Champaner

Champaner est un site passionnant classé au patrimoine de l’UNESCO.

Connu aujourd’hui pour son pèlerinage hindou, sa splendeur repose pourtant essentiellement sur son architecture islamique prémoghole.

Une ville pré-moghole classée au patrimoine Unesco

La ville au pied du mont Pavagadh a connu son apogée sous le sultanat du Gujarat à la fin du XVᵉ siècle quand elle devint une capitale militaire, civile et religieuse. Des routes s’ajoutèrent aux fortifications, ponts, jardins et ouvrages hydrauliques.

Mais, au XVIᵉ s., les Moghols prirent le contrôle du nord de l’Inde et en 1534 Champaner tomba. Son âge d’or n’avait duré que 50 ans (1484-1534). Une période de déclin commença alors, tandis qu’Ahmedabad redevenait capitale. La ville sombra dans l’oubli jusqu’à la redécouverte au XXᵉ. et la campagne de fouilles en 1969.

On pourra s’attrister mais pas s’étonner que Champaner-Pavagadh préserve modérément son fantastique patrimoine islamique. En revanche, elle gère merveilleusement son site hindou. Car Champaner est la seule ville musulmane prémoghole d’Inde et surtout la plus complète. Si les plus belles mosquées sont heureusement entretenues et gardées dans de petits parcs, le reste des vestiges islamiques se trouve tristement abandonné. On est loin ici des efforts développés sur l’ensemble du site d’Hampi.

Champaner est un site un peu déroutant par manque d’explications et de cohérence mais également d’homogénéité. Pour vous y retrouver, je vous conseille de commencer par le puits hélicoïdal puis le temple Kalika Mala sur le mont Pavagadh. De là vous pourrez rejoindre à pied les différents enclos pour finir avec la magnifique grande mosquée.

De magnifiques ouvrages hydrauliques

Plusieurs talaos (lacs) se répartissent sur toute la zone de Champaner comme le Medi Talao, le Tailia Talao ou encore le Naulakhi Talao. La région compte par ailleurs 3 kund (bassins sacrés). Cependant le plus impressionnant est certainement le puits hélicoïdal du XVIᵉ s. En arrivant par la route depuis Ahmedabad (environ 3h en voiture), vous passez devant un petit chemin qui y mène. Impressionnant hors mousson, il l’est beaucoup moins en période de pluies. Néanmoins il donne une idée de la maitrise de l’irrigation dans cette région de sécheresse. Champaner porte d’ailleurs le nom de ville aux 1000 puits.

Puits hélicoidal

Non loin de ce puits, une mosquée rappelle à elle seule le destin de la ville saccagée puis oubliée. Il s’agit de la Ek Minar Ki construite en 1526-1535. Le haut minaret seul survivant lui a donné son nom. La route passe aussi devant des mausolées de la même époque.

Le plateau Mauliya

Je vous recommande ensuite de vous faire déposer au terminal de bus pour monter au sommet de la colline Pavagadh. De là un téléphérique mène au temple Kalika Mala. Le trajet en bus offre un beau panorama et permet de rencontrer des pèlerins tout excités de venir honorer le doigt de pied de la déesse Sati.

téléphérique

Outre le temple dédié à la Déesse, la structure la plus ancienne du complexe remonte au Xᵉ siècle. Le temple Lakulisa est lui consacré à Shiva. L’iconographie s’y révèle unique avec l’idole assise dans une posture yogasana. Sur la même colline, on a aussi accès à un temple jaïn du XIII/XIVᵉ s.

La ville haute musulmane

vue sur la ville basse

Une fois les temples visités et ou honorés, on traverse un immense marché réparti le long des escaliers qui redescendent vers la ville basse. Le chemin qui dégringole de la colline vous fera traverser de beaux monuments du XVᵉ siècle, époque d’apogée de la ville. Marcher vaut donc la peine, même si les vestiges musulmans ressemblent pour beaucoup à des ruines rongées par la végétation. Néanmoins avec de la patience, de l’imagination, on pourra distinguer cimetière, marchés, fortifications, résidences. Il convient de rester attentif aux pancartes et enclos.

Bastion

La forteresse supérieure montre un ensemble de structures offensives et défensives comme des catapultes près de la porte Atak. Plus bas, on devinera le bâtiment de la Monnaie, l’un des 4 du Gujarat. Des pièces y furent frappées entre 1485 et 1537.

bastion Saat Kanan

On parvient alors au bastion Saat Kaman (7 arches). Ce poste militaire, situé entre Sadan Shah Gate et Budhiya Darwaja jouissait d’un point de vue sur toute la vallée. L’architecture des arches est devenue une image emblématique de Champaner.

La ville basse

La ville basse correspond certainement à la zone la plus intéressante de Champaner pour des non-hindous. On y admire un patrimoine islamique pré-moghol absolument remarquable.

Non loin du terminal de bus, on longera les murailles pour entrer dans le fort. Cette citadelle royale s’ouvre notamment sur Shahar ki Masjid près de la porte nord de Bhadra. Elle servait de mosquée privée pour la famille royale. Les chemins ont remplacé les routes de la cité autrefois prospère. Ils desservent les cahutes d’un petit village indien d’où surgissent quelques merveilles.

greniers de la ville

Enfin, on parvient au terme d’une promenade bucolique à Amir Manzil, identifié comme résidence royale de Champaner. On distingue à peine, perdus dans la végétation, des citernes, étables, canaux. Le complexe a sûrement été habité plus d’un siècle vu le résultat des fouilles. On y a en effet exhumé monnaie, vaisselle de terre cuite, de pierre ou de cuivre, un anneau en argent et de la porcelaine chinoise.

Un peu plus loin, on retraverse les fortifications par la porte est. Les murailles prouvent le rôle double de capitale et de bastion militaire. En face se dresse une splendide mosquée. Les mosquées s’élevaient aux carrefours reliant les lieux d’habitation aux zones commerciales.

Jami Masjid

Le chef-d’œuvre de Champaner

fenêtre de la Grande Mosquée

 Jami Masjid, se dresse le long de la rue. On la considère, à juste titre, comme l’une des plus belles mosquées du Gujarat. C’est l’un des meilleurs exemples d’architecture pré-mongole. La délicatesse des sculptures, les fenêtres ouvragées en surplomb, les mihrabs ornementés ainsi que les deux impressionnants minarets fuselés en font un modèle du genre. Elle date de 1508, comme en attestait une inscription aujourd’hui disparue.

Grande Mosquée

Au-delà de cette magnifique mosquée, on peut emprunter les sentiers pour partir découvrir le puits octogonal ou la mosquée Kevada. Encore plus loin et difficilement accessible par la route, la Nagina Masjid aux minarets tronqués ou la mosquée Lila Gumbaj-ki-Masjid conservent de magnifiques murs sculptés. Toutes ces mosquées attestent de la brève période de magnificence de Champaner.

fenêtres à moucharabieh de la mosquée

Sarnath

  Sarnath se situe sur la route de l’aéroport à Varanasi, Même si le site a passablement été reconstruit il est fondamental dans l’histoire du bouddhisme.

Sarnath site archéologique

Importance historique du site (pourquoi s’arrêter à Sarnath)

Soyons honnête si vous ne connaissez rien au bouddhisme et que vous n’avez rien envie de connaitre, vous pouvez passer votre chemin. Les vestiges ont passablement été reconstruits et il faut pas mal d’imagination pour reconstituer le site. A défaut, un excellent guide extrêmement pointu sur le bouddhisme pourra vous éclairer. En l’occurrence vous devez maintenant avoir compris ma défiance à l’égard des guides locaux. Leur recrutement tient davantage à leurs performances linguistiques qu’historiques.

En revanche si vous vous intéressez vraiment au bouddhisme, ou que vous voulez en apprendre un peu, l’arrêt s’impose.

pagode

Car Sarnath est le lieu du premier discours du Bouddha. Je ne vous ferai pas l’injure de revenir sur la vie et l’œuvre de Siddhartha Gautama au Ve s iècle avant notre ère.

Sarnath est donc un peu au Bouddhisme ce que Jérusalem est aux chrétiens. Plus encore, le lieu fait partie des 4 grandes étapes obligatoires pour tout pèlerin. Né à Lumbini, le Bouddha parvint à l’éveil à Bodhgaya avant donc de faire son premier grand sermon à Sarnath. Il voyagea ainsi entre l’actuel Népal, le Bihar et l’Uttar Pradesh, dans une zone géographique relativement limitée. A Sarnath mais aussi Kushinagar où il délivra son dernier sermon avant d’atteindre l’’etat de Mahaparinirvana. C’est ici  qu’il forma ses Sangha (disciples) et les envoya au travers du monde.

Si le bouddhisme est aujourd’hui minoritaire en Inde, il y est pourtant né. Il s’est certes davantage diffusé vers le sud-est (Sri Lanka) et l’extrême Orient (Chine Japon). Mais il est revenu dans le nord de l’Inde vers le XIème siècle via les moines tibétains.

Sarnath est aussi l’endroit se trouve un des piliers d Ashoka avec 4 lions dans chaque direction. Car le grand empereur Maurya ressuscita ce site clé du bouddhisme au IIIème s. Il s’agit donc d’un double lieu essentiel au bouddhisme.

Que visiter/ comment

La petite ville de Sarnath contient plusieurs sites. Outre une quantité impressionnante de temples bouddhistes de toutes nations, les deux monuments essentiels correspondent au musée et à l’enclos archéologique.

stupa

Ce dernier a été très restauré et les monuments de briques ne sont pas toujours complètement lisibles. Seule la Dhamek Stupa érigée par Ashoka conserve quelques reliefs joliment sculptés. Reconstruite en grande partie elle marque le lieu du premier sermon du Bouddha, dit roue de la loi. Elle se situe dans le Parc aux cerfs. La légende raconte que le roi local, désireux de chasser y renonça après l’intercession d’un faon. Il transforma le lieu en monastère. C’est dans ce lieu que Bouddha vint parler de la voie du milieu entre excès et ascétisme, et commença ses enseignements. Il y exposa les quatre nobles vérités et les 8 chemins de la vérité pour atteindre le nirvana

De nombreuses petites stupas et vestiges de monastères attestent de l’activité passée du lieu, ressuscité donc sous Ashoka puis tombé dans l’oubli jusqu’à la découverte de Alexander Cunningham. Celui-ci s’appuyait alors sur les écrits de voyageurs chinois. Parmi lesquels, le moine Xuan Zang, parti à la recherche au VIIeme siècle des origines du Bouddhisme. En effet, la religion avait alors presque disparu d’Inde. L’archéologue anglais mit également à jour la base du dharma, la roue voulue par Ashoka le grand roi Maurya.

Le site remonte donc à trois étapes distinctes. A savoir, la présence de Bouddha attestée historiquement vers le Ve avt notre ère. Puis la reconstruction par Ashoka au IIIe, et enfin la redécouverte en 1837 par le britannique Cunningham.

bijoux dans le musée archéologique

Le très beau musée archéologique sur l’esplanade centrale de Sarnath regroupe l’ensemble des œuvres sculptées ainsi que des fouilles plus pointues. Il met joliment en scène le pilier d’Ashoka, une merveille de finesse, et emblème par excellence de l’unité indienne. On y voit également de belles sculptures bouddhistes, des peintures de l’école de Sarnath mais aussi l’impressionnante roue de marbre. Le tout très didactique permet de mieux comprendre le lieu. Les collections datant des IIIè au XIIe siècles de notre ère s’organisent en 5 galeries autour de la salle centrale des chefs d’œuvre, telles des cellules monastiques autour d’un sanctuaire.

pilier d'ashoka

Le site, toujours sur la liste tentative UNESCO est néanmoins protégé au niveau national. Malheureusement, le manque d’infrastructure touristique limite Sarnath pourtant fondamentale à l’histoire du bouddhisme à une escapade hors de Varanasi, C’est pourquoi la ville lutte pour se faire connaitre comme patrimoine de l’humanité.