Panthéon Road évoque aujourd’hui à Chennai le Musée d’Egmore et le marché aux tissus. Néanmoins le reste du quartier est résidentiel. Il n’en a pas toujours été ainsi.

Egmore était l’un des plus vieux villages composants l’actuelle ville. Au XIes, c’était une zone agricole prospère. Les Vijayanagar transformèrent peu à peu les champs de riz en des champs de manœuvre. Au XVe siècle alors que leur empire s’étendait, ils firent de Egmore un cantonnement pour leur garnison. Peu de traces attestent de l’arrivée de la East India Company au XVIIème siècle. En revanche la soif de terres britannique est vite attestée.
Les bords de la rivière Coom
Le quartier passa entre les mains des Anglais et des Moghols. Ce, jusqu’ à ce que les colons officialisent en 1765 leur possession et définissent quoi faire de ces terres. Cette zone plane en bord de rivière se prêtait à la construction de grands bungalows aux allures palatiales. Le nom anglicisé de Egmore pour les 7 villages regroupés s’imposa alors. Malgré les protestations des locaux accrochés à leurs terres, les colons gringotèrent peu à peu l’espace. Les fonctionnaires et juristes s’y installèrent au XVIIIe puis au XIXème siècle en construisant hôpitaux, institutions puis gare.
La Cooptex
Des belles constructions en bordure de la Coom river il ne reste rien. La longue étendue près du pont correspondant autrefois à une seule résidence n’est plus. Qui plus est, les bureaux art deco de la Cooptex viennent malheureusement de disparaitre. Seul subsiste le magasin, témoin d’une coopérative montée en 1933 pour aider les tisserands tamouls, exposer et vendre leurs cotons.

Le magasin reste une référence locale pour le linge de lit. C’est ici qu’a été inventé le « bleeding Madras » si en vogue aux Etats-Unis dans les années 1970. Malheureusement la coopérative fit faillite à la fin des années 1990. La nouvelle génération, qui a pris la direction, a décidé de moderniser les boutiques et collections. Elle a pour but de faire revivre les savoirs faire ancestraux. Un centre commercial est prévu ici pour redynamiser le quartier et les cotons tamouls. Rare clin d’œil au passé textile, Cotton Street bordée d’échoppes éphémères reste la référence des tissus bon marché.
La rue du Panthéon
Les noms des rues portent traditionnellement le nom d’officiels britanniques voire tamouls. La rue du Panthéon fait exception. Elle rappelle le lieu public des assemblées. Elle s’appelle en fait Sampath Salai depuis l’Indépendence. Mais les habitants continuent à parler de Panthéon, en référence à un édifice disparu, vaste palais officiel accueillant les cérémonies du Raj.
Celui-ci constituait le plus grand bâtiment de la rue, à l’emplacement actuel du musée. Il servait de salle de spectacle, accueillait les réunions de la haute société ou les cérémonies. Pour le construire, on avait pris possession d’un vaste domaine agricole. Celui-ci s’étendait de Casamaijor’s Road à Police Commissioner’s Office Road. La propriété reprise en1789 fut transformée pour héberger des « Assembly rooms » et nommée Panthéon.

Ce Panthéon avait pour but d’organiser loisirs, bals et dîners, pour la haute société coloniale qui imitait la vie anglaise. A l’époque la mode était au monde Gréco-romain. Tout y faisait référence, l’architecture, le mobilier, les pièces de théatre . On ajouta donc un théâtre des salles de jeux. Quelques marches menaient à une longue salle ovale menant en enfilade à deux autres salles. Celles-ci servaient de salle de bal, de théâtre, puis de salle de jeux. Tout autour, courait une véranda.

Le Panthéon
Le Panthéon atteint son apogée entre 1793 et 1803 lorsque Edward, 2nd Lord Clive était Governeur de Madras. Ce bon vivant organisa des diners et bals au Panthéon. Mais il travailla à la perte du lieu en construisant le Banqueting Hall (maintenant Rajaji) . rare survivant de l’epoque du Raj on peut le découvrir caché derrière l’hôpital général.

L’un des derniers grands évènements célébrés au Panthéon fut le diner d’adieu pour le Coonell Sir Arthur Wellesley, franc maçon et futur duc de Wellington et 2 fois PM d’Angleterre.
Dans les années 1820, le Panthéon avait perdu toute utilité. Il passa de mains en mains jusqu’à ce que la Madras Litterary Society se mette en quête de nouveaux espaces pour ses collections. Elle proposa au gouvernement d’échanger les terrains de College house et du Panthéon pour loger d’un côté les douanes de l’autre le musée. Celui-ci croissant il fallut construire de nouveaux bâtiments. Ceux-ci cachèrent bientôt le Panthéon l’entourant de portique et d’un étage supérieur et d’ailes.

L’enceinte du musée
Le Banqueting Hall
Derrière le théâtre du Musée, un portail relie la bibliothèque historique Connemara et le bâtiment du musée consacré à la statuaire de pierre. Une partie du bâtiment aux accents classiques correspond à l’ancien Panthéon. Il faut monter une volée d’escalier pour accéder à ce qui rassemblait la belle société de la Madras coloniale. Le bâtiment accueillit peu à peu les collections croissantes du musée.

Encourageant les donations, ce musée grossit sous l’impulsion d’un collectionneur passionné, Lord Balfour. Il fallut rapidement agrandir le musée. Le zoo attira une foule considérable et finit par bouger en 1863 vers le People’s Park puis à nouveau en 1972. Sur l’espace libéré on construisit alors la Connemara Library
La bibliothèque

Batie en 1890 cette bibliothèque présente un de plus beaux exemples d’architecture indo-sarracénique avec la National art Gallery voisine. Il s’agit d’un simple rectangle de brique rouge mais la décoration en est admirable. Elle est malheureusement aujourd’hui fermée au public mais on peut apercevoir la salle de lecture via le a nouvelle bibliothèque et son magnifique faux plafond.

le théâtre
Le théâtre fut construit en 1896. J’ai déjà accordé un article à cette petite merveille architecturale très londonienne. A l’époque 550 spectateurs pouvaient y prendre place pour peu qu’ils amènent leurs coussins. Aujourd’hui, après restauration, le théâtre n’accueille plus que 450 personnes. En revanche l’acoustique reste bonne. Les performances laissent néanmoins parfois à désirer (je recommande d’éviter les concerts de musique classique).

A l’origine le théâtre avait 2 tours qui ressemblaient à des tours de palais florentin. Mais ces tours jugées inélégantes disparurent rapidement.
La National Gallery
Considérée comme le chef d’œuvre de l’architecture coloniale elle fut édifiée pour le jubilée de la reine victoria (50 ans de règne) en 1906. Le Victoria Institute qui y logeait se trouve maintenant sur Mount road. Elle représente l’apogée du style indo-sarracénique et s’inspire de Fatehpur Sikri. Réouverte en 2004 elle présente une muséographie renouvelée.

Le women hospital
On avance sur Panthéon rd vers Women Hospital, l’Hôpital de gynécologie et obstétrique. Il s’agit du premier hôpital de ce genre, une maternité, dans la zone. A l’origine, hôpital militaire, il n’acceptait que les Européens. John Underwood essaya d’y faire admettre les locaux. Il devint très populaire et fréquenté dans les années 1870. Dans la décennie suivante, apparurent les premières sages femmes. Déplacé des bords de la rivière à l’emplacement actuel, il jouait aussi le rôle d’établissement de formation, et de conférences. Il était si renommé que la reine de Birmanie y accoucha en 1886. 15000 bébés/ an y voyaient le jour. Un petit musée complète l’ensemble. Seule la façade demeure de cette vénérable institution. C’est le premier établissement en Asie combinant les soins pour les enfants et les mamans. On parle d’ailleurs du modèle de Egmore.
Hôtel Ashoka
Non loin de la maternité, en traversant la rue Panthéon, se trouve l’hôtel Ashoka. Construit dans les années 1970 il a profité d’ un élan gouvernemental pour accompagner le tourisme grâce à des aides d’état. Cet hôtel art déco tardif affecte une forme originale. Sa salle à manger ronde servait régulièrement de lieu rencontre entre Indiens de l’étranger en vue d’un mariage. L’hôtel moderniste se situe dans un jardin. C’est une bonne expérience que d’y prendre un petit déjeuner pour clôre votre approche de Panthéon Road.