Le Fort Rouge

Aujourd’hui, je vous emmène au Fort Rouge, une construction fort méconnue au sein du Madras Medical College sur Poonamallee High Road, dans le quartier de Park Town.

Vous pouvez venir par métro. Dans ce cas descendez à Central station. Ou vous pouvez préférer venir en train, dans ce cas arrêtez vous à la station Park Town. C’est un moyen amusant de découvrir la ville.  Le plus simple néanmoins est de prendre une voiture avec chauffeur ou de prendre un « auto », le terme local pour rickshaw.

Le Madras Medical College

Entrez par le portail d’accès du Madras Medical College sur General Hospital Rd. S’il est fermé ce qui semble être souvent le cas ces derniers temps, contournez le petit édicule sur la droite le long de l’escalier souterrain et regagnez l’allée au delà du portail. Prenez alors tout droit le long de MMC office Rd. C’est une voie privée donc calme.

Le Government General Hospital fut fondé le 16 novembre 1647 pour soigner les soldats de la Compagnie des Indes orientales. Néanmoins, l’Hôpital Général n’occupa ce lieu qu’en février 1835. Il s’agit de la plus vieille université de médecine d’Asie. Elle se compose de bâtiments dispersés le long d’une allée que vous empruntez en ce moment. Les premiers cours eurent lieu dans des salles jouxtant les appartements du chirurgien en chef et l’Hôpital Général. Cependant, l’université se dota de son propre bâtiment l’année suivante. Celui-ci comprenait 4 pièces- une bibliothèque, un musée, une salle de cours qui pouvait se transformer en salle d’opération et un laboratoire. Il fut énormément agrandi en 1867.

Un nouveau campus de 6 étages fut ajouté à l’université de médecine en 2010.

Les bâtiments anciens de l’université de médecine accueillent aujourd’hui l’université de pharmacie, l’école d’infirmières ainsi que des logements étudiants.

Le baobab, un véritable monument

Passez devant l’école d’infirmière et la bibliothèque sur votre gauche ainsi que le bloc administratif sur votre droite entouré par deux élégantes rotondes aux fines colonnes inspirées par l’église All Souls de Londres, chef d’œuvre de John Nash. Bien qu’en mauvais état, ces constructions présentent un bel exemple de l’éclectisme victorien teinté d’un zeste de classicisme. Vous atteindrez alors un impressionnant baobab vieux de 150 ans.

La pancarte écrite en tamoul peut être traduite de la manière suivante :

 “Cet arbre est l’un des plus vieux du monde. Il est originaire d’Afrique. Ses feuilles sont riches en vitamine C. Les tribus africaines utilisaient toutes les parties de cet arbre pour se nourrir ou se soigner. Son tronc a une circonférence de plus de 11m et il est haut de plus de 20m. Cet arbre rare honore l’université de médecine de Madras depuis plus d’1 siècle et demi. Ce panneau a été dévoilé par Monsieur le Premier Ministre du Tamil Nadu, MK Stalin.“.

Le Fort Rouge


à l’angle sud-est du campus se trouve le bloc consacré à l’anatomie. Il comprend une salle d’opération, des salles de dissection, des salles de cours. C’est l’une des plus anciennes constructions ici. Les historiens se disputent sa date. Mais si on le compare à l’ancien Moore Market, on trouve des similitudes qui attesteraient d’une construction dans les années 1883 ou 1897.

En 1887-88, un musée l’agrandit puis des laboratoires de biologie et d’hygiène. En 2016, il fut annoncé que le bâtiment serait transformé en musée. Malheureusement à ce jour, rien n’a bougé. Les salles médicales ont été transférées dans un nouvel édifice de plusieurs étages, mais le musée se fait toujours attendre.

Le Fort Rouge de Chennai, un vrai inconnu

Bref qu’y a-t-il de spécial dans ce bâtiment ? En fait il s’agit de l’un des exemples les plus anciens et des plus aboutis d’architecture indo-sarracénique à Chennai, une sorte de trésor caché en quelque sorte. Ce style est fascinant, il s’est développé à la fin du XIXème siècle, C’est un mélange d’architecture indienne, islamique et anglaise. Pour les Anglais, c’était un moyen de dire « Regardez comme nous respectons le passé indien », notamment la période moghole qui a précédé la colonisation anglaise. Dans les faits, on retrouve le style indo-sarracénique essentiellement dans les édifices publics et les écoles de la période anglaise.

A Chennai, ces structures sont généralement construites en briques ou peintes en rouge pour y ressembler. Les façades peuvent se révéler amusantes avec une foultitude de détails du genre dômes, arcs, jalis (ces écrans dentelés tout droit inspirés du lointain Taj Mahal), chhatris, ces petits kiosques couverts couronnant les constructions. Le bloc d’anatomie exhibe un certain nombre de ces détails architecturaux, depuis les vérandas à arcatures, les soubassements de pierre jusqu’au parapet à bas-reliefs qui court le long du toit.

Il y a quand même un détail croustillant ici. En effet même si le style indo-sarracénique avait pour but de créer un sentiment de familiarité, il ne parlait pas aux populations locales, Car ici il n’y a pas de tradition moghole mais une forte appartenance dravidienne. Ce qui fait que ces constructions étaient quelque peu déplacées. Mais les Britanniques n’avaient pas l’air de s’en soucier.

Une référence prestigieuse

C’est particulièrement net ici où le bâtiment s’inspire de toute évidence du célèbre Fort Rouge de Delhi construit au XVIIème siècle par le grand Shah Jahan, l’empereur à l’origine du Taj Mahal. La réplique que vous êtes en train de regarder affecte la même forme cubique et l’aspect de forteresse. Et les étudiants enfermés dedans de longues heures pour étudier l’appelèrent donc affectueusement le « Fort Rouge de Madras ».

Lady’s Garden

Le Ladys Garden est une sorte de bijou méconnu à Chennai. Il se cache en effet sur la grande rue Raja Muthiah juste après le stade Nehru. On l’atteint de l’autre côté à l’extrémité de la rue VP Hall Compound derrière un marché ancien et un parc disparus. Pour plus d’indications et une visite complète des lieux, je vous conseille mon magnifique audioguide.

Un marché disparu dans les flammes

Nous voici dans un quartier entièrement transformé au XIXe et au XXe siècles. A l’arrivée des Anglais, la forêt occupait les collines alentours. A l’époque, la grande avenue EVR Salai était un chemin de terre qui menait de Fort St Georges à l’est au village de Poonamallee. Un hameau se dressait tout près du mur qui doublait les fortifications. Il s’appelait Periamet, ce qui en Tamoul signifie « lieu où l’on perçoit la douane ». Il agissait donc en barrière d’octroi. Ces noms de villages existent encore dans les quartiers qui composent la zone devenue au XIXe siècle Park Town.

Car les colons britanniques transformèrent totalement le paysage et le jardin du marchand portugais João Pereira de Fari avec la construction de la gare centrale et du marché Moore. Ce dernier a lui-même disparu dans les années 1980 dans des conditions encore mystérieuses. C’est l’époque où la vacance du pouvoir municipal a laissé partir en fumée (ici en l’occurrence un incendie inexpliqué à ce jour) de nombreux bâtiments historiques, à la grande joie des spéculateurs immobiliers.

Il ne reste hélas rien de ce malheureux Moore Market, une belle construction indo-sarracénique sinon une malheureuse maquette perdue dans les immondices du parking entre la gare centrale et le Victoria Public hall. Son emplacement correspond au amas de voiture et à l’affreux bâtiment qui fait office de gare de banlieue. Le canal Buckingham transformé en égout à ciel ouvert sépare les deux gares d’un mur nauséabond. Derrière le Moore Market Bg dont seul le nom rappelle cette halle Baltard mauresque oubliée, sur la gauche, une jolie grille victorienne mène jusqu’à l’immense parking à deux-roues. Un vrai symbole du passage du temps.



Marché des livres d’occasion

Une sorte d’arche en métal indique l’entrée de ce marché en plein air entièrement dévolu aux livres anciens et d’occasion. Cet endroit est un paradis pour bibliophiles. Des rangées d’étals de fortune croulent sous les volumes de toute sorte. Une partie de l’histoire se déroule dans le remarquable roman d’Abraham Verghese “le pacte de l’eau”. On y trouve des livres universitaires déjà utilisés sur des sujets aussi variés que la médecine, le droit, la littérature ou les sciences humaines.

 Un autre vestige du People’s Park disparu se trouve caché à la vue de tous. Il s’agit du centre commercial Lily Pond, la mare aux nénuphars. Le complexe manque de charme malgré son joli nom évoquant les fleurs d’eau épanouies sur les plans d’eau qui ponctuaient cette zone de marécages. Néanmoins, si vous êtes fou de brocante c’est l’un des rares lieux de Chennai pour chiner.

La rue VP Hall compound correspond au chemin qui bordait le parc du peuple, People’s Park ouvert dans les années 1850. Ce fut l’un des premiers parcs d’Inde et il constitua le cœur vert de Madras durant de nombreuses décennies. Il s’enorgueillissait d’étangs parcourus par des bateaux, de pelouses taillées au cordeau et de grands boulevards bordés de rangées d’arbres.

Une balade à travers le People’s Park constituait le sommet de l’élégance, le loisir favori de l’élite citadine. Le parc marquait également la frontière extérieure de la Madras coloniale, le seuil au-delà duquel la ville s’étendait hors des murs du fort St Georges. La rue s’ouvre bientôt sur une clairière malheureusement envahie d’ordures et malodorante. Une grille marque l’entrée du jardin de Notre Dame « Our Lady’s Garden ».


Lady’s Garden

Le Lady’s Garden est l’unique vestige de ce qui fut l’immense parc du peuple. Situé tout d’abord au centre géographique de la ville, des portions du grand Parc accueillaient des collections « zoologiques et ornithologiques, cinq lacs, une fanfare, des terrains de football, de tennis et autres jeux ». En 1878, un gymnase s’y ajouta. A l’époque, la fanfare jouait deux fois par semaine dans le kiosque.

L’apogée du parc se situe dans les années1920. De nombreux évènements y avaient lieu. Parmi ceux-ci la foire de Madras ou bien la populaire Foire de Park Town et le Carnaval. La foire de l’association athlétique d’Inde du Sud représentait un des moments clé du calendrier social, ce jusqu’à la fin des années 1970.

Des attractions avaient beaucoup de succès comme les cascadeurs sur deux-roues dans un enclos ressemblant à un tonneau, des combats et le rekla, une attraction très locale. Il s’agissait d’une course de chars à deux roues.

Néanmoins, vers 1979, une grand partie du parc fut acquise par la compagnie de chemins de fer du sud qui souhaitait ajouter des rails et s’étendre vers la banlieue. Les pelouses furent recouvertes de constructions.

Le jardin officiel du Maire

My Lady’s Garden se trouvait au milieu de People’s Park. Il était et continue d’être le Jardin officiel du maire. Il conserve un charme sans équivalent avec des arbres centenaires et des statues des années 1930. Entre 1933 et 1973 il devint le lieu pour les réceptions du maire. S’y déroulaient également les festivals, comme celui des fleurs qui dura plus d’un siècle quand la ville comptait plus de jardins que de constructions.

Vous pouvez vous balader dans cet espace vert depuis l’entrée ouest en passant devant une réplique du fameux pilier d’Ashoka. Cette colonne blanche surmontée de 4 lions dorés symbolise l’unité indienne réalisée par le grand Empereur au IIIème siècle avant notre ère.  Elle apparait dans l’angle droit en bas des billets de banque indiens.

Les statues, peu inspirées, de plâtre coloré, réparties dans les herbes, représentent des divinités et des maires des temps passés. Puis dirigez-vous vers l’horloge d’aspect bien britannique à la sortie est du parc. La couronne britannique imposait sa vision du temps mais aussi ses horloges. C’est la raison pour laquelle l’Inde avance de 5 heures et demie  sur le Royaume-Uni. Le brave Anglais n’avait besoin que de retourner sa montre pour lire l’heure de Londres ou celle de n’importe quel point de la lointaine colonie qu’il se trouve à Madras, Calcutta ou Bombay. Ainsi quand il est 13 heures à Londres, il est 18h30 en Inde. Elémentaire mon cher Watson !

Au-delà de l’horloge, la grille du parc s’ouvre sur une allée qui mène à la grande rue Raja Mutiah

Saidapet

Aujourd’hui je vous propose une balade insolite à Saidapet. Ce quartier populaire ne fait généralement pas partie des lieux touristiques. Loin des temples de Mylapore ou des bâtiments coloniaux de Egmore ou Park Town, des circuits restaurants et street food de Anna Nagar ou des parcs d’amusement de ECR, Saidapet a conservé quelques rares maisons traditionnelles et une ambiance de village.

rare maison coloniale survivante dans saidapet

Un peu excentré, mais desservi par le métro et le train, ce point d’entrée de la ville a accueilli des vagues de migrants. Il fait maintenant pleinement partie de Chennai. Y vivaient des tisserands et des générations de nouveaux arrivants dans la ville. Avec le temps, des cubes de béton tendent à remplacer les maisons coloniales et les constructions traditionnelles.

petit temple Saidapet

Longtemps considéré comme un bidonville pour les gens venus des campagnes, on y trouve néanmoins quelques bijoux comme un superbe temple à Shiva, une gare très art déco et un marché coloré.

maison coloniale dans Saidapet

Le marché de Saidapet

marché de Saidapet

Les petites rues surpeuplées d’une foule d’acheteurs mènent à un des marchés les plus authentiques de Chennai. Le dimanche matin celui-ci bat son plein. Les étals se succèdent sur la rue principale. Des arches en fer érodé annoncent le dédale des petits marchands de poisson et de viande.

marché aux poissons Saidapet
marchande de fleurs marché de Saidapet

Une fois sorti du marché, on peut traverser la voie rapide par la passerelle et rejoindre la gare. On parvient alors à une esplanade animée par un petit temple très bruyant. Ici des vendeurs d’offrandes, de fleurs parfumées vous accompagnent jusqu’à l’énorme temple à Shiva qui fait la renommée du quartier.

Karaneeswarar Temple

On distingue sa Gopuram colorée avec ses 7 étages de fort loin.

Gopuram du grand temple à Karaneeswara Shiva Saidapet

Dédié à Karaneeswara – Shiva  ( celui qui est à l’origine) il réplique un petit temple médiéval de Mylapore. Ici on l’associe à Swamambika (la déesse de prospérité- autre nom de Parvati). De ce fait, le temple symbolise bien être et prospérité. C’est aussi le lieu de culte privilégié des chauffeurs en détresse qui viennent y faire bénir leurs clés pour éviter les accidents. Avec le temple du « garde corps », dans le quartier de la gare, il est donc le lieu d’une exaltation religieuse toute particulière.

Le temple bruisse de la ferveur des fidèles. De plus petits sanctuaires à Ganapathi, Ganesh, Karthikeya, Murugan, patron du Sud de l’Inde se succèdent dans l’enceinte. Autrement dit, la famille divine de la région. Le petit sanctuaire Parivara honore d’ailleurs la famille. Le Devtas permet de prier devant les différents aspects du divin. Quant au Dwajasthamba c’est le mât qui symbolise la souveraineté et la présence divine. Il représente aussi la force de l’univers et lie le monde terrestre au royaume spirituel.

 Malgré son apparence ancienne, ce temple ne remonte qu’à la fin du XIXème siècle. Il s’inspire néanmoins du style dravidien.

La rue qui y mène est bordée de petits vendeurs d’offrandes, et de kiosques à dosas. Le dimanche une grande table accueille les plus pauvres pour le repas.

Derrière le temple, un grand réservoir pourvoyait à l’approvisionnement en eau du quartier. Un bain dedans une nuit de pleine lune soignerait les maladies.

De la gare au quartier Populaire

Gare art déco de Saidapet

On remonte une nouvelle fois le long de la très jolie gare Art deco de Saidapet. Un peu plus loin en face d’un autre petit temple coloré, une des rares maisons traditionnelles à pans de bois disparait peu à peu dans la marée alentour de cubes colorés et peu harmonieux. Juste à côté, une porte rouge s’ouvre sur la bibliothèque Mahatma Gandhi fondée en 1952. Bien que tous en Tamoul, les livres honorent la mémoire de la grande âme et des Freedom fighter qui ont combattu pour l’indépendance de l’Inde.

rare maison de bois rescapée dans Saidapet
porte rouge de la Bibliothèque Gandhi

 Dans la rue qui part à la perpendiculaire quelques maisons conservent un charme campagnard. Mais combien de temps vont elle encore lutter ? On passe le long d’autres temples multicolores pour atteindre le quartier musulman. Parmi les nombreuses mosquées, la plus connue ou Jama Masjid attire l’œil avec son minaret recouvert de petites faïences bleues. Construite au XVIIIe s par Saadatullah Khan, le premier des Nawabs de Nawayath Konkani à gouverner la zone, elle se trouve au fond d’une ruelle.

mosquée bleue de Saidapet

En revenant sur nos pas, on finit cette balade découverte de Saidapet à l’Hôtel Mari. Bien que miteux, l’établissement se targue d’avoir mis au point le vada curry, invention qui n’a pas franchement traversé les frontières du quartier et dont je vous laisse juge….

Hôtel Mari
le vada curry

Ripon Building

Cet article insiste sur le Ripon building, déjà évoqué brièvement lors de ma promenade dans Parktown.

 Il fait suite à une visite organisée par un des très bons historiens de la ville. V Sriram est l’auteur d’une somme sur Chennai. On peut suivre ses présentations passionnantes et pleines de verve sen ligne.

Histoire du Ripon Building

Le Ripon Building a été inauguré en 1913. Il loge la Corporation de Madras. Une charte royale spéciale, accordée à la compagnie des Indes orientales, se trouve à l’origine de cette corporation. Elle remonte à 1688. C’est la plus ancienne concédée hors du Royaume Uni.

clock tower, Ripon Bg

Cette Corporation correspond au gouvernement de Madras. Aujourd’hui appelée Greater Chennai Corporation (GCC), elle s’occupe de l’administration de la ville et comprend le maire et les conseillers municipaux .

entrée de la salle du conseil (on ne peut pas photographier à l'intérieur)

Les premiers bureaux se situaient dans Fort Saint Georges. La ville déborda rapidement des murs vers Georgetown.

Au XIXeme, le centre commercial s’était déplacé vers l’actuelle Anna Salai. Le centre administratif ne tarda pas à migrer vers Parktown, point de convergence des routes. Cette zone arborée présentait un intérêt stratégique.

Un nouvel emplacement

 La gare centrale venait d’y ouvrir en 1875 reliant Madras à toutes les grandes villes de l’Empire des Indes. Le Victoria Public Hall ne tarda pas à la rejoindre. Sa structure de briques de style néo roman servait de salle de concert et de spectacles. Peu à peu, le People’s Park se mitait. Bientôt des auberges destinées aux voyageurs hindous et musulmans complétèrent le quartier. Dans ce contexte, naquit l’idée de construire un hôtel de ville à la mesure de Madras.

vue depuis le Ripon bg, on voit VP Hall et la gare au loin

En effet, dans les années 1910, le bâtiment de la corporation était trop petit pour une ville en pleine croissance.  D’ailleurs le bâtiment final est plus gros que celui qui avait été initialement prévu sur les plans.

facade du Ripon bg

Le reste du parc disparut avec la construction du stade Nehru en 1950 et le déménagement du zoo. Le coup de grâce fut l’incendie mystérieux mais opportun pour les spéculateurs du Moore Market en 1985.

Le feu libéra l’espace pour la construction complexe de bureaux et un terminal de trains de banlieues Aujourd’hui, Il ne reste du parc que le jardin privé du maire. Le souvenir des petits étangs ne perdure que dans le nom du Lily Pond Complex.

Architecture du Ripon Building

Le bâtiment repose sur des centaines de puits creusés dans le sol marécageux pour atteindre la roche et stabiliser l’édifice. Remplis de béton au moment du creusement du métro, ils en assurent la stabilité. En effet le Ripon Building se fissurait complètement sous l’effet des travaux. C’est une méthode utilisée pour tous les édifices de la ville. Le 1er bâtiment construit sur puits est l’église st Andrew que l’on voit depuis la terrasse. D’ailleurs la tour de l’horloge ici répondait au clocher de l’église des Ecossais.

Le discours de Sriram est celui d’un historien indien. Il donne les dimensions du Ripon Building.  Il évoque aussi les commissionnaires aux noms imprononçables. En bonne française, j’avoue que je me livrerais plutôt à un couplet sur le style du bâtiment. Et il y a de quoi dire pour un esprit européen habitué au classicisme.

Car ces colonnades blanches tranchent avec l’architecture locale mais aussi avec les constructions civiles de l’époque britannique en brique rouge et de style indo-sarracénique.

Le Ripon Building constitue en effet le meilleur exemple de ce que les Britanniques appellent le néo-palladianisme. Il s’agit d’édifices classiques recouverts de plâtre blanc dont la façade s’orne de colonnes.

Le Jardin

Dans ce quartier en pleine effervescence, le jardin autour du Ripon Building offre un oasis de paix.  Entouré de belles constructions coloniales, tels les caravanserails, le Victoria Public Hall, il se trouve au centre de ce qui pourrait devenir la promenade heritage de Chennai.

Ce jardin s’enorgueillit de statues. La plus importantes se trouve sur la gauche lorsque l’on fait face au Ripon Building. Il s’agit de celle de Lord Ripon.

 Etrangement c’est une souscription indienne qui a financé le monument à ce gouverneur anglais. Seul gouverneur à avoir vu le jour au 10 Downing Street, il était catholique et convaincu de l’importance de l’autonomie indienne. Ses positions politiques et religieuses lui ont attiré la sympathie des locaux mais pas des colons. Sa loi pour que des juges locaux puissant juger des crimes commis par des Britanniques ne fut ainsi pas du goût de la couronne. Il finit d’ailleurs sa vie comme simple maire de son petit village anglais Ripon.

statue de Ripon

En revanche, la population tamoule offrit en 1909 cette effigie au père du gouvernement local. Il marque aussi le début des statues réalisées en Inde et non plus dans la mère patrie.

Dans le jardin se trouvent 3 autres statues de commissionnaires. L’un d’entre eux, avec son turban Chettiar, porte l’habit de maire et une chaine avec leRripon Building en pendentif.

statue d'édile

Visite intérieure du Ripon Building

A l’intérieur, on peut admirer l’architecture, avec des colonnes d’ordre ionique et corinthien. On peut observer le plafond à la Madras, en fait un plafond que nous appellerions à la française (de poutres) mais reposant sur des traverses métalliques. Les poutres sont également en métal, ôde à la modernité victorienne. D’autant que l’acier venait d’Angleterre et assurait donc des débouchés aux industries britanniques.  Sriram ironise sur la générosité des « good Britishs ».

interieur du Ripon Bg , cour

Toutes les pièces s’ouvrent sur des vérandas pour garantir une ventilation naturelle. Les courants d’air assuraient une relative fraicheur. Celle-ci est si efficace qu’il a fallu calfeutrer les fenêtres dans les pièces équipées d’air conditionné.

On dépasse la pierre inaugurale pour pénétrer dans le hall qui débouche sur le 1er des grands escaliers d’honneur. Dans ce hall, un canon fait face à Conran Smith, commissionnaire investi dans l’éducation. Ce monsieur insista sur la création d’écoles y compris dans les quartiers pauvres et la formation de groupes de boy scouts.

statue de Conran Smith

Cette partie de l’édifice n’a pas subi d’altérations. Le maire y entre toujours précédé d’un page porteur de sceptre, suivant la pompe britannique. D’emblée tout était prévu, des uniformes des hauts fonctionnaires à ceux des femmes de ménage. Le tissu, la forme la couleur, tout correspondait à une étiquette. Le sceptre établissait l’autorité. En 1688, aux débuts de la Corporation, le maire était aussi en charge de la justice. Puis la fonction de sheriff apparut. Le sheriff s’occupait de produire les criminels à la cour. Cette fonction a aujourd’hui disparue.

L’escalier

La rambarde se termine par une boule d’escalier en bois en forme de sceptre. Sur le premier palier, se détache le logo de 1950. Il n’a pas changé depuis. On y voit le tigre chola mais aussi les emblèmes cheras et pandyas. On rend ici hommage aux anciennes dynasties locales.

blason de chennai

Avant 1950 l’emblème était différent. Lié à la fondation britannique de la cité, c’était un classique st Georges terrassant le dragon. On en voit un exemple dans la salle du conseil dans laquelle les photos sont malheureusement interdites.

grand escalier

Les étages

Le bureau du commisssionnaire

On passe dans le bureau en réfection du commissionnaire. Il est sans intérêt architectural. Mai, c’est l’occasion de rappeler les fonctions du maire de la Corporation. Celui-ci a en charge la sécurité de la ville, des parcs, l’éducation, la voirie. L’approvisionnement en eau. L’entretien des bidonvilles et les ordures ont été transférées à la région. Comme le souligne Sriram en riant jaune il est vrai que les deux sujets ont malheureusement tendance à se superposer en Inde. La population continue à confondre cours d’eau et dépotoirs. Dans les responsabilités du maire il y avait même les lieux de défécation libre, gros problème ici.

plaque du Commissionaire

Les rares indiens siégeant dans les premiers conseils disparurent dès le XVIIe pour ne revenir qu’a la fin du XIXe uniquement en tant que conseillers. L’exécutif restait aux mains des Anglais. D’ ailleurs il y avait une séparation des pouvoirs entre ville blanche et ville noire.

La chambre du Conseil

La chambre du conseil reprend les motifs de la Bibliothèque Connemara, du théâtre du musée construits par Irwin, architecte connu pour le palais du vice Roy et le Town hall de Shimla. Malheureusement, son successeur Harris n’eut de cesse que de détruire l’œuvre de son prédécesseur. Ainsi, au musée, il abattit les tours sous prétexte que le sol instable ne les soutenait pas.

Ici le maire est moins important que le commissionnaire. Le premier occupe une fonction cérémonielle, alors que le second est en charge du pouvoir exécutif. Le siège du maire est une réplique de celui du maire de Londres. Sa chaise de bois monobloc date de 1931. De grands débats ont été livrés dans cette pièce. Sriram évoque la visite de Gandhi qui aurait prétendu que Chennai était la ville la plus sale de sa connaissance. Les maires alternent de manière cyclique en fonction des castes

devant le bureau du maire

Entre 1973 et 2006, la ville connut une vacance de conseil qui aboutit à une croissance anarchique et chaotique dont elle peine à se remettre.

Temples Tamouls

Pourquoi un article général sur les temples Tamouls ?  C’est qu’à Chennai, on en trouve à tous les coins de rues et leur aspect est typique du Tamil Nadu. Alors quelles en sont les caractéristiques ?

Je commencerai par insister sur le fait que je vais parler ici d’édifices religieux. La deuxième remarque concerne le style dravidien original et originaire du sud de l’Inde. On peut par exemple l’opposer au style Nagara recnotré au nord du Deccan.

Parler des temples Tamouls oblige à s’intéresser à la religiosité exacerbée du sud de l’Inde et à l’identité revendiquée des Tamouls.

Caractéristiques architecturales des temples tamouls

Les temples du sud empruntent à la tradition dravidienne. Leur forme dérive globalement des époques Pallavas (VIIème au IXème siècles de notre ère) et Cholas (X/XIII-ème siècles). Ils connaissent alors une large expansion. Leur forme évolue un peu jusque vers le XVIe siècle. Elle se fige alors sous les Vijayanagar.

 Voici les éléments principaux que l’on retrouve dans les temples du sud :

-La Gopuram

La plus caractéristique est la Gopuram. C’est une grande pyramide qui sert de tour et de porche d’entrée. Au Tamil Nadu elle se compose d’une base de granit, d’étages de stuc abondamment sculptés et colorés, repeints très régulièrement. D’ailleurs les temples indiens sont refaits fréquemment. La préservation historique n’est pas vraiment la priorité ici. La partie sommitale affecte la forme du chariot utilisé pour promener les dieux lors des festivals. Les plus grands temples disposent de plusieurs Gopurams aux points cardinaux. Avec le temps, les Gopurams, bien que plus récentes sont devenues plus imposantes que la Vimana.

-La Vimana

Plus compacte, la Vimana est souvent monolithique. Elle recouvre et protège le saint des saints (garbha griha)) où se trouve la divinité du temple. Pyramidale, ou en forme de bulbe, elle est beaucoup plus petite que dans les temples du Nord (shikharas) et souvent dominée par les Gopurams.

-Les mandapams

Ce sont des portiques à piliers précédant le ou les sanctuaires, un peu comme les pronaos dans des temples antiques ou des narthex dans les églises. Les piliers dravidiens sont eux même particuliers, carrés et décorés de divinités. Les fidèles se réunissent dans ces salles hypostyles. Ils peuvent y faire causette, voire y manger le pongal servi dans des grandes bassines. Ils peuvent aussi y avaler les friandises vendues dans les boutiques à l’intérieur du temple.

-Les enceintes quadrangulaires

Des murs entourent le temple. Au sommet des murs, des sculptures animalières évoquent le dieu honoré dans le temple. Dans les temples tamouls il s’agit souvent de Ganesh ou de Nandi (pour Shiva). Des dwarapalakas –  ou gardiens doubles veillent devant l’entrée du sanctuaire. Des  goshtams – divinités sculptées dans des niches- entourent le sanctuaire. Parmi les sculptures, les temples tamouls abondent en lingam, représentant Shiva. Ceux ci affectent une forme phallique. Il s’agit le plus souvent de monolithes de pierre sombre, voire noire.

-Le Bassin

Un réservoir est consubstantiel au temple. Outre la présence de l’eau, on retrouve dans les temples tamouls les autres éléments feu, air, terre. Ceci concerne tous les temples hindous. Au Tamil Nadu néanmoins, le bassin du temple fait souvent office de réserve d’eau pour toute la communauté.

Des caractéristiques cultuelles

Au-delà des particularismes architecturaux, les rituels présentent quelques particularités au Tamil Nadu. Ce même s’ils s’inscrivent dans la logique de l’hindouisme.

 Les divinités gagnantes des temples tamouls

Ainsi le sud honore plus particulièrement certains dieux

  • Shiva est le champion du sud mais un Shiva père de famille, serein et aimable assez éloigné du jeune ermite fougueux et chevelu du nord. Autour de Shiva, la sainte famille constituée de Parvati et des enfants Ganesh et surtout Murugan est honorée.
  • Ganesh fait l’objet d’un culte tout particulier. Il est présent à chaque entrée de temple et dans une multitude de petits autels à chaque coin de rue pratiquement. Plus encore Murugan son frère est LE dieu du Sud.
  • Les dieux sont représentés par leurs attributs ou véhicules, nandi, lingam pour Shiva, souris de Ganesh. Ce qui explique aussi la présence des animaux au sein des temples. Je ne parle pas ici seulement des singes abondants en Inde mais des étables dans les temples à Shiva, des éléphants dans les temples consacrés à Ganesh.
  • Chaque temple est constitué d’une multitude de sanctuaires consacrés chacun a une forme ou une caractéristique du Dieu. Chacun de ces sanctuaires est gardé par un prêtre ou plusieurs qui y pratiquent les bénédictions et y recueille les offrandes. Darshan. Pooja et prières sont en effet les 3 rituels principaux pratiqués dans les temples. Encore faut-il préciser qu’il n’y a pas UNE pratique dans cette religion non révélée.

Abondance des temples tamouls

A Chennai, on trouve une multitude de temples. Peu sont connus comme celui de Kapelashewar.

 Ou celui de Triplicaine, le plus ancien. A Parry’s corner, le plus connu est un temple double à Vishnu et Shiva. Mais ces arbres cachent la forêt des très nombreux temples de Chennai.

Le plus grands rappellent le village dont ils marquaient le centre. D’autres très nombreux, modernes attestent de la croissance de la ville. A cette pluralité de temples s’ajoutent les petits sanctuaires de rues, les autels domestiques ou de quartiers.

Les temples tamouls sont toujours extrêmement colorés et bruissants. Leur fréquentation s’intègre totalement au quotidien des habitants. On va au temple le matin avant de partir travailler et pour tout évènements familial ou professionnel.

Tout autour des temples, une multitude de petites échoppes vendent des fleurs de jasmin ou des œillets, des noix de coco du ghee pour les offrandes. On peut également acheter des petits berceaux, pour les couples en désir d’enfants, ou des cordons rouges ou jaune pour les gens en mal de partenaire de vie.

Panthéon

Panthéon Road évoque aujourd’hui à Chennai le Musée d’Egmore et le marché aux tissus. Néanmoins le reste du quartier est résidentiel. Il n’en a pas toujours été ainsi.

photo ancienne du theatre du musée avec sa tour

 Egmore était l’un des plus vieux villages composants l’actuelle ville. Au XIes, c’était une zone agricole prospère. Les Vijayanagar transformèrent peu à peu les champs de riz en des champs de manœuvre. Au XVe siècle alors que leur empire s’étendait, ils firent de Egmore un cantonnement pour leur garnison. Peu de traces attestent de l’arrivée de la East India Company au XVIIème siècle. En revanche la soif de terres britannique est vite attestée.

Les bords de la rivière Coom

Le quartier passa entre les mains des Anglais et des Moghols. Ce, jusqu’ à ce que les colons officialisent en 1765 leur possession et définissent quoi faire de ces terres. Cette zone plane en bord de rivière se prêtait à la construction de grands bungalows aux allures palatiales.  Le nom anglicisé de Egmore pour les 7 villages regroupés s’imposa alors. Malgré les protestations des locaux accrochés à leurs terres, les colons gringotèrent peu à peu l’espace. Les fonctionnaires et juristes s’y installèrent au XVIIIe puis au XIXème siècle en construisant hôpitaux, institutions puis gare.

La Cooptex

Des belles constructions en bordure de la Coom river il ne reste rien. La longue étendue près du pont correspondant autrefois à une seule résidence n’est plus. Qui plus est, les bureaux art deco de la Cooptex viennent malheureusement de disparaitre. Seul subsiste le magasin, témoin d’une coopérative montée en 1933 pour aider les tisserands tamouls, exposer et vendre leurs cotons.

 Le magasin reste une référence locale pour le linge de lit. C’est ici qu’a été inventé le « bleeding Madras » si en vogue aux Etats-Unis dans les années 1970. Malheureusement la coopérative fit faillite à la fin des années 1990. La nouvelle génération, qui a pris la direction, a décidé de moderniser les boutiques et collections. Elle a pour but de faire revivre les savoirs faire ancestraux. Un centre commercial est prévu ici pour redynamiser le quartier et les cotons tamouls. Rare clin d’œil au passé textile, Cotton Street bordée d’échoppes éphémères reste la référence des tissus bon marché.

La rue du Panthéon

Les noms des rues portent traditionnellement le nom d’officiels britanniques voire tamouls. La rue du Panthéon fait exception. Elle rappelle le lieu public des assemblées. Elle s’appelle en fait Sampath Salai depuis l’Indépendence.  Mais les habitants continuent à parler de Panthéon, en référence à un édifice disparu, vaste palais officiel accueillant les cérémonies du Raj.

Celui-ci constituait le plus grand bâtiment de la rue, à l’emplacement actuel du musée. Il servait de salle de spectacle, accueillait les réunions de la haute société ou les cérémonies. Pour le construire, on avait pris possession d’un vaste domaine agricole. Celui-ci s’étendait de  Casamaijor’s Road à Police Commissioner’s Office Road. La propriété reprise en1789 fut transformée pour héberger des « Assembly rooms » et nommée Panthéon.

Ce Panthéon avait pour but d’organiser loisirs, bals et dîners, pour la haute société coloniale qui imitait la vie anglaise. A l’époque la mode était au monde Gréco-romain. Tout y faisait référence, l’architecture, le mobilier, les pièces de théatre . On ajouta donc un théâtre des salles de jeux. Quelques marches menaient à une longue salle ovale menant en enfilade à deux autres salles. Celles-ci servaient de salle de bal, de théâtre, puis de salle de jeux. Tout autour, courait une véranda.

le bâtiment subsistant du Panthéon

Le Panthéon

Le Panthéon atteint son apogée entre 1793 et 1803 lorsque Edward, 2nd Lord Clive était Governeur de Madras. Ce bon vivant organisa des diners et bals au Panthéon. Mais il travailla à la perte du lieu en construisant le Banqueting  Hall (maintenant Rajaji) . rare survivant de l’epoque du Raj on peut le découvrir caché derrière l’hôpital général.

 L’un des derniers grands évènements célébrés au Panthéon fut le diner d’adieu pour le Coonell Sir Arthur Wellesley, franc maçon et futur duc de Wellington et 2 fois PM d’Angleterre.

Dans les années 1820, le Panthéon avait perdu toute utilité. Il passa de mains en mains jusqu’à ce que la Madras Litterary Society se mette en quête de nouveaux espaces pour ses collections. Elle proposa au gouvernement d’échanger les terrains de College house et du Panthéon pour loger d’un côté les douanes de l’autre le musée. Celui-ci croissant il fallut construire de nouveaux bâtiments. Ceux-ci cachèrent bientôt le Panthéon l’entourant de portique et d’un étage supérieur et d’ailes.

Le Panthéon agrandi et transformé

L’enceinte du musée

Le Banqueting Hall

Derrière le théâtre du Musée, un portail relie la bibliothèque historique Connemara et le bâtiment du musée consacré à la statuaire de pierre. Une partie du bâtiment aux accents classiques correspond à l’ancien Panthéon. Il faut monter une volée d’escalier pour accéder à ce qui rassemblait la belle société de la Madras coloniale. Le bâtiment accueillit peu à peu les collections croissantes du musée.

Encourageant les donations, ce musée grossit sous l’impulsion d’un collectionneur passionné, Lord Balfour. Il fallut rapidement agrandir le musée. Le zoo attira une foule considérable et finit par bouger en 1863 vers le People’s Park puis à nouveau en 1972. Sur l’espace libéré on construisit alors la Connemara Library

La bibliothèque

Batie en 1890 cette bibliothèque présente un de plus beaux exemples d’architecture indo-sarracénique avec la National art Gallery voisine. Il s’agit d’un simple rectangle de brique rouge mais la décoration en est admirable. Elle est malheureusement aujourd’hui fermée au public mais on peut apercevoir la salle de lecture via le a nouvelle bibliothèque et son magnifique faux plafond.

le théâtre

Le théâtre fut construit en 1896. J’ai déjà accordé un article à cette petite merveille architecturale très londonienne. A l’époque 550 spectateurs pouvaient y prendre place pour peu qu’ils amènent leurs coussins. Aujourd’hui, après restauration, le théâtre n’accueille plus que 450 personnes. En revanche l’acoustique reste bonne. Les performances laissent néanmoins parfois à désirer (je recommande d’éviter les concerts de musique classique).

A l’origine le théâtre avait 2 tours qui ressemblaient à des tours de palais florentin. Mais ces tours jugées inélégantes disparurent rapidement.

La National Gallery

Considérée comme le chef d’œuvre de l’architecture coloniale elle fut édifiée pour le jubilée de la reine victoria (50 ans de règne) en 1906. Le Victoria Institute qui y logeait se trouve maintenant sur Mount road. Elle représente l’apogée du style indo-sarracénique et s’inspire de Fatehpur Sikri. Réouverte en 2004 elle présente une muséographie renouvelée.

Le women hospital

On avance sur Panthéon rd vers Women Hospital, l’Hôpital de gynécologie et obstétrique. Il s’agit du premier hôpital de ce genre, une maternité, dans la zone.  A l’origine, hôpital militaire, il n’acceptait que les Européens. John Underwood essaya d’y faire admettre les locaux. Il devint très populaire et fréquenté dans les années 1870. Dans la décennie suivante, apparurent les premières sages femmes. Déplacé des bords de la rivière à l’emplacement actuel, il jouait aussi le rôle d’établissement de formation, et de conférences. Il était si renommé que la reine de Birmanie y accoucha en 1886. 15000 bébés/ an y voyaient le jour. Un petit musée complète l’ensemble. Seule la façade demeure de cette vénérable institution. C’est le premier établissement en Asie combinant les soins pour les enfants et les mamans. On parle d’ailleurs du modèle de Egmore.

Hôtel Ashoka

Non loin de la maternité, en traversant la rue Panthéon, se trouve l’hôtel Ashoka. Construit dans les années 1970 il a profité d’ un élan gouvernemental pour accompagner le tourisme grâce à des aides d’état. Cet hôtel art déco tardif affecte une forme originale. Sa salle à manger ronde servait régulièrement de lieu rencontre entre Indiens de l’étranger en vue d’un mariage. L’hôtel moderniste se situe dans un jardin. C’est une bonne expérience que d’y prendre un petit déjeuner pour clôre votre approche de Panthéon Road.

Victoria Public Hall

Le musée et l’auditorium du Victoria Public Hall sont enfin ouverts au public. Alors ne perdez pas de temps et réservez votre créneau horaire.

Cela vous permettra au moins de rentrer dans l’enceinte du bâtiment entièrement mis à neuf. Vous y accéderez par le Ripon Building. Car le Victoria Public Hall, construit en 1887 en tant qu’Hôtel de ville de Madras, est l’un des plus beaux édifices de la ville coloniale.

Histoire du Victoria Public Hall

 Au XIXème siècle, alors que Madras s’épanouissait. Le besoin de bâtiments administratif plus grand se fit sentir. Entretemps, le centre de la ville s’était déplacé depuis Georgetown au quartier alors connu sous le nom de Park Town.

 Cet emplacement idéalement stratégique, tout près de l’ancien mur d’octroi, voyait converger les routes sud, nord et ouest de Chennai.

L’implantation de la gare centrale transforma encore davantage cette zone. De nouvelles constructions sortaient de terre et transformèrent le People’s Park. Des auberges suivirent rapidement. Tout cela contribuait à la croissance d’un quartier animé et vivant. Il manquait à Madras un hôtel de ville à la hauteur de ses ambitions et un lieu de festivité qui serait le Victoria Public Hall.

A l’époque anglaise un vaste parc occupait la zone.  Il n’en reste que des traces éparses comme le Lady’s Garden. Même les belles constructions coloniales tendent à disparaitre face à la folie immobilière et à la circulation délirante. Pourtant, il est question de faire revivre ce qui était la promenade de l’élite coloniale. Les autorités ont amorcé le projet en restaurant le Victoria Public Hall. Cette grande façade de briques rouges s’appelait à l’origine Town Hall ou Hôtel de ville.

Une œuvre de Chisolm

Bien que globalement néo roman, le hall s’enorgueillit d’une tour néogothique dont la frise en terre cuite s’inspire de la calligraphie islamique. Avec la National Gallery au sein du Musée d’Egmore, ce fut l’un des deux bâtiments commandés en l’honneur du Jubilée d’or de la reine Victoria. Mais alors que la galerie adopte le style indo- sarracénique et imite Fatehpur Sikri, le Victoria Public Hall lui préfère une architecture plus simple et européenne. L’idée était non pas de représenter l’art local mais de regrouper les élites blanches, d’organiser des fêtes, des rassemblements et des évènements culturels. Construit par Chisolm, il illustre l’extraordinaire inventivité du grand architecte.

Construit en 1887 il servit d’espace public pour l’élite blanche britannique, alors que l’administration avait déménagé de Fort St Georges au Ripon Building adjacent.

Comme la majorité des édifices du quartier, le Victoria Public Hall repose sur des puits enterrés à 7m de profondeur. Ce forage assure la stabilité des structures dans un environnement marécageux.

Le Victoria Public Hall a connu une longue restauration. Il vient de retrouver ses fonctions d’espace public, cette fois en tant que musée et auditorium. La réouverture était officiellement programmée pour juin 2025 Mais n’a eu lieu que 6 mois plus tard.

A vrai dire la visite (qui se réserve en ligne par créneau horaire) ne fascine pas. Des cartels expliquent la construction et évoquent l’activité théâtrale et cinématographique de ce qui fut la première grande salle de spectacle du Raj. Néanmoins si vous ne connaissez pas les grands acteurs tamouls des années 1920 ou 1940, vous ne vous sentirez pas concernés. L’audio reprenant les bruits de Chennai parait très assourdi et peu convaincant. Et les photos à l’intérieur du Victoria Public Hall sont interdites. Bref la visite ne vaut que pour le grand auditorium refait à neuf au premier étage et pour faire le tour du bâtiment très joliment restauré.

Dakshina Chitra

Dakshina Chitra  (vision du sud) au sud de Chennai regroupe 19 maisons représentant des communautés différentes des 5 états du Sud de l’Inde. Un audio guide est en préparation auquel j’ai eu la chance de contribuer. Dans ce musée architectural, chaque maison a été patiemment démontée et reconstruite pour montrer la technicité et la diversité de l’artisanat et des coutumes.

mur esterieur maison Andhra Pradesh

Le projet d’une vie

Ce musée à ciel ouvert est le projet d’une vie pour le docteur Deborah Thiagarajan. Cette anthropologue américaine s’est installée dans les années 1970 à Chennai. Elle s’y est mariée, y a eu et y a élevé ses filles. L’une de celles-ci, l’aide aujourd’hui sur ce projet extraordinaire crée en 1984 et en évolution permanente. L’idée à l’époque de la fondation était de faire connaitre et apprécier aux Indiens sortant du colonialisme leurs propres traditions.

maison du Cherrinad avec son original toit de tuiles multicouches

Il s’est agi de trouver un terrain dans un lieu alors quasi désertique. Puis a suivi l’aménagement en un vaste musée ethnologique, un peu à la manière des villages reconstruits roumains ou suédois. Celui de Bucarest est un peu un modèle. Reconstituer les maisons permet d’étudier et de tenter de conserver des savoir-faire en perdition aujourd’hui.

Le site comprend désormais 19 maisons, la dernière a été inaugurée en octobre 2024. Il s’agit de la maison de Coorg une communauté isolée de chasseurs dans la jungle du Karnataka. On y présente l’architecture typique du lieu mais aussi les coutumes, les vêtements et les spécificités d’une communauté de 200 000 hab.

travail du bois

C’est d’ailleurs le propos que de mettre en avant des communautés spécifiques. Leurs caractéristiques sont explorées de manière à montrer l’extraordinaire foisonnement culturel de l’Inde du sud

L’Inde du sud en miniature.

Car Dakshina Chitra propose un condensé des 5 états qui constituent le sud de l’Inde. Le plan du site correspond d’ailleurs à la carte de ces régions. En tournant le dos à l’entrée, on rejoint ainsi à main gauche au-delà des jeux pour enfants, les maisons du Kerala. La remarquable liberté religieuse de cet état luxuriant y apparait. On passe ainsi de la maison chrétienne syrienne à celle du marchand musulman. La société y est tolérante mais aussi matrilinéaire. Elle accorde une vraie place à la femme. Le système pluvieux explique quant à lui les toits très pentus.

Proche de l’entrée, après le marché artisanal, se présentent les maisons à toiture travaillée du le Tamil Nadu. A commencer par une superbe maison du Chettinad articulée autour de sa cour intérieure bordée de magnifiques piliers de bois sculptés. Cette communauté de financiers s’est enrichie à l’étranger pendant la période du Raj. Malgré son apparence patriarcale, elle laissait un grand pouvoir de décision aux femmes.

cour maison du Chettinad

Plus à droite, face au restaurant, qui offre des plats typiques, des maisons de pierre d’Andhra Pradesh rappellent la pauvreté en bois de cette zone désertique.

Sur la droite se trouvent les maisons du Karnataka dont celle de Coorg déjà évoquée ainsi qu’un espace d’exposition.

maison du tisserand Andhra

Dakshina Chitra, un lieu de culture vivante.

Dakshina Chitra se veut une vitrine vivante de la culture dravidienne. Outre les reconstitutions, le site accueille donc des artisans. Ainsi, la maison du tisserand dans le Tamil Nadu permet elle à une famille financée par l’entreprise textile Sundari Silk de montrer son travail et surtout sa manière de procéder.

Outre l’artisanat permanent, le site accueille de nombreux événements. Chaque grande fête est l’occasion d’une célébration. Pour Onam, une fête de moisson typique du Kerala, des troupes de danseurs se succèdent alors que le restaurant propose des plats adaptés. Pongal est également l’occasion de manifestations culturelles, expositions, chants danses, films documentaires.

De nombreuses publications ciblées sont disponibles à la boutique du musée qui malgré son aspect chaotique recèle un certain nombre de trésors. Enfin, les différentes maisons abritent des collections permanentes comme l’écriture à la maison du Chettinad ou temporaires, comme à la maison du Kerala.

maison Andhra Pradesh

Bref un lieu ou venir et revenir pour mieux comprendre le sud de l’Inde.

intérieur maison du tisserand

 

Bibliothèques de Madras

Aujourd’hui je vous emmène découvrir des Bibliothèques de Madras plus ou moins connues . Pour l’ensemble on peut y accéder entre 10 et 17h les jours de semaine. Certaines valent le coup pour l’édifice, d’autres incitent davantage à l’étude ou la lecture.

la Société littéraire, l’une des plus belles Bibliothèques de Madras

J’avais déjà accordé un article à ce lieu extraordinaire niché dans l’ancien campus st Georges . Extraordinaire non pour les livres, en piteux état, mais pour les bâtiments indo-sarracéniques.

Le bâtiment a besoin de restauration mais l’architecture n’en reste pas moins exemplaire de la présence britannique à Chennai. Elle allie la modernité (pour l’époque) des rayonnages coulissants métalliques à l’aspect traditionnel des jalis et autres fioritures néo mogholes affectionnées par les colons. A remarquer également quelques œuvres hors du commun comme l’original de Ponyam Selvan par Kalki Cette bibliothèque est tenue par un trio d’amateurs zélés et adorables.

Bibliothèque Rameswari

Peut être la plus méconnue des Bibliothèques de Madras, la Bibliothèque Rameswari se niche dans l’ arrière-cour d’une école sur Ednam road. Elle se situe derrière la Shakuntala Art Gallery,. Elle se cache à l’écart de la circulation importante de ce quartier central de la ville (quasi en face du Kauvery Hospital, face à l’échangeur de TTK road).

C’est une bibliothèque ancienne et privée malgré tout mieux dotée que la Madras Literary Society et surtout beaucoup mieux entretenue. Elle se dresse à l’emplacement de la maison familiale du défunt mécène et homme de loi Rameswari qui a tant fait pour sa ville.

Les salles donnant sur rue servent souvent pour des expositions, voire des ventes. Mais il ne faut pas hésiter à prendre la petite entrée de droite pour demander ce que le centre culturel propose. Derrière la grande salle de conférences on découvre une jolie cour couverte comme les maisons typiques en recèlent puis, à l’étage, une fantastique bibliothèque.

Avec un peu de chance, le bibliothécaire vous emmènera de pièces en pièces découvrir les trésors cachés. On commence par des ouvrages vieux ou désuets de géopolitique ou d’économie dans la salle de lecture. En traversant un petit toit, on atteint la salle de fumigation, lieu étonnant ou sont traités les livres, atteints de maladies rares et certainement transmissibles. Ce couloir débouche sur une ravissante salle ancienne. L’on pénètre vraiment le saint des saints avec des ouvrages rares et/ ou en restauration. Feuilles anciennes ou volumes au cuir dépecé jouxtent des meubles et gravures d’un époque révolue.

La Connemara Library

Ce grand bâtiment se dresse dans l enceinte du musée du Gouvernement.  Réputée pour la beauté des lieux elle risque décevoir le visiteur en quête de beaux lieux.

En fait, la bibliothèque Connemara se situait à l’origine dans l’un de plus beaux bâtiments indo-sarracénique du complexe. C’est ce bâtiment qu’évoquent les articles en ligne et non l’actuelle bibliothèque sans grâce. La construction des années 1970 attire aujourd’hui les étudiants et chercheurs et nullement les visiteurs plus intéressés, à juste titre, par la collection de bronzes cholas ou par le théâtre. Néanmoins une passerelle intérieure relie ce bâtiment moderne à l’une des merveilles du Raj, la fameuse bibliothèque Connemara, la vraie. Celle-ci n’est malheureusement pas accessible au public.

Faiblement ventilée, l’aile moderne, ouverte au public et répartie sur plusieurs étages n’est pas de plus attirantes pour l’européen en mal de lieu exotique. Juste derrière un magasin vend des livres en tamoul. Il ne peut pas rentrer en compétition avec la merveilleuse librairie Higginbothams.

Anna centenary Library

Nous voici maintenant devant la grande des bibliothèque de Madras.

Cette fois, il s’agit d’une bibliothèque moderne puisque son inauguration remonte à 2010. Des conférences y ont lieu régulièrement. L’immense et confortable auditorium accueille des évènements que l’on peut suivre sur le site. Contrairement aux deux premières, c’est une bibliothèque publique donc mieux dotée et financée. Elle compte 9 étages, un auditorium. Une grosse section de livres en anglais.  Pour le reste tout est écrit en tamoul et il n’est pas forcément aisé de naviguer dans cet énorme vaisseau silencieux et impeccable. Un vrai oasis de quiétude propice à l’étude dans cette ville bruyante et poussiéreuse.

Park Town

Park Town s’adresse aux nostalgiques d’une Chennai coloniale. L’histoire anglaise de Madras commence à Fort St George en 1639. A la forteresse s’ajoute rapidement Georgetown.

Ripon Bg by night

 Qualifiée à l’époque de ville noire, elle suit un plan en damier.  Cette « ville ouverte » accueille les locaux mais aussi tous les étrangers. On la connait aujourd’hui sous le nom de « Parry’s Corner ». Rapidement la colonie britannique s’étend et va conquérir les territoires arborés à l’ouest de la forteresse, bientôt transformés en parcs bordés d’édifices administratifs.

Une colline disparue

Cette zone, située à l’ouest du fort, se caractérise à l’époque du Raj par une colline boisée, Hog Hill. Les Britanniques conserveront d’ailleurs des espaces verts dans ce nouveau quartier. Deux grands parcs, Town Park et People’s Park en assurent la fraicheur.

Ce quartier jouxte le village de Periamet. Ce nom signifie village douane, autrement dit le lieu où l’on taxait les marchandises qui rentraient en ville. Le long du chemin qui menait à Poonamallee aujourd’hui connue sous le nom de EVR salai, on arrasa la colline pour y construire Memorial hall. Cet édifice en piteux état affecte une forme de temple grec. Juché sur un podium, il commémore la fin de la révolte des Cipayes et le passage de la Compagnie des Indes orientales à la couronne britannique.

Facade memorial hall Chennai
Memorial Hall Chennai, side
Southrailways headquarter chennai

Dans sa continuité, on tombe sur le grand bâtiment des chemins de fer du sud de 1922. Celui-ci adopte un style néo dravidien intéressant. Pour une fois, le Raj semble faire cas des spécificités architecturales régionales. La grande bâtisse de granit ne comporte pas d’arches. Elle s’inspire en revanche des temples du Tamil Nadu. On ne peut en dire autant de la gare centrale.

central Station Chennai
Southrailways Bg Chennai

 sa construction imite le modèle néogothique des grandes gares londoniennes. On retrouve les lignes victoriennes dans cet édifice de 1896 surmonté d’une grande tour emblématique en 1959. La gare s’ouvrait sur le grand hôpital.

Chennai a semble-t-il toujours été la capitale médicale du sud de l’Inde. Sur le côté, aujourd’hui occupé par une grande dalle moderne très plaisante, se trouvait à l’époque coloniale le grand marché Moore dont les bâtiments indo-sarracéniques ont malheureusement disparu. Une petite maquette oubliée entre voitures et ordures sur le parking disgracieux en rappelle l’existence.

Central station Chennai by night

Que reste-t-il de Park Town

Aujourd’hui le terme de Park Town désigne un quartier. A l’époque du Raj il s’agissait d’un parc dans une zone planifiée. En revanche, le Victoria Public Hall conçu pour être un lieu de spectacle vient de subir une rénovation complète. Les fenêtres en arc de cercle d’inspiration néo-romane contrastent quelques peu avec la tour aux accents gothique mais l’ensemble est plutôt convaincant. Elle fait face au Ramaswamy Choultry .

Siddique Sarai Chennai

 Celui-ci hébergeait les voyageurs Hindous. En revanche, le Siddique Sarai, tout blanc, accueillait lui les musulmans. Des boutiquiers occupent aujourd’hui la dentelle Moghole. Le reste du terre-plein autrefois occupé par le parc de la ville qui a donné son nom au quartier a malheureusement disparu, avalé par la pression immobilière.

Ripon Bg

Néanmoins, l’énorme Ripon building bâtiment de la corporation de Chennai (mairie) subsiste et projette son énorme vaisseau blanc illuminé le soir. Cette tarte à la crème s’inspire lointainement de la magnifique basilique de Palladio. Mais surdimensionnée, elle n’en a ni la grâce ni l’élégance. Devant, l’on distingue des statues, presque à l’angle de la rue Sydenham, dont celle noire du gouverneur qui a donné son nom à l’édifice. Les illuminations nocturnes donnent cependant une certaine grandeur au lieu.

Ripon Bg by night

People’s Park

Ce quartier s’est construit à l’emplacement d’une forteresse avancée à l’extérieur de fort st George. Comme George Town, il a été planifié. Ces projets d’urbanisme sont aujourd’hui perdus dans la ville moderne. La circulation, les destructions et reconstructions sauvages font en effet oublier la volonté d’une avenue de parade à la sortie de la gare bordée de rues plus commerçantes.

Ainsi le long de Sydenham, se succèdent les façades de maisons de la fin du XIXème siècle ornées de balcons, de toits terrasses (dit toit Madras même s’il s’agit essentiellement de toits terrasses ornés de balustrade). Le People’s Park a été englouti lors de la construction du stade Nehru. Il en reste une maigre bande de jardin. Même le zoo a été repoussé hors des limites de la ville pour faire face à la folie constructive. Les musulmans se rassemblent autour de la petite mosquée et ont fait de cette zone le cœur palpitant du commerce du cuir à Chennai.

Ce quartier offre un bon exemple de l’incompréhension dont souffre Chennai. On s’y réfère souvent comme à un village qui s’est agrandi démesurément. Ce qui implique une absence totale d’urbanisme ou de vision pour une ville constituée de la juxtaposition de nombreux villages. Pour autant, la ville des années 1930 obéissait à une pensée planifiée. Georgetown y jouait le rôle de centre économique et financier loin des marchés poussiéreux caractéristiques du Parry’s corner actuel. Park Town avait tout d’un vrai centre-ville avec ses bâtiments administratifs et publics et ses jardins. Le quartier bruyant alentour représentait donc le véritable cœur civique de la Madras coloniale à l’apogée du Raj.

Victoria Public Hall