Retour au Chettinad

Cette année, j’ai voulu tenter un retour au Chettinad. Car nous y étions allé il y a 3 ans. Nous y avions admiré l’architecture unique des 2 villes et de quelques uns des 73 villages du district de Siraganga. Nous nous étions arrêtés à Karaikudi, le centre économique de la région. Mais, nous n’avions quasi rien vu de cette ville assez poussiéreuse. Pourtant, les magnifiques palais des villages alentours, souvent en ruine, nous avaient laissé un goût de reviens y.

Alors, 3 ans après, je vous propose une nouvelle plongée dans cette région unique, avec ce retour au Chettinad.

En partant de Trichy, voici un petit itinéraire qui permet de jolies découvertes.

Fort et palais

On peut commencer par le fort de Trimayum perché sur une colline de granit rose. Il se confond d’ailleurs avec la couleur de la roche. Du haut du fort, un beau panorama s’ouvre sur la plaine agricole. Au pied des murailles, un temple en partie creusé utillise la même pierre. La couleur en est magnifique.

Le village suivant, Kadiapatti, abonde en palais. On n’en voit que les façades mais on peut rentrer dans le Lakshmi hôtel. En continuant dans le village, certains habitants sont prêts à ouvrir leur porte. Ce qui permet de constater que certains palais partent à la dérive. Des grandes familles enrichies par le commerce coloniale, ne survit souvent qu’un descendant, dont les enfants se sont la plupart du temps installés en occident. Le dernier propriétaire se trouve bien démuni pour affronter réparations et entretien de ces énormes vaisseaux. A l’origine y habitaient de larges familles de plus de 50 membres.

Kotalamangalam et Kanadukhatam

A Kotalamangalam et surtout dans les villages de Kanaduthakam et Pallathur, le tourisme a rapporté de quoi rénover davantage de palais. Des hôtels s’ouvrent tels le Saratha vilas, le lotus et attirent des visiteurs dans leurs salons joliment restaurés.

A Kanadukhatam, l’immense palais Raja abrite une administration. Il domine la place du village. Pour sa taille celui- ci abonde en grosses demeures. Elles se concurrencent le long des rues orthogonales. Certaines, repeintes de couleurs vives, attestent du retour ou du maintien des familles. Converties en hôtels, filatures ou autre elles peuvent se visiter au hasard de la promenade. D’autres au contraire souffrent tristement des outrages du temps.

Pallathur

A Pallathur, les rues 3, 6 et 9 recèlent de magnifiques palais éclectiques pour les plus anciens (fin XIXe début XXe) art deco pour les plus récents. La période de construction de ces palais s’étend en effet principalement entre 1890 et 1940. Loin de l’architecture indo-sarracénique de Chennai, ils empruntent ce qui se faisait de plus chic dans les grandes capitales européennes. Ce, avec un goût marqué pour la couleur et les jolis matériaux.

 Les Chettiars vivaient chichement dans les lieux où ils amassaient leurs fortunes. En revanche, ils dépensaient sans compter une fois revenus chez eux. Tek de Birmanie, marbres et miroir européens, rien ne les arrêtait. A vrai dire je n’avais jamais entendu parler des lustres belges mais qu’importe, Les locaux y tiennent et la splendeur des matériaux est indéniable. Une vraie compétition se jouait d’une famille à l’autre. Chacun rivalisait de créativité et d’étalage de richesses.

Des temples à Ayyanar

Ce que je n’avais pas du tout compris lors de mon premier voyage, c’est que cette région, comme une grande partie du Tamil Nadu, a conservé des sanctuaires rustiques uniques. Ce retour au Chettinad avait pour but de découvrir ces sanctuaires à Ayyanar.

 Il y en a notamment 2 dans le village de Kotalamangalam. Le premier se trouve à l’orée du village, le second carrément dans le bois. On part donc à l’aventure dans la forêt à la recherche du temple. Une cavalcade de statues de terre cuite l’entoure. Ces animaux statiques patrouillent les bois nuitamment pour assurer le repos des villageois. Les plus beaux chevaux anciens tendent à disparaître. Les remplacent des bestiaux et personnages en plâtre, criards et bedonnants. Mais l’esprit reste, même s’il se perd malheureusement avec l’exode rural.

Un sanctuaire particulièrement spectaculaire se trouve à Elangudipath. Là, une grande avenue de chevaux de terre cuite garde un petit temple campagnard interdit aux femmes. On y accède par un petit chemin de terre. Malheureusement jonché de détritus, celui ci reste caché de la grand route.

Bien qu’en voie de disparition, ces fantastiques sanctuaires témoignent d’une activité religieuse typique des communautés agraires du sud. Elle reste très marquée par l’animisme antérieur à l’hindouisme venu du Nord. Malgré leur raréfaction, ils gardent une authenticité poignante.

Karaikudi, la grande ville du Chettinad

L’atmosphère rustique ne se retrouve en revanche pas du tout dans la ville poussiéreuse de Karaikudi. Ce gros bourg vaut la visite pour sa rue d’antiquaires. Rares en Inde, les vendeurs d’objets et meubles anciens s’adressent beaucoup aux étrangers et pratiquent des tarifs prohibitifs. Pour autant, ils permettent de s’intéresser aux objets typiques de la société chettiare. On trouve par exemple de la vaisselle en aluminium, comme celle typique de Malaisie où les Chettiars faisaient leur commerce. Sur  kovil street, on peut aussi acheter du mobilier du début du XXes ou des statuettes avant de se rendre au Bazar Muneeswaran.