Aujourd’hui je vous propose une balade insolite à Saidapet. Ce quartier populaire ne fait généralement pas partie des lieux touristiques. Loin des temples de Mylapore ou des bâtiments coloniaux de Egmore ou Park Town, des circuits restaurants et street food de Anna Nagar ou des parcs d’amusement de ECR, Saidapet a conservé quelques rares maisons traditionnelles et une ambiance de village.
Un peu excentré, mais desservi par le métro et le train, ce point d’entrée de la ville a accueilli des vagues de migrants. Il fait maintenant pleinement partie de Chennai. Y vivaient des tisserands et des générations de nouveaux arrivants dans la ville. Avec le temps, des cubes de béton tendent à remplacer les maisons coloniales et les constructions traditionnelles.
Longtemps considéré comme un bidonville pour les gens venus des campagnes, on y trouve néanmoins quelques bijoux comme un superbe temple à Shiva, une gare très art déco et un marché coloré.
Le marché de Saidapet
Les petites rues surpeuplées d’une foule d’acheteurs mènent à un des marchés les plus authentiques de Chennai. Le dimanche matin celui-ci bat son plein. Les étals se succèdent sur la rue principale. Des arches en fer érodé annoncent le dédale des petits marchands de poisson et de viande.
Une fois sorti du marché, on peut traverser la voie rapide par la passerelle et rejoindre la gare. On parvient alors à une esplanade animée par un petit temple très bruyant. Ici des vendeurs d’offrandes, de fleurs parfumées vous accompagnent jusqu’à l’énorme temple à Shiva qui fait la renommée du quartier.
Karaneeswarar Temple
On distingue sa Gopuram colorée avec ses 7 étages de fort loin.
Dédié à Karaneeswara – Shiva ( celui qui est à l’origine) il réplique un petit temple médiéval de Mylapore. Ici on l’associe à Swamambika (la déesse de prospérité- autre nom de Parvati). De ce fait, le temple symbolise bien être et prospérité. C’est aussi le lieu de culte privilégié des chauffeurs en détresse qui viennent y faire bénir leurs clés pour éviter les accidents. Avec le temple du « garde corps », dans le quartier de la gare, il est donc le lieu d’une exaltation religieuse toute particulière.
Le temple bruisse de la ferveur des fidèles. De plus petits sanctuaires à Ganapathi, Ganesh, Karthikeya, Murugan, patron du Sud de l’Inde se succèdent dans l’enceinte. Autrement dit, la famille divine de la région. Le petit sanctuaire Parivara honore d’ailleurs la famille. Le Devtas permet de prier devant les différents aspects du divin. Quant au Dwajasthamba c’est le mât qui symbolise la souveraineté et la présence divine. Il représente aussi la force de l’univers et lie le monde terrestre au royaume spirituel.
Malgré son apparence ancienne, ce temple ne remonte qu’à la fin du XIXème siècle. Il s’inspire néanmoins du style dravidien.
La rue qui y mène est bordée de petits vendeurs d’offrandes, et de kiosques à dosas. Le dimanche une grande table accueille les plus pauvres pour le repas.
Derrière le temple, un grand réservoir pourvoyait à l’approvisionnement en eau du quartier. Un bain dedans une nuit de pleine lune soignerait les maladies.
De la gare au quartier Populaire
On remonte une nouvelle fois le long de la très jolie gare Art deco de Saidapet. Un peu plus loin en face d’un autre petit temple coloré, une des rares maisons traditionnelles à pans de bois disparait peu à peu dans la marée alentour de cubes colorés et peu harmonieux. Juste à côté, une porte rouge s’ouvre sur la bibliothèque Mahatma Gandhi fondée en 1952. Bien que tous en Tamoul, les livres honorent la mémoire de la grande âme et des Freedom fighter qui ont combattu pour l’indépendance de l’Inde.
Dans la rue qui part à la perpendiculaire quelques maisons conservent un charme campagnard. Mais combien de temps vont elle encore lutter ? On passe le long d’autres temples multicolores pour atteindre le quartier musulman. Parmi les nombreuses mosquées, la plus connue ou Jama Masjid attire l’œil avec son minaret recouvert de petites faïences bleues. Construite au XVIIIe s par Saadatullah Khan, le premier des Nawabs de Nawayath Konkani à gouverner la zone, elle se trouve au fond d’une ruelle.
En revenant sur nos pas, on finit cette balade découverte de Saidapet à l’Hôtel Mari. Bien que miteux, l’établissement se targue d’avoir mis au point le vada curry, invention qui n’a pas franchement traversé les frontières du quartier et dont je vous laisse juge….
Voici un Kanchi bis pour compléter l’article de la semaine dernière. Je vous avais emmené dans la vieille ville visiter les temples les plus connus et les plus spectaculaires. Notamment l’immense Varadaraja Perumal, le célèbre Ekambaranatha dédié au Shiva terrestre et le Kamakshi Amman Temple, dédié à Shakti en plein centre-ville.
Cette semaine je vous propose une immersion dans la période Pallava (V- VIIIe siècles). Cette dynastie fit de Kanchipuram sa capitale et de Mahaballipuram son port. Les deux magnifiques temples dont je voudrais parler sont donc à mettre en parallèle avec l’art développé dans les temples du site Unesco.
Outre la beauté de ces deux temples aux fantastiques sculptures, vous apprécierez le calme de ce kanchi bis, par rapport au tumulte des grands temples déjà explorés la semaine passée.
Le temple Kailasanatha, essentiel de ce kanchi bis
On peut commencer par Kailasanatha, un temple du VIIe s dédié à Shiva. C’est l’un des plus anciens de Kanchipuram et l’un des premiers bâti avec une base en granit pour le sanctuaire et le Nandi blancs. Le reste a été construit en calcaire blond et adopte la forme et l’iconographie de la dynastie Pallava. On retrouve ainsi le lion emblématique d’échanges avec l’Extrême orient, déjà vu à Mahaballipuram.
Il apparait comme un modèle d’architecture dravidienne avec un mandapa d’entrée -mukha mandapa, un pour les réunions- maha mandapa et un saint des saints surmonté d’une vimana à 4 niveaux. Le sanctuaire central, lui, est entouré de 9 sanctuaires. Tout autour de la cour carrée s’articulent 28 cellules avec des reliefs de Shiva particulièrement anciens et magnifiques. On y trouve des traces de polychromie. Le temple est aussi connu pour ses nombreuses et très précoces inscriptions.
Quoique petit, ce temple est une pure merveille en terme de statuaire du VIIIe siècle. Les sculptures sont essentiellement Shivaïtes. Les fresques, parmi les plus anciennes du Tamil Nadu, à l’intérieur de certaines cellules assurent sa notoriété. On va retrouver le même type de sculptures dans le temple Vaikunthaperumal que nous irons visiter juste après.
Vaikunta Perumal Temple
Ce superbe temple Pallava du VIIIe s dédié à Vishnou se situe près du centre de la ville. On y accède via une grille. Elle s’ouvre sur un jardin bordé d’un réservoir vide. Une belle cour intérieure précède le magnifique sanctuaire dravidien entouré de reliefs de lions mais aussi d’un curieux fossé.
Ce temple est particulièrement important car c’est un des 108 Divya Desams dédié à Vishnou sur les 14 que compte Kanchipuram. En outre, c’est le second temple le plus ancien après Kailasanathar. Enfin, on en lit les louanges dans les hymnes tamouls des VI/ IXe siècle.
Bien qu’assez ramassé, il offre un programme iconographique étourdissant. Le clergé ici charmant, propose aux rares visiteurs de fermer les yeux sur les horaires, et de laisser rentrer dans le saint des saints en échange de quelques menues monnaies.
Par ailleurs, ce temple présente quelques spécificités comme la superposition de 3 sanctuaires les uns sur les autres avec 3 images de Vishnou dans 3 postures différentes. Cette superposition architecturale témoigne d’une maitrise développée depuis Mahaballipuram où les monuments sortaient de la pierre et commençaient seulement à être bâtis.
Ici, Vishnou apparait assis dans l’escalier, allongé au 1er étage. Au 2e étage, le Vishnou Murti debout a disparu mais l’escalier s’ouvre sur une terrasse. On peut circuler autour du bâtiment à chaque étage.
Comme au temple Kailasanatha, le motif emblématique Pallava du lion se répète. De nombreuses vignettes historiées évoquent la vie de Vishnou, et en parallèle celle du souverain bâtisseur de ce temple, ainsi que les différentes célébrations. Une restauration a eu lieu sous les Vijayanagar. Elle explique les différences de couleurs dans cet ensemble remarquable.
Néanmoins ne quittons pas ce Kanchi bis sans un dernier petit arrêt.
Au-delà des temples, la ville
le berceau, Kanchi Kudil, Kanchipuram
Pour les amateurs d’ethnologie, Kanchi Kudil, est une belle maison transformée en musée. On peut visiter moyennant une petite obole. Les pièces de vie d’une famille au sens large vivant sous le même toit sont bien préservées. De belles explications concernent justement la cohabitation dans le Tamil Nadu agricole. On y comprend mieux les stratégies de préservation des terres au sein d’une même famille. On y voit aussi les toits caractéristiques de la région à 7 épaisseurs de tuiles.
Le musée ethnographique de Kanchipuram
Kanchipuram est aussi connu pour sa soie de murier. Cinq mille familles travaillent a la fabrication de saree traditionnels. Malheureusement, les ateliers souvent petits ont migré hors de la ville et les invitations a voir le travail du tissage vous mènent immanquablement dans de grandes boutiques. L’expérience peut amuser ou lasser, à vous de voir…
Située à une bonne heure de route de Chennai, Kanchipuram offre une belle idée de visite pour la journée.
Kanchipuram, l’une des 7 villes sacrées d‘Inde
L’importance de Kanchipuram tient à son statut deSaptapuri. Parmi les 7 villes saintes d’Inde, Varanasi est la plus connue, Kanchipuram la seule au sud. Ces villes sacrées de l’Hindouisme apporteraient la Moksha (libération) à leurs pèlerins et surtout à ceux qui viennent y mourir.
Cette ancienne capitale des Pallavas a vécu son heure de gloire du VIe au VIIIe siècle. Pourtant certains temples sont plus tardifs et datent de l’Empire Chola ou de celui des Vijayanagar.
Aujourd’hui, cette ville poussiéreuse et bruyante a perdu de sa superbe et il faut fouiller dans le chaos pour y trouver du charme et y repérer les temples les plus importants. Elle en a conservé énormément, mais peut-être pas les 1000 vantés par les guides touristiques. D’ailleurs, tous ne valent pas la visite au point de vue artistique ou historique. Néanmoins la spiritualité reste saisissante.
Dans leur majorité, les prêtres locaux sont traditionnalistes, peu sympathiques et réfractaires à la présence d’étrangers. Il vaut donc mieux ne pas tenter d’enfreindre leurs ordres.
Pour des raisons pratiques, il vaut mieux partir à la journée en voiture ou recourir aux services d’un auto. Les distances peuvent être longues, la touffeur insupportable. Il est parfois difficile de s’orienter et un chauffeur voire un guide peuvent donner du sens à cette découverte.
Des agences proposent des matinées de folie à Kanchipuram en faisant visiter dix temples. Ce qui implique un lever aux aurores, car les édifices religieux ferment entre 12.30 et 16h. Comme le disent les locaux, les dieux font la sieste pendant ce temps.
Néanmoins, tous ne sont pas incontournables et pour éviter la saturation, voici une petite sélection maison. Aujourd’hui, je vous présenterai les trois temples les plus connus. La semaine prochaine nous visiterons les deux plus anciens (et, à mes yeux) plus beaux.
Le temple à Shakti, Kanakshi Amman Temple
Situé en plein centre-ville c’est l’un des hauts lieux de pèlerinage et de visite. Très fréquenté, on y accède à pied et par des portiques de sécurité. Son architecture imposante, son emplacement et son importance spirituelle expliquent la foule.
Tout ici tourne autour de la déesse Kamakshi, l’une des formes divines de Parvati, déesse de l’amour, de la fertilité et de la force. Ce temple est l’un des 51 Shakti Peethas ou sanctuaires sacrés construits autour des membres du corps sacré tombés du Ciel. C’est aussi le seul de la ville dédié à Shakti. Ici en l’occurrence aurait atterri le nombril divin. Le temple est donc l’un des centres les plus importants du Shaktisme au Tamil Nadu. On y célèbre la puissance féminine.
ShaktiTemple reservoir, Kanchipuram
Ce temple date du VIIème siècle, et de la dynastie Pallava qui avait fait de Kanchipuram sa capitale. Les Naalayira Divya Prabandham ou hymnes composés par des poètes sacrés Tamouls un siècle plus tard en font mention. Les Cholas ont pu le reconstruire et l’agrandir vers le XIVe. Puis les Vijayanagar entre les XIVe et XVIème siècle.
Une autre légende ne fait remonter la construction du temple qu’en 1565 à la chute de l’empire Vijayanagar. L’idole Kamakshi Amman aurait alors été transportée au travers de l’Inde du sud en quête d’un foyer permanent. Le temple daterait dans ce cas d’une construction plus tardive.
L’absence de documentation précise et les nombreuses reconstructions laissent comme toujours en Inde le champ libre à l’imagination. Ce même si la structure respecte le schéma dravidien avec ses nombreux sanctuaires et mandapas et son immense Gopuram (portail) d’accès jusqu’au spectaculaire réservoir à l’arrière. S’y mêle une iconographie typique des Vijayanagars.
Malheureusement les étrangers ne peuvent pas accéder au Saint des saints. On ne peut pas voir l’idole assise Kamakshi accompagnée de la sainte trinité Shiva, Vishnu, and Brahma.
C’est l’un des temples les plus célèbres et l’un des plus grands du Tamil Nadu. Il est dédié à Shiva sous sa forme Ekambareswara, terrestre. On a un peu l’impression de rentrer dans un immense enclos en jachère, d’où surgissent des sanctuaires plus ou moins fréquentés.
Ainsi, en partant sur la gauche, un réservoir vide précède un mandapa aux magnifiques sculptures. L’ensemble vient d’être restauré de couleurs vives, à la limite du flashy. Des barrières ont surgi pour réglementer le flot de visiteur.
Nandi, Temple Ekambaranathar Kanchipuram
Si l’on part tout droit après la première gopuram, on rentre dans le saint des saints. Les marchands du temple vous attendent et se succèdent jusqu’au mandapa vibrant d’animation. Là, on peut vous accoster pour vous proposer de pénétrer dans le sanctuaire. A moins que l’on ne vous force à acquitter les 100 roupies pour un darshan express. Ce droit d’entrée vous permettra de sauter la queue, parfois imposante. Surtout il vous permettra de rentrer dans le saint des Saints.
Puis vous pourrez longer l’immense corridor bordé de lingams. De magnifiques piliers sculptés de yalis attestent de la réfection du temple à l’époque de la dynastie Vijayanagar. De petits autels et des chariots et statues processionnels rangés mènent jusqu’à une courette dans laquelle survit un manguier soi-disant tri centenaire. L’on contourne ainsi le sanctuaire. Une véritable plongée dans l’atmosphère sacrée et de l’immensité du lieu.
Bien qu’initialement érigé sous l’Empire des Pallavas, le temple fut entièrement détruit et reconstruit à la fin de l’ère des Cholas. Au fil des siècles, la structure du temple a été améliorée, notamment par les rois Vijayanagar au XVème s.
Varadharaja Perumal Temple,
À l’est de Kanchipuram et un peu en extérieur, cet immense temple dédié à Vishnou peut clore une matinée de visites à Kanchipuram. C’est un des 108 Divya Desams, ces temples à Vishnou qui auraient été visités par les 12 poètes sacrés ou Alvars. C’est donc un des lieux les plus sacrés pour les Vaishnavites. On le repère de loin en raison de sa taille et surtout de la hauteur de la Gopuram d’accès. Le nom Perumal se réfère d’ailleurs à Vishnou.
C’est le plus grand temple de la ville avec 3 immenses cours ou prakarams, ses énormes gopurams, ses nombreux sanctuaires, et ses magnifiques madapams ou halls à piliers.
Il est d’ailleurs particulièrement réputé pour le mandapam de la première cour aux somptueuses sculptures accessible à tous. Considéré comme un musée, on accède à ce hall aux 1000 colonnes moyennant un paiement. Les piliers Yalis attestant de l’intervention des Vijayanagars. Communs dans le Sud de l’Inde, ils représentent des créatures mythiques, aux têtes d’éléphants ou de cheval mais aux corps léonins. Leur puissance protégeait les temples. Des sculptures illustrent le Ramayana et le Mahabharata dans cette salle magnifique, ouverte aux quatre vents.
Plus de 300 inscriptions rappellent que de nombreuses dynasties l’ont enrichi et embelli. Chola, Pandya, Kandavarayas, Cheras, Kakatiya, Sambuvaraya, Hoysala and Vijayanagara ont laissé leur empreinte. Elles attestent d’une fondation au XIe s et de travaux d’agrandissement notamment sous les Cholas au XIVe siècle.
Le clergé local, particulièrement radical, refuse farouchement l’accès des non hindous au sanctuaire. Les étrangers ne voient donc presque rien des différents bâtiments ou des richesses du lieu.
C’est dommage, le programme iconographique y est particulièrement riche, intéressant et varié. Il illustre les différentes et complexes légendes liées à Vishnou mais aussi des épisodes de l’histoire mouvementée de ce temple aux nombreux festivals.
Il fait suite à une visite organisée par un des très bons historiens de la ville. V Sriram est l’auteur d’une somme sur Chennai. On peut suivre ses présentations passionnantes et pleines de verve sen ligne.
Histoire du Ripon Building
Le Ripon Building a été inauguré en 1913. Il loge la Corporation de Madras. Une charte royale spéciale, accordée à la compagnie des Indes orientales, se trouve à l’origine de cette corporation. Elle remonte à 1688. C’est la plus ancienne concédée hors du Royaume Uni.
Cette Corporation correspond au gouvernement de Madras. Aujourd’hui appelée Greater Chennai Corporation (GCC), elle s’occupe de l’administration de la ville et comprend le maire et les conseillers municipaux .
Les premiers bureaux se situaient dans Fort Saint Georges. La ville déborda rapidement des murs vers Georgetown.
Au XIXeme, le centre commercial s’était déplacé vers l’actuelle Anna Salai. Le centre administratif ne tarda pas à migrer vers Parktown, point de convergence des routes. Cette zone arborée présentait un intérêt stratégique.
Un nouvel emplacement
La gare centrale venait d’y ouvrir en 1875 reliant Madras à toutes les grandes villes de l’Empire des Indes. Le Victoria Public Hall ne tarda pas à la rejoindre. Sa structure de briques de style néo roman servait de salle de concert et de spectacles. Peu à peu, le People’s Park se mitait. Bientôt des auberges destinées aux voyageurs hindous et musulmans complétèrent le quartier. Dans ce contexte, naquit l’idée de construire un hôtel de ville à la mesure de Madras.
En effet, dans les années 1910, le bâtiment de la corporation était trop petit pour une ville en pleine croissance. D’ailleurs le bâtiment final est plus gros que celui qui avait été initialement prévu sur les plans.
Le reste du parc disparut avec la construction du stade Nehru en 1950 et le déménagement du zoo. Le coup de grâce fut l’incendie mystérieux mais opportun pour les spéculateurs du Moore Market en 1985.
Le feu libéra l’espace pour la construction complexe de bureaux et un terminal de trains de banlieues Aujourd’hui, Il ne reste du parc que le jardin privé du maire. Le souvenir des petits étangs ne perdure que dans le nom du Lily Pond Complex.
Architecture du Ripon Building
Le bâtiment repose sur des centaines de puits creusés dans le sol marécageux pour atteindre la roche et stabiliser l’édifice. Remplis de béton au moment du creusement du métro, ils en assurent la stabilité. En effet le Ripon Building se fissurait complètement sous l’effet des travaux. C’est une méthode utilisée pour tous les édifices de la ville. Le 1er bâtiment construit sur puits est l’église st Andrew que l’on voit depuis la terrasse. D’ailleurs la tour de l’horloge ici répondait au clocher de l’église des Ecossais.
Le discours de Sriram est celui d’un historien indien. Il donne les dimensions du Ripon Building. Il évoque aussi les commissionnaires aux noms imprononçables. En bonne française, j’avoue que je me livrerais plutôt à un couplet sur le style du bâtiment. Et il y a de quoi dire pour un esprit européen habitué au classicisme.
Car ces colonnades blanches tranchent avec l’architecture locale mais aussi avec les constructions civiles de l’époque britannique en brique rouge et de style indo-sarracénique.
Le Ripon Building constitue en effet le meilleur exemple de ce que les Britanniques appellent le néo-palladianisme. Il s’agit d’édifices classiques recouverts de plâtre blanc dont la façade s’orne de colonnes.
Le Jardin
Dans ce quartier en pleine effervescence, le jardin autour du Ripon Building offre un oasis de paix. Entouré de belles constructions coloniales, tels les caravanserails, le Victoria Public Hall, il se trouve au centre de ce qui pourrait devenir la promenade heritage de Chennai.
Ce jardin s’enorgueillit de statues. La plus importantes se trouve sur la gauche lorsque l’on fait face au Ripon Building. Il s’agit de celle de Lord Ripon.
Etrangement c’est une souscription indienne qui a financé le monument à ce gouverneur anglais. Seul gouverneur à avoir vu le jour au 10 Downing Street, il était catholique et convaincu de l’importance de l’autonomie indienne. Ses positions politiques et religieuses lui ont attiré la sympathie des locaux mais pas des colons. Sa loi pour que des juges locaux puissant juger des crimes commis par des Britanniques ne fut ainsi pas du goût de la couronne. Il finit d’ailleurs sa vie comme simple maire de son petit village anglais Ripon.
En revanche, la population tamoule offrit en 1909 cette effigie au père du gouvernement local. Il marque aussi le début des statues réalisées en Inde et non plus dans la mère patrie.
Dans le jardin se trouvent 3 autres statues de commissionnaires. L’un d’entre eux, avec son turban Chettiar, porte l’habit de maire et une chaine avec leRripon Building en pendentif.
Visite intérieure du Ripon Building
A l’intérieur, on peut admirer l’architecture, avec des colonnes d’ordre ionique et corinthien. On peut observer le plafond à la Madras, en fait un plafond que nous appellerions à la française (de poutres) mais reposant sur des traverses métalliques. Les poutres sont également en métal, ôde à la modernité victorienne. D’autant que l’acier venait d’Angleterre et assurait donc des débouchés aux industries britanniques. Sriram ironise sur la générosité des « good Britishs ».
Toutes les pièces s’ouvrent sur des vérandas pour garantir une ventilation naturelle. Les courants d’air assuraient une relative fraicheur. Celle-ci est si efficace qu’il a fallu calfeutrer les fenêtres dans les pièces équipées d’air conditionné.
On dépasse la pierre inaugurale pour pénétrer dans le hall qui débouche sur le 1er des grands escaliers d’honneur. Dans ce hall, un canon fait face à Conran Smith, commissionnaire investi dans l’éducation. Ce monsieur insista sur la création d’écoles y compris dans les quartiers pauvres et la formation de groupes de boy scouts.
Cette partie de l’édifice n’a pas subi d’altérations. Le maire y entre toujours précédé d’un page porteur de sceptre, suivant la pompe britannique. D’emblée tout était prévu, des uniformes des hauts fonctionnaires à ceux des femmes de ménage. Le tissu, la forme la couleur, tout correspondait à une étiquette. Le sceptre établissait l’autorité. En 1688, aux débuts de la Corporation, le maire était aussi en charge de la justice. Puis la fonction de sheriff apparut. Le sheriff s’occupait de produire les criminels à la cour. Cette fonction a aujourd’hui disparue.
L’escalier
La rambarde se termine par une boule d’escalier en bois en forme de sceptre. Sur le premier palier, se détache le logo de 1950. Il n’a pas changé depuis. On y voit le tigre chola mais aussi les emblèmes cheras et pandyas. On rend ici hommage aux anciennes dynasties locales.
Avant 1950 l’emblème était différent. Lié à la fondation britannique de la cité, c’était un classique st Georges terrassant le dragon. On en voit un exemple dans la salle du conseil dans laquelle les photos sont malheureusement interdites.
Les étages
Le bureau du commisssionnaire
On passe dans le bureau en réfection du commissionnaire. Il est sans intérêt architectural. Mai, c’est l’occasion de rappeler les fonctions du maire de la Corporation. Celui-ci a en charge la sécurité de la ville, des parcs, l’éducation, la voirie. L’approvisionnement en eau. L’entretien des bidonvilles et les ordures ont été transférées à la région. Comme le souligne Sriram en riant jaune il est vrai que les deux sujets ont malheureusement tendance à se superposer en Inde. La population continue à confondre cours d’eau et dépotoirs. Dans les responsabilités du maire il y avait même les lieux de défécation libre, gros problème ici.
Les rares indiens siégeant dans les premiers conseils disparurent dès le XVIIe pour ne revenir qu’a la fin du XIXe uniquement en tant que conseillers. L’exécutif restait aux mains des Anglais. D’ ailleurs il y avait une séparation des pouvoirs entre ville blanche et ville noire.
La chambre du Conseil
La chambre du conseil reprend les motifs de la Bibliothèque Connemara, du théâtre du musée construits par Irwin, architecte connu pour le palais du vice Roy et le Town hall de Shimla. Malheureusement, son successeur Harris n’eut de cesse que de détruire l’œuvre de son prédécesseur. Ainsi, au musée, il abattit les tours sous prétexte que le sol instable ne les soutenait pas.
Ici le maire est moins important que le commissionnaire. Le premier occupe une fonction cérémonielle, alors que le second est en charge du pouvoir exécutif. Le siège du maire est une réplique de celui du maire de Londres. Sa chaise de bois monobloc date de 1931. De grands débats ont été livrés dans cette pièce. Sriram évoque la visite de Gandhi qui aurait prétendu que Chennai était la ville la plus sale de sa connaissance. Les maires alternent de manière cyclique en fonction des castes
Entre 1973 et 2006, la ville connut une vacance de conseil qui aboutit à une croissance anarchique et chaotique dont elle peine à se remettre.
Pourquoi un article général sur les temples Tamouls ? C’est qu’à Chennai, on en trouve à tous les coins de rues et leur aspect est typique du Tamil Nadu. Alors quelles en sont les caractéristiques ?
Je commencerai par insister sur le fait que je vais parler ici d’édifices religieux. La deuxième remarque concerne le style dravidien original et originaire du sud de l’Inde. On peut par exemple l’opposer au style Nagara recnotré au nord du Deccan.
Parler des temples Tamouls oblige à s’intéresser à la religiosité exacerbée du sud de l’Inde et à l’identité revendiquée des Tamouls.
Caractéristiques architecturales des temples tamouls
Les temples du sud empruntent à la tradition dravidienne. Leur forme dérive globalement des époques Pallavas (VIIème au IXème siècles de notre ère) et Cholas (X/XIII-ème siècles). Ils connaissent alors une large expansion. Leur forme évolue un peu jusque vers le XVIe siècle. Elle se fige alors sous les Vijayanagar.
Voici les éléments principaux que l’on retrouve dans les temples du sud :
-La Gopuram
La plus caractéristique est la Gopuram. C’est une grande pyramide qui sert de tour et de porche d’entrée. Au Tamil Nadu elle se compose d’une base de granit, d’étages de stuc abondamment sculptés et colorés, repeints très régulièrement. D’ailleurs les temples indiens sont refaits fréquemment. La préservation historique n’est pas vraiment la priorité ici. La partie sommitale affecte la forme du chariot utilisé pour promener les dieux lors des festivals. Les plus grands temples disposent de plusieurs Gopurams aux points cardinaux. Avec le temps, les Gopurams, bien que plus récentes sont devenues plus imposantes que la Vimana.
-La Vimana
Plus compacte, la Vimana est souvent monolithique. Elle recouvre et protège le saint des saints (garbha griha)) où se trouve la divinité du temple. Pyramidale, ou en forme de bulbe, elle est beaucoup plus petite que dans les temples du Nord (shikharas) et souvent dominée par les Gopurams.
-Les mandapams
Ce sont des portiques à piliers précédant le ou les sanctuaires, un peu comme les pronaos dans des temples antiques ou des narthex dans les églises. Les piliers dravidiens sont eux même particuliers, carrés et décorés de divinités. Les fidèles se réunissent dans ces salles hypostyles. Ils peuvent y faire causette, voire y manger le pongal servi dans des grandes bassines. Ils peuvent aussi y avaler les friandises vendues dans les boutiques à l’intérieur du temple.
-Les enceintes quadrangulaires
Des murs entourent le temple. Au sommet des murs, des sculptures animalières évoquent le dieu honoré dans le temple. Dans les temples tamouls il s’agit souvent de Ganesh ou de Nandi (pour Shiva). Des dwarapalakas – ou gardiens doubles veillent devant l’entrée du sanctuaire. Des goshtams – divinités sculptées dans des niches- entourent le sanctuaire. Parmi les sculptures, les temples tamouls abondent en lingam, représentant Shiva. Ceux ci affectent une forme phallique. Il s’agit le plus souvent de monolithes de pierre sombre, voire noire.
-Le Bassin
Un réservoir est consubstantiel au temple. Outre la présence de l’eau, on retrouve dans les temples tamouls les autres éléments feu, air, terre. Ceci concerne tous les temples hindous. Au Tamil Nadu néanmoins, le bassin du temple fait souvent office de réserve d’eau pour toute la communauté.
Des caractéristiques cultuelles
Au-delà des particularismes architecturaux, les rituels présentent quelques particularités au Tamil Nadu. Ce même s’ils s’inscrivent dans la logique de l’hindouisme.
Les divinités gagnantes des temples tamouls
Ainsi le sud honore plus particulièrement certains dieux
Shiva est le champion du sud mais un Shiva père de famille, serein et aimable assez éloigné du jeune ermite fougueux et chevelu du nord. Autour de Shiva, la sainte famille constituée de Parvati et des enfants Ganesh et surtout Murugan est honorée.
Ganesh fait l’objet d’un culte tout particulier. Il est présent à chaque entrée de temple et dans une multitude de petits autels à chaque coin de rue pratiquement. Plus encore Murugan son frère est LE dieu du Sud.
Les dieux sont représentés par leurs attributs ou véhicules, nandi, lingam pour Shiva, souris de Ganesh. Ce qui explique aussi la présence des animaux au sein des temples. Je ne parle pas ici seulement des singes abondants en Inde mais des étables dans les temples à Shiva, des éléphants dans les temples consacrés à Ganesh.
Chaque temple est constitué d’une multitude de sanctuaires consacrés chacun a une forme ou une caractéristique du Dieu. Chacun de ces sanctuaires est gardé par un prêtre ou plusieurs qui y pratiquent les bénédictions et y recueille les offrandes. Darshan. Pooja et prières sont en effet les 3 rituels principaux pratiqués dans les temples. Encore faut-il préciser qu’il n’y a pas UNE pratique dans cette religion non révélée.
Abondance des temples tamouls
A Chennai, on trouve une multitude de temples. Peu sont connus comme celui de Kapelashewar.
Ou celui de Triplicaine, le plus ancien. A Parry’s corner, le plus connu est un temple double à Vishnu et Shiva. Mais ces arbres cachent la forêt des très nombreux temples de Chennai.
Le plus grands rappellent le village dont ils marquaient le centre. D’autres très nombreux, modernes attestent de la croissance de la ville. A cette pluralité de temples s’ajoutent les petits sanctuaires de rues, les autels domestiques ou de quartiers.
Les temples tamouls sont toujours extrêmement colorés et bruissants. Leur fréquentation s’intègre totalement au quotidien des habitants. On va au temple le matin avant de partir travailler et pour tout évènements familial ou professionnel.
Tout autour des temples, une multitude de petites échoppes vendent des fleurs de jasmin ou des œillets, des noix de coco du ghee pour les offrandes. On peut également acheter des petits berceaux, pour les couples en désir d’enfants, ou des cordons rouges ou jaune pour les gens en mal de partenaire de vie.
Panthéon Road évoque aujourd’hui à Chennai le Musée d’Egmore et le marché aux tissus. Néanmoins le reste du quartier est résidentiel. Il n’en a pas toujours été ainsi.
Egmore était l’un des plus vieux villages composants l’actuelle ville. Au XIes, c’était une zone agricole prospère. Les Vijayanagar transformèrent peu à peu les champs de riz en des champs de manœuvre. Au XVe siècle alors que leur empire s’étendait, ils firent de Egmore un cantonnement pour leur garnison. Peu de traces attestent de l’arrivée de la East India Company au XVIIème siècle. En revanche la soif de terres britannique est vite attestée.
Les bords de la rivière Coom
Le quartier passa entre les mains des Anglais et des Moghols. Ce, jusqu’ à ce que les colons officialisent en 1765 leur possession et définissent quoi faire de ces terres. Cette zone plane en bord de rivière se prêtait à la construction de grands bungalows aux allures palatiales. Le nom anglicisé de Egmore pour les 7 villages regroupés s’imposa alors. Malgré les protestations des locaux accrochés à leurs terres, les colons gringotèrent peu à peu l’espace. Les fonctionnaires et juristes s’y installèrent au XVIIIe puis au XIXème siècle en construisant hôpitaux, institutions puis gare.
La Cooptex
Des belles constructions en bordure de la Coom river il ne reste rien. La longue étendue près du pont correspondant autrefois à une seule résidence n’est plus. Qui plus est, les bureaux art deco de la Cooptexviennent malheureusement de disparaitre. Seul subsiste le magasin, témoin d’une coopérative montée en 1933 pour aider les tisserands tamouls, exposer et vendre leurs cotons.
Le magasin reste une référence locale pour le linge de lit. C’est ici qu’a été inventé le « bleeding Madras » si en vogue aux Etats-Unis dans les années 1970. Malheureusement la coopérative fit faillite à la fin des années 1990. La nouvelle génération, qui a pris la direction, a décidé de moderniser les boutiques et collections. Elle a pour but de faire revivre les savoirs faire ancestraux. Un centre commercial est prévu ici pour redynamiser le quartier et les cotons tamouls. Rare clin d’œil au passé textile, Cotton Street bordée d’échoppes éphémères reste la référence des tissus bon marché.
La rue du Panthéon
Les noms des rues portent traditionnellement le nom d’officiels britanniques voire tamouls. La rue du Panthéon fait exception. Elle rappelle le lieu public des assemblées. Elle s’appelle en fait Sampath Salai depuis l’Indépendence. Mais les habitants continuent à parler de Panthéon, en référence à un édifice disparu, vaste palais officiel accueillant les cérémonies du Raj.
Celui-ci constituait le plus grand bâtiment de la rue, à l’emplacement actuel du musée. Il servait de salle de spectacle, accueillait les réunions de la haute société ou les cérémonies. Pour le construire, on avait pris possession d’un vaste domaine agricole. Celui-ci s’étendait de Casamaijor’s Road à Police Commissioner’s Office Road. La propriété reprise en1789 fut transformée pour héberger des « Assembly rooms » et nommée Panthéon.
Ce Panthéon avait pour but d’organiser loisirs, bals et dîners, pour la haute société coloniale qui imitait la vie anglaise. A l’époque la mode était au monde Gréco-romain. Tout y faisait référence, l’architecture, le mobilier, les pièces de théatre . On ajouta donc un théâtre des salles de jeux. Quelques marches menaient à une longue salle ovale menant en enfilade à deux autres salles. Celles-ci servaient de salle de bal, de théâtre, puis de salle de jeux. Tout autour, courait une véranda.
Le Panthéon
Le Panthéon atteint son apogée entre 1793 et 1803 lorsque Edward, 2nd Lord Clive était Governeur de Madras. Ce bon vivant organisa des diners et bals au Panthéon. Mais il travailla à la perte du lieu en construisant le Banqueting Hall (maintenant Rajaji) . rare survivant de l’epoque du Raj on peut le découvrir caché derrière l’hôpital général.
L’un des derniers grands évènements célébrés au Panthéon fut le diner d’adieu pour le Coonell Sir Arthur Wellesley, franc maçon et futur duc de Wellington et 2 fois PM d’Angleterre.
Dans les années 1820, le Panthéon avait perdu toute utilité. Il passa de mains en mains jusqu’à ce que la Madras Litterary Society se mette en quête de nouveaux espaces pour ses collections. Elle proposa au gouvernement d’échanger les terrains de College house et du Panthéon pour loger d’un côté les douanes de l’autre le musée. Celui-ci croissant il fallut construire de nouveaux bâtiments. Ceux-ci cachèrent bientôt le Panthéon l’entourant de portique et d’un étage supérieur et d’ailes.
L’enceinte du musée
Le Banqueting Hall
Derrière le théâtre du Musée, un portail relie la bibliothèque historique Connemara et le bâtiment du musée consacré à la statuaire de pierre. Une partie du bâtiment aux accents classiques correspond à l’ancien Panthéon. Il faut monter une volée d’escalier pour accéder à ce qui rassemblait la belle société de la Madras coloniale. Le bâtiment accueillit peu à peu les collections croissantes du musée.
Encourageant les donations, ce musée grossit sous l’impulsion d’un collectionneur passionné, Lord Balfour. Il fallut rapidement agrandir le musée. Le zoo attira une foule considérable et finit par bouger en 1863 vers le People’s Park puis à nouveau en 1972. Sur l’espace libéré on construisit alors la Connemara Library
La bibliothèque
Batie en 1890 cette bibliothèque présente un de plus beaux exemples d’architecture indo-sarracénique avec la National art Gallery voisine. Il s’agit d’un simple rectangle de brique rouge mais la décoration en est admirable. Elle est malheureusement aujourd’hui fermée au public mais on peut apercevoir la salle de lecture via le a nouvelle bibliothèque et son magnifique faux plafond.
le théâtre
Le théâtre fut construit en 1896. J’ai déjà accordé un article à cette petite merveille architecturale très londonienne. A l’époque 550 spectateurs pouvaient y prendre place pour peu qu’ils amènent leurs coussins. Aujourd’hui, après restauration, le théâtre n’accueille plus que 450 personnes. En revanche l’acoustique reste bonne. Les performances laissent néanmoins parfois à désirer (je recommande d’éviter les concerts de musique classique).
A l’origine le théâtre avait 2 tours qui ressemblaient à des tours de palais florentin. Mais ces tours jugées inélégantes disparurent rapidement.
La National Gallery
Considérée comme le chef d’œuvre de l’architecture coloniale elle fut édifiée pour le jubilée de la reine victoria (50 ans de règne) en 1906. Le Victoria Institute qui y logeait se trouve maintenant sur Mount road. Elle représente l’apogée du style indo-sarracénique et s’inspire de Fatehpur Sikri. Réouverte en 2004 elle présente une muséographie renouvelée.
Le women hospital
On avance sur Panthéon rd vers Women Hospital, l’Hôpital de gynécologie et obstétrique. Il s’agit du premier hôpital de ce genre, une maternité, dans la zone. A l’origine, hôpital militaire, il n’acceptait que les Européens. John Underwood essaya d’y faire admettre les locaux. Il devint très populaire et fréquenté dans les années 1870. Dans la décennie suivante, apparurent les premières sages femmes. Déplacé des bords de la rivière à l’emplacement actuel, il jouait aussi le rôle d’établissement de formation, et de conférences. Il était si renommé que la reine de Birmanie y accoucha en 1886. 15000 bébés/ an y voyaient le jour. Un petit musée complète l’ensemble. Seule la façade demeure de cette vénérable institution. C’est le premier établissement en Asie combinant les soins pour les enfants et les mamans. On parle d’ailleurs du modèle de Egmore.
Hôtel Ashoka
Non loin de la maternité, en traversant la rue Panthéon, se trouve l’hôtel Ashoka. Construit dans les années 1970 il a profité d’ un élan gouvernemental pour accompagner le tourisme grâce à des aides d’état. Cet hôtel art déco tardif affecte une forme originale. Sa salle à manger ronde servait régulièrement de lieu rencontre entre Indiens de l’étranger en vue d’un mariage. L’hôtel moderniste se situe dans un jardin. C’est une bonne expérience que d’y prendre un petit déjeuner pour clôre votre approche de Panthéon Road.
Les Raj Bhavan sont les palais des gouverneurs à l’époque du Raj. Récupérés par le pouvoir fédéral, ils sont aujourd’hui l’émanation du gouvernement indien dans les différents états de l’Union. De ce fait, il est compliqué de les visiter. Au hasard de rencontres, j’ai eu la chance néanmoins de visiter celui de Chennai.
Raj Bhavan en Inde
D’une manière générale, les palais (Bhavan) de l’Empire des Indes (Raj) ont été construits durant la période coloniale. Ce sont donc des bâtiments coloniaux blancs à colonnade de style néo palladien, typiques de la domination britannique et de l’architecture idéologique déployée par le Royaume Uni à son apogée.
Même si leur architecture varie un peu selon les régions et surtout les climats, ils adoptent traditionnellement la même esthétique. De magnifiques jardins les entourent.
Ils sont en général situés dans les lieux les plus beaux et centraux des capitales régionales du Raj. Ainsi à Ooty, le Raj Bhavan domine le jardin botanique. A Pondichéry, il se trouve sur la place centrale dans la ville blanche en face du jardin public. A Chennai en revanche, on ne le voit guère. Il se situe en effet au fond d’un énorme parc, le seul parc national indien au centre d’une ville.
Chaque capitale de province de l’Empire possédait son Raj Bhavan. Néanmoins, la Présidence de Madras comptait une résidence d’été. C’est pourquoi, le Tamil Nadu compte un Palais du Gouverneur à Madras et un à Ooty. C’est également la raison pour laquelle, le Bhavan de Calcutta, alors capitale du Raj, est considéré comme le plus grandiose.
Raj Bhavan de Chennai
Résidence officielle du Gouverneur nommé par Delhi, Le Raj Bhavan de Chennai occupe un lieu naturel d’exception. Il symbolise également le pouvoir fédéral dans un Etat qui lui est traditionnellement averse. Le gouverneur s’oppose en effet souvent au Chief Minister élu par la population locale. De ce fait, le Raj Bhavan correspond à un lieu inféodé au pouvoir central pour beaucoup de Chennaiotes.
Le bâtiment recouvert de plâtre blanc comme la majorité des constructions administratives anglaises, ne se voit pourtant guère de la rue. Il se situe à Guindy. La zone était un peu excentrée à l’époque du Raj car il s’agissait d’une résidence secondaire et extérieure proche des lieux de loisirs. L’hippodrome et le golf permettaient à la haute société britannique d’y couler des jours heureux.
Histoire du Raj Bhavan de Chennai
Le premier Raj Bhavan se trouvait en effet dans Fort St George. Il fut bâti dans les années 1640 détruit en 1693. La reconstruction s’effectua un peu plus à l’est, L’édifice devint le cœur de ce qui allait devenir le secrétariat. Après le départ des Français en 1746, le gouverneur acquit une « garden house ». Elle allait devenir « Government estate ». Le Gouverneur Munro (1820-27) en fit une résidence officielle et transforma Guindy Lodge , alors sa maison de campagne, en Raj Bhavan.
Guindy Lodge remontait au mandat de William Langhorne au début des années 1670. A son départ, le gouverneur vendit la propriété au marchand Chinna Venkatadri. Celui-ci en fit lui-même cadeau à la Compagnie des Indes orientales.
Après le passage des Français au XVIIIe, la maison de campagne « Guindy Lodge » passa en des mains privées. Au début du XIXes, elle appartenait à M Ricketts. Quand celui-ci décéda en décembre 1817, la propriété gagée passa sous le contrôle de la banque. Cette dernière l’offrit au gouvernement Ce dernier acquit également le terrain adjacent d’un marchand arménien Joseph Nazar Shawmier. Puis en 1821, un 3e achat fut conclus.
Le lieu reste étonnant dans l’immense et chaotique métropole. Guindy fait aujourd’hui complètement partie de la ville tentaculaire. Si les jardins disparaissent peu à peu tout autour, le Raj Bhavan a réussi à conserver son énorme parc, classé Parc National. C’est d’ailleurs le seul du genre en pleine ville. Dans sa continuité, le zoo, les monuments funéraires aux diverses gloires locales et le campus de IT Madras, assurent un énorme poumon vert à la ville.
On circule d’ailleur en petit train autour de la Résidence du gouverneur, des nombreux bureaux et bâtiments. Il n’est pas rare de croiser des biches courant entre les différents édifices officiels.
Depuis le Covid il est quasi impossible de visiter pour les non indiens non scolaires mais vous pouvez essayer.
Les bâtiments du Raj Bhavan de Chennai
Lorsque Guindy Lodge devint la résidence de campagne officielle du Gouverneur de la Présidence de Madras elle ne comptait que 3 édifices d’un étage. Lord Elphinstone conduisit diverses campagnes de reconstruction et agrandissements entre 1837 et 1841. Il ouvrit également Taluk office road pour relier la propriété à Mount rd (Anna salai). Le bâtiment finit par acquérir sa forme actuelle en 1863. Les derniers ajouts remontent à 1937.
Après l’Indépendence, les terres furent partagées à des fins publiques. On peut ainsi voir le campus de l’Institut indien de technologie, le parc aux serpents, le parc pour enfants. Le long de la rue, des mémoriaux à Gandhi, Kamaraj et Rajaji voisinent avec le centre de Cancérologie. En 1958 près de 625 acres furent transférés au département forestier du TN. En 1977, 88a furent ajoutés à ce parc national.
Aujourd’hui, l’ensemble résidentiel est clôturé et comprend la demeure du Gouverneur, le bloc présidentiel et le Bharathiar Mandapam ainsi qu’un jardin magnifique avec des espaces de gazon, des parterres de fleurs et des vergers. On trouve d’autres bâtiments historiques, tels que la White House, le Cottage, The Nook, le Secretariat du gouverneur, et le bureau.
Le Raj Bhavan est un assemblage de bâtiments d’époques diverses dans un parc où coexistent des espèces rares de faune et flore.
Le musée et l’auditorium du Victoria Public Hall sont enfin ouverts au public. Alors ne perdez pas de temps et réservez votre créneau horaire.
Cela vous permettra au moins de rentrer dans l’enceinte du bâtiment entièrement mis à neuf. Vous y accéderez par le Ripon Building. Car le Victoria Public Hall, construit en 1887 en tant qu’Hôtel de ville de Madras, est l’un des plus beaux édifices de la ville coloniale.
Histoire du Victoria Public Hall
Au XIXème siècle, alors que Madras s’épanouissait. Le besoin de bâtiments administratif plus grand se fit sentir. Entretemps, le centre de la ville s’était déplacé depuis Georgetown au quartier alors connu sous le nom de Park Town.
Cet emplacement idéalement stratégique, tout près de l’ancien mur d’octroi, voyait converger les routes sud, nord et ouest de Chennai.
L’implantation de la gare centrale transforma encore davantage cette zone. De nouvelles constructions sortaient de terre et transformèrent le People’s Park. Des auberges suivirent rapidement. Tout cela contribuait à la croissance d’un quartier animé et vivant. Il manquait à Madras un hôtel de ville à la hauteur de ses ambitions et un lieu de festivité qui serait le Victoria Public Hall.
A l’époque anglaise un vaste parc occupait la zone. Il n’en reste que des traces éparses comme le Lady’s Garden. Même les belles constructions coloniales tendent à disparaitre face à la folie immobilière et à la circulation délirante. Pourtant, il est question de faire revivre ce qui était la promenade de l’élite coloniale. Les autorités ont amorcé le projet en restaurant le Victoria Public Hall. Cette grande façade de briques rouges s’appelait à l’origine Town Hall ou Hôtel de ville.
Une œuvre de Chisolm
Bien que globalement néo roman, le hall s’enorgueillit d’une tour néogothique dont la frise en terre cuite s’inspire de la calligraphie islamique. Avec la National Gallery au sein du Musée d’Egmore, ce fut l’un des deux bâtiments commandés en l’honneur du Jubilée d’or de la reine Victoria. Mais alors que la galerie adopte le style indo- sarracénique et imite Fatehpur Sikri, le Victoria Public Hall lui préfère une architecture plus simple et européenne. L’idée était non pas de représenter l’art local mais de regrouper les élites blanches, d’organiser des fêtes, des rassemblements et des évènements culturels. Construit par Chisolm, il illustre l’extraordinaire inventivité du grand architecte.
Construit en 1887 il servit d’espace public pour l’élite blanche britannique, alors que l’administration avait déménagé de Fort St Georges au Ripon Building adjacent.
Comme la majorité des édifices du quartier, le Victoria Public Hall repose sur des puits enterrés à 7m de profondeur. Ce forage assure la stabilité des structures dans un environnement marécageux.
Le Victoria Public Hall a connu une longue restauration. Il vient de retrouver ses fonctions d’espace public, cette fois en tant que musée et auditorium. La réouverture était officiellement programmée pour juin 2025 Mais n’a eu lieu que 6 mois plus tard.
A vrai dire la visite (qui se réserve en ligne par créneau horaire) ne fascine pas. Des cartels expliquent la construction et évoquent l’activité théâtrale et cinématographique de ce qui fut la première grande salle de spectacle du Raj. Néanmoins si vous ne connaissez pas les grands acteurs tamouls des années 1920 ou 1940, vous ne vous sentirez pas concernés. L’audio reprenant les bruits de Chennai parait très assourdi et peu convaincant. Et les photos à l’intérieur du Victoria Public Hall sont interdites. Bref la visite ne vaut que pour le grand auditorium refait à neuf au premier étage et pour faire le tour du bâtiment très joliment restauré.
Cette semaine je vous emmène à Coonoor. La semaine passée je vous avais présenté Ooty. Plus précisément je vous ai confié combien j’avais été déçue. Aujourd’hui, je continue mon exploration des Nilgiris.
Cette région montagneuse, connue aussi comme « ghât de l’ouest » flanque le Tamil Nadu dans sa partie occidentale. Elle sépare cet état du sud de l’Inde du Kerala et du Karnataka. Depuis Chennai, on y accède via Coimbatore depuis. Coimbatore est la 2e ville de l’état et compte 3 millions d’habitants. C’est une énorme ville industrielle sans beaucoup de charme. Seul monument connu l’immense Adiyogi (buste géant de Shiva père du Yoga).
De là, il faut compter pratiquement 3 heures de route pour parcourir 65 km jusqu’à Coonoor. Un week end de vacances ( mai par exemple) le même trajet peut prendre 6h.
Coonoor une station relativement préservée.
Cette station de montagne développée récemment avec la vogue du tourisme de masse échappe néanmoins quelque peu à la frénésie qui s’est emparée de Ooty. Plus select plus exclusive, elle conserve beaucoup de charme. Surtout elle offre aux randonneurs de quoi se régaler.
L’héritage colonial est moindre à Coonoor. C’était un simple village quand Ooty s’affirmait comme la capitale d’été de la présidence de Madras. Ce qui n’empêche pas la présence de jolis bâtiments coloniaux. Au premier plan desquels la gare ferroviaire et la gare routière. Une belle église et un très beau jardin botanique complètent l’ensemble. De jolis maisons britanniques s’égrènent le long des pentes de cette ville double.
Non loin de Coonoor, Wellington s’enorgueillit de très beaux bâtiments, d’un club ultra chic, d’un golf et d’une énorme base militaire.
La ville de Coonoor se divise, comme souvent pour les stations de montagne indiennes, en une ville basse et une ville haute. La première se concentre autour des gares et du pittoresque marché. On y croise de nombreux temples très repeints et des mosquées.
Sur la colline en revanche, des églises le disputent aux belles maisons. Et aux établissements administratifs anglais. Parmi ceux-ci le très bel institut Pasteur d’Inde installé en montagne pour bénéficier d’un air plus frais.
De très beaux hôtels à l’extérieur de la ville permettent de transformer le séjour en une étape haut de gamme. Peu d’hôtels dans le centre mais de jolis cafés rendent l’exploration agréable.
Des possibilités de promenades
A Coonoor nous avons pu suivre une balade Komoot absolument magnifique. Celle-ci passait dans les plantations de thé avant de partir à l’assaut d’un escalier apparemment sans fin. Mais merveille des merveilles au débouché de cette ascension, outre la vue sur les plantations, nous voici dans la campagne profonde loin des hordes de visiteurs. Ici le long d’un chemin charmant, des scènes pittoresques le disputent aux hameaux magnifiques. Les villageois ne sont visiblement pas habitués à voir des caucasiens et nous accueillent avec des sourires éclatants, ce malgré un travail visiblement harassant.
Une autre boucle nous emmène à Wellington vers la Vallée cachée. Celle-ci n’existe pas vraiment. Ce qui me permet de préciser qu’il ne faut pas suivre les indications générales données par internet. Celles-ci comme d’habitude tournent en boucle. Alimentées par des visiteurs locaux elles ne conviennent pas forcément à des marcheurs occidentaux. C’est ainsi que nous avons décidé d’abandonner les foules regroupées à Dolphin Nose, Catherine Waterfalls ou Lamb’s rock pour créer nos promenades.
Ceci nous a fait nous rendre compte qu’il n’y pas vraiment de vallée cachée mais une forêt de laquelle on débouche pour traverser les plantations. Si vous n’osez pas traverser les champs privés ou que votre amour relatif des sangsues vous en empêche, vous pouvez emprunter la route et rejoindre Cherrieberry.
Cet énorme hangar regroupe magasin et fabrique de thé, de chocolat, petit marché de produit locaux et restaurants ultra frais et organique. De là, un chemin ramène en moins d’une demi-heure au centre de la ville haute de Coonoor.
Une fois dans le centre, vous pourrez emprunter le petit train qui vous mènera à Ooty ou au contraire vous redescendra vers la vallée. Je vous raconterai dans un prochain article l’expérience toy train.
Je n’avais pas beaucoup envie de me rendre à Ooty. Certes le petit train me faisait rêver. Mais des amis indiens se plaignaient de ce qu’était devenue la charmante hill station de leur enfance. La petite bourgade de montagne s’était muée en une ville embouteillée.
Il n’est pourtant pas si simple de s’y rendre depuis Chennai. Il faut compter 10h de route ou 1h d’avion jusqu’à Coimbatore puis 3 voire 6 h de taxi. Pour la route, il convient de prendre en compte la terrifiante circulation et la lenteur du toy train qui fait des pointes à 20km/h.
Sur une carte, on comprend mieux que la majorité des visiteurs viennent du Kerala ou du Karnataka. Et l’on se rend compte que Ooty s’est affirmée au cours du temps comme la station d’été non seulement de Chennai mais aussi de Bengalore et surtout Mysore. Car si Shimla était la capitale d’été du Raj, Darjeeling celle de Calcutta, Ooty elle représentait la capitale d’été de la Présidence de Madras.
Alors contrairement à mes articles habituels où j’explique ce qu’il y a à voir et de quelle manière profiter au mieux de la destination, je vous raconte ici ce que j’ai aimé et ce que je n’ai pas aimé à Ooty. Cela vous aidera à planifier ou non un week end dans la « reine des collines ».
A voir à Ooty
–Ooty est une station de montagne.
Même si les Nilgiris ne sont pas l’Himalaya, la ville se situe néanmoins à plus de 2000m d’altitude. On n’y va donc pas pour la haute montagne mais pour bénéficier de vues depuis les crêtes et surtout pour profiter de températures agréables. Ce qui l’été (avril, mai, juin) est une quasi nécessité venant du Tamil Nadu. Alors ou si vous voulez éprouver cette légère sensation de relative fraicheur nocturne, vous pouvez vous précipiter à Ooty.
Dans la rubrique fraicheur j’avoue avoir vécu un coup de cœur pour l’église du Sacré Cœur aux vitraux édifiants de naïveté et de fraicheur pastorale.
– l’héritage britannique
Si vous aimez les jolis bâtiments coloniaux il en reste à Ooty. Vous pouvez les découvrir au moyen d’une visite guidée ou par vous-même. Attention néanmoins ça monte et descend partout et ce à plus de 2000m. Vous pouvez vous essouffler assez rapidement. De plus, la ville s’étale de plus en plus. Les gens ne sachant visiblement pas marcher, un flot continu de voitures bloque les routes. Des magasins et restaurants moyen de gamme bordent les artères principales. Dès que vous vous éloignez du centre, vous trouverez des cafés et hôtels plus chics, mais isolés, et donc inaccessibles sans véhicule…
Puis vous pouvez vous rendre vers la bibliothèque, et enfin le musée dit « maison de pierre ». Ce serait la plus ancienne construction de la ville. Malheureusement, la majorité de ces édifices ne sont pas accessibles au touriste lambda. Si vous ne connaissez personne vous ne pourrez pas entrer dans le select Club Ootacamund, ni au Fernhill, le palace du coin. Mais vous pouvez toujours déjeuner (en réservant néanmoins) au Earl’s secret.
Vous pourrez graisser la patte pour rentrer dans la bibliothèque des Nilgiris. Sur la colline juste en face se situe le joli tribunal.
– les plantations de thé
Toutes ne sont pas bondées. Et une fois dépassés les loueurs de haillons qui vous photographient grimés en ramasseuse/r de thé, vous pourrez peut-être marcher. L’odeur des feuilles peut sembler âcre mais le vert en est saisissant. C’est l’occasion de belles photos. Attention aux sangsues. Si comme moi vous avez tendance à vivre une histoire unilatérale avec ces horribles bestioles, un conseil. Une fois leur pénible besogne accomplie, les bestioles gorgées de votre sang ne sont pas trop difficiles à éradiquer. En revanche il vous faudra atténuer la douleur une fois que leur produit anesthésiant se sera dissous. Pas d’hésitation, inondez votre plaie de sel, c’est assez efficace et facile à trouver.
– le Jardin botanique de Ooty
Ce grand parc paysager typique de la présence anglaise mène jusqu’au Raj Bhavan. Si vous vous éloignez un peu des grandes allées surpeuplées, de jolis sentiers s’offrent à vous.
-Les sites et brochures publicitaires conseillent des friandises sucrées et grasses. Mais la seule vraie joie alimentaire des Nilgiris ce sont les délicieux légumes cultivés localement. Il est d’ailleurs rigolo de voir les touristes revenir avec leurs bottes de carottes. Les carottes sont en effet ce que les tomates sont à Marmande ou le melon à Cavaillon. De fait les légumes sont authentiquement délicieux. Ne vous privez donc pas. C’est suffisamment rare en Inde.
A éviter
– Penser qu’Ooty est le paradis des marcheurs
Nous sommes partis dans ce « paradis pour marcheur »et sommes revenus dépités. Car la marche échappe totalement aux Indiens. La moyenne de ceux qui en ont les moyens ne bouge surtout pas d’un véhicule. Les rares randonneurs ne s’aventurent pas sans accompagnateur. Les véhicules envahissent le moindre recoin. Ce qui rend la découverte des sentiers et de la montagne sauvage impossible.
Dans la ville même, le nombre de voitures est démentiel et le croisement central de Ooty, Charring cross ne fait pas que copier la fontaine devant la gare londonienne.
–Les rumeurs urbaines (ou montagnardes)
En outre, des légendes infondées circulent. Si vous émettez l’envie saugrenue de marcher seul en montagne, on vous objectera que la montagne est dangereuse. Vous risqueriez de vous faire attaquer par les guépards et les cheetah, les jaguars et toutes sorte de bêtes charmantes mais en fait éteintes en Inde. Quant aux bisons qui, parait-il, attendent le chaland, je voudrais bien savoir quel animal serait assez fou pour paitre au milieu des véhicules. Même les lapins et les rats se sauvent en courant. Le seul vrai risque vient des chauffards et des gaz d’échappements.
–Doddabetta Peak
Ce sommet est soi-disant un must see. Or, on ne peut pas monter à pied au pic. Si vous vous faites déposer non loin vous aurez à emprunter un bus d’état ou une jeep privée et onéreuse, attendre le remplissage et vous insérer dans les bouchons. Les Indiens se rendent tous en procession au même endroit. Une fois parvenu péniblement au sommet, votre véhicule vous éjectera dans un marché. Loin de la bonne odeur des cimes vous humerez les odeurs de graillon et de pois chiches avant d’émerger transpirant au pied de l’observatoire pris d’assaut par des hordes de touristes. Voyons le bon côté, la classe moyenne explose et avec elle le besoin et l’envie de vacances et de voir la même chose que les copains. Du coup tout le monde part en procession vers les mêmes sites surexploités au niveau touristique.
Je passe ici sous silence le fait que minorité visible, nous autres blancs sommes quand même plus exotiques en photos que le spectacle des sommets. Bref l’expérience peut vite virer au cauchemar pour occidental amoureux des montagnes.
-Dans le même ordre d’idées, le lac correspond plus à notre vision d’une décharge qu’à un lieu de loisir idéal. Ce malgré l’interdiction officielle de plastiques dans les Nilgiris. En dehors de décorer les routes de panneaux on ne voit pas bien à quoi correspond cette interdiction malheureusement.
-Le chocolat,
Cela a beau être THE attraction ici, vous êtes français. Sur ce point en particulier comme sur le fromage ou le vin nous sommes en droit de nous montrer chauvins. Si vous aimez le sucre, le sucre et le sucre vous pouvez donc goûter au « chocolat » local…
Bref vous l’aurez compris je n’ai pas aimé Ooty au mois de mai.
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