Baroda

Baroda est la Ville d’un homme, le Maharaja Sayajirao Gaekwad III (1863–1939). Adopté par la dynastie régnante, ce prince éclairé et bienfaiteur a régné 63 ans. Cela lui a laissé le temps de mener son royaume à son apogée. Ancienne mais détruite par les nombreux envahisseurs, la ville est en effet devenue très prospère à la fin du XIXe siècle.

jardins de Baroda

 Très progressiste, Gaekwad III a notamment rendu obligatoire et gratuit l’enseignement primaire, et aboli le mariage des enfants. Il a également fondé l’université Maharaja Sayajirao University (MSU ) mais aussi la fameuse banque de Baroda. Au niveau économique, il a introduit de nombreuses réformes. Son règne éclairé a favorisé l’irrigation et les chemins de fer. Il a ainsi modernisé et enrichi son royaume. Outre les nouvelles infrastructures, il a fait construire, à l’usage de sa famille, le célèbre Laxmi Vila palace, considéré comme le plus grand palais privé du monde.

arrière du musée

De Vadodara à Baroda, la capitale Culturelle du Gujarat

Baroda, aujourd’hui appelée Vadodara, est la capitale Culturelle du Gujarat. Avec 1,5millions d’habitants, c’est pourtant une toute petite ville comparée à l’énorme Ahmedabad ou même à Surat. Néanmoins, la cité prestigieuse sous les Chauluyaka au XIes, tourmentée sous les Moghols, s’est mué en une très belle ville moderne.

Placée au carrefour d’importantes routes de commerce, Baroda s’est vue envahir de nombreuses fois. Aujourd’hui , elle peut s’enorgueillir d’une dynamique université, d’un magnifique parc et musée, et, plus généralement d’une belle architecture et d’une jolie ambiance.

Les essentiels de Baroda

Dans Vadadora, on va pouvoir rechercher la trace du grand architecte Chisolm au magnifique musée mais aussi au marché. En Effet, Gaekwad III a fait appel au bâtisseur phare de Madras. On retrouvera aussi Sri Aurobindu qui a passé 18 ans à enseigner l’anglais en ces lieux.

Université de Baroda

Je conseillerais de partir de l’université impressionnante avec ses beaux bâtiments éclectiques de la fin du XIXe et son Jardin botanique. Puis de se rendre au parc Sayaji. Il vaut la peine d’y flâner en fin de journée quand les lumières l’illuminent ou au petit matin quand les jeux d’eau le rafraîchissent. De nombreux et charmants pavillons, un zoo et surtout un magnifique musée permettent d’y passer un bon moment. Si vous ne souhaitez pas visiter le musée, allez au moins en admirer la façade. Car il s’agit là de l’un des chefs d’œuvre du grand architecte Robert Chisolm.

facade du musée éclairée

De là on peut raccrocher la balade de l’office du tourisme que je vous retranscris rapidement si vous ne vous sentez pas à l aise dans la langue de Shakespeare. Cette balade s’intéresse aux bâtiments administratifs et maisons traditionnelles du centre de Baroda, entre la Bibliothèque publique et le marché.

marché de Baroda

Balade de l’Office du tourisme

Tous ces bâtiments publics comme ceux indiqués sur la carte (Navi Kothi) datent de la fin du XIXe. Sous le règne de Gaekwad III, on adopta un style indo-sarracénique. Le second arrêt permet de voir l’ancien secrétariat inspiré par les grosses maisons traditionnelles “wada”. Celles ci s’organisent autour de deux larges cours.

carte de la balade proposée par l'Office du tourisme

 Puis on continue avec les 8 cartes relatives aux guerres du Maratha contre les Britanniques au début du XIXe s. Elles ont certainement été réalisées après les évènements. A moins que l’artiste n’ait assisté à chacune des batailles ce qui attesterait d’une longévité remarquable.

Le quatrième stop se fait au premier temple du soleil de Baroda, le Suryanarayana Temple (1793-1803). Puis on enchaîne avec des Wada. A commencer par celle de  Tambekar. C’était la Résidence du Diwan (Gouverneur) de Baroda entre 1849 et 1856.  Muzumdar Wada, elle, est connue car Sri Aurobindu y a passé 3 jours en 1907 en intense méditation (sadhana) avec son guide spirituel, Vishnu Bhaskar Lele.  C’est à l’issue de ces trois jours que le saint homme aurait atteint la sagesse.

Ashram d'Aurobindu

Enfin,  la maison Bhaskarrao Vitthal (1806-08) se composait à l’ origine de 7 étages et de 2 cours intérieures dans un grand parc. L’itinéraire s’arrête ensuite au Nilkantheshwar Mahadev Temple.

On accède alors au Manikrao Akhada, centre de tradition Maratha de culture physique. On s’y entraine à la gymnastique et la lutte traditionnelles. Puis le Kala Bhavan Technical Institute, fondé en 1890 devait répondre à la vision sociale moderniste de Gaekwad III.

Lehripura Gate

Enfin la balade se termine à  l’Ashram Sri Aurobindu. Le philosophe, poète, Professeur yogi et freedom fighter originaire du Bengale y a passé 18 ans en temps que professeur d’anglais auprès du Maharadja. En sortant de l’Ashram, on peut se rendre du côté du lac Sur Sagar avec sa statue en or de Siva. Il jouxte quasiment Lehripura Gate. Le quartier animé mène au marché qui porte la trace de Chisholm. Cette zone plus populaire est aussi très dynamique.

Sagar lake avec al statue de Shiva

Il est temps maintenant de découvrir la pièce maitresse de Baroda, son palais royal.

Lakshmi Vila Palace

Lakshmi Vila Palace, facade sur jardin

le Lakshmi Vilas Palace servait de résidence aux rois de Baroda. Il se visite avec audioguide. L’entrée n’est pas donnée mais vaut le coup. On ne visite que le rez de chaussée car la famille habite toujours le premier étage. De l’extérieur, on ne voit qu’une partie du parc. Les salons XIXe siècle bien entretenus sont intéressants. Ils témoignent de la richesse de ce monarque éclairé qui a su résister à l’occupant britannique pour construire un vrai royaume puissant.

Lakshmi Vila Palace

La famille Gaekwad, originaire de Pune prit le pouvoir au XVIIIe siècle et fonda une principauté  semi-indépendante promise à une vraie prospérité sous le Raj. Le Gujarat était l’une des régions les plus prospères et modernes à l’époque britannique. Le Palais fut construit en grande partie par le Major Charles Mant dans un style indo-sarracénique. La vision locale se mêlait  à la modernité européenne. A la mort du Major, Chisholm reprit la direction des travaux avec beaucoup de réussite. Comme presque toujours en Inde, les photos en intérieur sont interdites.

Entrée du Lakshmi vila Palace

Ce palais est connu (encore aujourd’hui) comme la résidence privée la plus grande du monde. Lors de sa construction il jouissait des inventions les plus modernes et rappelait une grande demeure européenne. Il reflétait le désir du souverain de montrer la modernité de l’Etat de Baroda au même titre qu’un royaume européen. Le Durbar servait aux réunions royales et aux cérémonies d’Etat. La taille et la magnificence collaient au message politique de Sayajirao Gaekwad III. Selon lui en effet, les gouvernants indiens pouvaient égaler les souverains européens.

accès au Lakshmi Vila palace

Modhera

Un peu au nord d’Ahmedabad, le superbe Temple de Modhera (1h de route) vaut le détour. On y admirera un des grands chefs-d’œuvre de l’architecture Solanki avant de se rendre dans la banlieue de Gandhinagar au Adalaj vav.

Le temple du Soleil, Modhera

Le magnifique temple de Modhera affecte une forme ramassée. Il adopte le même style architectural que le Rani Ki Vav, un peu plus au nord. Classé au patrimoine de l’UNESCO, il jouit d’un aménagement qui le met à l’abri des déprédations et ordures malheureusement si courantes en Inde.

 Protégé et entretenu par le service archéologique d’Inde, il reste néanmoins vivant. Les touristes peuvent admirer la beauté harmonieuse de son architecture sans gêner les fidèles, accueillis dans un petit temple latéral.

On accède tout d’abord à un réservoir aux escaliers géométriques. De petits paliers répartissent de manière symétrique les volées de marches disposées en triangles. Une magnifique Torana ouvre sur le temple. Ce type de porte évidée et sculptée est typique de l’architecture médiévale Nagara que j’avais découverte dans l’Odisha. De petite taille, il offre une iconographie d’une richesse exceptionnelle avec ses motifs en accolade typiques du style.

Ce temple dédié à la divinité solaire (Surya) est construit dans le style Māru-Gurjara ou Chaulukya, ou Solanki, variante régionale du style Nagara. Il se compose de trois éléments alignés axialement. Le sanctuaire proprement dit, “garbhagriha”, donne dans une salle “Gudhamandapa” un peu plus grande. À l’extérieur, une salle d’assemblée “sabhamandapa” ou “rangamandapa” et un réservoir sacré “kund” complètent le complexe.

Une architecture remarquable

Ce temple date de 1026 après J.-C. et de la dynastie Chaulukya qui a donné son nom au style. Il est un peu antérieur au Rani ki Vav. Voir les deux permet d’apprécier pleinement la richesse architecturale et ornementale.

On trouve ce type d’architecture au nord-ouest de l’Inde. Le meilleur exemple de son évolution du XVIᵉ au XIXᵉ siècle se trouve à Palitana. Ce style orné s’ancre dans les innovations de l’Inde occidentale au Xᵉ siècle sous la dynastie bâtisseuse des Chalukya appelés aussi localement Solanki. Ces caractéristiques se sont cristallisées dès le XIVᵉ siècle dans les temples jains. À Modhera et au Rani Ki Vav, on parle plus précisément d’une variante Māru-Gurjara.

Ce style insiste sur l’ornement des murs extérieurs et intérieurs. Des bas-reliefs et formes géométriques les recouvrent entièrement. Trois salles hypostyles (à colonnes) ouvertes jouent sur les formes carrées et circulaires. Des toranas (portes décorées) et des andolas (arches en accolade) très ornés ajoutent à la complexité du décor. Au plafond, des coupoles aux cercles concentriques enveloppent l’espace et la lumière.

Pour admirer le raffinement presque maniériste de l’architecture locale, vous pouvez pousser vers Gandhinagar, dans un lieu touristique plus fréquenté quoique bien passionnant également.

Adalaj Stepwell

Le réservoir Adalaj est un peu plus tardif. Construit en 1498, ce baori (en hindi)  ou vav (en gujarati ou marwari) servait de réservoir pour boire, se laver ou se baigner. On trouve beaucoup de ces puits dans cette région aride, jusqu’au Pakistan. Construits entre le IIIᵉ et le XIXᵉ siècles, il y en a plus de 100 dans le seul Gujarat. Néanmoins, Adalaj est le plus connu de la région en raison de sa beauté mais aussi de sa proximité d’Ahmedabad.

Ces structures utilitaires ont parfois joui d’embellissements visant à célébrer l’importance de l’eau. Les plus anciens de ces puits étaient creusés dans la roche. Le vav Adalaj comporte cinq étages de profondeur, tous entièrement sculptés.

On y accède par un escalier qui s’ouvre au sud. Puis trois escaliers au sud, à l’ouest et à l’est mènent au palier situé au nord du puits. Aux quatre coins, quatre petites fenêtres en oriel décorées minutieusement l’éclairent.

Un réservoir de style Solanki

Construit en grès, il adopte le style Solanki abordé à Modhera. Dans la partie supérieure, son plan octogonal repose sur de nombreux piliers sculptés. Chaque étage est suffisamment large pour permettre à un grand nombre de personnes de venir chercher de l’eau. Creusé profondément, il visait à capter l’eau au niveau des nappes en tenant compte des fluctuations de niveau saisonnières. Les trous dans le plafond permettent d’aérer les étages.

Du premier étage, trois escaliers mènent au niveau inférieur du puits. Le sol aux marches carrées prend la forme d’un entonnoir autour du puits circulaire. Il s’ouvre sur l’extérieur. Une forêt de colonnes, poutres et arcs sculptés se succède. Les motifs floraux et graphiques se mêlent aux symboles de dieux hindous et jains sculptés. Dans la partie supérieure, on peut admirer des motifs d’éléphants de tailles et représentations différentes. Sur les murs, des sculptures de femmes dans des taches de la vie quotidienne, s’habillant, barattant le beurre, dansant sous le regard du roi.

Je suis pas fan de la pub, mais voici quelques explications.

La température dans le puits est inférieure de 5 degrés à l’extérieur. Ce qui encourageait les femmes qui venaient chercher de l’eau à passer plus de temps à discuter età y honorer les divinités.

Palitana

Palitana est la Mecque des Jains et pourtant rares sont ceux qui en ont entendu parler y compris en Inde. C’est pourtant réellement un lieu exceptionnel. Il faut compter plus de 4h de route (sans encombrement) depuis Ahmedabad en voiture, 1 bonne heure de Bhavnagar la grande ville peu passionnante du coin. L’accès est encore plus compliqué en transports en commun. Pour réserver bus ou train en effet il faut avoir un compte bancaire et un téléphone indiens. Sauf à passer par une agence ou des amis locaux, venir à Palitana n’est pas aisé. Mais le jeu en vaut la chandelle car Palitana se mérite !

La Mecque des Jains

Niché au Sommet du Mont Shatrunjaya, les temples surgissent comme par magie dans une belle campagne fertile.

C’est un des hauts lieux de pèlerinage jains. Les Jains les plus orthodoxes doivent réaliser 3 montées par jour (une bonne heure et demie pour escalader les 3800 marches sans manger ni boire). Les plus convaincus y montent 99 fois en 1 mois. En raison de la difficulté à trouver des informations, je conseille vivement la lecture de cet article.

Palitana, une merveille architecturale

Le site naturel est certes magnifique. Mais, ce qui émerveille avant tout, c’est l’architecture. Une fois en haut en effet, le spectacle est magique. 900 temples, tous plus beaux les uns que les autres, se répartissent sur 2 collines. Le grand temple Adinath couronne la première colline. Une multitude de cours et de petits sanctuaires surmontés de vimanas aux fantastiques sculptures en font une véritable petite ville de l’intérieur. On y débouche à travers un véritable labyrinthe de temples et sanctuaires plus petits mais admirablement sculptés. L’architecture se révèle remarquablement homogène. Comme pour presque tous les bâtiments jains, il s’agit d’un style qualifié de Solanki .

L’architecture Solanki doit son nom à Kumarpal Solanki, mécène et bienfaiteur jain, ministre du roi Chaulukya. Ce style se figea dans la communauté autour de ce grand personnage. On le retrouve donc dans tous les temples jains aujourd’hui encore. Mais, on en voit l’archétype au Rani ki Vav et surtout au temple du soleil avec ses arcs en accolade et ses sculptures raffinées.

C’est d’ailleurs de l’époque Solanki au XIᵉ siècle que datent les premiers des 900 temples construits au sommet de Shatrunjaya Hill. Beaucoup sont plus récents mais respectent les mêmes principes constructifs. Certains sont encore en construction. Les temples jains construits depuis cette époque fondatrice partout dans le monde affectent un style identique.

Un chemin de Croix pour monter sur Shatrunjaya Hill

Une fois arrivé dans la grosse bourgade moderne et sans charme, il faut atteindre la ville sainte. On y accède à pied au terme d une montée à pied d’une bonne heure trente. Les photos, la nourriture, les boissons y sont interdites. J’ai volé pour les besoins de l’article les quelques photos dont je vous gratifie. Surtout les plastiques sont interdits pour éviter de polluer le superbe site. En outre, le jeûne fait partie des obligations jains. Des dames sévères contrôlent d’ailleurs l’entrée du site pour vider vos sacs de tout aliment ou appareil photo. L’ensemble de la balade dure entre 4 et 5 heures selon le temps que vous passez à admirer les temples.

 L’idéal consiste à arriver le soir pour dormir à Palitana et marcher au lever du soleil. En partant à 5h, on parvient aux temples avec les premiers rayons solaires. La lumière qui baigne les temples est magique. Il vaut mieux prévoir cette marche en hiver pour éviter les grosses chaleurs. On peut facilement petit-déjeuner après 11h une fois  redescendu de Shatrunjaya Hill. Si l’effort physique ne fait pas du tout partie de votre ADN ou que votre condition physique vous empêche ce type d’expérience, vous pouvez utiliser les services de portage (doli). Des jeunes gens robustes vous chargeront à bord d’un palanquin brinquebalant et vous porteront à bout de bras et de souffle le long du chemin.

Il convient de s’habiller décemment pour se rendre en ce lieu saint. Les épaules et genoux couverts s’imposent. En revanche, une fois dans les temples, il faut se déchausser. Malgré toutes ces précautions préalables, l’expérience vaut la peine. Le panorama et les temples sont d’une beauté à couper le souffle. Enfin dernière précision matérielle, l’accès au site est gratuit. Néanmoins, les prêtres ne s’opposent pas à une petite donation. Charmants, ils sont prêts à expliquer les rituels voire à vous y faire participer.

 Visite de Palitana

Une fois parvenu dans la cité sainte, de grosses tours annoncent les temples. On prend presque naturellement sur la gauche du chemin pour avancer vers le temple principal Adinath au sommet de la première colline. On y accède en montant le long d’une enfilade de petits temples presque imbriqués les uns dans les autres. Car les temples de Palitana, majoritairement en marbre blanc, forment de véritables sous ensembles qualifiés de Tonk ou tuk. Ils parsèment l’ensemble de la cité sainte et fortifiée sur les deux principaux sommets de la chaine montagneuse. Enfin on parvient au saint des saints, un grand temple composé de cours et de petits sanctuaires.

L’autre colline, beaucoup moins fréquentée, consiste en une véritable citadelle. Elle enserre une multitude de sanctuaires toujours sur le même modèle. Ils débouchent les uns dans les autres. Le fait que la colline ne soit accessible qu’à pied rend la visite incroyable. On marche en effet de merveilles en merveilles sans aucun bruit ou circulation, fait rarissime en Inde. Ce calme presque irréel, ajouté à la beauté des lieux, rend la découverte de la ville sainte vraiment unique. J’allais répéter magique, mais je ne me remets pas de ce lieu fantastique. La vue de tous côtés a de quoi éblouir également. Seul bémol, les nombreuses réfections bétonnent malheureusement les sculptures érodées. Le charme s’en va mais au moins les édifices évitent-ils de disparaitre.

Le site remplirait visiblement toutes les conditions pour se ranger au patrimoine de l’Unesco. Car tout ici est remarquable à quelque niveau que ce soit, historique, spirituel, religieux, architectural. Mais, une farouche volonté de le conserver à l’écart des circuits touristiques et de la fréquentation de masse, terrifiante en Inde, empêche son classement. À vrai dire, lorsque l’on voit le comportement des rares touristes portés sur les palanquins et hurlant des ordres ou pendus à leurs téléphones portables sans se préoccuper des interdictions locales, on comprend cette décision. La cacophonie créée par ces touristes non religieux et les jeunes porteurs  s’inscrit en faux par rapport à la sérénité ambiante et voulue. Combien de temps encore ce lieu presque idéal échappera-t-il aux hordes sauvages?

Rani ki Vav

Aujourd’hui je vous propose une virée au Rani Ki Vav. il se trouve à 3 h au nord de Ahmedabad 125 km en direction de Patan. On va traverser ce qui fut autrefois une capitale et ne correspond plus qu’à un village avant de rejoindre un site UNESCO exceptionnel.

Sur la route, on croise de nombreux dromadaires. On sent que le nord du Gujarat est la proie du désert. Néanmoins le Premier Ministre d’Inde, ex Chief Minister du Gujarat a doté son Etat de routes impensables ailleurs en Inde. De fait, le Gujarat alterne le meilleur et le pire, la modernité absolue et la pauvreté crasse.

 Rani Ki Vav, le temple inversé

 Ce puits de la Reine vaut tous les superlatifs laudatifs. Situé au fin fond de la campagne, il vaut mieux y accéder de bon matin pour éviter les foules. Car ce réservoir aux allures de temple fait le plein de locaux éblouit par la beauté des sculptures.

éléphanst sculptés

Le Rani Vi Vav, parfois considéré comme un temple en raison de sa beauté, remonte au XIeme siècle. Construit pour servir de réservoir, il appartient à un type de construction typique des régions désertiques du nord ouest de l’Inde. Mais il dépasse ses équivalents par sa taille et sa splendeur.

nettoyer le Rani Ki Vav

Comme les autres puits, le Rani Ki Vav se remplit selon les saisons. Le but consiste à stocker les pluies de la saison humide pour survivre aux périodes de sécheresse. Les mois chauds il fallait descendre plus bas pour récupérer le précieux liquide d’où l’invention de ces puits à degrés. Celui ci atteint 7 étages en profondeur d’où le nom actuel de temple inversé. Ces vans ou baoris constituèrent une grande contribution architecturale de l’ouest de l’Inde.

Ce magnifique puit disparut néanmoins au cours des siècles. Submergé par une crue du fleuve Sharavathi, le site s’envasa. On ne le redécouvrit que dans les années 1940 pour ne commencer la restauration que dans les années 1980. Depuis 2014, il figure dans le classement de l’Unesco.

Le Rani Ki Vav, Une œuvre commémorative

Le Rani Ki Vav remonte à la mort du roi Bima qui avait établi sa capitale non loin dans la ville de Patan. Chassé par des armées musulmanes destructrices des temples de Somna et Modhera, Bima ne vit jamais ce chef d’œuvre voulu par sa veuve. En effet Rani signifie la reine.

Le programme décoratif, d’un raffinement extrême, reste pourtant typique de la dynastie Chaulukya ou Solanki. Ce style perdure dans l’architecture jain qui s’est cristallisée à cette époque autour de la construction des temples jains du Mont Abou. On retrouvera d’ailleurs le style dit Solanski au temple de Modhera et à Palitana.

Cette œuvre commémorative comporte 7 étages dont les 5 inférieurs sont quasi parfaitement conservés. Des 4 plateformes on visualise une partie des merveilleuses sculptures. On s’amuse ainsi à y chercher les 24 formes de Vishnou. Les avatars du dieu le représentent sous la forme d’un sanglier, d’un nain. Cette iconographie accompagnait les femmes dans leur quête d’eau.

On ne peut en revanche pas accéder au puit vertigineux de 29m  dont le réservoir récupérait le surplus. Il faut se contenter de plonger le regard dans ses profondeurs de derrière un grillage.

Il reste environ 500 des 800 sculptures. En bas ou haut relief, elles décorent les 226 piliers (sur les 292 originels) et les frises. Les colonnades avaient pour but de réduire les rayons du soleil et, de là, l’évaporation du soleil. Même si on peut regretter la bétonisation des 2 derniers étages, ce chef d’œuvre d intelligence écologique ne cesse d’émerveiller par sa splendeur. Car au XIe s la sécheresse du Sharavathi obligeait déjà les hommes à ruser pour survivre.

sculptures, Rani Ki Van

Non loin du Rani Ki Vav

 Un système de canaux, tranchées et réservoir existe non loin du Rani Ki Vav. Ces lieux magiques nous content l histoire de la recherche d’eau dans cette région désertifiée. On peut donc coupler la découverte de ce fantastique site avec le Shahstraling Talav pour mieux comprendre le système de récolte et de stockage d’eau médiéval.

Sidhpur, image de Philippe et véronique

Il est également possible de considérer une petite halte dans la jolie petite ville de Sidhpur. On y voit les ruines du temples Rudra Mahalaya et surtout les jolies maisons de bois colorées de teintes pastel. Une rue particulièrement jolie conserve ses maisons au style victorien Elles furent construites par la communauté des Bohra musulmans. L’on trouve ces maisons dans l’ensemble du quartier (Vohravaad), parfois en très piteux état. Cependant seule « Paris Galli » ou « rue de Paris  » apparait sur les sites touristiques presque à l infini. Car, dans les faits, sur le bon millier de ces maisons, à peine un tiers sont entretenues ou habitées. Hormis la jolie rue instagrammable et instagrammée, le reste de la ville donne plutôt une impression fantomatique, quoique assez envoûtante.

Sidhpur, facades, image de Philippe et Véronique
facade de Sidhpur image de Véronique et Philippe

Ahmedabad

entrée de Haveli Ahmedabad

A l’aéroport et sur la route de Ahmedabad on a presque l’impression de débarquer dans le premier monde. Pourtant, ce sont les contrastes qui rendent Ahmedabad si intéressante. l’aéroport ultra moderne, le quartier chic proche de l’université, les jolis parcs le long du fleuve font de cette énorme ville de plus de 10 Millions d’habitants l’une des plus modernes du pays. Mais les nombreux bidonvilles et le centre historique pauvre, sale mais fascinant donnent une image radicalement différente. Il est temps de plonger dans les différentes facettes de Ahmedabad

mosqée , Ahmedabad

Une vieille ville remarquable

Le patrimoine homogène du centre historique de Ahmedabad lui a valu de devenir la première ville d’Inde classée au patrimoine de l’Unesco.

Ce quartier musulman très vivant, pauvre et poussiéreux abonde en belles maisons à l’architecture fascinante. Des rues commerçantes offrent une plongée dans l’ambiance grouillante et chaleureuse de l’Inde populaire. Outre les belles façades, la vieille ville offre l’occasion d’admirer de magnifiques mosquées.

Voici un itinéraire de 3h environ facile à suivre pour découvrir la vieille ville.

Les Pols du centre historique

Pol, Ahmedabad

Première plongée dans la vieille ville, les Pols. Ces véritables mini labyrinthes urbains se composent de cours fermées sur l’extérieur. On y accède par une ou deux portes fermées le soir sur des ruelles étroites. Reconnus par l’Unesco comme patrimoine vivant et unique, ces Pols s’organisent autour de cours intérieures fermées au reste du quartier. Ils offrent une cohésion à la vieille ville fondée en 1411. Pourtant l’atmosphère et l’architecture de chacun y diffère. On y découvre de jolis havelis plus ou moins restaurés (plutôt moins que plus). Outre ces belles maisons traditionnelles, on voit des portes secrètes et des Chabutaras (pigeonniers). Ceux-ci témoignent de l’importance des animaux dans cette région marquée par la tradition jain, et de l’influence de Gandhi. Les jharokhas, véritables marqueurs sociaux, ornent les façades, mi oriels mi balcons sculptés.

pigeonnier, Ahmedabad

Dans ce labyrinthe, le pont Fernandes abrite des bouquinistes sous ses piles. Il représente le centre intellectuel de la vieille ville de Ahmedabad. De là on longe des rues animées bordées de pols et de jolis havelis mais aussi de temples jains et hindous.

temple jain Ahmedabad vieille ville

 On atteint alors le Rani no Hajiro. Ces tombes des reines remontent au règne du Sultan Ahmed Shah. Dans la cour de merveilleuses tombes délicatement sculptées gisent à ciel ouvert. Autour de l’enclos se pressent les orfèvres, bijoutiers et boutiquiers divers.

Grande Mosquée et marchés

3/ presque en face se dessinent les deux minarets tronqués de la magnifique Grande Mosquée. Construite en 1424, comme l’ensemble de la ville, Jama Masjid fut l’une des plus belles mosquées du pays. Ses 260 piliers de pierre jaune somptueusement sculptés, ses mihrabs la classent parmi les chefs d’œuvre de l’art pré moghol. Avec son vaste diwan et sa forêt de colonnes elle n’est pas sans rappeler la grande mosquée de Damas. Des influences sassanides agrémentent néanmoins le plan ommeyade.

Grande Mosquée Ahmedabad

En suivant la rue commerçante on débouche sur la triple porte fortifiée Teen Darwaza. Comme l’ensemble du complexe royale elle date de 1411. Elle domine la grande place centrale. Là se dresse l’hôtel de ville brutaliste. Derrière la masse disgracieuse, une mosquée et un temple s’adossent au fort Bhadra. Cette zone royale se réduit à peu de choses. La construction du sultan Ahmed Shah n’abrite plus que le temple Bhadra Kali, une mosquée et des bureaux. Il ne reste rien des palais, jardins et appartements du début du XVe.

Bhadra Kali, le fort

En limite de la vieille ville

On quitte cette zone très commerçante de petits vendeurs de rues pour s’engager dans le Manek Chowk. Ce grand marché aux légumes du matin se transforme en marché aux bijoux dans la journée avant de devenir un night market connu pour ses petits restaurants de rue.

le Manek chowk dans l'après midi

Dernière étape de cet itinéraire, la mosquée Sidi Saiyyed. Beaucoup plus petite que la grande mosquée, elle jouit de fantastiques fenêtres ouvragées. La dentelle de pierre forme des arbres de vie.

En face, le grand hôtel de la ville MG, offre une superbe expérience culinaire. Au dernier étage le restaurant (sur réservation) permet d’expérimenter un thali, création locale, hors du commun. Les saveurs, la fraicheur, la variété y sont remarquables.

Une grosse ville aux diverses facettes

Une fois hors du quartier historique populeux s’étendent bidonvilles, quartiers résidentiels et modernes. Des zones quasi occidentales s’articulent autour de l’université. De belles maisons longent des rues carrossables. Des cafés bordent les avenues ponctuées de centres commerciaux.

Le fleuve Sabamarti rend la ville facile à comprendre. Le rivage se transforme peu à peu en parcs arborés (et payants) mais repousse les plus pauvres vers la périphérie.

 Les nombreux bidonvilles tendent en effet à se déplacer au-delà des zones centrales gentrifiées de cette énorme ville en croissance rapide.

haveli de la vieille ville d'Ahmedabad

Quelques musées valent le détour. Sur la rive est, au nord de la vieille ville, dans le joli quartier résidentiel de Shahibaug, l’admirable musée du Calico représente l’une des plus belles galeries textiles du monde dans des bâtiments superbes et un jardin magnifique. Il convient de réserver bien en avance la visite de ce lieu extraordinaire.

Rive ouest

Corbusier à Ahmedabad, Mill's owners

A réserver également, Mill’s owners, la maison de l’association des fabricants de tissus. Cette œuvre de Corbusier, donne l’occasion d’un parcours architectural et historique passionnants. La maison musée est sujette à restauration et je vous conseille de vous renseigner pour préparer votre visite.

Mill's owners, maison du Corbusier

Plus au sud, le musée Sanskar Kendra de Corbusier est hideux et en totale réfection. A moins de vous rendre au théâtre voisin, vous pouvez vous abstenir de vous rendre si loin . En revanche vous pouvez longer le Sabamarti pour gagner l’Ashram de Gandhi. Ce lieu correspond en revanche à une belle surprise. Gandhi, héros régional y a réellement vécu 12 ans. Outre sa maison, un musée passionnant et très bien fait raconte de manière simple et didactique la vie et l’œuvre du héros de l’indépendance.

lunettes de Gandhi à l'Ashram
Ashram de Gandhi

Trichy

Trichy est le nom simplifié de Tiruchirappalli. Le nom « provient au choix de Chiruta-palli (petite ville’) ou Tiru-ssila-palli,  ‘ville sainte du rocher ou »Thiru-Sriranga-Palli », lieu de repos du Ranganatha , le démon à 3 têtes  Trishira, ou encore « Trishirapuram »la ville de celui à 3 têtes.

Bref, avec près  d 1 Million d’ habitants, Trichy est LA capitale religieuse du Tamil Nadu. On pourrait même pousser jusqu’à dire que c’est LA ville des Tam Bram, les Brahmanes tamouls. De fait, les gros temples abondent dans cette ville au centre géographique du Tamil Nadu, sur les bords du fleuve Kaveri ou Cauveri. Celui-ci se sépare en deux créant une ile, Srirangam, sur laquelle se concentre une grande partie de l’activité religieuse.

Trichy se trouve dans une zone agricole perdue au cœur du Tamil Nadu et l’anglais y est moins courant qu’à Chennai où l’on survit parfaitement sans un mot de tamoul

Elle a connu son heure de gloire sous les Cholas dès le IIIes. Revisitée par toutes les grandes dynasties régionales Cholas Pallavas Pandyas, Vijayanagars puis par les Nayaks et enfin les Britanniques, on y visite notamment trois temples exceptionnels.

Temple du rocher Rockfort à Teppakulam

Au centre de la ville, dans le quartier de Teppakulam se dresse brutalement un énorme monolithe de 83m. Taillé dans la roche en partie basse et haute, il symbolise Trichy. Appelé Rock fort (Fort du rocher) il abrite une succession verticale de trois temples initiés sous les Pallavas (VI/VIIIes) puis reconstruits par les Nayaks de Madurai puis les Vijayanagar. Le fort lui-même date des Nayaks de Madurai qui firent prospérer la ville.

Le premier sanctuaire, consacré à Ganesh, est plongé dans la pénombre. Les Pallavas l’ont creusé à même la roche. Celui au Sommet de la colline, plus neuf et moins intéressant au niveau architectural, honore également le dieu éléphant et attire de nombreux pèlerins. Il domine la ville. Le point de vue y est impressionnant.

Le sanctuaire intermédiaire, plus grand et situé à mi-chemin de la montagne est dédié lui à Parvati. Il règne une atmosphère mystique le long de ces escaliers (344 marches) pentus menant d’un sanctuaire à l’autre.

Temple de Vishnu Ranganathaswamy

Thiruvaranga Tirupati,  sur l’ile de Srirangam est dédié à Vishnu. C’est le plus sacré des 108 sanctuaires vaishnavite. Il est considéré comme l’un des plus grands temples du monde. Il dépasserait en taille le Potala Palace de Lhassa, Angkor Wat, Borobodur, Machu Picchu et le Vatican.

 Sa construction remonte aux Cholas au IXes. Les travaux d’agrandissement ont duré jusqu’au XVIeme siècle. On dénombre pas moins de 21 Gopurams. La plus haute la Rajagopuram culmine à 72m. On peut l’admirer d’assez près en montant sur les toits du temple.

 Plus qu’un temple il s’agit d’une ville-temple constituée des symboliques 7 enceintes rectangulaires successives (sapta Prakaram). Seules trois de ces enceintes se trouvent dans le périmètre du temple actuel. Ce type de ville-temple est typique du Tamil Nadu. On en trouve d’autres exemples à Chindabaram ( Temple Nataraja) et Madurai ( temple Meenakshi). Mais Thiruvaranga Tirupati est exceptionnel par sa taille, sa rigueur. Il intègre la ville au temple alors que les 2 précédents centrent l’agglomération autour du lieu de culte. Ainsi, les 3 enceintes extérieures se trouvent- elles dans la ville. Ceci permet de comprendre à quel point les temples correspondaient à un lieu de regroupement à l’époque chola. IIs équivalaient au centre du pouvoir religieux certes mais aussi politique social et économique avec les greniers.

Le gigantisme du temple se lit à tous niveaux. Il contient en effet 21 Gopurams, 50 sous sanctuaires, un vimana doré sur le saint des saints, 2 grands réservoirs et de nombreuses inscriptions et fresques. Parmi les mandapams, celui des 1000 piliers date des Vijayanagars (1336–1565). Le Sesharayar Mandapam remonte lui aux Nayaks et est remarquable pour  ses 40 piliers monolithes sculptés de chevaux sauvages chevauchés par des cavaliers. Les sculptures du temple sont magnifiques.

Jambukeswarar temple

Thiruvanaikaval es l’un des 5 Pancha (cinq) Bhoota  (éléments) Stalams (place) dédié à Shiva. Il s’agit des plus grands temples à Shiva au monde représentant les 5 éléments. (espace, air, feu, eau, terre et air). Ces 5 temples se trouvent dans le sud dont 4 au tamil Nadu (https://visitesfabienne.org/kanchipuram/). Ici même, Shiva se serait manifesté sous forme d’eau (Appu Lingam). D’où la présence de 9 réservoirs dans ce temple construit sur une ile et soumis aux crues en période de mousson.  Il y a également un cour d’eau souterrain. Un fossé entoure le sanctuaire principal  ouvert sur 3 côtés avec une idole en bronze de Nandi.

Jambukeswarar qui représente l’eau est le nom sous lequel on honore Shiva ici en compagnie de sa partenaire Parvati vénérée sous le nom de Akilandeswari.  Jambukeswara apparait ici assis sous un arbre jambu (Syzygium jambos ou pommier rose). Cet arbre croit sur un ruisseau qui enserre la divinité à la saison des pluies. Une série de 5 enceintes de plus en plus petites encerclent le saint des saints. Le temple date de la période chola. Il fait en effet partie des 70 temples construits par cette dynastie comme en attestent des inscriptions des XI et XIIeme siècles.

Eglises et centre art deco de Trichy

Dans le quartier de Teppakulam au pied du temple du rocher, des marchés animés le disputent aux magasins locaux. La rue commerçante NSB Road mène à l’église ND de Lourdes, souvent signalée mais sans intérêt majeur. De style néogothique, elle n’a pas du connaitre de rénovation depuis sa construction. C’est néanmoins un des rares lieux où l’on note la présence britannique dans cette ville. En venant du temple on passe devant la maison de Clive cachée par les étals et mal entretenue.

Derrière le temple du rocher, s’étend un quartier aux petites maisons art déco. Les couleurs des façades en sont si criardes qu’on en oublie pratiquement le style. C’est dommage.

Plus au sud, le quartier de la gare (Tiruchirappalli Junction) permet de découvrir l’église st Jean, un beau bâtiment palladien de 1816. Le père charmant accueille le visiteur avec amabilité et beaucoup de détails. Autrefois perdue dans les champs, elle a conservé un cimetière très campagnard.

Contrairement à mes habitudes, je partage ici une adresse d’hôtel coup de cœur, sur l’ile de Sriringam , le bien nommé Tranquility Homestay, une petite guesthouse isolée et charmante.

Temples cholas

De Tanjore à Pondichery, un certain nombre de temples cholas s’égrènent non loin de l’embouchure du fleuve Kaveri. Ils remontent au règne des Cholas entre les Xe et XIIIème siècles. ils représentent le sommet de l’architecture dravidienne. Ils sont d’ailleurs inscrits sur la liste de l’Unesco. Considérés comme les joyaux du Tamil Nadu, ils se visitent facilement. J’y étais passé rapidement il y a quelques années. Mais cette fois je vous propose un article uniquement consacré aux temples cholas du delta du Kaveri et surtout aux deux plus importants après celui de Tanjore.

On peut les aborder au cours d’une boucle menant de Pondichery à Tanjore ou vice versa et rajouter un petit crochet à Chindabaram. Les temples de cette ville poussiéreuse ne sont pas les plus fascinants. On peut se laisser tenter par un détour dans la mangrove. Mais, je vous propose plutôt ici d’admirer les plus beaux temples vivants cholas du delta du Kaveri.

Temples vivant du delta du Kaveri

La notion de temple vivant chola concerne des sanctuaires tamouls classé au titre de patrimoine de l’humanité mais qui restent des lieux de culte. La nomenclature en distingue 3 avec celui de Tanjore ajouté en 1987. Les deux qui m’intéressent dans cet article sont  Gangaikonda Cholapuram et Airavatesvara. ils ont été rajoutés à la liste de l’UNESCO en 2004.

Ces temples datent des XI et XIIe siècles. Ils représentent les exemples les plus aboutis de structure chola. Construits en pierre calcaire d’un magnifique ocre, leur statuaire est absolument remarquable.

 La dynastie Chola initia ce type architectural avec le temple Brihadisvara à Thanjavur (https://visitesfabienne.org/tanjore/). Les deux temples que je vous propose de visiter aujourd’hui montrent des exemples parfaitement aboutis de développement des éléments initiés dans la capitale des Cholas.

 A eux 3, ces temples illustrent  de la plus belle manière ce qu’est l’architecture dravidienne d’époque chola. Ils témoignent de l’apogée de ce grand empire et de la civilisation tamoule au sud de l Inde. Ils montrent également combien le temple représentait un centre humain, social et économique.

Airavatesvara Temple

J’avais déjà écrit un peu sur ce temple découvert lors d’un premier voyage dans le sud du Tamil Nadu. Situé dans la localité de Darasuram, dans la banlieue de Kumbakonam, il remonte à 1166. Cette structure appartient à un ensemble de 18 temples médiévaux dans la région. Dédié à Shiva, il respecte les traditions Vaishnavites ainsi que des légendes du mouvement shaivite Bhakti .

Il se trouve dans un grand parc protégé. On y accède en contournant la muraille extérieure. Il ne reste que quelques vestiges de la gopuram de l’enceinte extérieure. En revanche, un bassin et une nouvelle gopuram donnent accès à la cour dans laquelle se dresse le sanctuaire conçu comme un chariot.

Le nom du temple rappelle l’éléphant blanc d’Indra. C’est le dernier des grands temples cholas de Rajaraja 1er commanditaire du temple de Tanjavur. Construit dans la seconde moitié du XIIes il frappe par sa magnifique cour royale ou Rajagambhira Thirumandapam.

Les piliers sculptés, les marches de granit et surtout le magnifique chariot tiré par des chevaux de pierre en font un véritable chef d’œuvre artistique. On y voit les dieux védiques et puraniques  les plus importants comme Indra, Agni, ou encore Varuna. Les plus experts reconnaitront aussi Vayu, Brahma, Surya, Vishnu, Saptamtrikas. Mais encore Durga, Saraswati, Sri Devi (Lakshmi), Ganga, Yamuna, Subrahmanya, Ganesha, Kama, Rati .

Ce temple fantastique, certainement le plus abouti de la triade, se compose de 2 parties. A l’origine, il était en effet beaucoup plus grand. Des inscriptions évoquent jusqu’à 7 cours. Il n’en reste qu’une.

La première enceinte est consacrée à Shiva alors que la seconde, plus petite, est dédiée à Parvati. Je vous conseille’ d y arriver en fin de matinée pour assister aux rituels. Relativement intimistes ceux ci permettent de pénétrer au plus près les mystères de l’hindouisme.

Brihadisvara Temple à Gangaikonda Cholapuram

Ce temple se trouve à près de 70km de Tanjavur sur la route de Pondichery. Il remonte à 1035 . Son bâtisseur, le roi  Rajendra Chola I,  le conçut comme faisant partie de sa nouvelle capitale. D’ailleurs, il reprend le nom et la structure du temple de Tanjore. Pour l’en différencier on le nomme le plus souvent le temple de la ville du roi qui est allé chercher l eau du Gange, Gangaikondacholapuram.

Il adopte un plan carré. Il met en scène le Vaishnavisme, le Shaktisme ainsi que des éléments syncrétiques. On y reconnaitra des statues de Vishnu, Durga, Surya, Harihara, Ardhanishvara. Pourtant, l’énorme Nandi qui l’annonce et le lingam du sanctuaire ne peuvent nous faire oublier la consécration principale à Shiva. Une grande antichambre sombre et bordée de lingas mène au sanctuaire principal. Tout autour des sanctuaires plus petits aux magnifiques gravures et sculptures occupent le très beau parc. Un réservoir et un puit dont l’escalier d accès se niche dans un étonnant lion sculpté complètent l’ensemble.

Retour au Chettinad

Cette année, j’ai voulu tenter un retour au Chettinad. Car nous y étions allé il y a 3 ans. Nous y avions admiré l’architecture unique des 2 villes et de quelques uns des 73 villages du district de Siraganga. Nous nous étions arrêtés à Karaikudi, le centre économique de la région. Mais, nous n’avions quasi rien vu de cette ville assez poussiéreuse. Pourtant, les magnifiques palais des villages alentours, souvent en ruine, nous avaient laissé un goût de reviens y.

Alors, 3 ans après, je vous propose une nouvelle plongée dans cette région unique, avec ce retour au Chettinad.

En partant de Trichy, voici un petit itinéraire qui permet de jolies découvertes.

Fort et palais

On peut commencer par le fort de Trimayum perché sur une colline de granit rose. Il se confond d’ailleurs avec la couleur de la roche. Du haut du fort, un beau panorama s’ouvre sur la plaine agricole. Au pied des murailles, un temple en partie creusé utillise la même pierre. La couleur en est magnifique.

Le village suivant, Kadiapatti, abonde en palais. On n’en voit que les façades mais on peut rentrer dans le Lakshmi hôtel. En continuant dans le village, certains habitants sont prêts à ouvrir leur porte. Ce qui permet de constater que certains palais partent à la dérive. Des grandes familles enrichies par le commerce coloniale, ne survit souvent qu’un descendant, dont les enfants se sont la plupart du temps installés en occident. Le dernier propriétaire se trouve bien démuni pour affronter réparations et entretien de ces énormes vaisseaux. A l’origine y habitaient de larges familles de plus de 50 membres.

Kotalamangalam et Kanadukhatam

A Kotalamangalam et surtout dans les villages de Kanaduthakam et Pallathur, le tourisme a rapporté de quoi rénover davantage de palais. Des hôtels s’ouvrent tels le Saratha vilas, le lotus et attirent des visiteurs dans leurs salons joliment restaurés.

A Kanadukhatam, l’immense palais Raja abrite une administration. Il domine la place du village. Pour sa taille celui- ci abonde en grosses demeures. Elles se concurrencent le long des rues orthogonales. Certaines, repeintes de couleurs vives, attestent du retour ou du maintien des familles. Converties en hôtels, filatures ou autre elles peuvent se visiter au hasard de la promenade. D’autres au contraire souffrent tristement des outrages du temps.

Pallathur

A Pallathur, les rues 3, 6 et 9 recèlent de magnifiques palais éclectiques pour les plus anciens (fin XIXe début XXe) art deco pour les plus récents. La période de construction de ces palais s’étend en effet principalement entre 1890 et 1940. Loin de l’architecture indo-sarracénique de Chennai, ils empruntent ce qui se faisait de plus chic dans les grandes capitales européennes. Ce, avec un goût marqué pour la couleur et les jolis matériaux.

 Les Chettiars vivaient chichement dans les lieux où ils amassaient leurs fortunes. En revanche, ils dépensaient sans compter une fois revenus chez eux. Tek de Birmanie, marbres et miroir européens, rien ne les arrêtait. A vrai dire je n’avais jamais entendu parler des lustres belges mais qu’importe, Les locaux y tiennent et la splendeur des matériaux est indéniable. Une vraie compétition se jouait d’une famille à l’autre. Chacun rivalisait de créativité et d’étalage de richesses.

Des temples à Ayyanar

Ce que je n’avais pas du tout compris lors de mon premier voyage, c’est que cette région, comme une grande partie du Tamil Nadu, a conservé des sanctuaires rustiques uniques. Ce retour au Chettinad avait pour but de découvrir ces sanctuaires à Ayyanar.

 Il y en a notamment 2 dans le village de Kotalamangalam. Le premier se trouve à l’orée du village, le second carrément dans le bois. On part donc à l’aventure dans la forêt à la recherche du temple. Une cavalcade de statues de terre cuite l’entoure. Ces animaux statiques patrouillent les bois nuitamment pour assurer le repos des villageois. Les plus beaux chevaux anciens tendent à disparaître. Les remplacent des bestiaux et personnages en plâtre, criards et bedonnants. Mais l’esprit reste, même s’il se perd malheureusement avec l’exode rural.

Un sanctuaire particulièrement spectaculaire se trouve à Elangudipath. Là, une grande avenue de chevaux de terre cuite garde un petit temple campagnard interdit aux femmes. On y accède par un petit chemin de terre. Malheureusement jonché de détritus, celui ci reste caché de la grand route.

Bien qu’en voie de disparition, ces fantastiques sanctuaires témoignent d’une activité religieuse typique des communautés agraires du sud. Elle reste très marquée par l’animisme antérieur à l’hindouisme venu du Nord. Malgré leur raréfaction, ils gardent une authenticité poignante.

Karaikudi, la grande ville du Chettinad

L’atmosphère rustique ne se retrouve en revanche pas du tout dans la ville poussiéreuse de Karaikudi. Ce gros bourg vaut la visite pour sa rue d’antiquaires. Rares en Inde, les vendeurs d’objets et meubles anciens s’adressent beaucoup aux étrangers et pratiquent des tarifs prohibitifs. Pour autant, ils permettent de s’intéresser aux objets typiques de la société chettiare. On trouve par exemple de la vaisselle en aluminium, comme celle typique de Malaisie où les Chettiars faisaient leur commerce. Sur  kovil street, on peut aussi acheter du mobilier du début du XXes ou des statuettes avant de se rendre au Bazar Muneeswaran.

Chettinad

Les Palais du Chettinad  constituent un patrimoine d’exception dans une petite région étonnante. Aujourd’hui, je reprends un article publié il y a 3 ans et je l’étoffe de photos.

Située entre Tanjore et Madurai, cette zone agricole offre la particularité d’être couverte de palais civils. Ils datent tous de la fin du XIXe, début du XXe. De fait, ils remontent à l’occupation britannique. A l’époque coloniale en effet, de riches commerçants au service de la couronne anglaise s’enrichirent. Pour prendre le frais durant les saisons chaudes, ils s’éloignaient de la côte et faisaient construire dans l’arrière pays de somptueuses demeures. Tombés à l’abandon après le départ des Anglais, certains de ces palais commencent à être rénovés.

Diversité et modèle des Palais du Chettinad

La communauté tamoule des Chettiars était réputée dans le monde colonial du commerce, et de la banque. Ils firent fortune  sous l’Empire Britannique  dans le sud de l’Asie, ce, jusqu’à l’indépendance de l’Inde.

Chaque famille faisait construire son palais et rivalisait avec ses voisins à qui serait le plus richement orné. Depuis l’Indépendance, la plupart de ces palais ont été abandonnés. Les villages se succèdent donc avec leurs rues bordées de demeures magnifiques mais très souvent inhabitées et en ruine. Du coup, il n’est pas toujours aisé de visiter ces petits châteaux urbains. Sur les 96 villages initiaux, près de 20 ont d’ailleurs pratiquement disparu.

Quoique tous différents, les Palais du Chettinad obéissent à un plan à peu près identique. Rectangulaires, ils sont bâtis autour d’une voire plusieurs cours. Si les modèles de base se ressemblent, les détails architecturaux confèrent leur originalité à chacun d’entre eux. La structure emprunte plutôt au vocabulaire classique. En revanche, les décors juxtaposent sans vergogne ogives médiévales, cours méditerranéennes, meubles orientaux, objets européens.

Organisation des Palais du Chettinad

On accède dans presque chaque maison par une terrasse couverte ou tinai où les maîtres de maison pouvaient recevoir leurs invités. Elle joue en effet le rôle de salon officiel ouvert sur la rue. Celle-ci est en effet couverte pour l’ombre mais l’air y circule aisément.La porte très décorée assure le passage de la zone publlique à la sphère privée et familiale. Vient ensuite la cour. Selon l’opulence des propriétaires, elle va du simple au grandiose. Le long du mur d’entrée, on peut admirer photos de famille ou fresques, piliers peints, mosaïques orientales, ou miroirs et lustres italiens. Elle joue le rôle d’une pièce de réception.

Autour de la cour, d’énormes piliers en bois de teck (pour les plus riches) ou en pierres sculptées. Souvent, des grillages protègent le patio des singes. Tout autour, des portes cachent des coffre forts. Chaque couple y entreposait les richesses reçues lors des noces. Les chambres, quand il y en a, se situent, elles, au premier étage. En général, les hommes dormaient dans la première cour, les femmes dans la seconde.

Les autres pièces du fond, plus petites et sombres,  étaient réservées aux femmes et aux domestiques.

Que visiter, ou s’arrêter

La plupart des sites et guides évoquent la ville la plus importante, Karaikudi,  un peu active mais sans grand intérêt. Pour le reste, la région semble s’être arrêtée au XIXème siècle quand les riches marchands Chettiars construisaient ces étonnantes demeures, mi- indiennes mi- occidentales, symboles de leur réussite dans les affaires. On dénombre plus de 10 000 palais sur 1550 km2.

Trois villages connus voient s’arrêter les visiteurs: Pallathur, Athangudi et Kanadukathan. Il est malheureusement quasi impossible de visiter l’intérieur des demeures dans ces villages. Témoins d’une ancienne richesse, ils tombent en lambeaux.

Le mieux pour visiter un palais du Chettinad est de commencer par un hôtel,  tel  le lakhshmi House à Chidambaram.

Ce village accueille des tournages de film. Avec un peu de chance, l’équipe vous laissera rentrer dans les décors et parcourir de fond en comble une de ces merveilles architecturales. Faute de quoi, vos pouvez tenter d’amadouer un des charmants villageois en exprimant votre admiration architecturale.

Dormir ou manger dans un de ces palais peut aussi permettre de mieux comprendre les beautés de la région. A ce titre Saratha vilas, restauré avec  soin et raffinement par un couple de français passionnés offre une halte fantastique.

La réussite de cette restauration exemplaire semble faire des émules dans une région délaissée par ses habitants historiques. Ce, même si les familles reviennent souvent au pays pour fêter les mariages et autres grandes fêtes.

Outre les belles bâtisses, la région abonde en temples et en sanctuaires anciens dont certains rupestres dominant les rizières. Pour se donner l’impression de voir vraiment des palais du Chettinad, mieux vaut prendre un chauffeur et préparer a minima son circuit. Ce blog  recense les temples et monuments autour de Pudukkottai. Il évoque même la cuisine si particulière de la région.

Broadway

Comme dans toutes les villes anglo saxonnes, une large avenue, Broadway, parcourait le centre de la Madras coloniale. Plus précisément, le nouveau quartier commerçant de Georgetown.  Il ne reste aujourd’hui environ que 80% des bâtiments originels de la rue. Néanmoins, cet article m’a aidé à mettre en lumière les rares vestiges d’une époque révolue.

à l'intérieur de l'église luthérienne

Broadway, la grande rue de Georgetown

A la base, la ville anglaise se partageait en deux. D’une part, le fort réservé à l’élite blanche et britannique. D’autre part, “Blacktown” habitée par les locaux, les tisserands et teinturiers principalement. Cette old town disparut après le siège Français de 1759. Elle fut reconstruite un peu plus au nord, au delà d’une Esplanade conçue pour servir de défense. Ce terrain dévolu aux parades militaires fut bâti à la fin du XIXe. Les cours de justice s’y installèrent. De l’Esplanade ou plutôt des 7 recensées, ne reste aujourd’hui qu’un petit obélisque devant Dare Building.

Deux villages de part et d’autre de Broadway

Black town fut donc déplacée et reconstruite à l’emplacement de deux villages. A l’est, côté mer,  Muthialpet abritait une population pauvre. A l’ouest, des propriétaires et employés du Fort St George habitaient Peddanaickenpet. Ils furent  bientôt rejoints par les Indiens d’autres régions mais aussi les autres nationalités.

facade edouardienne

Entre les deux villages, en 1780, un juriste du nom de Popham acheta des terrains entourant un canal. Il combla celui-ci avec le résidu de terre de Hog Hill. il eut l’idée d’ouvrir une rue sur laquelle il comptait louer et vendre des commerces. Cette rue prit son nom, Popham’s Boradway rd. Elle allait devenir l’artère principale de Georgetown.

Un mur protégeait la localité à l’extremité de Broadway. On en suit le tracé au niveau de  Ebrahim Sahib Street, Old jail rd, Basin Bridge rd, puis Walltax road construite pour percevoir l’octroi.

Les habitants et édifices du quartier

Les Arméniens et Juifs se partageaient le commerce à l’Ouest de cette rue principale. A l’est, les Jains se spécialisèrent dans la bijouterie. Les dubachis, ou interprètes occupaient une partie du quartier. Des missionnaires construisirent leurs écoles et leurs églises sur la rue principale, Broadway donc. Les mosquées et temples se rencontraient au hasard des rues qui quadrillaient Georgetown. En effet,  Blacktown devint  Georgetown avec la venue en 1906 du Prince de Galles, futur George V. C’est en son honneur que fut construite l’arche sur South Beach Road. Ainsi que la Gateway of India à Bombay.

petite mosquée derrière Broadway

C’est sur Broadway a priori que se trouvaient les premières institutions de la jeune cité. Le bureau de poste jouxtait les théâtres et premiers cinémas, la première Clinique privée. Il ne reste quasi rien de cette activité rapidement transférée sur Mount Road.

jolie maison derrière Broadway

Dans cette rue principale, on trouvait aussi les sièges sociaux des compagnies d’assurance, des banques ainsi que les grandes agences maritimes. Des boutiques, écoles et églises complétaient l’ensemble.

Les églises de Broadway

Broadway, grande rue du quartier, coupait le plan orthogonal en deux. Sur cette avenue se pressaient les églises protestantes alors que le reste du quartier voyait fleurir temples hindous et mosquées. Bien que défigurée par le métro (station Manadi) Broadway conserve quelques unes de ces églises.

Les Méthodistes bien implantés sur Broadway

l'eglise méthodiste tamoule

C’est d’abord la grande église Méthodiste aux allures de temple grec. Wesley Church s’adressait aux Anglais. On y trouvait au rdc une salle de réunion et des bureaux. La chapelle se situe toujours  à l’étage.  La mission Wesleysienne remonte à Chennai à 1817 et l’église, elle, date de 1822. Au contraire, la petite église qui lui fait pratiquement face, également méthodiste, visait la communauté tamoule. Cette mission remonte à 1861. Elle accueillait les locaux qu’il ne fallait pas mélanger avec les fidèles britanniques. Cette dernière a des accents campagnards. Moins imposante que sa sœur ainée, elle a pourtant plus de charme. Rare édifice de style Arts and Crafts avec l’école des Beaux-Arts, elle mérite de figurer dans les balades architecturales.

côté de l'église méthodsite tamoule

Les missionnaires ne se limitèrent pas au centre de la ville et construisirent bientôt une vaste école dans le nouveau quartier de Mount Road.

dans l'église méthodiste

Autres Missions

Un peu plus loin, nous abordons l’église luthérienne d’Arcot. On se croirait vraiment en Angleterre ici face à cette église de style néo gothique. A l’origine, en 1892, il s’agissait cependant de la Mission danoise. Son nom actuel date de 1949.

église luthérienne

Presque en face, une grande demeure disparue construite en 1923 a servi d’hôtel pendant près d’un siècle. C’est à l’ Hôtel Adarsha, ou au Madras Club que serait apparue la première soupe Mulligatawny, icone de la cuisine anglo-indienne.

Non loin de là, juste derrière l’église luthérienne, rue Davidson le théâtre Minerve, bien que fermé depuis 2021, survit depuis un siècle. Il a ouvert en 1916. A la base, le cinéma occupait le 1er étage d’un entrepôt avec un toit ouvert. Il avait la réputation d’être le théâtre le plus frais et confortable de la Présidence de Madras. Mais il ne dura guère. Il changea de noms plusieurs fois. Il est surtout resté attaché au nom de Minerva et à la climatisation dont il fut le premier à se doter en 1949. De ce joyau cinématographique ne survit qu’une façade recouverte et des entrepôts de riz.

centennial Hall sur Broadway

A quelques pas de là, le Centennial Hall disparait, mangé par la végétation. Des racines poussent le long des murs rongés. Construit en 1901 comme en atteste la plaque sur le tympan, il appartenait à la Church Missionary Society (CMS). Il servait aux réunions publiques, à l’école du Dimanche et aux prières. On y cessa toute activité en 1980. Depuis, l’édifice oublié sombre mélancoliquement.

ce qui reste de Centennial hall

Juste en face se cache la charmante et classique Tucker Church. Construite par la East India Company, en 1820, cette simple chapelle de missionnaires prit le nom du révérend qui y officiait. Son orgue, venu de Londres, y est particulièrement célèbre.

Tucker church