Taiping

Située à 1 heure de train de Ipoh, 1h30 de Georgetown, 3h de Kuala Lumpur, Taiping constitue un arrêt facile. Ce peut aussi être une excursion à la journée. Et quelle jolie surprise que cette ville très calme surnommée la ville verte, mais aussi la ville des premières fois.  

Eglise de bois Taiping

Taiping, la ville Verte

Cette jolie ville de la province de Perak constitue un arrêt agréable. Surnommée ville verte en raison de ses nombreux parcs, elle jouit d’une situation idéale. Les montagnes alentours en font un écrin magnifique où l’on peut facilement et rapidement profiter de la nature et d’un cadre magnifique. Car on parle ici de belles falaises et de paysages de forêt tropicale.

Taiping

D’ailleurs on peut rejoindre la hill station de Maxwell Hill ou Bukit Larut à pied depuis le parc de la ville.

Un immense parc occupe une grande partie du centre. Admirablement entretenu, c’est le lieu de récréation des seniors qui profitent du calme de la cité. Des arbres magnifiques bordent les allées autour d’un lac parcouru de petits ponts japonais.

parc de Taiping

A une extrémité de ce parc, le zoo abrite quelques espèces amusantes comme l’ours soleil ou la grue couronnée. Tout un programme.  Tout ce joli monde barrit, glapit et jappe, créant un fond sonore intéressant pour le promeneur.

arbres majestueux parc de Taiping

 De l’autre côté du parc, au-delà d’une allée bordée de majestueux arbres, commence la vieille ville. On découvre ses maisons coloniales le long d’un itinéraire prétracé.

Un ravissant centre colonial

Le centre de Taiping s’apparente un peu aujourd’hui à une ville fantôme de la ruée vers l’ouest. Les bâtiments, quoique parfois joliment refaits, voisinent avec des maisons à l’abandon le long de rues désertiques.

Néanmoins, de belles constructions coloniales ont été transformées qui en boutiques qui en café. Ainsi, le musée du Télégraphe admirablement restauré et l’office du tourisme sortent d’une campagne de réhabilitation réussie. Il reste encore fort à faire sur la plac , mais l’on sent une vraie volonté de remise en état du patrimoine local.

Mairis de Taiping

Un peu excentré, le musée de Perak subit lui aussi une campagne de rajeunissement. Il offre une double belle visite. D’abord parce que le bâtiment qui mêle des éléments architecturaux typiquement malais à des éléments coloniaux est juste beau.

Musée de Taiping

 Ensuite parce qu’il permet de faire connaitre des populations pauvres qui constituent une part du pays. Le premier étage présente en effet les tribus autochtones, les Orang Asli.

masques Orangs Asli

La région de Perak est riche et fortement peuplée de populations du sud de la chine. Pour séduisante qu’elle soit, elle ne donne qu’un aspect de la Malaisie que ce musée équilibre de manière intelligente.

Eglise de tous les Saints Taiping

Non loin du musée, se dresse la belle église de tous les Saints. La construction gothique en bois peint est la plus ancienne de la confédération de Malaisie. Elle remonte à 1887. Un petit cimetière romantique l’entoure. De là, le long de Jalan Taming Sari, on rejoint le New Taiping Club qui jouxte le lac. Le palais du Gouverneur le domine mais reste inaccessible aux visiteurs.

New Taiping Club

La ville des premiers essais

Ce qui assure la renommée de Taiping est le nombre d’essais lancés ici. On y recense ici le premier parc public, la première gare de Malaisie.

Hôtel Peace, jolie facade coloniale Taiping

La vieille ville permet d’autres découvertes intéressantes. A commencer par le marché Larut Matang Hawker Centre. Il n’est pas question ici d’acheter ses carottes ou ses pommes de terre mais de manger. Or c’est bien là la grande aventure malaisienne,

Marché Taiping

De petits stands proposent pour des prix ridiculement bas des spécialités régionales voire nationales. Autour de la halle, des boutiques vendent une foultitude d’objets du quotidien. Quelques vestiges rescapés d’architecture coloniale évoquent la splendeur perdue de la ville, comme l’hôtel Pékin ou l’hôtel Peace. L’horloge, si vitale ax Britannique pour contrôler le temps de la colonie, a, elle, été repeinte à neuf.

Hôtel Pekin Taiping

Il convient également de s’éloigner jusqu’au club Hokkien qui reste bien chinois. Il voisine avec un temple tamoul.. Et enfin conserver un peu de temps pour la gare. On arrive ou en part en général de Taiping de celle-ci. La construction de la nouvelle gare de train a respecté la gare coloniale. Celle-ci s’est transformée en un food court de plus mais a conservé ses vieux panneaux.

ancienne gare de Taiping transformée en food court

Sans être indispensable, l’arrêt à Taiping est charmant et permet de se rafraichir dans la verdure d’une ville calme et vieillissante

Ipoh

Sur la route entre Georgetown et Cameron Highlands, Ipoh, la capitale de la province de Perak de et 3e ville du pays s’annonce comme une merveille sino-coloniale. Le petit village en bordure de rivière Kinta explosa littéralement du fait de l’exploitation de l’étain dans les années 1870. Le déclin de la production mena à la désertion de la ville à la fin du XXème siècle. Néanmoins, grâce au tourisme, Ipoh connait un regain récent.

On découvre d’abord une ville nouvelle au plan orthogonal. Les larges avenues vides de piétons et bordées d’immeubles donnent une impression assez triste et désertée. Il faut traverser la rivière pour se rendre dans le quartier ancien. On y est pris par une jolie ambiance.

Le joli centre colonial de Ipoh

De l’autre côté de la rivière Kinta, le Padang fait penser à la place centrale de Kuala Lumpur. Un grand espace vert correspond au stade de cricket. Le bordent les établissements les plus éminents de la ville à l’époque coloniale. Le grand hôtel a connu des jours meilleurs. La mosquée en revanche est repeinte à neuf. La belle école qui jouxte l’église st Michel nous emmène directement au Royaume Uni. Les petits enfants en uniforme attendent sagement la voiture qui vient les chercher à la sortie. Le club de Ipoh domine l’ensemble.

gare de Ipoh

 En s’en rapprochant on découvre les bâtiments administratifs typiques des villes anglaises. La cour de justice se trouve de l’autre côté du trottoir et fait face au bel hôtel de ville. Ces bâtiments blancs de style palladien sont emblématiques de la main mise britannique. Ils nous replongent dans la période de splendeur de Ipoh.

clocktower

 Capitale de l’étain, la ville était fondamentale aux yeux des colons. On le voit à la taille de la gare, presque surdimensionnée par rapport à la ville d’aujourd’hui. Bien entretenue, comme le reste du patrimoine colonial, elle marque le point de départ d’une promenade historique très bien faite .

Hotel de ville de Ipoh, de style palladien

En suivant l’itinéraire on va rejoindre les petites rues derrière le Padang. On découvre alors un autre visage de l’Ipoh colonial. Celui d’une ville commerçante dont la richesse repose sur l’exploitation de l’aluminium. En attestent les beaux bâtiments classiques des banques , la Birch Memorial Clock tower et la bourse de commerce. S’ouvre alors un damier plus resserré, occupé cette fois par les petits commerces aux mains non plus des Anglais mais des chinois Hokkiens ou cantonnais.

Ipoh, Une ville à majorité cantonaise

Ce damier correspond à des ruelles plus étroites. La plus connue, car refaite à des fins touristiques, s’appelle rue des concubines. La légende locale raconte que les riches commerçants cantonnais y menaient leur double vie.

b6atiments coloniaux à la lisière du quartier chinois ded Ipoh

 Bordée de petites boutiques pour touristes, elle débouche sur deux avenues intéressantes. On y trouve nombre de restaurants et café de tous styles. Il faut y goûter la grande spécialité locale le « white coffee », sucré lacté mais délicieux. Les grains torréfiés à la margarine donne un arôme doux.

Des troquets plus locaux proposent des plats du sud de la Chine. Il est compliqué d’y commander si vous ne lisez pas du tout les caractères. Les serveurs les plus anciens ne parlent que le cantonnais voire leurs dialectes. Les jeunes comprennent le mandarin, parfois l’anglais. Des images permettent néanmoins de ne pas mourir de faim.

mise en scène au club des mineurs Hakka

Le club des mineurs Hakka propose des visites (sur réservation) de qualité. Elles donnent une bonne idée de la richesse de Ipoh au XIXème siècle et de son développement. Le musée offre également une jolie perspective sur les communautés chinoises et leur mode de vie.

maison des mineurs Hakka, la table dressée

Parallèle à la rue des prostituées, la rue des marchands est en réfection et donne à imaginer à quoi ressemblait le centre historique avant restauration.

rue des marchands Ipoh

De belles boutiques coloniales bordent les rues plus larges de ce quartier. Il s’agit des hophouses dans le style de celles de Singapour mais moins refaites et plus authentiques. Car le centre historique reste malgré le tourisme très plaisant. Il est vrai que les groupes ne font que passer dans la ville et dans quelques rues très limitées.

club des mineurs Hakka Museum

Autour du Pont

fresque dans les rues de Ipoh

Dans un souci louable de rajeunir la ville, la mairie (ou la région) a fait appel à des artistes de rue. Le phénomène a commencé à Georgetown dont les murs peints attirent des amateurs du monde entier venus admirer les œuvres de l’artiste lithuanien Ernest Zacharevic.  Outre l’itinéraire historique, la mairie met donc à disposition un superbe itinéraire Street art. On y découvre notamment un artiste local, Erik Lai, que l’on suit ans le centre historique mais aussi de l’autre côté du pont dans des rues plus décrépies.

fresque de Erik Lai dans le centre de Ipoh

Cet itinéraire attire des visiteurs et justifie l’implantation de nouveaux cafés. C’est donc un cercle vertueux autour du white coffee et des artistes locaux qui se met en place.

En remontant la grande avenue, on atteint bientôt une halle, Gerbang Malam. Elle s’anime le soir avec un marché de vêtements et de bibeloteries. Dans La rue qui continue le passage, des biscuiteries locales alternent avec de restaurants hauts en couleur. On se croirait dans le sud de la Chine.

avenue du centre de Ipoh

On atteint alors les grandes avenues de la Ipoh moderne qui s’articule autour de la grande place centrale . Autour de l’esplanade gazonnée, se trouvent le bâtiment sans grâce du Conseil de la ville et le centre commercial Ipoh Parade.

Georgetown

Je vous propose de commencer l’année par un petit voyage à Georgetown. La deuxième ville du pays occupe le nord-est de l’ile de Penang au nord-ouest de la Malaisie. C’est une ville coloniale magnifique classée au patrimoine de l’Unesco. Comble de chance elle est reliée directement à Chennai. Le vol, bien que nocturne ne dure que 4h et coute très peu cher, alors ne boudons pas notre plaisir !

Les divers visages de Georgetown

Georgetown se constitue de différentes parties. Les quartiers continentaux sont en fait des villages agglomérés à l’extension de la ville. C’est de ce côté du détroit que se trouve notamment Butterworth.  Cette ville constituée d’immeubles élevés concentre également une partie des installations portuaires et industrielles.

une jetée de Georgetown

 Elle correspond surtout au nœud de communication avec le reste du pays. Une grande plateforme multimodale regroupe les gares ferroviaire et routière et le terminal de ferry. Celui-ci permet de relier l’ile de Penang.  Car la région de Penang comprend une partie continentale et une grosse île.

L’île de Penang

La ville ancienne se situe au nord-est d’une île montagneuse. Ce devait être un coin de paradis jusqu’au début du XXème siècle. Les spectaculaires paysages de montagne dominent la côte maritime à l’ouest. Des petits villages de pêcheurs peinent à subsister, peu à peu avalés par la croissance urbaine.

croissance urbaine

Des immeubles de plus en plus haut poussent en continu entre l’aéroport au sud de l’ile, et le centre-ville. Les villages traditionnels et les cantines typiques disparaissent peu à peu, en tous cas sur la côte orientale qui fait face à la terre. Deux grands ponts relient à la terre ferme au sud et au milieu de l’île. Le Nord en revanche ne dispose que du ferry.

belles facades de Georgetown

En revanche, la montagne reste relativement épargnée. Elle est même assez protégée en matière de constructions mais très fréquentée par les touristes. Penang représente en effet après Kuala Lumpur le lieu touristique par excellence de la Malaisie, suivi de près par Langkawi pour les plages.

Le temple Kek Lok Si

Temple Kek Lok si

Au titre des hauts lieux touristiques, Kek Lok Si ou « temple de la joie Suprême » s’affirme comme le plus grand temple bouddhiste du pays. Situé au centre de l’île, il est facile de s’y rendre depuis Georgetown. Un bus permet d’y accéder. Au pire, les Grab ne sont pas cher. Construits entre 1890 et 1930, il ne cesse de s’agrandir. Son immense pagode ainsi que la statue de Guanyin de 37m de haut attirent en effet de nombreux visiteurs. Il faut compter une demi-journée, le temps de déambuler dans les halls de prière, d’escalader la très belle montagne pour jouir de la vue sur la région.  Le village de Ayer Itam au sommet duquel il se situe se transforme peu à peu en une banlieue de Georgetown. Néanmoins le petit centre ne manque pas de charme. Il abonde en marchés et petits restaurants.

pagode temple kek Lok Si

De là on peut continuer la journée dans la très belle montagne ou se diriger vers l’ouest de l’Ile. Le parc national de Penang donne une vision plus sauvage et s’ouvre sur de très belles plages comme Pantai Pasir.

Georgetown

La ville ancienne séduit par son homogénéité.  On y admire notamment l’architecture coloniale et les jetées à l’atmosphère chinoise.

jetée

Les jetées.

Construite autour du port, la ville s’ouvre en sa partie nord et est sur la mer. S’y succèdent les jetées. Il s’agit de pontons de bois construits par des clans de Chine du sud. Tenus par des liens familiaux, professionnels ou simplement un nom de famille, ces Chinois arrivaient en Malaisie pour y travailler l’aluminium. Il s’agissait majoritairement de Hokkien.

Yeoh jetty

  Ils se construisaient de petits abris de bois le long d’une jetée. Aujourd’hui Tan Jetty, la plus proche du ferry s’est disneylandisée. En revanche les jetées suivantes, surtout les plus excentrées, conservent un caractère beaucoup plus typique.

batiment associatif

La vieille ville

batiment colonial Georgetown

Au sortir du ferry s’annonce la ville ancienne avec ses bâtiments coloniaux mais aussi ses quartiers ethniques. Ainsi quelques rues constituent Little India. Les magasins, les odeurs et l’ambiance un peu échevelée autour du temple Sri Mahamariamman rappellent vraiment le tamil Nadu. La communauté est si implantée en Malaisie que le tamoul est d’ailleurs enseigné dans certaines écoles et considéré comme langue « minoritaire » nationale. En réalité, les Tamouls ne représentent que 6,7% de la population. Mais ils occupent des emplois dans le commerce, les textiles et sont de ce fait assez visibles.

Temple indien georgetown

On passe sans encombre du chaos, ici très maitrisé, à l’indienne au quartier chinois. La quantité de temples liés aux clans y est réjouissante. On peut apprécier la beauté de l’architecture. Les enfilades de maisons soignées et joliment décorées ravissent l’œil. Les petits magasins et charmants restaurants vous plongent dans un monde extrême oriental. Les restaurations soignées font de la ville un paradis touristique.

Le quartier colonial

Les bâtiments administratifs blancs à colonnade autour de Beach street et Lebuh Light nous rappellent la présence anglaise autour du Fort Cornwallis. Si celui-ci ne présente pas d’intérêt majeur, on peut passer une magnifique journée à se promener dans cette ville coloniale.

Fort Cornwallis

 De l’hôtel de ville sur Esplanade Seawall faisant face au continent on rejoint rapidement la maison bleue, un superbe exemple d’architecture locale. On peut y loger, y manger ou la visiter. Le tout sur réservation. Elle sert aussi de cadre à des tournages de films.

la maison bleue georgetown

On peut également longer le bord de mer mais la vue sur le port de Butterworth n’est pas fondamentale au contraire des belles maisons plus à l’intérieur de la ville. Il est bien réjouissant de se promener dans cette très belle ville, et d’en goûter les différentes atmosphères. On peut ou pas regretter la disneysation mais apprécier l’effort de nettoyage et d’entretien de lGeorgetown.

maison bleue cour

A ce titre, le travail du Lithuanien Ernest Zacharevic s’inscrit dans la volonté de redonner vie aux murs parfois décrépis de la vieille ville. Il fait aujourd hui des émules. Georgetown en vient à concurrencer Bristol et son fils prodigue Banksy. Un itinéraire Street Art de magnifique qualité est d’ailleurs en train de se développer à travers la ville.

Varanasi

Varanasi a changé de nom en 1956 bien avant le mouvement de re nomination des villes indiennes. Autrefois connue sous le nom de Bénarès on la voyait comme la cité des morts. L’image en était d’une ville mystique et mythique. Les Indiens y venaient et y viennent toujours mourir. En effet mourir et se faire immoler sur les bords du Gange permet d’échapper au cycle des renaissances et d’atteindre la libération. Pour un hindou cela constitue la mort la « plus prisée ». Cité de la mort, Varanasi représente ainsi dans l’imaginaire collectif la quintessence de l’Inde en termes de couleurs, de foi extrême mais aussi de misère. Située sur les rives sacrées du Gange, la ville, l’une des 7 villes saintes de l’Inde, reste la capitale spirituelle de l’Inde.

vue des Ghâts de Varanasi

Or comme le reste du pays, la ville a énormément changé. Varanasi se veut ainsi une vision modernisée de Bénarès.

Varnasi, Ghât

Varanasi ville des morts ?

Les Indiens considèrent Varanasi ou de son ancien nom Kashi comme l’une des plus vieilles villes du monde. Sur quoi repose cette affirmation ? La ville est ancienne sans aucun doute. La tradition d’y mourir aussi. De là à la considérer comme l’une des plus anciennes du monde, c’est faire peu de cas de Jéricho, Ur ou autres villes du croissant fertile ou de la vallée de l’Indus. Aucune datation ne précise l’antériorité de la cité des bords du Gange ni de ses rituels. Associés à des temps immémoriaux et des légendes, les traditions prennent donc statut de vérité comme souvent en Inde.

Manikamika , champ de crémation Varanasi

Dans les faits, deux champs de crémation dont le Manikamika se situent sur les bords du Gange et fonctionnent quasiment en permanence. Il y aurait environ plus de 200 crémations par jour. Le Gange aurait le pouvoir de libérer l’âme du cycle de la réincarnation, et l’incinération à Varanasi est considérée comme la voie royale vers la moksha, la libération spirituelle. Quelques rares mouroirs existent encore dans la ville. Mais, contrairement à l’idée que l’on peut s’en faire en Occident, Varanasi n’est ni triste, ni macabre. Certes on croise régulièrement des processions portant des cadavres sur des civières de fortune. Celles-ci, recouvertes de draps orangés et de fleurs sont portées au bord des deux Ghâts, immergées en vue de la purification puis brûlées.

Manikamika , bûchers funéraires

Pourtant tout ce rituel se déroule dans les chants et les fleurs. Finalement ce qui ressort est plus le côté mystique voire magique que le caractère macabre de l’opération. Il est vrai que les Indiens interprètent ce type de rituel comme une libération et non une fin en soi. La musique lancinante des chants, les fumées mais aussi la joie des vivants créent une ambiance assez surprenante. D’autant que des bateaux truffés de haut-parleurs traversent en permanence le Gange transformant le fleuve en une discothèque à ciel ouvert.

Varanasi, ville des pèlerins

Les nombreux temples rappellent en tous cas l’importance religieuse de la ville. Certains sont quasi inaccessibles en raison de la foule de pèlerins. C’est le cas du Kashi Vishwanath Temple un des 12 Jyoti lingas.  Ceux-ci sont des sanctuaires représentant Shiva sous la forme d’une borne phallique, le Linga,.

Temple au bord du Gange

Ce temple en particulier a été transformé en machine à sous. Son accès et ses bâtiments ont fait l’objet d’une modernisation radicale. Au point que le « corridor » qui mène du temple au Ghât est devenu emblématique de la polémique qui enfle entre riverains, pélerins et autorités soucieuses de « nettoyer » Varanasi.

Si la misère et les odeurs ne prennent pas à la gorge comme je le craignais, le bruit lui défie l’entendement. A côté, le tumulte circulatoire de Chennai parait presque gentillet. Il reste de drôles de de Sadhus, errants à demi nus, les cheveux longs. Mais les mendiants, les estropiés ont quasi disparu du paysage.

sadhus sur les bords du Gange

En revanche, c’est une des rares villes indiennes où l’on voit déambuler des troupeaux de caucasiens en quête de sensationnel. Il est vrai que le lieu s’y prête par sa photogénie et son ambiance. Ces touristes en groupe restent néanmoins cantonnés à une petite portion des Ghâts et ne s’aventurent ni dans les marchés, ni dans la vieille ville, ni sur les ghâts les plus excentrés. Sont-ils attirés par le spectacle de la mort, la promesse spirituelle ou la renommée de cette ville haute en couleurs ?

la cohue de sbateaux sur les bords du Gange à Varanasi

Car il est vrai que Varanasi ne manque pas de couleurs, ni de bruits et correspond aux images les plus fortes que les occidentaux se font de l’Inde. Malgré la campagne sanitaire de modernisation, Varanasi reste colorée, étonnante, unique. Plus encore que l’abondance de temple ou l’ancienneté de la ville, sa singularité repose sur les ghâts.

Les ghâts

Les ghâts sont une spécificité des villes fluviales indiennes. I s’agit de quais en gradins permettant à la marée ou aux fleuves gonflés par la crue de la mousson ou de la fonte des neiges de l’ Himalaya de monter sans atteindre la ville.

 En la matière une magnifique étude architecturale menée par Savitri Jalais a donné naissance a un remarquable ouvrage.

vue ge'nerale des Ghâts Varanasi

A Varanasi, on admire cette succession de 84 quais utilisés pour les cérémonies et les baignades rituelles. Deux d’entre eux, les Ghâts Manikarnika and Harishchandra correspondent à des zones de crémation. Ce sont elles qui assurent à Varanasi sa notoriété un peu macabre. Des cérémonies se succèdent et les bûchers fonctionnent quasi en continu brûlant d’importantes quantités de bois de santal ou de manguier. L’odeur âcre se mélange aux effluves de la ville.

bois pour les bûchers Varanasi

Pour autant, ces quais qui assurent la notoriété de la ville sont en restauration voire en refonte. Beaucoup déplorent la perte d’identité et la destruction d’un patrimoine inestimable. On peut apprécier la meilleure hygiène des grands escaliers monumentaux quasi mussoliniens. Car le gouvernement local, sur le modèle de l’Etat, a pris très au sérieux l’image de la ville. Il a entrepris de gommer la mendicité et la saleté en utilisant les grands moyens. Les ghâts sont devenus un véritable chantier. Des petites cabines flottantes permettent aux baigneurs et fidèles de se changer. Les escaliers anciens et les édifices historiques, un tantinet délabré, disparaissent livrés à la folie destructrice du XXIème siècle.

bain rituel du matin Varanasi

Mais les légendes ont la vie dure et on lit encore des blogs lyriques parlant des ossements récupérés à la surface des eaux. Dans les faits, les cadavres sont purifiés dans l’eau. Ils sont ensuite entièrement brûlés et seules les cendres sont immergés.  Des bouées délimitent des enclos et retiennent les cendres ou fleurs jetées à l’eau après crémation.

coucher du soleil Varanasi

Que voir à quelle heure ?

Les ghâts peuvent se parcourir en bateau au coucher du soleil si vous aimez la foule ou à l’aube pour une expérience plus intense. Vous pouvez acheter votre course en bateau via votre hébergement ou une agence. Mais vous pouvez aussi vous rendre directement le long du Gange et accoster un batelier pour discuter de son prix.

Aarthi Ghât

 Vous pouvez aussi marcher les 6 km le long du fleuve. Le spectacle change à chaque Ghât. L’architecture y varie mais aussi et surtout l’ambiance. Celle-ci évolue également en fonction de l’heure. Le soir, la foule compacte se presse pour assister au Ganga Aarthi une cérémonie fiévreuse et populeuse marquant l’union du fleuve et de la ville. Vous pouvez assister à ce spectacle religieux gratuit sur Assi Ghat, ou Dashashwamedh Ghat. .Si vous voulez vous assoir il vous faudra arriver 1h avant le coucher du soleil. Des agences ou les hôtels vous vendent des places assises « d’honneur » pour profiter de l’expérience.

Ganga Aarthi Varanasi

Car les cérémonies de Varanasi rappellent un peu celles de Venise où la sérénissime célèbre son union avec la mer. Née du fleuve, Varanasi ne l’honore que sur une rive. L’autre berge est laissée au désert. On aperçoit ainsi une vaste étendu ensablée parcourue par les chameaux et parsemée de tentes nomades.

Si votre hébergement ne se trouve pas au centre il vous faudra marcher. Les taxis ne peuvent s’approcher des ghâts sauf tôt le matin. La circulation et le bruit sont ahurissants et il vous faudra vous armer de patience pour parvenir où vous le désirez. En revanche si votre chambre donne sur les ghâts ou les rues du centre vous ne trouverez pas le sommeil sinon au cœur de la nuit. En revanche, vous serez à pied d’œuvre pour admirer le spectacle fascinant du Gange.

lever du soleil sur les bords du Gange Varanasi

Shimla

Petit village de montagne, Shimla devint capitale d’été du Raj en 1846. Soucieux d’éviter les étés torrides de Calcutta, les Britanniques transformèrent le village d’altitude en une ville royale. Au passage, ils repoussèrent les autochtones sur les basses pentes. Ils installèrent leurs résidences et administrations sur la crête à 2200m d’altitude. Face à un panorama à couper le souffle, ils étendirent la ville sur les 7 collines avoisinantes. Un des habitants célèbres a d’ailleurs beaucoup écrit. Même si Rudyard Kipling reste coincé dans sa posture coloniale, il y décrit la société britannique et le cadre avec beaucoup de précision.

Shimla resta capitale d’été après 1931 quand le Raj transféra sa capitale à Delhi. Après l’indépendance, la ville devint capitale de l’Himachal Pradesh et temporairement du Punjab nouvellement crée après la partition de l’Inde et du Pakistan.

Cette capitale d’un des 13 états montagneux de l’Union regroupe un peu plus de 200 000hab aujourd’hui. Elle a conservé son charme montagnard ainsi qu’un magnifique patrimoine colonial. Les 2 villes sectorisées par les Anglais restent divisées. La ville haute concentre les jolis magasins et hôtels et jouit de vues magnifiques. En revanche, la ville basse représente le cœur commerçant et industrieux.

La bourgade construite en crête reste donc une ville double, étagée et hiérarchisée. La population autochtone a du se réinventer sur les pentes encombrées de la montagne. Dans la ville basse se pressent les locaux, alors que les touristes déambulent dans la ville haute.

La ville basse

Quand on arrive dans la jolie gare de Shimla, on est pris d’un côté par la vue spectaculaire sur les montagnes. De l’autre un gros embouteillage de taxis attend le dernier petit train en provenance de Kalka ou de Delhi.

C’est que Shimla, à plus de 2000m d’altitude, est un une capitale d’état un peu enclavée. Si vous n’avez pas déjà réservé votre carrosse mieux vaut prendre votre mal en patience. En fait, si vous n’êtes pas trop chargés vous pouvez remonter la cuvette dans laquelle se blottit la gare. Au débouché de ce cul de sac, la circulation se disperse un tantinet et il s’avère plus simple de prendre une voiture ou de marcher. Le long de la route très encombrée, une jolie promenade en balcon relie le centre-ville.

On y longe la ville basse à l’abri des voitures. La vue sur les montagnes avoisinantes est magnifique. On en oublie presque que la ville basse bruyante se développe de l’autre côté de la route très passagère. Parallèle à celle-ci, le marché bas accueille les locaux. Cette longue rue quasi piétonnière porte le nom de Lower Bazar.

Le Lower Bazar

Ce « marché du bas » court sur une rue en contre bas de la ville avec des boutiques regroupées par spécialités. Ce sont d’abord des chaussures, puis des fournitures scolaires, et, plus amusant, des diplômes. Leur succèdent les vêtements, des bijoux puis la nourriture.

La longue rue monte progressivement jusqu’ au Upper bazaar ou Mall rd. A l’époque du Raj, les locaux chassés de leurs habitations sur la crête se trouvèrent relégués au bas de la montagne. Pour se faire, les Anglais n’hésitèrent pas à incendier les vieilles maisons de bois. Une fois la population autochtone chassée sur les pentes, les colons dotèrent le Lower bazar d’un tunnel. Les porteurs purent alors transborder leurs lourds chargements de l’autre côté de la montagne sans déranger les gentlemen qui profitaient de l’air des cimes.

Entre le lower bazar et Mall Road se trouvent des escaliers très pentus. il s’agit de Middle Bazar, tout petit mais assez typique avec notamment ses coiffeurs, tailleurs. Il relie en fait les deux parties de la ville. Celles-ci ont gardé une ambiance et une fréquentation différente.

La ville haute de Shimla

La ville haute s’étend sur 9 km le long de 7 collines. Son centre s’articule autour de Mall Road et du Ridge. Ces deux avenues piétonnières accueillent les plus jolis magasins. Les touristes, y côtoient les étrangers et la bonne bourgeoisie locale. Au croisement des 2 avenues de parade, de belles constructions de pierre, dont le Town hall, l’église du Christ. Elles marquent le centre de cette petite ville promue capitale d’été de l’empire indien (le Raj). Christ Church revêt, comme souvent en Inde, l’aspect d’une église anglaise avec clocher carré comme celui de Ste Margareth à Westminster.

A l’époque du Raj, la bonne société y imitait la vie de la cour à Londres. C’est ce qui explique la profusion de grandes demeures de pierre, d’édifices coloniaux imposants. Les demeures des grands personnages de l’époque abritent aujourd’hui des musées et administrations. Mais dans l’ensemble ils ont été bien conservés ou bien restaurés.

Un cadre idyllique

Ces beaux bâtiments coloniaux confèrent un charme certain à cette ville située dans un cadre idyllique. Au point culminant de la ville,un temple à Hanuman s’atteint par une petite route. Rouge et rutilant, il offre un panorama sur les montagnes alentours saisissant. On peut y accéder à pied en partant de Christ Church. Il faut compter 30mn d’une montée facile sans charme mais avec une superbe récompense à l’arrivée. Les groupes s’y rendent à partir de 9h30, heure d’ouverture de la télécabine. Mais vous pouvez assister à des offices si vous êtes plus matinaux et prêts à monter à pied ou en voiture, Depuis Christ Church on peut également partir en direction du typique Lakkar Bazaar .

On peut marcher beaucoup si on le souhaite dans cette jolie ville pour relier le Ridge au Palais du vice-roi ou au musée. Les grands hôtels sont situés en périphérie et il semble que les tour opérateurs y parquent les touristes étrangers. C’est dommage car la vieille ville vaut le coup de s’y promener. Elle abonde en jolis cafés et petits restaurant mais aussi en hôtels. Le Clarks emblématique est à ce jour en restauration. il fut le point de départ de la fortune de M Oberoi, le papa de la chaine hôtelière. Il vaudra le coup une fois restauré de par son emplacement et la beauté du cadre architectural.

Une belle promenade coloniale dans Shimla

La partie haute n’est pas accessible pour les voitures. De grands parkings retiennent les véhicules et permettent aux deux grandes avenues le Mall et le Ridge de rester piétonniers. C’est un vrai bonheur de la parcourir tout en contemplant les paysages de montagnes. Vous n’êtes pas obligés de recourir aux services d’un guide local.

A Scandal point juste derrière le Town hall une pancarte indique le début de la promenade historique. Des panneaux la ponctuent.Celle-ci commence sur le Ridge avec la super vue, Christ Church puis l’hôtel de ville, Scandal point où le roi local aurait convolé avec la fille du vice-roi britannique au grand dam de la bonne société anglaise. Ce bon article vous permet également de découvrir la ville à votre rythme.

De là, on continue vers la poste, le palais Bantony aménagé en Musée. Dans une jolie maison coloniale typique de Shimla des photographies parlent de temps révolus. Peu après, on croise le grand bâtiment de la compagnie des chemins de fer, puis le musée régional et l’énorme Gorton Castle. Enfin, après le Raj et l’hôtel Oberoi, se dessine l’ancien palais du Vice-Roi transformé en Institut d’Etudes supérieures. Cette construction éclectique rappelant un chateau écossais se situe dans un superbe parc. 

 A pied, il faut compter 2h pour cette belle promenade. Tout est écrit et signalé. Et l’on se régale de vues magnifiques sur les Monts shivalik avec des sommets enneigés à 6000m.

Pour les marcheurs On peut tenter les balades plus lointaines Elyseum Hill, Paba et Kamiana.

Visiter Chandigarh

Visiter Chandigarh oblige à aller au-delà du Capitole et de la simple déambulation. Les rues larges et longues se succèdent sans intérêt particulier.  Les guides insistent sur la découverte du secteur 17. Il apparait comme le cœur palpitant de l’activité commerciale. Je parle ici de Neelam Piazza. En dehors des petites fontaines musicales je n’ai rien trouvé de bien excitant dans ce quartier néanmoins. On n’est pas non plus à Dubaï !! La vie semble se concentrer dans les cafés et restaurants bien sympathiques et abondants en l’occurrence. En revanche, les multiples parcs et musées méritent la visite.

mosaiques Rock Gdn Chandigarh

Espaces verts et parcs

La ville abonde en espaces verts, rond points, jardins de quartiers ou arbres plantés le long des rues. Pourtant, 4 grandes zones vertes méritent de visiter Chandigarh.

Le Rock Garden

Selon Internet,’il émane du projet un peu fou d’un seul homme, Nek Chand.  Pendant 18 ans ce fonctionnaire se serait livré dan le plus grand mystère à l’érection de cet énorme jardin. Son concepteur rêvait d’un jardin des dieux. Commencé en 1958, il n’aurait été « découvert » et ouvert au public qu’en 1976.

Chandigarh Rock Garden

 Pourtant, si vous visitez cet énorme parc vous vous interrogerez sur ce projet. Comment un seul homme peut il avoir tout fait ? La foi peut certes déplacer des montagnes. Mais de là à déplacer des blocs de béton nuitamment, il y a un pas…de géant. On a aussi du mal à envisager qu’un tel projet n’ait été vu par personne. Certes la ville était en chantier et le lieu un peu reculé. Néanmoins il a fallu charrier des tonnes de déblais, des montagnes de chutes de béton, ou de céramiques. Dans un pays où toute personne voit sa vie disséquée et colportée on a du mal à concevoir que la construction de ce gigantesque jardin soit passée sous les radars. Ceux de l’administration centrale éventuellement, pour le reste je vous laisse juge.

entrée rock garden Chandigarh

En la matière la lecture du livre de mon amie Anuradha Uberoi m’a donné quelques clés.

Le musée de poupées

rock Garden Chandigarh

Quoiqu’il en soit, le jardin est hallucinant et vaut vraiment d’y consacrer une demi-journée. cette sorte de capharnaüm céramique en hommage aux divinités indiennes et à la diversité du pays n’est pas sans rappeler l’oeuvre de Gaudi à Barcelone. Il vaut aussi la peine de parachever la découverte de ce lieu improbable avec le musée de poupées.

Celui ci fut terminé en 2017 par le fils de Nek Chand. Ces pantins de toiles récupérées racontent l’histoire familiale des déportés du Punjab occidental. On voit leur arrivée dans une Inde inconnue et étrangère. Emouvant et drolatique, ce petit musée s’ouvre sur un énorme espace. Les enfants y jouent à la balançoire pendant que les singes se balancent eux sur les poubelles. Une sorte de palais des mille et une nuit du Facteur Eléphant.

musée de spoupées Chandigarh

Le rose garden dans la vallée verte,

Zakir Hussain Rose Garden. A priori je n’étais pas venue à Chandigarh pour y admirer des roses fanées. Mais l’honnêteté m’oblige à reconnaitre que la roseraie est magnifique. Ses plus de 1500 variétés constituent un lieu bien agréable. Ce Jardin gratuit s’ouvre dans le prolongement de la vallée verte, une coulée verdoyante au cœur de la ville.

roseraie Chandigarh

Le lac Sukhna

Là encore, la lecture d’internet ne me donnait guère envie de m’aventurer sur les berges de ce lac artificiel.. Et pourtant, c’est un joli lieu très populaire le soir. Il offre une balade bien agréable et fraiche.

Lac Sukhna Chandigarh

Punjab University

Bâtiment jeanneret, université Punjab, chandigarh

Les grandes universités indiennes s’inspirent de leurs grandes sœurs britanniques. Leurs pavillons de savoir s’éparpillent dans de grands parcs aux abords de la ville. L’université du Punjab ne fait pas exception à la règle. Cette université est connue et prestigieuse en Inde, notamment en ingénierie, IT et médecine. Elle complète bien ct article visiter Chandigarh. Quelques bâtiments attirent l’amateur d’architecture. Ainsi la bibliothèque et surtout le Gandhi Bhavan considéré comme le chef d’œuvre de Pierre Jeanneret. Celui-ci ressort comme le grand artisan de la ville.

bibliothèque musée du Punjab

Les Musées à visiter à Chandigarh

1/maison Jeanneret

escalier maison Jeanneret Chandigarh

La maison s’attache à l’homme, très apprécié localement, et à la qualité de son œuvre. Modèles, articles s’insèrent dans la maison meublée avec ces meubles simples et fonctionnels qui l’ont rendu célèbre. Ses maisons, petits collectifs, son travail à l’université rappellent son sens de la symétrie et de l’harmonie. Mais on voit aussi les énormes contraintes budgétaires auxquelles il du faire face. On comprend à quel point l’homme aimait l’Inde au point de faire disperser ses cendres dans le lac Subka. Ainsi ses maisons empruntent autant au fonctionnalisme occidental qu’aux détails de la vie indienne.

maison Jeanneret Chandigarh

2/ Le centre Corbusier

 Ces énormes hangars conçus comme ateliers temporaires pendant la construction de la ville se sont mués en musée. La correspondance expose les décisions de Corbusier, ses échanges avec la tête de l’Etat indien. Des photographies illustrent la naissance de la ville et la genèse des grands bâtiments. Une école d’art et un petit café dans le jardin complètent la visite. Ce musée épatant donne la mesure du caractère et de l’ego démesuré du grand architecte.

chaises Jeanneret

3/ Le musée d’état

chapiteau Bouddha, musée Chandigarh

Ce musée permet de visiter une structure corbuséenne. Amateur de brutalisme vous allez vous régaler. C‘est l’un des 3 seuls musées conçus dans le monde par Corbusier avec Tokyo et Ahmenabad. Pour les autres, les collections extraordinaires de miniatures mogholes et de sculptures Greco bouddhistes devraient vous emballer.  Car ce musée doit sa renommée à son impressionnante collection de 627 sculptures de Gandhara. Beaucoup se trouvent au musée Guimet à Paris. Les Bouddha apparaissent dans une fusion de styles indien et gréco romain durant la période Kushan. On peut aussi y admirer des peintures Pahari, sikhs, mogholes et rajasthani miniatures. Ces magnifiques collections proviennent de Lahore et ont été divisées en deux au moment de la partition. Attention simplement, la billetterie ferme à 16h30.

Musée Chandigarh

4/ le Musée d’architecture

Ce petit musée insiste sur les différentes phases de construction de la ville. Pour moi, il est indispensable pour qui veut visiter et comprendre Chandigarh. On y découvre la vision de Nehru, puis la réflexion de Mayer et Novicki. Ces architectes des origines s’inspiraient du mouvement des cités jardins .

On y voit comment l’équipe initiale, américaine, s’est vue remplacée en pleine guerre froide. Un plan orthogonal a remplacé le plan en éventail plus souple et plus humain. Les Européens menés par Corbusier ont alors développé une idée certes visionnaire mais aussi jusqu’au boutiste. Elle a été portée sur le terrain par le couple Maxwell Fry/ Jane Drew et Pierre Jeanneret. Ce dernier, entièrement dédié au projet, y a consacré sa carrière et sa vie personnelle. On y comprend mieux l’aspect visionnaire de la ville. Le projet prévoyait le développement automobile, l’importance de l’ écologie mais aussi le pragmatisme du mobilier.

entrée musée d'architecture Chandigarh

Une approche passionnante de la construction de la ville

On y apprend surtout le rôle fondamental de Pierre Jeanneret. Le musée expose d’ailleurs les fameuses chaises et canapés alliant simplicité, fonctionnalité et indianité avec le rotin. On y découvre aussi l’extraordinaire contribution de Maxwell Fry et de son épouse Jane Drew. Conscients du risque de se faire écraser par Corbusier, le couple britannique ne resta que 3 ans. Mais, il marqua de son empreinte la ville.  J’ai particulièrement été sensible à Jane Drew spécialiste de l’architecture tropicale et de la formation de jeunes. Une fois de plus le livre de mon amie Anu s’est révélé une bible en la matière.

modèle chaise Jeanneret

 Dans le même parc, l’Ecole d’Art et d’Architecture date de 1950-1965. Corbusier a conçu l’extérieur en brique, moins noble et moins onéreuse que le béton brut réservé au complexe du Capitole. Ateliers et salles de classes s’articulent autour de cours intérieures.

musée d'architecture Chandigarh

Chandigarh

Chandigarh est appelée The City Beautiful, la ville belle. Pourtant, belle elle ne l’est pas forcément. En revanche elle est unique. Unique pour, son histoire, sa planification, sa richesse, son ordre et sa propreté. Elle est surtout totalement différente du reste de l’Inde. En outre, Chandigarh est une capitale particulière. Car elle se trouve à la tête de 2 Etats, le Punjab et l’Haryana et de son propre territoire.

plat punjabi

Pourquoi aller à Chandigarh ?

Depuis Chennai, la compagnie Indigo dessert en 3 heures les deux villes. C’est donc un voyage simple pour un dépaysement garanti. Plus encore que passer du Sud au Nord en une demi-journée, on quitte le chaos de Chennai pour l’ordre et la régulation. On délaisse l’amalgame tentaculaire de villages, bruyant, chaud pour une cité organisée, planifiée sans histoire et sans grand charme. On aborde surtout la vision d’une Inde différente.

champs de blé au sortir de l'aéroport, Punjab

Pourtant, l’aéroport à unevingtaine de km de la ville, en territoire Punjabi, ne laisse rien imaginer de la ville géométrique. La seule concession historico-religieuse de cette dernière transparait d’ailleurs dans le nom, issu du temple local de Chandi. Une fois dépassés les bidonvilles et champs de blé annonciateurs d’une culture et d’une gastronomie différente, on croise les panneaux appelant au silence. Les directions indiquent des secteurs numérotés et non des villages. Les ronds-points fluidifient la circulation. D’emblée on change de pays.

plan de Chandigarh

 Pourquoi Chandigarh ?

Pour comprendre ce paradoxe d’une capitale double, gouvernant un territoire, il convient de revenir à la fondation de la ville. Car contrairement à la majorité des cités indiennes, souvent plurimillénaires ou au pire de fondation coloniale, Chandigarh est une ville récente.

Sa fondation remonte à l’indépendance de l’Inde suivie de la Partition. Lorsqu’en 1947 le Pakistan fut détaché du grand empire anglais, le Punjab se trouva partagé. D’un coté de la frontière, un Punjab peuplé majoritairement de musulmans conservait la capitale historique Lahore. De l’autre côté, le nouveau Punjab indien. Ce dernier regroupe une mosaïque ethnique et culturelle. Les habitants ne se retrouvaitent donc pas dans la ville sikhe de Amritsar. Pendant 6 ans, la ville montagneuse de Shimla occupa les fonctions de capitale du Punjab. Pour éviter davantage de remous et suivant les idées modernistes de Nehru concernant l’Inde Nouvelle, on décida la création d’une nouvelle ville. L’idée de Chandigarh devint alors réalité.

Chandigarh, vision d‘architectes

Construite sur les piémonts du massif des Shivaliks, Chandigarh représente la meilleure expérience urbaine du XXe en Inde. Si d’autres cités sont nées quasi-ex nihilo de la volonté de Nehru et des pères de l’Inde contemporaine peu ont atteint un tel degré d’accomplissement.

arrêt d'autobus Chandigarh

Dans les faits, une équipe américaine commença le travail. Albert Mayer et Matthew Novicki, dessinèrent une ville en éventail en réfléchissant à la problématique des cités jardins. Très à la mode au Royaume-Uni, ce modèle excluait les gratte-ciels peu conformes aux habitudes indiennes.

 Ce projet, abandonné à la mort accidentelle de Nowicki en 1950, passa alors à une équipe plus européenne. En pleine guerre froide et non alignement, une équipe d’Europe de l’Ouest représentait un choix plus stratégique.  

roseraie, chandigarh,

Corbusier, architecte franco- suisse renommé mais à la recherche d’un nouveau souffle et d’une œuvre majeure réalisa alors son idée d’une cité idéale. Des secteurs de 800 x 1200m divisent donc « sa » ville.

Plus exactement il redessina le Master Plan, plus organique, de l’équipe américaine. Il y surimposa une grille en damier parcourue de longues avenues hiérarchisées. Son cousin Pierre Jeanneret se chargea de l’appliquer sur le terrain pendant 15 ans. Durant 3 ans, le couple britannique Jane Drew et  Maxwell Fry lui vint en aide. Ces trois architectes sont ceux qui ont réellement construit la ville. Ce, même si le crédit en revient aujourd’hui uniquement au consultant. Celui-ci se contentait de venir visiter le gigantesque chantier deux fois par an.

La ville de Corbusier ?

La nouvelle ville se pare de 3 des 6 édifices monumentaux voulus par l’architecte visionnaire. On y voit aussi une multitude d’unités d’habitations régulières et répétées à l’infini. Pierre Jeanneret n’eut pas d’autre choix que la monotonie, en raison de contraintes budgétaires quasi insolubles.

Université du punjab

Le chantier connut un double coup d’arrêt en 1965 avec le décès de Corbusier puis en 1967 à celui de Pierre Jeanneret. En 1966, un nouvel Etat, l’Haryana se détacha du Punjab indien. La ville se trouvant sur la frontière devint de fait double capitale des deux états et territoire autonome.

La cité idéale de l’architecture moderniste

Le plan de Corbusier reprenait en partie son modulor (métaphore de l’être humain). Il interprétait la ville comme un homme idéal. La tête correspondait aux organes du gouvernement ici appelée capitole sur le modèle de la république romaine. Le cœur commercial (secteur 17) et les bras perpendiculaires aux axes principaux accueillaient eux les centres académiques et lieux de loisir

panneaux signalétiques de secteurs Chandigarh

Ce complexe est classé au patrimoine de l’Unesco et ne se visite que sous haute surveillance. Le reste de la ville s’organise en secteurs numérotés. Ceux-ci répétent toujours la même organisation.  Chacun regroupe écoles, marchés et parcs. L’idée étant de garantir un équilibre de vie aux habitants en respectant les principes corbuséens de lumière, espace et verdure. Et de fait, Chandigarh apparait régulièrement en tête des villes les plus riches. Mais surtout les plus agréables à vivre d’Inde avec ses nombreux parcs, sa circulation relativement fluide et sa scène culinaire. La ville pose ainsi la question de l’influence du lieu sur le comportement humain.

joli couple Sikh

Cette ville futuriste des années 1960 aménagée autour de la place prépondérante de la voiture prévoyait un système hiérarchisé de routes (les 7voies= v7) ombragées. Les voies les plus importantes correspondaient aux bretelles d’autoroute, les V2. Les nationales, les V3, comportent des trottoirs et des voies cyclables jusqu’aux V7 chemins piétonniers. Chaque secteur était censément autosuffisant. Ils offraient un cadre de vie global aux habitants de l’école au marché, ce dans une distance raisonnable.

rond point central de Chandigarh près du Capitole

Imaginé il y a 75 ans, ce plan peut étonner par son aspect visionnaire. Il prévoit déjà l’importance fondamentale de la voiture au moyen d’avenues énormes et de parkings nombreux. Ce que l’on appelle aujourd’hui mobilités douces est déjà intégré.

Cependant, la zone industrielle, la gare et les quartiers pauvres se situent à l’extérieur de ce Master plan. Toute pauvreté est donc exclue de la ville de Chandigarh. Ce qui donne une idée plus complète de la vision corbuséenne et de sa méconnaissance des réalités indiennes.

Hors Bhubaneshwar

Hors de Bhubaneshwar et de son centre historique, beaucoup reste à voir. De l’édit d’Ashoka, au temple de Yogini, il y a de quoi occuper une journée avant de rejoindre Konark, seul site Unesco de l’Etat puis les villages tribaux.

La colline de la paix,

 C’est sur la colline de Dhauli, juste hors de Bhubaneshwar, que l’on trouve les vestiges de  l’ancienne cité de  Sisupalagada du -VII.es.  C’est là, que le grand roi Ashoka après une bataille particulièrement sanglante aurait fait vœu de pacifisme et aurait embrassé le bouddhisme. Une roche gravée porte mention de ce fait historique majeur. Elle se trouve au pied de la Pagode de la paix que les visiteurs viennent admirer en foule.

 Attention néanmoins, le temple de la paix est récent. Il couronne depuis 1972 seulement la colline Dhauri. Il a été construit par les Japonais traumatisés par Hiroshima. C’est pourquoi, il n’a rien à voir avec le monument historique sinon la référence à la paix et la commémoration de celle instaurée par Ashoka ainsi que sa conversion au Bouddhisme. La pagode toute blanche domine le paysage environnant.

L’édit d’Ashoka,

Le site archéologique se trouve en contrebas de la pagode juste en dessous d’une statue d’éléphant. Pour y avoir passé un moment, la très grande majorité des visiteurs s’arrête devant le panneau à l’entrée du site. Elle monte voir l’éléphant statufié, voire le parc joli alentour. Mais la plupart manque l’espèce de hangar grillagé juste en dessous destiné à protéger les écrits fondamentaux. Il est vrai que le site manque cruellement de signalétique.

Pour autant il s’agit d’un des édits les plus complets de l’empereur Maurya . Il date de -262. L’empereur fut celui qui envahit et annexa le royaume  Kalinga. C’est aussi la preuve de sa conversion et de ses convictions morales. Il s’agit d’un prakrit . Les prakrits sont des langues indo-aryennes parlées entre le -Ve et le +XIIe à l’origine de beaucoup de langues du nord de l’Inde. Les Bouddhistes et Jains utilisaient ces prakrits.

Après le déclin de l’empire Maurya, la zone fut gouvernée par la dynastie Mahameghavahana. Le roi Kharavela laissa des inscriptions non loin de là dans les grottes jains Udayagiri and Khandagiri.  

Les grottes Udayagiri and Khandagiri

 A 6 km hors de Bhubaneswar, ces grottes doubles s’élèvent abruptement de la plaine côtière. En partie naturelle, elles ont été excavées puis aménagées. Elles ont notamment servi de cellules à des moines jains. Alors  que Udayagiri comprend 18 grottes, Khandagiri n’en compte que 15. Celles-ci se révèlent moins intéressantes et plus fréquentées car menant à un temple en activité.

Dans le premier groupe en revanche, pour lequel il faut s’acquitter d’un droit d’entrée, un petit sentier passe devant des grottes sculptées et mène à un véritable monastère. Des inscriptions brahminiques remontent au 1er siecle avt JC. D’autres attestent de la présence de moines jains sous le règne du roi Kharavela. Leurs décorations magnifiques ont une importance historique. Plus haut encore un grand décret, l’inscription Hathigumpha,  sur la paroi supérieure d’une large grotte remonte au règne du même roi.

Cuttack la capitale britannique

Au XIVe s,, le royaume Kalinga avait pour capitale Cuttack entre les bras de la rivière. C’était encore la capitale de la région alors nommée Orissa sous les Moghols (après le XVIes) et les Britanniques après 1803. Elle était alors rattachée à la Présidence du Bengale et au Bihar.

Cette petite ville a conservé des vestiges de fort et des constructions coloniales. Néanmoins, après l’indépendance, le pouvoir nouveau jugea plus sage de déménager la capitale. Elle était trop soumise aux inondations de ses capricieux cours d’eau. On choisit alors de la transférer un peu à l’écart vers la ville religieuse de Tribubaneshwara. Nehru, avec une vision très moderniste de l’Inde, voulut transformer ce gros village en une cité planifiée et fit appel à un urbaniste européen.

Puri, Konark, le triangle d’or

Puri reste la ville des adorateurs de Vishnou. Le temple est de ce fait interdit aux non hindous. Pour des européens la visite de la cité sainte vous laissera sur votre faim à moins que vous n’adoriez les plages indiennes. Pour clore le triangle d’or, rendez-vous à Konark, classé site mondial de l’Unesco.

Ici on peut se demander à juste titre pourquoi Konark est classé et non Bhubaneshwar. La réponse en est simple et compliquée. Pour répondre aux critères onusiens il faut que le propriétaire (unique) du lieu s’engage à respecter un cahier des charges assez complet. Or les temples et lieux saints de Bhubaneswar sont entre les mains d’une multitude de propriétaires, Etat, région, ville, clergé. Certains temples dans et hors de Bhubaneshwar, sont privés d’autres pas. C’est pourquoi certains sont accessibles, d’autres payants, d’autres interdits aux non hindous. En outre la zone à protéger n’a pas de limites réelles. Pire, elle a tendance à fluctuer avec l’explosion de la ville. Enfin, la préservation des édifices, datant en grande majorité des VIIIe au XIIe siècles effraye un peu.

Temple de Yogini

Ce curieux temple est dédié aux servantes de la grande déesse. Il est l’un des 4 seuls à exister en Inde. Sa rareté le rend donc particulièrement important. Ses divinités ont des pouvoirs magiques. D’ailleurs, le temple n’a pas de toit pour que celles-ci puissent s’envoler. Le sanctuaire adopte la forme d’un Yoni (rond avec une petite anse) et comporte des représentations de 64 Yoginis ainsi que l’image de Mahamaya, la divinité majeure. Au centre du temple se trouve un carré avec le Lingam de Shiva. Comme toujours, les divinités mâles et femelles se complètent pour équilibrer les forces. Ici elles s’interpénètrent carrément.

Ce temple a été redécouvert seulement en 1953 en raison de son isolement, bien en dehors de Bhubaneshwar. Dans un lieu calme, au fin fond d’une banlieue en voie d’urbanisation, il offre un cadre magnifique. Il date du Xes. Les têtes d’animaux qui le décorent attestent de la brouille profane sacré. En forme de mandala, il reprend la tradition des mantras. La répétition touche les textes mais aussi les représentations. Ceci même si chaque yogini adopte une expression individualisée, un animal spécifique.

Parmi les 64 yoginis en chlorite (pierre noire), 8 yoginis portent les signes du zodiaque. Ce qui permet à des guides autoproclamés professeurs d’astrologie de se lancer dans des explications embrouillées à défaut d’être savantes. Le lieu était central il est vrai à une pratique restée ésotérique et à des pratiques de yogas. On voit en effet les divinités faisant des asanas (poses de yoga), des mudras (signes des doigts). Apparaissent également des symboles géométriques.

Il n’est pas facile d’aller dans cette zone à l’exterieur de Bhubaneshwar. C’est encore plus difficile d’en partir, et impossible sans voiture particulière ou taxi.

Ekamra

Ekamra Kshetra désigne l’ancienne ville temple de Bubaneshwar que je vous ai presenté la semaine dernière. Petite, Ekamra offre une ambiance quasi villageoise à l’abri de sa multitude de temples. Sur les 700 vous ne parviendrez à en admirer que quelques-uns, alors voici un petit tour d’ensemble…

Marcher à Ekamra, pour mieux découvrir

En général, les agences survolent malheureusement Ekamra Kshetra. Elles insistent effectivement sur le plus grand temple, le Lingaraj puis  le Mutekswara, le plus beau et le Rajarani. Pour ce dernier, en dehors de la beauté du parc alentour et des sculptures coquines je ne vois pas pourquoi il est préféré à d’autres.

Dommage, d’abord parce que ce circuit fait fi de l’histoire de la ville mais aussi de l’histoire architecturale de la région. C’est vraiment dommage car sans prétendre visiter les 700 temples, d’autres méritent vraiment de s’y arrêter.

Dommage également de ne rester qu’une journée dans un bus climatisé alors que le vieux centre de Ekamra se prête à la découverte pédestre. Bref voici un petit itinéraire maison pour mieux profiter de cette superbe cité ancienne.

A noter que les horaires et modalités d’entrée varient selon les lieux. En général et contrairement à Chennai les temples sont ouverts toute la journée et ne ferment pas le midi. Le Rajarani est le seul vraiment payant mais le Mutekswara est sensé l’être.

Votre promenade vous mènera autour du lac Bindu Sagar, juste derrière le temple Lingaraj. Il est sensé contenir une goutte de toutes les rivières sacrées d’Inde ce qui le rend hautement sacré lui-même.  De nombreux temples l’entourent et contourner l’une de ses rives donne une jolie idée de la ville.

Les temples anciens VII-VIIIe de Ekamra

A l’origine de la cité bimillénaire se trouve vraisemblablement le lac Bindu entouré de 7 temples. Bien qu’un peu odorant à certains endroits, c’est un joli lieu. Les mariés s’y donnent RV pour se faire prendre en photo juste au débouché du majestueux Lingaraja. Toutes sortes de légendes rattachent le lac au couple de Siva et Parvati. Des autochtones y barbotent enserrés dans des bidons vides. Ceux-ci servent-ils de bouée ou de réceptacle pour ramasser les déchets ? je ne saurai le dire. En face, quelques Dharamshalas (ou caravansérails) sont devenus l’un hôpital, l’autre cantine typique. On trouve peu d’endroits ou se restaurer ouverts avant 11h du matin outre les petits vendeurs de rue.

Je suggère de commencer par Le temple Parasurameswara. Juste à côté du Mutekswara, il compte parmi les plus anciens du pays (7e s). Typique du style Nagara ce temple à Shiva témoigne de la maitrise des sculpteurs locaux. Les sculptures extérieures en sont magnifiques. L’intérieur, en revanche, noir et dépouillé, cherche à recréer la grotte primordiale. La jagamahona (ou hall menant à la Sikhara) est emblématique de la première période de l’école de l’Odisha avec son toit plat. On ne trouve pas encore la multiplication des halls pour les offrandes et festivités. Ceux-ci apparaitront plus tardivement. On peut rentrer dans le temple contre une offrande.

Par commodité on peut enchainer avec le magnifique temple Mutekswara. Ou préférer la logique chronologique. Dans ce cas, mieux vaut se diriger vers le temple Vaital du 8e s un peu excentré. Il évoque également Shakti parèdre de Shiva. Ils vont toujours tous les deux. La déesse Shakti, tueuse de démons est associée au culte tantrique.

L’âge d’or

-Mukatswar

Ce magnifique temple est un incontournable. Il célèbre le culte de Shiva. Il apparait comme la perle des temples de l’Odisha.

Construit vers 950-70 ce temple comporte une Shikara avec 4 natarajas sur 4 côtés. Compact et assez petit, il affirme le style typique Odisha. En effet, il en rassemble tous les éléments fondamentaux. Le jagamohana (hall offrandes) pyramidal y apparait pour la première fois. Il est relié à la vimana. Derrière celle-ci, se trouve la piscine. les femmes s’y baignent lors d’un festival pour améliorer leur fécondité.  Comme les 2 précédents il se trouve dans une cuvette et il convient de descendre quelques marches pour le visiter.

Ses délicates sculptures, ses reliefs ouvragés et ses portés ornées décrivent les divinités hindoues. Sa torana (porte) est unique. 

– Lingaraj Temple,

Le Roi du linga ne se visite pas c’est le plus important temple de la ville par sa taille, c est LE temple par excellence de la region. Malheureusement, les non hindous ne peuvent pas y accéder. Ils doivent se contenter de le regarder depuis la plateforme ou depuis la grande place après le réservoir qui en annonce l’entrée.

Il est typique de l art kalinga. Il remonte au 11es. C’est la période considérée comme intermédiaire de l’art kalinga. On y retrouve les 4 composantes apparues au temple précédent. On accède au vimana via la jagamahona. Il s’agit d’une sorte de mandapam à toit plat dans les premières structures devenu pyramidal vers le 10e s.  S’y ajoutent un hall de festivités, le natamandir et un hall d’offrandes, dit magamandapa.

Une cinquantaine de plus petits sanctuaires magnifiquement décorés insistent sur le culte à Shiva. Cependant, quelques images de Vishnou rappellent l’influence de Puri.

-Le temple Rajarani Temple,

Le temple RajaRani remonte au 11e siècle. Son originalité tient au manque de dieu tutélaire connu. Les nombreux reliefs érotiques, l’ont fait connaitre comme « temple de l’amour ». Ses murs extérieurs en calcaire rouge et jaune (raja rani) s’ornent de sculptures de danseuses, musiciens et personnages mythologiques. Ces sculptures ainsi que le joli jardin l’entourant expliquent peut être son succès touristique. Néanmoins c’est l’un des rares temples dont l’accès soit payant. C’est également l’un des trois courus des touristes en groupes.

Construit sur un socle, il comprend un deul (pyramide) de 18m de haut rappelant l’architecture de Khajuraho et un sanctuaire carré vide et sombre à l’intérieur. La forme de la tour ou deul contraste avec celles traditionnelles de Bhubaneshwar.

-Le temple Ananta Vasudeva

Sur la rive est du lac Bindu Sarovar ce temple du 13e s est le seul de Ekamra à vénérer Krishna, Balarama et Subhadra. Originellement il s’agissait d’un temple à Vishnou unique dans cette ville consacrée à Shiva. Rénové au 17eme siècle il s’inspire du temple Lingaraj mais avec des éléments Vaishnavite. Malgré son état de délabrement il reste un lieu de pèlerinage important.

Le temple Brahmeswara

Un peu excentré,  ce temple remonte au 9eme siècle et honore Shiva. Il illustre parfaitement l’architecture kalinga. Quatre sanctuaires identiques  entourent en effet son sanctuaire principal. Les portes s’ornent de figures sculptées et des neuf planètes de l’astrologie indienne.

Bhubaneshwar

Bhubaneshwar, l’actuelle et récente capitale de l’Odisha, est pourtant une ancienne cité religieuse. On la connait d’ailleurs sous le surnom de « ville temple ». De fait, le centre historique s’enorgueillit officiellement de 700 temples. Et on croise des deuls (tours) à tous les coins de rues.

Cette ville se consacrait à Shiva, comme l’indique son nom originel « Tribhubaneswara » (Seigneur des 3 mondes).  Petite, elle constitue le quartier historique autour du grand temple à Shiva le Lingaraj. Promue capitale d’état seulement en 1948, les pères de l’indépendance la firent croitre autour d’un plan d’urbanisme.

Une ville en pleine explosion démographique

Cette ville en pleine explosion démographique surprend aujourd’hui par son excellente maitrise de la croissance urbaine et sa dualité. D’une part un centre historique religieux magnifique, d’autre part une ville moderne aux grandes et larges avenues.

Autour de ces deux entités distinctes, les quartiers périphériques grignotent peu à peu la campagne et les sites religieux. Ceux-ci datent majoritairement des 6eme au 13eme siècles.

Au-delà, encore à une quarantaine de km, le long de la cote se trouvent les deux villes qui complètent le triangle d’or de l’Odisha. Puri, lieu de pèlerinage fondamental avec son énorme culte à Vishnou, n’est visitable que pour les seuls hindouistes. Quant à Konark, le seul site inscrit au patrimoine de l’Unesco, on ne s’y rend que pour son immense temple du soleil, à la Sikhara écroulée mais au célèbre chariot sculpté.

Je vous propose de nous concentrer cette semaine sur la ville moderne de Bhubaneshwar avant de vous emmener la semaine prochaine dans le quartier ancien à la découverte des magnifiques temples.

Une ville planifiée

A l’époque du Raj, la capitale régionale se trouvait à Cuttack au confluent des fleuves. Inondée et marquée par la colonisation, la ville et son fort furent abandonnés à l’indépendance en faveur du site plus abrité de Bhubaneshwar.

Nehru avait dècidè la construction de 3 cités planifiées : Jamshedpur, Chandigarh et donc Bhubaneshwar. En 1948, il chargea Otto Königsberger, juif Allemand émigré, de se charger de la ville modèle. Des unités, conçues autour du temple et de l’école permettaient aux résidents de vivre dans leur quartier comme dans leurs villages. On pouvait se déplacer à pied le long des larges rues arborées et ponctuées de parcs.

Les unités conçues comme des villages se concentraient autour des écoles et magasins. On pouvait s’y déplacer à pied sans bus le long des grandes avenues arborées.

Depuis l’indépendance, la ville a littéralement explosé. De fait la bourgade de à peine 15 000 hab en 1966 atteignait 300 000 hab en 2011. Elle frise aujourd’hui le million et demi. Néanmoins, cette explosion s’est accompagnée, fait rare en Inde, d’une croissance harmonieuse.

L’idée originale consista d’emblée à créer un plan d’urbanisme anticipant les nécessités à venir. Ainsi les larges avenus prévoient elles une augmentation de la circulation automobile et des besoins en parking. Les nombreux ronds-points permettent de fluidifier le passage d’un quartier à l’autre.

Le musée tribal

Ce musée est une pure merveille. Un joli parc réunit sur la gauche un centre de recherche, sur la droite la boutique et une charmante cafeteria. Au-delà, un premier bâtiment présente les arts tribaux. Une première salle s’intéresse aux différentes tribus, leur répartition géographique et démographique. Autour d’un cour une série de salles s’intéresse aux outils agraires, et de pêches, aux instruments de musique, aux vêtements et bijoux. La cour exhibe des autels et éléments religieux.

En contournant cet édifice on parvient à un second. Celui-ci met en lumière les tribus au moyen de diorama. Enfin, le fond du parc recrée des huttes, maisonnettes, l’habitat, les conditions de vie.

Une ville jardin

Il faudrait ajouter à la découverte de la ville une balade dans les grands et nombreux parcs de cette cité jardin, le zoo et les autres musées.

Bhubaneshwar est l’une des premières villes indiennes à avoir adhéré au projet smart city.

 Elle est en revanche l’une des rares à vraiment le vivre avec un soin dans le ramassage, par une armée de nettoyeurs. Un service d’embellissement des espaces publics existe même.  Il passe par exemple par la peinture de tous murs publics, la multiplication des espaces verts. La construction en unités de 1,2 km conserve un rythme de vie humain. Chacun peut vivre à l’intérieur de son quartier et en sortir au moyen de bus électriques.

La ville s’est dotée des institutions typiques d’une capitale d’Etat. Sans importance à l’époque britannique, Bhubaneshwar ne s’enorgueillit pas comme tant d’autres d’un palais du gouverneur et autres administration coloniales ou d’une belle gare victorienne. Néanmoins les bâtiments gouvernementaux bordent fièrement les grandes avenues centrales, tout comme le musée de l’Odisha. Celui-ci fait la part belle a l’archéologie régionale avec nombre de sculptures bouddhistes et jains, des bijoux, et de nombreux manuscrits.

Pour le touriste, habitué à une Inde sale et encombrée, la ville de Bhubaneshwar apparait, de prime abord, verte, propre et aérée.