes.

La place de l’hindi

Langue principale de l’Inde avec 41% , l’hindi s’affirme comme « première » langue pour la majorité des Indiens. 20-25% des locuteurs la pratiquent néanmoins comme « seconde » langue. Cependant, et malgré la pression du Nord, il n’y a pas de langue nationale. Cependant, l’hindi est la langue officielle du gouvernement central et la variante de Dehli correspond à l’hindi standard.

L’hindi se sépare en deux dialectes mutuellement intelligibles. Il s’agit de l’hindi écrit en devanagari dont le vocabulaire savant vient du Sanskrit, et de l’Ourdou écrit avec l’alphabet arabe. Le vocabulaire savant provient du persan et de l’arabe. Il n’existe pas de consensus sur leur origine mais ils pourraient être liées à la civilisation de la vallée de l’Indus.

panneau en hindi

Ces langues sont reconnues pour leur longue tradition littéraire. Ainsi, les premiers textes datent d’au moins 1500 ans.

inscriptions en hindi

Reconnu dans la constitution Indienne, l’hindi s’utilise au niveau gouvernemental. C’est aussi la langue officielle de sept Etats et sept territoires de l’union. Surtout c’est globalement la langue de la justice, sauf exceptions occasionnelles ou régionales.

La place de l’anglais

30% des Indiens parlent anglais dans une certaine mesure, 13% le parlent couramment. En revanche, 0.02% (300,000 personnes) le parlent à la maison en tant que première langue. C’est notamment le cas au Tamil Nadu, qui a cristallisé son identité régionale autour du Tamoul. Faute d’hindi, l’anglais y occupe le rang de langue véhiculaire. En effet, la prospérité économique attire des indiens du reste du pays qui ne pratiquent pas forcément les langues dravidiennes mais maitrisent a minima l’anglais. Par ailleurs, les universités de Madras rayonnent au-delà du sud. L’anglais permet là encore de s’adresser à des Indiens de tout le sous continent. L’anglais est donc bien accepté, largement pratiqué au tamil Nadu, au sens où il permet de contrer la pression de l’hindi. Ainsi, à Chennai, pancartes, publicités et affichages publiques sont généralement bilingues. L’opposition à l’hindi y correspond d’ailleurs à un vrai positionnement politique.

panneau en anglais et Tamul

L’anglais se pratique donc au quotidien au tamil Nadu. Les parents ont à cœur d’y exposer leurs enfants dès leur plus jeune âge de manière à leur faciliter l’entrée dans des cursus britanniques. Les universités sont en effet principalement anglophones à Chennai. On assiste même à l’éclosion d’une nouvelle génération d’Indiens privilégiés complètement anglophones mais peu à l’aise dans les langues du sous-continent.

des mots anglais utilisés en Inde

Cette omniprésence de l’anglais dans une région de culture dravididenne a donné naissance à un vocabulaire spécifique. Voici quelques mots typiques de cette double culture : tiffin, hill station, gymkhana, cinema hall, do the needful, greenery, a table is engaged.

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