Ekamra

Ekamra Kshetra désigne l’ancienne ville temple de Bubaneshwar que je vous ai presenté la semaine dernière. Petite, Ekamra offre une ambiance quasi villageoise à l’abri de sa multitude de temples. Sur les 700 vous ne parviendrez à en admirer que quelques-uns, alors voici un petit tour d’ensemble…

Marcher à Ekamra, pour mieux découvrir

En général, les agences survolent malheureusement Ekamra Kshetra. Elles insistent effectivement sur le plus grand temple, le Lingaraj puis  le Mutekswara, le plus beau et le Rajarani. Pour ce dernier, en dehors de la beauté du parc alentour et des sculptures coquines je ne vois pas pourquoi il est préféré à d’autres.

Dommage, d’abord parce que ce circuit fait fi de l’histoire de la ville mais aussi de l’histoire architecturale de la région. C’est vraiment dommage car sans prétendre visiter les 700 temples, d’autres méritent vraiment de s’y arrêter.

Dommage également de ne rester qu’une journée dans un bus climatisé alors que le vieux centre de Ekamra se prête à la découverte pédestre. Bref voici un petit itinéraire maison pour mieux profiter de cette superbe cité ancienne.

A noter que les horaires et modalités d’entrée varient selon les lieux. En général et contrairement à Chennai les temples sont ouverts toute la journée et ne ferment pas le midi. Le Rajarani est le seul vraiment payant mais le Mutekswara est sensé l’être.

Votre promenade vous mènera autour du lac Bindu Sagar, juste derrière le temple Lingaraj. Il est sensé contenir une goutte de toutes les rivières sacrées d’Inde ce qui le rend hautement sacré lui-même.  De nombreux temples l’entourent et contourner l’une de ses rives donne une jolie idée de la ville.

Les temples anciens VII-VIIIe de Ekamra

A l’origine de la cité bimillénaire se trouve vraisemblablement le lac Bindu entouré de 7 temples. Bien qu’un peu odorant à certains endroits, c’est un joli lieu. Les mariés s’y donnent RV pour se faire prendre en photo juste au débouché du majestueux Lingaraja. Toutes sortes de légendes rattachent le lac au couple de Siva et Parvati. Des autochtones y barbotent enserrés dans des bidons vides. Ceux-ci servent-ils de bouée ou de réceptacle pour ramasser les déchets ? je ne saurai le dire. En face, quelques Dharamshalas (ou caravansérails) sont devenus l’un hôpital, l’autre cantine typique. On trouve peu d’endroits ou se restaurer ouverts avant 11h du matin outre les petits vendeurs de rue.

Je suggère de commencer par Le temple Parasurameswara. Juste à côté du Mutekswara, il compte parmi les plus anciens du pays (7e s). Typique du style Nagara ce temple à Shiva témoigne de la maitrise des sculpteurs locaux. Les sculptures extérieures en sont magnifiques. L’intérieur, en revanche, noir et dépouillé, cherche à recréer la grotte primordiale. La jagamahona (ou hall menant à la Sikhara) est emblématique de la première période de l’école de l’Odisha avec son toit plat. On ne trouve pas encore la multiplication des halls pour les offrandes et festivités. Ceux-ci apparaitront plus tardivement. On peut rentrer dans le temple contre une offrande.

Par commodité on peut enchainer avec le magnifique temple Mutekswara. Ou préférer la logique chronologique. Dans ce cas, mieux vaut se diriger vers le temple Vaital du 8e s un peu excentré. Il évoque également Shakti parèdre de Shiva. Ils vont toujours tous les deux. La déesse Shakti, tueuse de démons est associée au culte tantrique.

L’âge d’or

-Mukatswar

Ce magnifique temple est un incontournable. Il célèbre le culte de Shiva. Il apparait comme la perle des temples de l’Odisha.

Construit vers 950-70 ce temple comporte une Shikara avec 4 natarajas sur 4 côtés. Compact et assez petit, il affirme le style typique Odisha. En effet, il en rassemble tous les éléments fondamentaux. Le jagamohana (hall offrandes) pyramidal y apparait pour la première fois. Il est relié à la vimana. Derrière celle-ci, se trouve la piscine. les femmes s’y baignent lors d’un festival pour améliorer leur fécondité.  Comme les 2 précédents il se trouve dans une cuvette et il convient de descendre quelques marches pour le visiter.

Ses délicates sculptures, ses reliefs ouvragés et ses portés ornées décrivent les divinités hindoues. Sa torana (porte) est unique. 

– Lingaraj Temple,

Le Roi du linga ne se visite pas c’est le plus important temple de la ville par sa taille, c est LE temple par excellence de la region. Malheureusement, les non hindous ne peuvent pas y accéder. Ils doivent se contenter de le regarder depuis la plateforme ou depuis la grande place après le réservoir qui en annonce l’entrée.

Il est typique de l art kalinga. Il remonte au 11es. C’est la période considérée comme intermédiaire de l’art kalinga. On y retrouve les 4 composantes apparues au temple précédent. On accède au vimana via la jagamahona. Il s’agit d’une sorte de mandapam à toit plat dans les premières structures devenu pyramidal vers le 10e s.  S’y ajoutent un hall de festivités, le natamandir et un hall d’offrandes, dit magamandapa.

Une cinquantaine de plus petits sanctuaires magnifiquement décorés insistent sur le culte à Shiva. Cependant, quelques images de Vishnou rappellent l’influence de Puri.

-Le temple Rajarani Temple,

Le temple RajaRani remonte au 11e siècle. Son originalité tient au manque de dieu tutélaire connu. Les nombreux reliefs érotiques, l’ont fait connaitre comme « temple de l’amour ». Ses murs extérieurs en calcaire rouge et jaune (raja rani) s’ornent de sculptures de danseuses, musiciens et personnages mythologiques. Ces sculptures ainsi que le joli jardin l’entourant expliquent peut être son succès touristique. Néanmoins c’est l’un des rares temples dont l’accès soit payant. C’est également l’un des trois courus des touristes en groupes.

Construit sur un socle, il comprend un deul (pyramide) de 18m de haut rappelant l’architecture de Khajuraho et un sanctuaire carré vide et sombre à l’intérieur. La forme de la tour ou deul contraste avec celles traditionnelles de Bhubaneshwar.

-Le temple Ananta Vasudeva

Sur la rive est du lac Bindu Sarovar ce temple du 13e s est le seul de Ekamra à vénérer Krishna, Balarama et Subhadra. Originellement il s’agissait d’un temple à Vishnou unique dans cette ville consacrée à Shiva. Rénové au 17eme siècle il s’inspire du temple Lingaraj mais avec des éléments Vaishnavite. Malgré son état de délabrement il reste un lieu de pèlerinage important.

Le temple Brahmeswara

Un peu excentré,  ce temple remonte au 9eme siècle et honore Shiva. Il illustre parfaitement l’architecture kalinga. Quatre sanctuaires identiques  entourent en effet son sanctuaire principal. Les portes s’ornent de figures sculptées et des neuf planètes de l’astrologie indienne.

Bhubaneshwar

Bhubaneshwar, l’actuelle et récente capitale de l’Odisha, est pourtant une ancienne cité religieuse. On la connait d’ailleurs sous le surnom de « ville temple ». De fait, le centre historique s’enorgueillit officiellement de 700 temples. Et on croise des deuls (tours) à tous les coins de rues.

Cette ville se consacrait à Shiva, comme l’indique son nom originel « Tribhubaneswara » (Seigneur des 3 mondes).  Petite, elle constitue le quartier historique autour du grand temple à Shiva le Lingaraj. Promue capitale d’état seulement en 1948, les pères de l’indépendance la firent croitre autour d’un plan d’urbanisme.

Une ville en pleine explosion démographique

Cette ville en pleine explosion démographique surprend aujourd’hui par son excellente maitrise de la croissance urbaine et sa dualité. D’une part un centre historique religieux magnifique, d’autre part une ville moderne aux grandes et larges avenues.

Autour de ces deux entités distinctes, les quartiers périphériques grignotent peu à peu la campagne et les sites religieux. Ceux-ci datent majoritairement des 6eme au 13eme siècles.

Au-delà, encore à une quarantaine de km, le long de la cote se trouvent les deux villes qui complètent le triangle d’or de l’Odisha. Puri, lieu de pèlerinage fondamental avec son énorme culte à Vishnou, n’est visitable que pour les seuls hindouistes. Quant à Konark, le seul site inscrit au patrimoine de l’Unesco, on ne s’y rend que pour son immense temple du soleil, à la Sikhara écroulée mais au célèbre chariot sculpté.

Je vous propose de nous concentrer cette semaine sur la ville moderne de Bhubaneshwar avant de vous emmener la semaine prochaine dans le quartier ancien à la découverte des magnifiques temples.

Une ville planifiée

A l’époque du Raj, la capitale régionale se trouvait à Cuttack au confluent des fleuves. Inondée et marquée par la colonisation, la ville et son fort furent abandonnés à l’indépendance en faveur du site plus abrité de Bhubaneshwar.

Nehru avait dècidè la construction de 3 cités planifiées : Jamshedpur, Chandigarh et donc Bhubaneshwar. En 1948, il chargea Otto Königsberger, juif Allemand émigré, de se charger de la ville modèle. Des unités, conçues autour du temple et de l’école permettaient aux résidents de vivre dans leur quartier comme dans leurs villages. On pouvait se déplacer à pied le long des larges rues arborées et ponctuées de parcs.

Les unités conçues comme des villages se concentraient autour des écoles et magasins. On pouvait s’y déplacer à pied sans bus le long des grandes avenues arborées.

Depuis l’indépendance, la ville a littéralement explosé. De fait la bourgade de à peine 15 000 hab en 1966 atteignait 300 000 hab en 2011. Elle frise aujourd’hui le million et demi. Néanmoins, cette explosion s’est accompagnée, fait rare en Inde, d’une croissance harmonieuse.

L’idée originale consista d’emblée à créer un plan d’urbanisme anticipant les nécessités à venir. Ainsi les larges avenus prévoient elles une augmentation de la circulation automobile et des besoins en parking. Les nombreux ronds-points permettent de fluidifier le passage d’un quartier à l’autre.

Le musée tribal

Ce musée est une pure merveille. Un joli parc réunit sur la gauche un centre de recherche, sur la droite la boutique et une charmante cafeteria. Au-delà, un premier bâtiment présente les arts tribaux. Une première salle s’intéresse aux différentes tribus, leur répartition géographique et démographique. Autour d’un cour une série de salles s’intéresse aux outils agraires, et de pêches, aux instruments de musique, aux vêtements et bijoux. La cour exhibe des autels et éléments religieux.

En contournant cet édifice on parvient à un second. Celui-ci met en lumière les tribus au moyen de diorama. Enfin, le fond du parc recrée des huttes, maisonnettes, l’habitat, les conditions de vie.

Une ville jardin

Il faudrait ajouter à la découverte de la ville une balade dans les grands et nombreux parcs de cette cité jardin, le zoo et les autres musées.

Bhubaneshwar est l’une des premières villes indiennes à avoir adhéré au projet smart city.

 Elle est en revanche l’une des rares à vraiment le vivre avec un soin dans le ramassage, par une armée de nettoyeurs. Un service d’embellissement des espaces publics existe même.  Il passe par exemple par la peinture de tous murs publics, la multiplication des espaces verts. La construction en unités de 1,2 km conserve un rythme de vie humain. Chacun peut vivre à l’intérieur de son quartier et en sortir au moyen de bus électriques.

La ville s’est dotée des institutions typiques d’une capitale d’Etat. Sans importance à l’époque britannique, Bhubaneshwar ne s’enorgueillit pas comme tant d’autres d’un palais du gouverneur et autres administration coloniales ou d’une belle gare victorienne. Néanmoins les bâtiments gouvernementaux bordent fièrement les grandes avenues centrales, tout comme le musée de l’Odisha. Celui-ci fait la part belle a l’archéologie régionale avec nombre de sculptures bouddhistes et jains, des bijoux, et de nombreux manuscrits.

Pour le touriste, habitué à une Inde sale et encombrée, la ville de Bhubaneshwar apparait, de prime abord, verte, propre et aérée.

Odisha

Depuis un moment, j’entendais parler de l’Odisha. Cet état de l’est de l’Inde est coincé dans sa partie orientale et côtière entre l’Andhra Pradesh et le Bengale occidental. A l’ouest, se pressent les zone parmi les plus pauvres du pays comme le Chhattisgarh et le Jharkhand. Les rares voyageurs à s’être aventurés en cette région pauvre me parlaient avec des tremolos dans la voix des rencontres tribales et de la beauté des paysages.

L’Odisha, un secret bien gardé ?

Bhubaneshwar la capitale de l’Odisha a beau se trouver à plus de 20h de route de Chennai, la liaison aérienne est directe et facile. En un peu moins de 2 h plusieurs compagnies relient les deux capitales. Mais que voir dans cet état peu connu depuis l’Europe ?

Comme souvent, je suis allée fureter chez les voyagistes, surtout chez ceux chez lesquels j’ai eu travaillé. Je me suis alors rendu compte que les plus aventuriers d’entre eux n’y passaient qu’un ou 2 jours. Ils y prévoient en général une halte lors de grandes virées de Delhi à Varanasi ou Calcutta.

Bhubaneshwar ne constitue pour eux qu’une étape, à laquelle s’ajoutent le site Unesco de Konark et Puri lieu de pèlerinage hindou majeur. Ces trois villes constituent le triangle d’or dont l’un des fleurons (le temple de Vishnou de Puri) n’est malheureusement pas accessible aux étrangers.

Pour vous donner envie de visiter l’antique royaume Kalinga si injustement méconnu je vous propose une nouvelle mini-série (vous avez remarqué je vais bientôt concurrencer Netflix…) sur l’Odisha, et sa capitale. Commençons aujourd’hui par ce qui fait l’originalité et la beauté de l’Odisha.

Je reviendrai dans les 2 prochaines semaines sur la capitale. Mais je voudrais aujourd’hui parler de quelques sites pour vous donner envie de pousser vos découvertes le long de la côte du Bengale. Car comme le dit l’office du tourisme local, l’Odisha est le secret le mieux gardé d’Inde et c’est dommage de ne pas essayer d’y goûter.

L’Odisha mise sur son originalité culturelle.

L’Odisha est l’une des rares régions indiennes dont le découpage corresponde entièrement à une homogénéité linguistique. Ses habitants parlent l’oria et sont fiers de leur culture particulière avec une écriture toute ronde.

La langue joue un rôle primordial dans un état qui a été sous domination moghole puis britannique. De plus, la zone est restée toujours proche du Bengale. Elle doit maintenant affronter la montée en puissance de l’hindi. Celui-ci menace aujourd’hui l’oria local, chez beaucoup de jeunes. L’état en est suffisamment conscient pour investir massivement dans la préservation culturelle. En revanche, contrairement au Tamil Nadu, l’anglais est peu pratiqué.

La nourriture offre une spécificité bien asiatique et malheureusement trop peu présente dans le reste de l’inde. Elle insiste sur les spécialités de rues. Là où le Tamil Nadu ne propose que de petits kiosques à filtre coffee et vada, l’Odisha offre une multitude de petits étals remplis de beignets, fruits, préparations multiples. Dans la capitale, Bhubaneshwar, on trouve même de bien réjouissants night market.

L’Odisha se targue également, sinon d’écologie, tout au moins de respect pour l’environnement avec des rues (relativement) propres. Une armée de balayeurs arpentent Bhubaneshwar, pour nettoyer. Je le précise car à Chennai les nettoyeurs de rue ne font guère peur à la poussière.

Des tribus reconnues

Surtout la spécificité de l’Odisha tient en la place accordée aux tribus. Souvent reléguées dans le reste du pays, elles sont mises ici sur le devant de la scène. Oubliées, négligées voire cachées au Tamil Nadu, on ne les rencontre ainsi que dans les quartiers ou les villages le plus déshérités. Souvent même les enfants sont à peine ou pas du tout acceptés à l’école. Ce qui ne veut pas dire que les tribaux sont appréciés ou riches mais ils sont au moins acceptés dans la société locale.

photo courtesy of Jina Park @jinapark07

L’office du tourisme de l’Orisha propose des circuits de découverte. Les voyageurs sont pris en charge par des guides qui partent à la rencontre de ces populations qui ont maintenu pour une beaucoup une vie de chasseurs cueilleurs. Un très beau musée à Bhubaneswar se consacre à la présentation des différentes tribus de la région et recueille une foule d’éléments pour mieux les connaitre et les comprendre. Enfin, l’art régional est axé sur la reconnaissance de l’art tribal. Ainsi les murs de la capitale sont-ils ornés de fresques tribales.

Il faut se souvenir que la présidente actuelle de l’Inde est issue d’une de ces « tribus »de l’Odisha.

Une architecture remarquable

Enfin et surtout, l’Odisha offre une leçon d’architecture magistrale, aussi importante que le Madhya Pradesh voisin. En effet, c’est dans ces deux états limitrophes que s’est développé le style Nagara. Celui-ci a ensuite gagné toutes les régions du Nord de l’Inde en dehors du Bengale. Au contraire, le sud lui développa lui des modèles dravidiens.

Cette architecture se caractérise par des tours arrondis appelées Sikhara construites sur des socles. Elles apparaissent dès le Ve siècle de notre ère sur le modèle Gupta. Trois écoles régionales vont s’affirmer dont celle qui nous intéresse liée au royaume Kalinga qualifiée d’Ecole de l’Orissa. Les deux autres se trouvent essentiellement au Madhya Pradesh (autour de Khajurâho avec un style historié et sensuel) et dans le Rajasthan-Gujarat.

Dans l’Odisha, les constructions surmontent des plateformes. Les temples sont ornementés à l’extérieur. En revanche, l’intérieur, simple et nu, s’apparente à une grotte. La forme de la sikhara (tour) ou deul permet de dater l’édifice. C’est aussi le cas du toit, le gharbagriha plat vers le VIIIe s puis en forme de pyramide après le Xe s. Celui-ci couvre le hall adjacent au deul.

Pour mieux comprendre cette architecture magnifique je vous propose de nous retrouver la semaine prochaine dans la capitale du royaume kalinga.

Merci à Jinapark07 pour ses magnifiques photos.

Cochin

Cochin vit depuis des siècles dans le parfum des épices. Comptoir portugais dès le XVIe siècle, puis ville hollandaise avant d’être anglaise, la plus grande ville du Kerala avec son demi-million d’habitants, se compose de quartiers très différents. Monde ancien et moderne s’y côtoient.  Dès l’aéroport, alimenté à l’énergie solaire, la modernité de Cochin s’affiche.  La ville est en effet la capitale économique de cet Etat étonnamment riche pour l’Inde. Pour autant, les touristes se concentrent essentiellement dans le quartier ancien, dit Fort Cochin. Ceux-ci sont, contrairement au reste de l’Inde, en grande partie occidentaux. Ils arpentent les rues piétonnes bordées de maisons coloniales et de jolies boutiques.

Le quartier historique de Cochin s’articule autour du Fort, du Palais hollandais et de la synagogue Pardesi. Cette semaine, je vous emmène à la découverte de ces deux magnifiques monuments.

Le Palais de Mattancherry, ou Palais hollandais

Le Palais hollandais, construit pour la famille royale de Cochin, abrite le plus bel ensemble de fresques du Kerala. Bâti par les Portugais en 1557, le Palais Mattancherry fut rénové par les Hollandais en 1663. On peut maintenant y prendre des photos.

Le palais aux magnifiques boiseries se compose de deux étages. Dans les premières pièces, de fantastiques fresques mettent en scène des thèmes inspirés des épopées indiennes Ramayana et Mahabharata . Elles représentent aussi les images des dieux hindous et notamment de Krishna. Puis, une succession de salles évoque la vie des dynasties locales. Étonnement pour l’Inde, le Palais offre un bel exemple de muséographie.

A la fin du périple, d’autres peintures murales illustrent le poème épique Kumarasambhavam de Kalidasa. Un petit temple dédié à la divinité Palayannur Bhagwati se situe dans la cour centrale du palais.

Des vêtements de cérémonie utilisés par la royauté, des turbans, des armes de l’époque, des palanquins, des pièces de monnaie, des timbres et des dessins donnent un aperçu du mode de vie des familles royales dans le Sud de l’Inde. Ce palais est un must pour la qualité des fresques et des charpentes.

Tous les jours de la semaine de 10 h 00 à 17 h 00, excepté le vendredi. 

Jew Town

Si la tradition chrétienne est restée particulièrement forte au Kerala, Cochin s’enorgueillit, ou plutôt s’enorgueillissait, d’une petite communauté juive, réfugiée ici probablement lors de la destruction du temple en 70. La plus vieille synagogue d’Inde est une petite merveille Les six autres synagogues de la ville ne sont pas visitables et à peine reconnaissables dans les rues commerçantes de cette bruissante cité. Même s’il ne reste plus qu’une maigrelette famille juive, le temple bien entretenu, attire de nombreux visiteurs.

En fait, Le quartier juif de Cochin correspond essentiellement à une jolie rue commerçante, parallèle au Palais. Les magasins y sont aujourd’hui tenus par des musulmans. Les touristes fourmillent dans ce petit bout de rue extrêmement commerçant. On y vend de tout et les jolis cafés attirent les occidentaux. C’est aussi dans ce quartier que vous trouverez des magasin d’antiquités. Au fond de l’impasse, close par la tour de l’Horloge, se trouve la synagogue Pardesi, édifiée en 1568 et agrandie en 1760.  A droite du cul de sac, le temple hindou qui jouxte le Palais est pratiquement rénové. Sur la gauche s’ouvre la synagogue.

La synagogue Pardesi

Paradesi signifie « étranger » dans de nombreuses langues indiennes. Le terme fait allusion aux Juifs blancs, les premiers colons de Cochin, un mélange de Juifs de Cranganore (au Nord de Cochin, aujourd’hui Kodungallur), du Moyen-Orient et d’Europe. En 1524, ceux-ci trouvèrent un bienfaiteur en la personne du Raja de Cochin. Ce seigneur leur donna  en effet la terre sur laquelle ils bâtirent leur lieu de culte en 1568. Il leur fournit même le bois de construction. Cette synagogue contribua fortement à asseoir la présence juive au Kerala.

L’entrée de la synagogue s’effectue par un vestibule. Il donne sur un petit musée consacré à l’histoire de la communauté et de son temple. On accède alors à une courette sur laquelle s’ouvre la salle de prière. On y entre pieds nus, Inde oblige. Elle est remarquable pour ses énormes lustres belges du XXe siècle mais surtout pour son extraordinaire pavement. Les centaines de carreaux chinois de faïence bleue, rapportés de Canton au XVIIIe siècles sont tous uniques et peints à la main.

Au centre, se détache la chaire. Au fond de la salle, l’arche renfermant les rouleaux de la Torah, deux couronnes d’or présentées à la communauté juive et les plaques de cuivre du IVe siècle. Enfin, au mur, une charte gravée en mayalam décrit les privilèges octroyés à la communauté juive. Le texte est écrit en kannadiyezhuthu, écriture spéculaire ou en miroir.

tous les jours, de 10/12h, et de 15  à 17 heures, sauf les vendredis, samedis et jours de fêtes juives.10rp se déchausser, se couvrir les jambes et les épaules.

Le quartier musulman

Traditionnellement plus pauvre, et plus populaire ce quartier est lui aussi en voie de réhabilitation. Les ordures commencent à être ramassées (c’est un frémissement), les maisons en ruine à être rénovées, en tous cas pour le plus belles. Les échoppes traditionnelles sont peu à peu repeintes. Dans ce quartier, on peut manger de la nourriture typique de Cochin. On y teste les parathas au bœuf impensables dans le reste de l’Inde, les Milk shakes à l’avocat ou les puttu. Il s’agit de roulés de farine de riz et coco traditionnels au petit dejeuner.

Synagogue de Cochin

Trivandrum

A Trivandrum, hors du grand temple d’or et du Palais royal, évoqués la semaine dernière, s’étend une ville fort agréable quoiqu’injustement méconnue. Après avoir visité le Palais et admiré la Gopuram de loin, je vous propose cette semaine de découvrir les beautés cachées de la vraie capitale du Kerala. Je parle de vraie capitale car ce Trivandrum bis se propose d’explorer la capitale administrative et politique du Kerala. Cochin, plus grande et mieux reliée, joue, elle, le rôle de capitale économique.

le Napier Museum, belle construction indo sarracénique avec des relants Arts and Crafts

Le quartier du marché Cherai

Avec ses grands trottoirs ombragés, ses larges avenues, Trivandrum est une ville où il fait bon…marcher ! C’est suffisamment rare en Inde pour être souligné. Le côté provincial et la petite taille font que malgré les embouteillages on n’a pas l’impression d’être pris dans le vacarme habituel aux grosses cités indiennes.

Alors, on quitte le quartier du fort et du temple avec son flot de pèlerins, de marchands de tout et n’importe quoi pour se diriger vers la zone du marché Chelai. A priori le plus ancien du Kerala. Il s’agit d’un dédale de ruelles à l’abri de la circulation automobile. On y trouve toute sorte d’objets du quotidien, nappes criardes, bassines, plats, poubelles et chiens errants en prime. De petites cantines proposent les spécialités locales puttu (rouleau de farine de riz et coco), kadala (purée épaisse et noire de pois chiches) et hakka appam (beignets de bananes) idiyappam (sortes de nouilles très fines de farine de riz).

Balade Le long de MG Road

Comme toute ville indienne, Trivandrum est traversée par une grande artère MG (pour Mahatma Gandhi) Road bordée de tous les grands bâtiments ici administratifs davantage que commerciaux. En quittant le temple d’or, ou en venant du marché, on rejoint le terminus de nombreux bus en face du fort.

En remontant vers le nord, on atteint le temple Pazhavangaadi Sree Maha Ganapathy. On peut le visiter. Même s’il semble relativement récent, son activité y est fort authentique, colorée et réjouissante. Si l’on tourne le dos au temple vers la droite on gagne la gare victorienne.

Plus loin sur la MG road, commence le quartier administratif. On monte vers le Nord et le quartier de Palayam. On peut prendre un transport jusqu’au secrétariat général du Kerala, un bâtiment colonial entouré d’un jardin et d’une grille ouvragée. Un peu plus au nord, se dresse la cathédrale syrienne orthodoxe St Georges, jolie oasis de paix dans une rue à la circulation dense.

L’Université du Kerala à Trivandrum

En face de l’église, commencent les magnifiques constructions de l’Université du Kerala. On distingue d’abord Les façades donnant sur MG Road, un peu décaties au-fond d’un grand jardin. Il vaut la peine de les contourner pour admirer tout ce quartier universitaire en voie de restauration. Leur architecture éclectique en est variée et intéressante. On peut emprunter la rue dr NS Warrior ce qui permet de parvenir au siège du Parti communiste (AKG centre).

En effet, le Kerala est depuis l’indépendance un état resté fidèle au communisme. Avec celui-ci s’affirme l’importance de l’éducation et des droits de la femme. On atteint alors un quartier colonial avec de bien élégants édifices. Les bâtiments de l’université, la bibliothèque avec de jolis cafés comme le bookmark se succèdent le long de grandes allées arborées en cercle.

On revient alors sur la grande avenue Mahathma Gandhi pour déboucher au marché Connemara. Le nom se réfère au gouverneur Lord Connemara qui a donné son nom à la bibliothèque du musée de Chennai.. Moins connu que le marché  Cherai dans le centre-ville, il regroupe sous une halle britannique une série d’étals.

Bâtiments coloniaux

 Juste en face, une mosquée et un temple à Ganapathi illustrent une nouvelle fois le climat de tolérance affiché dans la région.  On traverse pour atteindre la Cathédrale St Joseph, une belle tarte à la crème néogothique sur un modèle britannique à clocher carré. Elle fait face au stade des Nairs cette caste de guerrier particulière au Kerala.

On dépasse l’Assemblée législative, édifice ancien et moderne puis le stade pour tourner à droite. C’est un quartier sympa avec grandes avenus aérées, de grands trottoirs ombragés. On atteint alors un immense et magnifique parc en face du musée d’Histoire. Dans ce grand parc, on peut se diriger vers le zoo ou vers la fantastique construction indo-saracénique du Musée Napier, une vraie réussite architecturale. Malgré la structure de brique, elle arbore des détails Queen Anne (les oriels) et des toits que William Morris et le mouvement anglais Arts and Crafts n’auraient pas rejetés.

Juste de l’autre côté du parc son aborde la colline surmontée par, Kanakakunnu Palace. Au Sommet d’un joli parc public ce palais offre une atmosphère royal, celle de la dynastie Travancore . Des spectacles ont lieu ans ce jardin.

Cette promenade n’est qu’un exemple pour passer une jolie journée dans la bien agréable capitale du Kerala. De nombreux temples et jolis lieux ponctuent la ville et offrent de belles découvertes alors n’hésitez pas et venez visiter cette ville si méconnue.

Thiruvananthapuram

Thiruvananthapuram fait peur en raison de son nom imprononçable quoique simplifié par les Anglais en Trivandrum. La ville (puram) du seigneur (Thiru) Ananda échappe souvent aux circuits touristiques. C’est dommage, car c’est une superbe découverte.

 Dommage également que la ville soit peu documentée sur les sites touristiques en français voire en anglais. De ce fait il n’est pas évident de construire un itinéraire ni de savoir que visiter. Encore une fois c’est dommage parce qu’il y a beaucoup plus à voir que le grand temple inaccessible aux non hindous et la plage voisine de Kovalam. Alors par où commencer ?

Le quartier du fort et du grand temple

Evidemment ce quartier ancien et grouillant est le must-see à Thiruvananthapuram. On descend du bus, du tuk tuk ou du taxi près de la porte du fort et de là on suit la foule jusqu’à la Gopuram de ce fantastique temple interdit aux étrangers.

Cette tour d’accès est monochrome contrairement à ses consœurs tamoules. On peut l’approcher, gravir les escaliers, en admirer la toiture et… rebrousser chemin. Car comme pratiquement tous les temples du sud consacrés à Vishnu, le Sree Padmanabhaswamy n’est pas accessible aux non-hindous. Et un clergé pas toujours charmant se précipite pour vous rappeler à l’ordre si vous tentez de vous glisser dans la foule ou de dégainer votre appareil photo. Même si les Indiens eux ne se privent pas de se faire tirer le portrait devant la divine Gopuram.

Je trouve d’ailleurs surprenant que tous les guides, blogs, sites touristiques sur Thiruvananthapuram parlent du temple alors que les étrangers ne peuvent y accéder. En revanche, silence sur le reste de la ville comme si elle ne comptait pas.

Joyau du sud

Il est vrai que le temple d’or est l’un des plus sacré du pays. Surtout de nombreuses légendes le créditent d’une richesse phénoménale. L’Etat fédéral est venu enquêter sur des dysfonctionnements dans sa gestion en 2011 et y a découvert un trésor estimé entre 14 et 15 Milliards d’euros dans 5 des 8 chambres des pièces souterraines du temple. Il se constitue d’or, argent diamants, bijoux, statues, monnaies et autres donations des fidèles accumulées au cours des siècles.  Les autres chambres n’ont pas été ouvertes, la sculpture de cobra qui monte la garde portant malheur selon les fidèles. Elles sont néanmoins sous haute garde. Une bataille féroce s’est engagée entre les différents propriétaires  potentiels des lieux.

Outre le côté trésor de conte de fée, l’architecture du temple est remarquable. On peut noter (de l’extérieur) une fusion d’éléments keralais et dravidiens. Les boiseries merveilleusement travaillées sont typiques de l’artisanat du Kerala. Au contraire, le travail stuqué de la Gopuram s’apparente à ce que l’on trouve dans les différents états voisins du sud de l’Inde.

Le Palais Royal de Thiruvananthapuram, un joyau dans le joyau

Le long du temple les bâtiments aux belles toitures de bois ouvragé mènent au Palais royal. Kuthira Maliga C’est l’occasion d’admirer l’habileté, très reconnue dans toute l’Inde, des charpentiers du Kerala. De manière unique dans le pays, la région jouit d’une double mousson et donc d’une abondance de bois comme le tek.

Construit en 1840 par le Maharaja Swathi Thirunal Rama Varma, le palais reflète l’architecture typique de la région avec ses toits débordants à forte pente, ses vérandas à colonnes et ses cours intérieures. Le travail d’ébénisterie y est remarquable. Les 122 sculptures et gravures équines lui ont donné le nom de demeure des 122 chevaux.  C’est aujourd’hui un Musée et il offre une idée de la dynastie royale Travancore qui habite non loin de là le palais Kowdiar construit pour la sœur du roi. Car dans cette famille matrilinéaire, c’est la sœur qui règne…

On peut passer du temps au palais pas forcément au musée qui exhibe des photographies passées de tableaux de qualité variées. Celles fanées de la ville à l’époque de l’indépendance ne sont pas inintéressantes en ce qu’elles montrent une bourgade perdue dans les forêts. Les photocopies colorisées de divinités ne me paraissent en revanche pas incontournables. Vous l’aurez compris, je conseille vivement la visite du palais, moins celle du musée dans le palais.

Le Palais est lui passionnant, on déambule dans une vingtaine de pièces des 80 constituant les habitations royales de la dynastie Travancore.

Entre l’extérieur du temple avec son réservoir et le Palais, il y a de quoi occuper une grosse demi-journée. Mais il vous reste beaucoup encore à explorer à Trivandrum. Alors retrouvons nous la semaine prochaine !

Dakshina Chitra

Dakshina Chitra  (vision du sud) au sud de Chennai regroupe 19 maisons représentant des communautés différentes des 5 états du Sud de l’Inde. Un audio guide est en préparation auquel j’ai eu la chance de contribuer. Dans ce musée architectural, chaque maison a été patiemment démontée et reconstruite pour montrer la technicité et la diversité de l’artisanat et des coutumes.

mur esterieur maison Andhra Pradesh

Le projet d’une vie

Ce musée à ciel ouvert est le projet d’une vie pour le docteur Deborah Thiagarajan. Cette anthropologue américaine s’est installée dans les années 1970 à Chennai. Elle s’y est mariée, y a eu et y a élevé ses filles. L’une de celles-ci, l’aide aujourd’hui sur ce projet extraordinaire crée en 1984 et en évolution permanente. L’idée à l’époque de la fondation était de faire connaitre et apprécier aux Indiens sortant du colonialisme leurs propres traditions.

maison du Cherrinad avec son original toit de tuiles multicouches

Il s’est agi de trouver un terrain dans un lieu alors quasi désertique. Puis a suivi l’aménagement en un vaste musée ethnologique, un peu à la manière des villages reconstruits roumains ou suédois. Celui de Bucarest est un peu un modèle. Reconstituer les maisons permet d’étudier et de tenter de conserver des savoir-faire en perdition aujourd’hui.

Le site comprend désormais 19 maisons, la dernière a été inaugurée en octobre 2024. Il s’agit de la maison de Coorg une communauté isolée de chasseurs dans la jungle du Karnataka. On y présente l’architecture typique du lieu mais aussi les coutumes, les vêtements et les spécificités d’une communauté de 200 000 hab.

travail du bois

C’est d’ailleurs le propos que de mettre en avant des communautés spécifiques. Leurs caractéristiques sont explorées de manière à montrer l’extraordinaire foisonnement culturel de l’Inde du sud

L’Inde du sud en miniature.

Car Dakshina Chitra propose un condensé des 5 états qui constituent le sud de l’Inde. Le plan du site correspond d’ailleurs à la carte de ces régions. En tournant le dos à l’entrée, on rejoint ainsi à main gauche au-delà des jeux pour enfants, les maisons du Kerala. La remarquable liberté religieuse de cet état luxuriant y apparait. On passe ainsi de la maison chrétienne syrienne à celle du marchand musulman. La société y est tolérante mais aussi matrilinéaire. Elle accorde une vraie place à la femme. Le système pluvieux explique quant à lui les toits très pentus.

Proche de l’entrée, après le marché artisanal, se présentent les maisons à toiture travaillée du le Tamil Nadu. A commencer par une superbe maison du Chettinad articulée autour de sa cour intérieure bordée de magnifiques piliers de bois sculptés. Cette communauté de financiers s’est enrichie à l’étranger pendant la période du Raj. Malgré son apparence patriarcale, elle laissait un grand pouvoir de décision aux femmes.

cour maison du Chettinad

Plus à droite, face au restaurant, qui offre des plats typiques, des maisons de pierre d’Andhra Pradesh rappellent la pauvreté en bois de cette zone désertique.

Sur la droite se trouvent les maisons du Karnataka dont celle de Coorg déjà évoquée ainsi qu’un espace d’exposition.

maison du tisserand Andhra

Dakshina Chitra, un lieu de culture vivante.

Dakshina Chitra se veut une vitrine vivante de la culture dravidienne. Outre les reconstitutions, le site accueille donc des artisans. Ainsi, la maison du tisserand dans le Tamil Nadu permet elle à une famille financée par l’entreprise textile Sundari Silk de montrer son travail et surtout sa manière de procéder.

Outre l’artisanat permanent, le site accueille de nombreux événements. Chaque grande fête est l’occasion d’une célébration. Pour Onam, une fête de moisson typique du Kerala, des troupes de danseurs se succèdent alors que le restaurant propose des plats adaptés. Pongal est également l’occasion de manifestations culturelles, expositions, chants danses, films documentaires.

De nombreuses publications ciblées sont disponibles à la boutique du musée qui malgré son aspect chaotique recèle un certain nombre de trésors. Enfin, les différentes maisons abritent des collections permanentes comme l’écriture à la maison du Chettinad ou temporaires, comme à la maison du Kerala.

maison Andhra Pradesh

Bref un lieu ou venir et revenir pour mieux comprendre le sud de l’Inde.

intérieur maison du tisserand

 

Bibliothèques de Madras

Aujourd’hui je vous emmène découvrir des Bibliothèques de Madras plus ou moins connues . Pour l’ensemble on peut y accéder entre 10 et 17h les jours de semaine. Certaines valent le coup pour l’édifice, d’autres incitent davantage à l’étude ou la lecture.

la Société littéraire, l’une des plus belles Bibliothèques de Madras

J’avais déjà accordé un article à ce lieu extraordinaire niché dans l’ancien campus st Georges . Extraordinaire non pour les livres, en piteux état, mais pour les bâtiments indo-sarracéniques.

Le bâtiment a besoin de restauration mais l’architecture n’en reste pas moins exemplaire de la présence britannique à Chennai. Elle allie la modernité (pour l’époque) des rayonnages coulissants métalliques à l’aspect traditionnel des jalis et autres fioritures néo mogholes affectionnées par les colons. A remarquer également quelques œuvres hors du commun comme l’original de Ponyam Selvan par Kalki Cette bibliothèque est tenue par un trio d’amateurs zélés et adorables.

Bibliothèque Rameswari

Peut être la plus méconnue des Bibliothèques de Madras, la Bibliothèque Rameswari se niche dans l’ arrière-cour d’une école sur Ednam road. Elle se situe derrière la Shakuntala Art Gallery,. Elle se cache à l’écart de la circulation importante de ce quartier central de la ville (quasi en face du Kauvery Hospital, face à l’échangeur de TTK road).

C’est une bibliothèque ancienne et privée malgré tout mieux dotée que la Madras Literary Society et surtout beaucoup mieux entretenue. Elle se dresse à l’emplacement de la maison familiale du défunt mécène et homme de loi Rameswari qui a tant fait pour sa ville.

Les salles donnant sur rue servent souvent pour des expositions, voire des ventes. Mais il ne faut pas hésiter à prendre la petite entrée de droite pour demander ce que le centre culturel propose. Derrière la grande salle de conférences on découvre une jolie cour couverte comme les maisons typiques en recèlent puis, à l’étage, une fantastique bibliothèque.

Avec un peu de chance, le bibliothécaire vous emmènera de pièces en pièces découvrir les trésors cachés. On commence par des ouvrages vieux ou désuets de géopolitique ou d’économie dans la salle de lecture. En traversant un petit toit, on atteint la salle de fumigation, lieu étonnant ou sont traités les livres, atteints de maladies rares et certainement transmissibles. Ce couloir débouche sur une ravissante salle ancienne. L’on pénètre vraiment le saint des saints avec des ouvrages rares et/ ou en restauration. Feuilles anciennes ou volumes au cuir dépecé jouxtent des meubles et gravures d’un époque révolue.

La Connemara Library

Ce grand bâtiment se dresse dans l enceinte du musée du Gouvernement.  Réputée pour la beauté des lieux elle risque décevoir le visiteur en quête de beaux lieux.

En fait, la bibliothèque Connemara se situait à l’origine dans l’un de plus beaux bâtiments indo-sarracénique du complexe. C’est ce bâtiment qu’évoquent les articles en ligne et non l’actuelle bibliothèque sans grâce. La construction des années 1970 attire aujourd’hui les étudiants et chercheurs et nullement les visiteurs plus intéressés, à juste titre, par la collection de bronzes cholas ou par le théâtre. Néanmoins une passerelle intérieure relie ce bâtiment moderne à l’une des merveilles du Raj, la fameuse bibliothèque Connemara, la vraie. Celle-ci n’est malheureusement pas accessible au public.

Faiblement ventilée, l’aile moderne, ouverte au public et répartie sur plusieurs étages n’est pas de plus attirantes pour l’européen en mal de lieu exotique. Juste derrière un magasin vend des livres en tamoul. Il ne peut pas rentrer en compétition avec la merveilleuse librairie Higginbothams.

Anna centenary Library

Nous voici maintenant devant la grande des bibliothèque de Madras.

Cette fois, il s’agit d’une bibliothèque moderne puisque son inauguration remonte à 2010. Des conférences y ont lieu régulièrement. L’immense et confortable auditorium accueille des évènements que l’on peut suivre sur le site. Contrairement aux deux premières, c’est une bibliothèque publique donc mieux dotée et financée. Elle compte 9 étages, un auditorium. Une grosse section de livres en anglais.  Pour le reste tout est écrit en tamoul et il n’est pas forcément aisé de naviguer dans cet énorme vaisseau silencieux et impeccable. Un vrai oasis de quiétude propice à l’étude dans cette ville bruyante et poussiéreuse.

Park Town

Park Town s’adresse aux nostalgiques d’une Chennai coloniale. L’histoire anglaise de Madras commence à Fort St George en 1639. A la forteresse s’ajoute rapidement Georgetown.

Ripon Bg by night

 Qualifiée à l’époque de ville noire, elle suit un plan en damier.  Cette « ville ouverte » accueille les locaux mais aussi tous les étrangers. On la connait aujourd’hui sous le nom de « Parry’s Corner ». Rapidement la colonie britannique s’étend et va conquérir les territoires arborés à l’ouest de la forteresse, bientôt transformés en parcs bordés d’édifices administratifs.

Une colline disparue

Cette zone, située à l’ouest du fort, se caractérise à l’époque du Raj par une colline boisée, Hog Hill. Les Britanniques conserveront d’ailleurs des espaces verts dans ce nouveau quartier. Deux grands parcs, Town Park et People’s Park en assurent la fraicheur.

Ce quartier jouxte le village de Periamet. Ce nom signifie village douane, autrement dit le lieu où l’on taxait les marchandises qui rentraient en ville. Le long du chemin qui menait à Poonamallee aujourd’hui connue sous le nom de EVR salai, on arrasa la colline pour y construire Memorial hall. Cet édifice en piteux état affecte une forme de temple grec. Juché sur un podium, il commémore la fin de la révolte des Cipayes et le passage de la Compagnie des Indes orientales à la couronne britannique.

Facade memorial hall Chennai
Memorial Hall Chennai, side
Southrailways headquarter chennai

Dans sa continuité, on tombe sur le grand bâtiment des chemins de fer du sud de 1922. Celui-ci adopte un style néo dravidien intéressant. Pour une fois, le Raj semble faire cas des spécificités architecturales régionales. La grande bâtisse de granit ne comporte pas d’arches. Elle s’inspire en revanche des temples du Tamil Nadu. On ne peut en dire autant de la gare centrale.

central Station Chennai
Southrailways Bg Chennai

 sa construction imite le modèle néogothique des grandes gares londoniennes. On retrouve les lignes victoriennes dans cet édifice de 1896 surmonté d’une grande tour emblématique en 1959. La gare s’ouvrait sur le grand hôpital.

Chennai a semble-t-il toujours été la capitale médicale du sud de l’Inde. Sur le côté, aujourd’hui occupé par une grande dalle moderne très plaisante, se trouvait à l’époque coloniale le grand marché Moore dont les bâtiments indo-sarracéniques ont malheureusement disparu. Une petite maquette oubliée entre voitures et ordures sur le parking disgracieux en rappelle l’existence.

Central station Chennai by night

Que reste-t-il de Park Town

Aujourd’hui le terme de Park Town désigne un quartier. A l’époque du Raj il s’agissait d’un parc dans une zone planifiée. En revanche, le Victoria Public Hall conçu pour être un lieu de spectacle vient de subir une rénovation complète. Les fenêtres en arc de cercle d’inspiration néo-romane contrastent quelques peu avec la tour aux accents gothique mais l’ensemble est plutôt convaincant. Elle fait face au Ramaswamy Choultry .

Siddique Sarai Chennai

 Celui-ci hébergeait les voyageurs Hindous. En revanche, le Siddique Sarai, tout blanc, accueillait lui les musulmans. Des boutiquiers occupent aujourd’hui la dentelle Moghole. Le reste du terre-plein autrefois occupé par le parc de la ville qui a donné son nom au quartier a malheureusement disparu, avalé par la pression immobilière.

Ripon Bg

Néanmoins, l’énorme Ripon building bâtiment de la corporation de Chennai (mairie) subsiste et projette son énorme vaisseau blanc illuminé le soir. Cette tarte à la crème s’inspire lointainement de la magnifique basilique de Palladio. Mais surdimensionnée, elle n’en a ni la grâce ni l’élégance. Devant, l’on distingue des statues, presque à l’angle de la rue Sydenham, dont celle noire du gouverneur qui a donné son nom à l’édifice. Les illuminations nocturnes donnent cependant une certaine grandeur au lieu.

Ripon Bg by night

People’s Park

Ce quartier s’est construit à l’emplacement d’une forteresse avancée à l’extérieur de fort st George. Comme George Town, il a été planifié. Ces projets d’urbanisme sont aujourd’hui perdus dans la ville moderne. La circulation, les destructions et reconstructions sauvages font en effet oublier la volonté d’une avenue de parade à la sortie de la gare bordée de rues plus commerçantes.

Ainsi le long de Sydenham, se succèdent les façades de maisons de la fin du XIXème siècle ornées de balcons, de toits terrasses (dit toit Madras même s’il s’agit essentiellement de toits terrasses ornés de balustrade). Le People’s Park a été englouti lors de la construction du stade Nehru. Il en reste une maigre bande de jardin. Même le zoo a été repoussé hors des limites de la ville pour faire face à la folie constructive. Les musulmans se rassemblent autour de la petite mosquée et ont fait de cette zone le cœur palpitant du commerce du cuir à Chennai.

Ce quartier offre un bon exemple de l’incompréhension dont souffre Chennai. On s’y réfère souvent comme à un village qui s’est agrandi démesurément. Ce qui implique une absence totale d’urbanisme ou de vision pour une ville constituée de la juxtaposition de nombreux villages. Pour autant, la ville des années 1930 obéissait à une pensée planifiée. Georgetown y jouait le rôle de centre économique et financier loin des marchés poussiéreux caractéristiques du Parry’s corner actuel. Park Town avait tout d’un vrai centre-ville avec ses bâtiments administratifs et publics et ses jardins. Le quartier bruyant alentour représentait donc le véritable cœur civique de la Madras coloniale à l’apogée du Raj.

Victoria Public Hall

Mumbai

Je vous propose aujourd’hui de partir à la découverte de Mumbai. Cette énorme cité de plus de 20 Millions d’habitants ne se découvre pas en un seul jour. Aussi je consacrerai une petite série avec des choix tout personnels pour vous faciliter la visite.

Victoria Station Mumbai

Si vous n’avez qu’un seul jour à consacrer à Mumbai, autant ne pas manquer l’essentiel. Le centre historique abonde en lieux remarquables, pour la plupart inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Cette zone, au sud de l’immense mégalopole, s’explore à pied ce qui vous évitera de chercher un taxi et rester des heures coincées dans l’effroyable circulation.

 Gateway of India et Taj

Gateway of India

Le bâtiment victorien de l’hôtel Taj et l’arche symbolisent une occupation coloniale révolue. La grosse porte commémorait à l’origine l’arrivée, en 1911, du prince de Galles, futur George V. Elle correspond aujourd’hui pour les Indiens au départ définitif des colons, en 1948. La foule est compacte le soir dans l’enclos qui entoure le monument, joyeux pastiche de l’arc de triomphe, d’une maison mauresque et d’influences Gujarati. De la pointe, on aperçoit la façade néogothique de l’ancien Yacht club établi en 1846, construit 35 plus tard et aujourd’hui occupé par le centre de recherche atomique. Bien que gâchée par la tour disgracieuse qui sert d’annexe à l’hôtel Taj, la meilleure vue est celle du ferry que l’on peut emprunter pour se rendre à Elephanta Island.

L'Hotel Taj

Oval Maidan

bâtimentsnéogothiques sur l'oval Maidan

La promenade architecturale sur l’Oval Maidan est un vrai musée à ciel ouvert. Construit sur une partie du Champ de Mars ou Esplanade, il reliait la zone du fort à celle de Church Gate et de la mer.

On découvre sur le côté Est de cette immense terre-plein herbeux, assez similaire au circus maximus de Rome, une succession extraordinaire de bâtiments néo gothiques. La Cour de Justice et l’Université illustrent l’inventivité et la diversité victorienne. Il y a là un véritable précis à faire frémir de joie John Ruskin, grand amateur des pierres de Venise.  Des escaliers en colimaçon tirés tout droit du Bovolo voisinent avec des vitraux typiques des cours de justice londoniennes ou des grandes universités britanniques. Au centre le grand clocher, Rajabaj Tower n’est pas sans évoquer les campaniles italiens ou les clochers gothiques de nos contrées.. L’homogénéité de ces bâtiments publics victoriens explique leur classement au patrimoine mondial de l’Unesco.

bâtiment de l'université de Mumbai, parfaite réplique du Bovolo de Venise
beffroi de l'Université de mumbai

L’autre côté du Maidan est occupé par des immeubles art déco. J’en reparlerai prochainement. Non loin du Maidan, la fontaine de Flore marque l’emplacement des murailles britanniques.

Horniman Circle

Horniman Circle Mumbai décrit un crescent très britannique

Du Maidan, on rejoint facilement à pied le port avec son impressionnante façade. On passe alors devant l’Eglise st Andrew et l’Oriental Building. On atteint enfin le superbe Horniman Circle. Celui-ci nous ramène dans le Londres de la fin du XIXème siècle. Avec ses immeubles qui suivent la courbe de la place arrondie, elle rappelle les plus belles créations urbanistiques anglaises.

société asiatique, facade néoclassique. Mumbai

La référence anglaise est poussée au bout avec le jardin central fermé d’une grille. Cette jolie place donne d’un coté sur l’ancien hôtel de ville, aujourd’hui société asiatique de Mumbai conçue à la base comme société littéraire. Ce bâtiment néo-classique juché sur un socle d’une trentaine de marches, affecte le style d’un temple grec. De l’autre côté de la place, la Cathédrale Saint Thomas propose, elle, un bel exemple néogothique. Elle s’inspire assez nettement de Ste Margaret, dans le quartier de Westminster à Londres.

Victoria terminus

Gare de Mumbai intérieur

Dans la même veine victorienne, la gare Chhatrapati Shivaji Maharaj Terminus, ex Victoria Terminus est un véritable chef d’œuvre. Ce bâtiment à l’ossature métallique ressemble à une cathédrale gothique. Le contraste avec la cohue le long des quais de cette énorme bâtiment industriel est saisissant. Le pastiche extérieur est incroyable. L’architecte n’a pas hésité à mêler la façade de Sainte Marie des fleurs à Florence à celle de Saint Pancras à Londres. Un joyeux mélange des genres rendu splendide grâce aux illuminations vespérales.

victoria terminus, le soir, Mumbai