Saidapet

Aujourd’hui je vous propose une balade insolite à Saidapet. Ce quartier populaire ne fait généralement pas partie des lieux touristiques. Loin des temples de Mylapore ou des bâtiments coloniaux de Egmore ou Park Town, des circuits restaurants et street food de Anna Nagar ou des parcs d’amusement de ECR, Saidapet a conservé quelques rares maisons traditionnelles et une ambiance de village.

rare maison coloniale survivante dans saidapet

Un peu excentré, mais desservi par le métro et le train, ce point d’entrée de la ville a accueilli des vagues de migrants. Il fait maintenant pleinement partie de Chennai. Y vivaient des tisserands et des générations de nouveaux arrivants dans la ville. Avec le temps, des cubes de béton tendent à remplacer les maisons coloniales et les constructions traditionnelles.

petit temple Saidapet

Longtemps considéré comme un bidonville pour les gens venus des campagnes, on y trouve néanmoins quelques bijoux comme un superbe temple à Shiva, une gare très art déco et un marché coloré.

maison coloniale dans Saidapet

Le marché de Saidapet

marché de Saidapet

Les petites rues surpeuplées d’une foule d’acheteurs mènent à un des marchés les plus authentiques de Chennai. Le dimanche matin celui-ci bat son plein. Les étals se succèdent sur la rue principale. Des arches en fer érodé annoncent le dédale des petits marchands de poisson et de viande.

marché aux poissons Saidapet
marchande de fleurs marché de Saidapet

Une fois sorti du marché, on peut traverser la voie rapide par la passerelle et rejoindre la gare. On parvient alors à une esplanade animée par un petit temple très bruyant. Ici des vendeurs d’offrandes, de fleurs parfumées vous accompagnent jusqu’à l’énorme temple à Shiva qui fait la renommée du quartier.

Karaneeswarar Temple

On distingue sa Gopuram colorée avec ses 7 étages de fort loin.

Gopuram du grand temple à Karaneeswara Shiva Saidapet

Dédié à Karaneeswara – Shiva  ( celui qui est à l’origine) il réplique un petit temple médiéval de Mylapore. Ici on l’associe à Swamambika (la déesse de prospérité- autre nom de Parvati). De ce fait, le temple symbolise bien être et prospérité. C’est aussi le lieu de culte privilégié des chauffeurs en détresse qui viennent y faire bénir leurs clés pour éviter les accidents. Avec le temple du « garde corps », dans le quartier de la gare, il est donc le lieu d’une exaltation religieuse toute particulière.

Le temple bruisse de la ferveur des fidèles. De plus petits sanctuaires à Ganapathi, Ganesh, Karthikeya, Murugan, patron du Sud de l’Inde se succèdent dans l’enceinte. Autrement dit, la famille divine de la région. Le petit sanctuaire Parivara honore d’ailleurs la famille. Le Devtas permet de prier devant les différents aspects du divin. Quant au Dwajasthamba c’est le mât qui symbolise la souveraineté et la présence divine. Il représente aussi la force de l’univers et lie le monde terrestre au royaume spirituel.

 Malgré son apparence ancienne, ce temple ne remonte qu’à la fin du XIXème siècle. Il s’inspire néanmoins du style dravidien.

La rue qui y mène est bordée de petits vendeurs d’offrandes, et de kiosques à dosas. Le dimanche une grande table accueille les plus pauvres pour le repas.

Derrière le temple, un grand réservoir pourvoyait à l’approvisionnement en eau du quartier. Un bain dedans une nuit de pleine lune soignerait les maladies.

De la gare au quartier Populaire

Gare art déco de Saidapet

On remonte une nouvelle fois le long de la très jolie gare Art deco de Saidapet. Un peu plus loin en face d’un autre petit temple coloré, une des rares maisons traditionnelles à pans de bois disparait peu à peu dans la marée alentour de cubes colorés et peu harmonieux. Juste à côté, une porte rouge s’ouvre sur la bibliothèque Mahatma Gandhi fondée en 1952. Bien que tous en Tamoul, les livres honorent la mémoire de la grande âme et des Freedom fighter qui ont combattu pour l’indépendance de l’Inde.

rare maison de bois rescapée dans Saidapet
porte rouge de la Bibliothèque Gandhi

 Dans la rue qui part à la perpendiculaire quelques maisons conservent un charme campagnard. Mais combien de temps vont elle encore lutter ? On passe le long d’autres temples multicolores pour atteindre le quartier musulman. Parmi les nombreuses mosquées, la plus connue ou Jama Masjid attire l’œil avec son minaret recouvert de petites faïences bleues. Construite au XVIIIe s par Saadatullah Khan, le premier des Nawabs de Nawayath Konkani à gouverner la zone, elle se trouve au fond d’une ruelle.

mosquée bleue de Saidapet

En revenant sur nos pas, on finit cette balade découverte de Saidapet à l’Hôtel Mari. Bien que miteux, l’établissement se targue d’avoir mis au point le vada curry, invention qui n’a pas franchement traversé les frontières du quartier et dont je vous laisse juge….

Hôtel Mari
le vada curry

Toy Trains

L’Inde compte trois « Toy Trains » considérés comme patrimoine mondial par l’Unesco. Ces Toy Trains historiques remontent au Raj britannique. Ils serpentent dans la montagne et offrent des paysages magnifiques. Outre la beauté environnementale ils représentent des chefs d’œuvre d’ingénierie de la fin du XIXe siècle.

Ces trains comprennent peu de wagons et il vaut mieux vous prémunir pour le pique-nique et les considérations sanitaires. Ils circulent en moyenne à 20km/h. Il ne faut donc pas s’étonner que la petite centaine de kilomètres séparant Kalka de Shimla prenne près de 5h.

toy train à Darjeeling

Pour prendre des billets vous pouvez vous rendre sur le site IRCTC si vous êtes résident ou connaissez des Indiens. Sinon il vous faudra passer par un intermédiaire local et payer un peu plus cher.

L’un des « toy trains » à Darjeeling

Le superbe film de Wes Anderson m’avait donné envie d’emprunter le petit train de Darjeeling. Mais en revisionnant le film quelle ne fut pas ma surprise de constater que l’action se déroule en fait à… Jaipur. Le train emprunté par Adrian Brody et ses frères ne se trouve pas dans le nord du Bengale. La vision folklorique véhiculée ici correspond à une image occidentale fantasmée de l’Inde .

Dans les faits le toy train de Darjeeling part de New Jalpaiguri. De cette ville industrielle surpeuplée et très bengalie on rejoint Darjeeling en 5h. Depuis Chennai on rejoint New Jalpaiguri en 2h via l’aéroport de Bagdogra + 1h de taxi, à moins que vous ne trouviez un bus mais le coin est compliqué.

Temple à Batavia

Le trajet vers Darjeeling

 Si la lenteur du trajet fait peur on peut emprunter le petit train sur une portion seulement. Les agences proposent un AR vers Batavia depuis Darjeeling. Il ne s’agit pas ici d’une salade mais d’un village. C’est à ce niveau que pour rattraper la déclivité le train décrit un huit. Cet ouvrage d’ingénierie ferroviaire est considéré comme un chef d’œuvre.

Darjeeling

Ce petit AR correspond à la section la plus spectaculaire. Il permet également de passer par les paysages les plus beaux. Mais on peut aussi rester dans le train pour descendre à Kurseong à 1500m d’altitude. Le trajet permet d’apprécier les collines parsemées de plantations de thé. On peut aussi s’amuser du parcours de ce train. Ses rails traversent parfois le milieu de la route ou longent celle-ci d’un côté puis de l’autre. Ce petit train passe dans des villages et donne à voir une Inde rurale extrêmement pittoresque.

gare sur la ligne Darjeeling

Constitué de 2 ou 3 wagons il sert essentiellement à des fins touristiques. De ses grandes fenêtres on peut acheter de quoi grignoter sommairement le long du parcours. Il vaut mieux l’emprunter dans le sens de la montée pour profiter de l’arrivée fantastique sur Darjeeling. Un émerveillement.

Gare de Kurseong

Le petit train de Shimla

Le toy train de Shimla correspond à la volonté de relier la capitale du Raj à cette ville himalayenne. En 1864 en effet elle fut proclamée capitale d’été du Raj. A l’époque, la capitale du Raj se trouvait à Calcutta. Delhi la remplaça en 1931 seulement. Cette décision brutale poussa les Anglais à investir massivement pour permettre à la cour de se déplacer deux fois par an d’une ville à l’autre. Au passage ce déménagement fit du paisible village montagnard la capitale d’été du Raj puis celle de l’Himachal Pradesh après avoir été temporairement celle du Punjab au moment de la Partition.

gare sur la ligne Kalka Shimla

On emprunte ce petit train dans une bourgade de l’Haryana à près d’une heure de distance de Chandigarh. Kalka se situe à quelques kilomètres des beaux jardins mogholes de Pinjore. Le trajet depuis cette gare dure 5 heures et traverse des paysages de montagne différents à mesure que l’on prend de l’altitude. A Kalka on est déjà à 650m et les paysages de l’Haryana restent arides. Plus haut, succède une végétation quasi méditerranéenne avec des pins parasols, des aloès Vera et autres plantes grasses.

arrêt technique du toy train de Shimla

Le train s’arrête un peu plus longuement à Barog après le plus grand tunnel du parcours. C’est le seul endroit où deux trains peuvent se croiser. C’est le moment d’un arrêt sanitaire. (il peut s’effectuer dans le train mais je ne le recommande pas). On peut aussi acheter des samossas ou sandwiches aux marchands qui se pressent aux fenêtres. Il ne faut en effet pas compter sur une restauration dans ce petit train qui compte quand même une dizaine de wagons joliment désuets. Les fenêtres grandes ouvertes pallient le manquent d’air conditionné. L’air se rafraîchit de toutes façons singulièrement à la montée.

train Kalka Shimla

De superbes paysages

La végétation change encore considérablement un peu avant Shimla à 2000m. Les montagnes deviennent plus impressionnantes et se couvrent de pins. L’on passe de ravissantes gares toutes conçues sur le même modèle et joliment peintes en bleu. L’arrivée au terminus est spectaculaire. La vue sur les montagnes est magnifique et la gare, relativement grande, de la capitale de l’Himachal Pradesh a été joliment refaite.

Shimla

Le problème commence à la sortie puisque la petite route d’accès est complètement embouteillée. N’hésitez pas à prendre votre mal en patience, ou à attendre que les passagers soient tous sortis du train. Si vous n’êtes pas trop chargés remontez de la cuvette de la gare pour rejoindre la promenade aménagée à flanc de montagne. De là, vous pourrez  prendre un taxi un peu plus loin ou l’ascenseur si vous voulez vraiment traverser la ville à pied.

paysage près de Shimla

A Ooty, le dernier de ces toy Trains

Le petit train des Nilgiris mène de Mettuyalam à Ooty . Il a été immortalisé dans le film Dil Se (pas vraiment un chef d’œuvre). Dans une scène bollywoodienne d’anthologie de près de 10mn. On y voit le cultissime Shah Rukh Khan se déhancher sur le toit et la plateforme de ce train scénique. Dieu merci la longue scène se trouve au début du film

 Peut-être moins impressionnant techniquement que le train de Darjeeling ou celui de Shimla il a l’atout de traverser des plantations de thé. Il offre ainsi de magnifiques paysages. C’est aussi la gloire du Tamil Nadu alors que les 2 autres sont des trains himalayens.

train de Ooty

Là encore on peut tronçonner le voyage. Car les 5h depuis Mettuyalam peuvent sembler longues. Même si Ooty ne m’a guère convaincue, Coonoor est magnifique et le tronçon d’1h entre les 2 hills stations est magnifique.

Un train à travers les plantations de thé

for6et près de Ooty

Le petit train bleu circule entre les plantations de thé. Moins de paysages spectaculaires que sur la portion Shimla ou de prouesses techniques que sur le train de Darjeeling. Mais un émerveillement constant à voir se succéder les collines à thé parsemées de forêts d’eucalyptus. Des bisons ou des singes traversent le paysage. Si les petites gares n’ont pas l’unité architecturale de la ligne de Shimla, en revanche les villages de maisons multicolores ajoutent beaucoup à la beauté du trajet.

plantations de thé près de Coonoor

Comparé aux deux autres Toy Trains qu’il vaut mieux emprunter dans le sens de la montée (vers Shimla ou vers Darjeeling) pour profiter du merveilleux paysage à l’arrivée, le sens importe peu entre Ooty et Coonoor. Ooty se situe à 300m plus haut. Cependant, La gare de Conoor est beaucoup plus belle. Je ne parle même pas ici de la ville charmante et de la campagne magnifique. En revanche Ooty embouteillée et congestionnée ne présente pas un intérêt majeur.

gare de Coonoor

Coonoor

Cette semaine je vous emmène à Coonoor. La semaine passée je vous avais présenté Ooty. Plus précisément je vous ai confié combien j’avais été déçue. Aujourd’hui, je continue mon exploration des Nilgiris.

Coonoor vue générale

Cette région montagneuse, connue aussi comme « ghât de l’ouest » flanque le Tamil Nadu dans sa partie occidentale. Elle sépare cet état du sud de l’Inde du Kerala et du Karnataka. Depuis Chennai, on y accède via Coimbatore depuis. Coimbatore est la 2e ville de l’état et compte 3 millions d’habitants. C’est une énorme ville industrielle sans beaucoup de charme. Seul monument connu l’immense Adiyogi (buste géant de Shiva père du Yoga).

De là, il faut compter pratiquement 3 heures de route pour parcourir 65 km jusqu’à Coonoor. Un week end de vacances ( mai par exemple) le même trajet peut prendre 6h.

fermières dans la région de Coonoor

Coonoor une station relativement préservée.

Cette station de montagne développée récemment avec la vogue du tourisme de masse échappe néanmoins quelque peu à la frénésie qui s’est emparée de Ooty. Plus select plus exclusive, elle conserve beaucoup de charme. Surtout elle offre aux randonneurs de quoi se régaler.

plantations de thé Coonoor

 L’héritage colonial est moindre à Coonoor. C’était un simple village quand Ooty s’affirmait comme la capitale d’été de la présidence de Madras. Ce qui n’empêche pas la présence de jolis bâtiments coloniaux. Au premier plan desquels la gare ferroviaire et la gare routière. Une belle église et un très beau jardin botanique complètent l’ensemble. De jolis maisons britanniques s’égrènent le long des pentes de cette ville double.

intérieur église Coonoor

Non loin de Coonoor, Wellington s’enorgueillit de très beaux bâtiments, d’un club ultra chic, d’un golf et d’une énorme base militaire.

vue de Coonoor

La ville de Coonoor se divise, comme souvent pour les stations de montagne indiennes, en une ville basse et une ville haute. La première se concentre autour des gares et du pittoresque marché. On y croise de nombreux temples très repeints et des mosquées.

marché Coonoor

Sur la colline en revanche, des églises le disputent aux belles maisons. Et aux établissements administratifs anglais. Parmi ceux-ci le très bel institut Pasteur d’Inde installé en montagne pour bénéficier d’un air plus frais.

Institut Pasteur d'inde

De très beaux hôtels à l’extérieur de la ville permettent de transformer le séjour en une étape haut de gamme. Peu d’hôtels dans le centre mais de jolis cafés rendent l’exploration agréable.

Des possibilités de promenades

A Coonoor nous avons pu suivre une balade Komoot absolument magnifique. Celle-ci passait dans les plantations de thé avant de partir à l’assaut d’un escalier apparemment sans fin. Mais merveille des merveilles au débouché de cette ascension, outre la vue sur les plantations, nous voici dans la campagne profonde loin des hordes de visiteurs. Ici le long d’un chemin charmant, des scènes pittoresques le disputent aux hameaux magnifiques. Les villageois ne sont visiblement pas habitués à voir des caucasiens et nous accueillent avec des sourires éclatants, ce malgré un travail visiblement harassant.

ramasseuses de thé

Une autre boucle nous emmène à Wellington vers la Vallée cachée. Celle-ci n’existe pas vraiment. Ce qui me permet de préciser qu’il ne faut pas suivre les indications générales données par internet. Celles-ci comme d’habitude tournent en boucle. Alimentées par des visiteurs locaux elles ne conviennent pas forcément à des marcheurs occidentaux. C’est ainsi que nous avons décidé d’abandonner les foules regroupées à Dolphin Nose, Catherine Waterfalls ou Lamb’s rock pour créer nos promenades.

village vallée de Coonoor

 Ceci nous a fait nous rendre compte qu’il n’y pas vraiment de vallée cachée mais une forêt de laquelle on débouche pour traverser les plantations. Si vous n’osez pas traverser les champs privés ou que votre amour relatif des sangsues vous en empêche, vous pouvez emprunter la route et rejoindre Cherrieberry.

Cet énorme hangar regroupe magasin et fabrique de thé, de chocolat, petit marché de produit locaux et restaurants ultra frais et organique. De là, un chemin ramène en moins d’une demi-heure au centre de la ville haute de Coonoor.

thé Coonoor

Une fois dans le centre, vous pourrez emprunter le petit train qui vous mènera à Ooty ou au contraire vous redescendra vers la vallée. Je vous raconterai dans un prochain article l’expérience toy train.

Visiter Chandigarh

Visiter Chandigarh oblige à aller au-delà du Capitole et de la simple déambulation. Les rues larges et longues se succèdent sans intérêt particulier.  Les guides insistent sur la découverte du secteur 17. Il apparait comme le cœur palpitant de l’activité commerciale. Je parle ici de Neelam Piazza. En dehors des petites fontaines musicales je n’ai rien trouvé de bien excitant dans ce quartier néanmoins. On n’est pas non plus à Dubaï !! La vie semble se concentrer dans les cafés et restaurants bien sympathiques et abondants en l’occurrence. En revanche, les multiples parcs et musées méritent la visite.

mosaiques Rock Gdn Chandigarh

Espaces verts et parcs

La ville abonde en espaces verts, rond points, jardins de quartiers ou arbres plantés le long des rues. Pourtant, 4 grandes zones vertes méritent de visiter Chandigarh.

Le Rock Garden

Selon Internet,’il émane du projet un peu fou d’un seul homme, Nek Chand.  Pendant 18 ans ce fonctionnaire se serait livré dan le plus grand mystère à l’érection de cet énorme jardin. Son concepteur rêvait d’un jardin des dieux. Commencé en 1958, il n’aurait été « découvert » et ouvert au public qu’en 1976.

Chandigarh Rock Garden

 Pourtant, si vous visitez cet énorme parc vous vous interrogerez sur ce projet. Comment un seul homme peut il avoir tout fait ? La foi peut certes déplacer des montagnes. Mais de là à déplacer des blocs de béton nuitamment, il y a un pas…de géant. On a aussi du mal à envisager qu’un tel projet n’ait été vu par personne. Certes la ville était en chantier et le lieu un peu reculé. Néanmoins il a fallu charrier des tonnes de déblais, des montagnes de chutes de béton, ou de céramiques. Dans un pays où toute personne voit sa vie disséquée et colportée on a du mal à concevoir que la construction de ce gigantesque jardin soit passée sous les radars. Ceux de l’administration centrale éventuellement, pour le reste je vous laisse juge.

entrée rock garden Chandigarh

En la matière la lecture du livre de mon amie Anuradha Uberoi m’a donné quelques clés.

Le musée de poupées

rock Garden Chandigarh

Quoiqu’il en soit, le jardin est hallucinant et vaut vraiment d’y consacrer une demi-journée. cette sorte de capharnaüm céramique en hommage aux divinités indiennes et à la diversité du pays n’est pas sans rappeler l’oeuvre de Gaudi à Barcelone. Il vaut aussi la peine de parachever la découverte de ce lieu improbable avec le musée de poupées.

Celui ci fut terminé en 2017 par le fils de Nek Chand. Ces pantins de toiles récupérées racontent l’histoire familiale des déportés du Punjab occidental. On voit leur arrivée dans une Inde inconnue et étrangère. Emouvant et drolatique, ce petit musée s’ouvre sur un énorme espace. Les enfants y jouent à la balançoire pendant que les singes se balancent eux sur les poubelles. Une sorte de palais des mille et une nuit du Facteur Eléphant.

musée de spoupées Chandigarh

Le rose garden dans la vallée verte,

Zakir Hussain Rose Garden. A priori je n’étais pas venue à Chandigarh pour y admirer des roses fanées. Mais l’honnêteté m’oblige à reconnaitre que la roseraie est magnifique. Ses plus de 1500 variétés constituent un lieu bien agréable. Ce Jardin gratuit s’ouvre dans le prolongement de la vallée verte, une coulée verdoyante au cœur de la ville.

roseraie Chandigarh

Le lac Sukhna

Là encore, la lecture d’internet ne me donnait guère envie de m’aventurer sur les berges de ce lac artificiel.. Et pourtant, c’est un joli lieu très populaire le soir. Il offre une balade bien agréable et fraiche.

Lac Sukhna Chandigarh

Punjab University

Bâtiment jeanneret, université Punjab, chandigarh

Les grandes universités indiennes s’inspirent de leurs grandes sœurs britanniques. Leurs pavillons de savoir s’éparpillent dans de grands parcs aux abords de la ville. L’université du Punjab ne fait pas exception à la règle. Cette université est connue et prestigieuse en Inde, notamment en ingénierie, IT et médecine. Elle complète bien ct article visiter Chandigarh. Quelques bâtiments attirent l’amateur d’architecture. Ainsi la bibliothèque et surtout le Gandhi Bhavan considéré comme le chef d’œuvre de Pierre Jeanneret. Celui-ci ressort comme le grand artisan de la ville.

bibliothèque musée du Punjab

Les Musées à visiter à Chandigarh

1/maison Jeanneret

escalier maison Jeanneret Chandigarh

La maison s’attache à l’homme, très apprécié localement, et à la qualité de son œuvre. Modèles, articles s’insèrent dans la maison meublée avec ces meubles simples et fonctionnels qui l’ont rendu célèbre. Ses maisons, petits collectifs, son travail à l’université rappellent son sens de la symétrie et de l’harmonie. Mais on voit aussi les énormes contraintes budgétaires auxquelles il du faire face. On comprend à quel point l’homme aimait l’Inde au point de faire disperser ses cendres dans le lac Subka. Ainsi ses maisons empruntent autant au fonctionnalisme occidental qu’aux détails de la vie indienne.

maison Jeanneret Chandigarh

2/ Le centre Corbusier

 Ces énormes hangars conçus comme ateliers temporaires pendant la construction de la ville se sont mués en musée. La correspondance expose les décisions de Corbusier, ses échanges avec la tête de l’Etat indien. Des photographies illustrent la naissance de la ville et la genèse des grands bâtiments. Une école d’art et un petit café dans le jardin complètent la visite. Ce musée épatant donne la mesure du caractère et de l’ego démesuré du grand architecte.

chaises Jeanneret

3/ Le musée d’état

chapiteau Bouddha, musée Chandigarh

Ce musée permet de visiter une structure corbuséenne. Amateur de brutalisme vous allez vous régaler. C‘est l’un des 3 seuls musées conçus dans le monde par Corbusier avec Tokyo et Ahmenabad. Pour les autres, les collections extraordinaires de miniatures mogholes et de sculptures Greco bouddhistes devraient vous emballer.  Car ce musée doit sa renommée à son impressionnante collection de 627 sculptures de Gandhara. Beaucoup se trouvent au musée Guimet à Paris. Les Bouddha apparaissent dans une fusion de styles indien et gréco romain durant la période Kushan. On peut aussi y admirer des peintures Pahari, sikhs, mogholes et rajasthani miniatures. Ces magnifiques collections proviennent de Lahore et ont été divisées en deux au moment de la partition. Attention simplement, la billetterie ferme à 16h30.

Musée Chandigarh

4/ le Musée d’architecture

Ce petit musée insiste sur les différentes phases de construction de la ville. Pour moi, il est indispensable pour qui veut visiter et comprendre Chandigarh. On y découvre la vision de Nehru, puis la réflexion de Mayer et Novicki. Ces architectes des origines s’inspiraient du mouvement des cités jardins .

On y voit comment l’équipe initiale, américaine, s’est vue remplacée en pleine guerre froide. Un plan orthogonal a remplacé le plan en éventail plus souple et plus humain. Les Européens menés par Corbusier ont alors développé une idée certes visionnaire mais aussi jusqu’au boutiste. Elle a été portée sur le terrain par le couple Maxwell Fry/ Jane Drew et Pierre Jeanneret. Ce dernier, entièrement dédié au projet, y a consacré sa carrière et sa vie personnelle. On y comprend mieux l’aspect visionnaire de la ville. Le projet prévoyait le développement automobile, l’importance de l’ écologie mais aussi le pragmatisme du mobilier.

entrée musée d'architecture Chandigarh

Une approche passionnante de la construction de la ville

On y apprend surtout le rôle fondamental de Pierre Jeanneret. Le musée expose d’ailleurs les fameuses chaises et canapés alliant simplicité, fonctionnalité et indianité avec le rotin. On y découvre aussi l’extraordinaire contribution de Maxwell Fry et de son épouse Jane Drew. Conscients du risque de se faire écraser par Corbusier, le couple britannique ne resta que 3 ans. Mais, il marqua de son empreinte la ville.  J’ai particulièrement été sensible à Jane Drew spécialiste de l’architecture tropicale et de la formation de jeunes. Une fois de plus le livre de mon amie Anu s’est révélé une bible en la matière.

modèle chaise Jeanneret

 Dans le même parc, l’Ecole d’Art et d’Architecture date de 1950-1965. Corbusier a conçu l’extérieur en brique, moins noble et moins onéreuse que le béton brut réservé au complexe du Capitole. Ateliers et salles de classes s’articulent autour de cours intérieures.

musée d'architecture Chandigarh

Allepey

J’étais allé à Allepey sous la pluie et j’avais détesté les backwaters et la ville mais aussi la plage. Pourtant les amis partis au Kerala vantaient les canaux. J’y suis donc retourné un jour de beau temps. Je n’ai pas plus adoré les backwaters mais j’ai goûté le centre historique et les efforts de réhabilitation de la commune.

Les backwaters d’Allepey

Si Allepey ou Alappuzha, selon sa dénomination actuelle, est connue à travers l’Inde et la sphère touristique au-delà du pays, c’est en effet pour ses backwaters. Il s’agit d’un réseau de canaux et lacs qui ponctuent le paysage à l’intérieur des terres. Malheureusement, surexploités par l’homme ces canaux et étendues d’eau sont devenues saumâtres. S’y laisser glisser ne repose pas tant que cela si vous êtes tant soit peu sensible aux odeurs.

C’est dommage car les paysages y sont vraiment magnifiques. Ils se déroulent sous vos yeux au fil du glissement de l’embarcation. A ce sujet vous avez d’ailleurs l’embarras du choix. La solution « haut de gamme » vendue par les agences de voyage consiste à vous embarquer sur un houseboat. Amarrés dans le port d’Alleppey, ceux si sont assez polluants. En outre, leur taille ne leur permet pas de naviguer sur les plus petits canaux. Cerise sur le gâteau vous êtes captifs de votre bateau et de son équipage. N’espérez pas voguer pendant la nuit, celle-ci se passe à quai entourée des autres et nombreux bateaux.

Bref, vous n’apprécierez que si vous êtes fan des croisières sur le Nil. Personnellement, vous l’aurez compris, je n’aime guère et ne vends pas très bien l’expérience. Néanmoins, l’honnêteté intellectuelle m’oblige à vous avouer que tous les convives qui s’y sont adonné malgré mes sombres prédications (et prédictions) ont adoré…

Vous pouvez tenter l’expérience en sikhara, un long bateau effilé que vous pouvez retenir via une agence ou avec lequel vous pouvez négocier une fois sur place. Si le temps le permet et que vous n’avez pas peur, la pirogue peut se risquer aussi. Dans un cas comme dans l’autre, vous avez le nez dans les remugles des eaux noirâtres. Cependant, la balade lente le long des villages desservis uniquement par voie d’eau est belle et dépaysante.

Enfin le ferry permet une découverte beaucoup plus authentique. Il passe peu près toutes les 20mn et on le récupère le long du canal. Des marches permettent de parvenir aux embarcadères. Le seul problème est de comprendre où vous allez et pour combien de temps vous en avez. Le plus simple est de partir jusqu’au terminus Kumarakom, la réserve animalière. Celle-ci est un point de départ plus agréable pour aborder les backwaters. En revanche, si vous dépendez du train, la situation devient compliquée pour ce tour en ferry. Il vous faut prévoir une grosse demi-journée et ne pas craindre la promiscuité. Mais vous ferez le plein d’authenticité et de beaux paysages.

Balade dans Allepey

Les backwaters d’Allepey sont si connus qu’on en oublierait presque de se promener dans la ville. C’est dommage car il y a beaucoup à y voir.

On peut éviter la plage, sale et plutôt déprimante. Le port qui la longe ne fait pas trop envie non plus. Le déclin commercial de la ville a sonné son glas. Pourtant, à la fin du 19e siècle, Allepey était une ville prospère fréquentée par nombre de marchands et commerçants. C’était aussi un lieu de traitement de la fibre de coco. Le port actif a perdu de sa superbe. Il est pratiquement abandonné et les canaux ne sont plus utiles. Cependant, de jolies maisons, en voie de réhabilitation nous parlent d’un passé plus glorieux.

D’ailleurs, le centre historique est en pleine rénovation et promet de devenir assez mignonet. Par ailleurs, la municipalité s’est lancée dans un projet de promenade patrimoniale tout à fait intéressant.

Le “Alappuzha Heritage Project » a monté un itinéraire. Celui- ci commence non loin de la gare avec le phare. On peut le suivre à pied pour découvrir les trésors cachés de Allepey. Il suffit de remonter Palace road et tourner rapidement sur la gauche sur Thana E road pour gagner le canal sud. De petits ponts permettent de le traverser pour accéder au temple jain puis un peu plus loin au futur musée de la coco pour l’instant une usine dans de vieux et jolis bâtiments en cours de réhabilitation.

 Tour autour de cette manufacture s’enroule Jubilée road. Il s’agit d’un quartier résidentiel très calme bordé de jolies demeures cachées dans de beaux jardins tranquilles. Il n’est aucunement référencé et il a peu de risques d’y croiser des hordes de touristes. La grosse école Leon XIII aux allures art deco se trouve sur la rue qui mène à la cathédrale catholique. Son cimetière surprend avec ses tombes originales.

On peut retraverser le canal sud, pour admirer la Saukar Masjid, une délicieuse petite mosquée aux allures de ferme. En effet, Allepey regorge de mosquées toutes plus ravissantes les unes que les autres. Car le port actif jouait un rôle économique majeur au Moyen Age et attirait des communautés du Golfe persique voire de plus loin encore. Leur architecture mêle souvent des éléments de l’art islamique à des caractéristiques plus locales, comme les toits si particuliers du Kerala ou l’utilisation du bois. On peut à ce titre s’arrêter à la mosquée Maqam ou ici devant la charmante mosquée Saukar. Celle-ci est riche d’influences turques et est-européennes.

On retraverse alors le canal sud pour rejoindre le centre-ville marqué par la rue et le temple Mullakkal Rajarajeswari Temple sur la rue du même nom. On est dans le quartier central avec magasins et cinémas. L’animation de la petite ville s’y concentre. Et on voit bien l’effort fait par la municipalité et l’état pour réhabiliter cette ville industrielle.

De là, on peut alors rejoindre le canal nord. Celui-ci concentre toute l’activité de navigation. Les marches mènent aux embarcadères de ferry, alors que l’on peut aborder un sikhara à tour moment. C’est à l’extrémité de ce canal nord que l’on débouche sur le lac et, en traversant, sur le terminal des House boats.

Udaipur insolite

Aujourd’hui je vous propose de découvrir un Udaipur plus insolite. La semaine dernière je vous ai fait découvrir les indispensables de la ville, à savoir le Palais, le lac Pichola et la vieille ville. Si vous disposez de plus d’un jour et que vous n’en souhaitez pas forcément faire une visite traditionnelle, voici quelques idées.

Verdure et fraicheur Lac fateh Sagar

Vous pouvez vous aventurer un peu plus loin que le lac Pichola. La ville tend d’ailleurs à s’urbaniser de plus en plus loin. Néanmoins le lac Fateh Sagar reste encore relativement peu construit. On y accède au-delà d’un quartier résidentiel et d’un beau parc. Des zones de cabotage dont raffolent les Indiens permettent de relier l’une des quatre iles et notamment l’ile Nehru. Le boulevard est longé de parcs. Mais si la foule indienne en délire ne vous fait pas fantasmer, depuis l’embarcadère vous pouvez facilement marcher jusqu’à la jolie promenade au milieu du lac (Pal ou Fateh Sagar Pal) avec de jolies vues depuis des petits belvédères ouvragés. (chhatri du 19e). Elle permet d’observer (voire de rejoindre là-haut dans la montagne) le Palais de la Mousson, observatoire d’où étaient calculées les moussons.

Depuis la promenade et l’aquarium au travers d’un quartier résidentiel nouvellement construit on accède au magnifique parc.

Saheliyon ki Badi Garden, un beau jardin d’Udaipur insolite

Ce parc privé regroupe des jardins royaux. Situé près du lac et de ses embarcadères il remonte au 18eme siècle. Il était réservé à la reine et ses filles et cousines. Reconstruit il s’enorgueillit de bassins. Il est admirablement entretenu et c’est un plaisir de profiter des jeux de fontaine et des parterres. Enfin un lieu où se promener.

Cénotaphes royaux et zone archéologique

Un peu à l’extérieur de la ville (3km) et mal entretenus vous trouverez quelques monuments d’Udaipur insolite. Il s’agit des cénotaphes royaux et du cimetière Ahar,  

 On ne peut guère entrer dans l’enclos mortuaire. En revanche on peut le contourner et admirer la variété architecturale des quatre siècles durant lesquels ces mausolées musulmans ont été érigés.

Le long de ce cimetière royal, un bassin à crémation royale (Gangaudbhav Kund). Ce lieu est étonnant car il est considéré comme vivant. Les pèlerins y déversent des offrandes. Les gamins s’en offusquent et montrent aux adorateurs récalcitrants les panneaux demandant de retreindre les offrandes alimentaires dans l’eau. C’est qu’il se rafraichissent dans l’eau et sont très conscients de la pollution apportée par ces miettes malvenues. De petit sanctuaires et un temple à Shiva alternent avec les bassins dans ce lieu fréquentés par de très rares touristes.

La route mène pourtant au tout neuf musée archéologique (Ahar Museum) érigé à même un site chalcolithique sur un mound. Outre les poteries remontant au 2e millénaire avant notre ère on peut y admirer des sculptures qui s’étagent entre les 8e et 17e s.

Si on tourne le dos à ces sites pour revenir vers la vieille ville on voit, à main gauche, un énorme temple jain. On discerne en revanche à peine sur la droite, cachée par la végétation, une extraordinaire Gopuram du 10eme siècle magnifiquement sculptée (Bhaktimati Meera Bai Temple). Cela vaut le coup de passer/ pousser la barrière pour s’aventurer dans les décombres. Les sculptures y sont en effet merveilleuses et datent de la période préislamique. Le monument adopte le style Maru Gurgjara avec des murs très sculptés sur un socle haut.

Des voitures et de la verdure près du centre ville

Plus dans le centre-ville , d’autres visites de Udaipur insolite.

Vous pouvez commencer par vous balader dans Bapu Bazar peut être moins touristique que celui de Jaipur mais vraiment local. C’est là que les locaux mangent et vous y trouverez de nombreuses et bonnes spécialités.

Regagnez alors le musée de l’automobile (voitures anciennes) pas forcément pour le visiter mais pour admirer sa structure art deco, rare à Udaipur.

 De là, vous pourrez faire une petite halte dans le Garden Hôtel et gagner le parc Gulab Bagh. C’est un grand parc d’époque coloniale. Des Anglais, subsiste le Victoria Hall musée transformé en bibliothèque On y voit des puits (Baori) il y en a 3 importants mais moins spectaculaires que les réservoirs à degré de Jaipur ou Jodhpur . Le Naulakha Baori, le Kamal Talal Baori Kuttewalli Baori. Ils attestent néanmoins du système souterrain de conservation de l’eau, si nécessaire en ces territoires arides…on traverse alors le parc pour regagner la sortie coté palais royal devant le petit temple de Ganesh. D’ici on peut accéder à la porte du Palais (Pol), rentrer dans le palais ou prendre ses billets pour caboter dans le lac

Du jardin, on gagne aussi la vieille ville d’Udaipur. On peut la traverser pour regagner les ghâts et notamment le magnifique musée tout près du Gangaur Ghat.

Un air de Grand canal vénitien

Le musée Bagore ki haveli présente d’étonnantes collections de turbans, jeux,  vêtements. C’est une vraie découverte même hors saison de festival. Evidemment si vous pouvez caler cela avec les festivités de Gangaur cela devient grandiose mais le musée avec ou sans spectacle vaut vraiment le coup. D’abord parce qu’il permet de visiter un ensemble de maisons anciennes magnifiques et intelligemment rénovées. Les collections évoquent les traditions, d’hier et d’aujourd’hui. On y comprend mieux le déroulé d’un mariage, Cerise sur le gâteau, les vues sur le lac donnent l’impression de se trouver dans un palais vénitien sur les bords du Grand canal. Bref un vrai bon moment loin de la foule.

Jaipur insolite

Pour faire suite aux autres articles sur Jaipur, voici de quoi faire une visite plus insolite.

Sans avoir la prétention de réinventer la roue, j’ai particulièrement apprécié quelques lieux moins connus et pour autant bien passionnants

Un Jaipur plus insolite près du centre

Albert Museum

Cet extraordinaire bâtiment vaut déjà d’être admiré de l’extérieur.

 Car l’édifice lui-même est un morceau de bravoure indo-sarracénique juste en dehors de la muraille de la ville ancienne. Mêlant les influences mogholes et anglaises, il se veut musée victorien typique. Avec des collections balayant l’histoire universelle, de l’Egypte, au monde romain, aux productions plus locales. En fait, il copie, en version indienne, le Victoria and Albert Museum. La célèbre institution londonienne. A l’origine, ce devait être un point central de la culture victorienne. Ainsi, ce musée ambitionne une sorte d’érudition générale. Ses collections éclectiques se répartissent en diverses galeries refaites récemment. Celles-ci échappent donc à la poussière habituelle aux lieux d’expositions indiens.

Le cinéma Raj Mandir

 Construit en 1976 avec une façade genre gâteau rose et une salle incroyable avec balcons mousseux surplombant la fosse. L’ambiance mérite d’être vécue au moins une fois. Lors des projections de films locaux, l’apparition de stars est saluée par des hurlements ahurissants.

Les Haveli

Attention le mot Haveli est générique d’un certain type d’habitation, de grandes maisons. Il n’engage en rien la qualité de l’établissement. En fonction du prix, vous pourrez aussi bien atterrir dans un véritable palace ou un bouiboui. Ne croyez donc pas faire l’affaire du siècle parce que vous avez réservé un Haveli très bon marché. Regardez attentivement les photos et les commentaires. En revanche vous pouvez tomber sur un bijou absolu, en général un peu onéreux.

Derrière le Amber palace

Juste derrière le Amber Palace, une route mène au magnifique réservoir à degrés et passe juste devant le petit musée Anokhi.

Ce Musée Anokhi est un charmant petit musée très peu fréquenté. Il s’agrémente pourtant d’une jolie cafeteria. Pour ceux qui habitent l’Inde, Anokhi est une boutique connue pour ses imprimés batik. En fait l’initiative est partie de Jaipur. L’idée était de relancer les savoirs textiles traditionnels. Le petit musée occupe un Haveli restauré avec intelligence. Il est donc très agréable de découvrir les magnifiques créations des artisans locaux. Une petite boutique et un ravissant salon de thé complètent la visite.

Devant la porte d’Amber, la route décrit une épingle à cheveu et mène vers le réservoir du XVIème siècle.  Panna Meena Ka Kund est extraordinairement photogénique avec ses volumes géométriques et parfaitement symétriques. Comme dans tous les réservoirs, il est interdit d’y descendre.  Il permettait de conserver précieusement l’eau dans ce territoire désertique.

Au-delà d’Amber Fort, un Jaipur plus insolite

Amber Fort faisait partie d’un dispositif de fortifications de la chaine des Aravelli.

 Au-dessus du Palais, le fort de Jaigarh monte la garde depuis le sommet de la colline.  Il offre de beaux points de vue. Il est relié au Palais par un système de tunnels.

 Le fort de Jaigarh (au Nord) est relié à celui de Nahargarh (au Sud) par un vaste réseau de murs et d’ouvrages fortifiés Nahargarh est aussi appelé demeure des tigres. Il se situe le long des collines d’Aravalli et surplombe un lac. Le fort abrite aujourd’hui le musée de cire de Jaipur et le palais de verre.

Mais il se peut que vous n’ayez pas le temps, ou l’envie, de vous rendre dans ces forts relativement éloignés du centre de la ville. Si vous souhaitez néanmoins prendre de la hauteur pour jouir du panorama pourquoi ne pas escalader l’élégante tour Swargasuli du XVIIIème siècle ?

Royapet

Royapet est aujourd’hui connu pour ses grands magasins, comme le centre commercial Express avenue. On oublie pourtant que Royapet fut le coin chic de Madras dans les années 1830. Un quartier résidentiel se développa autour de la toute nouvelle église et de l’école Wesley. Les magistrats et acteurs cherchaient de nouveaux lieux de résidence dans cette zone proche de Mount Road. L’avenue s’affirmait alors comme axe central de Chennai.  Car Fort George devenant exigu, de nouveaux bâtiments de Governement Estate furent construits un peu au nord. La ville commença alors à s’étendre dans cette zone.

Effectivement, le gouvernement changeait de lieu et les employés de la EIC ( East India Company) cherchaient des espaces pour y construire leurs maisons. Royapet offrait de beaux terrains constructibles dans une végétation luxuriante. Il y avait de la place pour construire d’agréables résidences avec jardins mais aussi des écoles pour la nouvelle communauté Anglo indienne.

 Je vous propose aujourd’hui une promenade en deux temps dans ces lieux chargés d’histoire.

Express devenu Mall

Le quartier ne compte malheureusement plus beaucoup de jardins. Le lieu le plus connu est peut-être le centre commercial. Pourtant, on oublie presque que l’un des bâtiments les plus représentatifs de l’élite coloniale occupait les lieux, le célèbre et très exclusif Madras Club. Réservé aux hommes blancs, celui-ci fut fondé en 1832 puis agrandi une vingtaine d’années plus tard. Il ne reste rien des édifices classiques ni du parc. Le club lui-même avec sa façade de temple rappelait l’architecture palladienne de Londres. Les dames ne pouvaient y accéder que pour les bals et les grandes occasions.

 Néanmoins, il fallut augmenter les tarifs pour continuer à agrandir et maintenir les lieux. L’adhésion devenait prohibitive. La concurrence de nouveaux clubs poussa le club de Madras à réduire ses coûts en déménageant dans des locaux plus modestes. En 1947, il vendit la propriété aux enchères et s’installa d’abord à Branson Bagh en face de Church Park School, qui appartenait au Raja de Bobbili. Mais moins de dix ans après ce déménagement, l’état des finances du club obligea à un nouveau changement. Le club migra alors à Boat club où il se trouve encore aujourd’hui. En 1963 en effet, il avait fusionné avec le club d’Adyar et ouvrait enfin ses portes aux Indiens. Avec ses tarifs d’entrée prohibitifs et sa liste d’attente interminable le club reste très sélectif et perpétue une tradition ô combien britannique.

La société immobilière « Express » racheta quant à elle le Club de Madras et donna son nom à l’avenue qui bordait le terrain. Lorsque le centre commercial fut construit, il reprit à son tour le nom pour devenir « Express Avenue Mall ».

L’école Wesley

Pratiquement en face du centre commercial, un autre grand jardin se cache derrière des murs. Il s’agit de l’école Wesley. Celle-ci a fêté ses 200 ans en 2018.

De nombreux missionnaires étaient arrivés à Madras pour fonder des églises. Les Méthodistes, menés à Chennai par l’entreprenant par James Lynch, s’étaient dirigés en 1817 vers Black Town pour y prêcher.

Ils fondèrent un certain nombre d’églises dans la ville et une nouvelle chapelle à Royapet bientôt suivie d’une petite école.  Peu de temps après, la couronne signa une charte pour améliorer l’enseignement en sciences et en langues. Les missionnaires recurent alors l’autorisation d’enseigner en anglais ce que confirma la loi de 1835 officialisant l’instruction en anglais et autorisant la diffusion du christianisme. Le gouvernement garantissait alors des postes aux élèves à peine diplômés pour promouvoir ses écoles.

Puis le système se renforça encore avec des examens d’entrée en anglais. Ceci poussa les élites à faire donner des cours privés à leurs enfants de manière à les avantager pour rentrer dans ces écoles.

L’éducation était fondamentale car elle ouvrait des voies professionnelles. Les églises accueillaient tous les fidèles, contrairement aux temples hindous, et offraient des possibilités professionnelles et sociales nouvelles.

L’école de Royapet est l’une des rares constructions de Chennai dans un style vernaculaire. Le parc, quoique peu entretenu, est spectaculaire par sa taille en plein centre de Chennai.

L’Eglise de Wesley

Juste à côté, l’église située près d’un hôpital accueillait, et accueille toujours, une vaste congrégation pas seulement méthodiste. Il est vrai que les églises reformées se sont unifiées sous la même casquette en 1958 d’Eglise du Sud de l’Inde

la chapelle est devenue église. La grande bâtisse blanche de style néoclassique date de 1853 avec de jolis vitraux modernes. Le faux plafond a disparu lors de la rénovation et l’on a retrouvé la belle charpente d’origine. La quiétude des lieux contraste avec l’animation du carrefour qui donne sur le centre commercial.

Hampi bis

Cet Hampi bis a pour but de compléter les premières visites de Hampi et les conseils pratiques . Mes lecteurs habituels le savent, j’aime les balades un peu insolites. En tous cas éloignées des foules et des sentiers battus.

Les historiens ont divisé le site en trois grandes zones. Il y a d’abord le centre religieux le long de la rivière. On y voit les temples les plus anciens antérieurs aux Vijayanagara entre les temples Virupaksha et Vittala. Plus loin, se trouve le centre royal avec 60 temples en ruine. Mais aussi des infrastructures type routes, aqueduc, réservoirs, marchés, portes, monastères. Le troisième noyau correspond à tout ce qui reste.

La semaine dernière je vous avais laissé tout près de l’enclos Zenana et des étables des éléphants.

Un autre Hampi derrière le Palais Royal

Pour les plus courageux, en continuant derrière les étables des éléphants on atteint un temple jain. Puis, on rejoint deux autres temples en ruine. Enfin, se dresse une des portes extérieures de la ville dans des murs cyclopéens. D’énormes blocs de granit protégaient la cité. Ils attestent de fréquents raids de populations étrangères. Des tours de garde les renforcent encore.

De l’autre cote de Zenana, le temple Hazara Rama est consacré à Rama. Il jouait le rôle de temple cérémoniel de la famille royale. Des reliefs extérieurs montrent des cavaliers, des soldats, des danseurs et musiciens et procession. A l’intérieur, des frises racontent le Ramayana.

 Derrière le temple, s’étendent les ruines du Palais royal. On trouvera également celles d’une mosquée et une très jolie tour de garde.

La ville était pluriethnique. Outre les monuments hindous, on trouve des vestiges musulmans et Jains principalement près des portes de la ville.

Derrière le temple Ashyurathaya

Si vous êtes un adepte de la marche, vous pouvez grimper sur la colline Mathanga. Attention néanmoins. Sur les 3 chemins indiqués, un seul est praticable et déconseillé si vous n’avez pas le pied sûr et leste. La montée est glissante et vertigineuse. Evitez d’y aller à la nuit tombée malgré les conseils pour assister aux lever et coucher du soleil.

Le temple Ashyurathaya lui-même est une merveille. Il s’étend largement dans un site grandiose de palmeraies et collines de granit rose. En empruntant la rue des courtisanes bordée de colonnades vers la rivière on atteint un petit temple blanchi à la chaux. En contrebas, se déroule une grève. Ici des bateliers proposent des excursions en coracle, ces petits bateaux ronds et traditionnels. A faire si vous avez des enfants ou appréciez les promenades très lentes et contemplatives.

Près du village Kamalapur

On peut reprendre un transport pour rejoindre le village de Kamalapur. On y visite le musée archéologique qui recèle quelques statues et bronzes trouvés in situ. S’y lisent des inscriptions et les nombreuses stèles, un modèle permet de mieux comprendre le site dans son ensemble. Le musée s’articule autour d’une cour dans laquelle a été aménagé le plan relief du site. Celui-ci est plus facile à comprendre avec cette vue d’ensemble. Il peut donc être intéressant de commencer ou clôturer la visite de Hampi par ce modèle. L’entrée au musée est comprise dans le billet groupé Vittala/ Zenana.

Plus au sud de la ville se dresse le grand complexe du temple Pattabhirama ou Varadevi Ammana Pattana. Il date du 16ème siècle et est consacré à Rama, avatar de Vishnou. Ce temple énorme contenait, comme beaucoup de temples de Hampi, un vaste réfectoire.

Pour y accéder depuis Vittala temple, on passe par une très belle porte à étage. Celle-ci marque l’entrée dans l’enceinte aujourd’hui en partie écroulée.

Un peu plus loin entre Hospet et Hampi

D’autres structures surgissent çà et là dans les rizières et champs de canne à sucre. Si vous disposez de temps et êtes véhiculés, n’hésitez pas à vous arrêter et vous y attarder. On distingue par exemple le bain octogonal de Saraswati, déesse du savoir et de la musique. D’autres temples pour Vishnu et Shiva parsèment le paysage, dont le temple souterrain, absolument pas indispensable. En revanche, non loin de ce Shiva souterrain, la mosquée et la tour musulmane, sont superbes. Elles se situent juste derrière le temple de Ram.

Il vaut aussi la peine de de s’aventurer jusqu’ à la porte de Bhima. On peut y contempler les reliefs de lutteurs. Elle se trouve non loin du temple de Shiva souterrain. Elle suit un plan en chicane avec trois changements de direction pour qui pénétrait dans la cité.  Là encore rien d’exceptionnel si l’on se réfère aux constructions contemporaines du reste du monde. En revanche, le lieu quasi abandonné et désert change des foules. Notamment celles rencontrées devant le chariot du temple Vittala ou devant le lotus Mahal. Le nom de Bhima tient au relief sculpté dans la roche aux abords de la porte.

L’autre rive

Derrière le temple Virupaksha se trouve un petit embarcadère. Au pied de celui-ci, des familles se lavent, font leur lessive et leur vaisselle du matin. C’est aussi ici que l’éléphant du temple prend son bain officiellement vers 8h du matin. Cependant, le bain dure longtemps car son maitre ne lui épargne le savonnage d’aucun pli.

A travers les ordures, on rejoint le point de départ aléatoire du ferry. Celui-ci permet de traverser en 5mn vers l’autre rive. Là, des loueurs de moto et tuk-tuk vous attendent. Ils proposent de vous mener vers les différents lieux importants de la rive gauche. On peut d’ailleurs faire une boucle jusqu’au second ferry. Dans ce cas, prenez un tuk-tuk pour la demi-journée ou apprêtez-vous à une jolie marche.

Durant celle-ci, on peut admirer le pont aqueduc. Il fait partie des nombreuses trouvailles d’aqueduc, ponts et puit trouvés à Hampi. L’irrigation permettait une prospérité agricole et une abondance de fontaines et de bains dans la ville. Plus loin, le temple d’Hanumam, Sri Anjaneya Janmasthala, perché en haut d’une colline jouit d’une vue magnifique sur la région. On accède à l’impressionnante terrasse panoramique au bout d’un long escalier de plus de 500 marches. Très populaire, son accès attire toutes sortes de petits vendeurs.

Non loin de là, un autre temple, Pampasarovara, pas fascinant, donne sur un petit réservoir. En revanche, l’abondance de singes accrédite la légende selon laquelle Hanuman serait né en ces lieux.

Vers le village d’Anegundi

Encore plus loin sur la route, s’élève le temple de Durga. Une statue colorée de la déesse vengeresse annonce les bâtiments religieux, juchés sur la colline. Celle-ci surplombe un magnifique paysage de rizières et bananeraies. Le temple lui-même n’est qu’un ensemble de bâtiments monastiques sans intérêt architectural. En revanche, dans l’enclos on rejoint en grimpant encore le château fort d Anegundi. Puis on atteint la grotte ou temple rupestre. L’ensemble vaut surtout par l’incroyable ferveur religieuse.

Puis on rejoint le village, assez grand, d’Anegundi. Quelques jolis bâtiments comme le temple jain et la bibliothèque municipale de style indo-sarracénique n’ôtent rien à l’impression de ville de fin du monde. Pas un café en vue dans cette bourgade poussiéreuse comme sortie d’un autre âge. Le terminal de ferry se réduit à une marre boueuse. N’attendez pas non plus le restaurant panoramique. Il vaut mieux emmener avec vous boissons et en cas . Sans quoi, vous risquez de mourir d’inanition au cours de ce périple sur la rive d’un autre Hampi.