Banksy, enfant de Bristol

Banksy Bristol

Un nouveau Banksy est apparu la semaine dernière à Bristol (13 Février) et a presque aussitôt été vandalisé.Banksy l’a très vite revendiqué. Du coup, il a créé un mouvement d’enthousiasme et une fièvre spéculatrice. Cet épisode met en lumière le rôle de l’art en posant nombre de questions . En effet, à qui appartient l’œuvre d’art. En outre, celle-ci est-elle faite pour durer ou au contraire se répéter ou être détruite? L’artiste joue-t-il un rôle social? Dans ce cas, lequel et de quelle manière? Ces questions se posent particulièrement à Bristol qui se veut capitale du Street Art. https://visitesfabienne.org/wordpress/bristol-figure-de-proue-du-street-art

La dernière oeuvre de Bansky à Bristol date de la semaine dernière
15 Février 2020 : A peine terminé, le dernier Bansky déjà vandalisé, et protégé avec les moyens du bord…

https://www.bristolpost.co.uk/news/bristol-news/banksy-art-new-barton-hill-3862643

Banksy vient de repasser …

Car Banksy entretient le mystère sur son identité et son calendrier. Pour autant, à Bristol, chacun a sa petite idée. Ainsi, il est né en 1973 dans les quartiers pauvres et a commencé son activité de graffeur. D’emblée, c’est aussi un activiste dans les années 1990. Il se montre en ce sens tout à fait dans l’esprit contestataire local.  Il a affirmé sa notoriété dans les années 2000 à Londres puis aux Etats-Unis, en Palestine et même à Paris. Enfin, dans les années 2010, il est passé à la réalisation de films, tels Exit Through the Gift Shop 

Cet anonymat entretenu permet de se focaliser sur son œuvre et non sa vie.Ce qui permet de suivre chacune de ses apparitions murales, comme un jeu de piste géant. A Bristol, on compte désormais 10 œuvres. de sa main

 Mon idée n’est pas de livrer une exégèse, ni un itinéraire. D’autres l’ont fait avant moi. https://wandereroftheworld.co.uk/banksy-walking-tours-bristol/ Mais, je cherche juste à situer chronologiquement ces témoignages dans leur ville. Ainsi, l’idée est de mieux suivre l’évolution technique, des dessins à main levée et graffitis aux œuvres mixtes incluant des pochoirs (à l’exécution plus rapide) de plus en plus sophistiqués .

 Les thèmes restent critiques à l’égard de la société et de la politique, voire de l’(in)humanité. Le traitement en est souvent humoristique, (im)pertinent avec des motifs récurrents de singes, soldats, enfants, personnes âgées et rats.

Il était déjà passé par ici…

Les premières œuvres datent des années 1990 et sont composées de dessins peints à main levée et de graffitis. On peut ainsi découvrir Take the money and run, en collaboration avec Inkie. Autre œuvre collaborative, de la même époque, Chat et Chiens.

Take the money and run, tout juste nettoyé.

– En 1997 “Mild Mild West“.C’est la première œuvre connue. Elle recouvre une publicité pour des avocats. Pour la première fois sont associés le dessin et le pochoir. L’ourson dessiné représente les gens du quartier de Stoke Croft. Le pochoir lui représente les forces armées. Cette oeuvre recourt également le graffiti de la signature et du slogan ironique.

Mild Mild West, la reconnaissance pour Bansky dans sa ville de Bristol

– dans les années 2000 Rose on a mousetrap, montre une rose coincée dans un piège à souris, elle aussi signée.

Dans une petite rue de Bristol, une oeuvre émouvante signée par Bansky

-En 2003 , le Gorille maqué malheureusement effacé en 2011 par le propriétaire du bâtiment (un centre culturel musulman) mais renettoyé (peu visible)

-2003 The grim reaper  .peint au pochoir sur le bateau Thekla, déposé par le Conseil Municipal puis repeint. (on peut le voir au M Shed)

the Grim Reaper, maintenant au Musée de Bristol M Shed

Mais aussi par là…

– En 2006 “Well hung lover” sur l’infidélité, pas seulement conjugale mais professionnelle. Ce serait une critique de son agent et de la ville. Au moment où Banksy travaillait sur son échafaudage, la mairie, de l’autre côté de la rue, était en train de statuer sur l’illégalité ou non de son œuvre. Plébiscitée par les citoyens elle est une de ses œuvres les plus emblématique et visible dans Bristol.

Bien en vue, dans le centre de Bristol, l’oeuvre de Bansky a néanmoins été vandalisée.

-. Juin 2009, l’Exposition Banksy vs Bristol Museum  au musée de Bristol avec plus de 100 œuvres dont des installations. Au musée, reste l’ange au pot de peinture et l’été dernier étaient exposés les membres du Parlement : des chimpanzés « singeant » les MP. Cette toile a été  vendue en 2019 pour une somme record de £9.9 million .

– 2011 Planning permissions renoue avec le graffiti

2014 The girl with the pierced eardrum. Il explore la peinture classique au moyen de pochoir adapté au support (la bouche d’aération en guise de perle). De la même année datent les amoureux au téléphone mobile vendu par un particulier pour lever des fonds. Cet épisode a lancé une controverse sur le droit de propriété de ses œuvres et le vandalisme ;

Vermeer repris par Bansky, sur les quais de Bristol

-2015 (Aout/Sept) parc d’attraction Dismaland à Weston Super mare

-2016 Girl with the stick (dans une école)dessin naïf et pochoir en remerciement pour avoir nommé un bâtiment de son nom.

Et oui c’est bien lui !

Enfin, le 13 Février dernier, pochoir representant une petite fille tirant à la catapulte sur des fleurs et feuilles rouges collées.

https://visitbristol.co.uk/things-to-do/banksy-walking-tour-p1354013

Cette dernière, vandalisée dès le lendemain a attiré  une nouvelle fois l’attention des médias sur la difficulté de protéger une œuvre créée dans l’espace mais aussi sur l’appartenance. Le propriétaire de la maison, ravi au matin de la découverte de se voir doter d’un cadeau de plussieurs millions de Livres, se montrait désemparé dès le lendemain devant l’inertie des pouvoirs publics. Dans un pays libéral et peu concerné par les notions patrimoniales, comment conserver, faire classer, protéger, aménager pour un simple citoyen d’un quartier défavorisé ? A l’heure qu’il est, de riches collectionneurs outre-atlantique se sont déjà manifesté pour résoudre ce dilemne…

Bristol, figure de proue du Street Art

migrations jamaiquenes

Pour faire suite à mon dernier texte où je m’intéressai aux origines du Street Art, je voudrais revenir sur le cas de bristol. En effet, la ville devient une figure de proue de cet art des rues.

https://visitesfabienne.org/wordpress/street-art-de-la-contestation-a-la-gentrification/

Des graffitis pour dénoncer

Depuis l’époque du commerce triangulaire, la ville se divise en quartiers résidentiels, sur les hauteurs de Clifton. Mais aussi en zones plus déshéritées le long des quais et dans les quartiers bas et Est. Ces zones étaient traditionnellement industrielles et marquées par la contestation.

 En fait, les graffitis dénonçant les inégalités sur les murs se sont transmués en un art de rue de plus en plus reconnu. Ce, grâce à l’action conjuguée de deux phénomènes.

Des murs porteurs de message…

La ville des graffeurs

A la base de l’extraordinaire vitalité du Street Art Bristolien, on trouve un cocktail mêlant l’esprit rebelle de la ville,  une scène musicale underground particulièrement active. Mais aussi l’apparition des peintures en aérosol. Enfin, on peut mentionner la présence exceptionnelle de personnalités originales.

Au début des années 1980, Robert del Naja  marque les murs de son empreinte avant de se tourner vers la musique au sein de son groupe Massive Attack.

https://www.independent.co.uk/arts-entertainment/music/news/banksy-robert-del-naja-massive-attack-art-who-is-he-identity-real-name-graffiti-music-similarities

Apparait alors Bansky, dont certains prétendent qu’il est la même personne. Bansky puis Inkie apportent la notoriété à Bristol. Et avec eux, une foule de jeunes talents se révèle à elle-même.

https://www.bristolpost.co.uk/news/bristol-news/old-video-surfaces-banksy-painting-1944146

La prochaine fois je vous emmènerai à la découverte de quelques graffeurs locaux

Quelques étapes dans la créativité à Bristol

Quelques jalons nous permettent de comprendre l’importance prise par le Steet Art sur la scène de l’art mais aussi dans l’économie de la ville :

– D’abord en 1998, The Walls on Fire marque l’apparition médiatique de Banksy

– Puis en 2009, L’exposition Banksy Vs Bristol au Musée des Beaux-Arts, avec plus de 300,000 visiteurs payants montre l’intérêt du Street art et renforce le positionnement de Bristol.

– Surtout, en 2011 : Le Festival See no Evil, évènement d’une semaine organisé dans toute l’Angleterre à l’occasion des jeux Olympiques de Londres affirme la notoriété des graffeurs. Le nom renvoie aux singes qui ne voient, n’entendent ni ne parlent, référence explicite aux artistes de rue dénoncés auprès de la justice.

Nelson Street

https://www.telegraph.co.uk/culture/culturepicturegalleries/8711647/The-See-No-Evil-graffiti-project-in-Bristol-Britains-largest-street-art-project.html

Le soutien des autorités

Mais si Bristol est devenue une figure de proue du Street Art, c’est aussi grâce à l’engagement de la ville. La municipalité a en effet vite compris l’intérêt qu’elle pouvait tirer de ses oeuvres véhiculant des messages sociaux voire politiques.

Sur le modèle réussi de Melbourne, le conseil municipal aidé d’artistes locaux reconnus, tel Inkie, financé par des donations privées, et soutenu par les commerçants et propriétaires riverains lance un grand grand festival Street Art. L’idée est de redynamiser une rue sinistre, la rue Nelson en plein centre-ville.  Les bâtiments (jusqu’à 10 étages) sont peints par des artistes venus du monde entier et revitalisent cette zone désertée. La ville considéra ce projet comme un tremplin pour régénérer la rue et la transformer en attraction touristique…Pari tenu et réussi !

Nelson Street

Depuis 2013, Bristol accueille le plus grand Street Art festival, Upfest (Urban Paint Festival) dans le quartier de Bedminster avec 300 artistes du monde entier et 30,000 visiteurs. Hors une interruption en 2014, le festival grossit chaque année.

Upfest en ligne…

En 2020 il promet de nombreuses têtes d’affiche, des créations in situ dévoilées au cours du week-end (30 Mai/1 Juin). Le tout accompagné de musique live et bien sûr, Royaume-Uni oblige, de stands de nourriture et de boissons.

https://www.upfest.co.uk/page/upfest-festival