Carcassonne

Je continue mon itinéraire occitan avec cette fois un arrêt quasi obligatoire dans l’extraordinaire ville de Carcassonne. Ici, j’utilise à dessein le mot de ville et non de cité car ce dernier y revêt un sens tout particulier. Pour tout savoir ou presque, je vous conseille un très bon site : http://mescladis.free.fr/accueil.htm

Carcassonne, Un site stratégique

Si les premières traces humaines remontent au néolithique sur les éperons rocheux alentour, la cité se fixe à l’époque celtique. Les Volques construisent en effet un oppidum sur ce promontoire stratégique dominant l’Aude. Ce carrefour entre les routes de la Méditerranée à l’Atlantique et vers la péninsule ibérique n’échappera pas aux Romains. Ceux-ci fondent en -118 Narbonne. Leur première cité en Gaule se situe sur la nouvelle route Domitia qui relie l’Italie à l’Espagne actuelles. La colonie de Julia Carcasso constitue une étape logique.

Malmenée par les envahisseurs barbares, la prospère cité romaine se dote dès la fin du IIIe siècle de murailles scandées par des tours. On reconnait encore aisément ces éléments gallo romains au niveau des basses lices de la cité, et notamment autour de la porte de Rodez. Les tours en fer à cheval coiffées de tuiles et la muraille en opus mixtum (appareillage constitué de petites pierres et briques) sont caractéristiques de la construction antique.

La cité passe devient alors wisigothique. Les Wisigoths, depuis Tolède et surtout Toulouse, occupent le Nord de l’Espagne et le Sud- Ouest de la France. Elle passe ensuite aux Francs. Les Omeyades s’en emparent alors depuis l’Andalousie et ne seront arrêtés qu’à Poitiers. Les Carolingiens la reconquièrent et divisent leur pouvoir entre les mains des Comtes, héritiers des conseillers. Ces Comes romains deviendront Comtes, rendant leur charge héréditaire..

La cité de Carcassonne, témoin des soubresauts du moyen Age

S’ensuit une période de conflits comtaux. L’occident médiéval miné par les conflits seigneuriaux est une terre de violence. La dynastie Trencavel profite des conflits entre les comtes de Toulouse et Barcelone, ses suzerains pour instaurer une Vicomté qui englobe Béziers, Carcassonne et remonte vers Albi. A Carcassonne, les Trencavel construisent un Palais en deux corps de logis encore visible bien qu’agrandi et modifié par la couronne royale. Le donjon et ses peintures évoquent encore le luxe de cette cour.

En effet, la croisade contre les Albigeois va précipiter la chute de la cité. Malgré une résistance héroïque du 1 au 15 Aout 1209, la cité tombe entre les mains des barons du Nord et devient le fief d’un des leurs, Simon de Montfort. https://visitesfabienne.org/les-cathares/

 Une ville royale

A la mort de celui-ci, la cité est remise au roi qui y installe une Sénéchaussée Modernisée elle sera sur tout fortifiée après 1240, lorsque le fils Trencavel l’assiège et tente de reprendre le pouvoir perdu de son père. Cet épisode précipite la fuite de ses habitants et le doublement de la muraille. Le Palais devient château fortifié et la double rangée de murailles dotée d’une cinquantaine de tours. Devenue inexpugnable elle ne sera plus attaquée et constituera le centre d’un dispositif de défense face à la couronne aragonaise.

Rendue obsolète par le recul vers le sud de la frontière avec l’Espagne au Traité des Pyrénées de 1659, la cité est peu à peu abandonnée et tombe en ruine.

De la désaffection à la restauration

 Il faut attendre le XIXème siècle pour que l’action conjuguée des romantiques et la politique de conservation de la IIIeme république ne s’émeuvent de l’état d’abandon de la cité. Le comité mené par Prosper Mérimée nomme Viollet le duc, sauveur de ND de Paris, du Mont Saint Michel, de Pierrefonds, pour redonner à la cité son lustre. Encore ce dernier choisit il de restaurer la citadelle dans l’état de son apogée supposée du XIIIe siècle, lors de sa reconstruction par la couronne royale selon des critères architecturaux franciliens.

Carcassonne, une ville double

Lorsque la couronne royale affermit son pouvoir sur le Languedoc, elle chasse les habitants de la Cité qui devient un centre administratif et religieux.

La Bastide

La Bastide Saint Louis, construite de l’autre côté de l’Aude va devenir le centre économique et démographique. Bâtie sur un plan orthogonal, elle s’articule autour de la place aux herbes, rebaptisée en l’honneur du Président Sadi Carnot. De belles demeures subsistent de la période classique. Des fossés et promenades ont remplacé les murs dont seule reste la très belle porte des Jacobins. Le bastion du calvaire est devenu jardin. Celui de Montmorency qui rappelle combien les guerres de Religions ont déchainé leur violence entre les deux rives de l’Aude constitue aujourd’hui le jardin d’ une maison de retraite.

La bastide St Louis construite sur le modèle urbanistique en vogue au XIIIe et XIVe siècle dans le Sud-Ouest de la France obéit à un plan normé encore très visible aujourd’hui dans le centre de la ville dite basse. Elle a connu son heure de gloire entre le XVIe et le XVIII è siècle grâce à l’industrie drapière. Les beaux logis appartenaient d’ailleurs à de riches fabricants et commerçants. Cette industrie a périclité et malgré le détournement tardif du canal du Midi (1810) destiné à la redynamiser, la ville basse a perdu de sa superbe.

Restauration et tourisme de masse

La redécouverte, la restauration de la Cité au cours du XIXe siècle, la venue du tourisme de masse, amplifiée par le classement à l’Unesco, a permis à la ville de retrouver de son lustre ; la ville haute transformée en musée à ciel ouvert est désormais devenue le poumon économique de la ville basse. Les quelques « citadins » permettent aux nombreux carcassonnais de faire vivre leur ville. La  ville basse rebute souvent. Néanmoins, on peut y admirer quelques jolies maisons comme celle du Sénéchal ou découvrir l’étonnant poète surréaliste Joe Bousquet à la Maison des Mémoires.

Pour plus d’informations, ce magnifique site :  https://www.payscathare.org/les-sites/chateau-et-remparts-de-la-cite-de-carcassonne

L’Ariège

L’Ariège est un département méconnu, déshérité et économiquement sinistré. Il offre pourtant des paysages magnifiques et de remarquables témoignages historiques. Son nom vient de la rivière principale qui le traverse.

sur le Mont Fourcat, Ariège

Le département remonte à la Révolution Française. En effet, il correspond à une composition artificielle de quatre régions, géographiquement et historiquement distinctes.

Sud du Bassin Aquitain

Au nord, s’étend la plaine toulousaine jusqu’à la sous-préfecture Pamiers.

Cette cité ouvrière est d’ailleurs la capitale économique du département. Son emplacement sur la route d’Andorre, non loin des cités du pastel comme Mazères ou Mirepoix, explique sa richesse passée. Cette zone de plaine marque effectivement le sud du Bassin Aquitain. Géographiquement et historiquement liée à Toulouse, elle vit aujourd’hui de l’attractivité de la métropole.

Ariège béarnaise

Saint-Lizier, maison à colombages

à l’Ouest, le Couserans reste attaché au Béarn. Cette zone montagneuse reste enclavée et rurale. Elle a néanmoins gardé son identité. Y cohabitent paysans Gascons d’un autre temps et néo ruraux. On les voit au marché du samedi. Celui-ci occupe en fait toute la ville de Saint-Girons. Plus loin dans la vallée, au-delà de la belle cité médiévale de Saint-Lizier et de son Palais des Evêques, se succèdent de jolis villages comme Balagué où a été tourné le retour de Martin Guerrehttp://cineteve.com/films/martin-guerre-le-retour-au-village/

rue de Saint-Lizier

 Monts’d’Olmes et terres languedociennes

A l’Est, commence le Languedoc. Après la jolie bastide médiévale de Mirepoix, s’annoncent le Château de Lagarde et Camon, le seul village « pittoresque » du coin. Typiquement, cette classification nationale prestigieuse ne lui sert à rien. En effet, aucune boutique, aucun café ne vient profiter des retombées touristiques. Car l’Ariège ne brille pas par son dynamisme économique.

Juste au Nord, le Donnezan aux montagnes replantées de sapinières est une région austère, où se réfugièrent les Cathares. Même si le département voisin de l’Aude s’est accaparé la dénomination de chemins cathares, ici aussi les purs ou hérétiques ont été actifs. Aujourd’hui, Les petits centres urbains périclitent dans cette zone oubliée des confins de la France.

Chateau de Montségur

Haute Ariège du Comté de Foix

Foix, autrefois à la tête d’un puissant Comté pyrénéen est à présent une petite ville tranquille et administrative dominée par l’ombre impressionnante de son château.

Chateau de Foix, Préfecture de l’Ariège

Plus au sud, commence le domaine de la Haute Ariège. Les sommets pyrénéens et les belles vallées, d’Ax et du Vicdessos abondent en exceptionnelles grottes préhistoriques, telles Niaux, Bédeihlac, Lombrives et La Vache.https://ariege.com/decouvrir-ariege/les-4-pays-ariegeois

C’est aussi le domaine de la montagne, des stations de ski dont Ax les Thermes. La route mène jusqu’en Andorre. Au delà, on bascule vers l’Espagne. Cette zone frontalière reste marquée par des vestiges industriels. Ceux-ci longent la route, au pied des sommets.

Etangs d’Apy

Chemins cathares

Un itinéraire de randonnée et une route départementale empruntent les chemins cathares.Pour faire suite à mon article de la semaine dernière sur les châteaux, je vous propose en effet une promenade en cette belle région occitane. Pour profiter de ces 36 cités et citadelles en toute quiétude, il faut se hâter car la zone a déposé une demande de certification UNESCO. Une fois labélisés, il y a fort à parier que les chemins attirent une foule de visiteurs.

On peut cheminer en voiture le long de la route panoramique D117 de Foix à Perpignan… ou, pour les plus courageux, à pied …

Un itinéraire occitan 

Je vous propose de nous intéresser au contexte politique social et religieux du catharisme. Il est intrinsèquement lié à l’Occitanie. Au XIIe siècle en effet, des raisons religieuses et politiques expliquent la flambée hérétique dans la région. Que l’on utilise l’ancien terme de Languedoc, ou celui plus actuel d’Occitanie, on se réfère à une langue et une culture bien particulières : celle de la langue d’Oc.

Pourquoi les cathares : La dissidence religieuse apparaît dans la Chrétienté occidentale

L’an mil voit se manifester de nombreuses hérésies. Elles prennent de l’ampleur dans les 3 siècles suivants. Bogomiles (Bulgares au 10es) Pauvres de Lyon, Vaudois du Jura, béguins, patarins du centre de l’Italie, tisserands, Albigeois, Cathares sont les différentes faces de la dissidence religieuse médiévale

Ces communautés prêchent un retour au modèle d’Eglise des premiers temps du christianisme et d’opposition à la reforme grégorienne. Ils seront systématiquement persécutés. le Nord de la France, l’Italie du Nord et du centre n’échappent pas à cette condamnation de l’Eglise romaine et sa hiérarchie au prétexte qu’ils ne respectent pas les idéaux du Christ.  Mais le mouvement s’implante surtout en  Languedoc.  Pourquoi ?

Le Contexte politique et social occitan

Au 11es, le riche et puissant Comté de Toulouse concurrence le Royaume de France et affirme son indépendance face à la couronne mais aussi à la puissance de l’Eglise. Le cadre juridique, politique et religieux y est en effet relativement libertaire.

Les principautés féodales méridionales et essentiellement celle de la famille Trencavel, seigneur et maître de presque tous les territoires concernés par l’hérésie cathare sont particulièrement poreuses. La société y diffère des contrées du nord. Egalitaire et cultivée, elle parle occitan. Elle est marquée par des questionnements sur l’engagement religieux. Le clan familial, le matriarcat, l’importance et la reconnaissance de la femme y sont nets. la croisade va exacerber un régionalisme fort marqué par la haine de l’envahisseur nordique.

Pourtant, Les nombreuses dissensions entre les seigneurs locaux favoriseront l’effondrement du Languedoc.

Chateau de Montségur

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Randonnée le long du chemin des bonshommes

De multiples agences proposent des randonnées à travers la région pour découvrir ces « citadelles du ciel » selon l’expression de Michel Rocquebert reprise pour la labélisation de la région.

Néanmoins, il est possible d’organiser soi-même la découverte en logeant dans de petites auberges. Les guides, cartes IGN RandoPyrénées.com  (Sentier cathare carte 9, GR 10 et 11) et sites donnent suffisamment d’informations pour s’en sortir seul.

Le Sentier Cathare suit en continu chemins et de pistes sur près de 200 km sur les GR®367 et 367a. On peut relier à pied, en douze étapes, la Méditerranée (Port la Nouvelle) à Foix, en passant de château en château. Le sentier longe  les 7 citadelles dites du vertige. Il s’agit d’Aguilar, Padern, Quéribus, Peyrepertuse, Puilaurens, Puivert, Montségur, et la citadelle de Carcassonne.

carte des chateaux cathares

Des paysages impressionnants

-Un chapelet de forteresses défensives

Des Corbières au piémont des montagnes d’Ariège en passant par la vallée de l’Aude et le plateau de Sault, il offre une grande variété de paysages : lagunes littorales, coteaux viticoles, garrigues, forêts, gorges et sommets pyrénéens, nids d’aigles construits sur d’impressionnants promontoires rocheux. Aguilar, Lastours, Montségur, Peyrepertuse, Puilaurens, Quéribus et Termes forment autour de Carcassonne un ensemble défensif longtemps réputé imprenable. Restructurés dans la seconde moitié du XIIIe siècle sur des sites occupés au préalable par des constructions féodales, la Cité de Carcassonne et ses châteaux sentinelles de montagne constituent l’une des premières constructions en série inspirées du modèle de fortification promu par le roi Philippe Auguste et perpétué par ses successeurs capétiens.

Château de Puilaurens

– Des Ruines romantiques

Au centre de cet arsenal défensif, se situe la Cité de Carcassonne avec ses 52 tours, deux enceintes, 3 km de remparts. Occupé depuis le VIème siècle avant JC, le site vit s’édifier un château comtal au XIIème siècle. Puis, Philippe III le Hardi et Philippe IV le Bel, modernisèrent ses fortifications. C’est au 19e s que Viollet-le-Duc, se vit confier une restauration d’envergure en 1853.

Après le Traité des Pyrénées en 1659, cette ceinture défensive entre la France et l’Espagne, s’est disloquée. Ces citadelles contrairement aux châteaux des seigneurs locaux, représentent des places isolées et difficiles d’accès abritant uniquement des garnisons. Abandonnées, leurs murs éventrés et leurs ruines ont attisé la mythologie romantique voire ésotérique de la fin du 19e siècle. https://citadellesduvertige.aude.fr/decouvrir-les-citadelles/

13 autres châteaux complètent le panorama:Châteaux de Durfort, Niort, Pieusse, Roquefixade, Usson, Hautpoul, Miramont, Padern, Puivert, Saissac, Miglos et Villerouge-Thermenès

Chateaux cathares

Le terme de châteaux cathares désigne aujourd’hui un ensemble de forteresses en ruine perchées sur des pitons pyrénéens. Pour autant, les spécialistes s’accordent pour dire que ces spectaculaires châteaux ne sont pas cathares. Alors pourquoi parler de châteaux cathares ?

chateau de Queribus

Il n’y a pas de châteaux cathares

Nommés improprement châteaux cathares, les châteaux de la région n’ont jamais accueilli de Cathares. En effet, les Cathares professaient le refus des attaches matérielles, des richesses et de la propriété. Ils se déplaçaient pour prêcher ou vivaient dans des villages, au sein de populations civiles. En atteste le site de Montségur, plus citadelle que château. De la même manière, les Cathares ne construisirent pas d’églises, ni ne développèrent d’imagerie. Ils professaient « le cœur de l’homme qui est la vraie église de Dieu ». Ils n’utilisèrent les châteaux existants que comme refuges lors des assauts.

Une forteresse inexpugnable

De plus, la croisade contre les Albigeois a pratiquement tout détruit sur son passage. Devenus inutiles après la reconquête royale et le recul de la frontière avec l’Espagne,suite au Traité des Pyrénées en 1659, les forteresses antérieures à la croisade se sont appauvries. Spoliées à la Révolution française, elles ont été vendues comme carrière de pierres. S’il y avait eu des châteaux de l’époque cathare, il n’en reste de toutes évidences plus.

Des châteaux cathares détruits 

En effet, pour contrer l’hérésie, le pape Innoncent III appela à la croisade, la seule en terre occidentale, tournée vers des chrétiens. Cette croisade contre les Albigeois se fit en deux temps.

Pourquoi la croisade

-La lutte contre l’hérésie.

 Après quatre croisades en Terre Sainte,  de moins en moins suivies et de plus en plus détournées ,la chrétienté est affaiblie.  Le pape invente alors l’unique croisade en terre chrétienne. L’idée alors consistait à contrer La forte pénétration hérétique dans la bourgeoisie languedocienne. La première croisade des Barons (1209/16) affaiblit le Comté.

-La volonté royale de rattacher des terres et de lutter contre la puissance du midi

 Le Comté de Toulouse, puissant et indépendant de la couronne et de la papauté, se montrait en effet tolérant socialement et religieusement. La deuxième croisade (1226/1229) permit à la couronne d’accaparer des terres et d’affaiblir définitivement le Comté. Les interventions directes des rois de France achevèrent le rattachement du Comté de Toulouse  à la France.

Prédication, persécutions, inquisition

A la suite de rapports alarmants, l’Église dépêcha sur les terres méridionales des prédicateurs talentueux pour tenter de faire revenir au bercail les « brebis égarées du troupeau du Seigneur », parmi lesquels St Dominique.

Saint Dominique à Toulouse

Les dissidences s’oppoaisent à la hiérarchie, à la richesse et aux abus de l’Eglise romaine. Plus implantés que les autres hérésies, et dans une région puissante et indépendante, les Cathares devinrent l’objetd’une lutte permanente. La guerre dura vingt ans (1209-1229). La lutte armée se poursuivit dans le Midi et ailleurs dans l’Occident chrétien tout au long du XIIIe siècle. Elle fut relayée plus tard par l’institution de l’Inquisition, créée en 1233 pour traquer la « dépravation hérétique »

Des châteaux reconstruits

Encore visibles, mais improprement qualifié de châteaux cathares, ils constituent l’une des premières constructions en série inspirées du modèle de fortifications promu par Philippe Auguste. Ce Roi défenseur fut aussi l’auteur du mur de Paris et de la forteresse du Louvre. En Languedoc, la ligne de défense fortifiée constitue une véritable prouesse d’architecture menée à bien par son petit fils, Philippe le Hardi.

l’impressionnant chateau cathare de Queribus

En effet, ce réseau de forteresses était destiné à défendre la frontière franco-aragonaise, alors toute proche,. Ils visaient également à asseoir le pouvoir royal sur un territoire nouvellement conquis à l’issue de la croisade contre les albigeois et décourager toute tentative de rébellion. Ces forteresses défendent en effet et surveillent la nouvelle frontière issue du traité de Corbeil signé en 1258. Édifiées en quelques décennies sur les sommets des piémonts pyrénéens et de la Montagne Noire, les citadelles du vertige témoignent ainsi de la diffusion rapide du modèle d’architecture philippienne. Celle-ci se caractérise par une véritable révolution des techniques de défense, et sa remarquable adaptation au relief accidenté. Gérée depuis Carcassonne, au centre politique et militaire du dispositif, la construction de ce chapelet de forteresses est emblématique de la planification d’un système défensif frontalier caractéristique des débuts de l’État centralisé en France.

Le château en pays cathare, une outil marketing

Si les châteaux cathares n’existent que dans l’imaginaire, pourquoi utiliser le vocable ? Le terme émane d’une volonté récente et marketing. Celle du département languedocien de l’Aude .

Le pays cathare une marque déposée

Le Département de l’Aude a construit et déposé la marque territoriale « Aude, Pays cathare » dans les années 1990. Celle-ci a permis de structurer et surtout considérablement augmenter le niveau de qualité touristique du département. Les drames historiques servent ainsi de base à une expérience singulière, exemple de développement territorial réussi.

Le chateau de Puivert

Néanmoins, de la Méditerranée aux Pyrénées, le territoire des châteaux ne s’arrête pas à la frontière départementale. Témoins les magnifiques forts de Montségur ou Roquefixade peu vendus par l’Ariège voisine. Pour autant, les Corbières, le Minervois, la montagne noire défendent au mieux ce patrimoine typiquement occitan. https://www.audetourisme.com/fr/a-voir-a-faire/visiter/sites-historiques-et-chateaux/

Une inscription à la liste de l’UNESCO

L’Aude communique donc abondamment sur ses imposantes forteresses dressées sur le sommet des collines des Corbières (surnommées « citadelles du vertige » par l’historien M Rocquebert), et a lancé depuis 2015 une démarche pour figurer au patrimoine mondial de l’humanité. https://citadellesduvertige.aude.fr/

Puylaurens

L’idée est de bénéficier de retombées touristiques importantes et de profiter de l’engouement récent pour les cathares et la vulgarisation ésotérique qui les entoure. A ce sujet, mon article précédent : https://visitesfabienne.org/les-cathares/

Les Cathares

Les châteaux cathares n’existent pas mais les Cathares eux ont bien existé. Pour le moins, la mémoire collective occitane atteste de leur implantation dans le Sud-ouest de la France. Ils passionnent d’ailleurs depuis longtemps mais que sait-on vraiment d’eux ? Mal connue et biaisée leur histoire témoigne d’abord de la vision des vainqueurs. https://www.cathares.org/

le pog de Montsegur

Que connaissons nous des Cathares ?

L’historiographie du catharisme est particulièrement importante pour bien comprendre la diversité des points de vue. S’est d’abord imposée la vision des vainqueurs par les écrits de l’Inquisition puis est venu le temps des légendes. https://www.herodote.net/Les_Cathares-synthese-97.php

La vision des vainqueurs

Dès le XIIIe s, les persécutions et croisades vont diffuser une image négative des Cathares. L’Inquisition, instituée en 1233, au lendemain de la double Croisade contre les Albigeois (1209/29), pérennise cette image sectaire. Ainsi, à l’issue de la prise de Montségur. on les réduisait en général à des manichéens qui avaient péri en ce lieu emblématique. La vision d’une secte dualiste, voire manichéenne reste largement répandue même si les historiens actuels la dénient.

 Vision romantique et vulgarisation,  de 1870 à 1960.  

– Dans les années 1850, les premières études (Charles Schmidt) parlent d’une secte avant que la vision ne devienne romantique avec Napoléon Peyrat. Celui-ci confère un rôle clé à Montségur, et « invente » Esclarmonde, fille du comte de Foix. Il interprète les ossements de la nécropole préhistorique de Lombrives comme restes des derniers faydits. Quelques années plus tard, Joséphin Péladan intègre le catharisme à l’occultisme. Il mélange catharisme, légende du Graal et Lohengrin. On associe alors catharisme et ésotérisme. Romans et mythes fleurissent sur les Cathares durant l’entre deux guerres.

Vers une vision plus scientifique au XX e

Livre d’Anne Brenon

Le sujet s’ouvre au grand public dans les années 1950. A la même époque, les recherches scientifiques progressent également avec l’exhumation et la publication de textes cathares. Des spécialistes tels Jean Duvernoy, Michel Roquebert, Anne Brenon, Emmanuel Leroy Ladurie démystifient la tradition de communauté recluse aux doctrines occultes.

-Aujourd’hui, les fouilles archéologiques éclairent les modes de vie, le quotidien médiéval, Certaines découvertes confortent les textes de l’époque, d’autres remettent en cause une vision parfois trop linéaire des événements. Seuls deux traités et trois rituels constituent les sources directes qui nous permettent de comprendre le catharisme et ses particularités.

Les Cathares ont-ils vraiment existé ?  

Toulouse, capitale de l’Occitanie

L’origine des Cathares reste disputée. En revanche ils apparaissent clairement comme une dissidence chrétienne parmi d’autres au lendemain de l’an mil. L’église romaine est alors en pleine réforme. Cette réforme grégorienne attire des oppositions à travers l’Europe : Bogomiles en Bulgarie au Xe, Vaudois dans le Jura et les Alpes, Patarins en Italie, Cathares dans le Nord et le Sud Ouest de la France. D’une certaine manière plus l’église romaine se durcit, plus les hérésies pullulent. En revanche, se pose la question de leur nombre réel et de leur organisation.

Un christianisme médiéval dissident

Les historiens actuels peignent des individus pieux et charitables, engagés dans la vie de la cité. Face à « l’Eglise qui possède et qui écorche », les Cathares  affirment en effet incarner « l’Eglise qui fuit et qui pardonne », la seule fidèle à l’héritage des apôtres. Ils se caractérisent à la fois par la virulence de leur anticléricalisme (de leur opposition à l’église romaine et ses rites) et par leur évangélisme. Ils cherchent en effet à revenir à une lecture littérale des Evangiles.

Caractéristiques de cette dissidence

Pour Rome, les Cathares sont pires que les infidèles juifs et musulmans, car, ils interprètent le christianisme différemment. Ils contestent l’organisation de l’Eglise romaine mais aussi les sept sacrements. Ils n’acceptent que le baptême adulte, appelé « consolatum ».

Leur modèle de vie, les rites et les sacrements sont ceux des premières communautés chrétiennes. Ainsi, ils rejettent la médiation des saints, le culte des reliques et des morts, les prières (en dehors du Notre père) et toutes les pratiques instaurées par l’Eglise romaine tout au long du Haut Moyen Age. Ils s’opposent à la vie matérielle et charnelle.

Les Cathares poussent à l’extrême le sens du message des Écritures qui formule la croyance dans l’existence de deux mondes, l’un bon et l’autre mauvais.

Cependant ce ne sont pas des révolutionnaires. Ils ne souhaitent  en effet pas améliorer le monde.

Chateau de Foix

Les Cathares ont-ils seulement existé ?

 Les Cathares eux-mêmes ne se dénommaient que bons chrétiens ou bonshommes, apôtres, chrétiens ou chrétiennes.  Ceux qui avaient reçu le Consolamentum, sorte d’ordination, dénommés les Parfaits prêchaient. L’ensemble était coordonné par un évêque à la charge était géographiquement délimitée. A l’aube de la Croisade, on comptait alors six évêchés. L’Église catholique, l’Inquisition les qualifient d’hérétiques.

Dans des maisons ouvertes à la fois de couvents et écoles religieuses, séparées en communautés, d’hommes et de femmes, ils suivaient une règle de vie austère. Continents, abstinents, végétaliens, non-violents, individuellement pauvres, entraînés à la parole publique, à la prédication, instruits des textes sacrés, les Cathares parcourent les routes et enseignent. La vie exemplaire qu’ils mènent est un des outils les plus puissants de leur succès.

Si ces communautés hérétiques sont attestées dans l’histoire, le nom de Cathares apparait plus tardivement. Au XIIème siècle, le moine Eckbert Schönau, le premier ,l’utilise pour les hérétiques rhénans. Le terme surgit en France eulement au 19eme siècle. Dune certaine manière, le romantisme a en effet inventé le catharisme. Le régionalisme naissant va s’en emparer.

Le château de Foix

Le château de Foix jaillit au détour de la route qui mène de Toulouse en Andorre. Perché sur un pech haut de 60m, il ressemble à un décor de carton pâte. Selon l’appellation régionale, le terme pech désigne ces collines de calcaire qui s’élèvent brutalement dans un décor de reliefs doux et verdoyants. Ce château n’est pourtant pas une de ces forteresses cathares comme dans le reste de la région.

le château incontournable dans la vieille ville

Un château à l’orée du pays Cathare

Cette citadelle a, au contraire, affiché sa neutralité pendant la période de l’héresie (13e) et en est ressorti indemne. Elle affiche fièrement sa tour des gardes du 11e couronnée d’un toit du 19e siecle. Sa tour carrée ou tour du milieu du 12e, surmonte le logis dont n’a été conservée que la partie inferieure voutée. Pour affirmer leur puissance sur la région, les comtes ont même fait construire une impressionnante tour ronde de pierres de taille au 15e s. Pour autant, ils préféraient habiter dans leur autre capitale, Pau puis Orthez en Bearn.

Foix depuis son château

Si le château nous est parvenu en si bon état c’est qu’il a été utilisé en prison dès lors de l’annexion du grand comté de Foix Bearn à la France sous Henri IV. Classé monument national en 1862, il a été restauré. Y a œuvré le gendre de Viollet le Duc alors occupé à Carcassonne….

Un château musée

Depuis les débuts du XXe siècle  c’est un musée médiéval. Après quelques années de travaux, il vient de réouvrir avec une muséographie sympathique. L’ancien tribunal est ainsi devenu musée. La visite permet d’en savoir plus long sur le Comté de Foix. Né en 1002, aggrandi en 1290 en Comté de Foix -Béarn, il a été annexé à la France en 1607.

Après le musée, on aborde le château lui même. Y monter constitue en soi une jolie grimpette. On emprunte aujourd’hui le chemin construit galet par galet par les forcats et non plus l’ancien sentier médieval perdu dans les arbres sous la tour ronde. Mais la vue sur la vallée récompense des efforts endurés.

On peut alors visiter la tour du millieu et la tour ronde mais aussi le corps de logis central et faire le tour du château dans une totale liberté. Des ateliers thématiques ont remplacé les visites guidées d’avant les travaux. On peut ainsi s’initier à l’archerie, découvrir le fonctionnement des outils de levage. Dommage que les responsables du projet aient jugé bon de meubler le château d’horribles sièges de bois clairs. Et surtout, on peut déplorer que les édiles locaux aient jugé inutile d’aménager un café. On aurait pu profiter avantageusement de la terrasse et de la vue magnifique.

http://www.sites-touristiques-ariege.fr/sites-touristiques-ariege/chateau-de-foix

Français à Londres

En ce 18 Juin, un petit article très cocorico sur les Français à Londres.

La présence française à Londres remonte à la conquête normande par Guillaume le Conquérant en 1066 . Des vagues migratoires se sont ensuite succédé au cours de l’histoire. A tel point que 3 Millions de Britanniques ont aujourd’hui des ancêtres français. L’idée ici n’est donc pas de donner des adresses de restaurants, boulangeries ou boutiques bien de chez nous, mais de rappeler la présence historique des Français à Londres.

Les Normands, la première présence française à Londres

Une grande partie de l’aristocratie médiévale du Royaume-Uni descend des Franco-Normands venus de France avec les Plantagenêts comme les Grosvenor (Gros veneur) présents notamment dans le quartier de Belgravia.

Ainsi, les devises de la monarchie et de l’ordre de la Jarretière viennent directement de l’arrivée de ces Français à Londres : Dieu et mon droit,  et  Honi soit qui mal y pense. Les Plantagenêts ont en effet  régné sur l’Angleterre mais aussi sur les duchés de Normandie et d’Aquitaine, les comtés de Poitou et de Nantes de 1154 à 1485. De cette époque, quelques vestiges londoniens subsistent comme la Tour de Londres ou l’église Saint Bartholomew the Great ou Temple Church (très reconstruite). Néanmoins, la chapelle de l’ancien Palais de Savoie, fondé en 1245, rappelle l’architecture dite normande (romane tardive pour nous). https://royalchapelsavoy.org/

Arrivée des Huguenots et calvinistes : immigration religieuse

Aux XVe et XVIe siècles, les huguenots, protestants français, fuient les persécutions religieuses amorcées dans l’entourage de Catherine de Médicis dès 1560 et surtout après le massacre de la Saint-Barthélemy en 1572. https://fr.wikipedia.org/wiki/Huguenot.

L’Edit de Nantes apporte un certain apaisement jusqu’à sa révocation en 1685. Beaucoup de ces réfugiés religieux anglicisent leur nom (Blanc devient White, Langlois English). Ils fondent le quartier de Spitalfields. Cette communauté de Français à Londres s’organise autour de ses hôpitaux, écoles et temples, comme la Neuve église en 1743 à l’angle de Brick Lane et de Fournier Street. Fournier est d’ailleurs le nom d’un tisserand huguenot. Elle deviendra ensuite chapelle méthodiste en 1819, synagogue fin 19e, puis mosquée en 1976 suivant les changements sociologiques du quartier.

De nombreux soyeux de Lyon s’installent, obtiennent des privilèges de vente et de fabrication. Ils construisent leurs maisons ateliers. On les distingue encore dans le quartier. Aujourd’hui, Si la population a changé l’empreinte française affleure encore dans le nom de certaines rues : Fournier donc mais aussi fleur de lis.

Ces Huguenots s’installent également dans le quartier de Soho. Les petites rues Greek and Dean regorgent d’adresses françaises, pâtisseries, restaurants. http://www.maisonbertaux.com/. Sur Soho Square, L’église, fondée par charte royale en 1550 partage d’ailleurs un historique très bien fait de la présence huguenote en Angleterre : https://www.egliseprotestantelondres.org.uk/en/heritage/history-2/

J’en parle en fait dans https://visitesfabienne.org/soho

Révolution française, Restauration et Deuxième guerre mondiale : des réfugiés politiques

  • L’Emigration désigne le départ de plus de 100 000 nobles, hommes politiques hors du territoire français entre 1789 et 1800. Ils fuient alors les troubles révolutionnaires. Ainsi, Les frères de Louis XVI, élisent-ils résidence à Londres. Le futur Louis XVIII de 1807 à 1814 Charles X , lui, a habité Audley Street dans le quartier de Mayfair. Sur les bords de la Tamise, à Richmond, Orleans House a hébergé Louis-Philippe à l’issue du premier Empire, puis son fils le Duc d’Aumale au lendemain de la 2nde République.
  • A Leicester square, se trouve l’Eglise française catholique « Notre Dame de France » construite en 1860 par les Maristes. Une fresque de Jean Cocteau contribue à sa renommée
  • En 1940, le Général de Gaulle organise la France libre, mouvement de Résistance extérieure à la suite de son appel du 18 juin  lancé depuis  Carlton Terrace. Une statue du Général ainsi qu’une stèle rappellent les événements. De Gaulle logeait sur les hauteurs de Hampstead comme en atteste une petite plaque bleue. Dans son exil l’accompagnaient nombres de personnalités politiques tels Maurice Schumann, ou Simone Weil. Aidés des travaillistes britanniques, les Forces françaises libres ont rassemblé jusqu’à 50000 personnesdans la capitale britannique.

Dans les années 2000 une présence française économique et fiscale

 « Le » quartier français actuel se trouve autour du métro South Kensington, tout près de Albertopolis (le quartier des musées). Ce quartier, très rural, s’est développé après la grande exposition de 1851 dans Hyde Park. Les pavillons de l’exposition ont laissé la place aux musées et bâtiments universitaires actuels : musée des Sciences, V and A, Histoire Naturelle. Avec le métro et l’ouverture de nouvelles routes vers 1870, la zone a connu un développement foncier, scellé par l’absorption dans Londres.

Entre le consulat, la Résidence de France, le lycée Charles de Gaulle (4500 élèves), l’Institut, fondé en 1910, la maison du cinéma et les nombreuses pâtisseries, librairies et cafés on entend parler français partout. A tel point, que le quartier est surnommé « Vallée des grenouilles ». La croissance de la communauté depuis les années 1990 a conduit à l’ouverture d’annexes à l’école française. En effet, On a parlé jusqu’à 400 000 français entre 1991 et 2010. Aujourd’hui cette population est en pleine décrue. . https://www.lemonde.fr/europe/article/2010/10/25/dans-la-vallee-des-grenouilles_

Pour les amoureux de peinture française

Enfin l’évocation de la présence française à Londres ne serait pas complète sans la mention des œuvres de peintres français dans les collections britanniques. Je pense bien sûr à la National Gallery avec sa magnifique collection d’impressionnistes mais aussi la salle consacrée à Claude Lorrain, et les salles consacrées à Philippe de Champaigne, Poussin et Boucher entre autres. Ce sera l’objet d’un prochain article.

Néanmoins, Pour les amateurs d’impressionnisme, un tour à la collection Courtauld s’impose. https://courtauld.ac.uk/gallery/collection/impressionism-post-impressionism

 Les amoureux de Boucher ou Fragonard et de mobilier eux se régaleront à la collection Wallace.

Le Paris de Haussmann

Haussmann est indissociable du Paris d’aujourd’hui. Fut-il architecte, urbaniste, ou créateur d’un style ? Fut-il réformateur ou destructeur comme on l’a longtemps dit ? Génie visionnaire ou homme d’une époque ? Bras armé ou âme damnée ?

Paris au milieu du XIXe

Homme providentiel, le baron Haussmann intervient dans un contexte de renouveau de la capitale. En effet, au milieu du XIXe siècle, Paris souffre de divers maux : surpopulation, insécurité, insalubrité et épidémies et surtout (déjà) d’encombrements.

La ville change peu à peu pour s’adapter à de nouveaux défis : la Révolution industrielle, l’explosion démographique, la paupérisation des quartiers anciens et l’éloignement progressif du centre mais aussi les Révolutions. Napoléon 1er puis le Préfet Rambuteau amorcent des changements.

Mais il faut attendre l’action de deux hommes providentiels pour que la capitale se transforme réellement.

Un duo providentiel : Napoléon III et Haussmann

C’est en effet l’action conjuguée de l’Empereur et de son préfet qui vont transformer la ville de fond en comble.

Lorsque Louis Napoléon Bonaparte est élu premier président de la République Française, peu imaginent la volonté dont il fera preuve. Plébiscité, il devient Empereur après le coup d’Etat de 1852 et, fort de ses pouvoirs, va faire de Paris une ville plus belle, plus aérée. Sur le modèle anglais,) il désire la doter d’espaces verts. Philanthrope et préoccupé par les conditions de vie des classes populaires, il souhaite assainir la cité et la rendre plus accueillante pour la nouvelle classe ouvrière. Il veut affermir et légitimer un Empire en plein croissance, faire de Paris une ville modèle de la Révolution industrielle, capitale du Nouvel Empire, connectée, attirante, sûre, aérée, fluide.

Pour ce faire, il a besoin d’un bras armé, qui jouera un peu le rôle d’âme damnée. Il le trouve en la personne de Georges Eugène Haussmann. Huguenot, ce parisien d’origine alsacienne, juriste de formation, devient préfet de Bordeaux, où il est très marqué par les travaux de Tourny. Haut Fonctionnaire ambitieux il se fait remarquer par ses remarquables qualités de gestionnaire et financier. Travailleur infatigable, il s’entoure remarquablement. Pour mener la tâche à bien, Haussmann s’entoure d’équipes compétentes et dévouées, qui l’accompagnent souvent depuis ses postes en province. Il remplace ainsi la bourgeoisie parisienne par un corps de hauts fonctionnaires zélés et travailleurs, notamment des architectes et des Ingénieurs des Ponts et chaussée (Belgrand pour l’assainissement et Alphand pour les parcs).

Les moyens du renouveau :

Pour transformer la capitale encombrée et archaïque, le duo veut améliorer les circulations au départ des gares au moyen de larges boulevards homogènes, assainir la distribution de l’eau, moderniser la ville, mettre en valeur les monuments au moyen de perspectives. Pour ce chantier colossal, Haussmann met en œuvre une méthode qui fera de la ville un chantier pendant ses 17 ans de mandat et bien au-delà. Celle-ci passe par plusieurs étapes :

  • La Cartographie (grâce à l’architecte voyer Eugène Deschamps)
  • La Réglementation : 1853 Commission Siméon. Suivront des lois facilitant les grands Travaux, sur la hauteur des maisons, la largeur des rues. On peut notamment citer la loi sur les expropriations et en 1859, la loi sur l’annexion.
  • Le Financement. Haussmann use et abuse de l’emprunt, de la spéculation, des montages financiers ingénieux.
  • La Destruction. Celle-ci effraye tant les Parisiens, que Haussmann est surnommé l’Attila Alsacien,  ou l’éventreur.
  • Les Percées. Le percement des voies se fait en trois étapes :

-1er réseau : grands axes perpendiculaires (rue de Rivoli/ Bd Sébastopol / Bd St Michel ). On modernise la croisée antique en reliant les lieux de pouvoir du Louvre à l’Hôtel de ville pour créer axe est-ouest vers les Halles.

-2eme réseau, après l’annexion de 11 villages, Paris passe de 12 à 20 arrondissements de 1 à 1,7M.

– Le 3e réseau multiplie les grandes percées.

La dernière étape consiste à Reconstruire. Cette étape se fait de manière systématique et organisée en répétant un modèle d’immeubles alignés, de même hauteur . Le vocabulaire architectural s’uniformise. pierre de taille, balcon filant au 2e et 5e étages. Pour aérer les grandes percées, de grands parcs apparaissent (Buttes-Chaumont, Montsouris). Les grands poumons ouest et est (Bois de Boulogne et de Vincennes) sont redessinés. Des squares à l’anglaises ponctuent les nouveaux quartiers. Les rues s’ornent d’un mobilier urbain dessiné par Alphand. Enfin, Eugène Belgrand repense complètement les systèmes d’adduction d’eau et d’égouts.

Les résultats de l’action du Préfet Haussmann :

  • Des chiffres impressionnants : En 17 ans sont créés 70 voies nouvelles, 9 ponts, 40 000 immeubles, 585 kilomètres de voies, Plus de 20 squares, 2 grands parcs — Montsouris et les Buttes Chaumont — 80 000 arbres d’alignement, bois de Vincennes et de Boulogne.
  • Un nouveau style de vie apparait avec les lieux de fêtes tel l’Opéra. Les premiers Grands Magasins ouvrent. Paris est décloisonnée et le centre reconquis.
  • L’homogénéité architecturale et la mise en valeur des monuments vont inspirer dans les grandes villes de province mais aussi en dehors de la France (Buenos Aires, Berlin, Alger) 
  • Surtout, apparait un nouveau style d’habitat : la maison de rapport. Elle change les répartitions sociales et adapte à la verticale les pratiques de l’aristocratie de l’Ancien Régime.

Le modèle perdure au XXIe s

Les critiques :

Face à l’énorme chantier, la critique enfle, menée par les hommes politiques et intellectuels, dont Victor Hugo à l’origine de la légende noire de l’Empire :
– Le surcout des travaux et l’endettement de la ville.
– Les expropriations et la spéculation effrénée et l’enrichissement de la bourgeoisie et la paupérisation. : la gentrification du centre et l’accroissement des clivages spatiaux (Est Ouest)
– La création d’axes stratégiques et militaires anti-démocratiques
– la systématisation, la monotonie des rues  et la destruction du vieux Paris vivant et populeux et de ses monuments

Critiqué par l’opposition, Haussmann, est désavoué. Il finit sa vie près de Bordeaux en 1891 alors que l’Empire sombre à Sedan (Septembre 1870). Ses travaux survivront néanmoins à la vindicte de la Commune.

Haussmann nous est connu à travers son empreinte édilitaire dans Paris mais aussi grâce aux Mémoires, écrites pour justifier son œuvre après sa disgrâce.

En 17 ans, Haussmann a fait de la ville ancienne et insalubre le Paris moderne des XIX et XXe s : plus qu’un style un système. Ce haut fonctionnaire a donné à Paris son identité.

Pour en savoir plus :

Les enceintes de Paris

Disséminées dans le paysage urbain, les enceintes de Paris sont encore bien présentes. La capitale a en effet compté 7 enceintes au cours de son histoire bi-millénaire. Elles expliquent l’expansion concentrique de pat et d’autre de l’Ile de la Cité, berceau fortifié de la ville.

Les 7 enceintes de Paris

Pour faire face aux invasions, Paris s’est très tôt dotée d’enceintes. Mais à mesure que la ville grossissait, elle s’est retrouvée à l’étroit. Les murs se sont ainsi déplacés pour entourer la ville en expansion ainsi que ses nouveaux centres.

Muraille de Philippe Auguste, rue des fossés Saint Paul
  • La première muraille date du Bas -Empire romain (3e/4e siècles). Face à la poussée barbare, Lutèce, prospère sur la rive gauche, se replie sur le Castrum de l’Ile de la cité. Il faut descendre à la crypte archéologique pour découvrir le petit pan de mur évoqué également rue de la Colombe.
  • Le 10e siècle emmure pour la première fois la rive droite. Alors que la rive gauche peine à se remettre des invasions normandes, la rive droite se développe en effet. Cette fortification complètement perdue réapparait depuis une petite vingtaine d’années grâce aux efforts des archéologues de l’INRAP appelés en renfort sur des chantiers de construction.
  • Avant son départ en croisade en 1190, Philippe-Auguste, premier roi véritablement Parisien, dote sa capitale d’une forteresse le Louvre, et d’une muraille destinée à la protéger des dangereux envahisseurs de l’ouest. Cette dernière est la mieux conservée et connue, la plus visible, des enceintes de Paris.
pan de la muraille de Philippe Auguste rue Clovis
  • En pleine Guerre de 100 ans, Charles V décide de protéger la rive droite qui déborde largement de la muraille de Philippe Auguste. Des pans de cette nouvelle fortification du 14eme siècle sont réapparus lors de la construction du Grand Louvre.
Pan de la muraille de Charles V sous le carrousel du Louvre
  • Les Guerres de Religion ont largement détruit Paris et les Bourbons qui accèdent au pouvoir avec Henri IV n’ont de cesse d’embellir puis de protéger la ville. Mais les progrès de l’armement ont rendu les fortifications médiévales inopérantes et la construction de nouveaux remparts doublant la muraille de Charles V s’étale sur plus d’un siècle (16e/fin du 17e). Lorsque Louis XIV monte sur le trône, traumatisé par le souvenir de la Fronde et auréolé de ses conquêtes, emmurer Paris n’a plus de sens. Désormais la protection se fait aux frontières et la ville en pleine expansion s’ouvre. Les remparts sont détruits pour laisser la place à de larges avenues de promenade : les boulevards.

De la ville close à la ville ouverte

  • La ville ouverte de Louis XIV est une nouvelle fois entourée d’un mur cette fois à vocation purement économique. L’enceinte des Fermiers Généraux est une barrière destinée à taxer tout bien rentrant dans la capitale au 18eme siècle. A ce titre, une cinquantaine de pavillons d’octroi pour recouvrer l’impôt la percent. La Révolution s’est empressée de détruire cette barrière, chef d’œuvre du grand architecte Claude-Nicolas Ledoux. Beaumarchais l’avait épinglé grâce au célèbre alexandrin « le mur murant paris rend Paris murmurant ».
Pavillon d’octroi de la barrière d’Enfer, Place Denfert-Rochereau
  • La dernière fortification visant à défendre paris suit l’épisode napoléonien. Votée dès le milieu du 19eme siècle, l’enceinte de Thiers n’arrêtera pas l’invasion Prussienne. Annoncé dès 1919, son démantèlement se poursuivra jusque dans les années 1930. Dans l’immense zone ainsi libérée, la ville de Paris agrandie de près de 25% construira des stades, cimetières, lycées, parcs, mais aussi toute la ceinture de HBM (habitations bon marché).
  • Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, la ville de Paris connait une ultime ceinture cette fois destinée à faciliter les communications et transports : le périphérique. Aujourd’hui considéré comme entrave à la croissance de la ville, celui-ci constitue une muraille entre la ville intra-muros et la banlieue.

La triple empreinte des enceintes de Paris

Des enceintes de Paris, il reste trois types de vestiges

1 / d’une part des vestiges formels. Il n’est pas rare de découvrir au détour d’une rue pans de murs ou reliquats de tours. La muraille de Philippe Auguste reste la plus visible notamment rue des fossés Saint Paul ou rue Clovis. Les fouilles de sauvetage, menées par l’INRAP ont mis à jour des fossés ou pierres oubliées et permis de réévaluer notre connaissance des enceintes de Paris. Les fouilles des 20 dernières années ont ainsi permis de préciser le tracé de la muraille du Xe siècle jusque là plus imaginé que véritablement connu. En effet l’Institut National de Recherche archéologique préventive effectue un travail admirable de prospection, analyse et met à disposition de manière très compréhensible les fruits de son travail.  https://www.inrap.fr/

Mur de Philippe Auguste, caserne de la rue Cardinal Lemoine

2/ Outre les vestiges monumentaux, la topographie nous fournit un précieux indicateur. En effet la trace des enceintes de Paris se lit dans la forme des rues. L’enceinte de Philippe Auguste explique le tracé de la rue Jean Jacques Rousseau. Les boulevards des Maréchaux suivent les fortifications de Thiers. Les lignes 2 et 6 du métro (dans la partie aérienne) quant à elles reprennent le tracé de l’enceinte des Fermiers généraux.

l’impasse des peintres à l’emplacement vacant de la muraille de Philippe Auguste

3/ Enfin la toponymie nous aide à imaginer les enceintes de Paris disparues. On l’oublie souvent mais la place de la Contrescarpe rappelle la présence du fossé entourant la ville. Les rues des Fossés saint Bernard, Saint-Victor, entre autres, évoquent les douves protégeant les murailles médiévales.

La ville de paris a accompli un travail de signalétique qui nous permet de retrouver ces enceintes. Si certains vestiges apparaissent au détour d’une rue, d’autres se cachents dans des lieux insoupçonnés. Et il faut parfois aussi ruser pour rentrer dans les cours fermées par des digicodes.

Petit panneau en hauteur indiquant la présence de l’enceinte, rue Saint Denis
Portion du mur de Philippe Auguste au fond d’un parking souterrain, rue Dauphine
Une tour de la muraille de philippe Auguste dans le salon de thé Un dimanche à Paris

Royaumes wisigothiques de Toulouse et Tolède

Pour clôre ma trilogie sur les Royaumes wisigothiques, cet article nous mènera de Toulouse à Tolède. https://visitesfabienne.org/wisigoths/

Le Royaume de Toulouse : 418 /507

En 418 après JC, les Wisigoths prospèrent dans le bassin de la Garonne, « de Toulouse à l’océan ». Ce territoire correspond aux provinces romaines d’Aquitaine Première et seconde et de Narbonnaise.

L’Europe des Barbares en 481

Le territoire administré par les Wisigoths s’agrandit à la fin du Ve siècle. À son apogée, leur Royaume est le plus grand royaume barbare d’Occident. Il comprend l’Aquitaine, la Septimanie, la Provence ainsi que la majorité de la péninsule Ibérique, à l’exception du nord-ouest.(Asturies).

Royaume Wisigothique à son apogée au début du VIe siècle

 Les structures de ces régions restent inchangées par rapport à l’époque Romaine et villes et campagnes s’enrichissent. Les rares vestiges wisigothiques attestent de l’intégration des populations. On a ainsi retrouvé des accessoires féminins d’inspiration germanique mélangés à des objets romains. Les Wisigoths constituent une population essentiellement rurale. Ils font fructifier le système de latifundia romain, transformant même certains édifices publics en lieux agricoles.

Les Wisigoths semblent regroupés sur l’ensemble du territoire. Ils sont certainement restés proches des principaux centres de pouvoir ainsi que des régions les plus riches du point de vue économique. Certains règnes attestent du pouvoir et du raffinement de rois wisigothiques tel Théodoric II (453-466) prince avisé dont la culture est tout aussi romaine que gothique. Son royaume s’étend de la Loire à Narbonne et l’Espagne.

Finesse des torques wisigothiques, Musée Saint Raymond, Toulouse

La fin du royaume de Toulouse

Mais d’autres Barbares progressent dans les provinces de l’Empire romain d’Occident. Ainsi, les Francs se sont implantés à l’ouest du Rhin aux IVe et Ve siècles. À son avènement en 481, Clovis rêve de réunifier la Gaule. Après plusieurs campagnes victorieuses, il franchit la Loire en 507 et tue le roi wisigoth Alaric II lors de la bataille de Vouillé, près de Poitiers.

Plaque-boucle de ceinture, musée Saint Raymond, Toulouse

Les Francs prennent rapidement le contrôle de l’Aquitaine. Symbole du pouvoir des Goths, Toulouse est occupée, pillée et peut-être brûlée. Elle ne retrouvera son essor urbain que deux siècles plus tard. C’en est fini du Royaume. En France, les Francs balayent la mémoire des Wisigoths et la suppriment de l’histoire nationale.

Le Royaume de Tolède : 507 / 720

Les Wisigoths se replient en Espagne, mais conservent la Septimanie (Languedoc-Roussillon) en Gaule. Ils établissent leur nouvelle capitale à Tolède.  Cette ville devient un centre politique et culturel, retracé au Musée-Eglise San Roman.

Eglise San Roman, Tolède

Cette église wisigothique, transformée en mosquée puis « rechristiannisée » lors de la reconquête (d’où de belles fresques du XIIIe) expose des éléments funéraires et lapidaires ainsi qu’une petite partie du trésor de Guarrazar, célèbre pour ses couronnes votives. Celui-ci se répartit entre Tolède, le MAN (Musée Archéologique National de Madrid) et le Musée de Cluny à Paris. http://guarrazar.com/el-yacimiento/guarrazar-y-su-tesoro/

Couronne votive de Guarrazar, Musée San Roman, Tolède

En Espagne, les Wisigoths unifient un pays constitué d’une mosaïque de peuples et initient les premières lois. Des personnalités religieuse, littéraires et nationales apparaissent tel Isodore de Séville . De ce fait, les Espagnols considèrent ces « Barbares » comme Les ancêtres de la nation.

Pilier wisigothique, San Salvador, Tolède. Les reliefs comme la resurrection de Lazare attestent de la fusion entre arts romain, paléochrétien, byzantin et germanique.

Au concile de 589 de Tolède, les Wisigoths se convertissent au catholicisme et intègrent l’aristocratie hispano-romaine. Ils lui apportent cohésion sociale et prospérité en faisant reposer l’essentiel de leur activité sur les campagnes. ils conquièrent le royaume des Suèves situé en Galice et le nord du Portugal.

Plusieurs rois vont se succéder jusqu’à la conquête arabe de la péninsule en 711. La poussée sarrasine entraîne la disparition des Wisigoths en tant que peuple indépendant sur la carte européenne.

Eglise San Roman, Tolède