Ooty

Je n’avais pas beaucoup envie de me rendre à Ooty. Certes le petit train me faisait rêver. Mais des amis indiens se plaignaient de ce qu’était devenue la charmante hill station de leur enfance. La petite bourgade de montagne s’était muée en une ville embouteillée.

Ooty, vue panoramique

Il n’est pourtant pas si simple de s’y rendre depuis Chennai. Il faut compter 10h de route ou 1h d’avion jusqu’à Coimbatore puis 3 voire 6 h de taxi. Pour la route, il convient de prendre en compte la terrifiante circulation et la lenteur du toy train qui fait des pointes à 20km/h.

Sur une carte, on comprend mieux que la majorité des visiteurs viennent du Kerala ou du Karnataka. Et l’on se rend compte que Ooty s’est affirmée au cours du temps comme la station d’été non seulement de Chennai mais aussi de Bengalore et surtout Mysore. Car si Shimla était la capitale d’été du Raj, Darjeeling celle de Calcutta, Ooty elle représentait la capitale d’été de la Présidence de Madras.

Alors contrairement à mes articles habituels où j’explique ce qu’il y a à voir et de quelle manière profiter au mieux de la destination, je vous raconte ici ce que j’ai aimé et ce que je n’ai pas aimé à Ooty. Cela vous aidera à planifier ou non un week end dans la « reine des collines ».

A voir à Ooty

Ooty est une station de montagne.

paysage Ooty

Même si les Nilgiris ne sont pas l’Himalaya, la ville se situe néanmoins à plus de 2000m d’altitude. On n’y va donc pas pour la haute montagne mais pour bénéficier de vues depuis les crêtes et surtout pour profiter de températures agréables. Ce qui l’été (avril, mai, juin) est une quasi nécessité venant du Tamil Nadu. Alors ou si vous voulez éprouver cette légère sensation de relative fraicheur nocturne, vous pouvez vous précipiter à Ooty.

Raj Bhavan Ooty

Dans la rubrique fraicheur j’avoue avoir vécu un coup de cœur pour l’église du Sacré Cœur aux vitraux édifiants de naïveté et de fraicheur pastorale.

vitrail Eglise d'Ooty

l’héritage britannique

Si vous aimez les jolis bâtiments coloniaux il en reste à Ooty. Vous pouvez les découvrir au moyen d’une visite guidée ou par vous-même. Attention néanmoins ça monte et descend partout et ce à plus de 2000m. Vous pouvez vous essouffler assez rapidement. De plus, la ville s’étale de plus en plus. Les gens ne sachant visiblement pas marcher, un flot continu de voitures bloque les routes. Des magasins et restaurants moyen de gamme bordent les artères principales. Dès que vous vous éloignez du centre, vous trouverez des cafés et hôtels plus chics, mais isolés, et donc inaccessibles sans véhicule…

Bibliothèque Ooty

Vous pouvez facilement découvrir de jolis bâtiments en partant de l’église st Etienne (Stephen’s Church) puis St Thomas et son cimetière filmée entre autres dans « La route des Indes » de David Lean en 1984.

Musée Ooty

Puis vous pouvez vous rendre vers la bibliothèque, et enfin le musée dit « maison de pierre ».  Ce serait la plus ancienne construction de la ville. Malheureusement, la majorité de ces édifices ne sont pas accessibles au touriste lambda. Si vous ne connaissez personne vous ne pourrez pas entrer dans le select Club Ootacamund, ni au Fernhill, le palace du coin. Mais vous pouvez toujours déjeuner (en réservant néanmoins) au Earl’s secret.

salon hôtel Earl's Secret

Vous pourrez graisser la patte pour rentrer dans la bibliothèque des Nilgiris. Sur la colline juste en face se situe le joli tribunal.

Ooty bâtiment administratif

les plantations de thé

Plantation de thé

Toutes ne sont pas bondées. Et une fois dépassés les loueurs de haillons qui vous photographient grimés en ramasseuse/r de thé, vous pourrez peut-être marcher. L’odeur des feuilles peut sembler âcre mais le vert en est saisissant. C’est l’occasion de belles photos. Attention aux sangsues. Si comme moi vous avez tendance à vivre une histoire unilatérale avec ces horribles bestioles, un conseil. Une fois leur pénible besogne accomplie, les bestioles gorgées de votre sang ne sont pas trop difficiles à éradiquer. En revanche il vous faudra atténuer la douleur une fois que leur produit anesthésiant se sera dissous. Pas d’hésitation, inondez votre plaie de sel, c’est assez efficace et facile à trouver.

le Jardin botanique de Ooty

 Ce grand parc paysager typique de la présence anglaise mène jusqu’au Raj Bhavan. Si vous vous éloignez un peu des grandes allées surpeuplées, de jolis sentiers s’offrent à vous.

Ooty Jardin Botanique

-Les sites et brochures publicitaires conseillent des friandises sucrées et grasses. Mais la seule vraie joie alimentaire des Nilgiris ce sont les délicieux légumes cultivés localement. Il est d’ailleurs rigolo de voir les touristes revenir avec leurs bottes de carottes. Les carottes sont en effet ce que les tomates sont à Marmande ou le melon à Cavaillon. De fait les légumes sont authentiquement délicieux. Ne vous privez donc pas. C’est suffisamment rare en Inde.

Jardin Botanique Ooty

A éviter

Penser qu’Ooty est le paradis des marcheurs

Nous sommes partis dans ce « paradis pour marcheur »et sommes revenus dépités. Car la marche échappe totalement aux Indiens. La moyenne de ceux qui en ont les moyens ne bouge surtout pas d’un véhicule. Les rares randonneurs ne s’aventurent pas sans accompagnateur. Les véhicules envahissent le moindre recoin. Ce qui rend la découverte des sentiers et de la montagne sauvage impossible.

Dans la ville même, le nombre de voitures est démentiel et le croisement central de Ooty, Charring cross ne fait pas que copier la fontaine devant la gare londonienne.

Charing Cross Ooty

Les rumeurs urbaines (ou montagnardes)

En outre, des légendes infondées circulent. Si vous émettez l’envie saugrenue de marcher seul en montagne, on vous objectera que la montagne est dangereuse. Vous risqueriez de vous faire attaquer par les guépards et les cheetah, les jaguars et toutes sorte de bêtes charmantes mais en fait éteintes en Inde. Quant aux bisons qui, parait-il, attendent le chaland, je voudrais bien savoir quel animal serait assez fou pour paitre au milieu des véhicules. Même les lapins et les rats se sauvent en courant. Le seul vrai risque vient des chauffards et des gaz d’échappements.

embouteillage sur la montagne de Doddabetta

Doddabetta Peak

Ce sommet est soi-disant un must see. Or, on ne peut pas monter à pied au pic. Si vous vous faites déposer non loin vous aurez à emprunter un bus d’état ou une jeep privée et onéreuse, attendre le remplissage et vous insérer dans les bouchons. Les Indiens se rendent tous en procession au même endroit. Une fois parvenu péniblement au sommet, votre véhicule vous éjectera dans un marché. Loin de la bonne odeur des cimes vous humerez les odeurs de graillon et de pois chiches avant d’émerger transpirant au pied de l’observatoire pris d’assaut par des hordes de touristes. Voyons le bon côté, la classe moyenne explose et avec elle le besoin et l’envie de vacances et de voir la même chose que les copains. Du coup tout le monde part en procession vers les mêmes sites surexploités au niveau touristique.

le bus pour Doddabetta

 Je passe ici sous silence le fait que minorité visible, nous autres blancs sommes quand même plus exotiques en photos que le spectacle des sommets. Bref l’expérience peut vite virer au cauchemar pour occidental amoureux des montagnes.

Doddabetta

-Dans le même ordre d’idées, le lac correspond plus à notre vision d’une décharge qu’à un lieu de loisir idéal. Ce malgré l’interdiction officielle de plastiques dans les Nilgiris. En dehors de décorer les routes de panneaux on ne voit pas bien à quoi correspond cette interdiction malheureusement.

-Le chocolat,

Cela a beau être THE attraction ici, vous êtes français. Sur ce point en particulier comme sur le fromage ou le vin nous sommes en droit de nous montrer chauvins. Si vous aimez le sucre, le sucre et le sucre vous pouvez donc goûter au « chocolat » local…

Bref vous l’aurez compris je n’ai pas aimé Ooty au mois de mai.

Shimla

Petit village de montagne, Shimla devint capitale d’été du Raj en 1846. Soucieux d’éviter les étés torrides de Calcutta, les Britanniques transformèrent le village d’altitude en une ville royale. Au passage, ils repoussèrent les autochtones sur les basses pentes. Ils installèrent leurs résidences et administrations sur la crête à 2200m d’altitude. Face à un panorama à couper le souffle, ils étendirent la ville sur les 7 collines avoisinantes. Un des habitants célèbres a d’ailleurs beaucoup écrit. Même si Rudyard Kipling reste coincé dans sa posture coloniale, il y décrit la société britannique et le cadre avec beaucoup de précision.

Shimla resta capitale d’été après 1931 quand le Raj transféra sa capitale à Delhi. Après l’indépendance, la ville devint capitale de l’Himachal Pradesh et temporairement du Punjab nouvellement crée après la partition de l’Inde et du Pakistan.

Cette capitale d’un des 13 états montagneux de l’Union regroupe un peu plus de 200 000hab aujourd’hui. Elle a conservé son charme montagnard ainsi qu’un magnifique patrimoine colonial. Les 2 villes sectorisées par les Anglais restent divisées. La ville haute concentre les jolis magasins et hôtels et jouit de vues magnifiques. En revanche, la ville basse représente le cœur commerçant et industrieux.

La bourgade construite en crête reste donc une ville double, étagée et hiérarchisée. La population autochtone a du se réinventer sur les pentes encombrées de la montagne. Dans la ville basse se pressent les locaux, alors que les touristes déambulent dans la ville haute.

La ville basse

Quand on arrive dans la jolie gare de Shimla, on est pris d’un côté par la vue spectaculaire sur les montagnes. De l’autre un gros embouteillage de taxis attend le dernier petit train en provenance de Kalka ou de Delhi.

C’est que Shimla, à plus de 2000m d’altitude, est un une capitale d’état un peu enclavée. Si vous n’avez pas déjà réservé votre carrosse mieux vaut prendre votre mal en patience. En fait, si vous n’êtes pas trop chargés vous pouvez remonter la cuvette dans laquelle se blottit la gare. Au débouché de ce cul de sac, la circulation se disperse un tantinet et il s’avère plus simple de prendre une voiture ou de marcher. Le long de la route très encombrée, une jolie promenade en balcon relie le centre-ville.

On y longe la ville basse à l’abri des voitures. La vue sur les montagnes avoisinantes est magnifique. On en oublie presque que la ville basse bruyante se développe de l’autre côté de la route très passagère. Parallèle à celle-ci, le marché bas accueille les locaux. Cette longue rue quasi piétonnière porte le nom de Lower Bazar.

Le Lower Bazar

Ce « marché du bas » court sur une rue en contre bas de la ville avec des boutiques regroupées par spécialités. Ce sont d’abord des chaussures, puis des fournitures scolaires, et, plus amusant, des diplômes. Leur succèdent les vêtements, des bijoux puis la nourriture.

La longue rue monte progressivement jusqu’ au Upper bazaar ou Mall rd. A l’époque du Raj, les locaux chassés de leurs habitations sur la crête se trouvèrent relégués au bas de la montagne. Pour se faire, les Anglais n’hésitèrent pas à incendier les vieilles maisons de bois. Une fois la population autochtone chassée sur les pentes, les colons dotèrent le Lower bazar d’un tunnel. Les porteurs purent alors transborder leurs lourds chargements de l’autre côté de la montagne sans déranger les gentlemen qui profitaient de l’air des cimes.

Entre le lower bazar et Mall Road se trouvent des escaliers très pentus. il s’agit de Middle Bazar, tout petit mais assez typique avec notamment ses coiffeurs, tailleurs. Il relie en fait les deux parties de la ville. Celles-ci ont gardé une ambiance et une fréquentation différente.

La ville haute de Shimla

La ville haute s’étend sur 9 km le long de 7 collines. Son centre s’articule autour de Mall Road et du Ridge. Ces deux avenues piétonnières accueillent les plus jolis magasins. Les touristes, y côtoient les étrangers et la bonne bourgeoisie locale. Au croisement des 2 avenues de parade, de belles constructions de pierre, dont le Town hall, l’église du Christ. Elles marquent le centre de cette petite ville promue capitale d’été de l’empire indien (le Raj). Christ Church revêt, comme souvent en Inde, l’aspect d’une église anglaise avec clocher carré comme celui de Ste Margareth à Westminster.

A l’époque du Raj, la bonne société y imitait la vie de la cour à Londres. C’est ce qui explique la profusion de grandes demeures de pierre, d’édifices coloniaux imposants. Les demeures des grands personnages de l’époque abritent aujourd’hui des musées et administrations. Mais dans l’ensemble ils ont été bien conservés ou bien restaurés.

Un cadre idyllique

Ces beaux bâtiments coloniaux confèrent un charme certain à cette ville située dans un cadre idyllique. Au point culminant de la ville,un temple à Hanuman s’atteint par une petite route. Rouge et rutilant, il offre un panorama sur les montagnes alentours saisissant. On peut y accéder à pied en partant de Christ Church. Il faut compter 30mn d’une montée facile sans charme mais avec une superbe récompense à l’arrivée. Les groupes s’y rendent à partir de 9h30, heure d’ouverture de la télécabine. Mais vous pouvez assister à des offices si vous êtes plus matinaux et prêts à monter à pied ou en voiture, Depuis Christ Church on peut également partir en direction du typique Lakkar Bazaar .

On peut marcher beaucoup si on le souhaite dans cette jolie ville pour relier le Ridge au Palais du vice-roi ou au musée. Les grands hôtels sont situés en périphérie et il semble que les tour opérateurs y parquent les touristes étrangers. C’est dommage car la vieille ville vaut le coup de s’y promener. Elle abonde en jolis cafés et petits restaurant mais aussi en hôtels. Le Clarks emblématique est à ce jour en restauration. il fut le point de départ de la fortune de M Oberoi, le papa de la chaine hôtelière. Il vaudra le coup une fois restauré de par son emplacement et la beauté du cadre architectural.

Une belle promenade coloniale dans Shimla

La partie haute n’est pas accessible pour les voitures. De grands parkings retiennent les véhicules et permettent aux deux grandes avenues le Mall et le Ridge de rester piétonniers. C’est un vrai bonheur de la parcourir tout en contemplant les paysages de montagnes. Vous n’êtes pas obligés de recourir aux services d’un guide local.

A Scandal point juste derrière le Town hall une pancarte indique le début de la promenade historique. Des panneaux la ponctuent.Celle-ci commence sur le Ridge avec la super vue, Christ Church puis l’hôtel de ville, Scandal point où le roi local aurait convolé avec la fille du vice-roi britannique au grand dam de la bonne société anglaise. Ce bon article vous permet également de découvrir la ville à votre rythme.

De là, on continue vers la poste, le palais Bantony aménagé en Musée. Dans une jolie maison coloniale typique de Shimla des photographies parlent de temps révolus. Peu après, on croise le grand bâtiment de la compagnie des chemins de fer, puis le musée régional et l’énorme Gorton Castle. Enfin, après le Raj et l’hôtel Oberoi, se dessine l’ancien palais du Vice-Roi transformé en Institut d’Etudes supérieures. Cette construction éclectique rappelant un chateau écossais se situe dans un superbe parc. 

 A pied, il faut compter 2h pour cette belle promenade. Tout est écrit et signalé. Et l’on se régale de vues magnifiques sur les Monts shivalik avec des sommets enneigés à 6000m.

Pour les marcheurs On peut tenter les balades plus lointaines Elyseum Hill, Paba et Kamiana.

Visiter Chandigarh

Visiter Chandigarh oblige à aller au-delà du Capitole et de la simple déambulation. Les rues larges et longues se succèdent sans intérêt particulier.  Les guides insistent sur la découverte du secteur 17. Il apparait comme le cœur palpitant de l’activité commerciale. Je parle ici de Neelam Piazza. En dehors des petites fontaines musicales je n’ai rien trouvé de bien excitant dans ce quartier néanmoins. On n’est pas non plus à Dubaï !! La vie semble se concentrer dans les cafés et restaurants bien sympathiques et abondants en l’occurrence. En revanche, les multiples parcs et musées méritent la visite.

mosaiques Rock Gdn Chandigarh

Espaces verts et parcs

La ville abonde en espaces verts, rond points, jardins de quartiers ou arbres plantés le long des rues. Pourtant, 4 grandes zones vertes méritent de visiter Chandigarh.

Le Rock Garden

Selon Internet,’il émane du projet un peu fou d’un seul homme, Nek Chand.  Pendant 18 ans ce fonctionnaire se serait livré dan le plus grand mystère à l’érection de cet énorme jardin. Son concepteur rêvait d’un jardin des dieux. Commencé en 1958, il n’aurait été « découvert » et ouvert au public qu’en 1976.

Chandigarh Rock Garden

 Pourtant, si vous visitez cet énorme parc vous vous interrogerez sur ce projet. Comment un seul homme peut il avoir tout fait ? La foi peut certes déplacer des montagnes. Mais de là à déplacer des blocs de béton nuitamment, il y a un pas…de géant. On a aussi du mal à envisager qu’un tel projet n’ait été vu par personne. Certes la ville était en chantier et le lieu un peu reculé. Néanmoins il a fallu charrier des tonnes de déblais, des montagnes de chutes de béton, ou de céramiques. Dans un pays où toute personne voit sa vie disséquée et colportée on a du mal à concevoir que la construction de ce gigantesque jardin soit passée sous les radars. Ceux de l’administration centrale éventuellement, pour le reste je vous laisse juge.

entrée rock garden Chandigarh

En la matière la lecture du livre de mon amie Anuradha Uberoi m’a donné quelques clés.

Le musée de poupées

rock Garden Chandigarh

Quoiqu’il en soit, le jardin est hallucinant et vaut vraiment d’y consacrer une demi-journée. cette sorte de capharnaüm céramique en hommage aux divinités indiennes et à la diversité du pays n’est pas sans rappeler l’oeuvre de Gaudi à Barcelone. Il vaut aussi la peine de parachever la découverte de ce lieu improbable avec le musée de poupées.

Celui ci fut terminé en 2017 par le fils de Nek Chand. Ces pantins de toiles récupérées racontent l’histoire familiale des déportés du Punjab occidental. On voit leur arrivée dans une Inde inconnue et étrangère. Emouvant et drolatique, ce petit musée s’ouvre sur un énorme espace. Les enfants y jouent à la balançoire pendant que les singes se balancent eux sur les poubelles. Une sorte de palais des mille et une nuit du Facteur Eléphant.

musée de spoupées Chandigarh

Le rose garden dans la vallée verte,

Zakir Hussain Rose Garden. A priori je n’étais pas venue à Chandigarh pour y admirer des roses fanées. Mais l’honnêteté m’oblige à reconnaitre que la roseraie est magnifique. Ses plus de 1500 variétés constituent un lieu bien agréable. Ce Jardin gratuit s’ouvre dans le prolongement de la vallée verte, une coulée verdoyante au cœur de la ville.

roseraie Chandigarh

Le lac Sukhna

Là encore, la lecture d’internet ne me donnait guère envie de m’aventurer sur les berges de ce lac artificiel.. Et pourtant, c’est un joli lieu très populaire le soir. Il offre une balade bien agréable et fraiche.

Lac Sukhna Chandigarh

Punjab University

Bâtiment jeanneret, université Punjab, chandigarh

Les grandes universités indiennes s’inspirent de leurs grandes sœurs britanniques. Leurs pavillons de savoir s’éparpillent dans de grands parcs aux abords de la ville. L’université du Punjab ne fait pas exception à la règle. Cette université est connue et prestigieuse en Inde, notamment en ingénierie, IT et médecine. Elle complète bien ct article visiter Chandigarh. Quelques bâtiments attirent l’amateur d’architecture. Ainsi la bibliothèque et surtout le Gandhi Bhavan considéré comme le chef d’œuvre de Pierre Jeanneret. Celui-ci ressort comme le grand artisan de la ville.

bibliothèque musée du Punjab

Les Musées à visiter à Chandigarh

1/maison Jeanneret

escalier maison Jeanneret Chandigarh

La maison s’attache à l’homme, très apprécié localement, et à la qualité de son œuvre. Modèles, articles s’insèrent dans la maison meublée avec ces meubles simples et fonctionnels qui l’ont rendu célèbre. Ses maisons, petits collectifs, son travail à l’université rappellent son sens de la symétrie et de l’harmonie. Mais on voit aussi les énormes contraintes budgétaires auxquelles il du faire face. On comprend à quel point l’homme aimait l’Inde au point de faire disperser ses cendres dans le lac Subka. Ainsi ses maisons empruntent autant au fonctionnalisme occidental qu’aux détails de la vie indienne.

maison Jeanneret Chandigarh

2/ Le centre Corbusier

 Ces énormes hangars conçus comme ateliers temporaires pendant la construction de la ville se sont mués en musée. La correspondance expose les décisions de Corbusier, ses échanges avec la tête de l’Etat indien. Des photographies illustrent la naissance de la ville et la genèse des grands bâtiments. Une école d’art et un petit café dans le jardin complètent la visite. Ce musée épatant donne la mesure du caractère et de l’ego démesuré du grand architecte.

chaises Jeanneret

3/ Le musée d’état

chapiteau Bouddha, musée Chandigarh

Ce musée permet de visiter une structure corbuséenne. Amateur de brutalisme vous allez vous régaler. C‘est l’un des 3 seuls musées conçus dans le monde par Corbusier avec Tokyo et Ahmenabad. Pour les autres, les collections extraordinaires de miniatures mogholes et de sculptures Greco bouddhistes devraient vous emballer.  Car ce musée doit sa renommée à son impressionnante collection de 627 sculptures de Gandhara. Beaucoup se trouvent au musée Guimet à Paris. Les Bouddha apparaissent dans une fusion de styles indien et gréco romain durant la période Kushan. On peut aussi y admirer des peintures Pahari, sikhs, mogholes et rajasthani miniatures. Ces magnifiques collections proviennent de Lahore et ont été divisées en deux au moment de la partition. Attention simplement, la billetterie ferme à 16h30.

Musée Chandigarh

4/ le Musée d’architecture

Ce petit musée insiste sur les différentes phases de construction de la ville. Pour moi, il est indispensable pour qui veut visiter et comprendre Chandigarh. On y découvre la vision de Nehru, puis la réflexion de Mayer et Novicki. Ces architectes des origines s’inspiraient du mouvement des cités jardins .

On y voit comment l’équipe initiale, américaine, s’est vue remplacée en pleine guerre froide. Un plan orthogonal a remplacé le plan en éventail plus souple et plus humain. Les Européens menés par Corbusier ont alors développé une idée certes visionnaire mais aussi jusqu’au boutiste. Elle a été portée sur le terrain par le couple Maxwell Fry/ Jane Drew et Pierre Jeanneret. Ce dernier, entièrement dédié au projet, y a consacré sa carrière et sa vie personnelle. On y comprend mieux l’aspect visionnaire de la ville. Le projet prévoyait le développement automobile, l’importance de l’ écologie mais aussi le pragmatisme du mobilier.

entrée musée d'architecture Chandigarh

Une approche passionnante de la construction de la ville

On y apprend surtout le rôle fondamental de Pierre Jeanneret. Le musée expose d’ailleurs les fameuses chaises et canapés alliant simplicité, fonctionnalité et indianité avec le rotin. On y découvre aussi l’extraordinaire contribution de Maxwell Fry et de son épouse Jane Drew. Conscients du risque de se faire écraser par Corbusier, le couple britannique ne resta que 3 ans. Mais, il marqua de son empreinte la ville.  J’ai particulièrement été sensible à Jane Drew spécialiste de l’architecture tropicale et de la formation de jeunes. Une fois de plus le livre de mon amie Anu s’est révélé une bible en la matière.

modèle chaise Jeanneret

 Dans le même parc, l’Ecole d’Art et d’Architecture date de 1950-1965. Corbusier a conçu l’extérieur en brique, moins noble et moins onéreuse que le béton brut réservé au complexe du Capitole. Ateliers et salles de classes s’articulent autour de cours intérieures.

musée d'architecture Chandigarh

Capitole

Le Capitole de Chandigarh

A Chandigarh, Le complexe du capitole est classé patrimoine mondial de l’humanité. Plus précisément , « 17 bâtiments ou sites corbuséens sont inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, » dans le cadre de la série L’Œuvre architecturale de le Corbusier, une contribution exceptionnelle au Mouvement Moderne »

Qu’est-ce que le Capitole de Chandigarh

A Chandigarh, Corbusier envisagea un centre administratif grandiose. Il planifia 4 bâtiments, 6 monuments sur un même site et 3 places. Cette zone, qualifiée de secteur 1, se trouve au sommet (la tête) de la ville. Aujourd’hui vide, il la conçut pourtant comme le centre de la vie démocratique.

Seuls 3 des 4 bâtiments furent finalement réalisés. Il s’agit de la cour de justice, l’assemblée et le secrétariat. Suivant la volonté de l’architecte, les 3 piliers de la démocratie se font face. Corbusier les dessina pour représenter les fonctions majeures de cette fameuse démocratie. Cependant, le 4e édifice, le palais du gouverneur ne dépassa jamais le stade d’esquisse.

  Pour visiter l’immense complexe, il suffit de se rendre à l’office du tourisme au minimum un quart d’heure avant la visite. En effet, l’inscription en ligne ne fonctionne pas. Les visites guidées, gratuites, sont obligatoires à 10h 12h ou 15h. Il s’avère impossible de visiter autrement depuis l’attentat de 1995. Celui-ci couta la vie au Chief Minister de l’époque Beant Singh.

Il faut compter 1h30 de visite avec des groupes de taille et d’intérêt aléatoires.  On peut aussi tenter la visite architecturale.

La visite guidée nous emmène dans ce secteur sous haute surveillance. Elle commence avec la Cour de justice.

Les Bâtiments constitutifs du Capitole

La Haute cour de justice (1952)

 La cour de justice fonctionne depuis 1956. En béton brut, elle est animée par 3 piliers géants vert, jaune et rouge. Cette entrée polychrome et démesurée mène à une rampe d’accès. Elle souligne l’’accès à l’entrée vers ce gigantesque bloc de béton brutaliste. Seuls, le tempèrent les bassins qui le réverbèrent lorsque la mousson les remplit.

 Un double toit protège du soleil et de la chaleur. Des brise-soleils à la manière de persiennes de béton coupent également la luminosité intense. On ne peut visiter les bâtiments qu’en semaine pour y admirer les tapisseries

Le Parlement ou Assemblée Législative (1955)

 Le Parlement ressemble à une énorme boite de béton brut. Sa façade répétitive ne s’anime que grâce à deux formes géométriques sur le toit. Un silo couronne l’assemblée. Une pyramide surmonte le Sénat. La forme de silo s’inspire des tours de refroidissement de la centrale près de Ahmedabad. Ces deux formes ont changé de destination avec la séparation de L’Haryana et du Punjab. Depuis 1966, elles correspondent chacune à l’un des 2 états. La représentation du Punjab (le silo) reste un peu supérieure (60%) conformément aux données démographiques.

Le portique latéral est illuminé par une porte cyclopéenne. Elle pivote sur un axe. Des peintures vives l’illustrent. On y voit la signature de Corbusier, un corbeau, jeu de mot avec ce nom de scène choisi par le célèbre architecte. L’autre partie de la façade est scandée d’énormes piliers de béton.

Le « Secretariat »

A la place du gratte-ciel de ses rêves, Corbusier dut se contenter d’un très long bâtiment de 254m de longueur et quand même 42m de haut. C’est le plus grand complexe du capitole. Il sert de siège pour les Gouvernements du Punjab et de l’Haryana. Construit en 1953, entièrement en béton brut, il incarne la notion de brutalisme. Même les pare soleil, rampes d’accès, parapets, brise soleil, acrotères sont en béton non peint. Avec son air de cité radieuse, c’est un monstrueux bâtiment brut sans grâce que même une admiration sans borne pour Corbusier ne peut sauver. Les fans absolus se concentrent sur le traitement de la lumière, la ventilation et l’efficacité.

4 Monuments du Capitole

Le monument de la main ouverte

Emblème de la cité, il symbolise paix et réconciliation. La main est ouverte pour donner, ouverte pour recevoir. Cette main tourne au gré du vent comme une girouette et surplombe une sorte de bassin avec une tribune en son centre. Celle-ci accueille d’ailleurs les consultations lorsque le gouvernement local se voit interpellé par les citoyens.

Ce bassin porte des noms divers « fossé de la considération » ou « puits de la contemplation ». Bien que petit et difficilement accessible par les citoyens lambdas, il marque néanmoins un effort pour considérer l’importance de la population en démocratie. L’architecte suisse marque ici son attachement à la démocratie dans sa version athénienne.

La tour des ombres

Ce curieux bâtiment creux et orné uniquement de brises soleil illustre une quête de Corbusier. Face à l’impitoyable climat indien, l’architecte se préoccupait d’une construction sans aucune prise face au soleil.

La colline géométrique

Ce tertre recouvert d’herbe s’apparente à une colline artificielle. Les débris générés par la construction de l’ensemble du Capitole ont permis son érection. Même si la base est en béton, le coté naturel attenue l’immensité de la place aujourd’hui déserte et vide.

 A l’origine, le plan prévoyait des circulations. Celles-ci ont cessé complètement après l’assassinat du Chief Minister en 1995.

Le Mémorial aux martyrs

Ce mémorial aux martyrs du Punjab lors de la partition n’a a priori pas été conçu comme tel par Corbusier. Il correspond à un immense mur gravé des noms des victimes ainsi qu’un symbole de prospérité, géant, le long d’une rampe. De quoi faire tomber à la renverse tout européen qui a de près ou loin étudié la Seconde guerre mondiale.

Chandigarh

Chandigarh est appelée The City Beautiful, la ville belle. Pourtant, belle elle ne l’est pas forcément. En revanche elle est unique. Unique pour, son histoire, sa planification, sa richesse, son ordre et sa propreté. Elle est surtout totalement différente du reste de l’Inde. En outre, Chandigarh est une capitale particulière. Car elle se trouve à la tête de 2 Etats, le Punjab et l’Haryana et de son propre territoire.

plat punjabi

Pourquoi aller à Chandigarh ?

Depuis Chennai, la compagnie Indigo dessert en 3 heures les deux villes. C’est donc un voyage simple pour un dépaysement garanti. Plus encore que passer du Sud au Nord en une demi-journée, on quitte le chaos de Chennai pour l’ordre et la régulation. On délaisse l’amalgame tentaculaire de villages, bruyant, chaud pour une cité organisée, planifiée sans histoire et sans grand charme. On aborde surtout la vision d’une Inde différente.

champs de blé au sortir de l'aéroport, Punjab

Pourtant, l’aéroport à unevingtaine de km de la ville, en territoire Punjabi, ne laisse rien imaginer de la ville géométrique. La seule concession historico-religieuse de cette dernière transparait d’ailleurs dans le nom, issu du temple local de Chandi. Une fois dépassés les bidonvilles et champs de blé annonciateurs d’une culture et d’une gastronomie différente, on croise les panneaux appelant au silence. Les directions indiquent des secteurs numérotés et non des villages. Les ronds-points fluidifient la circulation. D’emblée on change de pays.

plan de Chandigarh

 Pourquoi Chandigarh ?

Pour comprendre ce paradoxe d’une capitale double, gouvernant un territoire, il convient de revenir à la fondation de la ville. Car contrairement à la majorité des cités indiennes, souvent plurimillénaires ou au pire de fondation coloniale, Chandigarh est une ville récente.

Sa fondation remonte à l’indépendance de l’Inde suivie de la Partition. Lorsqu’en 1947 le Pakistan fut détaché du grand empire anglais, le Punjab se trouva partagé. D’un coté de la frontière, un Punjab peuplé majoritairement de musulmans conservait la capitale historique Lahore. De l’autre côté, le nouveau Punjab indien. Ce dernier regroupe une mosaïque ethnique et culturelle. Les habitants ne se retrouvaitent donc pas dans la ville sikhe de Amritsar. Pendant 6 ans, la ville montagneuse de Shimla occupa les fonctions de capitale du Punjab. Pour éviter davantage de remous et suivant les idées modernistes de Nehru concernant l’Inde Nouvelle, on décida la création d’une nouvelle ville. L’idée de Chandigarh devint alors réalité.

Chandigarh, vision d‘architectes

Construite sur les piémonts du massif des Shivaliks, Chandigarh représente la meilleure expérience urbaine du XXe en Inde. Si d’autres cités sont nées quasi-ex nihilo de la volonté de Nehru et des pères de l’Inde contemporaine peu ont atteint un tel degré d’accomplissement.

arrêt d'autobus Chandigarh

Dans les faits, une équipe américaine commença le travail. Albert Mayer et Matthew Novicki, dessinèrent une ville en éventail en réfléchissant à la problématique des cités jardins. Très à la mode au Royaume-Uni, ce modèle excluait les gratte-ciels peu conformes aux habitudes indiennes.

 Ce projet, abandonné à la mort accidentelle de Nowicki en 1950, passa alors à une équipe plus européenne. En pleine guerre froide et non alignement, une équipe d’Europe de l’Ouest représentait un choix plus stratégique.  

roseraie, chandigarh,

Corbusier, architecte franco- suisse renommé mais à la recherche d’un nouveau souffle et d’une œuvre majeure réalisa alors son idée d’une cité idéale. Des secteurs de 800 x 1200m divisent donc « sa » ville.

Plus exactement il redessina le Master Plan, plus organique, de l’équipe américaine. Il y surimposa une grille en damier parcourue de longues avenues hiérarchisées. Son cousin Pierre Jeanneret se chargea de l’appliquer sur le terrain pendant 15 ans. Durant 3 ans, le couple britannique Jane Drew et  Maxwell Fry lui vint en aide. Ces trois architectes sont ceux qui ont réellement construit la ville. Ce, même si le crédit en revient aujourd’hui uniquement au consultant. Celui-ci se contentait de venir visiter le gigantesque chantier deux fois par an.

La ville de Corbusier ?

La nouvelle ville se pare de 3 des 6 édifices monumentaux voulus par l’architecte visionnaire. On y voit aussi une multitude d’unités d’habitations régulières et répétées à l’infini. Pierre Jeanneret n’eut pas d’autre choix que la monotonie, en raison de contraintes budgétaires quasi insolubles.

Université du punjab

Le chantier connut un double coup d’arrêt en 1965 avec le décès de Corbusier puis en 1967 à celui de Pierre Jeanneret. En 1966, un nouvel Etat, l’Haryana se détacha du Punjab indien. La ville se trouvant sur la frontière devint de fait double capitale des deux états et territoire autonome.

La cité idéale de l’architecture moderniste

Le plan de Corbusier reprenait en partie son modulor (métaphore de l’être humain). Il interprétait la ville comme un homme idéal. La tête correspondait aux organes du gouvernement ici appelée capitole sur le modèle de la république romaine. Le cœur commercial (secteur 17) et les bras perpendiculaires aux axes principaux accueillaient eux les centres académiques et lieux de loisir

panneaux signalétiques de secteurs Chandigarh

Ce complexe est classé au patrimoine de l’Unesco et ne se visite que sous haute surveillance. Le reste de la ville s’organise en secteurs numérotés. Ceux-ci répétent toujours la même organisation.  Chacun regroupe écoles, marchés et parcs. L’idée étant de garantir un équilibre de vie aux habitants en respectant les principes corbuséens de lumière, espace et verdure. Et de fait, Chandigarh apparait régulièrement en tête des villes les plus riches. Mais surtout les plus agréables à vivre d’Inde avec ses nombreux parcs, sa circulation relativement fluide et sa scène culinaire. La ville pose ainsi la question de l’influence du lieu sur le comportement humain.

joli couple Sikh

Cette ville futuriste des années 1960 aménagée autour de la place prépondérante de la voiture prévoyait un système hiérarchisé de routes (les 7voies= v7) ombragées. Les voies les plus importantes correspondaient aux bretelles d’autoroute, les V2. Les nationales, les V3, comportent des trottoirs et des voies cyclables jusqu’aux V7 chemins piétonniers. Chaque secteur était censément autosuffisant. Ils offraient un cadre de vie global aux habitants de l’école au marché, ce dans une distance raisonnable.

rond point central de Chandigarh près du Capitole

Imaginé il y a 75 ans, ce plan peut étonner par son aspect visionnaire. Il prévoit déjà l’importance fondamentale de la voiture au moyen d’avenues énormes et de parkings nombreux. Ce que l’on appelle aujourd’hui mobilités douces est déjà intégré.

Cependant, la zone industrielle, la gare et les quartiers pauvres se situent à l’extérieur de ce Master plan. Toute pauvreté est donc exclue de la ville de Chandigarh. Ce qui donne une idée plus complète de la vision corbuséenne et de sa méconnaissance des réalités indiennes.

Hors Bhubaneshwar

Hors de Bhubaneshwar et de son centre historique, beaucoup reste à voir. De l’édit d’Ashoka, au temple de Yogini, il y a de quoi occuper une journée avant de rejoindre Konark, seul site Unesco de l’Etat puis les villages tribaux.

La colline de la paix,

 C’est sur la colline de Dhauli, juste hors de Bhubaneshwar, que l’on trouve les vestiges de  l’ancienne cité de  Sisupalagada du -VII.es.  C’est là, que le grand roi Ashoka après une bataille particulièrement sanglante aurait fait vœu de pacifisme et aurait embrassé le bouddhisme. Une roche gravée porte mention de ce fait historique majeur. Elle se trouve au pied de la Pagode de la paix que les visiteurs viennent admirer en foule.

 Attention néanmoins, le temple de la paix est récent. Il couronne depuis 1972 seulement la colline Dhauri. Il a été construit par les Japonais traumatisés par Hiroshima. C’est pourquoi, il n’a rien à voir avec le monument historique sinon la référence à la paix et la commémoration de celle instaurée par Ashoka ainsi que sa conversion au Bouddhisme. La pagode toute blanche domine le paysage environnant.

L’édit d’Ashoka,

Le site archéologique se trouve en contrebas de la pagode juste en dessous d’une statue d’éléphant. Pour y avoir passé un moment, la très grande majorité des visiteurs s’arrête devant le panneau à l’entrée du site. Elle monte voir l’éléphant statufié, voire le parc joli alentour. Mais la plupart manque l’espèce de hangar grillagé juste en dessous destiné à protéger les écrits fondamentaux. Il est vrai que le site manque cruellement de signalétique.

Pour autant il s’agit d’un des édits les plus complets de l’empereur Maurya . Il date de -262. L’empereur fut celui qui envahit et annexa le royaume  Kalinga. C’est aussi la preuve de sa conversion et de ses convictions morales. Il s’agit d’un prakrit . Les prakrits sont des langues indo-aryennes parlées entre le -Ve et le +XIIe à l’origine de beaucoup de langues du nord de l’Inde. Les Bouddhistes et Jains utilisaient ces prakrits.

Après le déclin de l’empire Maurya, la zone fut gouvernée par la dynastie Mahameghavahana. Le roi Kharavela laissa des inscriptions non loin de là dans les grottes jains Udayagiri and Khandagiri.  

Les grottes Udayagiri and Khandagiri

 A 6 km hors de Bhubaneswar, ces grottes doubles s’élèvent abruptement de la plaine côtière. En partie naturelle, elles ont été excavées puis aménagées. Elles ont notamment servi de cellules à des moines jains. Alors  que Udayagiri comprend 18 grottes, Khandagiri n’en compte que 15. Celles-ci se révèlent moins intéressantes et plus fréquentées car menant à un temple en activité.

Dans le premier groupe en revanche, pour lequel il faut s’acquitter d’un droit d’entrée, un petit sentier passe devant des grottes sculptées et mène à un véritable monastère. Des inscriptions brahminiques remontent au 1er siecle avt JC. D’autres attestent de la présence de moines jains sous le règne du roi Kharavela. Leurs décorations magnifiques ont une importance historique. Plus haut encore un grand décret, l’inscription Hathigumpha,  sur la paroi supérieure d’une large grotte remonte au règne du même roi.

Cuttack la capitale britannique

Au XIVe s,, le royaume Kalinga avait pour capitale Cuttack entre les bras de la rivière. C’était encore la capitale de la région alors nommée Orissa sous les Moghols (après le XVIes) et les Britanniques après 1803. Elle était alors rattachée à la Présidence du Bengale et au Bihar.

Cette petite ville a conservé des vestiges de fort et des constructions coloniales. Néanmoins, après l’indépendance, le pouvoir nouveau jugea plus sage de déménager la capitale. Elle était trop soumise aux inondations de ses capricieux cours d’eau. On choisit alors de la transférer un peu à l’écart vers la ville religieuse de Tribubaneshwara. Nehru, avec une vision très moderniste de l’Inde, voulut transformer ce gros village en une cité planifiée et fit appel à un urbaniste européen.

Puri, Konark, le triangle d’or

Puri reste la ville des adorateurs de Vishnou. Le temple est de ce fait interdit aux non hindous. Pour des européens la visite de la cité sainte vous laissera sur votre faim à moins que vous n’adoriez les plages indiennes. Pour clore le triangle d’or, rendez-vous à Konark, classé site mondial de l’Unesco.

Ici on peut se demander à juste titre pourquoi Konark est classé et non Bhubaneshwar. La réponse en est simple et compliquée. Pour répondre aux critères onusiens il faut que le propriétaire (unique) du lieu s’engage à respecter un cahier des charges assez complet. Or les temples et lieux saints de Bhubaneswar sont entre les mains d’une multitude de propriétaires, Etat, région, ville, clergé. Certains temples dans et hors de Bhubaneshwar, sont privés d’autres pas. C’est pourquoi certains sont accessibles, d’autres payants, d’autres interdits aux non hindous. En outre la zone à protéger n’a pas de limites réelles. Pire, elle a tendance à fluctuer avec l’explosion de la ville. Enfin, la préservation des édifices, datant en grande majorité des VIIIe au XIIe siècles effraye un peu.

Temple de Yogini

Ce curieux temple est dédié aux servantes de la grande déesse. Il est l’un des 4 seuls à exister en Inde. Sa rareté le rend donc particulièrement important. Ses divinités ont des pouvoirs magiques. D’ailleurs, le temple n’a pas de toit pour que celles-ci puissent s’envoler. Le sanctuaire adopte la forme d’un Yoni (rond avec une petite anse) et comporte des représentations de 64 Yoginis ainsi que l’image de Mahamaya, la divinité majeure. Au centre du temple se trouve un carré avec le Lingam de Shiva. Comme toujours, les divinités mâles et femelles se complètent pour équilibrer les forces. Ici elles s’interpénètrent carrément.

Ce temple a été redécouvert seulement en 1953 en raison de son isolement, bien en dehors de Bhubaneshwar. Dans un lieu calme, au fin fond d’une banlieue en voie d’urbanisation, il offre un cadre magnifique. Il date du Xes. Les têtes d’animaux qui le décorent attestent de la brouille profane sacré. En forme de mandala, il reprend la tradition des mantras. La répétition touche les textes mais aussi les représentations. Ceci même si chaque yogini adopte une expression individualisée, un animal spécifique.

Parmi les 64 yoginis en chlorite (pierre noire), 8 yoginis portent les signes du zodiaque. Ce qui permet à des guides autoproclamés professeurs d’astrologie de se lancer dans des explications embrouillées à défaut d’être savantes. Le lieu était central il est vrai à une pratique restée ésotérique et à des pratiques de yogas. On voit en effet les divinités faisant des asanas (poses de yoga), des mudras (signes des doigts). Apparaissent également des symboles géométriques.

Il n’est pas facile d’aller dans cette zone à l’exterieur de Bhubaneshwar. C’est encore plus difficile d’en partir, et impossible sans voiture particulière ou taxi.

Ekamra

Ekamra Kshetra désigne l’ancienne ville temple de Bubaneshwar que je vous ai presenté la semaine dernière. Petite, Ekamra offre une ambiance quasi villageoise à l’abri de sa multitude de temples. Sur les 700 vous ne parviendrez à en admirer que quelques-uns, alors voici un petit tour d’ensemble…

Marcher à Ekamra, pour mieux découvrir

En général, les agences survolent malheureusement Ekamra Kshetra. Elles insistent effectivement sur le plus grand temple, le Lingaraj puis  le Mutekswara, le plus beau et le Rajarani. Pour ce dernier, en dehors de la beauté du parc alentour et des sculptures coquines je ne vois pas pourquoi il est préféré à d’autres.

Dommage, d’abord parce que ce circuit fait fi de l’histoire de la ville mais aussi de l’histoire architecturale de la région. C’est vraiment dommage car sans prétendre visiter les 700 temples, d’autres méritent vraiment de s’y arrêter.

Dommage également de ne rester qu’une journée dans un bus climatisé alors que le vieux centre de Ekamra se prête à la découverte pédestre. Bref voici un petit itinéraire maison pour mieux profiter de cette superbe cité ancienne.

A noter que les horaires et modalités d’entrée varient selon les lieux. En général et contrairement à Chennai les temples sont ouverts toute la journée et ne ferment pas le midi. Le Rajarani est le seul vraiment payant mais le Mutekswara est sensé l’être.

Votre promenade vous mènera autour du lac Bindu Sagar, juste derrière le temple Lingaraj. Il est sensé contenir une goutte de toutes les rivières sacrées d’Inde ce qui le rend hautement sacré lui-même.  De nombreux temples l’entourent et contourner l’une de ses rives donne une jolie idée de la ville.

Les temples anciens VII-VIIIe de Ekamra

A l’origine de la cité bimillénaire se trouve vraisemblablement le lac Bindu entouré de 7 temples. Bien qu’un peu odorant à certains endroits, c’est un joli lieu. Les mariés s’y donnent RV pour se faire prendre en photo juste au débouché du majestueux Lingaraja. Toutes sortes de légendes rattachent le lac au couple de Siva et Parvati. Des autochtones y barbotent enserrés dans des bidons vides. Ceux-ci servent-ils de bouée ou de réceptacle pour ramasser les déchets ? je ne saurai le dire. En face, quelques Dharamshalas (ou caravansérails) sont devenus l’un hôpital, l’autre cantine typique. On trouve peu d’endroits ou se restaurer ouverts avant 11h du matin outre les petits vendeurs de rue.

Je suggère de commencer par Le temple Parasurameswara. Juste à côté du Mutekswara, il compte parmi les plus anciens du pays (7e s). Typique du style Nagara ce temple à Shiva témoigne de la maitrise des sculpteurs locaux. Les sculptures extérieures en sont magnifiques. L’intérieur, en revanche, noir et dépouillé, cherche à recréer la grotte primordiale. La jagamahona (ou hall menant à la Sikhara) est emblématique de la première période de l’école de l’Odisha avec son toit plat. On ne trouve pas encore la multiplication des halls pour les offrandes et festivités. Ceux-ci apparaitront plus tardivement. On peut rentrer dans le temple contre une offrande.

Par commodité on peut enchainer avec le magnifique temple Mutekswara. Ou préférer la logique chronologique. Dans ce cas, mieux vaut se diriger vers le temple Vaital du 8e s un peu excentré. Il évoque également Shakti parèdre de Shiva. Ils vont toujours tous les deux. La déesse Shakti, tueuse de démons est associée au culte tantrique.

L’âge d’or

-Mukatswar

Ce magnifique temple est un incontournable. Il célèbre le culte de Shiva. Il apparait comme la perle des temples de l’Odisha.

Construit vers 950-70 ce temple comporte une Shikara avec 4 natarajas sur 4 côtés. Compact et assez petit, il affirme le style typique Odisha. En effet, il en rassemble tous les éléments fondamentaux. Le jagamohana (hall offrandes) pyramidal y apparait pour la première fois. Il est relié à la vimana. Derrière celle-ci, se trouve la piscine. les femmes s’y baignent lors d’un festival pour améliorer leur fécondité.  Comme les 2 précédents il se trouve dans une cuvette et il convient de descendre quelques marches pour le visiter.

Ses délicates sculptures, ses reliefs ouvragés et ses portés ornées décrivent les divinités hindoues. Sa torana (porte) est unique. 

– Lingaraj Temple,

Le Roi du linga ne se visite pas c’est le plus important temple de la ville par sa taille, c est LE temple par excellence de la region. Malheureusement, les non hindous ne peuvent pas y accéder. Ils doivent se contenter de le regarder depuis la plateforme ou depuis la grande place après le réservoir qui en annonce l’entrée.

Il est typique de l art kalinga. Il remonte au 11es. C’est la période considérée comme intermédiaire de l’art kalinga. On y retrouve les 4 composantes apparues au temple précédent. On accède au vimana via la jagamahona. Il s’agit d’une sorte de mandapam à toit plat dans les premières structures devenu pyramidal vers le 10e s.  S’y ajoutent un hall de festivités, le natamandir et un hall d’offrandes, dit magamandapa.

Une cinquantaine de plus petits sanctuaires magnifiquement décorés insistent sur le culte à Shiva. Cependant, quelques images de Vishnou rappellent l’influence de Puri.

-Le temple Rajarani Temple,

Le temple RajaRani remonte au 11e siècle. Son originalité tient au manque de dieu tutélaire connu. Les nombreux reliefs érotiques, l’ont fait connaitre comme « temple de l’amour ». Ses murs extérieurs en calcaire rouge et jaune (raja rani) s’ornent de sculptures de danseuses, musiciens et personnages mythologiques. Ces sculptures ainsi que le joli jardin l’entourant expliquent peut être son succès touristique. Néanmoins c’est l’un des rares temples dont l’accès soit payant. C’est également l’un des trois courus des touristes en groupes.

Construit sur un socle, il comprend un deul (pyramide) de 18m de haut rappelant l’architecture de Khajuraho et un sanctuaire carré vide et sombre à l’intérieur. La forme de la tour ou deul contraste avec celles traditionnelles de Bhubaneshwar.

-Le temple Ananta Vasudeva

Sur la rive est du lac Bindu Sarovar ce temple du 13e s est le seul de Ekamra à vénérer Krishna, Balarama et Subhadra. Originellement il s’agissait d’un temple à Vishnou unique dans cette ville consacrée à Shiva. Rénové au 17eme siècle il s’inspire du temple Lingaraj mais avec des éléments Vaishnavite. Malgré son état de délabrement il reste un lieu de pèlerinage important.

Le temple Brahmeswara

Un peu excentré,  ce temple remonte au 9eme siècle et honore Shiva. Il illustre parfaitement l’architecture kalinga. Quatre sanctuaires identiques  entourent en effet son sanctuaire principal. Les portes s’ornent de figures sculptées et des neuf planètes de l’astrologie indienne.

Bhubaneshwar

Bhubaneshwar, l’actuelle et récente capitale de l’Odisha, est pourtant une ancienne cité religieuse. On la connait d’ailleurs sous le surnom de « ville temple ». De fait, le centre historique s’enorgueillit officiellement de 700 temples. Et on croise des deuls (tours) à tous les coins de rues.

Cette ville se consacrait à Shiva, comme l’indique son nom originel « Tribhubaneswara » (Seigneur des 3 mondes).  Petite, elle constitue le quartier historique autour du grand temple à Shiva le Lingaraj. Promue capitale d’état seulement en 1948, les pères de l’indépendance la firent croitre autour d’un plan d’urbanisme.

Une ville en pleine explosion démographique

Cette ville en pleine explosion démographique surprend aujourd’hui par son excellente maitrise de la croissance urbaine et sa dualité. D’une part un centre historique religieux magnifique, d’autre part une ville moderne aux grandes et larges avenues.

Autour de ces deux entités distinctes, les quartiers périphériques grignotent peu à peu la campagne et les sites religieux. Ceux-ci datent majoritairement des 6eme au 13eme siècles.

Au-delà, encore à une quarantaine de km, le long de la cote se trouvent les deux villes qui complètent le triangle d’or de l’Odisha. Puri, lieu de pèlerinage fondamental avec son énorme culte à Vishnou, n’est visitable que pour les seuls hindouistes. Quant à Konark, le seul site inscrit au patrimoine de l’Unesco, on ne s’y rend que pour son immense temple du soleil, à la Sikhara écroulée mais au célèbre chariot sculpté.

Je vous propose de nous concentrer cette semaine sur la ville moderne de Bhubaneshwar avant de vous emmener la semaine prochaine dans le quartier ancien à la découverte des magnifiques temples.

Une ville planifiée

A l’époque du Raj, la capitale régionale se trouvait à Cuttack au confluent des fleuves. Inondée et marquée par la colonisation, la ville et son fort furent abandonnés à l’indépendance en faveur du site plus abrité de Bhubaneshwar.

Nehru avait dècidè la construction de 3 cités planifiées : Jamshedpur, Chandigarh et donc Bhubaneshwar. En 1948, il chargea Otto Königsberger, juif Allemand émigré, de se charger de la ville modèle. Des unités, conçues autour du temple et de l’école permettaient aux résidents de vivre dans leur quartier comme dans leurs villages. On pouvait se déplacer à pied le long des larges rues arborées et ponctuées de parcs.

Les unités conçues comme des villages se concentraient autour des écoles et magasins. On pouvait s’y déplacer à pied sans bus le long des grandes avenues arborées.

Depuis l’indépendance, la ville a littéralement explosé. De fait la bourgade de à peine 15 000 hab en 1966 atteignait 300 000 hab en 2011. Elle frise aujourd’hui le million et demi. Néanmoins, cette explosion s’est accompagnée, fait rare en Inde, d’une croissance harmonieuse.

L’idée originale consista d’emblée à créer un plan d’urbanisme anticipant les nécessités à venir. Ainsi les larges avenus prévoient elles une augmentation de la circulation automobile et des besoins en parking. Les nombreux ronds-points permettent de fluidifier le passage d’un quartier à l’autre.

Le musée tribal

Ce musée est une pure merveille. Un joli parc réunit sur la gauche un centre de recherche, sur la droite la boutique et une charmante cafeteria. Au-delà, un premier bâtiment présente les arts tribaux. Une première salle s’intéresse aux différentes tribus, leur répartition géographique et démographique. Autour d’un cour une série de salles s’intéresse aux outils agraires, et de pêches, aux instruments de musique, aux vêtements et bijoux. La cour exhibe des autels et éléments religieux.

En contournant cet édifice on parvient à un second. Celui-ci met en lumière les tribus au moyen de diorama. Enfin, le fond du parc recrée des huttes, maisonnettes, l’habitat, les conditions de vie.

Une ville jardin

Il faudrait ajouter à la découverte de la ville une balade dans les grands et nombreux parcs de cette cité jardin, le zoo et les autres musées.

Bhubaneshwar est l’une des premières villes indiennes à avoir adhéré au projet smart city.

 Elle est en revanche l’une des rares à vraiment le vivre avec un soin dans le ramassage, par une armée de nettoyeurs. Un service d’embellissement des espaces publics existe même.  Il passe par exemple par la peinture de tous murs publics, la multiplication des espaces verts. La construction en unités de 1,2 km conserve un rythme de vie humain. Chacun peut vivre à l’intérieur de son quartier et en sortir au moyen de bus électriques.

La ville s’est dotée des institutions typiques d’une capitale d’Etat. Sans importance à l’époque britannique, Bhubaneshwar ne s’enorgueillit pas comme tant d’autres d’un palais du gouverneur et autres administration coloniales ou d’une belle gare victorienne. Néanmoins les bâtiments gouvernementaux bordent fièrement les grandes avenues centrales, tout comme le musée de l’Odisha. Celui-ci fait la part belle a l’archéologie régionale avec nombre de sculptures bouddhistes et jains, des bijoux, et de nombreux manuscrits.

Pour le touriste, habitué à une Inde sale et encombrée, la ville de Bhubaneshwar apparait, de prime abord, verte, propre et aérée.

Allepey

J’étais allé à Allepey sous la pluie et j’avais détesté les backwaters et la ville mais aussi la plage. Pourtant les amis partis au Kerala vantaient les canaux. J’y suis donc retourné un jour de beau temps. Je n’ai pas plus adoré les backwaters mais j’ai goûté le centre historique et les efforts de réhabilitation de la commune.

Les backwaters d’Allepey

Si Allepey ou Alappuzha, selon sa dénomination actuelle, est connue à travers l’Inde et la sphère touristique au-delà du pays, c’est en effet pour ses backwaters. Il s’agit d’un réseau de canaux et lacs qui ponctuent le paysage à l’intérieur des terres. Malheureusement, surexploités par l’homme ces canaux et étendues d’eau sont devenues saumâtres. S’y laisser glisser ne repose pas tant que cela si vous êtes tant soit peu sensible aux odeurs.

C’est dommage car les paysages y sont vraiment magnifiques. Ils se déroulent sous vos yeux au fil du glissement de l’embarcation. A ce sujet vous avez d’ailleurs l’embarras du choix. La solution « haut de gamme » vendue par les agences de voyage consiste à vous embarquer sur un houseboat. Amarrés dans le port d’Alleppey, ceux si sont assez polluants. En outre, leur taille ne leur permet pas de naviguer sur les plus petits canaux. Cerise sur le gâteau vous êtes captifs de votre bateau et de son équipage. N’espérez pas voguer pendant la nuit, celle-ci se passe à quai entourée des autres et nombreux bateaux.

Bref, vous n’apprécierez que si vous êtes fan des croisières sur le Nil. Personnellement, vous l’aurez compris, je n’aime guère et ne vends pas très bien l’expérience. Néanmoins, l’honnêteté intellectuelle m’oblige à vous avouer que tous les convives qui s’y sont adonné malgré mes sombres prédications (et prédictions) ont adoré…

Vous pouvez tenter l’expérience en sikhara, un long bateau effilé que vous pouvez retenir via une agence ou avec lequel vous pouvez négocier une fois sur place. Si le temps le permet et que vous n’avez pas peur, la pirogue peut se risquer aussi. Dans un cas comme dans l’autre, vous avez le nez dans les remugles des eaux noirâtres. Cependant, la balade lente le long des villages desservis uniquement par voie d’eau est belle et dépaysante.

Enfin le ferry permet une découverte beaucoup plus authentique. Il passe peu près toutes les 20mn et on le récupère le long du canal. Des marches permettent de parvenir aux embarcadères. Le seul problème est de comprendre où vous allez et pour combien de temps vous en avez. Le plus simple est de partir jusqu’au terminus Kumarakom, la réserve animalière. Celle-ci est un point de départ plus agréable pour aborder les backwaters. En revanche, si vous dépendez du train, la situation devient compliquée pour ce tour en ferry. Il vous faut prévoir une grosse demi-journée et ne pas craindre la promiscuité. Mais vous ferez le plein d’authenticité et de beaux paysages.

Balade dans Allepey

Les backwaters d’Allepey sont si connus qu’on en oublierait presque de se promener dans la ville. C’est dommage car il y a beaucoup à y voir.

On peut éviter la plage, sale et plutôt déprimante. Le port qui la longe ne fait pas trop envie non plus. Le déclin commercial de la ville a sonné son glas. Pourtant, à la fin du 19e siècle, Allepey était une ville prospère fréquentée par nombre de marchands et commerçants. C’était aussi un lieu de traitement de la fibre de coco. Le port actif a perdu de sa superbe. Il est pratiquement abandonné et les canaux ne sont plus utiles. Cependant, de jolies maisons, en voie de réhabilitation nous parlent d’un passé plus glorieux.

D’ailleurs, le centre historique est en pleine rénovation et promet de devenir assez mignonet. Par ailleurs, la municipalité s’est lancée dans un projet de promenade patrimoniale tout à fait intéressant.

Le “Alappuzha Heritage Project » a monté un itinéraire. Celui- ci commence non loin de la gare avec le phare. On peut le suivre à pied pour découvrir les trésors cachés de Allepey. Il suffit de remonter Palace road et tourner rapidement sur la gauche sur Thana E road pour gagner le canal sud. De petits ponts permettent de le traverser pour accéder au temple jain puis un peu plus loin au futur musée de la coco pour l’instant une usine dans de vieux et jolis bâtiments en cours de réhabilitation.

 Tour autour de cette manufacture s’enroule Jubilée road. Il s’agit d’un quartier résidentiel très calme bordé de jolies demeures cachées dans de beaux jardins tranquilles. Il n’est aucunement référencé et il a peu de risques d’y croiser des hordes de touristes. La grosse école Leon XIII aux allures art deco se trouve sur la rue qui mène à la cathédrale catholique. Son cimetière surprend avec ses tombes originales.

On peut retraverser le canal sud, pour admirer la Saukar Masjid, une délicieuse petite mosquée aux allures de ferme. En effet, Allepey regorge de mosquées toutes plus ravissantes les unes que les autres. Car le port actif jouait un rôle économique majeur au Moyen Age et attirait des communautés du Golfe persique voire de plus loin encore. Leur architecture mêle souvent des éléments de l’art islamique à des caractéristiques plus locales, comme les toits si particuliers du Kerala ou l’utilisation du bois. On peut à ce titre s’arrêter à la mosquée Maqam ou ici devant la charmante mosquée Saukar. Celle-ci est riche d’influences turques et est-européennes.

On retraverse alors le canal sud pour rejoindre le centre-ville marqué par la rue et le temple Mullakkal Rajarajeswari Temple sur la rue du même nom. On est dans le quartier central avec magasins et cinémas. L’animation de la petite ville s’y concentre. Et on voit bien l’effort fait par la municipalité et l’état pour réhabiliter cette ville industrielle.

De là, on peut alors rejoindre le canal nord. Celui-ci concentre toute l’activité de navigation. Les marches mènent aux embarcadères de ferry, alors que l’on peut aborder un sikhara à tour moment. C’est à l’extrémité de ce canal nord que l’on débouche sur le lac et, en traversant, sur le terminal des House boats.

Transports keralais

L’idée dans cet article est de découvrir les transports keralais. L’Etat se targue en effet de sa politique environnementale (pour l’Inde, les attentes ne sont pas occidentales quand même). Alors vous pouvez remiser votre application uber (qui fonctionne très bien ici et notamment pour les tuktuks, appelés autos) et opter pour d’autres transports plus locaux.

L’aéroport

Parce que l’on accède généralement au Kerala par Cochin, l’aéroport y est plus important que celui très mignon et efficace de la capitale de l’Etat, Trivandrum ou Thiruvandanapuram. C’est l’un des rares aéroports privés d’Inde. Le moins que l’on puisse dire est qu’il est particulièrement agréable comparé au grand hangar sans grâce de Chennai. De jolies boutiques d’ayurvédique, des petits restaurants qui offrent tous la même tambouille au même prix et 2 librairies permettent de passer le temps long si vous vous êtes prémunis en quittant votre auberge très en avance par rapport à l’horaire de votre vol. En effet, la circulation terrestre à Cochin est comme dans beaucoup de villes indiennes effrayante. En outre, la distance depuis le centre de la ville fait qu’il faut souvent prévoir 2h pour rejoindre le terminal 1 (domestique) ou 3 (international).

La municipalité a fort récemment mis en place une ligne de bus climatisée ainsi que des tuktuk bleus au tarif préétabli pour relier le métro (station Aluva) et l’ aéroport.

Les bâtiments ont un petit aspect chinois avec leurs toits en pagode. L’aéroport de Cochin se vante d’être le premier au monde à fonctionner entièrement à l’énergie solaire. Je ne sais pas s’il est raisonnable d’y transiter en période de mousson.

Le train

On peut aussi choisir de parcourir le Kerala en train. C’est très rigolo et facile de se déplacer dans la région très bien reliée en tous cas pour sa partie côtière. Evidemment il vaut mieux ne pas être pressé, mais ce n’est pas plus lent que la voiture. Et le voyage est tellement plus typique.

Depuis Trivandrum on voit défiler de magnifiques paysages de cocoteraies,  et de backwaters (mangroves). Le train n’est pas forcément plus en retard que notre SNCF nationale. En revanche il vaut mieux éviter les toilettes et ne pas être à cheval sur la propreté des fauteuils. Sur certains tronçons, de petits messieurs passent pour proposer du thé ou des baji mais pas toujours. Ce moyen de transport est extrêmement économique (25rp pour aller de Varkala aux iles Munroe, 20 pour le trajet Allepey Cochin) alors que le ticket de métro coute lui 50 rp dans la ville de Cochin.

Le bus

Ouvert aux quatre vents, le bus donne une idée autre des villes et constitue un moyen de transport populaire. Il est en effet très simple d’utilisation surtout sur la presqu’ile de Fort Cochin avec des trajets quasi rectilignes. Vous montez dans le bus indiquez votre arrêt et payez en conséquence. Il vaut mieux vous munir de petite monnaie

Le bateau

La zone côtière du Kerala doit sa réputation à ses mangroves et « backwaters ». Des bateaux plus ou moins gros parcourent les canaux qui relient la multitude de petits lacs et rivières.

Point de pirogue à à Cochin en revanche. Si vous aimez la foule, la transpiration et la bousculade, le ferry se révèle idéal. Pour un tarif modique (6 rp) vous aurez le droit de vous serrer avec vos commensaux dans la queue pour acheter vos billets puis de vous faire compresser pour monter dans le ferry. Une fois à bord, si vous avez eu la chance de monter portés par des foules de bras et d’aisselles se dirigeant dans le même sens, vous pourrez peut-être vous assoir, ou non. Pour être honnête j’avais écrit ces phrases il y a quelques années après une traversée particulièrement éprouvante.  Le trajet est devenu plus confortable ces derniers temps avec des ferry à sièges et à contenance max de 100 passagers. Les horaires sont indicatifs. Dès que le ferry est plein, il part. Les « bus d’eau » ont adopté une mascotte appelée Jengu.

Le métro aérien, transport moderne à Cochin

Le métro est une splendeur à Cochin. Neuf, moderne il est loin d’être terminé. Ce réseau exceptionnel ne comprend pour l’instant qu’une grande ligne desservant Ernakulam.

Initié en 2013, ce métro est encore largement en construction. Néanmoins la (longue) portion terminée dessert déjà les zones essentielles de marchés, administrations, universités, lycées, gare et Centre commerciaux.

La ligne en activité permettra un jour de relier l’aéroport, mais l’ile de Fort Cochin et les plages ne font pas partie du projet pour des raisons assez évidente d’environnement et de population concernée. Car le but est de s’adresser aux familles et aux jeunes locaux. D’où une communication et des publicités ciblées pour ce métro ultra moderne dont la mascotte est un adorable petit éléphant bleu ailé qui nous rappelle que la modernité n’enlève rien aux traditions charmantes du Kerala et de Ganesh. Milu, c’est son nom, s’inspire de son grand frère Serge le lapin qui a bercé nos enfances parisiennes avec ses injonctions à ne pas mettre ses doigts n’importe ou sous peine de se pincer les doigts très fort.

 Alors embarquez en compagnie de Milu et Jengu et suivez leurs aventures à chaque arrêt !

*Les tarifs ont été reactualisés en janvier 2025