Modhera

Un peu au nord d’Ahmedabad, le superbe Temple de Modhera (1h de route) vaut le détour. On y admirera un des grands chefs-d’œuvre de l’architecture Solanki avant de se rendre dans la banlieue de Gandhinagar au Adalaj vav.

Le temple du Soleil, Modhera

Le magnifique temple de Modhera affecte une forme ramassée. Il adopte le même style architectural que le Rani Ki Vav, un peu plus au nord. Classé au patrimoine de l’UNESCO, il jouit d’un aménagement qui le met à l’abri des déprédations et ordures malheureusement si courantes en Inde.

 Protégé et entretenu par le service archéologique d’Inde, il reste néanmoins vivant. Les touristes peuvent admirer la beauté harmonieuse de son architecture sans gêner les fidèles, accueillis dans un petit temple latéral.

On accède tout d’abord à un réservoir aux escaliers géométriques. De petits paliers répartissent de manière symétrique les volées de marches disposées en triangles. Une magnifique Torana ouvre sur le temple. Ce type de porte évidée et sculptée est typique de l’architecture médiévale Nagara que j’avais découverte dans l’Odisha. De petite taille, il offre une iconographie d’une richesse exceptionnelle avec ses motifs en accolade typiques du style.

Ce temple dédié à la divinité solaire (Surya) est construit dans le style Māru-Gurjara ou Chaulukya, ou Solanki, variante régionale du style Nagara. Il se compose de trois éléments alignés axialement. Le sanctuaire proprement dit, “garbhagriha”, donne dans une salle “Gudhamandapa” un peu plus grande. À l’extérieur, une salle d’assemblée “sabhamandapa” ou “rangamandapa” et un réservoir sacré “kund” complètent le complexe.

Une architecture remarquable

Ce temple date de 1026 après J.-C. et de la dynastie Chaulukya qui a donné son nom au style. Il est un peu antérieur au Rani ki Vav. Voir les deux permet d’apprécier pleinement la richesse architecturale et ornementale.

On trouve ce type d’architecture au nord-ouest de l’Inde. Le meilleur exemple de son évolution du XVIᵉ au XIXᵉ siècle se trouve à Palitana. Ce style orné s’ancre dans les innovations de l’Inde occidentale au Xᵉ siècle sous la dynastie bâtisseuse des Chalukya appelés aussi localement Solanki. Ces caractéristiques se sont cristallisées dès le XIVᵉ siècle dans les temples jains. À Modhera et au Rani Ki Vav, on parle plus précisément d’une variante Māru-Gurjara.

Ce style insiste sur l’ornement des murs extérieurs et intérieurs. Des bas-reliefs et formes géométriques les recouvrent entièrement. Trois salles hypostyles (à colonnes) ouvertes jouent sur les formes carrées et circulaires. Des toranas (portes décorées) et des andolas (arches en accolade) très ornés ajoutent à la complexité du décor. Au plafond, des coupoles aux cercles concentriques enveloppent l’espace et la lumière.

Pour admirer le raffinement presque maniériste de l’architecture locale, vous pouvez pousser vers Gandhinagar, dans un lieu touristique plus fréquenté quoique bien passionnant également.

Adalaj Stepwell

Le réservoir Adalaj est un peu plus tardif. Construit en 1498, ce baori (en hindi)  ou vav (en gujarati ou marwari) servait de réservoir pour boire, se laver ou se baigner. On trouve beaucoup de ces puits dans cette région aride, jusqu’au Pakistan. Construits entre le IIIᵉ et le XIXᵉ siècles, il y en a plus de 100 dans le seul Gujarat. Néanmoins, Adalaj est le plus connu de la région en raison de sa beauté mais aussi de sa proximité d’Ahmedabad.

Ces structures utilitaires ont parfois joui d’embellissements visant à célébrer l’importance de l’eau. Les plus anciens de ces puits étaient creusés dans la roche. Le vav Adalaj comporte cinq étages de profondeur, tous entièrement sculptés.

On y accède par un escalier qui s’ouvre au sud. Puis trois escaliers au sud, à l’ouest et à l’est mènent au palier situé au nord du puits. Aux quatre coins, quatre petites fenêtres en oriel décorées minutieusement l’éclairent.

Un réservoir de style Solanki

Construit en grès, il adopte le style Solanki abordé à Modhera. Dans la partie supérieure, son plan octogonal repose sur de nombreux piliers sculptés. Chaque étage est suffisamment large pour permettre à un grand nombre de personnes de venir chercher de l’eau. Creusé profondément, il visait à capter l’eau au niveau des nappes en tenant compte des fluctuations de niveau saisonnières. Les trous dans le plafond permettent d’aérer les étages.

Du premier étage, trois escaliers mènent au niveau inférieur du puits. Le sol aux marches carrées prend la forme d’un entonnoir autour du puits circulaire. Il s’ouvre sur l’extérieur. Une forêt de colonnes, poutres et arcs sculptés se succède. Les motifs floraux et graphiques se mêlent aux symboles de dieux hindous et jains sculptés. Dans la partie supérieure, on peut admirer des motifs d’éléphants de tailles et représentations différentes. Sur les murs, des sculptures de femmes dans des taches de la vie quotidienne, s’habillant, barattant le beurre, dansant sous le regard du roi.

Je suis pas fan de la pub, mais voici quelques explications.

La température dans le puits est inférieure de 5 degrés à l’extérieur. Ce qui encourageait les femmes qui venaient chercher de l’eau à passer plus de temps à discuter età y honorer les divinités.

Rani ki Vav

Aujourd’hui je vous propose une virée au Rani Ki Vav. il se trouve à 3 h au nord de Ahmedabad 125 km en direction de Patan. On va traverser ce qui fut autrefois une capitale et ne correspond plus qu’à un village avant de rejoindre un site UNESCO exceptionnel.

Sur la route, on croise de nombreux dromadaires. On sent que le nord du Gujarat est la proie du désert. Néanmoins le Premier Ministre d’Inde, ex Chief Minister du Gujarat a doté son Etat de routes impensables ailleurs en Inde. De fait, le Gujarat alterne le meilleur et le pire, la modernité absolue et la pauvreté crasse.

 Rani Ki Vav, le temple inversé

 Ce puits de la Reine vaut tous les superlatifs laudatifs. Situé au fin fond de la campagne, il vaut mieux y accéder de bon matin pour éviter les foules. Car ce réservoir aux allures de temple fait le plein de locaux éblouit par la beauté des sculptures.

éléphanst sculptés

Le Rani Vi Vav, parfois considéré comme un temple en raison de sa beauté, remonte au XIeme siècle. Construit pour servir de réservoir, il appartient à un type de construction typique des régions désertiques du nord ouest de l’Inde. Mais il dépasse ses équivalents par sa taille et sa splendeur.

nettoyer le Rani Ki Vav

Comme les autres puits, le Rani Ki Vav se remplit selon les saisons. Le but consiste à stocker les pluies de la saison humide pour survivre aux périodes de sécheresse. Les mois chauds il fallait descendre plus bas pour récupérer le précieux liquide d’où l’invention de ces puits à degrés. Celui ci atteint 7 étages en profondeur d’où le nom actuel de temple inversé. Ces vans ou baoris constituèrent une grande contribution architecturale de l’ouest de l’Inde.

Ce magnifique puit disparut néanmoins au cours des siècles. Submergé par une crue du fleuve Sharavathi, le site s’envasa. On ne le redécouvrit que dans les années 1940 pour ne commencer la restauration que dans les années 1980. Depuis 2014, il figure dans le classement de l’Unesco.

Le Rani Ki Vav, Une œuvre commémorative

Le Rani Ki Vav remonte à la mort du roi Bima qui avait établi sa capitale non loin dans la ville de Patan. Chassé par des armées musulmanes destructrices des temples de Somna et Modhera, Bima ne vit jamais ce chef d’œuvre voulu par sa veuve. En effet Rani signifie la reine.

Le programme décoratif, d’un raffinement extrême, reste pourtant typique de la dynastie Chaulukya ou Solanki. Ce style perdure dans l’architecture jain qui s’est cristallisée à cette époque autour de la construction des temples jains du Mont Abou. On retrouvera d’ailleurs le style dit Solanski au temple de Modhera et à Palitana.

Cette œuvre commémorative comporte 7 étages dont les 5 inférieurs sont quasi parfaitement conservés. Des 4 plateformes on visualise une partie des merveilleuses sculptures. On s’amuse ainsi à y chercher les 24 formes de Vishnou. Les avatars du dieu le représentent sous la forme d’un sanglier, d’un nain. Cette iconographie accompagnait les femmes dans leur quête d’eau.

On ne peut en revanche pas accéder au puit vertigineux de 29m  dont le réservoir récupérait le surplus. Il faut se contenter de plonger le regard dans ses profondeurs de derrière un grillage.

Il reste environ 500 des 800 sculptures. En bas ou haut relief, elles décorent les 226 piliers (sur les 292 originels) et les frises. Les colonnades avaient pour but de réduire les rayons du soleil et, de là, l’évaporation du soleil. Même si on peut regretter la bétonisation des 2 derniers étages, ce chef d’œuvre d intelligence écologique ne cesse d’émerveiller par sa splendeur. Car au XIe s la sécheresse du Sharavathi obligeait déjà les hommes à ruser pour survivre.

sculptures, Rani Ki Van

Non loin du Rani Ki Vav

 Un système de canaux, tranchées et réservoir existe non loin du Rani Ki Vav. Ces lieux magiques nous content l histoire de la recherche d’eau dans cette région désertifiée. On peut donc coupler la découverte de ce fantastique site avec le Shahstraling Talav pour mieux comprendre le système de récolte et de stockage d’eau médiéval.

Sidhpur, image de Philippe et véronique

Il est également possible de considérer une petite halte dans la jolie petite ville de Sidhpur. On y voit les ruines du temples Rudra Mahalaya et surtout les jolies maisons de bois colorées de teintes pastel. Une rue particulièrement jolie conserve ses maisons au style victorien Elles furent construites par la communauté des Bohra musulmans. L’on trouve ces maisons dans l’ensemble du quartier (Vohravaad), parfois en très piteux état. Cependant seule « Paris Galli » ou « rue de Paris  » apparait sur les sites touristiques presque à l infini. Car, dans les faits, sur le bon millier de ces maisons, à peine un tiers sont entretenues ou habitées. Hormis la jolie rue instagrammable et instagrammée, le reste de la ville donne plutôt une impression fantomatique, quoique assez envoûtante.

Sidhpur, facades, image de Philippe et Véronique
facade de Sidhpur image de Véronique et Philippe