Royaumes wisigothiques de Toulouse et Tolède

Pour clôre ma trilogie sur les Royaumes wisigothiques, cet article nous mènera de Toulouse à Tolède. https://visitesfabienne.org/wisigoths/

Le Royaume de Toulouse : 418 /507

En 418 après JC, les Wisigoths prospèrent dans le bassin de la Garonne, “de Toulouse à l’océan”. Ce territoire correspond aux provinces romaines d’Aquitaine Première et seconde et de Narbonnaise.

L’Europe des Barbares en 481

Le territoire administré par les Wisigoths s’agrandit à la fin du Ve siècle. À son apogée, leur Royaume est le plus grand royaume barbare d’Occident. Il comprend l’Aquitaine, la Septimanie, la Provence ainsi que la majorité de la péninsule Ibérique, à l’exception du nord-ouest.(Asturies).

Royaume Wisigothique à son apogée au début du VIe siècle

 Les structures de ces régions restent inchangées par rapport à l’époque Romaine et villes et campagnes s’enrichissent. Les rares vestiges wisigothiques attestent de l’intégration des populations. On a ainsi retrouvé des accessoires féminins d’inspiration germanique mélangés à des objets romains. Les Wisigoths constituent une population essentiellement rurale. Ils font fructifier le système de latifundia romain, transformant même certains édifices publics en lieux agricoles.

Les Wisigoths semblent regroupés sur l’ensemble du territoire. Ils sont certainement restés proches des principaux centres de pouvoir ainsi que des régions les plus riches du point de vue économique. Certains règnes attestent du pouvoir et du raffinement de rois wisigothiques tel Théodoric II (453-466) prince avisé dont la culture est tout aussi romaine que gothique. Son royaume s’étend de la Loire à Narbonne et l’Espagne.

Finesse des torques wisigothiques, Musée Saint Raymond, Toulouse

La fin du royaume de Toulouse

Mais d’autres Barbares progressent dans les provinces de l’Empire romain d’Occident. Ainsi, les Francs se sont implantés à l’ouest du Rhin aux IVe et Ve siècles. À son avènement en 481, Clovis rêve de réunifier la Gaule. Après plusieurs campagnes victorieuses, il franchit la Loire en 507 et tue le roi wisigoth Alaric II lors de la bataille de Vouillé, près de Poitiers.

Plaque-boucle de ceinture, musée Saint Raymond, Toulouse

Les Francs prennent rapidement le contrôle de l’Aquitaine. Symbole du pouvoir des Goths, Toulouse est occupée, pillée et peut-être brûlée. Elle ne retrouvera son essor urbain que deux siècles plus tard. C’en est fini du Royaume. En France, les Francs balayent la mémoire des Wisigoths et la suppriment de l’histoire nationale.

Le Royaume de Tolède : 507 / 720

Les Wisigoths se replient en Espagne, mais conservent la Septimanie (Languedoc-Roussillon) en Gaule. Ils établissent leur nouvelle capitale à Tolède.  Cette ville devient un centre politique et culturel, retracé au Musée-Eglise San Roman.

Eglise San Roman, Tolède

Cette église wisigothique, transformée en mosquée puis « rechristiannisée » lors de la reconquête (d’où de belles fresques du XIIIe) expose des éléments funéraires et lapidaires ainsi qu’une petite partie du trésor de Guarrazar, célèbre pour ses couronnes votives. Celui-ci se répartit entre Tolède, le MAN (Musée Archéologique National de Madrid) et le Musée de Cluny à Paris. http://guarrazar.com/el-yacimiento/guarrazar-y-su-tesoro/

Couronne votive de Guarrazar, Musée San Roman, Tolède

En Espagne, les Wisigoths unifient un pays constitué d’une mosaïque de peuples et initient les premières lois. Des personnalités religieuse, littéraires et nationales apparaissent tel Isodore de Séville . De ce fait, les Espagnols considèrent ces « Barbares » comme Les ancêtres de la nation.

Pilier wisigothique, San Salvador, Tolède. Les reliefs comme la resurrection de Lazare attestent de la fusion entre arts romain, paléochrétien, byzantin et germanique.

Au concile de 589 de Tolède, les Wisigoths se convertissent au catholicisme et intègrent l’aristocratie hispano-romaine. Ils lui apportent cohésion sociale et prospérité en faisant reposer l’essentiel de leur activité sur les campagnes. ils conquièrent le royaume des Suèves situé en Galice et le nord du Portugal.

Plusieurs rois vont se succéder jusqu’à la conquête arabe de la péninsule en 711. La poussée sarrasine entraîne la disparition des Wisigoths en tant que peuple indépendant sur la carte européenne.

Eglise San Roman, Tolède

Nos ancêtres les Wisigoths

A la suite de l’exposition de Toulouse, revenons sur nos ancêtres les Wisigoths. https://visitesfabienne.org/royaume-wisigothique-toulouse/

Exposition 3Royaume de Toulouse”, Musée Saint Raymond

Dans l’imaginaire collectif, les Goths sont associés à des pilleurs, des brutes qui ont détruit Rome. D’ailleurs le XIXème siècle invente l’adjectif gothique pour désigner l’art médiéval issu de la période obscure et opposé à la perfection de la Renaissance.

Couronne du trésor de Guarrazar. Chef d’oeuvre wisigothique réparti entre le Musée de Cluny, le Musée Archéologique de Madrid, San Roman à Tolède.

Qui sont les Wisigoths

L’archéologie corrobore la légende selon laquelle les Goths apparaissent au Nord de l’actuelle Pologne. Dès le 1er siècle de notre ère, s’y mêlent autochtones et Germains scandinaves.
Au début du IIIe siècle, les Goths se dirigent vers la mer Noire et s’allient à d’autres tribus pour attaquer les provinces romaines. Les Romains qualifient ces envahisseurs du Nord du Limes de barbares car ils ne parlent ni grec ni latin.

Colonne romaine, chapiteau wisigothique dans une mosquée devenue église, S Salvador, Tolède

Les documents évoquent alors deux branches : les Ostrogoths (“Goths de l’Est” ou “Goths brillants”) en Ukraine et les Wisigoths (“Goths de l’Ouest” ou “Goths sages”) en Roumanie et Moldavie.
Polythéistes, les Goths deviennent chrétiens et adoptent l’arianisme vers 240. Selon Arius, Le Christ n’est pas de même nature que Dieu. Après le Concile de Nicée en 325, l’Eglise romaine jugera cette doctrine hérétique.

Des influences germaniques pour les chapitaux d’églises, San Roman, Tolède

Des Barbares romanisés

 A la fin du IVe s, Les Goths fuient la poussée des Huns. Ils pénètrent alors dans l’Empire romain et promettent d’en protéger les frontières.

L’art wisigothique reste germanique d’inspiration, Aigle exposé à Toulouse

Mais, maltraités par les Romains, ils se révoltent, tuent l’Empereur Valens et battent ses troupes à la bataille d’Andrinople en 378. Pendant une trentaine d’années, ils essaient de négocier un territoire auprès de Rome. De guerre lasse, menés par Alaric, ils attaquent Rome. En 408, la ville éternelle s’en tire en payant une énorme rançon mais est pillée en 410. Cet épisode est connu dans l’histoire sous le nom de sac de Rome.

Il faudra une dizaine d’année aux Wisigoths pour obtenir de Rome un territoire où s’installer. Après leurs victoires contre les Alains, Vandales et Suèves, dans les provinces d’Hispanie, l’Empereur Honorius leur accorde en 418 un Royaume, de la Narbonnaise à l’Océan. Cet accord permet enfin une installation durable et Théodoric Ier choisit Toulouse comme résidence royale. Il agrandit son territoire après des victoires en Espagne et contre l’Empire. C’est l’âge d’or du Royaume de Toulouse (418/507).

Colonne, Eglise de la Daurade, Toulouse

Où les voir :

Musée Saint Raymond Toulouse : https://www.saintraymond.toulouse.fr/

Thermes et Musée de Cluny, Paris : https://www.musee-moyenage.fr/collection/oeuvre/couronne-votive-guarrazar.html

Musée Archéologique, Madrid : http://www.man.es/man/coleccion/catalogos-tematicos/tesoros-del-man/hispania-visigoda.html

Eglise San Roman, Tolède : https://cultura.castillalamancha.es/museos/nuestros-museos/museo-de-los-concilios

Le Royaume de Toulouse

Le Royaume de Toulouse a disparu il y 1600 ans. Le Musée Saint-Raymond lui consace jusqu’au 27 Décembre une superbe exposition.

https://saintraymond.toulouse.fr/Wisigoths-Rois-de-Toulouse_a1193.html

Exposition sur le Royaume de Toulouse, Musée Saint-Raymond

Le parcours présente 220 objets et évoque le peuple, puis le passé wisigothique de la ville rose. Il se clôt sur les dernières découvertes archéologiques,. On découvre notamment Seysses, nécropole fouillée en 2018 à une vingtaine de km au Sud-Ouest de Toulouse.

crânes déformés, nécropole de Seysses

Un ton décalé pour une exposition sérieuse

 La présentation, et surtout l’audiophone, peuvent déconcerter par leur familiarité et leur caractère humoristique.

Pourtant, le propos est clair et précis. Il s’agit de présenter ce peuple germanique originaire du Nord de l’Europe et repoussé vers le Sud, à partir du IIIe siècle. Panneaux et objets attestent des conquêtes wisigothiques. De nombreux commentaires permettent d’en savoir plus sur ce peuple méconnu en France, car défait par les Francs.

https://saintraymond.toulouse.fr/Pour-en-savoir-plus-sur-l-exposition-Wisigoths-Rois-de-Toulouse_a1203.html

Après le sac de Rome en 410, le roi Althaulf épouse Galla Placidia sœur de l’empereur Honorius. Celle-ci nous est connue pour son merveilleux mausolée, à Ravenne : https://www.ravennamosaici.it/ Il accepte alors de s’installer dans le Sud-Ouest de la Gaule et fait de Toulouse sa capitale.

Royaume wisigothique de Toulouse
Châsse de Saint Saturnin, Toulouse

 Le Royaume de Toulouse va prospérer entre 419 et 507.

Mais, en 507, Clovis remporte la bataille de Vouillé et les Francs repoussent les Wisigoths hors de Gaule. Ils occupent, pillent et détruisent Toulouse. Les Wisigoths se réfugient alors en Espagne et font de Tolède leur nouvelle capitale. Ils en seront chassés par la poussée arabe en 711.

Le Royaume wisigothique de Toulouse

La Toulouse wisigothique hérite de la Tolosa antique, elle en conserve le plan, la voirie, le rempart, les équipements publics, les quartiers d’habitation, tout ce qui a survécu aux bouleversements politiques et économiques antérieurs.

Fibules

Au Nord-ouest de la ville entre Garonne et rempart, les Wisigoths aménagent au Ve siècle un complexe monumental possible siège du gouvernement. Avec les églises Saint Pierre des Cuisines, Saint Sernin et la Daurade (nom dû aux mosaïques dorées) se dessine un quartier wisigothique. Les nouveaux occupants s’approprient la cité antique. Les archéologues ont identifié un possible palais non loin de la très remaniée Saint Pierre aux Cuisines.

https://www.ut-capitole.fr/universite/presentation/histoire/histoire-de-saint-pierre-des-cuisines-94404.kjsp

Dans les faits, on a donc peu de vestiges wisigothiques. Subsistent quelques nécropoles essentiellement fouillées depuis une vingtaine d’années. Elles recèlent des peignes, fibules et plaques-boucles typiques des populations germaniques. Ce dont attestent les coutumes dans les nécropoles fouillées, comme les crânes déformés ou les sarcophages en tronc évidés.

Sarcophage de la Dame de Seysses

Au final, loin de la légende des bandits sauvages, les Wisigothiques se sont insérées dans des régions riches de la Gaule romaine qu’ils ont contribué à faire prospérer.

Boucle de ceinture émaillée