Visite de Dakshina Chitra

Une série de cours pour entrainer les aspirants guides à Dakshina Chitra m’a amenée à préparer une visite de Dakshina Chitra. Je vous en livre ici la subtentifique moëlle.

la salle de cour

A l’occasion de la sortie de l’audio guide auquel j’ai contribué au printemps 2025, j’avais déjà publié un article. J’y expliquais que le musée vivant regroupait aujourd’hui 19 maisons reconstruites sur les 8 acres de terrain. Sur les 19 maisons, voici donc ma sélection.

chariot de procession

Pour débuter votre visite de Dakshina Chitra, passez devant la boutique sur votre gauche. Puis traversez la cour autour de laquelle s’organisent salle de conférence, film et autel enfin sortez à l’air libre face à la carte des lieux, au marché artisanal et à l’amphithéâtre. Prenez à travers le marché artisanal et dirigez-vous vers la gauche. Vous parvenez alors devant la première grande maison. C’est bon, vous commencez par la section Tamil Nadu.

Le Tamil Nadu, star d’une visite de Dakshina Chitra

Maison du Chettinad

maison chettiar

Cette première maison est celle d’un riche Chettiar. Le parti pris pour le Tamil Nadu est de montrer des maisons de différentes strates et corporations de cette société très hiérarchisée. On commence donc par celle d’un riche marchand. On y accède par un thinnai, une de ces vérandas typiques de la région. Les pièces de réception et les bureaux s’articulent habituellement autour d’une cour. Ici, ils font place à des salles d’exposition. L’une, sur les différents types d’écriture, se révèle bien intéressante pour les Européens novices que nous sommes en matière de culture indienne. Il manque la salle à manger, la cuisine et la cour de la cuisine, véritable section féminine pour donner une idée précise d’une maison du Chettinad.

cour de la maison du Chettinad

Maisons de l’agriculteur et du Brahmin

Sur la gauche, la galerie vous emmène à la découverte de la richesse textile à l’origine de la fortune de la région. Puis, on ressort de cette maison pour voir, immédiatement sur la droite, la maison de l’agriculteur. Elle sert de lieu d’exposition et d’exploration pour les métiers liés à la terre.  Plus simple, elle aussi s’articule autour d’une simple cour carrée. Les alcôves, occupées par des panneaux explicatifs, restaient ouvertes et ventilées sur un socle permettant d’éviter les crues.

rue Tamil Nadu

Ces deux maisons se situent le long d’une rue reconstituée, comme dans un village. De plus petites maisons à façade blanche et grosses colonnes de bois colorées la bordent. Les rayures rouges et blanches annoncent la maison du Brahmin. On y présente sa formation intellectuelle et son rythme de vie. Les façades d’autres maisons ont été incorporées à cette maison, petite mais prestigieuse, pour exposer différents objets de culte.

dans la maison du Brahmin

Maisons de métiers

Lui succèdent la maison du tisserand avec son métier à tisser, actif ici. Une grande pièce à l’arrière expose des tissus. Le Tamil Nadu s’enorgueillit à juste titre de son extraordinaire diversité textile.

Presque en face, la maison du potier, beaucoup plus petite, évoque la vie et le travail de ces artisans nécessaires dans les campagnes. Ils fournissaient en effet la vaisselle et les réceptacles de base. Plus sommaires encore les petites cabanes à toit de chaume sont typiques des travailleurs du Tamil Nadu. On y cuisinait à l’extérieur car ces huttes sont minuscules. Aujourd’hui le ciment et le béton remplacent ces matériaux traditionnels plus esthétiques mais devenus couteux à maintenir et plus difficiles à trouver.

hutte de laboureurs du Tamil Nadu

Juste derrière, sur la petite colline se trouve un joli temple à Ayyanar. Cette divinité villageoise accompagnée de ses 2 femmes a été déplacée au musée avec la bénédiction du prêtre de son lieu d’origine. Son installation a donné lieu à de grandes célébrations. La piété locale se lit également dans le petit temple à Mariama juste en dessous. Sorti à la fin d’une exposition, ce petit sanctuaire est rapidement devenu un lieu de dévotion pour les travailleurs et visiteurs qui passaient devant.

Temple Ayyanar

Au contraire, Si l’on prend sur la gauche, on accède aux maisons du Kerala

Les maisons du Kerala.

Ici nous découvrons deux merveilleuses maisons de bois. Il s’agit de la maison syrienne Chrétienne et de la maison hindoue. Elles nous permettent de comprendre l’originalité architecturale mais aussi la culture plurale de cette côte soumise à un régime de double Mousson. La visite de Dakshina Chitra insiste sur la mixité religieuse si spécifique au Kerala. Elle met également l’accent sur les différences régionales entre le nord de la région, qui faisait partie de la Présidence de Madras et le sud, domaine des Travancore.

La région, très humide elle, est aussi très arborée. Ce qui explique que le Kerala soit riche en maisons de bois et en travailleurs du bois. Ces maisons, construites sans clous sont des modèles de solidité. Parfois, comme ici dans la maison syrienne, une adjonction en dur date de la période coloniale. Chaque propriétaire disposait d’un petit verger et d’un potager qui lui assurait l’autosuffisance. Les greniers omniprésents, permettaient de stocker le contenu des récoltes pluriannuelles.

maison chrétienne syrienne

Une petite Croix, presque cachée au-dessus de la porte d’entrée, sous le débord de toiture, annonce la maison syrienne. Le terme est une référence à la langue de prière, le syriaque et non au pays. En effet le Kerala a été la porte d’entrée du christianisme en Inde. La région compte encore 20 % de Chrétiens.  Chaque maison disposait de son puit et de son lopin de terre. Chaque propriétaire avait également un bateau pour se déplacer sur les canaux voire la mer. Un toit très pentu laissait ruisseler les pluies abondantes. De larges vérandas et des incisions dans le pignon ventilent l’air chaud.

maison Koothatukulam

La maison Koothatukulam agissait en Grenier de la maison syrienne.

Maison Moplah et Calicut

Plus loin, la maison Moplah, repère des instagrammeurs locaux, accueille des expositions. Son architecture de pierre rappelle que cette riche communauté musulmane de la côte Nord du Malabar vit dans de bonnes conditions matérielles.

Maison Moplah

Quant à la maison Memnon ou Calicut house, une maison sur la côte nord du Malabar au nord du Kerala, elle illustre le caractère matrilinéaire des héritages au Kerala. Cette maison décrit les cultes et  rites propres à la région, avec notamment une section sur l’ayurveda.

maison hindoue du Kerala

En remontant le long de la belle maison de bois de Trivandrum, première maison de Dakshina Chitra, on atteint les Etats du Nord du Sud de l’Inde.

Le Karnataka

Ce magnifique état aux paysages et cultures si diverses est représenté par trois belles demeures. Dans celle de Chittusnagar, l’on revient notamment sur la culture du café, l’une des spécialités dont les locaux sont si fiers. En effet le café est ce qui distingue les populations du sud de buveurs de thé du nord.

maison Chittusnagar

Cette maison aux balcons de bois évoque également les relations commerciales entre l’Inde et le reste de l’océan Indien. Propriété de riches musulmans, elle illustre les lieux de culte et les spécificités de cette communauté. Au grenier, des photos parlent du soufisme.

Maison Illkal lambani

Maison Illkal Lambani

On y entre par une superbe porte de pierre et bois, véritable seuil entre la rue et la zone privée, considéré comme un sanctuaire. Ces maisons se trouvaient dans des espaces désertiques dans le nord du Dekkan. Elles sont donc construites en pierre avec des toits plats. La première maison évoque la tribu nomade des Lambani originaire du Rajasthan. Les femmes arboraient des vêtements colorés et bijoux d’argent. Ils se déplaçaient en convois menés par des bœufs pour transporter nourriture et objets. L’arrivée du train leur ôta toute utilité professionnelle,

maison Illkal

La double maison dans la cour appartenait à deux frères tisserands du nord du Karnataka. Ils utilisaient la cour commune pour tendre les fils. On voit un sanctuaire à Durga sous le Neem sacré avec deux pierres de Naga ( serpents) vénéré dans ce pays désertique en lieu d’ancêtres. A l’intérieur, on voit un métier à tisser et des masques de divinités protectrices.

maison illkal

Maison de Coorg

Au contraire, la maison de Coorg, dernière ajoutée à ce musée en plein air, est unique. Tout à Coorg rappelle que cette communauté isolée dans ses montagnes et ses sauvages forêts est à part en effet. La cuisine, les croyances, les coutumes, les costumes, tout est différent ici. Le rez-de-chaussée rend hommage à la  vie locale alors que l’étage expose  les rites et nombreux festivals qui ponctuent la vie des habitants.

maison de Coorg

De l’autre côté de la “route” se dressent les maisons du Telangana. En chemin vous pouvez vous arrêter au restaurant bon et particulièrement bon marché. Car la visite de Dakshina Chitra passe aussi par ses spectacles et des expériences culinaires. Celles-ci suivent le cycle des saisons.

fen6etre décorée de la maison de coorg

Andhra Pradesh et Telangana

La petite maison Chuttilu en Andhra Pradesh parait rudimentaire. Pourtant sa forme circulaire est emblématique des fermiers et pêcheurs de la côte. Elle peut supporter des vents énormes. Cette maison indigène, est un modèle environnemental. A l’époque elle était très simple et bon marché. Ironiquement, son entretien coûte maintenant cher en raison notamment du toit végétal, pentu pour laisser les pluies ruisseler. Ce type de maison se construisait en village pour résister aux tempêtes. Une seule petite fenêtre assurait la ventilation et un peu de lumière. L’espace entre l’intérieur et l’extérieur servait de stockage, de cuisine, voire d’étable en période de cyclones. Hors mousson tout se faisait autour de la maison. Le toit peut s’enlever et s’utiliser comme bateau dans le pire des cas. Malgré son aspect sommaire ,cette maison est donc assez spectaculaire.

maison Chuttilu

Ikat House, Telangana

Nalgonda ou la maison Ikat devait montrer l’ikat, un procédé complexe de tissage et teinture dans cette région riche en fabrication textile. Cette maison très  simple expose donc un métier à tisser. Elle rappelle un peu celle de l’agriculteur au Tamil Nadu avec sa toute petite cour.

maison de l'ikat

On peut sortir de cette maison pour se rendre à la galerie ou revenir vers le craft bazar et le restaurant.

Temples Tamouls

Pourquoi un article général sur les temples Tamouls ?  C’est qu’à Chennai, on en trouve à tous les coins de rues et leur aspect est typique du Tamil Nadu. Alors quelles en sont les caractéristiques ?

Je commencerai par insister sur le fait que je vais parler ici d’édifices religieux. La deuxième remarque concerne le style dravidien original et originaire du sud de l’Inde. On peut par exemple l’opposer au style Nagara recnotré au nord du Deccan.

Parler des temples Tamouls oblige à s’intéresser à la religiosité exacerbée du sud de l’Inde et à l’identité revendiquée des Tamouls.

Caractéristiques architecturales des temples tamouls

Les temples du sud empruntent à la tradition dravidienne. Leur forme dérive globalement des époques Pallavas (VIIème au IXème siècles de notre ère) et Cholas (X/XIII-ème siècles). Ils connaissent alors une large expansion. Leur forme évolue un peu jusque vers le XVIe siècle. Elle se fige alors sous les Vijayanagar.

 Voici les éléments principaux que l’on retrouve dans les temples du sud :

-La Gopuram

La plus caractéristique est la Gopuram. C’est une grande pyramide qui sert de tour et de porche d’entrée. Au Tamil Nadu elle se compose d’une base de granit, d’étages de stuc abondamment sculptés et colorés, repeints très régulièrement. D’ailleurs les temples indiens sont refaits fréquemment. La préservation historique n’est pas vraiment la priorité ici. La partie sommitale affecte la forme du chariot utilisé pour promener les dieux lors des festivals. Les plus grands temples disposent de plusieurs Gopurams aux points cardinaux. Avec le temps, les Gopurams, bien que plus récentes sont devenues plus imposantes que la Vimana.

-La Vimana

Plus compacte, la Vimana est souvent monolithique. Elle recouvre et protège le saint des saints (garbha griha)) où se trouve la divinité du temple. Pyramidale, ou en forme de bulbe, elle est beaucoup plus petite que dans les temples du Nord (shikharas) et souvent dominée par les Gopurams.

-Les mandapams

Ce sont des portiques à piliers précédant le ou les sanctuaires, un peu comme les pronaos dans des temples antiques ou des narthex dans les églises. Les piliers dravidiens sont eux même particuliers, carrés et décorés de divinités. Les fidèles se réunissent dans ces salles hypostyles. Ils peuvent y faire causette, voire y manger le pongal servi dans des grandes bassines. Ils peuvent aussi y avaler les friandises vendues dans les boutiques à l’intérieur du temple.

-Les enceintes quadrangulaires

Des murs entourent le temple. Au sommet des murs, des sculptures animalières évoquent le dieu honoré dans le temple. Dans les temples tamouls il s’agit souvent de Ganesh ou de Nandi (pour Shiva). Des dwarapalakas –  ou gardiens doubles veillent devant l’entrée du sanctuaire. Des  goshtams – divinités sculptées dans des niches- entourent le sanctuaire. Parmi les sculptures, les temples tamouls abondent en lingam, représentant Shiva. Ceux ci affectent une forme phallique. Il s’agit le plus souvent de monolithes de pierre sombre, voire noire.

-Le Bassin

Un réservoir est consubstantiel au temple. Outre la présence de l’eau, on retrouve dans les temples tamouls les autres éléments feu, air, terre. Ceci concerne tous les temples hindous. Au Tamil Nadu néanmoins, le bassin du temple fait souvent office de réserve d’eau pour toute la communauté.

Des caractéristiques cultuelles

Au-delà des particularismes architecturaux, les rituels présentent quelques particularités au Tamil Nadu. Ce même s’ils s’inscrivent dans la logique de l’hindouisme.

 Les divinités gagnantes des temples tamouls

Ainsi le sud honore plus particulièrement certains dieux

  • Shiva est le champion du sud mais un Shiva père de famille, serein et aimable assez éloigné du jeune ermite fougueux et chevelu du nord. Autour de Shiva, la sainte famille constituée de Parvati et des enfants Ganesh et surtout Murugan est honorée.
  • Ganesh fait l’objet d’un culte tout particulier. Il est présent à chaque entrée de temple et dans une multitude de petits autels à chaque coin de rue pratiquement. Plus encore Murugan son frère est LE dieu du Sud.
  • Les dieux sont représentés par leurs attributs ou véhicules, nandi, lingam pour Shiva, souris de Ganesh. Ce qui explique aussi la présence des animaux au sein des temples. Je ne parle pas ici seulement des singes abondants en Inde mais des étables dans les temples à Shiva, des éléphants dans les temples consacrés à Ganesh.
  • Chaque temple est constitué d’une multitude de sanctuaires consacrés chacun a une forme ou une caractéristique du Dieu. Chacun de ces sanctuaires est gardé par un prêtre ou plusieurs qui y pratiquent les bénédictions et y recueille les offrandes. Darshan. Pooja et prières sont en effet les 3 rituels principaux pratiqués dans les temples. Encore faut-il préciser qu’il n’y a pas UNE pratique dans cette religion non révélée.

Abondance des temples tamouls

A Chennai, on trouve une multitude de temples. Peu sont connus comme celui de Kapelashewar.

 Ou celui de Triplicaine, le plus ancien. A Parry’s corner, le plus connu est un temple double à Vishnu et Shiva. Mais ces arbres cachent la forêt des très nombreux temples de Chennai.

Le plus grands rappellent le village dont ils marquaient le centre. D’autres très nombreux, modernes attestent de la croissance de la ville. A cette pluralité de temples s’ajoutent les petits sanctuaires de rues, les autels domestiques ou de quartiers.

Les temples tamouls sont toujours extrêmement colorés et bruissants. Leur fréquentation s’intègre totalement au quotidien des habitants. On va au temple le matin avant de partir travailler et pour tout évènements familial ou professionnel.

Tout autour des temples, une multitude de petites échoppes vendent des fleurs de jasmin ou des œillets, des noix de coco du ghee pour les offrandes. On peut également acheter des petits berceaux, pour les couples en désir d’enfants, ou des cordons rouges ou jaune pour les gens en mal de partenaire de vie.