Les enceintes de Paris

Disséminées dans le paysage urbain, les enceintes de Paris sont encore bien présentes. La capitale a en effet compté 7 enceintes au cours de son histoire bi-millénaire. Elles expliquent l’expansion concentrique de pat et d’autre de l’Ile de la Cité, berceau fortifié de la ville.

Les 7 enceintes de Paris

Pour faire face aux invasions, Paris s’est très tôt dotée d’enceintes. Mais à mesure que la ville grossissait, elle s’est retrouvée à l’étroit. Les murs se sont ainsi déplacés pour entourer la ville en expansion ainsi que ses nouveaux centres.

Muraille de Philippe Auguste, rue des fossés Saint Paul
  • La première muraille date du Bas -Empire romain (3e/4e siècles). Face à la poussée barbare, Lutèce, prospère sur la rive gauche, se replie sur le Castrum de l’Ile de la cité. Il faut descendre à la crypte archéologique pour découvrir le petit pan de mur évoqué également rue de la Colombe.
  • Le 10e siècle emmure pour la première fois la rive droite. Alors que la rive gauche peine à se remettre des invasions normandes, la rive droite se développe en effet. Cette fortification complètement perdue réapparait depuis une petite vingtaine d’années grâce aux efforts des archéologues de l’INRAP appelés en renfort sur des chantiers de construction.
  • Avant son départ en croisade en 1190, Philippe-Auguste, premier roi véritablement Parisien, dote sa capitale d’une forteresse le Louvre, et d’une muraille destinée à la protéger des dangereux envahisseurs de l’ouest. Cette dernière est la mieux conservée et connue, la plus visible, des enceintes de Paris.
pan de la muraille de Philippe Auguste rue Clovis
  • En pleine Guerre de 100 ans, Charles V décide de protéger la rive droite qui déborde largement de la muraille de Philippe Auguste. Des pans de cette nouvelle fortification du 14eme siècle sont réapparus lors de la construction du Grand Louvre.
Pan de la muraille de Charles V sous le carrousel du Louvre
  • Les Guerres de Religion ont largement détruit Paris et les Bourbons qui accèdent au pouvoir avec Henri IV n’ont de cesse d’embellir puis de protéger la ville. Mais les progrès de l’armement ont rendu les fortifications médiévales inopérantes et la construction de nouveaux remparts doublant la muraille de Charles V s’étale sur plus d’un siècle (16e/fin du 17e). Lorsque Louis XIV monte sur le trône, traumatisé par le souvenir de la Fronde et auréolé de ses conquêtes, emmurer Paris n’a plus de sens. Désormais la protection se fait aux frontières et la ville en pleine expansion s’ouvre. Les remparts sont détruits pour laisser la place à de larges avenues de promenade : les boulevards.

De la ville close à la ville ouverte

  • La ville ouverte de Louis XIV est une nouvelle fois entourée d’un mur cette fois à vocation purement économique. L’enceinte des Fermiers Généraux est une barrière destinée à taxer tout bien rentrant dans la capitale au 18eme siècle. A ce titre, une cinquantaine de pavillons d’octroi pour recouvrer l’impôt la percent. La Révolution s’est empressée de détruire cette barrière, chef d’œuvre du grand architecte Claude-Nicolas Ledoux. Beaumarchais l’avait épinglé grâce au célèbre alexandrin « le mur murant paris rend Paris murmurant ».
Pavillon d’octroi de la barrière d’Enfer, Place Denfert-Rochereau
  • La dernière fortification visant à défendre paris suit l’épisode napoléonien. Votée dès le milieu du 19eme siècle, l’enceinte de Thiers n’arrêtera pas l’invasion Prussienne. Annoncé dès 1919, son démantèlement se poursuivra jusque dans les années 1930. Dans l’immense zone ainsi libérée, la ville de Paris agrandie de près de 25% construira des stades, cimetières, lycées, parcs, mais aussi toute la ceinture de HBM (habitations bon marché).
  • Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, la ville de Paris connait une ultime ceinture cette fois destinée à faciliter les communications et transports : le périphérique. Aujourd’hui considéré comme entrave à la croissance de la ville, celui-ci constitue une muraille entre la ville intra-muros et la banlieue.

La triple empreinte des enceintes de Paris

Des enceintes de Paris, il reste trois types de vestiges

1 / d’une part des vestiges formels. Il n’est pas rare de découvrir au détour d’une rue pans de murs ou reliquats de tours. La muraille de Philippe Auguste reste la plus visible notamment rue des fossés Saint Paul ou rue Clovis. Les fouilles de sauvetage, menées par l’INRAP ont mis à jour des fossés ou pierres oubliées et permis de réévaluer notre connaissance des enceintes de Paris. Les fouilles des 20 dernières années ont ainsi permis de préciser le tracé de la muraille du Xe siècle jusque là plus imaginé que véritablement connu. En effet l’Institut National de Recherche archéologique préventive effectue un travail admirable de prospection, analyse et met à disposition de manière très compréhensible les fruits de son travail.  https://www.inrap.fr/

Mur de Philippe Auguste, caserne de la rue Cardinal Lemoine

2/ Outre les vestiges monumentaux, la topographie nous fournit un précieux indicateur. En effet la trace des enceintes de Paris se lit dans la forme des rues. L’enceinte de Philippe Auguste explique le tracé de la rue Jean Jacques Rousseau. Les boulevards des Maréchaux suivent les fortifications de Thiers. Les lignes 2 et 6 du métro (dans la partie aérienne) quant à elles reprennent le tracé de l’enceinte des Fermiers généraux.

l’impasse des peintres à l’emplacement vacant de la muraille de Philippe Auguste

3/ Enfin la toponymie nous aide à imaginer les enceintes de Paris disparues. On l’oublie souvent mais la place de la Contrescarpe rappelle la présence du fossé entourant la ville. Les rues des Fossés saint Bernard, Saint-Victor, entre autres, évoquent les douves protégeant les murailles médiévales.

La ville de paris a accompli un travail de signalétique qui nous permet de retrouver ces enceintes. Si certains vestiges apparaissent au détour d’une rue, d’autres se cachents dans des lieux insoupçonnés. Et il faut parfois aussi ruser pour rentrer dans les cours fermées par des digicodes.

Petit panneau en hauteur indiquant la présence de l’enceinte, rue Saint Denis
Portion du mur de Philippe Auguste au fond d’un parking souterrain, rue Dauphine
Une tour de la muraille de philippe Auguste dans le salon de thé Un dimanche à Paris

La maison, de fond en comble : visite virtuelle

ferme

Voici une invitation pour en savoir plus sur la maison.

En effet, l’hiver promet d’être long et calfeutré. Puisqu’il nous sera difficile de partir en voyage, je vous propose une série sur ce que nous aurons le plus de temps d’explorer : notre humble demeure ! 

Je vous invite à vous connecter, mardi 29 Septembre à 20h, heure de Paris, le temps (1h30 environ) d’évoquer les étapes, mots et lieux qui ont façonné nos logis. 

L’idée est de revisiter les lieux de notre quotidien pour en retrouver l’origine et l’évolution. Comment sommes-nous en effet passés de la cabane de branchage au confort actuel ?

Le lien sera envoyé quelques jours avant à ceux/ celles qui se seront inscrits (un petit message suffit). N’hésitez pas à en parler autour de vous.

Cette première séance sera gratuite.

Pour les conférences suivantes, je vous demanderai une participation. ( 8 euros par visite ou un forfait de 30 euros pour la série de 5 visites) . Un mardi par mois, nous explorerons chacune des pièces de la maison. Les détails vous seront donnés avec le lien de connexion.

Pour ceux qui souhaiteraient assister à cette visite virtuelle mais ne le peuvent pas, n’hésitez pas à me contacter pour trouver une autre date.

Vous pouvez également vous régaler avec la prose de Bill Bryson : https://www.babelio.com/livres/Bryson-Une-histoire-du-monde-sans-sortir-de-chez-moi/609710

Encore un régal du plus britannique des auteurs américains

Nos ancêtres les Wisigoths

A la suite de l’exposition de Toulouse, revenons sur nos ancêtres les Wisigoths. https://visitesfabienne.org/royaume-wisigothique-toulouse/

Exposition 3Royaume de Toulouse”, Musée Saint Raymond

Dans l’imaginaire collectif, les Goths sont associés à des pilleurs, des brutes qui ont détruit Rome. D’ailleurs le XIXème siècle invente l’adjectif gothique pour désigner l’art médiéval issu de la période obscure et opposé à la perfection de la Renaissance.

Couronne du trésor de Guarrazar. Chef d’oeuvre wisigothique réparti entre le Musée de Cluny, le Musée Archéologique de Madrid, San Roman à Tolède.

Qui sont les Wisigoths

L’archéologie corrobore la légende selon laquelle les Goths apparaissent au Nord de l’actuelle Pologne. Dès le 1er siècle de notre ère, s’y mêlent autochtones et Germains scandinaves.
Au début du IIIe siècle, les Goths se dirigent vers la mer Noire et s’allient à d’autres tribus pour attaquer les provinces romaines. Les Romains qualifient ces envahisseurs du Nord du Limes de barbares car ils ne parlent ni grec ni latin.

Colonne romaine, chapiteau wisigothique dans une mosquée devenue église, S Salvador, Tolède

Les documents évoquent alors deux branches : les Ostrogoths (“Goths de l’Est” ou “Goths brillants”) en Ukraine et les Wisigoths (“Goths de l’Ouest” ou “Goths sages”) en Roumanie et Moldavie.
Polythéistes, les Goths deviennent chrétiens et adoptent l’arianisme vers 240. Selon Arius, Le Christ n’est pas de même nature que Dieu. Après le Concile de Nicée en 325, l’Eglise romaine jugera cette doctrine hérétique.

Des influences germaniques pour les chapitaux d’églises, San Roman, Tolède

Des Barbares romanisés

 A la fin du IVe s, Les Goths fuient la poussée des Huns. Ils pénètrent alors dans l’Empire romain et promettent d’en protéger les frontières.

L’art wisigothique reste germanique d’inspiration, Aigle exposé à Toulouse

Mais, maltraités par les Romains, ils se révoltent, tuent l’Empereur Valens et battent ses troupes à la bataille d’Andrinople en 378. Pendant une trentaine d’années, ils essaient de négocier un territoire auprès de Rome. De guerre lasse, menés par Alaric, ils attaquent Rome. En 408, la ville éternelle s’en tire en payant une énorme rançon mais est pillée en 410. Cet épisode est connu dans l’histoire sous le nom de sac de Rome.

Il faudra une dizaine d’année aux Wisigoths pour obtenir de Rome un territoire où s’installer. Après leurs victoires contre les Alains, Vandales et Suèves, dans les provinces d’Hispanie, l’Empereur Honorius leur accorde en 418 un Royaume, de la Narbonnaise à l’Océan. Cet accord permet enfin une installation durable et Théodoric Ier choisit Toulouse comme résidence royale. Il agrandit son territoire après des victoires en Espagne et contre l’Empire. C’est l’âge d’or du Royaume de Toulouse (418/507).

Colonne, Eglise de la Daurade, Toulouse

Où les voir :

Musée Saint Raymond Toulouse : https://www.saintraymond.toulouse.fr/

Thermes et Musée de Cluny, Paris : https://www.musee-moyenage.fr/collection/oeuvre/couronne-votive-guarrazar.html

Musée Archéologique, Madrid : http://www.man.es/man/coleccion/catalogos-tematicos/tesoros-del-man/hispania-visigoda.html

Eglise San Roman, Tolède : https://cultura.castillalamancha.es/museos/nuestros-museos/museo-de-los-concilios

L’Art Nouveau

Casa Battlo

En une petite dizaine d’années seulement, les courbes et arabesques de l’Art Nouveau révolutionnent l’art européen. Entre 1890 et 1910 en effet l’académisme de rigueur se voit battu en brêche.

Car, symbole de la Belle Epoque, ce style s’est diffusé à travers toute l’Europe. Voici ses principales caractéristiques, évoquées lors d’une intervention . https://afbristol.org.uk/events/cafe-artistique-art-nouveau/

Gaudi, la Sagrada Familia, Barcelone
Bristol, imprimerie Everard, Broad Street

Un rejet de l’Académisme et de la production de masse….

L’Art Nouveau nait en réaction contre les dérives de l’industrialisation et la reproduction sclérosante des styles académiques. Au contraire, ce style promeut l’artisanat. Il met à l’honneur de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques :  ferronnerie, verrerie, cristallerie.

Les artistes s’engagent le plus souvent dans la lutte pour le progrès social. Pour ce faire, ils traitent des objets quotidiens pour créer un art total. D’où une fusion entre les Arts décoratifs et les Beaux-Arts.

The Willow Tea Room par Mackintosh, Glasgow

Néanmoins l’univers anticonformiste ainsi créé restera limité à la bourgeoisie avant-gardiste des grandes cités industrielles .

Des influences variées

Face à la standardisation industrielle, Les artistes utilisent essentiellement des formes végétales et féminines.

Mucha, les quatre saisons

Les écoles et artistes de l’art nouveau ont des inspirations communes :

  • Le mouvement anglais Art and Craft fondé par W. Morris
  • Les créations du verrier LC Tiffany
  • La mode du Japonisme
  • Les beautés de la nature
  • Les Expositions Universelles

Un mouvement européen mais nationaliste

Toute l’Europe est emportée par ce mouvement parti de Belgique vers les grands centres industriels. Si, les critères restent communs, chaque pays développe un langage adapté.

Et surtout, chaque artiste développe des spécificités. Ainsi, si quelques écoles se distinguent, l’Art Nouveau reste essentiellement le fait de personnalités.

  • Quelques écoles et leurs chefs de file :
Lustre - Accessoire d'éclairage
Willow Tea room, lustre du salon de luxe, Glasgow

* Mackintosh et les 4 à Glasgow,

*Majorelle et l’école de Nancy, https://www.paj-mag.fr/2020/01/15/ecole-nancy-art-nouveau/

*Klimt et la Sécession à Vienne

Otto Wagner, pavillon du métro, Vienne
  • Mais surtout des personnalités locales :
Gaudi, Barcelone
Casa Batlo, Gaudi, Barcelone

*Gaudi à Barcelone,

*Horta à Bruxelles, https://visit.brussels/fr/article/Victor-Horta-et-Bruxelles

*Guimard à Paris, https://visitesfabienne.org/hector-guimard-un-itineraire-dans-le-quartier-dauteuil-2/

*Lechner à Budapest,

Dans le sillage des Ecoles de Glasgow et de la Sécession Viennoise, ce mouvement évolue ensuite vers un style plus géométrique, l’Art déco.

Les icônes

Christ Pantocrator Chypre

L’icône est une image divine, souvent peinte sur bois, typique de l’église byzantine. Depuis le VIes, la fabrication d’icônes n’a guère varié, elle se fait en plusieurs étapes :

Les étapes de fabrication

–      Choix et taille de la planche (en bois local), ponçage, collage des traverses et des baguettes

–      Encollage, marouflage (encollage d’une toile sur la planche entaillée) et application de la levkas (enduit blanc du fond de l’icône)

–      Dessin à la mine rouge (sinope), gravure puis dorure de l’auréole ou du fond.

–      Dessin au pinceau et application de la couleur avec des éclaircissements successifs

–      Finition de l’icône : fond, auréole, cadre, filet autour de la bordure, calligraphie, peinture de la tranche

–      Après séchage (2 ou 3 mois) vernis

L’iconographie byzantine

L’iconographie byzantine propose 4 types principaux de Vierge (en majesté, Eleoussa de tendresse, Hodigitria conductrice et Orante en prière) .

Il existe quatre grandes représentations du Christ :

–      Le Christ Emmanuel, est représenté comme un enfant conscient de son rôle de sauveur.

–      Le Mandilion : Image non faite de main d’homme (achéïropïoètos). Elle se rapproche de la Sainte Face de l’Eglise d’Orient ou « voile de Véronique »occidental.

–      Le Christ Pantocrator Παντοκράτορος, Maître du Monde, en grec, tout-puissant.  Ce terme fut à l’origine appliqué à Dieu puis au Christ dès le VIe siècle, mais beaucoup d’icônes ont été détruites par les iconoclastes. Cette représentation eschatologique du Christ est plus courante dans l’Église d’Orient (art byzantin du XIes).

Le Christ tient en main les Evangiles, et  bénit de la main droite de deux doigts tendus symbolisant la double nature, humaine et divine, du Christ et trois autres se rejoignent presque pour figurer la Trinité. Sur certaines icônes, le pouce joint à l’auriculaire et l’annulaire symbolise la Trinité, tandis que majeur et index sont presque droits pour exprimer les deux natures en Jésus.

–      Le Christ en Majesté est assis en gloire sur un trône.
La main gauche soutient l’univers sur ses genoux, la main droite crée : elle tient un compas, instrument de mesure du monde. On distingue aussi le globe représentant l’univers, un premier cercle vert, le ciel, les eaux en bleu entourant le monde, la terre comme une boule marron non encore formée. Des anges assistent à cette formation.

http://www.iconesbyzantines.fr/historique.html

Léonard de Vinci et la France

Image

Né près de Florence en 1452, Léonard de Vinci est reconnu de son vivant comme l’un des artistes et savants les plus accomplis. Formé en tant qu’artiste à Florence, il part travailler comme ingénieur à Milan et sera appelé à la fin de sa vie en France, où il mourra, par le roi François 1er.  Il y laisse un héritage exceptionnel tant dans les collections que dans les esprits. Il est en effet considéré comme le père de la Renaissance française mais aussi comme l’incarnation de la Renaissance, voire comme un génie universel.

1/ Un savant exceptionnel et universel

L’observation au service d’une curiosité insatiable

L’œuvre créatrice de Léonard de Vinci part d’une observation attentive du monde environnant et des éléments qui le composent. Il s’agit de comprendre des fonctionnements, des phénomènes avant de chercher à les décrire tout en les perfectionnant.

Ses domaines de recherches sont très divers : anatomie, biologie, géologie, astronomie, mais aussi l’optique, la météorologie ingénierie, physique, mathématiques. Il accompagne ses observations de schémas d’une précision inégalée. L’aboutissement de cette recherche scientifique se retrouve ensuite dans son application artistique.

Ses constructions en France témoignent de son incroyable maîtrise technique

Chateau de chambord

Il considère la technologie comme un accomplissement majeur de l’homme. Il met au point toute sorte d’appareils dans tous les domaines. Il porte une attention particulière aux instruments de mesure (horloges, hygromètres, compas…). Il part de modèles existants qu’il s’efforce de perfectionner notamment pour mesurer le temps, maitriser les airs et l’eau. Pour chaque domaine, il s’appuie sur une parfaite maîtrise de la physique et des mathématiques et élabore des machines ingénieuses et novatrices.

II/ Un artiste sans égal

Cette connaissance scientifique n’est jamais une fin en soi et doit servir à une application artistique qu’il veut parfaite.

La peinture

Lorsqu’il entre dans l’atelier de son maître Verrochio vers 1467, il reçoit une formation centrée sur les arts de la peinture, de la sculpture et de la décoration. Il aborde tous les genres au cours de sa carrière. Cependant, on ne peut attribuer avec certitude qu’une quinzaine d’ouvrages à cet artiste car beaucoup ont été perdus, détruits ou sont restés inachevés. Le petit nombre d’œuvres sûres qui lui ont été attribuées suffisent tout de même à construire sa réputation de génie de la peinture.

Plus que la maîtrise de la composition géométrique, de l’affinement du contour, cette réputation se bâtit sur deux innovations qui marquent ses contemporains. La première concerne la manière de peindre les visages où Léonard de Vinci parvient de manière surprenante à traduire le sentiment, l’émotion et à faire percevoir l’indicible. L’autre innovation concerne l’arrière plan : il passe du dessin appuyé à ce que l’on nomme le sfumato (évanescent ou enfumé en italien) qui noie les contours de la scène dans la vapeur de l’air. Cette manière de peindre se retrouve particulièrement dans son œuvre maîtresse, Portrait de Mona Lisa (La Joconde), peinte en 1503-1505 et exposée au Louvre.

2. et le dessin…

Le dessin constitue l’apport le plus riche et le plus convaincant de l’artiste. Contrairement à la peinture, l’œuvre en dessins est d’une grande diversité : représentations d’instruments et de mécanismes, croquis spontanés et commentés, dessins appuyant des démonstrations mathématiques, esquisses préparatoires aux tableaux… Tous traduisent l’intérêt esthétique de l’artiste. Ses carnets par leur diversité témoignent d’un souci de l’esthétisme mais aussi d’une technicité exceptionnelle, ainsi que de fantaisie et d’originalité

3. Architecture et sculpture

D’ambitieux projets sont menés par Léonard de Vinci dans ce domaine. Il maitrise aussi bien l’architecture civile que militaire. Il projette et supervise des chantiers très variés : châteaux, travaux hydrauliques, canaux, aménagements portuaires, forteresses. Ce jusqu’à prévoir une cité idéale.

III/ Léonard, Homme de cour

La réputation de Léonard de Vinci mais aussi sa capacité à organiser et mettre en scène des fêtes somptueuses et son charisme personnel lui permettent de fréquenter les plus grands souverains qui l’accueillent à leur cour et lui offrent protection.

En Italie, la recherche d’un prince mécène et protecteur

Désireux de créer en toute liberté, Léonard recherche la protection des puissants. Après un séjour à Milan de 1482 à 1489 auprès du duc Ludovic Sforza, avant de retourner à Florence et devenir architecte militaire de César Borgia en 1502. A Rome il travaille pour Julien de Médicis, frère du pape Léon X.  A partir de 1506, il partage son temps entre Milan, où il est cette fois au service des Français. Partout, il fascine par son savoir, mais aussi son charme et par l’originalité de sa pensée.

Le protégé du Roi de France

Pendant les guerres d’Italie, François Ier est séduit par l’art italien et invite en 1517 son plus éminent représentant, Léonard de Vinci, auquel il offre tous les moyens matériels et le titre de « premier peintre, ingénieur et architecte du roi ». Il lui offre le manoir de Cloux. Face au château royal d’Amboise, qu’il transforme. Pour Léonard de Vinci, c’est l’occasion d’achever sereinement sa vie, « libre de penser, rêver et travailler ». Il devient un interlocuteur privilégié et admiré du roi et de la cour. Il y meurt en 1520 avec les honneurs dignes d’un souverain. Sa légende de génie universel, née de son vivant, se diffuse à travers la Renaissance avec un culte tout particulier en France où il rentre dès sa mort dans les collections royales.

https://www.louvre.fr/expositions/leonard-de-vinci

Léonard de Vinci est donc l’un des plus grands génies de tous les temps. À la fois artiste (dessin, architecture, littérature) et notamment peintre (La Cène, La Joconde…), scientifique (géologie, botanique, anatomie…), inventeur (projets de machines comme l’hélicoptère ou le sous-marin), il aborda tous les domaines de la connaissance et marqua son époque. Homme influent qui côtoya les puissants (parmi eux, François 1er), il est marqué par la philosophie humaniste. Tous ces aspects ont fait de lui l’Homme de la Renaissance. La France lui voue un culte tout particulier .

Musée d’Art Islamique de Doha

MIA Doha

Pour clore ma trilogie sur l’art Islamique, voici maintenant le Musée d’Art Islamique de Doha. J’ai conscience ici de passer sous silence sous silence la merveilleuse et intelligente rénovation de la galerie du MET à New York. Un manque que je finirai par combler.

Le MIA émerveille  par son contenu et son son contenant. Le grand Ioh Ming Pei, architecte de la pyramide du Lovre, l’a conçu sur la scénique Corniche de Doha. Ce bâtiment admirable sert d’écrin à des collections exceptionnelles de par leur diversité et leur richesse. Le propos est didactique et propose une double approche : chronologique et thématique.

Des origines de l’art islamique aux Mongols

Les collections très complètes se répartissent sur deux étages. Le RDC de l’édifice, lui, accueille des expositions temporaires d’une grande qualité et une très belle boutique. Le toisième  étage correspond à un restaurant et des expositions plus petites.

On commence généralement les visites au 2e étage. On y aborde de manière chronologique l’art islamique. A commencer par  la naissance de l’Islam dans la région du Hijaz (VI-VIIe) et la diffusion de la parole sainte grâce à l’écriture. Des vitrines exposent des pages de Coran ainsi que des céramiques. Ces dernières constituèrent un support privilégié d’écriture dès les débuts de l’Islam.

Une deuxième salle en enfilade présente la dynastie Omeyyade. On la voit d’abord dans sa branche syrienne. Puis apparaissent ses apports espagnols (Xe) avec des chapiteaux venus du magnifique palais de Mdinet al Zahra, non loin de Cordoue.

Les Abbassides vainqueurs de la dynastie damasquine firent de Bagdad le centre du monde islamique dès le IXe. Ils apparaissent dans le travail du verre. Alors que les fatimides vont s’illustrer dans la joaillerie. La grande salle suivante s’intéresse à l’Iran seldjoukides et à ses merveilles d’orfèvrerie (candélabres) mais aussi aux très beaux carreaux de céramique. Elle annonce l’arrivée des Mongols avec notamment un magnifique kaftan complété de gants et coiffe (XIIIe).

Des Mamlouks aux grands Empires

On découvre alors l’Egypte de Saladin grâce à des manuscrits scientifiques et des fontaines. On passe ensuite à l’Egypte des mamlouk (XVe)s. De belles lampes de mosquées en verre, de prestigieuses albarelles, pots a pharmacie, illustrent cette période. On peut y rattacher des chefs d’œuvre de bois comme des grilles de moucharabieh et des portes sculptées cairotes.

L’époque timuride quant à elle, apparait au travers d’échiquiers, de céramiques et d’un très étonnant tapis de jeu. On rentre alors dans l’âge d’or des grands Empires (XVI-XIXe). L’Iran tout d’abord avec les œuvres Safavides : de magnifiques tapis ainsi que d’étonnants portraits repris ensuite à l’époque Qajar et des manuscrits de toute beauté comme les pages du fameux Shanameh. Vient ensuite l’empire Moghol qui dura en Inde jusqu’à la colonisation anglaise. Il créa des merveilles de bijoux, poignards et manuscrits notamment.

Enfin, l’Empire ottoman célèbre pour ses céramiques florales s’expose ici dans une spectaculaire armure.

Le premier étage propose une vision plus thématique de l’art Islamique. Une salle aborde  l’écriture et ses supports (bois, pierre, textile, parchemin, céramique, orfèvrerie entre autres). Une autre s’intéresse aux motifs iconographiques qu’ils soient floraux, géométriques ou calligraphiques. Il faut absolument prendre le temps de voir la fantastique collection d’astrolabes et une rarissime tente Moghole (XIIIe) quasi complète. On attaque cet étage à partir du grand salon central qui expose les œuvres majeures du musée. Une synthèse magistrale pour le visiteur pressé.

http://www.mia.org.qa/en/