Panjim

escalier avec azulejos

Panjim ou Panaji  ( selon la dénomination actuelle) est certainement l’une des plus petites capitales d’état de la péninsule indienne. Néanmoins, son joli patrimoine colonial et son ambiance en rendent la visite fort recommandable.

petite rue dans le centre de Panjim

Curieusement, Panjim tourne le dos à la mer pour regarder l’estuaire de la Mandovi. En bordure du fleuve s’égrènent de jolis bâtiments coloniaux. La ville ancienne borde la rive sud. Mais, l’ambiance y diffère fortement de celle des colonies britanniques indiennes. En effet, la colonisation est le fait des Portugais au XVIème. De jolies maisons colorées et de belles églises baroques confèrent un charme assez unique, presque latin, à cette ville modeste mais passionnante. On peut y passer un ou deux jours très agréables.

Il faut 45mn pour venir de l’aéroport Nord de Goa Manohar International Airport (GOX). Car la ville se situe au nord du plus petit état indien quasi en bord de mer.  Capitale de l’Inde portugaise au XVIIème siècle sous le nom de New Goa, elle remplaça Old Goa, abandonnée. Son intégration à l’Union indienne ne date que de 1961. Elle s’accroche donc fièrement à son passé original.

vieille ville de Panjim

Le centre historique de Panjim

A première vue, Panjim peut faire peur avec son enfilade de bateaux casinos le long de la Mandovi. Autant s’en méfier et ne pas réserver d’hôtel proche de la rivière. Celle ci est bordée de bâtiments administratifs typiquement coloniaux.

facade bleue

Ainsi, le Secrétariat ou Adil Shah’s Palace, bien que construit en 1500 par le Sultan de Bijapur a un aspect colonial. Car assiégé par l’Amiral portugais Albuquerque vers 1510, il devint résidence du Vice Roi de Goa. Appelé aussi Idalcao’s Palace, il abrite le musée. A l’époque de mon passage il était fermé et en restauration.

Palais, musée

Pres du musée, un joli parc permet d’accéder au monument le plus important de Panjim. l’église Notre Dame de l’Immaculée Conception domine un spectaculaire escalier. Elle représente l’image  et le centre de Panjim. On ne peut ici s’empêcher d’évoquer le merveilleux sanctuaire du Bom Jesu au Mont à Braga et son fantastique escalier baroque.

cathédrale ND de l'Immaculée Conception

 La mise en scène d’une église au sommet d’une montée appartient bien au vocabulaire baroque.

Ce sanctuaire, construit  en 1541 domine fièrement le centre animé de Panjim.  Ses tours baroques jouaient le rôle de phare pour les marins. Ceci nous rappelle le double objectif des colons portugais. Il s’agissait pour eux de fonder des comptoirs commerciaux ET d’évangéliser. Au contraire, les premiers Anglais ne vinrent que pour des raisons économiques au XVIIe. Leur colonisation au XIXe s transforma la conquête en fait militaire et politique. Les Portugais, eux, se cantonnaient aux villes côtières pour s’approvisionner en épices et tissus.

ruelle du vieux Panjim
fresque

Avec la croissance de la ville, l’église s’agrandit en 1600 pour devenir paroisse. Ses vives couleurs bleu, blanc et or sont typiques du catholicisme local. A l’intérieur, de lourds chandeliers, des bois dorés, des statues de marbre (de Pierre et Paul) témoignent du style baroque.

Le quartier des Fontaines, ou le Panjim portugais ou Quartier latin

En revenant vers la rivière depuis la cathédrale, s’étend toute un ensemble de ruelles en  réhabilitation . On l’appelle quartier Latin ou quartier des Fontaines. Panjim n’est pas à proprement parler une ville UNESCO mais le quartier latin est reconnu par l’UNESCO comme une zone patrimoniale

jolies facades

On peut y marcher agréablement le long de petites maisons aux couleurs vives. Quasi piétonnier, ce quartier nous replonge aux XVI et XVIIème siècles et dans une atmosphère quasi sud-américaine. On est loin des bruyantes villes indiennes aux constructions hétéroclites. Ici l’homogénéité architecturale séduit, ce même si les constructions sont pour la plupart de taille modeste.

casa di san Antonio

On chemine dans ces jolies rues colorées dans lesquelles les cafés se multiplient. En passant, on peut s’arrêter dans les jolies confeitria ou les taverna pour un verre de vin ou un délicieux pastel de nata. Confeitaria 31 de Janeiro, reste une adresse quasi incontournable.

Elle se situe  dans une ruelle adorable qui mène à l église Saint Sébastien. Ce ravissant quartier colonial mène jusqu’au centre culturel portugais dans un charmant Jardin. Car le quartier tient aussi son charme des petits jardins. Il continue parallèlement à la petite rivière Ourem juste avant qu’elle ne se jette dans la Mandovi.

eglise san Sebastien
eglise portugaise

La route chemine au delà du périmètre en restauration vers une zone moins rénovée mais plus authentique au delà du temple Maruti. Ce grand temple badigeonné en orange criard domine la colline Altinho. Dédié à Hanuman, le dieu singe, il offre des vues agréables sur la ville.

rue ancienne de Panjim

Plus loin, commencent les plages dont la célèbre Bambolin. Sur la plage Dona Paula les deux fleuves  Mandovi et Zuari se rencontrent pour se jeter dans le Golfe arabo-persique. C’est ici que se situe la résidence du Gouverneur de Goa, Cabo Raj Bhavan.

maison bleue du quartier des fontaines

Old Goa

Old Goa nous replonge au XVIème siècle lorsque les Portugais abordèrent en ces terres lointaines. Motivés par le Prince Henri le Navigateur, les marins lusitaniens cherchaient à établir des comptoirs sur la route très rentable des textiles et surtout des épices.  Ceux-ci étaient si précieux que l’on a conservé longtemps en Français l’expression “payer en épices” devenue « payer en espèces ».

forêt Goa

Les marins ne venaient pas seuls. Secondés par des missionnaires, ils prenaient très au sérieux leur mission évangélisatrice. Les églises rescapées de Old Goa nous rappellent cette volonté de convertir.

autel Bom Jesu Goa

Car de la première capitale lusitanienne en terre indienne ne restent que des églises. Les 200 000 habitants évoqués par les chroniqueurs de Old Goa se sont évanouis après des épidémies. Ne subsistent que les vestiges de constructions religieuses. Leurs dimensions et leur nombre attestant néanmoins de la taille plus que respectable de la cité. On la surnommait alors la “Rome de l’Est”.

Basilique et cathédrale de Old Goa

La route qui vient de Panjim passe devant l’imposant carré sur lequel se dressent d’un côté le Bom Jesus et de l’autre la blanche Cathédrale. Ce double enclos concentre pratiquement l’ensemble des visiteurs de Old Goa. A juste titre, tant ces constructions religieuses sont significatives historiquement et spirituellement.

Se Goa

Le Bom jesus

Cet énorme vaisseau de grès rose et de brique doit sa notoriété au tombeau de Saint Francois-Xavier.  Arrivé en Inde en 1542 pour diffuser le message chrétien il mourut 10 ans après. Il prêchait alors en Chine. Son corps fut rapatrié à Goa, où il fut canonisé en 1622.

Bom Jesu Goa

 Passée l’imposante façade baroque, un cheminement obligatoire vous mène devant la pièce maitresse. Il s’agit de l’extraordinaire tombeau en argent. Il domine un piédestal de marbre et jaspe décoré de plaques de bronze illustrant la vie du saint. C’est un Cadeau du Grand Duc de Toscane Cosme III. L’ensemble témoigne du travail d’artistes italiens et d’orfèvres locaux. Les pierres semi précieuses et ornementales ont aujourd’hui disparu. Mais le mausolée conserve une grandeur baroque.

facade Bom Jesu old Goa

 Un petit musée au premier étage de l’édifice évoque la vie du saint homme. Sa visite n’ajoute pas grand chose à la beauté de l’immense édifice. Puis le chemin permet aux visiteurs de faire le tour de la basilique,  d’arpenter le cloitre blanc avant de ressortir dans un Jardin à la végétation luxuriante. On se croirait davantage en Amérique du Sud qu’en Inde.

La Se

intérieur Se old Goa

De là, on traverse l’immense place pour se rendre de l’autre côté de la route dans un enclos contenant plusieurs églises blanchies à la chaux. La plus spectaculaire est bien sûr la Se, ou cathédrale. Par sa taille, elle évoque à la fois l’importance de la ville mais aussi celle de la mission évangélisatrice. Il s’agirait de la plus grande église d’Asie. Vide, blanche et spacieuse elle accrédite l’idée.

facade Se Old Goa

La façade classique  et blanchie à la chaux tranche par sa simplicité sur les temples de la région voire sur celle du Jésus. A l’intérieur, la Chapelle du st Sacrement est en revanche couverte d’or. C’est sur le porche de cette cathédrale qu’avaient lieu les autodafés menés par la tristement célèbre Inquisition.

D’autre églises de Old Goa

Ste Catherine musée old Goa

L’ancien couvent des Dominicains jouxte la cathédrale. Transformé en musée archéologique, il conserve quelques belle pièces . Il nous rappelle le rôle des ordres mendiants dans la mission évangélisatrice. Surtout c’est le meilleur lieu pour en apprendre plus sur la colonisation portugaise.

chapelle Ste Catherine Old goa

Juste à coté la charmante petite chapelle Ste Catherine  remonte aux débuts du XVIème.

San Gaetano Old Goa

On peut alors sortir de l’enclos pour gagner San Gaetano. Cette église copie St Pierre de Rome d’une manière presque comique sinon grandiloquente . En effet, elle se trouve presque en pleine campagne. Au sortir, une arche permet d’accéder à la rivière Mandovi. Un embarcadère mène au ferry pour les îles. La nature y est magnifique si une journée au vert vous tente.

Sur les hauteurs de Old Goa

St Francois Old Goa et ruine de St Augustin

En revenant vers le marché pour touristes commence une montée. Cette route mène tout d’abord  à l’église st François transformée en musée. En continuant le long de la courbe on atteint la très belle église du Rosaire.

st Augustin

Sur la même route en revanche se dressent les ruines romantiques du couvent des Augustins. Il n est pas sans rappeler celui de Canterbury avec son clocher écroulé. Construite en 1602, cette Église faisait partie des plus importantes constructions augustiniennes du monde ibérique. Abandonnée en 1835, elle s’est en grande partie effondrée.

clocher st Augustin old Goa

 Ces ruines confirment le départ des Portugais au XVIIe en raison d’épidémies de malaria, de choléra ou de peste. En 1843, Panjim plus proche de la côte devint d’ailleurs officiellement la nouvelle capitale, New Goa.

Mandovi river

Sur les hauteurs et dominant de belle manière la rivière Mandovi, l‘église Notre Dame du Rosaire a des accents presque manuéliens. C’est l’une des plus anciennes églises de Old Goa et l’une des mieux conservées. Malheureusement, elle est plus compliquée à atteindre (il faut une voiture) et souvent fermée.  Néanmoins, si la restauration en est terminée lors de votre visite, la vue vaut vraiment le coup. Elle permet d’embrasser la forêt dense qui a pris possession de la Capitale déchue en bord de Mandovi. Des arbres, s’échappent quelques coupoles, blanches pour la plupart, le clocher effondré de St Augustin ou les énormes vaisseaux du Bom Jesu et de la Se.

ND du Rosaire Old goa