Panthéon

Panthéon Road évoque aujourd’hui à Chennai le Musée d’Egmore et le marché aux tissus. Néanmoins le reste du quartier est résidentiel. Il n’en a pas toujours été ainsi.

photo ancienne du theatre du musée avec sa tour

 Egmore était l’un des plus vieux villages composants l’actuelle ville. Au XIes, c’était une zone agricole prospère. Les Vijayanagar transformèrent peu à peu les champs de riz en des champs de manœuvre. Au XVe siècle alors que leur empire s’étendait, ils firent de Egmore un cantonnement pour leur garnison. Peu de traces attestent de l’arrivée de la East India Company au XVIIème siècle. En revanche la soif de terres britannique est vite attestée.

Les bords de la rivière Coom

Le quartier passa entre les mains des Anglais et des Moghols. Ce, jusqu’ à ce que les colons officialisent en 1765 leur possession et définissent quoi faire de ces terres. Cette zone plane en bord de rivière se prêtait à la construction de grands bungalows aux allures palatiales.  Le nom anglicisé de Egmore pour les 7 villages regroupés s’imposa alors. Malgré les protestations des locaux accrochés à leurs terres, les colons gringotèrent peu à peu l’espace. Les fonctionnaires et juristes s’y installèrent au XVIIIe puis au XIXème siècle en construisant hôpitaux, institutions puis gare.

La Cooptex

Des belles constructions en bordure de la Coom river il ne reste rien. La longue étendue près du pont correspondant autrefois à une seule résidence n’est plus. Qui plus est, les bureaux art deco de la Cooptex viennent malheureusement de disparaitre. Seul subsiste le magasin, témoin d’une coopérative montée en 1933 pour aider les tisserands tamouls, exposer et vendre leurs cotons.

 Le magasin reste une référence locale pour le linge de lit. C’est ici qu’a été inventé le « bleeding Madras » si en vogue aux Etats-Unis dans les années 1970. Malheureusement la coopérative fit faillite à la fin des années 1990. La nouvelle génération, qui a pris la direction, a décidé de moderniser les boutiques et collections. Elle a pour but de faire revivre les savoirs faire ancestraux. Un centre commercial est prévu ici pour redynamiser le quartier et les cotons tamouls. Rare clin d’œil au passé textile, Cotton Street bordée d’échoppes éphémères reste la référence des tissus bon marché.

La rue du Panthéon

Les noms des rues portent traditionnellement le nom d’officiels britanniques voire tamouls. La rue du Panthéon fait exception. Elle rappelle le lieu public des assemblées. Elle s’appelle en fait Sampath Salai depuis l’Indépendence.  Mais les habitants continuent à parler de Panthéon, en référence à un édifice disparu, vaste palais officiel accueillant les cérémonies du Raj.

Celui-ci constituait le plus grand bâtiment de la rue, à l’emplacement actuel du musée. Il servait de salle de spectacle, accueillait les réunions de la haute société ou les cérémonies. Pour le construire, on avait pris possession d’un vaste domaine agricole. Celui-ci s’étendait de  Casamaijor’s Road à Police Commissioner’s Office Road. La propriété reprise en1789 fut transformée pour héberger des « Assembly rooms » et nommée Panthéon.

Ce Panthéon avait pour but d’organiser loisirs, bals et dîners, pour la haute société coloniale qui imitait la vie anglaise. A l’époque la mode était au monde Gréco-romain. Tout y faisait référence, l’architecture, le mobilier, les pièces de théatre . On ajouta donc un théâtre des salles de jeux. Quelques marches menaient à une longue salle ovale menant en enfilade à deux autres salles. Celles-ci servaient de salle de bal, de théâtre, puis de salle de jeux. Tout autour, courait une véranda.

le bâtiment subsistant du Panthéon

Le Panthéon

Le Panthéon atteint son apogée entre 1793 et 1803 lorsque Edward, 2nd Lord Clive était Governeur de Madras. Ce bon vivant organisa des diners et bals au Panthéon. Mais il travailla à la perte du lieu en construisant le Banqueting  Hall (maintenant Rajaji) . rare survivant de l’epoque du Raj on peut le découvrir caché derrière l’hôpital général.

 L’un des derniers grands évènements célébrés au Panthéon fut le diner d’adieu pour le Coonell Sir Arthur Wellesley, franc maçon et futur duc de Wellington et 2 fois PM d’Angleterre.

Dans les années 1820, le Panthéon avait perdu toute utilité. Il passa de mains en mains jusqu’à ce que la Madras Litterary Society se mette en quête de nouveaux espaces pour ses collections. Elle proposa au gouvernement d’échanger les terrains de College house et du Panthéon pour loger d’un côté les douanes de l’autre le musée. Celui-ci croissant il fallut construire de nouveaux bâtiments. Ceux-ci cachèrent bientôt le Panthéon l’entourant de portique et d’un étage supérieur et d’ailes.

Le Panthéon agrandi et transformé

L’enceinte du musée

Le Banqueting Hall

Derrière le théâtre du Musée, un portail relie la bibliothèque historique Connemara et le bâtiment du musée consacré à la statuaire de pierre. Une partie du bâtiment aux accents classiques correspond à l’ancien Panthéon. Il faut monter une volée d’escalier pour accéder à ce qui rassemblait la belle société de la Madras coloniale. Le bâtiment accueillit peu à peu les collections croissantes du musée.

Encourageant les donations, ce musée grossit sous l’impulsion d’un collectionneur passionné, Lord Balfour. Il fallut rapidement agrandir le musée. Le zoo attira une foule considérable et finit par bouger en 1863 vers le People’s Park puis à nouveau en 1972. Sur l’espace libéré on construisit alors la Connemara Library

La bibliothèque

Batie en 1890 cette bibliothèque présente un de plus beaux exemples d’architecture indo-sarracénique avec la National art Gallery voisine. Il s’agit d’un simple rectangle de brique rouge mais la décoration en est admirable. Elle est malheureusement aujourd’hui fermée au public mais on peut apercevoir la salle de lecture via le a nouvelle bibliothèque et son magnifique faux plafond.

le théâtre

Le théâtre fut construit en 1896. J’ai déjà accordé un article à cette petite merveille architecturale très londonienne. A l’époque 550 spectateurs pouvaient y prendre place pour peu qu’ils amènent leurs coussins. Aujourd’hui, après restauration, le théâtre n’accueille plus que 450 personnes. En revanche l’acoustique reste bonne. Les performances laissent néanmoins parfois à désirer (je recommande d’éviter les concerts de musique classique).

A l’origine le théâtre avait 2 tours qui ressemblaient à des tours de palais florentin. Mais ces tours jugées inélégantes disparurent rapidement.

La National Gallery

Considérée comme le chef d’œuvre de l’architecture coloniale elle fut édifiée pour le jubilée de la reine victoria (50 ans de règne) en 1906. Le Victoria Institute qui y logeait se trouve maintenant sur Mount road. Elle représente l’apogée du style indo-sarracénique et s’inspire de Fatehpur Sikri. Réouverte en 2004 elle présente une muséographie renouvelée.

Le women hospital

On avance sur Panthéon rd vers Women Hospital, l’Hôpital de gynécologie et obstétrique. Il s’agit du premier hôpital de ce genre, une maternité, dans la zone.  A l’origine, hôpital militaire, il n’acceptait que les Européens. John Underwood essaya d’y faire admettre les locaux. Il devint très populaire et fréquenté dans les années 1870. Dans la décennie suivante, apparurent les premières sages femmes. Déplacé des bords de la rivière à l’emplacement actuel, il jouait aussi le rôle d’établissement de formation, et de conférences. Il était si renommé que la reine de Birmanie y accoucha en 1886. 15000 bébés/ an y voyaient le jour. Un petit musée complète l’ensemble. Seule la façade demeure de cette vénérable institution. C’est le premier établissement en Asie combinant les soins pour les enfants et les mamans. On parle d’ailleurs du modèle de Egmore.

Hôtel Ashoka

Non loin de la maternité, en traversant la rue Panthéon, se trouve l’hôtel Ashoka. Construit dans les années 1970 il a profité d’ un élan gouvernemental pour accompagner le tourisme grâce à des aides d’état. Cet hôtel art déco tardif affecte une forme originale. Sa salle à manger ronde servait régulièrement de lieu rencontre entre Indiens de l’étranger en vue d’un mariage. L’hôtel moderniste se situe dans un jardin. C’est une bonne expérience que d’y prendre un petit déjeuner pour clôre votre approche de Panthéon Road.

Raj Bhavan

Les Raj Bhavan sont les palais des gouverneurs à l’époque du Raj. Récupérés par le pouvoir fédéral, ils sont aujourd’hui l’émanation du gouvernement indien dans les différents états de l’Union. De ce fait, il est compliqué de les visiter. Au hasard de rencontres, j’ai eu la chance néanmoins de visiter celui de Chennai.

Raj Bhavan en Inde

D’une manière générale, les palais (Bhavan) de l’Empire des Indes (Raj) ont été construits durant la période coloniale.  Ce sont donc des bâtiments coloniaux blancs à colonnade de style néo palladien, typiques de la domination britannique et de l’architecture idéologique déployée par le Royaume Uni à son apogée.   

Même si leur architecture varie un peu selon les régions et surtout les climats, ils adoptent traditionnellement la même esthétique. De magnifiques jardins les entourent.

Ils sont en général situés dans les lieux les plus beaux et centraux des capitales régionales du Raj. Ainsi à Ooty, le Raj Bhavan domine le jardin botanique. A Pondichéry, il se trouve sur la place centrale dans la ville blanche en face du jardin public. A Chennai en revanche, on ne le voit guère. Il se situe en effet au fond d’un énorme parc, le seul parc national indien au centre d’une ville.

Chaque capitale de province de l’Empire possédait son Raj Bhavan. Néanmoins, la Présidence de Madras comptait une résidence d’été. C’est pourquoi, le Tamil Nadu compte un Palais du Gouverneur à Madras et un à Ooty. C’est également la raison pour laquelle, le Bhavan de Calcutta, alors capitale du Raj, est considéré comme le plus grandiose.

Raj Bhavan de Chennai

Résidence officielle du Gouverneur nommé par Delhi, Le Raj Bhavan de Chennai occupe un lieu naturel d’exception. Il symbolise également le pouvoir fédéral dans un Etat qui lui est traditionnellement averse. Le gouverneur s’oppose en effet souvent au Chief Minister élu par la population locale. De ce fait, le Raj Bhavan correspond à un lieu inféodé au pouvoir central pour beaucoup de Chennaiotes.

Le bâtiment recouvert de plâtre blanc comme la majorité des constructions administratives anglaises, ne se voit pourtant guère de la rue. Il se situe à Guindy. La zone était un peu excentrée à l’époque du Raj car il s’agissait d’une résidence secondaire et extérieure proche des lieux de loisirs. L’hippodrome et le golf permettaient à la haute société britannique d’y couler des jours heureux.

Histoire du Raj Bhavan de Chennai

 Le premier Raj Bhavan se trouvait en effet dans Fort St George. Il fut bâti dans les années 1640 détruit en 1693. La reconstruction s’effectua un peu plus à l’est, L’édifice devint le cœur de ce qui allait devenir le secrétariat. Après le départ des Français en 1746, le gouverneur acquit une « garden house ». Elle allait devenir « Government estate ». Le Gouverneur Munro (1820-27) en fit une résidence officielle et transforma Guindy Lodge , alors sa  maison de campagne, en Raj Bhavan.

 Guindy Lodge remontait au mandat de William Langhorne au début des années 1670. A son départ, le gouverneur vendit la propriété au marchand Chinna Venkatadri. Celui-ci en fit lui-même cadeau à la Compagnie des Indes orientales.

Après le passage des Français au XVIIIe, la maison de campagne « Guindy Lodge » passa en des mains privées. Au début du XIXes, elle appartenait à M Ricketts. Quand celui-ci décéda en décembre 1817, la propriété gagée passa sous le contrôle de la banque. Cette dernière l’offrit au gouvernement Ce dernier acquit également le terrain adjacent d’un marchand arménien Joseph Nazar Shawmier. Puis en 1821, un 3e achat fut conclus.

Le lieu reste étonnant dans l’immense et chaotique métropole. Guindy fait aujourd’hui complètement partie de la ville tentaculaire. Si les jardins disparaissent peu à peu tout autour, le Raj Bhavan a réussi à conserver son énorme parc, classé Parc National. C’est d’ailleurs le seul du genre en pleine ville. Dans sa continuité, le zoo, les monuments funéraires aux diverses gloires locales et le campus de IT Madras, assurent un énorme poumon vert à la ville.

On circule d’ailleur en petit train autour de la Résidence du gouverneur, des nombreux bureaux et bâtiments. Il n’est pas rare de croiser des biches courant entre les différents édifices officiels.

Depuis le Covid il est quasi impossible de visiter pour les non indiens non scolaires mais vous pouvez essayer.

Les bâtiments du Raj Bhavan de Chennai

Lorsque Guindy Lodge devint la résidence de campagne officielle du Gouverneur de la Présidence de Madras elle ne comptait que 3 édifices d’un étage. Lord Elphinstone conduisit diverses campagnes de reconstruction et agrandissements entre 1837 et 1841.  Il ouvrit également Taluk office road pour relier la propriété à Mount rd (Anna salai). Le bâtiment finit par acquérir sa forme actuelle en 1863. Les derniers ajouts remontent à 1937.

Après l’Indépendence, les terres furent partagées à des fins publiques. On peut ainsi voir le campus de l’Institut indien de technologie, le parc aux serpents, le parc pour enfants. Le long de la rue, des mémoriaux à Gandhi, Kamaraj et Rajaji voisinent avec le centre de Cancérologie. En 1958 près de 625 acres furent transférés au département forestier du TN. En 1977, 88a furent ajoutés à ce parc national.

Aujourd’hui, l’ensemble résidentiel est clôturé et comprend la demeure du Gouverneur, le bloc présidentiel et le Bharathiar Mandapam ainsi qu’un jardin magnifique avec des espaces de gazon, des parterres de fleurs et des vergers. On trouve d’autres bâtiments historiques, tels que la White House, le Cottage, The Nook, le Secretariat du gouverneur, et le bureau.

Le Raj Bhavan est un assemblage de bâtiments d’époques diverses dans un parc où coexistent des espèces rares de faune et flore.

Victoria Public Hall

Le musée et l’auditorium du Victoria Public Hall sont enfin ouverts au public. Alors ne perdez pas de temps et réservez votre créneau horaire.

Cela vous permettra au moins de rentrer dans l’enceinte du bâtiment entièrement mis à neuf. Vous y accéderez par le Ripon Building. Car le Victoria Public Hall, construit en 1887 en tant qu’Hôtel de ville de Madras, est l’un des plus beaux édifices de la ville coloniale.

Histoire du Victoria Public Hall

 Au XIXème siècle, alors que Madras s’épanouissait. Le besoin de bâtiments administratif plus grand se fit sentir. Entretemps, le centre de la ville s’était déplacé depuis Georgetown au quartier alors connu sous le nom de Park Town.

 Cet emplacement idéalement stratégique, tout près de l’ancien mur d’octroi, voyait converger les routes sud, nord et ouest de Chennai.

L’implantation de la gare centrale transforma encore davantage cette zone. De nouvelles constructions sortaient de terre et transformèrent le People’s Park. Des auberges suivirent rapidement. Tout cela contribuait à la croissance d’un quartier animé et vivant. Il manquait à Madras un hôtel de ville à la hauteur de ses ambitions et un lieu de festivité qui serait le Victoria Public Hall.

A l’époque anglaise un vaste parc occupait la zone.  Il n’en reste que des traces éparses comme le Lady’s Garden. Même les belles constructions coloniales tendent à disparaitre face à la folie immobilière et à la circulation délirante. Pourtant, il est question de faire revivre ce qui était la promenade de l’élite coloniale. Les autorités ont amorcé le projet en restaurant le Victoria Public Hall. Cette grande façade de briques rouges s’appelait à l’origine Town Hall ou Hôtel de ville.

Une œuvre de Chisolm

Bien que globalement néo roman, le hall s’enorgueillit d’une tour néogothique dont la frise en terre cuite s’inspire de la calligraphie islamique. Avec la National Gallery au sein du Musée d’Egmore, ce fut l’un des deux bâtiments commandés en l’honneur du Jubilée d’or de la reine Victoria. Mais alors que la galerie adopte le style indo- sarracénique et imite Fatehpur Sikri, le Victoria Public Hall lui préfère une architecture plus simple et européenne. L’idée était non pas de représenter l’art local mais de regrouper les élites blanches, d’organiser des fêtes, des rassemblements et des évènements culturels. Construit par Chisolm, il illustre l’extraordinaire inventivité du grand architecte.

Construit en 1887 il servit d’espace public pour l’élite blanche britannique, alors que l’administration avait déménagé de Fort St Georges au Ripon Building adjacent.

Comme la majorité des édifices du quartier, le Victoria Public Hall repose sur des puits enterrés à 7m de profondeur. Ce forage assure la stabilité des structures dans un environnement marécageux.

Le Victoria Public Hall a connu une longue restauration. Il vient de retrouver ses fonctions d’espace public, cette fois en tant que musée et auditorium. La réouverture était officiellement programmée pour juin 2025 Mais n’a eu lieu que 6 mois plus tard.

A vrai dire la visite (qui se réserve en ligne par créneau horaire) ne fascine pas. Des cartels expliquent la construction et évoquent l’activité théâtrale et cinématographique de ce qui fut la première grande salle de spectacle du Raj. Néanmoins si vous ne connaissez pas les grands acteurs tamouls des années 1920 ou 1940, vous ne vous sentirez pas concernés. L’audio reprenant les bruits de Chennai parait très assourdi et peu convaincant. Et les photos à l’intérieur du Victoria Public Hall sont interdites. Bref la visite ne vaut que pour le grand auditorium refait à neuf au premier étage et pour faire le tour du bâtiment très joliment restauré.

Coonoor

Cette semaine je vous emmène à Coonoor. La semaine passée je vous avais présenté Ooty. Plus précisément je vous ai confié combien j’avais été déçue. Aujourd’hui, je continue mon exploration des Nilgiris.

Coonoor vue générale

Cette région montagneuse, connue aussi comme « ghât de l’ouest » flanque le Tamil Nadu dans sa partie occidentale. Elle sépare cet état du sud de l’Inde du Kerala et du Karnataka. Depuis Chennai, on y accède via Coimbatore depuis. Coimbatore est la 2e ville de l’état et compte 3 millions d’habitants. C’est une énorme ville industrielle sans beaucoup de charme. Seul monument connu l’immense Adiyogi (buste géant de Shiva père du Yoga).

De là, il faut compter pratiquement 3 heures de route pour parcourir 65 km jusqu’à Coonoor. Un week end de vacances ( mai par exemple) le même trajet peut prendre 6h.

fermières dans la région de Coonoor

Coonoor une station relativement préservée.

Cette station de montagne développée récemment avec la vogue du tourisme de masse échappe néanmoins quelque peu à la frénésie qui s’est emparée de Ooty. Plus select plus exclusive, elle conserve beaucoup de charme. Surtout elle offre aux randonneurs de quoi se régaler.

plantations de thé Coonoor

 L’héritage colonial est moindre à Coonoor. C’était un simple village quand Ooty s’affirmait comme la capitale d’été de la présidence de Madras. Ce qui n’empêche pas la présence de jolis bâtiments coloniaux. Au premier plan desquels la gare ferroviaire et la gare routière. Une belle église et un très beau jardin botanique complètent l’ensemble. De jolis maisons britanniques s’égrènent le long des pentes de cette ville double.

intérieur église Coonoor

Non loin de Coonoor, Wellington s’enorgueillit de très beaux bâtiments, d’un club ultra chic, d’un golf et d’une énorme base militaire.

vue de Coonoor

La ville de Coonoor se divise, comme souvent pour les stations de montagne indiennes, en une ville basse et une ville haute. La première se concentre autour des gares et du pittoresque marché. On y croise de nombreux temples très repeints et des mosquées.

marché Coonoor

Sur la colline en revanche, des églises le disputent aux belles maisons. Et aux établissements administratifs anglais. Parmi ceux-ci le très bel institut Pasteur d’Inde installé en montagne pour bénéficier d’un air plus frais.

Institut Pasteur d'inde

De très beaux hôtels à l’extérieur de la ville permettent de transformer le séjour en une étape haut de gamme. Peu d’hôtels dans le centre mais de jolis cafés rendent l’exploration agréable.

Des possibilités de promenades

A Coonoor nous avons pu suivre une balade Komoot absolument magnifique. Celle-ci passait dans les plantations de thé avant de partir à l’assaut d’un escalier apparemment sans fin. Mais merveille des merveilles au débouché de cette ascension, outre la vue sur les plantations, nous voici dans la campagne profonde loin des hordes de visiteurs. Ici le long d’un chemin charmant, des scènes pittoresques le disputent aux hameaux magnifiques. Les villageois ne sont visiblement pas habitués à voir des caucasiens et nous accueillent avec des sourires éclatants, ce malgré un travail visiblement harassant.

ramasseuses de thé

Une autre boucle nous emmène à Wellington vers la Vallée cachée. Celle-ci n’existe pas vraiment. Ce qui me permet de préciser qu’il ne faut pas suivre les indications générales données par internet. Celles-ci comme d’habitude tournent en boucle. Alimentées par des visiteurs locaux elles ne conviennent pas forcément à des marcheurs occidentaux. C’est ainsi que nous avons décidé d’abandonner les foules regroupées à Dolphin Nose, Catherine Waterfalls ou Lamb’s rock pour créer nos promenades.

village vallée de Coonoor

 Ceci nous a fait nous rendre compte qu’il n’y pas vraiment de vallée cachée mais une forêt de laquelle on débouche pour traverser les plantations. Si vous n’osez pas traverser les champs privés ou que votre amour relatif des sangsues vous en empêche, vous pouvez emprunter la route et rejoindre Cherrieberry.

Cet énorme hangar regroupe magasin et fabrique de thé, de chocolat, petit marché de produit locaux et restaurants ultra frais et organique. De là, un chemin ramène en moins d’une demi-heure au centre de la ville haute de Coonoor.

thé Coonoor

Une fois dans le centre, vous pourrez emprunter le petit train qui vous mènera à Ooty ou au contraire vous redescendra vers la vallée. Je vous raconterai dans un prochain article l’expérience toy train.

Ooty

Je n’avais pas beaucoup envie de me rendre à Ooty. Certes le petit train me faisait rêver. Mais des amis indiens se plaignaient de ce qu’était devenue la charmante hill station de leur enfance. La petite bourgade de montagne s’était muée en une ville embouteillée.

Ooty, vue panoramique

Il n’est pourtant pas si simple de s’y rendre depuis Chennai. Il faut compter 10h de route ou 1h d’avion jusqu’à Coimbatore puis 3 voire 6 h de taxi. Pour la route, il convient de prendre en compte la terrifiante circulation et la lenteur du toy train qui fait des pointes à 20km/h.

Sur une carte, on comprend mieux que la majorité des visiteurs viennent du Kerala ou du Karnataka. Et l’on se rend compte que Ooty s’est affirmée au cours du temps comme la station d’été non seulement de Chennai mais aussi de Bengalore et surtout Mysore. Car si Shimla était la capitale d’été du Raj, Darjeeling celle de Calcutta, Ooty elle représentait la capitale d’été de la Présidence de Madras.

Alors contrairement à mes articles habituels où j’explique ce qu’il y a à voir et de quelle manière profiter au mieux de la destination, je vous raconte ici ce que j’ai aimé et ce que je n’ai pas aimé à Ooty. Cela vous aidera à planifier ou non un week end dans la « reine des collines ».

A voir à Ooty

Ooty est une station de montagne.

paysage Ooty

Même si les Nilgiris ne sont pas l’Himalaya, la ville se situe néanmoins à plus de 2000m d’altitude. On n’y va donc pas pour la haute montagne mais pour bénéficier de vues depuis les crêtes et surtout pour profiter de températures agréables. Ce qui l’été (avril, mai, juin) est une quasi nécessité venant du Tamil Nadu. Alors ou si vous voulez éprouver cette légère sensation de relative fraicheur nocturne, vous pouvez vous précipiter à Ooty.

Raj Bhavan Ooty

Dans la rubrique fraicheur j’avoue avoir vécu un coup de cœur pour l’église du Sacré Cœur aux vitraux édifiants de naïveté et de fraicheur pastorale.

vitrail Eglise d'Ooty

l’héritage britannique

Si vous aimez les jolis bâtiments coloniaux il en reste à Ooty. Vous pouvez les découvrir au moyen d’une visite guidée ou par vous-même. Attention néanmoins ça monte et descend partout et ce à plus de 2000m. Vous pouvez vous essouffler assez rapidement. De plus, la ville s’étale de plus en plus. Les gens ne sachant visiblement pas marcher, un flot continu de voitures bloque les routes. Des magasins et restaurants moyen de gamme bordent les artères principales. Dès que vous vous éloignez du centre, vous trouverez des cafés et hôtels plus chics, mais isolés, et donc inaccessibles sans véhicule…

Bibliothèque Ooty

Vous pouvez facilement découvrir de jolis bâtiments en partant de l’église st Etienne (Stephen’s Church) puis St Thomas et son cimetière filmée entre autres dans « La route des Indes » de David Lean en 1984.

Musée Ooty

Puis vous pouvez vous rendre vers la bibliothèque, et enfin le musée dit « maison de pierre ».  Ce serait la plus ancienne construction de la ville. Malheureusement, la majorité de ces édifices ne sont pas accessibles au touriste lambda. Si vous ne connaissez personne vous ne pourrez pas entrer dans le select Club Ootacamund, ni au Fernhill, le palace du coin. Mais vous pouvez toujours déjeuner (en réservant néanmoins) au Earl’s secret.

salon hôtel Earl's Secret

Vous pourrez graisser la patte pour rentrer dans la bibliothèque des Nilgiris. Sur la colline juste en face se situe le joli tribunal.

Ooty bâtiment administratif

les plantations de thé

Plantation de thé

Toutes ne sont pas bondées. Et une fois dépassés les loueurs de haillons qui vous photographient grimés en ramasseuse/r de thé, vous pourrez peut-être marcher. L’odeur des feuilles peut sembler âcre mais le vert en est saisissant. C’est l’occasion de belles photos. Attention aux sangsues. Si comme moi vous avez tendance à vivre une histoire unilatérale avec ces horribles bestioles, un conseil. Une fois leur pénible besogne accomplie, les bestioles gorgées de votre sang ne sont pas trop difficiles à éradiquer. En revanche il vous faudra atténuer la douleur une fois que leur produit anesthésiant se sera dissous. Pas d’hésitation, inondez votre plaie de sel, c’est assez efficace et facile à trouver.

le Jardin botanique de Ooty

 Ce grand parc paysager typique de la présence anglaise mène jusqu’au Raj Bhavan. Si vous vous éloignez un peu des grandes allées surpeuplées, de jolis sentiers s’offrent à vous.

Ooty Jardin Botanique

-Les sites et brochures publicitaires conseillent des friandises sucrées et grasses. Mais la seule vraie joie alimentaire des Nilgiris ce sont les délicieux légumes cultivés localement. Il est d’ailleurs rigolo de voir les touristes revenir avec leurs bottes de carottes. Les carottes sont en effet ce que les tomates sont à Marmande ou le melon à Cavaillon. De fait les légumes sont authentiquement délicieux. Ne vous privez donc pas. C’est suffisamment rare en Inde.

Jardin Botanique Ooty

A éviter

Penser qu’Ooty est le paradis des marcheurs

Nous sommes partis dans ce « paradis pour marcheur »et sommes revenus dépités. Car la marche échappe totalement aux Indiens. La moyenne de ceux qui en ont les moyens ne bouge surtout pas d’un véhicule. Les rares randonneurs ne s’aventurent pas sans accompagnateur. Les véhicules envahissent le moindre recoin. Ce qui rend la découverte des sentiers et de la montagne sauvage impossible.

Dans la ville même, le nombre de voitures est démentiel et le croisement central de Ooty, Charring cross ne fait pas que copier la fontaine devant la gare londonienne.

Charing Cross Ooty

Les rumeurs urbaines (ou montagnardes)

En outre, des légendes infondées circulent. Si vous émettez l’envie saugrenue de marcher seul en montagne, on vous objectera que la montagne est dangereuse. Vous risqueriez de vous faire attaquer par les guépards et les cheetah, les jaguars et toutes sorte de bêtes charmantes mais en fait éteintes en Inde. Quant aux bisons qui, parait-il, attendent le chaland, je voudrais bien savoir quel animal serait assez fou pour paitre au milieu des véhicules. Même les lapins et les rats se sauvent en courant. Le seul vrai risque vient des chauffards et des gaz d’échappements.

embouteillage sur la montagne de Doddabetta

Doddabetta Peak

Ce sommet est soi-disant un must see. Or, on ne peut pas monter à pied au pic. Si vous vous faites déposer non loin vous aurez à emprunter un bus d’état ou une jeep privée et onéreuse, attendre le remplissage et vous insérer dans les bouchons. Les Indiens se rendent tous en procession au même endroit. Une fois parvenu péniblement au sommet, votre véhicule vous éjectera dans un marché. Loin de la bonne odeur des cimes vous humerez les odeurs de graillon et de pois chiches avant d’émerger transpirant au pied de l’observatoire pris d’assaut par des hordes de touristes. Voyons le bon côté, la classe moyenne explose et avec elle le besoin et l’envie de vacances et de voir la même chose que les copains. Du coup tout le monde part en procession vers les mêmes sites surexploités au niveau touristique.

le bus pour Doddabetta

 Je passe ici sous silence le fait que minorité visible, nous autres blancs sommes quand même plus exotiques en photos que le spectacle des sommets. Bref l’expérience peut vite virer au cauchemar pour occidental amoureux des montagnes.

Doddabetta

-Dans le même ordre d’idées, le lac correspond plus à notre vision d’une décharge qu’à un lieu de loisir idéal. Ce malgré l’interdiction officielle de plastiques dans les Nilgiris. En dehors de décorer les routes de panneaux on ne voit pas bien à quoi correspond cette interdiction malheureusement.

-Le chocolat,

Cela a beau être THE attraction ici, vous êtes français. Sur ce point en particulier comme sur le fromage ou le vin nous sommes en droit de nous montrer chauvins. Si vous aimez le sucre, le sucre et le sucre vous pouvez donc goûter au « chocolat » local…

Bref vous l’aurez compris je n’ai pas aimé Ooty au mois de mai.

Auroville

Depuis mon arrivée à Chennai il y a trois ans, j’ai toujours remis la visite de Auroville. Pourtant il y a un moment où il faut s’ouvrir un peu et à force de me rendre à Pondichéry, j’ai fini par passer voir la cité utopiste de la « Mère ». Quoi de mieux en cet automne en effet que de laisser libre court à notre envie de tout changer…Avant cela, il faut néanmoins se donner les moyens d’ arriver à Auroville. Ici, le taxi reste l’option la plus simple.

savitri hall Auroville

Auroville, qu’est-ce que c’est ?

Auroville est une ville modèle conçue dans un écosystème reposant sur des valeurs « morales ».  Comme le dit la brochure, la cité de l’aurore vise à réaliser « l’unité de l’humanité ». Elle a pour but de faire « coexister en toute harmonie hommes et femmes de tous pays, croyances et politiques ». Pour en savoir plus, vous pouvez vous plonger dans lesite d’Auroville, à équilibrer avec l’article wikipedia, et l’article de atmos

La cité « idéale »a été créé en 1968 autour de la personnalité de Mira Alfassa. Compagne de Sri Aurobindo, Freedom fighter vénéré, fondateur du yoga integral et installé à Pondichéry. Elle le rejoignit d’abord en son Ashram. Il la nomma « la Mère». Puis, à la mort du grand homme, naquit le projet d’une cité idéale de 50 000 habitants. Aujourd’hui le projet survit et accueille 2000 personnes de toutes nationalités.

Sur un grand terrain sec, les volontaires majoritairement européens, et la population locale continuent à s’escrimer à créer cette cité idéale un brin rétrofuturiste. le projet architectural reste étonnant, très marqué par la vision des années 1970 mais avec de vraies belles réalisations. Le modèle écologique est lui aussi une véritable réussite. Quant aux valeurs et aux idéaux, chacun peut en juger selon ses convictions.

Une énorme boule dorée à l’extérieur, blanche à l’intérieur, le Matrimandir marque le centre de la cité idéale. A côté, se situe un amphithéâtre en plein air en brique et un fantastique banyan tree aux racines aériennes. De là, partent 4 zones dessinées par la « Mère » : la zone résidentielle , l’industrielle, l’internationale ainsi que la zone d’éducation.

Venir à Auroville

 Plusieurs types de visites s’offrent à vous. Les plus extensives permettent d’y passer plusieurs semaines (le visa touristique pour l’Inde autorise à 6 mois sur le territoire comprenant une sortie obligatoire). Les fans absolus peuvent carrément venir s’y installer moyennant finance sérieuse et risquent de tout perdre s’ils décident de quitter la cité modèle. Vous pouvez aussi partir en bénévolat de 6 à 12 mois.

Pour des esprits plus frileux, vous pouvez passer quelques jours (avec 1 minimum de 2 nuits) qui vous permettront de participer à diverses activités, et surtout visiter le Matrimandir. Il s’agit de cette énorme boule dorée rétrofuturiste. Conçue comme un espace de médiation elle abrite également le tombeau de la Mère. Pour la visiter et y méditer, il convient de s’inscrire en ligne quelques jours à l’avance.

Vous pouvez aussi vous contenter de loger à proximité d’Auroville et vous rendre au Visitor Center. Ici une balade d’un km approximativement vous mènera jusqu’au point de vue sur le Matrimandir.

Au passage, vous pourrez admirer quelques magnifiques bâtiments. Roger Anger les a conçus selon le modèle de Corbusier. Si vous aimez l’architecture, la promenade dans la forêt est très agréable. A l’orée, se situe le Visitor center proprement dit. Il s’agit s’un musée où un petit film et des photos retracent le projet. Tout autour, des boutiques vendent les productions artisanales d’Auroville. Un food court et un shopping center des plus capitalistiques avant de pénétrer le monde sans argent d’Auroville…

Aux abords d’Auroville, des villages ont vu le jour. S’y pressent boutiques, restaurants et cafés. Des caucasiens circulent en vespa et donnent une coloration particulière à cette zone atypique en Inde.

Que voir que faire

Aujourd hui, Auroville représente une vaste entreprise avec hébergements, restauration, investissements divers, boutiques, productions. Une foule d’activités s’offre au visiteur quelle que soit la durée de son séjour.

Evidemment, si vous aimez la méditation et voulez tenter des approches de yoga ou de musique sur bol, Auroville est la destination la plus adaptée.  Outre les d’ateliers, ll’auto-reflexion ou le yoga, la cité offre pléthore de formations, travaux manuels, cours divers et variés voire découverte de la culture indienne et des arts. Cours de cuisine, bien être, soins, travail à la ferme, balade à vélo, tout existe.

Pour les plus réfractaires, la cité idéale est l’un des rares lieux du Tamil Nadu ou l’on puisse profiter de la nature pour faire du vélo ou marcher. Si vous appréciez l’écologie, c’est un modèle du genre. Si vous aimez manger ou recherchez de l’artisanat de qualité vous pouvez également y trouver beaucoup de plaisir.

Enfin, si vous êtes sensibles à l’architecture, vous pourrez admirer les créations de Roger Anger.  Cet architecte français, très marqué par l’esthétique des années 1970, a travaillé sur des immeubles en France avant de partir à point nommé pour l’œuvre de sa vie à Auroville. Vous pouvez aussi vous régaler des créations de Mona Pingel .

Bronzes cholas

L’exceptionnelle collection de 1500 bronzes cholas assure la renommée du musée de Chennai.

Ceux-ci jouissent d’ailleurs d’un pavillon privé construit pour eux. La salle reste plongée dans le noir et équipée de vitrines sécurisées éclairées et de climatisation.

Certains des chefs d’œuvres viennent de rejoindre la magnifique salle de la galerie nationale, le plus beau bâtiment du musée. De style indo-sarracénique, voire Gujarati, celui-ci évoque les splendeurs des palais de maharadjas

Qui sont les Cholas

La dynastie chola apparait à plusieurs reprises dans l’histoire du sud de l’Inde. Néanmoins elle a connu son âge d’or entre les 10 et 13e siècle. Venue du delta du Cauvery, elle s’implante à Tanjore. De là, elle lancera un empire au-delà des mers vers la Malaisie, les Maldives et le Cambodge.

Le livre Ponnyan Selvan, paru dans les années 1960, les a remis au goût du jour. L’auteur, Kalki, glorifiait cette dynastie locale et conquérante au lendemain de l’indépendance nationale. Le film inspiré de l’épopée a permis au Tamil Nadu d’affirmer son originalité et son brio. C’est notamment en matière de construction de temples et de sculptures que la dynastie chola a brillé. Pourtant plus que dans la pierre, les Cholas se sont illustrés par leur travail du bronze.

Leur art original s’appuie sur celui des Pallavas (IVe au IXe siècles). Mais les Cholas ont affirmé un art plus raffiné et complexe lors de leur Renaissance entre les IX et XIIIe siècles. Grands bâtisseurs et mécènes, ils ont soutenu la construction de temples, le moulage en bronze et la sculpture.  Ils ont encouragé un art religieux spécifique qui n’a pas survécu au déclin de la dynastie.

Les bronzes cholas

Ces statues de bronze de petite taille représentent les dieux hindous.

Le travail du bronze est d’autant plus intéressant chez les Cholas qu’il met à l’honneur un matériau introuvable au Tamil Nadu. Il implique donc des échanges, Or les archéologues ont découvert récemment des gisements de cuivre au Sri Lanka. Ce qui expliquerait l’importance accordée à l’expansionnisme vers l’ile voisine à l’époque.

Le bronze d’alors se constitue d’un alliage un peu particulier. Au cuivre et à la cire traditionnels sont ajoutés un peu de zinc, de plomb et d’argent .

Mais le plus original dans les bronzes cholas est la technique. Il s’agit d’un travail à la cire perdue Pourtant, contrairement aux exemples gréco romains, le centre du modèle est plein. Ce qui explique la petite taille de la statuaire tamoule. Les statues sont lourdes en effet.

Elles se trouvaient dans les temples et étaient promenées lors des processions. Le disque au revers de la tête permettait de fixer les couronnes de fleurs. C’étaient en effet des objets rituels et non des œuvres d’art. On en trouvait dans tous les temples même les plus petits. En effet les temples représentaient le centre des activités religieuses, culturelles et artistiques.

Lors des raids et invasions étrangères beaucoup de ces statues ont été coulées ou enterrées. D’ou leur état, pleines de terre ou passablement oxydées.

Iconographie des Bronzes cholas

Les sculptures en bronze Chola représentaient principalement des divinités hindoues du sud. Shiva et ses diverses formes étant les sujets les plus populaires. C’est sous les Cholas shivates que le culte de Shiva se développe en effet largement dans le tamil Nadu.  Le dieu apparait sous différentes formes. La plus spectaculaire est certainement le Nataraja ou Shiva dansant dans un cercle.

 Tel le narada, chaque posture, assis, debout, dansant, incarne un aspect spécifique du caractère et du rôle de la divinité dans l’ordre cosmique.

Les artisans chola ont démontré une compétence exceptionnelle dans l’ornementation complexe de la tenue et des accessoires. Les détails concernent notamment les visages expressifs, les yeux, les sourires . Fluidité, sensualité et naturalisme caractérisent ces chefs d’œuvre.

Fils de Shiva, Ganesh, dieu de la sagesse et de la connaissance est souvent représenté avec un ventre proéminent, symbole de prospérité et de contentement. Sa défense cassée représente le sacrifice pour la poursuite de la connaissance. Parfois il tient un modak, son aliment favori.

Le mouvement Bhakti, insistant sur un lien personnel et émotionnel avec le divin a beaucoup influencé la sculpture chola. D’où la représentation des divinités sous des formes plus humaines et plus accessibles. La statuaire chola affecte ainsi des postures gracieuses et des expressions faciales subtiles, du mouvement et de l’émotion.

 Les sculptures portaient souvent des bijoux élaborés et des éléments ornementaux, renforçant leur aura divine. Les sculpteurs témoignaient d’une grande compréhension de l’anatomie et des proportions.

 La création de ces sculptures a impliqué une expertise technique et un lien spirituel profond avec le sujet, faisant de chaque pièce une véritable œuvre d’art.

Dakshina Chitra

Dakshina Chitra  (vision du sud) au sud de Chennai regroupe 19 maisons représentant des communautés différentes des 5 états du Sud de l’Inde. Un audio guide est en préparation auquel j’ai eu la chance de contribuer. Dans ce musée architectural, chaque maison a été patiemment démontée et reconstruite pour montrer la technicité et la diversité de l’artisanat et des coutumes.

mur esterieur maison Andhra Pradesh

Le projet d’une vie

Ce musée à ciel ouvert est le projet d’une vie pour le docteur Deborah Thiagarajan. Cette anthropologue américaine s’est installée dans les années 1970 à Chennai. Elle s’y est mariée, y a eu et y a élevé ses filles. L’une de celles-ci, l’aide aujourd’hui sur ce projet extraordinaire crée en 1984 et en évolution permanente. L’idée à l’époque de la fondation était de faire connaitre et apprécier aux Indiens sortant du colonialisme leurs propres traditions.

maison du Cherrinad avec son original toit de tuiles multicouches

Il s’est agi de trouver un terrain dans un lieu alors quasi désertique. Puis a suivi l’aménagement en un vaste musée ethnologique, un peu à la manière des villages reconstruits roumains ou suédois. Celui de Bucarest est un peu un modèle. Reconstituer les maisons permet d’étudier et de tenter de conserver des savoir-faire en perdition aujourd’hui.

Le site comprend désormais 19 maisons, la dernière a été inaugurée en octobre 2024. Il s’agit de la maison de Coorg une communauté isolée de chasseurs dans la jungle du Karnataka. On y présente l’architecture typique du lieu mais aussi les coutumes, les vêtements et les spécificités d’une communauté de 200 000 hab.

travail du bois

C’est d’ailleurs le propos que de mettre en avant des communautés spécifiques. Leurs caractéristiques sont explorées de manière à montrer l’extraordinaire foisonnement culturel de l’Inde du sud

L’Inde du sud en miniature.

Car Dakshina Chitra propose un condensé des 5 états qui constituent le sud de l’Inde. Le plan du site correspond d’ailleurs à la carte de ces régions. En tournant le dos à l’entrée, on rejoint ainsi à main gauche au-delà des jeux pour enfants, les maisons du Kerala. La remarquable liberté religieuse de cet état luxuriant y apparait. On passe ainsi de la maison chrétienne syrienne à celle du marchand musulman. La société y est tolérante mais aussi matrilinéaire. Elle accorde une vraie place à la femme. Le système pluvieux explique quant à lui les toits très pentus.

Proche de l’entrée, après le marché artisanal, se présentent les maisons à toiture travaillée du le Tamil Nadu. A commencer par une superbe maison du Chettinad articulée autour de sa cour intérieure bordée de magnifiques piliers de bois sculptés. Cette communauté de financiers s’est enrichie à l’étranger pendant la période du Raj. Malgré son apparence patriarcale, elle laissait un grand pouvoir de décision aux femmes.

cour maison du Chettinad

Plus à droite, face au restaurant, qui offre des plats typiques, des maisons de pierre d’Andhra Pradesh rappellent la pauvreté en bois de cette zone désertique.

Sur la droite se trouvent les maisons du Karnataka dont celle de Coorg déjà évoquée ainsi qu’un espace d’exposition.

maison du tisserand Andhra

Dakshina Chitra, un lieu de culture vivante.

Dakshina Chitra se veut une vitrine vivante de la culture dravidienne. Outre les reconstitutions, le site accueille donc des artisans. Ainsi, la maison du tisserand dans le Tamil Nadu permet elle à une famille financée par l’entreprise textile Sundari Silk de montrer son travail et surtout sa manière de procéder.

Outre l’artisanat permanent, le site accueille de nombreux événements. Chaque grande fête est l’occasion d’une célébration. Pour Onam, une fête de moisson typique du Kerala, des troupes de danseurs se succèdent alors que le restaurant propose des plats adaptés. Pongal est également l’occasion de manifestations culturelles, expositions, chants danses, films documentaires.

De nombreuses publications ciblées sont disponibles à la boutique du musée qui malgré son aspect chaotique recèle un certain nombre de trésors. Enfin, les différentes maisons abritent des collections permanentes comme l’écriture à la maison du Chettinad ou temporaires, comme à la maison du Kerala.

maison Andhra Pradesh

Bref un lieu ou venir et revenir pour mieux comprendre le sud de l’Inde.

intérieur maison du tisserand

 

Bibliothèques de Madras

Aujourd’hui je vous emmène découvrir des Bibliothèques de Madras plus ou moins connues . Pour l’ensemble on peut y accéder entre 10 et 17h les jours de semaine. Certaines valent le coup pour l’édifice, d’autres incitent davantage à l’étude ou la lecture.

la Société littéraire, l’une des plus belles Bibliothèques de Madras

J’avais déjà accordé un article à ce lieu extraordinaire niché dans l’ancien campus st Georges . Extraordinaire non pour les livres, en piteux état, mais pour les bâtiments indo-sarracéniques.

Le bâtiment a besoin de restauration mais l’architecture n’en reste pas moins exemplaire de la présence britannique à Chennai. Elle allie la modernité (pour l’époque) des rayonnages coulissants métalliques à l’aspect traditionnel des jalis et autres fioritures néo mogholes affectionnées par les colons. A remarquer également quelques œuvres hors du commun comme l’original de Ponyam Selvan par Kalki Cette bibliothèque est tenue par un trio d’amateurs zélés et adorables.

Bibliothèque Rameswari

Peut être la plus méconnue des Bibliothèques de Madras, la Bibliothèque Rameswari se niche dans l’ arrière-cour d’une école sur Ednam road. Elle se situe derrière la Shakuntala Art Gallery,. Elle se cache à l’écart de la circulation importante de ce quartier central de la ville (quasi en face du Kauvery Hospital, face à l’échangeur de TTK road).

C’est une bibliothèque ancienne et privée malgré tout mieux dotée que la Madras Literary Society et surtout beaucoup mieux entretenue. Elle se dresse à l’emplacement de la maison familiale du défunt mécène et homme de loi Rameswari qui a tant fait pour sa ville.

Les salles donnant sur rue servent souvent pour des expositions, voire des ventes. Mais il ne faut pas hésiter à prendre la petite entrée de droite pour demander ce que le centre culturel propose. Derrière la grande salle de conférences on découvre une jolie cour couverte comme les maisons typiques en recèlent puis, à l’étage, une fantastique bibliothèque.

Avec un peu de chance, le bibliothécaire vous emmènera de pièces en pièces découvrir les trésors cachés. On commence par des ouvrages vieux ou désuets de géopolitique ou d’économie dans la salle de lecture. En traversant un petit toit, on atteint la salle de fumigation, lieu étonnant ou sont traités les livres, atteints de maladies rares et certainement transmissibles. Ce couloir débouche sur une ravissante salle ancienne. L’on pénètre vraiment le saint des saints avec des ouvrages rares et/ ou en restauration. Feuilles anciennes ou volumes au cuir dépecé jouxtent des meubles et gravures d’un époque révolue.

La Connemara Library

Ce grand bâtiment se dresse dans l enceinte du musée du Gouvernement.  Réputée pour la beauté des lieux elle risque décevoir le visiteur en quête de beaux lieux.

En fait, la bibliothèque Connemara se situait à l’origine dans l’un de plus beaux bâtiments indo-sarracénique du complexe. C’est ce bâtiment qu’évoquent les articles en ligne et non l’actuelle bibliothèque sans grâce. La construction des années 1970 attire aujourd’hui les étudiants et chercheurs et nullement les visiteurs plus intéressés, à juste titre, par la collection de bronzes cholas ou par le théâtre. Néanmoins une passerelle intérieure relie ce bâtiment moderne à l’une des merveilles du Raj, la fameuse bibliothèque Connemara, la vraie. Celle-ci n’est malheureusement pas accessible au public.

Faiblement ventilée, l’aile moderne, ouverte au public et répartie sur plusieurs étages n’est pas de plus attirantes pour l’européen en mal de lieu exotique. Juste derrière un magasin vend des livres en tamoul. Il ne peut pas rentrer en compétition avec la merveilleuse librairie Higginbothams.

Anna centenary Library

Nous voici maintenant devant la grande des bibliothèque de Madras.

Cette fois, il s’agit d’une bibliothèque moderne puisque son inauguration remonte à 2010. Des conférences y ont lieu régulièrement. L’immense et confortable auditorium accueille des évènements que l’on peut suivre sur le site. Contrairement aux deux premières, c’est une bibliothèque publique donc mieux dotée et financée. Elle compte 9 étages, un auditorium. Une grosse section de livres en anglais.  Pour le reste tout est écrit en tamoul et il n’est pas forcément aisé de naviguer dans cet énorme vaisseau silencieux et impeccable. Un vrai oasis de quiétude propice à l’étude dans cette ville bruyante et poussiéreuse.

Citytour

Chennai express

Voici un Chennai express, un citytour ou itinéraire de découverte accélérée de la ville. Avant de partir, munissez-vous d’eau, de vêtements légers. N’oubliez pas de vous munir de chaussures faciles à enlever et remettre. Les enlever est obligatoire dans tous les édifices religieux. Emportez également un peu de monnaie pour les pourboires, et du gel hydroalcoolique.

Pour un Chennai express d’après-midi, commencer par Fort St Georges, lieu de naissance de la colonie anglaise. En revanche, si vous partez le matin, commencez par Mylapore et  le marché aux poissons. Vous pourrez enchainer avec St Thomas et  le temple Kapelashewar. Ces lieux vous feront aborder la naissance de la ville ante coloniale.

Dans le premier cas, vous passerez d’abord devant la gare de Edgmore et le Ripon Building,

somptueux témoignages de la colonisation britannique. Les bâtiments néoclassiques de ce siège du gouvernement local renvoient à la splendeur du Raj indien. Le style victorien de la gare rappelle les efforts de la couronne pour renforcer transports et communications.

Fort St Georges 

Le Fort remonte à l’implantation des Britanniques au 17e s.  L’idée était alors de protéger le commerce de la Compagnie des Indes orientales sur la côte Coromandel. Dans ce but, les Anglais achetèrent aux Nayaks locaux une bande de terre pour y construire une fortification. Celle-ci fut le centre du pouvoir britannique sur la région pendant les 3 siècles suivants. Elle fut aussi le théâtre de batailles, notamment avec les Français.

La forteresse correspond à une petite ville abritée par des murailles bastionnées. Les bâtiments gouvernementaux se sont installés dans les quelques maisons coloniales. En piteux état, elles entourent la jolie église anglicane Ste Marie. Le musée se trouve dans les premiers bureaux de la première Banque. La visite s’avère compliquée pour admirer 3 portraits fanés, une collection de médailles et quelques explications. Du coup, ne rentrez dans le musée que si vous avez vraiment du temps.

Parry’s Corner.

En contournant le fort, se trouve l’un des quartiers les plus animés de la Chennai moderne. De très rares maisons coloniales s’y dissimulent. On peut les distinguer  derrière les boutiques et étals de ce qui constitue le bazar le plus populaire de la ville d’aujourd’hui. A l’origine, le nom du quartier provient de deux batiments d’angle, construits par monsieur Parry. En face, la belle construction en briques rouges du Tribunal, constitue un bel exemple de style « indo-saracénique ».

Longer la Marina

Il s’agit de la 2eme plus longue plage urbaine du monde. Elle mesure 12km. Comparativement, la plus longue plage urbaine du monde se trouve à Virginia Beach aux EU  et est longue de 14, 5 km. Si vous aimez l’animation, le folklore et les plages sales, c’est parfait.

Pourtant,  à l’époque coloniale, ce devait être idyllique face au Golfe du Bengale. Le long de cette plage, quelques-uns des très beaux édifices coloniaux se succèdent. On voit ainsi universités,  Bibliothèques, administrations. Le tout toujours dans le style « indo-saracénique » typique de l’Angleterre coloniale et de la période victorienne. En tournant le dos au Fort St Georges, on franchit le pont Napier, fierté locale. Puis, on longe quelques monuments commémoratifs

A mi-chemin de ce Chennai express, vous pouvez vous arrêter pour la photo instagramable.

Vivekananda House, une grosse pâtisserie rose, date de 1842 et accueille exposition et cours.

Continuez à longer la plage jusqu’au phare érigé en 1976. Ici, commence le marché aux poissons, pour le coup très populaire. Après les baraques de pêcheurs, le quartier devient de plus en plus pauvre et on s’approche des bidonvilles. la municipalité vient d’aménager une sorte de halle aux poissons.

Mylapore

La ville annexée à Chennai est aujourd’hui un quartier, proche du rivage occupé par les Romains. Ceux ci pratiquaient le commerce de brocarts soieries, épices, cotons. Puis Portugais et Anglais s’y installèrent. Deux édifices religieux s’y visitent.

Eglise San Thomas ou Santome

Santome  est l’une des trois seules églises au monde sur la tombe d’un apôtre. St Pierre et st Jacques sont les deux autres, respectivement à Rome et Compostelle. L’Apôtre Thomas serait en effet venu évangéliser le Kerala dès 53 ap JC. De là, il aurait rejoint la côte Est pour se fixer sur le Mont St Thomas et prêcher auprès des pêcheurs de Mylapore. C’est en ce lieu, selon Eusèbe de Césarée, qu’il aurait subi le martyr en 72. A l’emplacement de sa tombe (à l’aplomb de l’autel) fut construite une chapelle reconstruite par les Portugais en 1523. Bien rénovée par les britanniques en 1896, elle correspond au style néogothique. Néanmoins, l’église a du charme avec sa charpente de teck, ses 34 vitraux. A l’arrière, la crypte abrite quelques reliques de l’Apôtre. Son corps aurait en fait été transporté à Ortona en Italie. Le petit musée recèle un bric à brac bien rigolo. A gauche de l’autel, la statue de Notre Dame de Mylapore, revêtue d’un sari, a été apportée du Portugal en 1523. Elle était déjà très révérée à l’époque du séjour de St François Xavier (11 mois en 1545). 

Kapaleeshwara temple

Ce temple est consacré au dieu Shiva. Fondé au VIIe, il a été reconstruit au 17e en grande partie puis beaucoup rafistolé. Comme dans tous les temples, on laisse les chaussures à l’entrée, on entre sous le Gopuram, grande tour d’entrée sculptée et colorée, face au mât doré. On fait alors face à l’autel et au sanctuaire (interdit aux non Hindous , photos interdites)

On commence la visite par la gauche (sens des vivants) et par l’autel consacré à Ganesh, le dieu auspicieux. Puis on passe  devant le Lingam, symbole de fertilité, et on rejoint le Mandapam. Ces préaux à colonnes se retrouvent dans tous les temples et marquent le centre de la vie sociale : on y mange, on y prie, on y cause.

En contournant le temple, on passe devant différents sanctuaires et on atteint le réservoir. Ces réserves d’eau sont présentes dans tous les temples pour la purification. Après avoir contourné plus de la moitié du temple en partie gauche, on atteint un ensemble de pièces. Ces entrepôts permettent de stocker les statues et chariots pour les divinités, lors des célébrations. Puis, on accède à l’étable. La belle statue de bœuf évoque Nandi, le taureau sacré, véhicule de Shiva.

Voila, vous avez fait le tour, et avez terminé ce citytour Chennai express, il ne reste plus qu’à vous convertir.