Sur la route entre Georgetown et Cameron Highlands, Ipoh, la capitale de la province de Perak de et 3e ville du pays s’annonce comme une merveille sino-coloniale. Le petit village en bordure de rivière Kinta explosa littéralement du fait de l’exploitation de l’étain dans les années 1870. Le déclin de la production mena à la désertion de la ville à la fin du XXème siècle. Néanmoins, grâce au tourisme, Ipoh connait un regain récent.

On découvre d’abord une ville nouvelle au plan orthogonal. Les larges avenues vides de piétons et bordées d’immeubles donnent une impression assez triste et désertée. Il faut traverser la rivière pour se rendre dans le quartier ancien. On y est pris par une jolie ambiance.
Le joli centre colonial de Ipoh
De l’autre côté de la rivière Kinta, le Padang fait penser à la place centrale de Kuala Lumpur. Un grand espace vert correspond au stade de cricket. Le bordent les établissements les plus éminents de la ville à l’époque coloniale. Le grand hôtel a connu des jours meilleurs. La mosquée en revanche est repeinte à neuf. La belle école qui jouxte l’église st Michel nous emmène directement au Royaume Uni. Les petits enfants en uniforme attendent sagement la voiture qui vient les chercher à la sortie. Le club de Ipoh domine l’ensemble.

En s’en rapprochant on découvre les bâtiments administratifs typiques des villes anglaises. La cour de justice se trouve de l’autre côté du trottoir et fait face au bel hôtel de ville. Ces bâtiments blancs de style palladien sont emblématiques de la main mise britannique. Ils nous replongent dans la période de splendeur de Ipoh.

Capitale de l’étain, la ville était fondamentale aux yeux des colons. On le voit à la taille de la gare, presque surdimensionnée par rapport à la ville d’aujourd’hui. Bien entretenue, comme le reste du patrimoine colonial, elle marque le point de départ d’une promenade historique très bien faite .

En suivant l’itinéraire on va rejoindre les petites rues derrière le Padang. On découvre alors un autre visage de l’Ipoh colonial. Celui d’une ville commerçante dont la richesse repose sur l’exploitation de l’aluminium. En attestent les beaux bâtiments classiques des banques , la Birch Memorial Clock tower et la bourse de commerce. S’ouvre alors un damier plus resserré, occupé cette fois par les petits commerces aux mains non plus des Anglais mais des chinois Hokkiens ou cantonnais.
Ipoh, Une ville à majorité cantonaise
Ce damier correspond à des ruelles plus étroites. La plus connue, car refaite à des fins touristiques, s’appelle rue des concubines. La légende locale raconte que les riches commerçants cantonnais y menaient leur double vie.

Bordée de petites boutiques pour touristes, elle débouche sur deux avenues intéressantes. On y trouve nombre de restaurants et café de tous styles. Il faut y goûter la grande spécialité locale le « white coffee », sucré lacté mais délicieux. Les grains torréfiés à la margarine donne un arôme doux.
Des troquets plus locaux proposent des plats du sud de la Chine. Il est compliqué d’y commander si vous ne lisez pas du tout les caractères. Les serveurs les plus anciens ne parlent que le cantonnais voire leurs dialectes. Les jeunes comprennent le mandarin, parfois l’anglais. Des images permettent néanmoins de ne pas mourir de faim.

Le club des mineurs Hakka propose des visites (sur réservation) de qualité. Elles donnent une bonne idée de la richesse de Ipoh au XIXème siècle et de son développement. Le musée offre également une jolie perspective sur les communautés chinoises et leur mode de vie.

Parallèle à la rue des prostituées, la rue des marchands est en réfection et donne à imaginer à quoi ressemblait le centre historique avant restauration.

De belles boutiques coloniales bordent les rues plus larges de ce quartier. Il s’agit des hophouses dans le style de celles de Singapour mais moins refaites et plus authentiques. Car le centre historique reste malgré le tourisme très plaisant. Il est vrai que les groupes ne font que passer dans la ville et dans quelques rues très limitées.

Autour du Pont

Dans un souci louable de rajeunir la ville, la mairie (ou la région) a fait appel à des artistes de rue. Le phénomène a commencé à Georgetown dont les murs peints attirent des amateurs du monde entier venus admirer les œuvres de l’artiste lithuanien Ernest Zacharevic. Outre l’itinéraire historique, la mairie met donc à disposition un superbe itinéraire Street art. On y découvre notamment un artiste local, Erik Lai, que l’on suit ans le centre historique mais aussi de l’autre côté du pont dans des rues plus décrépies.

Cet itinéraire attire des visiteurs et justifie l’implantation de nouveaux cafés. C’est donc un cercle vertueux autour du white coffee et des artistes locaux qui se met en place.

En remontant la grande avenue, on atteint bientôt une halle, Gerbang Malam. Elle s’anime le soir avec un marché de vêtements et de bibeloteries. Dans La rue qui continue le passage, des biscuiteries locales alternent avec de restaurants hauts en couleur. On se croirait dans le sud de la Chine.

On atteint alors les grandes avenues de la Ipoh moderne qui s’articule autour de la grande place centrale . Autour de l’esplanade gazonnée, se trouvent le bâtiment sans grâce du Conseil de la ville et le centre commercial Ipoh Parade.









