Aujourd’hui, je vous emmène au Fort Rouge, une construction fort méconnue au sein du Madras Medical College sur Poonamallee High Road, dans le quartier de Park Town.

Vous pouvez venir par métro. Dans ce cas descendez à Central station. Ou vous pouvez préférer venir en train, dans ce cas arrêtez vous à la station Park Town. C’est un moyen amusant de découvrir la ville. Le plus simple néanmoins est de prendre une voiture avec chauffeur ou de prendre un « auto », le terme local pour rickshaw.
Le Madras Medical College
Entrez par le portail d’accès du Madras Medical College sur General Hospital Rd. S’il est fermé ce qui semble être souvent le cas ces derniers temps, contournez le petit édicule sur la droite le long de l’escalier souterrain et regagnez l’allée au delà du portail. Prenez alors tout droit le long de MMC office Rd. C’est une voie privée donc calme.

Le Government General Hospital fut fondé le 16 novembre 1647 pour soigner les soldats de la Compagnie des Indes orientales. Néanmoins, l’Hôpital Général n’occupa ce lieu qu’en février 1835. Il s’agit de la plus vieille université de médecine d’Asie. Elle se compose de bâtiments dispersés le long d’une allée que vous empruntez en ce moment. Les premiers cours eurent lieu dans des salles jouxtant les appartements du chirurgien en chef et l’Hôpital Général. Cependant, l’université se dota de son propre bâtiment l’année suivante. Celui-ci comprenait 4 pièces- une bibliothèque, un musée, une salle de cours qui pouvait se transformer en salle d’opération et un laboratoire. Il fut énormément agrandi en 1867.

Un nouveau campus de 6 étages fut ajouté à l’université de médecine en 2010.
Les bâtiments anciens de l’université de médecine accueillent aujourd’hui l’université de pharmacie, l’école d’infirmières ainsi que des logements étudiants.
Le baobab, un véritable monument
Passez devant l’école d’infirmière et la bibliothèque sur votre gauche ainsi que le bloc administratif sur votre droite entouré par deux élégantes rotondes aux fines colonnes inspirées par l’église All Souls de Londres, chef d’œuvre de John Nash. Bien qu’en mauvais état, ces constructions présentent un bel exemple de l’éclectisme victorien teinté d’un zeste de classicisme. Vous atteindrez alors un impressionnant baobab vieux de 150 ans.

La pancarte écrite en tamoul peut être traduite de la manière suivante :

“Cet arbre est l’un des plus vieux du monde. Il est originaire d’Afrique. Ses feuilles sont riches en vitamine C. Les tribus africaines utilisaient toutes les parties de cet arbre pour se nourrir ou se soigner. Son tronc a une circonférence de plus de 11m et il est haut de plus de 20m. Cet arbre rare honore l’université de médecine de Madras depuis plus d’1 siècle et demi. Ce panneau a été dévoilé par Monsieur le Premier Ministre du Tamil Nadu, MK Stalin.“.

Le Fort Rouge
à l’angle sud-est du campus se trouve le bloc consacré à l’anatomie. Il comprend une salle d’opération, des salles de dissection, des salles de cours. C’est l’une des plus anciennes constructions ici. Les historiens se disputent sa date. Mais si on le compare à l’ancien Moore Market, on trouve des similitudes qui attesteraient d’une construction dans les années 1883 ou 1897.

En 1887-88, un musée l’agrandit puis des laboratoires de biologie et d’hygiène. En 2016, il fut annoncé que le bâtiment serait transformé en musée. Malheureusement à ce jour, rien n’a bougé. Les salles médicales ont été transférées dans un nouvel édifice de plusieurs étages, mais le musée se fait toujours attendre.
Le Fort Rouge de Chennai, un vrai inconnu
Bref qu’y a-t-il de spécial dans ce bâtiment ? En fait il s’agit de l’un des exemples les plus anciens et des plus aboutis d’architecture indo-sarracénique à Chennai, une sorte de trésor caché en quelque sorte. Ce style est fascinant, il s’est développé à la fin du XIXème siècle, C’est un mélange d’architecture indienne, islamique et anglaise. Pour les Anglais, c’était un moyen de dire « Regardez comme nous respectons le passé indien », notamment la période moghole qui a précédé la colonisation anglaise. Dans les faits, on retrouve le style indo-sarracénique essentiellement dans les édifices publics et les écoles de la période anglaise.

A Chennai, ces structures sont généralement construites en briques ou peintes en rouge pour y ressembler. Les façades peuvent se révéler amusantes avec une foultitude de détails du genre dômes, arcs, jalis (ces écrans dentelés tout droit inspirés du lointain Taj Mahal), chhatris, ces petits kiosques couverts couronnant les constructions. Le bloc d’anatomie exhibe un certain nombre de ces détails architecturaux, depuis les vérandas à arcatures, les soubassements de pierre jusqu’au parapet à bas-reliefs qui court le long du toit.

Il y a quand même un détail croustillant ici. En effet même si le style indo-sarracénique avait pour but de créer un sentiment de familiarité, il ne parlait pas aux populations locales, Car ici il n’y a pas de tradition moghole mais une forte appartenance dravidienne. Ce qui fait que ces constructions étaient quelque peu déplacées. Mais les Britanniques n’avaient pas l’air de s’en soucier.

Une référence prestigieuse
C’est particulièrement net ici où le bâtiment s’inspire de toute évidence du célèbre Fort Rouge de Delhi construit au XVIIème siècle par le grand Shah Jahan, l’empereur à l’origine du Taj Mahal. La réplique que vous êtes en train de regarder affecte la même forme cubique et l’aspect de forteresse. Et les étudiants enfermés dedans de longues heures pour étudier l’appelèrent donc affectueusement le « Fort Rouge de Madras ».