Annu Jalais

Interview avec Annu Jalais, anthropologue, chercheuse et Professeur associée à l’Université KREA

Propos recueillis jeudi 16 février 2023

Les Français de Chennai ont eu la chance de rencontrer Annu Jalais en novembre dernier lors d’une remarquable présentation du système social indien : les castes. Aujourd’hui, elle a gentiment accepté de me parler de ses recherches et de ce qui l’a amenée à travailler sur les populations subalternes.

Merci pour cette interview Annu Jalais. Pour commencer, peux-tu te présenter et nous parler de ton itinéraire personnel ? Qu’est ce qui t’a amené à étudier l’anthropologie ?

Une enfance indienne

Je suis née à Calcutta de parents français qui se sont rencontrés en Inde dans les années 1970 et ont décidé d’y rester. Ils étaient très engagés en tant que travailleurs sociaux dans une ONG indienne. J’ai grandi dans le milieu populaire de Salkia, à Howrah, le long du fleuve Hooghly.

A l’âge de 7 ans, j’ai passé presque une année entre la France et la Suisse. J’y ai remarqué les différences culturelles, que je vivais déjà en Inde. Par exemple, la coutume française veut que l’on remercie à vive voix à travers des mots, mais au Bengale, cela ne se fait pas. C’est parfois même mal vu. Il faut prendre les cadeaux à deux mains, s’incliner légèrement, et surtout ne pas les ouvrir. En maternelle, les filles à l’école locale ou j’étais la seule « non-Indienne », étaient curieuses de la couleur de mes cheveux, de qui j’étais…

Le passeport de mon inclusion a été la langue. Je parle et j’écris Bengali comme mes amies Bengalies. Nous vivions dans un quartier populaire, mais sommes allés dans de bonnes écoles religieuses avec anglais comme première langue, bengali en deuxième langue, et Hindi en troisième langue. A la maison nous lisions beaucoup en français. J’ai obtenu un baccalauréat indien – le Uchhya Madhyamik.

Une formation supérieure en Europe

Avec ce diplôme, je suis partie en France, admise en classe Préparatoire au Lycée Fénelon. Puis je me suis inscrite aux Langues O (aujourd’hui INALCO) sous la houlette de l’extraordinaire Professeur France Bhattacharya. En même temps, j’ai eu la chance de suivre les cours de littérature anglaise à Paris III. Passionnée de littérature et prête à étudier celles de mes 3 langues préférées, je me suis lancée dans un DREA. Ce diplôme de recherche et d’études appliquées de 4ème année portait sur le concept du Viraha (douleur causée par la séparation amoureuse). Je devais traduire des chants collectés au nord du Bengale occidental, en Assam et au Bangladesh et en expliquer les formes linguistiques. Mme Bhattacharya a vite remarqué que mon intérêt se portait en fait plus sur le contexte et sur la vie des femmes qui chantaient ces chansons que sur la forme littéraire de celles-ci.

Spécialisation et Recherche

A l’époque, je dévorais Amitav Ghosh « In an Antique Land », l’histoire d’un anthropologue parti dans un village égyptien. Du coup, je me suis inscrite en licence d’anthropologie à Nanterre. Là, j’ai eu la chance de rencontrer le Professeur Steven Uran qui travaillait sur l’identité ethnique. Il m’a recommandé de continuer au Royaume-Uni si je voulais entreprendre des études sur l’Asie du Sud. Je suis alors rentrée en Masters en Anthropologie Sociale à la London School of Economics (LSE). Les professeurs en étaient Jonathan Parry, spécialiste de la « bonne mort » dans l’Hindouisme et des brûleurs de morts à Bénarès, et Chris Fuller, spécialiste des brahmines du temple de Meenakshi dans le Tamil Nadu. Ensuite, j’ai enclenché avec un MPhil et un PhD sur les Sundarbans, dans la baie du Bengale. C’est la plus grande mangrove au monde et où il y a des tigres mangeurs d’hommes.

Sur le terrain

Cette expérience s’est révélée particulièrement difficile et passionnante. Je connaissais la région pour y être allée enfant avec mes parents. Mon père y avait construit, avec son ami architecte Shobhanlal Bonnerjee, le premier abri anticyclonique. C’était après le désastreux cyclone de 1988 qui a fait plus de 6000 morts. J’y étais retournée avec mon école et avais été fascinée par les croyances et le syncrétisme de la région. En fait, je voulais comprendre leur refus de contrer les attaques des tigres en portant des masques préconisés par les scientifiques et distribués gratuitement par le gouvernement. Il me fallait retourner, enquêter, comprendre.

L’abri anti cyclonique
l’abri anti cyclonique sert aussi d’école dans les Sundarbans

Comment en es-tu venue à t’intéresser aux questions concernant les Dalits ?

Une exposition précoce

Mon père qui était venu en Inde avec l’association Frères des Hommes a travaillé avec un des grands disciples de Gandhi, Vinoba Bhave, dans le Bihar. Il avait été touché par cet homme qui luttait, d’une manière pacifique, pour une Inde avec plus de justice sociale. La façon dont les Dalits étaient traités l’avait marqué. Il était un des seuls à me parler d’Ambedkar et à m’expliquer pourquoi le système de « réservation » était si important . En effet, c’était une reconnaissance du fait qu’il y avait discrimination, et ceux des plus basses castes avait besoin de ce système pour s’en sortir. Les préjudices contre les Dalits étaient, et sont toujours, importants.

Avec ma mère, qui était venu étudier le Bharatnatyam (une danse classique indienne), ils ont tenu à nous élever comme « à la locale » et à apprécier la culture Bengalie. Nous prenions des cours de chant de Tagore et de Nazrul et de danses indiennes auprès d’Amala Shankar. Depuis très jeune, je vivais dans ces différences culturelles. J’étais consciente des différences de castes, de classes, et de cultures, du fait des amis variés de mes parents.

Dans les Sundarbans

Mon enfance a Salkia, et nos virées dans les campagnes Bengalies pendant les vacances, m’avaient donc préparée à vivre dans un village sans électricité ni eau courante, des toilettes faites de sacs de jutes pendues autour d’un trou. J’étais de ce fait heureuse d’avoir choisi l’anthropologie. Cela me permettait de réfléchir aux grandes questions sur la culture tout en vivant, pendant deux ans, dans un village des Sundarbans. A Londres, un ami Dalit Tamoul, Murali Shanmugavelan, m’a introduite à la littérature Dalit à travers le site Velivada et l’autobiographie de Bama. Le mot Tamoul « paraiyan » littéralement « intouchable » , a d’ailleurs donné le mot français paria. C’est la caste des joueurs de tambour. Ils touchent la membrane du tambour – faute de peau de vache. De ce fait, ils sont « intouchables ». La plupart des mots dans les langues Indiennes pour les castes considérées comme « intouchables » veulent littéralement dire « intouchable » ou « sale ».

Le drame de la partition du Bengale

La question des « basses » castes est apparue avec acuité au Bengale après le massacre de 1979 dans une des îles des Sundarbans, du nom de Marichjhapi. De nombreux réfugiés sont venus dans les années 1950 et 1960, suite à la partition de l’Inde quand le Bengale a été divisé. Ceux arrivés juste avant la création du Bangladesh en 1971, avaient été envoyés dans des camps de réfugiés. Ces camps aux terres arides se trouvent au centre de l’Inde. Ils avaient décidé de revenir au Bengale et de s’installer sur l’ile de Marichjhapi dans les Sundarbans. Les réfugiés qui avaient réussi à s’installer sur l’île en furent brutalement chassés par le nouveau gouvernement du Bengale. Certains en étaient morts. Ils s’étaient sentis trahis. Pour les réfugiés, ainsi que pour les villageois des Sundarbans, ce terrible évènement avait été possible seulement parce qu’ils étaient de basses castes.

Quels sont tes sujets de prédilection ?

Lorsque j’étais à la LSE, le grand anthropologue et philosophe français, Professeur Philippe Descola, avait été invité dans notre département. Il nous avait parlé de la relation des Jivaros avec le jaguar. Cela a résonné en moi lorsque j’ai découvert les relations que les villageois portaient aux tigres. J’ai décidé de me spécialiser sur l’anthropologie de l’environnement, étudier comment les gens comprennent l’environnement et leur rapport aux « non-humains ». On sort ici de la distinction nature / culture à la Descartes pour lui préférer un tout écologique dans lequel s’inscrit l’homme. Pour cela, il convient de changer de point de vue. Il convient d’adopter celui des gens qui vivent dans ce système où les animaux et les plantes ont autant de valeur que les humains. C’est d’ailleurs pour cette raison que je préfère le terme « non-humain » au terme « animal ».

Forêt de tigres par Annu Jalais

Environnement et religions

Outre les castes, et les conceptualisations du non-humain et de l’environnement dans différentes cultures, un autre sujet qui me passionne est la religion, et comment les croyances s’enchevêtrent.

Pour mon deuxième livre, co-écrit avec Joya Chatterjee et Claire Alexander (pour l’étude duquel nous avons bénéficié d’un financement de la part de la AHRC), je suis partie effectuer des recherches anthropologiques sur la migration au Bangladesh pendant deux ans. En effet, 95% de l’émigration dans le monde se situe dans le Global South. D’ailleurs, le pays qui a accueilli le plus de migrants ces derniers temps est le Bangladesh. Plus de 1 Millions de réfugiés Rohingya y sont arrivés en effet. On ne le sait pas, on ne le dit pas assez, mais le gros de l’émigration se fait dans les pays pauvres.

Cohaitation et tolérance

Ce qui m’intéresse dans mon travail sur le sous-continent Indien c’est que depuis toujours, il y a cohabitation entre des peuples, des religions, des cultures différentes. Jusqu’à récemment c’était une mosaïque qui réussissait à cohabiter sans qu’il y ait de continuelles guerres de religions. L’idée dans laquelle j’ai grandi était celle d’une grande tolérance. Nous suivions le dicton de Sri Ramakrishna Paramahansa « Il y a autant de voies qu’il y a de croyances ». Après avoir vécu dans une société à dominance Hindoue, je voulais vivre dans une société à dominance Musulmane. Et j’ai beaucoup appris pendant mes deux années au Bangladesh.

Avec la partition de l’Inde, la tolérance face aux différences, semble avoir été remplacée par la conviction de la supériorité de la religion et pas tant de la culture et de la langue qui nous unis. Malheureusement le nationalisme dans les pays de l’Asie du Sud est de plus en plus lié à une identité religieuse politique très étroite et non à une identité linguistique, culturelle, ou a un passé vécu d’une pluralité religieuse.

Peux-tu nous parler de ton cursus d’enseignante universitaire et de tes projets actuels ?

J’ai enseigné à la LSE pendant ma thèse et à l’université de Goldsmiths à Londres. Après mes deux années au Bangladesh, j’ai passé une année passionnante à l’Université de Yale, en post-doc au Agrarian Studies Program. Puis, j’étais à Amsterdam (à la IISH) et à Leiden (à la IIAS) quelque temps avant d’aller à la JNU à Delhi et au centre CRASSH à Cambridge en tant que post-doc. Puis j’ai travaillé pendant presque 10 ans à la National University of Singapore (NUS) en tant qu’enseignante -c’est ce qui m’a ouvert à l’Asie du Sud Est. L’Asie contiendras bientôt les 2/3 de la population mondiale et c’est ici que se joueront tous les grands enjeux de demain.

La diaspora Bengalie

Travaux récents

Pendant la pandémie, Aarthi Sridhar de la Dakshin Foundation à Bangalore, et moi-même avons réalisées le projet « The Southern Collective » réunissant des chercheurs issus de diverses disciplines travaillant dans la région de l’océan Indien. Notre équipe, avec Rapti Siriwardane et Alin Kadfak, s’est formée au plus fort de la pandémie pour répondre à l’appel de la SSRC à construire une collaboration transrégionale pour l’océan Indien. Nous partageons des intérêts communs liés aux défis côtiers et marins et une volonté de promouvoir des collaborations Sud-Sud avec la société civile pour produire et démocratiser la production de connaissances sur les répercussions du changement climatique sur l’environnement marin de l’océan Indien. Nous avons aussi recueilli des interviews sur les effets de la pandémie de Covid-19 sur les migrants des communautés côtières.

Enfin, nous avons bénéficié d’un financement de la part de l’Université de Paris et de la NUS pour travailler avec Mathieu Quet, Marine Al Dahdah, Vinod Saranathan, et l’artiste Maïda Chavak sur un projet sur les animaux en Asie. Ce fut passionnant puisque, cela a non seulement permis de mettre mes étudiants à contribution, mais aussi de collaborer avec une vingtaine d’artistes de différentes régions d’Asie. En ce moment, je travaille sur un livre qui étudie la place des « non-humains » dans les sociétés Indiennes et Chinoises.

Interview Annu Jalais, Singapour

Et aujourd’hui

Depuis un an, j’ai quitté Singapour pour me rapprocher de la famille. J’enseigne aujourd’hui à KREA, une nouvelle université « liberal arts » à 2h au nord de Chennai. Je donne des cours sur la religion, l’environnement, l’Anthropocène, et l’introduction à l’Anthropologie.

Avant de nous quitter, avec tous mes remerciements, peux-tu nous conseiller des livres, à commencer par les tiens ?

Jalais, Annu. 2010. « Forest of Tigers : People, Politics and Environment in the Sundarbans » London, New Delhi : Routledge.

Jalais, Annu. 2016. Avec Claire Alexander et Joya Chatterjee. « The Bengal Diaspora : Rethinking Muslim Migration », London, New York : Routledge.

Dumont, Louis. 1966. Homo Hierarchicus: Essai sur le système des castes (1966) 

Jaffrelot, Christophe. 1998. La Démocratie en Inde. Religion, caste et politique, Fayard, Paris.

Jaffrelot, Christophe. 2000. Dr Ambedkar – Leader intouchable et père de la Constitution indienne (in French), Sciences Po.

Mohammad-Arif, Aminah et Christophe Jaffrelot. 2012. Politique et religions en Asie du Sud: le sécularisme dans tous ses états? Collection Purushartha, Paris, Editions de l’EHESS, 2012.

Naudet, Jules et Christophe Jaffrelot. 2013Justifier l’ordre social: caste, race, classe et genre, edité par Jules Naudet et Christophe Jaffrelot, Paris: PUF/La Vie des Idées, 2013.

Naudet, Jules. 2012 | Entrer dans l’élite. Parcours de réussite en France, aux Etats-Unis et en Inde, Presses Universitaires de France, “Le lien social” series.

Brixton

Brixton n’est plus le quartier jamaïcain synonyme de révoltes des années 1980. La commune s’est regénérée ces dernières années. Néanmoins, de nombreux lieux rappellent son passé plus populaire.

 Brixton, capitale de la musique et berceau de David Bowie

On peut arriver à Brixton à pied depuis Vauxhall et Little Portugal après avoir goûté des pastel de nata. Mais le moyen le plus simple reste le métro ou le train. Tout autour des deux gares, le quartier se gentrifie très vite. Le dimanche, les bars à la mode affichent complet.

Le long de la grande artère, Brixton Road, le premier department store du pays, ouvert en 1877« le bon marché », propose aujourd’hui des brunchs au prosecco. Il attire les jeunes gens huppés de la capitale. Car les quartiers sud ne font plus peur !

Cet ancien grand magasin faisait l’angle de la rue Ferndale et était relié au bâtiment de l’autre coté de la rue par un tunnel. En effet, c’est dans ce dernier que logeaient les employés.

Plus loin, à l’angle de Brixton road et rue Tunstall, une énorme fresque de Jimmy C rend hommage à l’enfant chéri de Brixton, David Bowie. Le grand musicien est en effet né et a passé son enfance au 40 Stansfield Rd.

De l’autre coté de la route, les murs soutenant les rails sont ornés de peintures colorées. Un marché s’y tient le dimanche. En revanche, Electric road en accueille un tous les autres jours de la semaine. Cette rue, la première d’Angleterre illuminée par l’électricité, en 1888 a conservé  une animation née des vagues migratoires. On y trouve, sous les canopés victoriens, de magnifiques étals de fruits et produits exotiques mais de plus en plus rarement jamaïcains.

Dans Brixton market, les boutiques offrent des denrées de pratiquement tous les coins du globe. Les marchés et arcades du quartier valent vraiment la balade et l’arrêt gastronomique. Un autre enfant du quartier (sur cold Harbour rd)a lui un lien avec le monde politique : John Major fils d’un Monsieur Loyal devenu comptable.

Brixton, ville jamaïcaine

La place principale de Brixton s’articule autour de constructions de la fin du 19e et des modernes archives noires https://blackculturalarchives.org/  (1981). Son nom Windrush square se réfère au bateau HMS Windrush qui, en 1948, amena  dès après le Nationality act la première génération de Jamaicains pour aider à la reconstruction du pays. Cette vague migratoire s’arrêta en 1971 avec l’Immigration Act. La lumière s’est braquée sur cette communauté avec les émeutes de 1981. Plus récemment, le scandale de 2018 a mis en cause la légitimité de ces jamaïcains venus légalement .https://www.youtube.com/watch?v=Q4SIP7EZze4

Un magnifique roman de 2004 illustre la tragédie des Jamaïcains venus aider la mère patrie : Small Island par Andrea Levi , https://www.en-attendant-nadeau.fr/2017/05/09/couleur-peau-andrea-levy/

Sur la place, la statue de Henry Tate rappelle que l’inventeur du sucre en morceau a aussi été généreux. Il a offert sa collection de tableaux à la nation, la fameuse Tate Gallery. Brixton lui doit l’une des premières bibliothèques publique et gratuite.

A coté de ce bâtiment, le Ritzy fut le premier cinéma construit en tant que tel. A l’origine, un théâtre faisait face à l’hôtel de ville qui a conservé son haut beffroi. Des institutions musicales l’entourent : la Brixton Academy et Electric Brixton. https://www.electricbrixton.uk.com/. De nombreux grands groupes y sont passés.

Brixton champêtre

Outre les marchés et rues commerçantes, il existe un Brixton vert. Pour le trouver, il suffit de rejoindre Matthew’s Church, également appelée Waterloo Church. Cette église commémorative est devenue bar. Brixton Hill devient plus champêtre avec des petites maisons et de la verdure. On rejoint alors Blenheim Gardens où se trouve une jolie poste victorienne, toujours en activité depuis 1891. Le jardin au bout de la rue nous plonge dans la campagne avec son moulin qui a fonctionné de 1846 à 1934 . https://www.brixtonwindmill.org/visit/

 Juste derrière les bâtiments pénitenciers rappellent la triste réputation de Brixton.

On peut alors marcher vers le parc de Brockwell en rebroussant chemin le long de Brixton Hill et en empruntant la jolie Brixton Water lane. https://beta.lambeth.gov.uk/parks/brockwell-park

 Ce parc très plaisant permet de passer un bel après midi dominical entre serres, jardins communautaires, café et Lido. Cette très belle piscine en plein air a gardé des éléments art déco. De là, on peut finir l’après midi au Herne Hill Market et y prendre le train.

Le thé à Londres

Le thé, boisson traditionnelle chinoise depuis 3000 ans, n’apparait qu’au XVIIe s en Grande Bretagne. Il se diffuse au XVIIIe pour devenir à la fin du XIXe la boisson anglaise par excellence. Pourquoi cette prééminence alors qu’il est apparu en même temps que le chocolat et le café ?

Enseigne de Twinings, maison de thé à Londres

A l’origine du thé à Londres, le café au XVIIes

Pasque Rose, domestique d’origine grecque et sicilienne ouvre en 1652 la première maison pour déguster une nouvelle boisson, le cave près de St Michael Cornhill. Il accompagne la dégustation de la lecture de journaux.

1ere maison de café dans la City

Vers 1666, on compte près de 80 « maison de café » dans la city. Monsieur Lloyd a même l’idée d’échanger nouvelles et affaires dans son café de Lombard Street. Son café deviendra marché d’assurances. Cette vogue souffre néanmoins d’une forte taxation et de difficultés de stockage.

C’est dans ces cafés qu’apparait pour la première fois en Septembre 1658 une boisson chinoise, apportée par les marins hollandais et portugais. Le journal Mercurius Politicus, annonce la vente de Tcha ou Tee. Le marchand Thomas Garway le propose solide ou liquide dans Exchange Alley.

Ce Tcha se popularise rapidement malgré son coût et les admonestations des médecins et moralistes. En 1700, 500 cafés en vendent. Du coup, la couronne impose des taxes importantes. Monopole de la East India Company  (comme les épices et autres soieries), il reste précieux et onéreux et sa consommation limitée à une élite. On le consomme à la manière chinoise, noir et dans des tasses de porcelaine (alors inconnue en Europe).

Le thé l’emporte sur le café XVIIIes

La consommation de thé va augmenter par étape.

1/ Un mariage et une passion

 C’est d’abord En 1662 le mariage de Charles II avec la princesse portugaise Catherine de Braganza. Amatrice de thé, elle en fait la boisson à la mode à la cour puis dans la noblesse. La compagnie des Indes orientales s’enrichit. Mais, lourdement taxé, il reste une boisson très onéreuse destinée à l’élite. On le réutilise d’ailleurs de nombreuses fois, le dernier jus insipide étant laissé aux domestiques. On le conserve dans des coffres fermés à clé et sa consommation implique rapidement de nouveaux équipements, vaisselle, meubles, imités des Chinois. Dans les maisons riches le thé était servi cérémonieusement après le diner, pris tôt dans l’après-midi.

Tea time, au V&A

2/ Nouveaux lieux et équipements pour le thé

En 1717 by Thomas Twining ouvre une boutique de Thé pour les Dames. Son concept essaime très rapidement à travers le Royaume. D’autant plus que les salons de thé permettent aux femmes d’avoir une vie sociale sans chaperons et sans écorner leur réputation (après 1864). https://twinings.co.uk/pages/twinings-flagship-store-216-strand

Dans sa boutique, se presse l’élite londonienne. Parmi les personnalités, le peintre Hogarth. La légende raconte qu’il paya Thomas Twining d’un portrait, que l’on contemple toujours dans la boutique du Strand.

Dans la boutique Twining, le portrait du fondateur par Hogarth

Contrairement aux chinois les anglais utilisent des tasses avec anses et les manufactures de Wedgwood, Spode, ou Royal Doulton se développent. Les services se perfectionnent avec de petits pots pour le lait, le sucre.

3/Des lois pour favoriser la consommation de thé

 Pour contourner les taxes, le trafic illégal de thé frelaté augmente. A tel point qu’en 1784 William Pitt le jeune introduit  le Commutation Act. La taxe baisse  de 119% à 12.5%,.

Dès lors, le thé, plus simple à préparer que le café ou le chocolat, gagne toutes les couches de la société. Les Anglais le consommant avec du lait et du sucre, dont l’absorption augmente considérablement..

–         

Museum of London

Au XIXe Démocratisation du thé

Les lois Pitt rendant le thé accessible, les élites et le progrès technique achèvent de le démocratiser.

1/ le thé devient boisson à la mode

La légende raconte que Anna, 7e Duchesse de Bedford invente le Afternoon tea au début du XIXe. Trouvant le temps trop long entre diner et souper, souvent tardif dans les maisons élégantes, la duchesse a l’idée d’un thé accompagné de mets raffinés en fin d’après-midi. Elle invente donc la rencontre sociale autour du thé. Celui-ci se transforme en High tea dans les classes populaires où il devint le repas le plus substantiel de la journée. Tea shops et Tea garden deviennent à la mode dans la bonne société.

Tea shop, Museum of London

2/ multiplication des zones de production

Un nouvel essor est donné par la fin du monopole de la compagnie des Indes orientales sur le commerce asiatique en 1834. La compagnie envisage alors un repli sur l’Inde et y introduit la culture du thé jusque là uniquement chinoise. Lorsque les britanniques prennent le contrôle de l’Inde en 1858, la production de thé croit. Le thé indien remporta un vaste et rapide succès.

3/ Amélioration des circuits et techniques

La fin du monopole de la compagnie des Indes orientales en 1834 pousse en outre les compagnies à jouer la concurrence. Elles utilisent de fins navires à voile, les clippers, tel le Cutty Sark à Greenwich, pour acheminer au plus vite le thé d’Orient vers le Royaume Uni et faire les profits les plus importants. Cette concurrence mène à de véritables courses entre Américains et Anglais dont celle de 1860. Le gagnant devait être le 1er à accoster et décharger son thé sur les docks. https://www.rmg.co.uk/cutty-sark/history

Cette frénésie ne résiste pas à l’ouverture du Canal de Suez. Il laisse en effet passer de gros navires et réduit la longueur du voyage. Le coût d’un thé  produit maintenant  jusqu’au Sri Lanka diminue sensiblement. De ce fait la consommation augmente énormément. Le thé devient indissociable du mode de vie britannique. Les ventes connaissent un rebond dans les années 1970 avec l’introduction du sachet.

4/ Une boisson prisée par les gouvernements.

Le gouvernement tire au XVIIe et XVIIIe jusqu’à 10°/ de son revenu des précieuses feuilles. La cour au XVIIe puis la noblesse au XVIIIe se passionnent pour le thé mais  la vogue tient surtout au puritanisme. Le Considérant comme bonne antidote à l’alcool les élites victoriennes poussent sa consommation. Elles contribuent à la ritualiser. Tout fait alors l’objet de règles : Horaires, mets, qualité du thé mais aussi objets. https://www.tea.co.uk/history-of-tea

service et théières V&A

Dans les classes populaires, boire du thé représentait un marqueur social. Rapidement on considéra qu’il apportait réconfort et chaleur. Idée reprise pendant les deux guerres mondiales et toujours répandue aujourd’hui même si le thé est aujourd’hui sérieusement concurrencé par l’industrie de Flat White. (café au lait).

De l’importance du lait, céramique V&A

Londres italienne

Pour parler de la Londres italienne je n’évoquerai pas les multiples restaurants mais les lieux et monuments qui rappellent la péninsule. En effet, parmi les nombreuses vagues migratoires, Londres a reçu son flot d’Italiens.

Temple Bar, un baroque à l’italienne du au grand Wren

Des quartiers italiens de Londres

  • Little Italy, anciennement « Colline italienne » est le surnom d’un petit quartier au sud-ouest de Clerkenwell entre Clerkenwell Road, Farringdon Road and Rosebery Avenue. Cette colline autrefois appelée Colline saffran a vu de nombreux travailleurs italiens s’installer au cours du 19e s et déloger les miséreux du quartier. Leur église Saint Pierre par construite en 1845 reprend le modèle de San Crisogono dans le Trastevere. Le quartier compta jusqu’à 12 000 pers en 1895 notamment des Italiens du sud.

  • Ceux du nord s’installaient davantage à Soho. Ils travaillaient comme horlogers, tailleurs, artistes ou domestiques. Au contraire les habitants de « Little Italy » appartenaient à la catégorie des « ambulants » : vendeurs de glace, marchands ambulants, modèles, vendeurs de bustes en plâtre. Arthur Conan Doyle en parle d’ailleurs dans l’aventure des 6 Napoléons https://en.wikipedia.org/wiki/The_Adventure_of_the_Six_Napoleons
  • Aujourd’hui, la communauté s’est dispersée. Pour autant, l’Eglise Saint Pierre reste un point de ralliement pour la communauté italienne notamment au moment des Fêtes de Noël, Pâques et de la procession de la Vierge du Carmel le 16 Juillet.
L’église Saint Pierre
  • Little Venice se veut une référence nette à la ville des canaux. Ici ce sont des péniches rassemblées sur un bassin à l’intersection de Regent Canal, un bras du Canal Grand Union et le Bassin de Paddington. La zone est arborée et l’on y trouve des cafés. C’est un arrêt plaisant si vous marchez le long du Canal. (ou si vous attendez votre train à Paddington ou Marylebone Station). https://www.visitlondon.com/things-to-do/place/401228-little-venice

des monuments à l’italienne

Autour de Saint-Paul

  • Bien entendu l’une des zones aux accents les plus italiens correspond aux abords de la cathédrale Saint Paul. Construite selon le modèle de Saint Pierre de Rome par Christopher Wren, elle s’inscrit dans le programme de reconstruction d’après le grand incendie de 1666. Si le faste baroque déployé par cette majestueuse cathédrale surmontée d’une coupole évoque le Vatican, le quartier qui l’entoure également. En effet, la petite place Paternoster malgré sa (re)construction récente (dans les années 1995) a des airs italiens. Car il ne reste rien du lacis de ruelles médiévales, incendié en 1666. Reconstruit avec brio par Wren, il brûla nouvelle fois durant le Blitz. Malgré la juxtaposition d’éléments hétéroclites, l’ensemble, lié à Saint Paul par la majestueuse porte de Temple bar, ne manque pas de charme transalpin. S’y côtoient en effet colonne similaire à celle du Monument, grilles pour aérer le parking souterrain, constructions modernes et la porte donc déplacée (dans les années 2000 quoique indirectement !) du Strand où elle bloquait la circulation des voitures… https://lookup.london/paternoster-square-column/

Des monuments palladiens à Londres

  • On ne peut parler d’Italie à Londres sans évoquer l’influence du grand architecte vicentin Palladio. Son œuvre, apporté dans la capitale par Inigo Jones, a effectivement totalement révolutionné l’esthétique architecturale des lieux. Il faut imaginer la Londres médiévale totalement transformée par quatre constructions directement héritées d’Italie. Le pavillon de la Reine à Greenwich, la chapelle royale du Palais st James, la Banqueting House et Covent Garden ont ainsi totalement modifié la ville. https://visitesfabienne.org/palladio-a-londres/

Des mosaiques d’inspiration romaine

  • L’un des lieux les plus insolites nous rapproche de l’Italie antique. L’œuvre est pourtant récente (2012). Mais, de par sa technique et son rendu, elle nous transporte dans une villa romaine antique. Il s’agit d’un ensemble de mosaïques de 2012 évoquant le quartier alentour. Elle utilise la technique romaine de l’opus tesselatum. Cachées derrière une rangée de petites maisons à la lisière du quartier de Hoxton, ces mosaïques illustrent les saisons dans les parcs de Hackney. Avec beaucoup d’humour, elles illustrent la vie du quartier. Certaines nous montrent une baigneuse, un souffleur de feuilles. On voit aussi des animaux stylisés ceux qui paissaient dans cette zone rurale jusqu’au 19e. (Shepherdess walk park). La référence aux bergers tient au pub « the Eagles » dans la rue Shepherdess Walk qui s’appelait « Bergers et Bergères »  https://spitalfieldslife.com/2013/10/07/the-mosaic-makers-of-hoxton/ Ou http://www.hackney-mosaic.co.uk/shepherdess-walk/4581051788