Elephanta Island

Depuis Mumbai, l’excursion la plus simple consiste à se rendre en ferry à Elephanta Island. Il s’agit d’un ilot situé à une dizaine de km de la ville (plus proche de Navi Mumbai en fait). Composé de 2 collines, il abrite l’un de plus exceptionnels ensemble de grottes. La première présente des sculptures magnifiques réalisées entre les Vème et VIIème siècles de notre ère. Il faut compter un minimum de 4 h si tout s’enchaine bien avec 1 h de ferry pour l’aller, la visite puis le retour.

L’ile doit son nom à une gigantesque statue située à l’entrée du site, lorsque les Portugais y débarquèrent au XVIème siècle. Abimée, elle se trouve aujourd’hui à l’entrée du dr Bau Daji Lad Museum.

Départ pour à Elephanta Island

L’ile d’Elephanta s’atteint par bateau depuis Navi Mumbai ou depuis Gateway of India. Juste derrière l’arche, des escaliers bondés de revendeurs peu amènes, descendent vers les ferrys. Autour du monastère, les rabatteurs harcèlent le touriste pour lui vendre des excursions. Or nul n’est besoin de payer un intermédiaire ou un guide qui ne dira rien de plus que le contenu des panneaux mis en place par l’Unesco sur l’ile. Par ailleurs, cette excursion ne s’impose pas si le temps n’est pas de la partie.

Juste derrière la Gateway of India, les ferrys partent selon remplissage à partir de 9h.  Il n’y a donc pas d’horaire précis. Il faut compter une bonne heure de navigation pour atteindre l’ile classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1987.

 Les 10 premières minutes de navigation sont les seules intéressantes avec vue sur l’hôtel Taj et la porte d’Inde. Après quoi le paysage devient morne sauf pour les amateurs de pétroliers et gazoducs.

A l’arrivée, un petit train attend les gogos. Je dis bien les gogos car il  s’arrête au pied de la montée et ne sert donc pas à grand-chose sinon à éviter de cuire sous le lourd soleil.

Visite des grottes

Une fois les marchands du temple passés et la grosse montée derrière soi, on accède dans le saint des saints. Après la billetterie un sentier mène très rapidement à la grotte numéro 1 la plus belle. Elle justifie l’excursion. C’est la seule en effet qui dispose de hauts reliefs sculptés à même le basalte. Les sculptures remontent au Ve et VIIe siècle. Elles racontent des légendes de l’hindouisme. Malheureusement beaucoup sont endommagés.

L’ensemble du temple rupestre suit le tracé d’un mandala.

En entrant dans cette grotte on fait face au magnifique monolithe Trimurti Sadashiva  (Shiva à trois têtes). La grotte elle-même est traitée comme un mandapam avec un sanctuaire un peu désaxé creusé autour d’un gros lingam. D’autres représentations de Shiva, ornent l’ensemble rupestre. Sur la droite, un Nataraja fait face au yogishvara (Dieu des Yogis). Ils sont considérés comme les reliefs les plus accomplis de l’ensemble.Cet article donne une description détaillé des sculptures.

Les sculptures sont d’une finesse et d’une qualité artistique remarquables. Je le souligne car à première vue je n’étais pas motivée par la visite d’Elephanta d’Island. Pourtant, si vous connaissez Mahaballipuram,

Les sculptures d’Elephanta les précèdent de près de deux siècles et révèlent une finesse et une délicatesse incomparables.

Puis le chemin mène aux grottes 2, 3, 4, et 5 sans intérêt majeur sinon les colonnes excavées. La 3 conserve néanmoins une ampleur et une organisation intéressantes.

 Les grottes 6 et 7 se trouvent à l’extérieur du site un peu dans les herbes folles. En revanche, un petit sentier assez raide monte jusqu’au deux canons britanniques. Ce dernier serpente à travers les saletés qui dieu merci épargnent le site lui-même.

Stars de Mumbai

Rishi Kapoor mural dans Bandra

Nombre d’opérateurs offrent des tours de Bollywood pour rencontrer les stars de Mumbai. C’est d’actualité au lendemain des cérémonies des Césars et des Oscars. Sans forcément passer par une agence, voici de quoi régaler le cinéphile qui est en vous. Ici nul besoin de prendre un tour des studios, le plus souvent décevant. En effet, la visite des studios montre le plus souvent des émissions du petit écran et ne vous donne guère l’occasion de croiser la vedette de vos rêves. Or, il est facile de se promener à la recherche de ces stars de Mumbai.

Les cinémas historiques.

Mumbai ou plus précisément Bollywood reste la capitale du cinéma en Inde. Bien que talonnée par les cinémas télougou (Telangana et Andhra Pradesh) et Malayalam (Kerala), Bollywood reste la référence en matière de cinéma indien. D’abord parce que c’est dans le port que les frères lumières ont pour la première fois exposé leur invention, très précisément à l’ancien hôtel Watson Esplanade.

Cinema eros

Il y a ensuite les cinémas anciens, l’Eros, le Metro ou le Regal, de véritables merveilles art deco. Ceux qu’on appelle les talkies parce qu’y est apparu le cinéma parlant ne se limitent pas au centre historique. Ainsi le G7, très années 1970, à Bandra est le premier multiplex de Mumbai. Il compte 7 écrans et a ouvert en 1972 le long des rails de chemin de fer.

Promenade des stars dans Bandra

Outre les cinémas, vous pouvez vous passionner pour les objets du 7eme art. Dans ce cas, direction le Chor Bazar où vous trouverez des boutiques spécialisées en décor ou en affiches de cinéma.

Sur les traces des stars de Mumbai

M Kapoor statufié dans Bandra

On peut également se livrer à une promenade le long du Walk of Fame, inspiré par celui de Hollywood. Sa construction correspond à la volonté d’immortaliser les héros légendaires de Bollywood.  Dilip Kumar, Dev Anand, Rajesh Khanna, Raj Khanna, Shammi Kapoor and Yash Chopra apparaissent ainsi statufiés. Sur le Bandstrand de Bandra on peut voir leurs 6 évocations. S’y ajoutent des plaques de laiton  portant la signature ou l’empreinte d’une centaine de stars..

statue de cinema dans Bandra

Si l’on préfère les vivants, leurs adresses sont recensées et l’on peut s’amuser à regarder leurs maisons, a l’abri dans de grands et beaux immeubles bien gardés. Ils ne sont pas toujours faciles à repérer, en dehors de la demeure de SRK, Mannat. La façade néoclassique reliée à un immeuble moderne se repère de loin grâce à la foule de groupies qui s’y presse continuellement.

Mannat maison de SRK

A elle seule, elle assure la notoriété du Band Strand, la jolie promenade le long de la mer le long de la mer d’Arabie. Celle-ci relie l’église st Andrew au vieux fort. C’est derrière ce fort que commence le récent Sea Link . Il date de 2000 et relie Bandra à Worli. Il sert de toile de fond à bien des films bollywoodiens. Ce fantastique ouvrage d’art est devenu l’une des merveilles contemporaines de la ville.

groupies devant Mannat, la maison de SRK

C’est aussi à Bandra, que l’on trouve des boutiques et cafés fréquentés par les célébrités. Ils se situent autour de Carter Rd notamment et de jogger’s Park ou encore du côté de Palli Hill.

Udaipur

Les incontournables d’Udaipur

Il n’est pas forcément facile de se rendre à Udaipur et c’est bien dommage car la ville est splendide. Alors, voici les immanquables à mon sens. Si vous n’avez que quelques jours à disposition et que vous voulez vérifier sur place les belles images de Octopussy, ce James Bond un brin vieillot des années 1970, voici quelques idées.

C’est une ville relativement récente, fondée au XVIème siècle. Elle conserve son esprit musulman. Relativement petite selon les standards indiens, (600 000 hab), vous pouvez vous passer de guide et de chauffeur. Vous vous concentrerez dans un premier temps sur la vieille ville et les bords du lac Pichola.

Le fantastique Palais, incontournable d’Udaipur.

Il faut compter près de 3 heures le temps de déambuler dans les salles du City Palace. Même si vous esquivez l’armurerie, pourtant admirablement présentée ce qui en Inde est suffisamment rare pour être souligné, le palais  de la dynastie Mewar est énorme.

On commence par l’aile consacrée aux hommes avec ses salles aux murs incrustés de pierres semi précieuses, ou de miroirs et de verres colorés, grande spécialité locale. Les pièces s’articulent autour de tours aux admirables points de vue sur les lacs. L’ensemble est particulièrement bien entretenu.

Le Zenana ou harem ou aile des femmes est moins spectaculaire mais présente la condition de la femme enclose derrière les hauts murs. Il mène à une section muséale consacrée à l’histoire de la ville, de la dynastie régnante mais aussi à une collection d’objets en métaux parmi lesquels d’exceptionnels palanquins en argent.

Pour ceux qui trouveraient la visite insuffisante, une petite partie gouvernementale du musée se trouve tout près de l’entrée des appartements royaux sur la gauche. Autour d’un délicieux jardin, cette section payante en plus mais des clopinettes, abrite un musée à l’indienne. En effet, les galeries n’ont pas vu un coup de chiffon depuis le départ des Anglais…pour autant des miniatures mogholes fantastiques valent d’affronter la vétusté.

Juste à la sortie du Palais, beaucoup plus chers, les appartements royaux ruissellent d’argent, de perles en tous genres etillustrent la notion de kitch.

Le lac Pichola

Autre grand incontournable des visites de Udaipur, le tour du lac Pichola. Car l’originalité d’Udaipur est sa construction sur un système de lacs artificiels.

 Nous avons un peu ramé c’est le cas de le dire pour comprendre comment le faire. Pour autant, c’est une chouette excursion qui permet d’aborder les ghats (embarcadères) depuis l’eau. Les petits bateaux accommodent une quinzaine de personne et partent dès qu’ils sont remplis. Leur cadence varie entre 20mn et 1h selon l’affluence. Ils partent du parc du Palais remontent vers le Gangaur Ghat. Juste avant l’entrée du Palais, il suffit de traverser la grande grille ouvragée et d’acheter son billet pour les bateaux ou les appartements royaux.

De l’embarcation, on jouit d’une jolie vue sur le temple Mohan construit sur un petit ilot juste en face. Puis on passe le long du tout petit Hanuman Ghat et on longe le Ambrai Ghat en pointe, avec son jardin fatigué. Les bateaux contournent alors l’ile occupée par l’hôtel Taj. Le complexe s’appelle Lake Palace et seules des petites embarcations privées liées à l’hôtel y accostent. Inutile d’imaginer le visiter si vous n’y logez pas. Vous ne verrez donc pas Vous ne verrez donc pas Roger Moore puisque c’est au Raj que se situe une partie d’Octopussy.

En revanche une halte est proposée à l’hôtel Jagmandir. On peut en profiter pour prendre une consommation, visiter le joli petit musée ou se promener dans les jardins, très plaisants. Au retour, les petits esquifs vous ramènent là où ils vous ont pris en charge.

La vieille ville d’Udaipur

Au retour de cette excursion en bateau, la chaleur est un peu tombée et il est possible de visiter la vieille ville à pied. Poussiéreuse et encombrée, celle-ci ressemble assez à une Medina proche orientale. Les ruelles tortueuses regroupent les petits métiers par corporations.

Peu de blogs ou de sites dissertent sur ces balades mais un petit livre bien fait donne quelques itinéraires que je vous résumerai dans une prochaine publication.

Néanmoins, si la saleté vous rebute, ces balades ne s’imposent pas forcément. Elles sont pourtant l’occasion de découvrir de jolies maisons bourgeoises pour les familles jointes, les havelis.

 La vieille ville de Udaipur est également incontournable si vous aimez les temples. Juchés sur des escaliers pentus, ceux-ci ne ressemblent en rien aux temples du sud. Blancs, ils comptent des tours pyramidales qui ne sont pas si éloignées des prangs cambodgiens. A Chennai le seul type d’architecture qui y fasse penser sont les temples jains. Les deux les plus connus se situent sur la rue qui mène au Palais. Il s’agit du Jagdish temple bâti au 17e en l’honneur du dieu Vishnou et du Jagat Shiromani Temple, plus tardif 19e et construit en l’honneur de Krishna.

Cette balade dans la vieille ville d’Udaipur est aussi incontournable si vous voulez voir les Ghats, ces embarcadères à gradins typiques du Nord de l’Inde. Dans le sud, le terme désigne davantage des montagnes anciennes et érodées. Parmi ceux-ci le Gangaur Ghat est certainement le plus spectaculaire.

Indigo

Le terme indigo désigne chez les anciens la couleur qui vient d’Inde. Autrement dit de l’autre bout du monde où on la cultivait déjà 2000 ans avant notre ère. Il se réfère à une nuance d’un bleu profond mais aussi à une plante, l’indigotier. Base d’une teinture profonde cette couleur est certainement l’une des préférées de l’occident contemporain. En revanche, elle passe au second plan en Inde.

On pourrait même se demander si la couleur des Schtroumpfs a vraiment droit de cité au pays de l’indigo, comme l’illustre avec humour Catherine Delmas dans notre livre commun.

« Qui a volé mon bleu » copyright Catherine Delmas Lett

Aujourd’hui c’est aussi avec un joli jeu de mot le nom de la compagnie aérienne indienne la plus fiable et prospère.

Le bleu d’inde

L’indigo, ou Indigofera tinctoria, est une couleur située entre le bleu et le violet, Elle provient des feuilles et des tiges de l’indigotier. Les Grecs la connaissaient surtout pour se propriétés médicinales On la trouvait en Mésopotamie et en Égypte ancienne, mais aussi en Inde d’où son nom. Des découvertes récentes attestent de son existence en Mésoamérique. Elle transitait par les pays du Proche Orient qui l’utilisaent dans elurs céramiques vernissées. Cette tradition du bleu se retrouve dans l’Asie Central et l’Iran des XII, XIII ème siècle, puis un peu plus tard dans les Empires Safavide et ottoman.

Pour autant, elle n’intéressa vraiment l’occident qu’après le XVIe siècle. Pendant toute l’Antiquité, on’appréciait peu le bleu. Puis, la teinte s’affirma dans la représentation religieuse, chez Giotto, rare peintre italien à la faire sienne, dans les vitraux, voire l’héraldique.

Les vêtement et blasons royaux poussèrent à s’intérsser aux propriétés tinctoriales de la guède. Ce fut l’apogée du pastel. Mais les grandes découvertes ouvrirent la route de l’Inde. Avec cette route directe, s’améliorait l’approvisionnement en indigo. Or celui-ci offrait une couleur plus profonde, avec une meilleure tenue mais un moindre cout. L’Inde s’affirma alors comme le lieu de production du bleu et des textiles.

Il fallut attendre 1631 pour que l’importation d’indigo en France soit autorisée par la couronne et débute véritablement. La main d’œuvre bon marché des colonies américaines allait néanmoins rapidement déplacer le centre de la production de bleu.

L’indigo des Amériques

Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, les colonies devinrent des lieux de production importants. L’indigo poussait naturellement sur le continent et s’y montrait particulièrement qualitatif. L’esclavage, en fournissant une main d’œuvre très bon marché, allait achever de transférer la production d’Inde aux colonies américaines sous domination britannique. L’Angleterre détint alors les rouages du commerce du bleu.

 Pour obtenir la couleur, les arbustes d’indigo étaient placés dans des cuves d’eau afin de procéder à la macération puis à la fermentation. Le liquide était ensuite filtré, puis séché afin de récupérer l’indigo réduit en poudre et aggloméré en boules. C’est sous cette forme qu’il arrivait en Europe.

Avec l’indépendance américaine, la couronne britannique refusa la dissolution de son monopole et préféra déplacer une nouvelle fois sa production vers le sous-continent indien. Elle y imposa alors la monoculture de la plante au détriment des plantations vivrières provoquant des famines épouvantables qui ne disparurent qu’avec le retour à des cultures plus responsables.

le bleu des facades de Jodhpur

Le XIXème siècle s vit l’apparition de couleurs synthétiques grâce aux recherches de chimistes allemands dont Adolf von Baeyer  Ceux-ci rendirent les cultures fastidieuses et chronophages de l’indigo obsolètes. Leur découverte correspondait au brevetage des rivets qui allaient faire du blue jean un essentiel des garde-robes.

Aujourd’hui, l’indigo synthétique permet de fabriquer 4 milliards de vêtements en jean chaque année. En revanche, l’indigo renait en tant que couleur naturelle dans un cadre plus artistique. En Inde, il symbolise la ville de Jodhpur.

Mais ce rapide balayage historique permet de comprendre pourquoi le bleu ne figure pas au premier plan des couleurs indiennes.

Le Bleu

Cet été je vous propose un nouveau feuilleton, celui du bleu. L’année dernière je vous avais gratifiés du roman des thés. 2024 sera donc une année bleue. En effet, cette couleur est paradoxale en Inde. Le pays a donné naissance à une teinte, l’indigo. Pour autant, il est peu porté en Inde et surtout dans le sud. A contrario, c’est une couleur que nous adorons en France.

J’ai donc repris avec délices les écrits de Michel Pastoureau et vous propose ma petite version qui me permettra de justifier un grand écart entre Toulouse et Chennai.

Le bleu, couleur de l’occident

Michel Pastoureau, médiéviste et spécialiste des couleurs, nous a gratifié de pages lumineuses, c’est le cas de le dire, sur l’histoire et l’évolution des couleurs. Celle du bleu m’intéresse particulièrement car elle établit un lien des plus significatifs entre l’occident et l’orient. Et plus précisément entre la région de Toulouse et l’Inde.

bleu du Choundra Palace Udaipur

Une couleur peu apprécié dans l’Antiquité

Michel Pastoureau explique en effet que le bleu a été ignoré pendant une grande partie de l’Antiquité.

 Assimilé aux barbares par les Grecs et les Romains il ne bénéficiait même pas d’une terminologie propre. Pourtant il était connu bien sûr. Les Egyptiens l’utilisaient abondamment pour leurs objets de fritte émaillée. Néanmoins, le bleu antique venait essentiellement de métaux précieux. Il était donc couteux. Qu’il provienne de la turquoise ou du lapis lazuli, il représentait un véritable luxe.

hippoptame en fritte bleu, égyptien, Le Louvre AD

En revanche, les Celtes utilisaient un bleu végétal à la faible tenue. Celui dont ils badigeonnaient leur corps avant les batailles provenait d’une plante locale, la guède. Entre les yeux clairs et les peintures guerrières on ne s’étonne guère que les Romains aient eu une peur bleue de cette couleur

Le Moyen Age réhabilite le bleu

ceramiques ottomanes, Louvre AD

Au Moyen Age, le bleu veut gagner ses lettres de noblesse. Le bleu minéral des couteux lapis lazuli et Turquoise transite vers Venise par le biais des caravanes. De là, il va s’arracher pour représenter non seulement le bleu du ciel mais celui du manteau de la Vierge, à commencer par les sublimes madones de Bellini. On le voit rapidement apparaitre sur les vitraux des cathédrales gothique d’Europe septentrionale.

vitraux cathédrale Canterbury
Bellini, la vierge au bleu manteau

 La montée en puissance du culte marial promue notamment par les franciscains, va en faire la couleur divine par excellence. Giotto devient le maitre du bleu.

le bleu de Giotto, bailique st Francois d'Assise, Ombrie

D’autant plus que les maitres de la première Renaissance remplacent les fonds dorés de l’iconographie byzantine. Les rois ne s’y trompent pas qui l’utilisent dans leurs armoiries. Le bleu va même s’étendre à la mode. Mais cette fois un bleu plus léger, celui du pastel ou guède. Cette plante se cultive dans presque toute l’Europe, autour de Erfurt en Allemagne, dans le Lincolnshire en Angleterre, en Picardie ou encore dans le Lauragais.  Verte, elle est cultivée pour donner davantage de….. bleu. Les feuilles une fois macérées changent en effet de couleur.

D’un bleu à l’autre

Malheureusement ce bleu ne tient guère. Les productions indiennes d’indigo vont de plus en plus intéresser artistes et teinturiers. Moins chères à produire, désormais plus faciles à importer, elles vont peu à peu remplacer le pastel toulousain.

Avec la colonisation de l’Amérique, l’indigotier originaire d’Inde va être adapté aux immenses espaces libres. La main d’œuvre gratuite que représentent les esclaves y permet une culture extensive et peu coûteuse. Les premières grandes plantations américaines se consacrent non au coton ou au sucre, comme on le croit trop souvent, mais à ce bleu intense et tenace,

C’est la guerre d’indépendance américaine qui va changer la destinée des plantations mais aussi de la couleur. En effet, les Anglais ne pouvant plus s’approvisionner à bon prix se détournent de leurs champs américains pour forcer les petits paysans du nord de l’Inde à abandonner leurs cultures vivrières au profit de ce bleu profond. Le bleu devient dès lors couleur de l’oppression coloniale en Inde.

Cezanne, la femme (en bleu) à la cafetiere, musée d'orsay

Mais, l’indigo indien se verra rapidement concurrencé après la découverte de bleus chimiques en Allemagne.

Pour en savoir plus, lisez le chapitre bleu dans mon livre et suivez-moi la semaine prochaine dans la région toulousaine puis les semaines suivantes en Inde et plus précisément à Jodhpur.

Double exposition

L’écriture de mon livre les Lettres Tamoules a donné lieu, en attendant mieux, à une double exposition.

Première Exposition, à l’Alliance française de Madras

Entre les 22 et 28 mars 2024, l’Alliance française de Madras m’a gentiment prêté ses locaux.

 A ce titre, je remercie ici sa Directrice, Dr Patricia Thery Hart. Dans la belle Galerie 24, j’ai ainsi pu exposer, pendant près d’une semaine, les œuvres de mes amies Mélanie et Catherine.

 Dans le cadre de la Francophonie, la salle d’exposition s’est transformée en un lieu de conférences. Durant ces quelques jours, j’ai eu l’occasion d’expliquer à un public varié l’objet du livre. Des groupes francophones et français ont découvert les lettres de l’alphabet tamoul. Les anglophones se sont davantage intéressés à la découverte des spécificités locales. En revanche, les Tamouls se sont amusés de nos incompréhensions ou de notre vision en tant qu’occidentaux.

Cette exposition a été l’occasion d’échanger sur les nombreux particularismes de la vie au Tamil Nadu. Il a bien sur été question de la beauté et de l’originalité de la langue et de l’écriture tamoule. Nous avons pu également parler de la gastronomie si particulière du sud de l’Inde. L’architecture dravidienne, typique des sites anciens a également été abordée. Nous avons aussi pu évoquer l’uniformisation voulue par les Anglais.

Cette magnifique galerie a permis d’accrocher une soixantaine de dessins, lavis et aquarelles sur des murs blancs, repeints ou percés pour l’occasion. La semaine suivante Jean François Lesage et ses fantastiques broderies étaient l’hôte des lieux.

Seconde Exposition à la Madras Litterary Society

Du 23 au 27 Avril 2024, ce sont les locaux anciens de la société littéraire de Madras qui accueillent une vingtaine de fac simile. Les dessins du livre ornent cette semaine les locaux décrépis de ce bâtiment indo-sarracénique.

Tout ici st resté dans son jus. Et l’accrochage, déjà folklorique à l’alliance française, est devenu un véritable bricolage. Car organiser une exposition en Inde implique disponibilité, bonne humeur et beaucoup de patience.

Car bien sur rien n’est fourni ici. Je ne parle pas des cadres mais des clous, des supports, des marteaux. Il faut venir avec son papier et ses crayons pour d’éventuels cartels. Du scotch et des punaises. Et des chiffons et éponges pour opposer une légère résistance la poussière. A moins d’accepter de coincer ses cadres en lévitation au moyen de ficelles.

Mais dans ce pays ou une bonne partie de la population vit dans des conditions épouvantables, comment se plaindre de ne pas pouvoir exposer décemment. Comment refuser à ces demandes d’aide si souriantes ? Venir exposer à la Madras Litterary Society., c’est je l’espère, donner un peu de visibilité sinon à mon livre et aux dessinatrices qui ont accepté avec tant de talent de l’illustrer. Mais c’est aussi et surtout essayer de faire venir un public un peu plus large dans ces lieux chargés d’histoire,…et de poussière… Peut être l’occasion de fair fleurir quelques donations pour aider cette bibliothèque à survivre.

En attendant une prochaine exposition, certainement dans d’autres conditions à Singapour, Arab Street autour du 15 Mai.

Egmore Museum

Le Egmore Museum ou musée de Chennai, occupe une dizaine de bâtiments éparpillés dans un grand espace arboré du quartier de Egmore. Les édifices les plus anciens, de style indo-sarracénique, ont été complétés par des constructions plus récentes.

Histoire de Egmore Museum

L’idée d’un musée de Chennai date de 1846 et émane de la société Littéraire de Madras. Dans un premier temps on logea sur le campus st George les 1100 spécimens géologiques.

Les collections s’accrurent régulièrement. Face à la détérioration des lieux et à l’exiguité, le musée déménagea de College Rd à Pantheon Rd dans les Assembly Rooms dans lesquelles l’élite de la ville se retrouvait pour des banquets, bals, conférences à la fin du XVIIIe s.

Dès 1853, une bibliothèque publique s’organisa dans les locaux du Musée. En 1862, commencèrent les travaux de construction d’une salle de lecture. Ouverte en 1896, elle prit le nom des ancêtres du gouverneur de Madras, Lord Connemara. Construite sur les plans de l’architecte Irvin, elle s’enorgueillissait de beaux rayonnages de tek et d’une imposante tour (la plus haute de Madras alors) détruite en 1897 car elle s’écroulait.

Après le centenaire du musée en 1951, un nouveau bâtiment fut construit pour héberger l’exceptionnelle collection de bronzes, ainsi qu’un autre dédié à la conservation. 1963 vit aussi l’ouverture de la galerie des oiseaux. En 1984 la galerie d’art contemporain s’ajouta aux édifices et en 1988 le musée des enfants.

Aujourd’hui, Egmore Museum s’organise en 7 édifices distincts avec des collections disparates.

7 bâtiments pour des collections disparates

  • Le premier, une sorte de délicieuse pâtisserie, abrite la billetterie. Tout à côté, un grand panneau donne le code QR d’une remarquable visite guidée enregistrée par Story trail.
  • Vers la droite de la billetterie, La bibliothèque Connemara occupe un bâtiment plus moderne aux lignes vaguement art déco.  Elle accueille les chercheurs et les étudiants. Il s’agit d’une adjonction au bel édifice ancien vanté par les guides mais caché derrière le théatre.
  • Un magnifique bâtiment rond sert de théâtre. Sa restauration vient de s’achever. Bati sur le modèle du Royal Albert Hall de Londres, c’est une petite merveille architecturale mêlant les influences anglaises à des accents indo-sarracéniques.
  • En contournant le théâtre, on accède à un bâtiment de style flamand. Avec pignons de briques rouges. Ce style est emblématique de l’architecture de Kensington, le quartier de Londres bâti à lé poque victorienne dans le but de créer une enclave culturelle, l’Abertopolis. Cet édifice abrite la collection archéologique. Le rdc expose des collections de marionnettes de toute l’Inde, mais aussi des vases de terre néolithiques. Au premier étage, le palier orné d’un beau plafond victorien, distribue vers la section anthropologique et vers les salles consacrées à la civilisation harappéenne.

-Plus loin encore, se dresse le bâtiment consacré à la monnaie. Les collections numismatiques font en Inde l’objet de soins considérables

– derrière cette magnifique construction de brique rouge, un triste parallélépipède de béton annoncé par un dinosaure en plâtre abrite l’amusant musée des enfants. Des vitrines y regroupent de petites poupées évoquant les autres pays du monde selon une vision indienne.

– enfin le dernier bâtiment, lui aussi moderne et sans grâce, abrite la collection de peintures. Des croutes poussiéreuses égrènent les gouverneurs qui ont marqué la présence coloniale.

La statuaire de pierre

  En contournant le théâtre, on parvient au bâtiment principal abritant les sculptures de pierre puis au pavillon abritant les bronzes cholas. Le bâtiment principal du musée d’Egmore présente au rdc une belle rétrospective des statues des périodes historiques le plus emblématiques du sud de l’Inde. On y admire des statues datant des Pallavas, des Cholas puis des Vijayanagars.

A l’étage, une section est consacrée à l’épigraphie. Elle présente dans une petite salle les premières formes d’écriture consignées sur la pierre mais aussi sur des tablettes de cuivre ou des feuilles de palmier. Un couloir mène aux vestiges les plus impressionnants, comme les sculptures bouddhiques d’Amaravati. De là, on accède au fouillis typique des musées victoriens avec des salles consacrées à la faune et à la flore locales. Des vitrines sur la soie alternent avec des animaux empaillés au siècle dernier ou des fossiles. Des salles de paléontologie suivent en enfilade celles représentant l’habitat des bestioles du cru. La muséographie n’a pas changé depuis le départ des Anglais et le ménage doit remonter à peu près à la même époque.

Juste derrière le jardin de sculptures se dresse le pavillon des bronzes cholas.

Les Bronzes cholas, stars du musée de Chennai

La collection des bronze cholas a été refaite récemment, c’est-à-dire il y a moins de 50 ans. Elle jouit de lumière et d’air conditionné. La salle plongée dans le noir met en scène dans des vitrines éclairées (je le souligne car ce luxe électrique est unique dans les musées de Chennai) les plus belles pièces du musée. Il s’agit de statues de bronze de petite taille représentant les dieux hindous. Elles remontent à l’âge d’or des Cholas entre les XIII et XIVème siècles.

Cette dynastie brilla alors sur le sud de l’Inde depuis sa capitale Tanjore. Les Cholas sont restés célèbres dans l’histoire de l’art pour leur maitrise du bronze à la cire perdue. Il s’agit ici de la plus belle collection au monde. Certains de ces chefs d’œuvres viennent de rejoindre la magnifique salle de la galerie nationale, le plus beau bâtiment du musée de Chennai. De style indo-sarracénique, voire Gujarati, celui-ci évoque les splendeurs des palais de maharadjas.

Comme vous l’aurez compris tout n’est pas incontournable dans ce musée poussiéreux et il n’est pas forcément facile de s’y orienter. Néanmoins certaines sections valent la visite, notamment la galerie des sculptures et celle consacrée aux bronzes cholas.

Calcutta

Les préjugés collent à l’image du centre de Calcutta. La troisième plus grande cité d’Inde effraye à l’avance par sa misère crasse. Et pourtant c’est oublier que la « Belle en Guenilles » fut la capitale du Raj britannique. Elle conserve d’ailleurs de magnifiques monuments de sa période de gloire.  Comme souvent, je vous propose plusieurs articles. Dans le premier, voici une visite du centre de Calcutta. il vaut mieux y venir entre octobre et mars pour des raisons climatiques.

Autour de l’Esplanade

Ce que l’on appelle le centre de Calcutta correspond au quartier historique de la capitale du Raj Britannique. Desservi par le métro, ce quartier regorge d’hôtels et de petits restaurants.

On y trouve de jolies adresses comme l’Oberoi, le Grand hôtel de l’époque britannique avec son piano bar, ses petits salons. Dans les rues avoisinantes, une foule de petites pensions bon marché accueillent des routards. Les touristes attirent une foule miséreuse autour de ces rues très commerçantes. Car on trouve de tout à New Market . Entre petits stands et jolies boutiques anciennes, ce quartier est le paradis des acheteurs. Pour une petite boisson, le joli hôtel Fairlawn vaut le détour. Il offre une vision désuète et pleine de charme du Calcutta colonial. Ses vieux sofas poussiéreux et ses photos de célébrités d’antan invitent à une halte dans le passé.

Outre les bâtiments gouvernementaux, l’on trouve deux des monuments les plus importants de la ville et de nombreux espaces verts.

Le Maidan, poumon vert de Calcutta

Le Maidan est un immense poumon vert au centre de Calcutta articulé autour de Fort William. La forteresse remonte à 1696, une cinquantaine d’‘années après Fort Saintt Georges, à Madras. Ces Forts marquent les lieux de naissance de ces villes anglaises. Celui au centre de Calcutta se trouve toujours entre les mains de l’armée et ne se visite pas. On trouve de nombreuses statues dans le parc ainsi que des jardins aménagés. Ainsi Eliott park a été financé par la famille Tata.

S’y succèdent également des bâtiments emblématiques du centre de Calcutta. On y voit le planétarium Birla, de style classique, financé par la famille du même nom . Non loin de là, se dresse le mémorial à la Reine Victoria. Puis, la cathédrale st Paul, bâtie sur le modèle de Westminster Abbaye. Son architecture est une réplique fidèle de la grande abbaye londonienne.

Le Victoria Memorial

C’est un superbe édifice de marbre blanc plus palladien que moghol. Sa construction remonte au début du XXème siècle. Elle visait à célébrer la grandeur de l’Empire dont le centre était Calcutta. Entouré de jolis jardins bien entretenus, sa forme rappelle celle d’un capitole américain. Les petits lanternons autour de la coupole ne sont pas sans rappeller l’eglise de la Salute à Venise. C’est aujourd’hui l’un des plus beaux musées du centre de Calcutta. Le rez-de-chaussée expose des peintures et statues des Anglais qui ont marqué le Raj. En revanhe, le premier étage a été aménagé en musée des « combattants de la liberté ». Dans une muséographie moderne, inédite en Inde, on y suit l’évolution des idées et des hommes qui menèrent vers l’indépendance.

Le musée indien de Calcutta

Ce musée est l’un de plus anciens d’Asie et remonte à 1814. Conçu à l’anglaise, mais dans une palais bengali, il est resté pratiquement en l’état depuis le départ des colons. La muséographie n’a visiblement pas été retouchée. Les chemins y sont compliqués, comme la belle salle des textiles, cachée derrière la collection de poissons et d’oiseaux. La poussière date visiblement de la même époque, en tous cas dans les salles d’histoire naturelle. Néanmoins, la richesse des collections fait de ce grand palais, articulé autour d’une cour, l’une des attractions majeures du centre de Calcutta. Parmi les merveilles, les vestiges de la cité bouddhique d’Amaravati complètent ceux exposés à Chennai. La galerie de peintures mogholes au premier étage jouit néanmoins d’un réaménagement et les œuvres valent d’y passer un moment.

Maison de Mère Teresa

La maison de la grande figure chrétienne est devenue le lieu le plus visité de Calcutta. C’est une maison grise, entretenue par les missionnaires de la charité. On y voit notamment la tombe de la Sainte, cannonisée en 2016.

Au nord de Calcutta, le Pont Howrah et la Gare

Cette fois il s’agit de partir vers le nord de Calcutta. On va y découvrir deux bâtiments emblématiques de la ville. Ils se situent de part et d’autre de la rivière Hoogli, un des bras du delta du Gange. Il s’agit du pont et de la gare.

Le pont d’acier suspendu ne date que de 1943, mais il apparait sur de nombreuses représentations de la ville. Il domine l’impressionnant marché aux fleurs. Tout autour, on croise une foule de petits commerces de rue ahurissants,tels des raseurs publics ou nettoyeurs d’oreille.

De l’autre côté du fleuve, la gare Howrah st l’une de plus anciennes d’Inde avec celle de Royapuram à Chennai. C’est surtout la plus grande et la plus fréquentée du pays. Sa belle architecture est emblématique du style indo-sarracénique.

Le cinéma indien

L’objet de cette nouvelle rubrique sur le cinéma indien, nommée de manière aguichante « M. Bollywood » est de donner des exemples et avis sur la fantastique production cinématographique locale. Le mot valise composé de Bombay et de Hollywood concerne en fait uniquement la production du Nord de l’Inde tournée dans les studios de Mumbai. Mais en Occident le terme est un fourre-tout pour désigner l’ensemble très divers des cinémas régionaux.

Le Nord, territoire de Bollywood

Le cinéma est arrivé en Inde par Bombay. Maurice Sestier , chef opérateur des Frères Lumières a y en effet débarqué en 1896. A l’époque. les inventeurs du cinéma Lyonnais avaient eu l’idée d’envoyer des chefs opérateurs à travers le monde. Leur but était double, Il s’agissait d’une part de rapporter des images nouvelles de leurs voyages, d’autre part de vendre leur savoir-faire et leur matériel sur de nouveaux marchés.

Très rapidement, le cinéma tourné à Mumbai se calque sur les énormes productions hollywoodiennes en leur donnant une touche indienne, qualifiée de masala. Ce terme fait allusion aux mélanges d’épices dans la cuisine indienne. Chaque film utilise les mêmes ingrédients scènes d’action, humour, amour, chants, danses. La différence se fait dans le dosage et la répartition des personnages, souvent des stars issues de véritables dynasties cinématographiques.

Pour autant, Le cinéma indien ne se limite pas à Bollywood. Ainsi le Tollywood du cinéma bengali regroupe les films tournés dans les studios de Tollygunge de Kolkota. 

Le cinéma indien du sud plus historique

 Le reste de la pléthorique production indienne provient des différentes régions. Chacune se montre fière de sa langue, de sa musique , de ses danses, de ses stars et de l’originalité de ses créations. Ce, même si les ingrédients se ressemblent souvent. Car quoique indépendant, le cinéma régional peut manquer d’originalité. On peut même le trouver parfois simpliste dans sa démonstration constante du triomphe du bien sur le mal.

D’une manière générale, le cinéma du sud est assez conservateur. Il raffole des vastes fresques mythologiques, historiques, familiales voire, quoique plus rarement, sociales.  Les productions du Sud puisent à pleines mains leur inspiration dans les épopées du Ramayana et Mahabharata . Les personnages répondent aux doux noms des divinités du panthéon hindou. Ces productions restent ainsi plus traditionnelles avec des thématiques et personnages empruntant davantage aux mythes.

On peut néanmoins distinguer trois lieux de production importants accompagnés d‘une importante industrie de doublage permettant à chacun des films de rayonner sur l’ensemble des états du Sud .

  •  Sandalwwood s’utilise pour les films en Kannada tournés dans le Karnataka (Bengalore). Les histoires sont souvent tirées des grandes épopées, de la mythologie
  • Dans le Kerala, les films sont tournés à Mollywood en malayalam. Ils tirent plus vers le cinéma d’auteur, vers les problématiques sociales.
  • Kollywood désigne le cinéma du Tamil Nadu, jadis filmé dans le quartier de Kodambakkam. Je dis jadis car les studios ont désormais déserté le centre de Chennai.

Encore une fois, les thématiques du sud sortent souvent des grandes épopées et mettent en scène des héros indomptables et quasi immortels. Le grand public regarde ces films mythologiques un peu comme s’il allait au temple. Il admire des réincarnations divines et applaudit à leur bravoure et leurs exploits. On n’est donc pas très étonnés que Les films du sud ne récoltent pas de récompenses internationales mais beaucoup de succès localement.

Le cinéma indie ou cinéma dit « parallèle »

Ce type de film « indépendant » et à résonance sociale n’est pas le plus courant, bien évidemment, car une grande partie du public n’est attiré que par le cinéma populaire. Il faut dire qu’en Inde, le cinéma a conservé sa magie.  Le héros continue d’incarner les espoirs et les rêves du public en très grand et les films jouent le rôle de soupape en faisant oublier, le temps d’une séance, l’injustice et l’oppression. Les salles, spacieuses, et en général, relativement insonorisées, (surtout dans les centres commerciaux) offrent une rupture dans un quotidien synonyme de promiscuité et de difficultés. Le cinéma conserve donc un attrait magique.

Cependant, de plus en plus à Mumbai, voire au Kerala, apparait un cinéma indien social avec des tentatives courageuses et des sujets plus modernes

6 lieux indo-sarracéniques

 Cette fois je vous propose des lieux indo-sarracéniques pour faire suite à l’article précèdent sur l’architecture indo-sarracénique. En effet, Chennai offre un joyeux mélange de styles. Les constructions de type néo vénitiens le dsputent aux édifices maures, au palladianisme, ou au gothique français. Cet agrégat d’éléments indiens et européens correspond à la période victorienne, très amatrice de pastiches. Globalement les gares, les universités d’époque britannique adoptent cet éclectisme teinté d’exotisme. Alors où commencer l’itinéraire indo-sarracénique à Chennai ?

High court, la tour la plus haute

Chepauk Palace , premier des lieux indo-sarracéniques.

Ce palais tombe malheureusement en ruine. Néanmoins, il marque l’acte de naissance et donc l’un des lieux indo-sarracéniques incontournables. Construit en 1768, pour le Nawab d’Arcot , il cache aujourd’hui son délabrement derrière des palissades et une façade repeinte. Le nom est cependant bien connu des locaux puisqu’ il évoque le grand stade de cricket qui lui fait face. Cependant, peu de de fans de cricket savent que Chepauk marque les débuts de ce style architectural douteux mais rigolo. Les Nababs furent rapidement déplacés par les colons et relogés au Amir Mahal, dans Royapuram où les descendants de la dynastie vivent encore.

Riipon building, un gros batiment blanc à colonnes

Madras High Court, le quartier de Parrys corner

Le Bovolo de Chennai

Connu pour ses ruelles animées et ses échoppes multicolores, le quartier de Parry’s corner vaut également la visite pour ses merveilles indo-sarracéniques. Encore convient-il de lever le nez en sortant de la gare Chennai Beach. On commence avec l’extraordinaire promenade sur North Beach road. Les marchands et marins y débarquaient et il convenait d’y afficher toute la gloire et la puissance de l’Empire. Si les bâtiments tombent ajourd’hui en ruine, il vaut la peine de regarder l’extraordinaire façade de la Poste ou des banques. On y sent l’influence de Venise et notamment du fameux Bovolo.

YMCA indo sarracénique avec des fenêtres ourlées sur l'esplanade

Si l’on traverse, on tombe nez à nez avec les joyaux de la cour de Justice. Ici c’est une profusion de dômes sculptés et minarets dignes de palais de Maharadjas.

 Madras literary society et musées

Les grandes institutions officielles impériales sont les plus révélatrices du style indo-sarracénique. A Egmore, sur College road, on peut admirer deux sites principaux, l’ancien campus st Georges qui correspond à l’embryon de l’université britannique. On peut encore y visiter la Madras Literary society .

Surtout, les musées du Gouvernement offrent des exemples épatants de la profusion architecturale de l’époque victorienne. Sur le même site se succèdent le fantastique palais ourlé qui sert de galerie d’art, alors que le théâtre rond est une réplique du Albert Hall de Londres. La galerie archéologique s’inspire des pignons de brique de Kensington et de Albertopolis, quartier emblématique de l’époque dans la capitale de l’Empire.

thátre du Musée, inspiré par le Royal Albert Hall
Théatre du Musée du Gouvernement

Autour de la gare centrale

Chowdry, ancienne auberge face à la gare centrale

Là encore nous sommes dans un quartier hautement britannique et…victorien. Quoi de plus emblématiques que les gares pour exprimer la splendeur de l’Empire en effet ?

Autour de Central Railways station, les beaux vestiges architecturaux abondent. Il s’agit d’abord du plus pur éclectisme victorien si l’on peut dire, à savoir la gare centrale néo-gothique tout droit inspirée de ses contemporaines londoniennes du style Saint Pancras. Puis le Rippon Building symbolique siège du gouvernement, l’un des meilleurs exemples de palladianisme sur le sol indien. Le Victoria Hall en brique rouge semble lui aussi directement rapporté des iles britanniques. En revanche, les deux bâtiments qui leur font face le Chawdry, auberge réservée aux Brahmanes, et l’étonnante meringue blanche qui servaient d’hôtellerie pour les voyageurs appartiennent bien au style indo-sarracénique. Je m’amuserai certainement dans les prochaines semaines à écrire un peu sur ce quartier riche en architecture. Un peu plus loin, Egmore Station avec ses coupoles et dômes est une de plus jolies réussites de ce style si unique à l’Inde pendant la période anglaise.

Egmore Station, magnifique batiment éclectique

Anna Salai, Mount Road

Avec Higginbothams, la maison des détectives et tous les bâtiments en ruine, Mount Road marqua le déplacement du centre de la ville Victorienne de st Georges à ce quartier nouveau et en expansion au début du XXème siècle. Nulle surprise que les édifices de style indo-sarracénique soient ici des bâtiments à vocation commerciale.

une facade vénitienne dans Parry's Corner

Senate House dans l’ Université de Madras, et Marina Beach

Dernier soubresaut du style indo-sarracénique, Marina ou South Beach road prit le dessus sur la promenade qui devenait un lieu moins plaisant depuis que les voies de chemin de fer avaient fermé la vue sur la mer. Ce long boulevard en bord de plage se borda de bâtiments éclectiques du plus curieux effet. Parmi les gâteaux à la crème, le Senate Building, central à l’université de Madras étonne avec ses minarets, ses coupoles néo byzantines. Un pastiche complet pour mieux affirmer la puissance de l’empire à son apogée.

Après la mort de Victoria (1901) en effet, l’architecture se fit plus sage et revint à des lignes plus classiques voire à des références réellement locales comme l’immeuble néo dravidien du South Railways building. Les derniers soubresauts anglais consistèrent en des décorations baroques sur des facades classiques, correspondant au style edwardien.

facade édouardienne
la sagesse d’une facade édouardienne dans Parry’s corner