Alliance Française

L’Alliance française de Madras, conserve le nom de l’association fondée bien avant le changement de nom de la ville en Chennai, en 1996. L’institution vient de célébrer en grande pompe ses 70 ans. Pour cet anniversaire, l’Alliance Française a fait peau neuve avec pour objectif de s’ouvrir à tous et de faire résonner la culture française bien au-delà de l’hexagone.

L’Alliance française de Madras rajeunie pour son 70eme anniversaire

               Fondée en 1953, cette Alliance nous rappelle que les liens entre le Tamil Nadu et la France s’ancrent dans l’histoire. Ce, depuis l’implantation française à Pondichéry au XVIIIème siècle. De ce fait, elle représente bien plus qu’un simple centre de langue.

L’Alliance offre bien sûr des cours de français aux apprenants. Elle accueille aussi des activités dans le bel auditorium Michelin. La bibliothèque a elle aussi fait l’objet d’une cure de rajeunissement. Surtout, le bel Espace 24, au 24 College Road, permet d’accueillir des expositions. Il aide aussi à mettre en valeur des artistes locaux ou français.

Ce 70ème anniversaire permet d’officialiser les nouveaux bâtiments d’une Alliance qui a presque doublé sa superficie initiale.

Une Alliance française atypique

L’Alliance française de Chennai est constituée d’un comité francophone et d’un trust 100% indien propriétaire des murs. Ce type de montage, assez courant, permet de sécuriser les bâtiments détenus localement. D’ailleurs, la séparation des pouvoirs garantit un équilibre. Le président du comité est un artiste local renommé.

L’Alliance de Madras est l’une des plus grosses au monde avec une quarantaine de professeurs et 2.600 étudiants. Elle prend place dans un réseau de 800 établissements. Ceux-ci se répartissent dans 130 pays dont 15 antennes réparties sur le territoire indien. Il s’agit d’associations françaises de droit local dont seul le directeur relève du Ministère des Affaires étrangères.

La proximité de Pondichéry et l’originalité du statut de franco-pondichériens expliquent en grande partie l’offre importante d’enseignants locaux parfaitement francophones.

Des bâtiments Art déco entièrement rénovés

Construite en 1953, la maison de style art déco fait partie d’un grand projet immobilier mené par un ingénieur, M Subarco. L’Alliance y a d’abord loué des salles à partir de 1975. Puis, elle a acheté la maison 5 ans plus tard, grâce à un prêt de l’Alliance Française parisienne.

Après le cyclone de 2017, le bâtiment a fait l’objet d’une magnifique rénovation et d’agrandissements par l’architecte Sujata Chankar. Les nouveaux espaces inaugurés en décembre 2022 comptent notamment la galerie. Espace 24 accueille les expositions d’arts visuels, de photographies ou offrant des ateliers. Il s’agit d’un espace polyvalent interactif. L’extension a en effet pour but de donner de l’ampleur à la dimension culturelle.

Conquérir de nouveaux publics

L’Alliance française jouit d’une véritable notoriété à Chennai. Néanmoins une marge de progression existe dans une ville de 10 Million d’habitants.

L’Alliance s’adresse à des Indiens désireux d’apprendre le français. Ils le font souvent pour des raisons professionnelles, comme travailler au Canada ou en Afrique où beaucoup d’entreprises indiennes sont installées. A ces élèves, s’ajoutent ceux qui apprennent le français pour le plaisir.

Le Dr Patricia Thery Hart, la dynamique directrice, estime qu’en diversifiant la proposition d’activités, en améliorant la qualité de la restauration, et en trouvant de nouveaux partenaires elle pourra améliorer la visibilité et l’audience et s’ouvrir à de nouveaux publics.

De nouvelles activités

Déjà l’offre a été structurée depuis son arrivée et des thématiques mensuelles visant à attirer un public avide de nouveautés culturelles.

L’équipe, renouvelée ,a déjà commencé à travailler sur une série de « dialogues créatifs ». Ils portent sur des sujets liés à l’art, la science, l’anthropologie. Elle envisage d’autres activités comme l’Opera on screen, art on screen, ou des artistes en résidence. Des cours le matin et l’après-midi ainsi que des ateliers pourraient élargir les propositions actuelles. D’autres projets à moyen et long terme visent à associer des designs contemporains en partenariat avec des associations étrangères. Le Goethe Institut de Chennai, ou Dakshinashitra font partie de ces liens.

L’Alliance Française de Madras a vocation à offrir beaucoup plus que des cours de langue. Elle vise aujourd’hui de nouveaux publics grâce à une programmation riche et variée.

Madras inherited

maison paquebot T Nagar

Vous aimez l’architecture? Alor vous aimerez, Madras inherited.

 Si vraiment vous ressentez qu’il n’y a rien à voir dans cette mégalopole à la croissance exponentielle, venez profiter des pépites offertes par Madras inherited. Par le biais de visites, ateliers, blogs, programmes, évènements, Madras’inherited cherche à préserver, sauvegarder et faire connaitre le patrimoine architectural de la ville. Outre les activités éducatives, promotionnelles, l’association anime un blog passionnant.

Alors, pour les early birds, puisque les visites commencent à 6.30 du matin les samedis et dimanches, chaussez vos tennis et en route !

Chennai au petit matin, stores baissés et misère humaine

Des visites bien organisées.

On retrouve des activités patrimoniales dans toute l’Inde mais la branche chennaiote offre des visites menées par une jeune femme dynamique, architecte de formation, à l’anglais impeccable. Elle a à cœur de faire découvrir en profondeur des quartiers méconnus ou trop connus pour être considérés comme des lieux d’expérimentation architecturale. Elle est accompagnée d’une coéquipière charmante et prévenante.

Vous avez l’embarras du choix pour sélectionner le quartier ou la thématique qui vous intéresse. Le calendrier est publié en début de chaque mois avec une fréquence de balades bihebdomadaires.

des décombres cachent un vieux pan de mur dans Georgetown

L’organisation est carrée. L’inscription et le paiement se font en ligne en ligne. Vous recevez votre confirmation électronique et la veille de la balade une invitation à vous joindre au groupe whatsapp qui vous donnera le point de ralliement et les dernières recommandations. Les RV sont facilement identifiables et les horaires respectés. Ces promenades matinales permettent de ne pas trop souffrir de la chaleur ni du bruit ambiant. 

Des visites rondement menées

Le rythme n’est pas trop rapide sauf si votre anglas est par trop hésitant ou que votre ouïe ne vous permet pas d’écouter un discours ponctué de sirènes, klaxons et autres fonds sonores indiens.

deux personnesdormant à même le trottoir

La découverte de lieux a priori connus mais expliqués est un bonheur pour les amateurs d’architecture. L’ensemble est bien mené vivant, illustré de photographies anciennes et de plans. La conférencière connait parfaitement ses sujets et son discours est de grande qualité.

Seul petit bémol, si vous n’êtes pas familier des termes tamuls voire anglais vous risquez de vous sentir perdus. Par ailleurs il n’y a aucune référence à l’architecture européenne, ce qui en matière de constructions coloniales et art déco peut perturber.

un groupe de Madras inherited

La visite suit en général un fil directeur repris en conclusion de manière fort intelligente. La matinée se clôt avec un conseil de maison, institution, église à visiter dans le quartier et en lien avec le sujet du jour.  Tout se termine avec la distribution fort sympathique de goodies, ou souvenir de visite.

Une fois rentré chez vous, les pieds en l’air pour vous remettre de votre lever aux horreurs, un petit mail gentil vous demande ce que vous avez pensé de la visite. Il s’accompagne d’une petite photo de groupe ainsi que de références sur internet en lien avec la visite du matin. Une affaire rondement menée pour faire revivre un passé qui a tendance à s’oublier.

High court dans la buffer zone entre Fort St George et Georgetown

Quelques marches proposées par Madras inherited

maison art déco , quartier Georgetown
  • Le long de la cote de Madras
  • Georgetown, la première fondation de Madras
  • Maisons de Theagaraya Nagar
  • Balade indosaracenique
  • Maisons de Triplicane
  • Causeries sur Broadway
  • A la découverte des allées de Royapet
  • Visages et phrases de Chindrapet
  • Sasnthome perdu et retrouvé
  • Histoire mercantile le long de Kutchery Road
  • Fort St George, à l’origine de Madras
  • T Nagar un témoignage de commerce et de Justice
  • Retour dans le passé le long de Mount Road
  • Le skyline de Rajaji Salai
  • Triplicane pour tout le monde
  • Maisons de Mylapore
obelisque de séparation de quartier Georgetown

Cependant, si le lever matinal vous rebute, que vous n’êtes pas disponible le jour de la visite qui vous intéresse, que votre anglais ne vous permet pas de suivre ce type de visite ou que vous avez besoin de vous raccrocher à des références plus familières, vous pouvez me contacter pour une visite privée et adaptée à vos besoins.

Le thé boisson symbole

Cette quatrième et dernière partie du feuilleton des thés s’intéresse au thé boisson symbole de deux pays que tout semble opposer.

tableau representant un service à thé
Théière peinte par CBrousset

Le thé né en Chine, acculturé en Inde pour satisfaire les appétits financiers et étancher la soif des anglais, devient une boisson symbole pour ces deux contrées. C’est au XIXe que l’ensemble de la Société anglaise fait du thé la boisson nationale. En revanche, il faut attendre la fin du XXème pour que le chai devienne indissociable du sous-continent indien

Ritualisation anglaise du thé indien

Ayant mis tout le monde au boulot sans coup férir, les Anglais peuvent tranquillement siroter leur cuppa venue d’Inde ou d’ailleurs> Elle coûte d’ailleurs un prix sans commune mesure avec celle de leurs ancêtres de la période Géorgienne. Pour l’aristocratie, il convient maintenant de se démarquer de ce qui est en train de devenir une boisson nationale. La gourmande septième Duchesse de Bedford a l’idée d’inventer l’afternoon tea, ou low tea.,

Tableau de C Brousset représentant une table dressée joliment pour le thé avec macarons et fleurs
Tea Time, tableau de CBrousset

A l’époque, l’élite a coutume de diner tardivement, à la mode française. Et longue est l’après-midi qui s’étire entre le diner et le souper. Pour se sustenter sans perdre de sa superbe, la distinguée Anna de Bedford a donc l’idée ingénieuse de lancer la mode de cet afternoon tea. Le thé, servi dans des services rivalisant d’élégance. On l’accompagne de petits biscuits, scones et petits sandwichs de pain de mie coupés joliment.

boite de thé

Ce tea time considéré comme emblématique du raffinement britannique se prend en fait à 15h. Il comprend de nombreuses règles mais aussi des batailles, éminemment essentielles à la survie de la société.

Batailles de bienscéance

Convient-il en effet de verser le thé d’abord et d’y ajouter une goutte de lait ou de commencer par le lait froid pour éviter de casser la fine porcelaine en y versant brutalement de l’eau bouillante. ? Primordial également à la survie de l’humanité, tartine-t-on le scone d’abord de clotted cream puis de marmelade de fraises ou le contraire ?

Les classes moins favorisées elles, se mettent à l’abri de ces débats d’idées fondamentaux. Elles se replient sur le high tea, ou sorte de repas complet servi vers 17h30.

L’ère victorienne et le thé comme arme morale

Dans la suite du dix-neuvième siècle, la reine Victoria devenue impératrice des Indes et d’une grande partie du monde, va régler toute la vie de ses sujets. Elle formate tout de la tenue vestimentaire à la manière de consommer le thé.

tea time très victorien servi à l'hotel Durrands de Lonndres

Dans cette société puritaine et corsetée, le thé va connaitre un nouvel élan moralisateur grâce aux sociétés de tempérance qui l’opposent à l’alcool. On loue alors le thé consommé très sucré pour apporter des calories et tromper la faim des plus pauvres. Nourrissant, réchauffant et énergisant, il permet de contrer la consommation d’alcool, absorbé par les miséreux de la Révolution industrielle en butte au froid et à la faim.

Tout est donc en place pour l’avènement du thé des colonies. Reste à régler un détail, économiquement essentiel pour les sujets de sa grâcieuse Majesté. Il s’agit de s’assurer que les consommateurs britanniques préfèrent bien le thé indien au thé chinois. Un certain M Horniman entre alors en scène. Le saint homme du Capitalisme britannique a d’ailleurs un musée à sa mémoire.

Pour être honnête, c’est la fortune de ce monsieur qui a permis à ses descendants de se lancer en politiqu. Elle a aussi permis de faire bénéficier aux britanniques des largesses rendues possible par l’exploitation des colonies.  Avec un génie du marketing très Anglo saxon, il lui revient de diaboliser la production chinoise. On la peint alors comme de mauvaise qualité, mélangée avec de la boue. Dans ce cadre, on l’oppose à la production indienne contrôlée par la toute puissante compagnie des Indes orientales.

Et l’Inde ?

trois buveurs de thé autour d'un chawallah, vendeur de thé dans les rues de Chennai

Et l’Inde dans toute cela ? Car s’il est un fait établi que le tea time est une tradition anglaise et que le thé est la boisson symbole de l’Angleterre, que font les Indiens en dehors d’être réduits à ramasser les feuilles ? En fait il faut attendre l’indépendance pour que la boisson, déjà consommée au début du vingtième siècle par l’élite anglicisée, gagne les villes de province, ce grâce au chemin de fer. Après 1950, les campagnes sont peu à peu gagnées au gout du thé. Mais il faut attendre les années 1970 pour que cette boisson devienne un symbole national. Bien qu’unitaire, elle ne porte néanmoins pas le même nom entre le sud et le nord. Car si la terminologie Chai au Nord, c’est le mot Tea qui lui est préféré au sud.  C’est que le thé s’est diffusé par voie maritime alors que le chai lui venait par voie terrestre. C’est ainsi que le seul pays européen à boire du cha est le Portugal et ses colonies alors que le reste de l’Europe a adopté le thé, tea, tee.

pause thé dans les rues de Chennai

 Il est d’ailleurs incroyable de voir que la boisson symbole de ces 2 pays opposé que sont le Royaume Uni et l’Inde est la même. Mais le symbole lui diffère passablement. Si le thé indien symbolise l’unité nationale d’un pays très divers. Le thé anglais, quant à lui, affirme la toute puissance impériale de l’Angleterre victorienne à son apogée consommant le sucre des Antilles dans le thé d’Inde, avec du lait néozélandais.

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Tea

Une passion anglaise

Originaire de Chine, le thé, ou Tea devient rapidement une passion anglaise. Rapporté par les premiers découvreurs, il gagne rapidement toute l’Europe. Les Portugais puis les Hollandais en rapportant la petite feuille de leurs pérégrinations vont lancer une vraie mode en Europe et surtout en Angleterre.

Avant le Tea, une autre passion anglaise, le café

Et voilà en effet qu’avec la Renaissance, les voyages de découvertes et les missions religieuses, les premiers Européens entrent dans la danse. Le contact se fait d’abord par le truchement des missionnaires portugais puis des marchands hollandais. Des 1606 la première cargaison est attestée dans le port d’Amsterdam.

Des missionnaires fransiscains, relief à l'église de la Lumière, Chennai

Or les Anglais ont découvert entre temps le café et montent leurs premières maisons pour déguster la boisson dans le dédale de ruelles de la City de Londres. Une jolie pancarte bleue rappelle d’ailleurs le flair de Rose Pasqua ce grec d’origine qui ouvrit sur St Michael Cornhill la première de ces maisons de café, le premier café donc.

pancarte indiquant le premier café en 1652

Ces « maisons » deviendront bien vite des lieux d’échange. L’un de ces cafetiers, M Lloyd a même l’idée de transformer sa maison de café en lieu d’échanges d’informations financières. Situé tout près de ce qui deviendra la bourse, ce lieu d’échanges sera appelé à un avenir financier des plus assurés.

facade de la maison de thé Twinnings, représentant un chinois

Du coup, il faut attirer. Rien de tel pour cela que la nouveauté. Rapidement, les Anglais flairent la bonne affaire dans ces feuilles qui parfument l’eau chaude. Un certain Thomas Garway annonce le nouveau breuvage magique. En dépit des peurs du corps médical, la mode prend, d’abord mollement. Puis aidée par le mariage de Charles II en 1662, elle s’empare des élites. La mariée Catherine de Bragance, une princesse portugaise ne se déplace pas sans son thé et lance la vogue. Elle apporte aussi dans sa dot Bom Bahia, comptoir portugais qui deviendra Bombay.

La passion anglaise naissante du Tea

Les Anglais se lancent alors dans une course poursuite pour accaparer ce commerce qui promet d’être lucratif. Ils suppriment le monopole hollandais et créent leur Compagnie des Indes orientales.

Puis ils fondent sur la production chinoise. Ils en profitent pour taxer considérablement cette denrée de luxe que s’arrache l’aristocratie anglaise. Au passage cette politique de taxation leur coute le déclenchement de la guerre d’indépendance américaine.

Exaspérés que la métropole taxe aussi lourdement leur boisson, les bostoniens décident de la boycotter. Cet épisode de désobéissance civile en 1773 annonce la guerre d’indépendance. Nommée tea party elle reprend l’expression américaine de l’époque qui désigne simplement le five o’clock tea des élites britanniques.

facade de Twinnings sur le Strand, détail d'une des statues de chinois

A la fin du XVIIIe siècle, un tiers de la population boit du thé deux par fois par jour. Or, après la Guerre de sept ans, la Grande Bretagne taxe le commerce du thé dans les colonies pour se refaire une santé financière. Pour contre ces coûts prohibitifs, la contrebande fait rage sur le continent américain. Sauf à Boston où les Douanes anglaises contrôlent l’ensemble du trafic. Une campagne anti-anglaise agite la population dès 1770. À Philadelphie et à New York, des indépendantistes empêchent débarquement des cargaisons britanniques. En 1773, dans un acte de désobéissance, cent cinquante hommes jettent à la mer des caisses de thé britannique pour protester contre ces taxes. Les Anglais organisent alors des représailles. Cet incident annonce l’indépendance américaine, qui sera suivie de cinq ans de guerre d’indépendance.

Un produit de luxe

Surtout, face à la croissance du marché, la qualité de la marchandise baisse. Parallèlement, la Chine, en situation de monopole, augmente ses tarifs.  En Angleterre où le thé reste très taxé, la contrebande bat son plein. Pour la contrer le gouvernement Pitt décide d’abaisser ses tarifs douaniers et légifère avec la fameuse loi de 1784. Le prix du thé baisse et du coup la consommation britannique explose.

facade de Twinnings sur le Strand

Jusque-là le thé restait un produit de luxe.Une passion anglaise certes, mais réservée à l’élite. Dans les bonnes maisons, il était conservé dans des boites précieuses et consommé dans des services de plus en plus sophistiqués et raffinés. Les manufactures de porcelaine se développaient à mesure que le gout du thé s’affirmait. C’est dans ce contexte que le jeune Josiah Wedgwood a vu sa manufacture se développer considérablement.

tableau du V&A montrant un  tea time

 Les feuilles de thé étaient si couteuses, qu’on les réutilisait d’abord dans les étages nobles, puis à la cuisine chez les domestiques. A mesure que leur parfum s’estompait, elles descendaient l’échelle sociale. Ce ruissellement du thé si l’on peut dire permit peu à peu à l’ensemble de la société britannique de s’habituer à cette boisson exotique. A mesure, que les Anglais prenaient gout au thé, ils l’accompagnaient d’une consommation croissante de sucre en provenance cette fois des Antilles.

Une consommation croissante et de plus en plus populaire

La vogue du thé en Angleterre s’accompagna ainsi de changements dans la façon de le boire, non plus pulvérisé mais infusé et accompagné du lait crémeux anglais et du sucre d’Amérique. La consommation grandissant, le besoin de récipients s’accrut et fut à l’origine du développement local de services à thé fabriqués localement.

services à thé anciens au V&A

Tout cela coutant fort cher, les Anglais conçurent peu à peu l’idée d’échapper au monopole chinois et de créer leurs propres réseaux de thé.

En effet, cette croissance de la consommation mettait en péril la balance des échanges britanniques. Car la période correspond à l’extinction des gisements d’argent d’Amérique et par conséquent à une crise fiduciaire. Pour éviter un désastre financier et surtout échapper au monopole chinois sans se priver de monnaie, les Anglais cherchèrent alors à maitriser leurs échanges. En l’occurrence, ils se mirent en quête d’un produit que les Chinois seraient disposés à acquérir coute que coute. Ils se rendirent vite compte de l’attrait grandissant de l’élite pour l’opium.

Cette prise de conscience mena les Anglais à tout tenter pour assouvir leur passion pour le thé.

Feuilleton des thés

Pour vous donner un peu de lecture cet été, voici un feuilleton des thés. L’histoire du thé recèle en effet tous les Ingrédients d’un bon roman policier. Une légende, un secret bien gardé, un marié qui veut faire plaisir à sa dulcinée, un voleur, des intrigues, une guerre, une conquête. J’en passe et des plus rocambolesques.

Alors vous êtes accrochés ? C’est parti  pour le premier épisode chinois de ce feuilleton des thés.

A l’origine du thé, un prince et des légendes

Les légendes d’où qu’elles viennent sont jolies. En ce qui concerne le thé, elles mettent en scène un empereur chinois  ou un prince bouddhiste émerveill. L’un s’ébaudouit de la subtilité de l’arôme d’une feuille de thé tombée dans son eau bouillie. Lez autres sénthousiasment pour les vertus énergisantes de la feuille en question.

Au 3e millénaire avant notre ère, l’empereur chinois Shennong qui s’essayait à gouter des plantes de toutes sortes avec les aléas que comportaient ces expérimentations aurait trempé ses lèvres dans une eau dans laquelle avait infusé une feuille tombée du théier sous lequel il s’était assoupi. Trouvant le breuvage délicieux, il l’adopta.

champs de thé avec au premier plan fauilles
Feuilles de thé

D’autres légendes parlent d’un Prince bouddhiste qui pour lutter contre le sommeil qui le gagnait pendant ses pérégrinations se serait essayé à la boisson et en aurait été émerveillé. Les feuilles magiques lui permettaient en effet de lutter contre l’endormissement.

Une autre version, indienne cette fois ci, raconte à peu près la même histoire avec un sage parti d’Inde pour diffuser un art martial en Chine. Ayant fait vœu de rester éveillé durant les 9 ans de son périple, il se trouva fort dépourvu lorsque le sommeil fut venu. La petite feuille lui garda miraculeusement les yeux ouverts et il l’adopta illico. La vertu énergisante, voire euphorisante du thé s’imposa en effet rapidement. Une autre version très populaire évoque un prince indien venu apporter la sagesse bouddhiste en Chine. Dégoutté de s’être endormi, mil se coupa les paupières pour ne plus avoir à les fermer.  Il en naquit une plante, le théier, aide naturel à la concentration et à la méditation. Un texte médical de l’an 220 conseille d’ailleurs d’en boire pour « mieux penser ».

De la légende à l’archéologie

Toutes ces légendes attestent néanmoins de l’origine du théier dans ce triangle de l’Asie du Sud-Est compris entre le Nord de la Birmanie, le Sud-Ouest de la Chine et le Nord Est de l’Inde. Elles soulignent également l’habitude ancienne de faire bouillir l’eau pour la rendre propre à la consommation. Il semble d’ailleurs que la boisson soit devenue quotidienne dès le IIIème siècle. Que le thé y devienne une boisson princière puis aristocratique sous la dynastie des Tang (618/907) puis sous celle des Song (960/1279) est attesté par l’archéologie. 

Le thé était d’ailleurs échangé avec les nations voisines et apprécié pour ses vertus thérapeutiques. Il était réputé soulager la fatigue et fortifier la volonté. Dès la période Song, le thé en brique ou de plus en plus pulvérisé sert de monnaie d’échange notamment avec les peuples du Nord. Les Mongols l’échangeaient contre de la viande et le consommaient d’ailleurs plutôt salé et épicé. Bu avec du lait de yack on imagine le velouté du breuvage.

Le thé , secret chinois  et produit symbole de l’Empire du Milieu

Après la conquête mongole, le reflux des envahisseurs ou leur acculturation et le redressement de l’Empire, la dynastie Ming remet la petite feuille au gout du jour. Pour déguster la boisson reine, on invente alors de nouveaux récipients. Tasses et théières apparaissent pour faire infuser les précieuses feuilles.

Dès lors, l’histoire du thé croise celle de la porcelaine. Du coup, les importations venues de Chine augmentent. Aujourd’hui on parlerait de soft power. La renommée de l’Empire du Milieu passe en effet par ses productions uniques, et la maitrise de ses échanges. Qu’il s’agisse de la Soie, du Thé ou de la Porcelaine, la chine contrôle en effet toute la chaine, depuis la production jusqu’à l’acheminement. Les premiers voyageurs européens, dont fait partie Marco Polo, vont revenir éblouis par toutes ces splendeurs rapportées par voie de caravanes jusqu’`à Venise, porte de l’Occident et ils vont chercher à rapporter le secret du thé..

Et voilà qu’avec la Renaissance, les voyages de découvertes et les missions religieuses, les premiers Européens entrent dans la danse. Le contact se fait d’abord par le truchement des missionnaires portugais puis des marchands hollandais. Des 1606 la première cargaison est attestée dans le port d’Amsterdam.

Il va falloir attendre la Renaissance et les Grandes Découvertes pour que le thé gagne d’autres territoires. Retrouvons nous la semaine prochaine pour le second épisode de ce feuilleton des thés.

College Road,

Vestige du Madras britannique

Bâtiments sur College Road

College road tient son nom à la mise en place d’un campus à l’anglaise à la fin du XIXème siècle, le Campus st George, embryon de l’université de Madras, anglophone. L’université anglaise s’est transformée au fil du temps, mais quelques bâtiments délabrés en gardent la trace.

Un campus à l’anglaise sur College Road

La société littéraire de Madras tout comme le directoire de l’instruction publique se trouvent sur College Road. Ils font partie d’un ensemble voulu par les Anglais aux abords de Fort St George. L’idée était de construire un vaste campus à l’anglaise au plus près des lieux de pouvoir.

Le campus sur College Road et ses arbres

 L’endroit, sauvage, abondait en palmiers et arbres centenaires et les colons ont pensé que ce joli lieu entouré d’eau comme son nom tamil le précise (Nungabakum) permettrait une circulation aisée et une proximité avec la nature. Arbres, pierres, papillons et autres animaux en faisaient un lieu d’étude particulièrement bien choisi. C’est donc en ces lieux que furent initiés le zoo, appelé « living college », le musée nommé « dead college » et la bibliothèque.

Le terrain appartenait alors à des marchands arméniens qui le cédèrent sans problème aux britanniques à des fins éducatives.

Saint George Campus, College Road

Les premiers pas furent un peu laborieux en raison d’incompréhensions linguistiques. L’éducation était dispensée aux enfants britanniques. Les « métisses » en étaient exclus. Dans les cours comme dans l’architecture, les colons essayèrent de donner leur lecture de l’indianité. Ainsi en est-il du style indo sarracénique, mélange les influences mogholes et européennes bien qu’il se prétende local. L’archétype stylistique à Chennai en est le Fine Art college. Ce style se veut partout identique mais différent. Avec le même vocabulaire architectural on cherche en fait à construire des bâtiments originaux.

Les bâtiments

Construit au bord de la rivière Cooum près d’un pont, le campus disposait de son quai. Il ne reste que la porte d’honneur, en piètre état aujourd’hui et aménagée en Poste et local technique. De cette porte on enregistrait le passage des étudiants et des marchandises.

Facade indo-sarracénique sur le Campus Saint George de College Road

Une petite chapelle, reconstruite, regroupait les étudiants.

En face, le bâtiment blanc moderne et sans grâce se traverse pour amener à un de plus jolis édifices de style indo sarracénique en brique rouge et médaillons de stuc, aujourd’hui dévolu à l’administration. Juste derrière, se cache un petit temple. Ces bâtiments de brique rouge, parfois recouverts de plâtre blanc remontent aux premières années du XXe siècle.

La Madras Literary Society

livres entreposés, Société littéraire de Madras, sur College Road
Facade de la Madras Literary Society

Plus proche de College Road, le bâtiment de la Madras Library society emprunte à l’architecture du Rajahstan avec ses, jaruka, faux balcons typiques de l’influence islamique. Signe de patriarcat, ils permettaient aux femmes de voir sans être vues. Ils cachent les 3 niveaux de terrasse dont le but était de favoriser la circulation d’air et par conséquent de tempérer un peu les fortes chaleurs. Les fenêtres, doublées au ¾ à l’intérieur agissent dans le même sens et améliorent l’acoustique.

Fenêtres en retrait pour une meilleure accoustique et un contrôle de température? et livres en poussière à la Madras Literary Society

La bibliothèque s’est constituée sur le dépôt des ouvrages parus à l’université. Malheureusement il s’agit d’une fondation privée, la seule du campus, et elle manque cruellement de fonds.

Longtemps tenue uniquement par de hommes, cette bibliothèque compte aujourd’hui majoritairement des dames. Celles-ci recueillent les dons de livres en tamil et anglais et s’évertuent à créer des évènements pour faire vivre les lieux et redonner un peu de lustre au bâtiment en piteux état et aux livres souvent réduits en charpie. Seules en effet les cotisations et donations sont susceptibles de maintenir les lieux et surtout les manuscrits dont certains très anciens. On y découvre, un peu atterré par l’état, une traduction d’Aristote du 17eme siècle et des gravures des objets envoyés à l’exposition universelle au Crystal palace à Londres en 1851. Pour les locaux de l’étape, l’intérêt porte surtout sur la première édition du cultissime Ponyam Selvan récemment adapté au cinéma.

Gravure représentant le Prince Albert

Les étagères de fonte et les chaises démontables remontent à la période de colonisation et sont dans un état déplorable. Tout crie misère.

1ere edition du cultissime Ponniyin Selvan

Higginbothams,

La librairie incontournable de Chennai

Vous aimez lire et vous habitez ou visitez Chennai ? Alors, pas d’hésitation, foncez chez Higginbothams.

En effet, Higginbothams est la librairie incontournable de Chennai.

Cette librairie, la plus vieille du pays, vieille de plus de 1,5 siècles est une véritable institution dans le sud de l’Inde. Alors en route pour connaitre son histoire.

Abel Joshua Higginbotham s’est embarqué pour l‘Inde pour une raison inconnue en 1844. Délaissant l’Angleterre, il est néanmoins resté fidèle à sa profession et a initié une librairie sur Mount Rd à son arrivée à Madras. Plus précisément il a acheté la boutique en déclin de missionnaires protestants qui vendaient des Bibles.

Des missionnaires vendeurs de Bible à la Librairie Higginbotham

Sous l’impulsion de Higginbotham, L’entreprise, peu rentable, est devenue florissante au cours du 19e alors que l’offre de livres s’étoffait.

La liquidation de la Compagnie des Indes Orientales en 1858 fit l’objet d’une proclamation royale, lue à Fort George puis imprimée et diffusée en Tamoul et anglais par la libraire. Dès lors Higginbotham devint incontournable dans la ville coloniale. Elle s’affirma comme la librairie la mieux achalandée, ce dans tous les domaines. Des sciences à la littérature, Higginbotham proposait alors un vaste choix, que ce soit en rayon ou sur catalogue.

Avec l’ouverture du Canal de Suez et l’introduction de bateaux à vapeur, la distance de la métropole aux colonies indiennes se réduisit et dans les années 1870, l’offre de livres s’accrut encore. Avec les visites royales, la librairie devint même fournisseur officiel de la couronne puis du gouvernement et des institutions coloniales.

les rayonnages bien remplis de la librairie Higginbothams

De Higginbotham à Higginbothams

 Plus encore, dans les années 1890 Abel Joshua Higginbotham devint shérif de Madras et seul fournisseur de la bibliothèque Connemara. Il associa alors son fils dans sa société devenue Higginbothams and co.

Avec la publication de livres de cuisine indiens, Higginbothams affirma en outre sa position d’imprimeur et éditeur local.  Au début du XXème siècle, et sous l’impulsion du fils, l’enseigne commença à s’étendre à toute l’Inde du Sud. On retrouvait ainsi des succursales Higginbothams à Bengalore mais aussi dans les villages des collines dans lesquels les riches colons passaient les mois d’été. L’héritier de la librairie étendit en outre le commerce aux kiosques situés dans les gares qui accompagnaient le développement ferroviaire.

A Madras, le nouveau bâtiment toujours siège de la librairie sur Mount Road, afficha fièrement sa belle façade coloniale blanche. Très spacieux, il évitait les fenêtres pour ne pas nuire aux ouvrages présentés. Sa symétrie et ses baies palladiennes attestent aujourd’hui encore des gouts architecturaux du Raj. Il devint rapidement le lieu à la mode.

Higgibothams, survivante de l’ère de gloire du Livre

Dans les années 1920, Associated Printers, aux mains du groupe Robinson, absorba le journal Madras Mail puis la librairie.

Pendant la seconde guerre mondiale, Higginbothams connut un nouvel essor en devenant le plus gros pourvoyeur de livres de poche vendant tous types de livres même les plus controversés. Le site explique que les royalties étaient alors versées à la Croix Rouges pour les vétérans de l’armée anglaise. Quoi qu’il en soit, on y trouve encore aujourd’hui des publications sujettes à caution.

Avec l’Indépendance néanmoins, la librairie passa sous le contrôle du groupe Amalgamations.

Aujourd’hui la librairie est juste une activité annexe mais le groupe tient à sa survie.

Elle a malheureusement beaucoup souffert du Covid et de la concurrence des ventes en ligne. La majorité des boutiques de gares ont fermé pendant la période de confinement et ne réouvriront pas.

 Il ne reste aujourd’hui que 15 librairies des 70 que le groupe avait dans les années 1990 dans les grandes villes du Sud de l’Inde. Plus que jamais, le beau bâtiment colonial de Mount Road reste le témoin d’un âge d’or de la lecture et de la vente en direct de livres. Le plaisir de flâner entre les rayons y reste intact. Que vous cherchiez la dernière publication anglaise ou un classique de la littérature locale ou anglo-saxonne, que vous vous intéressiez aux auteurs indiens ou à la littérature mondiale, Higginbothams a de quoi vous satisfaire. Si vous lisez en anglais (voire en Tamoul), que vous recherchez de la papeterie, des livres pour enfants ou des ouvrages d’art, Higginbothams reste un lieu magique de Chennai.

des rayonnages vidés à la gare centrale

Mysore bis

Et pourquoi pas un Mysore bis ? Après avoir vanté les Palais de Mysore, je pensais parler des environs. Mais, je reste sous le charme de cette ville et vous propose de vous y promener encore un peu dans ce « Mysore bis ». Aujourd’hui, je voudrais m’attarder sur quelques haut lieux et monuments de la ville..

un mouton dans les rues de Mysore
Jolie recontre dans les rues de Mysore

La colline Chamundi

Gopuram du temple Chamundi, à Mysore
Temple de Chamundi

Située à une dizaine de km de la rivière Kauveri, Mysore a été construite au pied d’une colline surmontée par le temple Chamundi. Très vivant, il fait l’objet d’un véritable chemin de pèlerinage pour les fidèles qui montent à pied. Vous pouvez tout à fait vous y faire déposer si la montée abrupte vous rebute.

La vue d’en haut y est spectaculaire. Néanmoins, je vous conseille d’emprunter à l’aller ou au retour le chemin. Le temple, consacré à la Déesse Durga est bondé les fins de semaine. Les Gopurams sculptées sont monochromes contrairement à celles du Tamil Nadu. En outre, elles ne comportent en général que la divinité honorée dans les lieux. Leur couleur jaune évoque l’or dont certaines pouvaient se parer. Des piliers et murs sculptés soulignent son importance pour les fidèles.

Statue géante du taureau Nandi, sur la colline Chamundi à Mysore
Taureau Nandi

A mi-chemin, une énorme statue du taureau Nandi. Depuis la terrasse, se dessine les pelouses du palais royal. Au pied de la colline, si vous aimez marcher sur les grandes routes, vous pouvez regagner le palais ou prendre un véhicule pour vous y mener.

marche colorée par les pélerins sur la colline Chamundi Mysore
Marches marquées par les pélerins sur la colline de Chamundi

Marché et autres édifices religieux de Mysore

Autour du Palais, se concentre en fait l’essentiel de l’activité de la ville. On y découvre en effet le marché Devajara, le terminal de bus, l’hôtel de ville et les commerces.

Poudres multicolores au marché de Mysore
Couleurs du marché de Mysore

Le marché, très vivant comme toujours en Inde, se cache derrière les façades des rues principales, comme Sayyaji Rao rd.  Ce dédale de ruelles couvertes explose de mille couleurs. On voit le sens esthétique et chromatique typiquement indien dans la disposition des étals, des légumes et fruits. Un régal pour les yeux et les photographes. Les épices et surtout le santal ont également assis la notoriété de la ville.

D’ailleurs, c’est à l’entrée de ce marché que se trouvent les innombrables vendeurs de la sucrerie dont raffolent les Indiens du Sud, le Mysore pak. Déjà un peu lourd et très sucré en temps ordinaire, il se déguste chaud dans la boutique Guru. Cependant, attention ce peut être un peu compliqué pour nos estomacs européens.

couleurs de sfruits du marché de Mysore
Marché de Mysore

Au-delà de ce quartier central, s’étendent parcs et quartiers d’habitations. Ainsi, la cathédrale Sainte Philomène, fait penser à une sorte de réplique de Westminster abbaye. Plus que les clochers néo gothiques peints en gris pour ressembler a du granit , c’est la perspective qui rappelle l’abbaye anglaise. L’intérieur de la cathédrale, blanchi à la chaux, recèle cette chaleur joyeuse propre aux églises indiennes.

Cathédrale ste Philomène Mysore
Cathédrale Sainte Philomène, Mysore

Toujours, dans la perspective, une très jolie mosquée fait face à une roseraie et annonce le souk musulman. Au milieu des moutons, la grosse communauté musulmane (près de 1/5e de la population de la ville) rend cette zone très active. Ici la population, les étals, les restaurants rappellent le moyen orient.

Mosquée à Mysore
`Mosquée à Mysore

La nature dans la ville

Pour ceux qui ne voudraient pas commencer trop loin leur exploration de la luxuriante région du Karnataka , le Karanji lake offre une halte de choix. Construit par un des rois de Mysore au pied de la colline Chamundi, il constitue aujourd’hui une réserve aviaire. Ce beau lac jouxte également le zoo  Chamarajendra, très réputé pour ses guépards fugueurs…

Il est également tout proche du Lalita Palace, déjà évoqué dans mon article précédent.

un singe
Singe à Mysore

Mysore offre un peu le meilleur des mondes. Un vrai dépaysement, une grande variété, dans une ville au climat plus sec que la côte du Tamil Nadu. D’ailleurs, on y marche sur les trottoirs à l’ombre des arbres. Je m’emballe. On n’est pas non plus en Europe mais quelle douceur de vivre par rapport à la majorité des villes du sud. Et vous pouvez tout simplement vous régaler des affiches et de la délicieuse écriture locale au Karnataka, le Kannada,

écriteau en kannada, l'ecriture du Karnataka
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affichage en Kannada



Mysore

La ville des Palais

Mysore, ville des palais, allie le charme des villes du sud de l’Inde et l’histoire et le raffinement des villes du Nord marquées par la période Moghole. Elle mérite de s’y arrêter pour profiter de la cité elle-même mais aussi de ses environs. Du coup, je vous propose un premier article sur la ville et un second sur ses environs.

Le Palais de Mysore

Splendeur du Palais de Mysore

L’un des charmes de Mysore réside en effet dans ses palais. L’histoire des maharadjas et de toute la mythologie occidentale qui y est liée s’apprécie ici. Pourtant, la plupart de ces palais sont récents. L’occupant britannique dans sa mansuétude a reconnu les potentats locaux en leur accordant des demeures mirifiques comme pour mieux se jouer de leur pouvoir réel. Quoiqu’il en soit Mysore compte au moins 3 palais dignes de ce nom et de nombreuses maisons palatiales.

Entrée du Palais Royal de Mysore

Le plus connu, le Palais de Mysore est une énorme pâtisserie kitsch. Il s’illumine de mille ampoules les soirs de la semaine le temps d’un son et lumières très sonore. Le dimanche à 19h30, toutes les lumières se mettent à briller. Dans la journée, les salles officielles se visitent pieds nus, ainsi que différents temples à l’intérieur de cet énorme complexe fréquenté par des hordes de touristes.

Le Palais de Mysore illuminé

Sur les hauteurs de la colline Chamundi, la villa Rajendra, palais réservé aux visiteurs du roi de Mysore, Krishnaraja Wodeyar IV, abrite aujourd’hui un hôtel. Son architecture s’inspirerait de la cathédrale St. Paul’s de Londres. Construit en 1921, il appartenait au vice-roi des Indes.

Palais Musée Jahangar

La famille royale, a fait don à la ville d’autres palais. Ainsi, le Palais Jahangar, à l’architecture sobre abrite des collections artistiques. Les amateurs d’art à l’occidental peuvent passer leur chemin. Pour ceux qui tiendraient vraiment à visiter les lieux cependant,  il ne faut pas manquer la guitoune à l’entrée. Elle fait office de billetterie. On accède aux galeries par la verrière au fond du jardin à droite.

le dernier Maharadja de Mysore

Le premier grand salon expose des œuvres horlogères. Quant à la grande collection de portraits, elle révèle combien dès la fin du XVIIIe l’européanisation s’exerçait autant dans les mœurs, l’économie que dans les arts. Des portraits de dignitaires locaux posant à la manière anglaise côtoient des profils moghols agrandis. Des portraits de groupe juxtaposent maladroitement des jambes et torses sur lesquels ont été posés des visages, visiblement par des artistes différents. Les perspectives sommaires, attestent de l’intérêt porté à l’art européen par des artistes locaux.

De jolies fresques ornent néanmoins les murs du second étage.

Le Palais Lalita

Le Lalita Palace, Mysore, des allures de Capitole

Plus au sud de la ville, le Palais Lalita reste impressionnant. Son architecture n’est pas sans rappeler le capitole de Washington ou tout autre grand bâtiment néo colonial anglais. Les salons ont gardé un charme désuet. Dommage néanmoins que l’hôtel vive sur son précieux passé et ne songe guère à se moderniser. La tasse de thé et le biscuit digestif offert en contrepartie de 100 roupies pour compléter le tour d’horizon pourraient gagner en classe. On se voit bien profiter d’un véritable et « so british » afternoon tea dans un lieu pareil.  

Salon du Lalita Palace

Outre ces Palais, de très belles maisons se découvrent au hasard des avenues plantées. On peut citer le Green Hotel une jolie demeure coloniale entourée d’un vaste jardin dans le quartier de l’université. Au fond du hall de cet hôtel vieillot au charme colonial, se niche une ravissante pâtisserie.

Jolie halte à la pâtisserie du Green Hotel

Mysore, une ville pensée

En dehors du marché, très animé et typique des villes indiennes, Mysore jouit d’un urbanisme incomparable dans le sud. Car elle n’a pas poussé au gré des exodes, comme bon nombre d’autres villes. Au contraire les larges avenues aérées, les rond points et les perspectives attestent d’une véritable pensée urbanistique. En d’autres termes Mysore a été dessinée avant d’exister.

On sent certes la patte anglaise, dans le plan et les nombreux espaces verts, les édifices blancs et symétriques. Mais la présence moghole compte certainement beaucoup dans la création de cette véritable cité jardin. Le plan s’est d’ailleurs d’autant plus imposé ici qu’il a fallu tenir compte de la géographie des lieux. En l’occurrence de nombreux lacs et collines parsèment cette ravissante cite verte.

Mysore, cité jardin

Car si les grandes avenues donnent un aspect aéré rarissime en Inde, la profusion des jardins, parcs et arbres rajoutent au dépaysement. Alors Mysore ville jardin, ou ville Palais ?

Première salle du Palais Royale de mysore

Madurai Bis

Pour ce Madurai bis, je vous convie à visiter en profondeur deux icônes du Sud de l’Inde. Le Temple Meenakshi de Madurai est certainement le temple vivant le plus connu et le plus fréquenté du Sud de l’Inde. Véritable emblème du Tamil Nadu, il rend la visite de la ville incontournable.

Fondée au 3e millénaire avant JC, la richesse de Madurai la rendit précieuse. Convoitée, Madurai est en effet envahie par le sultan de Dehli au 14ème siècle. Elle connait alors une parenthèse musulmane, rare dans l’Inde du sud. Puis, elle est reconquise par la dynastie hindoue Nayak. De ces époques, datent deux des très beaux monuments de la ville, le temple et le Palais. Puis, en 1801, elle passe sous la tutelle anglaise de l’East India Company.

Le temple Meenakshi de Madurai

Le grand temple Menaakshi de Madurai se trouve au centre de la ville. C’est l’édifice le plus célèbre de Madurai et l’un des plus beaux et importants d’Inde. Pour le Sud il représente ce que le Taj Mahal est au Nord. Construit entre les 7ème et 9èmes siècles, il a été reconstruit à plusieurs reprises. Ce labyrinthe coloré et très fréquenté par les fidèle s’apparente à une ruche.

Le temple Meenakshi de Madurai

 C’est un double temple, énorme, consacré à Shiva et Parvati, sous son nom Meenakshi. Pour y entrer, il faut dépos. er quasi toutes ses possessions. Bien sûr, chaussures chaussettes, mais aussi téléphone et sacs, appareil photo puisque les photos y sont interdites. Une tenue correcte s’impose (les jambes et épaules doivent être couverts). Une fois démuni, vous pouvez visiter l’énorme complexe en essayant de ressortir par la porte par laquelle vous êtes rentrés. Car Il y a 12 gopurams et 4 entrées principales, assez éloignées les unes des autres pour qui claudique pied nu dans la fange des villes indiennes….

L’ensemble est impressionnant de vie, de couleurs et de profusion sculpturale notamment dans l’extraordinaire salle des mille piliers, transformée en musée et donc payante. Ce dernier ferme de midi à 16h. Il vaut mieux visiter le matin (5h30/12h30), à moins que la foule et le chaos qui l’accompagne ne vous tente vraiment.

Pilier du mandapa du Temple Meenakshi de Madurai

En sortant, on contourne le temple. Sur la vaste esplanade, les terrasses de certains commerces permettent d’avoir une vue magnifique sur l’ensemble du temple. Il vaut aussi le coup de contourner complètement le mandapam extérieur pour découvrir le taureau Nandi. De là, on accède facilement au très beau marché. Mais aussi à tout le centre commercant avec ses rues et galeries spécialisées.

Le Palais

Non loin, se trouve le palais ou plus exactement ce qui reste du palais, à savoir une cour et les appartements de la reine.

Cour d’honneur du Palais de Madurai

 Construit en 7 ans autour de 1636 pour le roi Thirumalai Nayak, le palais de Madurai s’organise autour de sa cour. Si on lit des influences arabes dans les arcs outrepassés, ce palais porte également une marque européenne. L’architecte italien Roberto de Nobili, jésuite converti à l’hindouisme, y travailla en effet vers 1610. Le palais était alors peint en jaune et noir. Le blanc d’œufs et les coquillages constituant le plâtre jaune isolaient de l’humidité et des insectes. Néanmoins, le tout a été refait en bête plâtre en 1850 par les Anglais.

Perspective du Palais de Madurai

Bien qu’Italien, le missionnaire architecte s’est plié aux préceptes architecturaux particuliers du Vastu shastra.

moulures du Palais de Madurai

Je vous laisse méditer ces principes et haruspices, encore en vigueur dans les constructions indiennes. Mon neurone cartésien ayant été pris de fou rire au moment de l’explication du très sérieux guide, je ne suis pas en mesure de vous livrer une lecture satisfaisante, et encore moins rationnelle.

Pour autant, la majesté de l’ensemble est indéniable et on décèle malgré les lourdes restaurations britanniques des influences dravidiennes et islamiques.

Le long de la majestueuse cour, un musée lapidaire occupe aujourd’hui l’ancienne salle de bal. On y voit des statues de divinités en pierre remontant au 10ème siècle et notamment une belle sculpture jain.

Musée lapidaire, Palais de Madurai

On peut visiter le Palais illuminé tous les soir lors du spectacle sons et lumières, toujours très son pour les Indiens qui adorent le bruit fort.