Le Ladys Garden est une sorte de bijou méconnu à Chennai. Il se cache en effet sur la grande rue Raja Muthiah juste après le stade Nehru. On l’atteint de l’autre côté à l’extrémité de la rue VP Hall Compound derrière un marché ancien et un parc disparus. Pour plus d’indications et une visite complète des lieux, je vous conseille mon magnifique audioguide.
Un marché disparu dans les flammes
Nous voici dans un quartier entièrement transformé au XIXe et au XXe siècles. A l’arrivée des Anglais, la forêt occupait les collines alentours. A l’époque, la grande avenue EVR Salai était un chemin de terre qui menait de Fort St Georges à l’est au village de Poonamallee. Un hameau se dressait tout près du mur qui doublait les fortifications. Il s’appelait Periamet, ce qui en Tamoul signifie « lieu où l’on perçoit la douane ». Il agissait donc en barrière d’octroi. Ces noms de villages existent encore dans les quartiers qui composent la zone devenue au XIXe siècle Park Town.

Car les colons britanniques transformèrent totalement le paysage et le jardin du marchand portugais João Pereira de Fari avec la construction de la gare centrale et du marché Moore. Ce dernier a lui-même disparu dans les années 1980 dans des conditions encore mystérieuses. C’est l’époque où la vacance du pouvoir municipal a laissé partir en fumée (ici en l’occurrence un incendie inexpliqué à ce jour) de nombreux bâtiments historiques, à la grande joie des spéculateurs immobiliers.

Il ne reste hélas rien de ce malheureux Moore Market, une belle construction indo-sarracénique sinon une malheureuse maquette perdue dans les immondices du parking entre la gare centrale et le Victoria Public hall. Son emplacement correspond au amas de voiture et à l’affreux bâtiment qui fait office de gare de banlieue. Le canal Buckingham transformé en égout à ciel ouvert sépare les deux gares d’un mur nauséabond. Derrière le Moore Market Bg dont seul le nom rappelle cette halle Baltard mauresque oubliée, sur la gauche, une jolie grille victorienne mène jusqu’à l’immense parking à deux-roues. Un vrai symbole du passage du temps.

Marché des livres d’occasion

Une sorte d’arche en métal indique l’entrée de ce marché en plein air entièrement dévolu aux livres anciens et d’occasion. Cet endroit est un paradis pour bibliophiles. Des rangées d’étals de fortune croulent sous les volumes de toute sorte. Une partie de l’histoire se déroule dans le remarquable roman d’Abraham Verghese “le pacte de l’eau”. On y trouve des livres universitaires déjà utilisés sur des sujets aussi variés que la médecine, le droit, la littérature ou les sciences humaines.

Un autre vestige du People’s Park disparu se trouve caché à la vue de tous. Il s’agit du centre commercial Lily Pond, la mare aux nénuphars. Le complexe manque de charme malgré son joli nom évoquant les fleurs d’eau épanouies sur les plans d’eau qui ponctuaient cette zone de marécages. Néanmoins, si vous êtes fou de brocante c’est l’un des rares lieux de Chennai pour chiner.
La rue VP Hall compound correspond au chemin qui bordait le parc du peuple, People’s Park ouvert dans les années 1850. Ce fut l’un des premiers parcs d’Inde et il constitua le cœur vert de Madras durant de nombreuses décennies. Il s’enorgueillissait d’étangs parcourus par des bateaux, de pelouses taillées au cordeau et de grands boulevards bordés de rangées d’arbres.
Une balade à travers le People’s Park constituait le sommet de l’élégance, le loisir favori de l’élite citadine. Le parc marquait également la frontière extérieure de la Madras coloniale, le seuil au-delà duquel la ville s’étendait hors des murs du fort St Georges. La rue s’ouvre bientôt sur une clairière malheureusement envahie d’ordures et malodorante. Une grille marque l’entrée du jardin de Notre Dame « Our Lady’s Garden ».
Lady’s Garden
Le Lady’s Garden est l’unique vestige de ce qui fut l’immense parc du peuple. Situé tout d’abord au centre géographique de la ville, des portions du grand Parc accueillaient des collections « zoologiques et ornithologiques, cinq lacs, une fanfare, des terrains de football, de tennis et autres jeux ». En 1878, un gymnase s’y ajouta. A l’époque, la fanfare jouait deux fois par semaine dans le kiosque.

L’apogée du parc se situe dans les années1920. De nombreux évènements y avaient lieu. Parmi ceux-ci la foire de Madras ou bien la populaire Foire de Park Town et le Carnaval. La foire de l’association athlétique d’Inde du Sud représentait un des moments clé du calendrier social, ce jusqu’à la fin des années 1970.
Des attractions avaient beaucoup de succès comme les cascadeurs sur deux-roues dans un enclos ressemblant à un tonneau, des combats et le rekla, une attraction très locale. Il s’agissait d’une course de chars à deux roues.
Néanmoins, vers 1979, une grand partie du parc fut acquise par la compagnie de chemins de fer du sud qui souhaitait ajouter des rails et s’étendre vers la banlieue. Les pelouses furent recouvertes de constructions.
Le jardin officiel du Maire
My Lady’s Garden se trouvait au milieu de People’s Park. Il était et continue d’être le Jardin officiel du maire. Il conserve un charme sans équivalent avec des arbres centenaires et des statues des années 1930. Entre 1933 et 1973 il devint le lieu pour les réceptions du maire. S’y déroulaient également les festivals, comme celui des fleurs qui dura plus d’un siècle quand la ville comptait plus de jardins que de constructions.

Vous pouvez vous balader dans cet espace vert depuis l’entrée ouest en passant devant une réplique du fameux pilier d’Ashoka. Cette colonne blanche surmontée de 4 lions dorés symbolise l’unité indienne réalisée par le grand Empereur au IIIème siècle avant notre ère. Elle apparait dans l’angle droit en bas des billets de banque indiens.

Les statues, peu inspirées, de plâtre coloré, réparties dans les herbes, représentent des divinités et des maires des temps passés. Puis dirigez-vous vers l’horloge d’aspect bien britannique à la sortie est du parc. La couronne britannique imposait sa vision du temps mais aussi ses horloges. C’est la raison pour laquelle l’Inde avance de 5 heures et demie sur le Royaume-Uni. Le brave Anglais n’avait besoin que de retourner sa montre pour lire l’heure de Londres ou celle de n’importe quel point de la lointaine colonie qu’il se trouve à Madras, Calcutta ou Bombay. Ainsi quand il est 13 heures à Londres, il est 18h30 en Inde. Elémentaire mon cher Watson !

Au-delà de l’horloge, la grille du parc s’ouvre sur une allée qui mène à la grande rue Raja Mutiah





















































































































