J’ai écrit il y a quelques temps déjà sur Eagle temple dans un article concernant de jolies visites à faire entre Pondichery et Chennai. Néanmoins, je n’avais accordé que quelques lignes au double temple de “Thirukazhukundram”. Situé à l’intérieur des terres non loin de Mahabalipuram, le site n’est pas anodin. Il s’agit d’une falaise s’élevant brutalement au milieu de la plaine côtière.

Le nom du village Tirukkalukkunram a une signification en tamoul. Tiru veut dire sacré et s’utilise couramment pour les temples de la région. Kazhu veut dire aigle et Kundram, la colline. Il s’agit donc de la « colline des aigles sacrés » et plus simplement du temple des aigles ou Eagle Temple.

Lors de mon premier arrêt, j’y vantais simplement la beauté du temple de Shiva juché au sommet d’une colline et jouissant d’une vue extraordinaire. Je ne m’étais guère intéressée au temple bas, situé dans la bourgade. A l’époque de ma première visite, celui-ci était en effet fermé. Or en revenant dans la petite ville et prenant le temps de bien visiter les deux temples complémentaires, j’ai enfin entrevu leur signification.

Le temple Thirukazhukundram, ou Eagle temple

Le nom provient de la légende des aigles venant y vénérer le dieu Vedagireeswar. Selon cette légende, des aigles incarnant les fils de Brahma viennent manger en ces lieux tous les midis. Il semble qu’il s’agisse vraiment d’une légende car rares sont les chanceux à avoir vu les aigles ou des vautours d’ailleurs.

Ce temple escalade une falaise pentue. Un premier sanctuaire accueille le visiteur avant la première volée d’escaliers. Après une plateforme qui permet de respirer et d’embrasser l’impressionnante vue sur la vallée, une voûte en tôle couvre les degrés suivants. On en compte plus de 550, il vaut mieux donc se préparer à l’ascension. Des singes un tantinet agressif accompagnent la montée jusqu’aux robinets pour se purifier.
La dernière volée d’escaliers s’effectue à l’air libre et permet de jouir d’un panorama saisissant. On accède directement au cœur du sanctuaire face à la cella. Il convient de la contourner par la gauche pour assister aux cérémonies religieuses. Une petite salle hypogée lui fait suite. Elle remonte sur une terrasse qui domine la vallée.

Le lieu est aussi appelé Vedagiriswarar ou « le Seigneur des montagnes védiques » en Sanskrit. Ce nom reposerait sur une autre légende. Shiva aurait créé les falaises comme autant de Vedas. Il est vrai que le phénomène géologique est ici remarquable. Des rochers agrégés les uns aux autres surgissent au milieu d’une large plaine côtière.

Selon la tradition, les quatre Vedas, Rig, Yajur, Sama and Atharvana, ont pris la forme de 4 gros rochers placés les uns sur les autres. Le Sommet correspond à Shiva ou Vedagiriswarar émergeant de la tête du quatrième Veda, Atharvana. Le nom s’explique ainsi : Veda, giri (chef), swarar (Sommet).
Temple Thirupurasundari
En contrebas, le temple consacré à la divinité féminine Parvati « complète » l’entité masculine, érigée en hauteur comme sur un Lingam. Il donne sa cohérence au lieu et une belle explication de l’hindouisme.
La ville abrite en effet l’un des plus anciens temples à Siva “Vedagireeswarar” que je viens d’évoquer. Il se dresse majestueusement au sommet de la falaise tel un lingam. On y célèbre donc un double lingam (l’attribut phallique de Siva) ou un lingam sur un lingam. Pour enfoncer le clou les rayures blanches et rouges, synonymes de Shiva, bariolent les murs de ce temple. Sanctuaire du Lingam, il est annoncé par Nandi. Le taureau attribut de Shiva n’est pas vénéré au sommet, mais au pied de la colline. Il annonce et garde, en quelque sorte, le lingam. Pour les amateurs des périodes minoenne et mycénienne, la symbolique de fertilité du taureau et du lingam est assez claire.

Au pied de la montagne, en revanche, on célèbre la déesse Thirupurasundari. L’épouse du Dieu réside en contrebas de son temple en un lieu nommé “Thaazakoil”. Pakshi (oiseau) et Theertha (étang ou lac). De fait. “Pakshi Theertha” « l’oiseau du lac sacré » est l’autre nom de la localité. De fondation vraisemblablement pallava il a certainement été agrandi sous les Cholas. C’est une chronologie typique pour les temples agricoles. Trouver des datations et documents historiques en anglais s’avère, comme souvent en Inde, ardu. En revanche, les magnifiques piliers Yalis et autres sculptures attestent d’une réfection sous les Vijayanagars entre les XVe et XVIIème siècles.

Alors que le temple masculin est construit verticalement (en hauteur) celui-ci occupe un grand espace au sol. Ses quatre gopurams dominent d’ailleurs la zone fertile dont il bénéficie. La richesse des redevances au temple provient en effet du riz, de la cane à sucre, des pastèques et okras cultivés tout autour. Les nombreux étangs facilitent l’irrigation et la qualité des récoltes.

Au sortir du temple on se rend compte à quel point la bourgade reste agricole. Quelques jolis bâtiments art déco en piteux état attestent de la richesse ancestrale des terres. On peut terminer la visite du site auprès du réservoir.