Voici un Kanchi bis pour compléter l’article de la semaine dernière. Je vous avais emmené dans la vieille ville visiter les temples les plus connus et les plus spectaculaires. Notamment l’immense Varadaraja Perumal, le célèbre Ekambaranatha dédié au Shiva terrestre et le Kamakshi Amman Temple, dédié à Shakti en plein centre-ville.

Cette semaine je vous propose une immersion dans la période Pallava (V- VIIIe siècles). Cette dynastie fit de Kanchipuram sa capitale et de Mahaballipuram son port. Les deux magnifiques temples dont je voudrais parler sont donc à mettre en parallèle avec l’art développé dans les temples du site Unesco.

Outre la beauté de ces deux temples aux fantastiques sculptures, vous apprécierez le calme de ce kanchi bis, par rapport au tumulte des grands temples déjà explorés la semaine passée.

Le temple Kailasanatha, essentiel de ce kanchi bis

On peut commencer par Kailasanatha, un temple du VIIe s dédié à Shiva. C’est l’un des plus anciens de Kanchipuram et l’un des premiers bâti avec une base en granit pour le sanctuaire et le Nandi blancs. Le reste a été construit en calcaire blond et adopte la forme et l’iconographie de la dynastie Pallava. On retrouve ainsi le lion emblématique d’échanges avec l’Extrême orient, déjà vu à Mahaballipuram.

Il apparait comme un modèle d’architecture dravidienne avec un mandapa d’entrée -mukha mandapa, un pour les réunions- maha mandapa et un saint des saints surmonté d’une vimana à 4 niveaux. Le sanctuaire central, lui, est entouré de 9 sanctuaires. Tout autour de la cour carrée s’articulent 28 cellules avec des reliefs de Shiva particulièrement anciens et magnifiques. On y trouve des traces de polychromie. Le temple est aussi connu pour ses nombreuses et très précoces inscriptions.

Quoique petit, ce temple est une pure merveille en terme de statuaire du VIIIe siècle. Les sculptures sont essentiellement Shivaïtes. Les fresques, parmi les plus anciennes du Tamil Nadu, à l’intérieur de certaines cellules assurent sa notoriété. On va retrouver le même type de sculptures dans le temple Vaikunthaperumal que nous irons visiter juste après.

Vaikunta Perumal Temple

Ce superbe temple Pallava du VIIIe s dédié à Vishnou se situe près du centre de la ville. On y accède via une grille. Elle s’ouvre sur un jardin bordé d’un réservoir vide. Une belle cour intérieure précède le magnifique sanctuaire dravidien entouré de reliefs de lions mais aussi d’un curieux fossé.

Ce temple est particulièrement important car c’est un des 108 Divya Desams dédié à Vishnou sur les 14 que compte Kanchipuram. En outre, c’est le second temple le plus ancien après Kailasanathar. Enfin, on en lit les louanges dans les hymnes tamouls des VI/ IXe siècle.
Bien qu’assez ramassé, il offre un programme iconographique étourdissant. Le clergé ici charmant, propose aux rares visiteurs de fermer les yeux sur les horaires, et de laisser rentrer dans le saint des saints en échange de quelques menues monnaies.

Par ailleurs, ce temple présente quelques spécificités comme la superposition de 3 sanctuaires les uns sur les autres avec 3 images de Vishnou dans 3 postures différentes. Cette superposition architecturale témoigne d’une maitrise développée depuis Mahaballipuram où les monuments sortaient de la pierre et commençaient seulement à être bâtis.

Ici, Vishnou apparait assis dans l’escalier, allongé au 1er étage. Au 2e étage, le Vishnou Murti debout a disparu mais l’escalier s’ouvre sur une terrasse. On peut circuler autour du bâtiment à chaque étage.

Comme au temple Kailasanatha, le motif emblématique Pallava du lion se répète. De nombreuses vignettes historiées évoquent la vie de Vishnou, et en parallèle celle du souverain bâtisseur de ce temple, ainsi que les différentes célébrations. Une restauration a eu lieu sous les Vijayanagar. Elle explique les différences de couleurs dans cet ensemble remarquable.
Néanmoins ne quittons pas ce Kanchi bis sans un dernier petit arrêt.

Au-delà des temples, la ville

Pour les amateurs d’ethnologie, Kanchi Kudil, est une belle maison transformée en musée. On peut visiter moyennant une petite obole. Les pièces de vie d’une famille au sens large vivant sous le même toit sont bien préservées. De belles explications concernent justement la cohabitation dans le Tamil Nadu agricole. On y comprend mieux les stratégies de préservation des terres au sein d’une même famille. On y voit aussi les toits caractéristiques de la région à 7 épaisseurs de tuiles.

Kanchipuram est aussi connu pour sa soie de murier. Cinq mille familles travaillent a la fabrication de saree traditionnels. Malheureusement, les ateliers souvent petits ont migré hors de la ville et les invitations a voir le travail du tissage vous mènent immanquablement dans de grandes boutiques. L’expérience peut amuser ou lasser, à vous de voir…
































































