Située à une bonne heure de route de Chennai, Kanchipuram offre une belle idée de visite pour la journée.

Kanchipuram, l’une des 7 villes sacrées d‘Inde
L’importance de Kanchipuram tient à son statut de Saptapuri. Parmi les 7 villes saintes d’Inde, Varanasi est la plus connue, Kanchipuram la seule au sud. Ces villes sacrées de l’Hindouisme apporteraient la Moksha (libération) à leurs pèlerins et surtout à ceux qui viennent y mourir.

Cette ancienne capitale des Pallavas a vécu son heure de gloire du VIe au VIIIe siècle. Pourtant certains temples sont plus tardifs et datent de l’Empire Chola ou de celui des Vijayanagar.
Aujourd’hui, cette ville poussiéreuse et bruyante a perdu de sa superbe et il faut fouiller dans le chaos pour y trouver du charme et y repérer les temples les plus importants. Elle en a conservé énormément, mais peut-être pas les 1000 vantés par les guides touristiques. D’ailleurs, tous ne valent pas la visite au point de vue artistique ou historique. Néanmoins la spiritualité reste saisissante.
Dans leur majorité, les prêtres locaux sont traditionnalistes, peu sympathiques et réfractaires à la présence d’étrangers. Il vaut donc mieux ne pas tenter d’enfreindre leurs ordres.

Pour des raisons pratiques, il vaut mieux partir à la journée en voiture ou recourir aux services d’un auto. Les distances peuvent être longues, la touffeur insupportable. Il est parfois difficile de s’orienter et un chauffeur voire un guide peuvent donner du sens à cette découverte.

Des agences proposent des matinées de folie à Kanchipuram en faisant visiter dix temples. Ce qui implique un lever aux aurores, car les édifices religieux ferment entre 12.30 et 16h. Comme le disent les locaux, les dieux font la sieste pendant ce temps.
Néanmoins, tous ne sont pas incontournables et pour éviter la saturation, voici une petite sélection maison. Aujourd’hui, je vous présenterai les trois temples les plus connus. La semaine prochaine nous visiterons les deux plus anciens (et, à mes yeux) plus beaux.
Le temple à Shakti, Kanakshi Amman Temple
Situé en plein centre-ville c’est l’un des hauts lieux de pèlerinage et de visite. Très fréquenté, on y accède à pied et par des portiques de sécurité. Son architecture imposante, son emplacement et son importance spirituelle expliquent la foule.
Tout ici tourne autour de la déesse Kamakshi, l’une des formes divines de Parvati, déesse de l’amour, de la fertilité et de la force. Ce temple est l’un des 51 Shakti Peethas ou sanctuaires sacrés construits autour des membres du corps sacré tombés du Ciel. C’est aussi le seul de la ville dédié à Shakti. Ici en l’occurrence aurait atterri le nombril divin. Le temple est donc l’un des centres les plus importants du Shaktisme au Tamil Nadu. On y célèbre la puissance féminine.

Ce temple date du VIIème siècle, et de la dynastie Pallava qui avait fait de Kanchipuram sa capitale. Les Naalayira Divya Prabandham ou hymnes composés par des poètes sacrés Tamouls un siècle plus tard en font mention. Les Cholas ont pu le reconstruire et l’agrandir vers le XIVe. Puis les Vijayanagar entre les XIVe et XVIème siècle.
Une autre légende ne fait remonter la construction du temple qu’en 1565 à la chute de l’empire Vijayanagar. L’idole Kamakshi Amman aurait alors été transportée au travers de l’Inde du sud en quête d’un foyer permanent. Le temple daterait dans ce cas d’une construction plus tardive.
L’absence de documentation précise et les nombreuses reconstructions laissent comme toujours en Inde le champ libre à l’imagination. Ce même si la structure respecte le schéma dravidien avec ses nombreux sanctuaires et mandapas et son immense Gopuram (portail) d’accès jusqu’au spectaculaire réservoir à l’arrière. S’y mêle une iconographie typique des Vijayanagars.
Malheureusement les étrangers ne peuvent pas accéder au Saint des saints. On ne peut pas voir l’idole assise Kamakshi accompagnée de la sainte trinité Shiva, Vishnu, and Brahma.

L’incontournable temple Ekambaranathar
C’est l’un des temples les plus célèbres et l’un des plus grands du Tamil Nadu. Il est dédié à Shiva sous sa forme Ekambareswara, terrestre. On a un peu l’impression de rentrer dans un immense enclos en jachère, d’où surgissent des sanctuaires plus ou moins fréquentés.

Ainsi, en partant sur la gauche, un réservoir vide précède un mandapa aux magnifiques sculptures. L’ensemble vient d’être restauré de couleurs vives, à la limite du flashy. Des barrières ont surgi pour réglementer le flot de visiteur.

Si l’on part tout droit après la première gopuram, on rentre dans le saint des saints. Les marchands du temple vous attendent et se succèdent jusqu’au mandapa vibrant d’animation. Là, on peut vous accoster pour vous proposer de pénétrer dans le sanctuaire. A moins que l’on ne vous force à acquitter les 100 roupies pour un darshan express. Ce droit d’entrée vous permettra de sauter la queue, parfois imposante. Surtout il vous permettra de rentrer dans le saint des Saints.

Puis vous pourrez longer l’immense corridor bordé de lingams. De magnifiques piliers sculptés de yalis attestent de la réfection du temple à l’époque de la dynastie Vijayanagar. De petits autels et des chariots et statues processionnels rangés mènent jusqu’à une courette dans laquelle survit un manguier soi-disant tri centenaire. L’on contourne ainsi le sanctuaire. Une véritable plongée dans l’atmosphère sacrée et de l’immensité du lieu.

Bien qu’initialement érigé sous l’Empire des Pallavas, le temple fut entièrement détruit et reconstruit à la fin de l’ère des Cholas. Au fil des siècles, la structure du temple a été améliorée, notamment par les rois Vijayanagar au XVème s.
Varadharaja Perumal Temple,
À l’est de Kanchipuram et un peu en extérieur, cet immense temple dédié à Vishnou peut clore une matinée de visites à Kanchipuram. C’est un des 108 Divya Desams, ces temples à Vishnou qui auraient été visités par les 12 poètes sacrés ou Alvars. C’est donc un des lieux les plus sacrés pour les Vaishnavites. On le repère de loin en raison de sa taille et surtout de la hauteur de la Gopuram d’accès. Le nom Perumal se réfère d’ailleurs à Vishnou.

C’est le plus grand temple de la ville avec 3 immenses cours ou prakarams, ses énormes gopurams, ses nombreux sanctuaires, et ses magnifiques madapams ou halls à piliers.

Il est d’ailleurs particulièrement réputé pour le mandapam de la première cour aux somptueuses sculptures accessible à tous. Considéré comme un musée, on accède à ce hall aux 1000 colonnes moyennant un paiement. Les piliers Yalis attestant de l’intervention des Vijayanagars. Communs dans le Sud de l’Inde, ils représentent des créatures mythiques, aux têtes d’éléphants ou de cheval mais aux corps léonins. Leur puissance protégeait les temples. Des sculptures illustrent le Ramayana et le Mahabharata dans cette salle magnifique, ouverte aux quatre vents.
Plus de 300 inscriptions rappellent que de nombreuses dynasties l’ont enrichi et embelli. Chola, Pandya, Kandavarayas, Cheras, Kakatiya, Sambuvaraya, Hoysala and Vijayanagara ont laissé leur empreinte. Elles attestent d’une fondation au XIe s et de travaux d’agrandissement notamment sous les Cholas au XIVe siècle.
Le clergé local, particulièrement radical, refuse farouchement l’accès des non hindous au sanctuaire. Les étrangers ne voient donc presque rien des différents bâtiments ou des richesses du lieu.

C’est dommage, le programme iconographique y est particulièrement riche, intéressant et varié. Il illustre les différentes et complexes légendes liées à Vishnou mais aussi des épisodes de l’histoire mouvementée de ce temple aux nombreux festivals.
